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1 novembre 2022

Vos enfants ou petits-enfants seront-ils des Ginks ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Vos enfants ou petits-enfants seront-ils des Ginks ?

 

Homélie du 32° Dimanche du temps ordinaire / Année C 

06/11/2022 

 

Cf. également :

Mourir pour une côtelette ?

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

Sur quoi fonder le mariage ?

D’Amazonie monte une clameur

 

Les générations childfree

Les mariages de l’été sont de bonnes occasions de discuter avec les jeunes générations. J’ai été surpris de rencontrer au moins quatre trentenaires qui affirmaient catégoriquement : « Je ne ferai pas d’enfant ». Pourquoi ? « Par conviction écologique, car les enfants c’est ce qui fait le plus de mal à la planète ». Le phénomène prend de l’ampleur : la proportion de femmes en âge de procréer ne souhaitant pas avoir d’enfant a triplé en vingt ans : elles étaient 12 % en 2000, elles sont désormais 33 % en 2022 selon l’IFOP !

Les bras m’en tombaient ! La militance écologique pouvait donc conduire à refuser d’être parent ? L’écologiste Yves Cochet soutient même la proposition d’une « allocation familiale inversée », qui diminuerait à chaque enfant supplémentaire…

Il suffit de pianoter rapidement sur Internet pour trouver d’où vient cette conviction étonnante. C’est une étude de l’université suédoise de Lund de 2017, qui classe l’impact carbone de différents actes de la vie quotidienne, depuis l’ampoule LED jusqu’à la voiture ou l’enfant.

Vos enfants ou petits-enfants seront-ils des Ginks ? dans Communauté spirituelleSelon cette étude, avoir un enfant en moins serait 30 fois plus efficace que d’abandonner sa voiture à essence ! Une idée se répand comme une traînée de poudre : ne pas faire d’enfants, c’est sauver la planète ! L’éco-anxiété « engendre » décidément des fruits étonnants…

Aux États-Unis c’est l’université du Michigan qui a publié une autre étude en juin 2021 : « Nous avons découvert que 21,6 % des adultes du Michigan, soit environ 1,7 million de personnes, ne voulaient pas d’enfants. Il s’agit d’un nombre supérieur à la population des neuf plus grandes villes de l’État », mentionne Zachary Neal, professeur associé au département de psychologie de l’université, et coauteur de l’étude. « Les gens prennent la décision d’être sans enfant rapidement dans leur vie, le plus souvent à l’adolescence et au début de la vingtaine. Et ce ne sont pas seulement les jeunes qui affirment ne pas vouloir d’enfants. Les femmes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants, lors de leur adolescence, ont maintenant, en moyenne, près de 40 ans et n’en veulent toujours pas ».

 

Ces jeunes ont même un nom : les « Ginks », pour « Green Inclination, No Kids » (« engagement vert, pas d’enfant »). « Ce monde sera meilleur s’il est moins peuplé », estiment-ils. « Si nous voulons sauver cette planète, nous n’avons pas d’autre choix que d’aborder le problème de la surpopulation humaine », assume Leilani Münter, ex-pilote de course automobile américaine, dont les vidéos sont largement partagées sur les réseaux sociaux. Très active également, l’ONG britannique Population Matters s’est spécialisée dans la promotion d’une vie « sans enfant », ou avec « moins d’enfants ». Malthus ressuscité, en quelque sorte…

 

consumption-co2-per-capita Source : Our World in dataPourtant, ces deux études sont contestables, et contestées. Car elles reposent sur des trains de vie de famille américaine dont l’empreinte carbone est 50 fois supérieure à celles d’une famille africaine par exemple.
En 2019, les USA émettaient environ 30 fois plus de CO2 par habitant que la Côte d’Ivoire; la France ou la Chine 11 fois plus…

Comme le note le démographe Hervé le Bras dans un entretien donné en 2011 à la revue Sciences Humaines : « Les pays développés se servent de l’argument démographique pour rejeter la responsabilité sur des pays peuplés et en croissance démographique comme la Chine ou l’Inde. Entretenir l’angoisse populationnelle est une façon de ne pas remettre en cause la structure de la consommation des pays les plus riches ».

Pour ce démographe et auteur de l’essai « Vie et mort de la population mondiale » (Le Pommier, 2009), le seul moyen de résoudre le problème serait « un changement drastique du type de consommation d’énergie au Nord (de même qu’un changement du type d’alimentation), car alors le Nord pourra dire au Sud: faites comme nous ».

 

Par contre, dire qu’on ne veut pas d’enfant sans raison, la pilule a du mal à passer. Alors le respect de l’environnement, la survie de l’espèce, etc. ne serait-ce pas autant de justifications-alibis pour ces femmes lassées de devoir constamment se justifier ? Toujours est-il que pour Émilie Tixador, ancienne Gink et auteur du blog Green Girl, l’écologie a porté ses fruits. « Je choquais les gens quand je disais que je ne voulais pas d’enfant parce que j’avais envie de m’épanouir dans mon métier. Mais dès que j’ai parlé de limiter la surconsommation et la surpopulation, ma cause est devenue noble aux yeux de tous »… Le greenwashing  peut s’infiltrer là où on ne l’attend pas !

 

Il y a beaucoup d’autres raisons pour lesquelles de jeunes occidentaux ne veulent pas d’enfants. Là encore, on peut trouver des listes pleines d’humour sur le Net, énumérant tous les problèmes qui s’accumulent à partir de la venue d’un enfant :

Pourquoi vaut-il mieux réfléchir avant de dire oui à un enfant ?

1 | Pour rester jeune et cool

2 | Pour préserver ta santé mentale et physique

3 | Parce que tu as déjà un conjoint

4 | Parce que tu ne veux pas devenir n°2

5 | Parce que bébé va te coûter un bras (chaque mois)

6 | Parce que tu aimes le silence

7 | Parce que tu aimes dormir

8 | Parce que le rêve n’a rien à voir avec la réalité 

9 | Parce que toi aussi tu as été enfant puis ado

10 | Parce que tu ne pourras pas l’abandonner sur une aire d’autoroute [1].

 

41a9vIdzBDL._ célibat dans Communauté spirituelleOn appelle childfree (sans enfant, par choix) ce mouvement venu des États-Unis de contestation radicale du devoir de parentalité, pour des questions d’épanouissement personnel, d’intérêt individuel, de combat écologique. 

La chantre du mouvement est Corinne Maier, avec son livre de référence : No Kid, Quarante raisons de ne pas avoir d’enfant, Paris, 2008 [2].

Entre acte écologique et angoisse de l’avenir, ne pas avoir d’enfant – ou n’en avoir qu’un – pour sauver la planète ou pour s’épanouir est un discours qui résonne chez une partie de la jeunesse de plus en plus préoccupée par les questions environnementales. Qu’ils aillent au bout ou non de la démarche, ce questionnement témoigne d’un regard nouveau sur les conséquences de la parentalité.

On a même instauré une Journée Internationale des « non-parents », le 11 Novembre : « single day ». La journée n’a pas été choisie au hasard : 11-11 = 4 fois le chiffre 1. C’est censé représenter “l’individualité heureuse”. Parce que oui, on peut être heureux en étant célibataire. Des études cherchent d’ailleurs à établir que les personnes vivant seules seraient plus épanouies…

 

Jésus était-il childfree ?

711S8XNTvWL childfreeC’est ce que pensent des auteurs proches de l’extrême gauche écologiste. Théophile Giraud par exemple, jeune philosophe belge, a écrit un pamphlet de 65 pages sur l’antinatalisme supposé du christianisme primitif, qu’aurait trahi les Églises ensuite [3] :

« Pas une année ne se passe sans que le pape ou un autre dignitaire chrétien chante les louanges de la fécondité et les vertus de la famille, nombreuse de préférence. Pourtant, la lecture des Évangiles nous fait découvrir un Christ farouchement hostile à la famille biologique et plus encore à la reproduction. Parmi les quelques penseurs qui se sont penchés sur la question, Kierkegaard arrivera à la conclusion que le christianisme visait à « bloquer notre espèce ». Dans le sillage du Christ, qui est resté sans enfant tout en nous exhortant à devenir eunuques pour le Royaume des Cieux, les premiers pères de l’Église glorifieront également la virginité perpétuelle et dénigreront la fertilité charnelle. Saint Augustin a même souhaité que chacun s’abstienne de procréer pour que la fin du monde soit précipitée ! Le natalisme des Églises chrétiennes contemporaines serait-il la plus grande tromperie de tous les temps ? En tout cas, c’est une trahison absolue, qui, en ce siècle de surpopulation mondiale, est encore plus désastreuse que celle de Judas. Le but de cet essai sera de redécouvrir une vérité soigneusement occultée : le christianisme originel était bien un antinatalisme ».

Il s’appuie pour dire cela sur des passages comme l’Évangile de notre dimanche (Lc 20,27-38), où le Christ semble bien prôner le mode de vie des enfants du monde à venir, qui ne prennent ni femme ni mari, et ne font pas enfants :

« Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection ».

Si on ajoute ce passage à ceux où Jésus relativise très fortement les liens du sang, de la famille humaine (cf. Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre), où il prône de devenir « eunuque pour le Royaume » (Mt 19,12), ainsi qu’à ceux où Paul recommande de ne pas se marier (1Co 7,8), le lecteur rapide peut être troublé… 

Comment expliquer cet apparent radicalisme anti-mariage et anti-enfants dans le Nouveau Testament ?

 

L’urgence eschatologique

074_calendrier eschatologieNous l’avons oubliée ! La petite frayeur du passage à l’an 2000 n’était rien comparée à l’effervescence eschatologique qui maintenait la société juive en ébullition au premier siècle. Le peuple était persuadé que le Messie annoncé allait enfin venir les délivrer de toute occupation étrangère. Les faux Messies pullulaient, générant beaucoup d’espérance, de révoltes, de déceptions. En préparation de cette venue, des sectes regroupaient leurs adeptes à l’écart de la société, tels des survivalistes religieux : les Esséniens, la communauté de Massada etc. N’importe quel prédicateur ayant un peu de talent, de charisme, pouvait soulever les foules en leur annonçant l’arrivée imminente du Jour du Seigneur. N’importe quel guérisseur pouvait faire croire qu’avec lui les derniers temps allaient arriver. Pierre se fait l’écho de cette attente : « Le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper » (2P 3,10). Paul également : « Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit » (1Th 5,2).

À tel point que Jésus est obligé de mettre en garde : « On vous dira : ‘Voilà, le Royaume est là-bas !’ ou bien : ‘Voici, il est ici !’ N’y allez pas, n’y courez pas ! » (Lc 17,23). Et Paul alerte les communautés contre les dérives de ces survivalistes du dernier jour : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer » (2Th 2,1-2). Comme certains prétextaient de  cette venue imminente pour se la couler douce et se faire entretenir par les autres sans rien faire, Paul réagit : « Quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2Th 3,10).

 

Jésus était pris lui-même dans ce tourbillon eschatologique qui voyait arriver la fin, et l’espérait. Il annonçait le Royaume de Dieu tout proche. Ses guérisons, ses paroles et ses actes étaient autant de signes de sa messianité : c’est donc qu’avec lui « les temps sont accomplis ». Sa mort a semblé mettre en échec la venue du jour ultime. Alors ses disciples ont reporté leur espérance sur sa deuxième venue, à la fin des temps, lorsqu’il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Ainsi, du temps de Jésus ou juste après, on est persuadé de vivre « ces temps qui sont les derniers ». Si donc la fin de l’histoire est pour demain, à quoi bon un accumuler des richesses, se marier, avoir des enfants ? Parce que le Royaume est là avec lui, Jésus choisit de rester célibataire, sans enfant. Car dans le monde de la résurrection qu’il inaugure et qu’il incarne, on n’a plus besoin de faire des enfants pour survivre ! 

Dans le monde d’après, il n’y a plus ni homme ni femme (ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre cf. Ga 3,28), alors à quoi sert de se marier, puisque la différence homme-femme n’est que pour ce monde-ci ? Après la résurrection de Jésus, Paul poursuivra ce raisonnement, en étant persuadé que le retour du Christ est pour demain. « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons » (1Co 7,29-31).

Si on avait pris au sérieux l’affirmation eschatologique de Paul, on aurait dû abolir l’esclavage beaucoup plus tôt ! Puisqu’il n’y a ni esclave ni homme libre en Christ, on devrait en tirer toutes les conséquences sociales sans atteindre la fin de ce monde !

Ajoutons au passage que les Églises ne sont pas allées jusqu’au bout, à part les protestants, de ce raisonnement eschatologique : s’il n’y a plus la différence homme-femme dans le monde à venir, alors il faudrait en témoigner dès maintenant dans la vie de l’Église, en l’anticipant, en répartissant les ministères, les responsabilités et rôles divers à égalité entre hommes et femmes, puisque cette distinction n’existe pas dans le Royaume de Dieu que l’Église a charge d’anticiper !

Si la fin des temps est pour très bientôt, mieux vaut donc se préparer et ne pas gaspiller le temps qui reste à amasser des fortunes, à se marier ou avoir des enfants.

On le voit : la position de Jésus ou de Paul n’est pas du tout anti-nataliste.

Elle relève de l’anticipation eschatologique. Il s’agit de manifester dès maintenant en ce monde notre espérance en la résurrection qui vient. Évidemment, avec les siècles, on s’est très vite aperçu que cette seconde venue du Christ ne serait pas pour tout de suite… Pierre était déjà obligé de trouver des raisons au retard apparent de cette venue : « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion » (2P 3,9)…

Alors, au lieu de se préparer à l’ultime, on s’est installé dans l’éphémère, et le langage nataliste de co-création de la vie a pris le pas en Église sur l’attestation d’un autre monde.

Pourtant, on a gardé le célibat de quelques-un(e)s comme un signe de l’espérance d’aimer et de donner la vie autrement dans l’au-delà de ce monde. Comme un avertissement de ne pas trop s’installer, car nous ne sommes que de passage. L’Occident fait de ce célibat une obligation pour les prêtres alors que les Églises orientales ont gardé la plus ancienne tradition d’un double clergé marié et célibataire, selon le choix de chacun. Les prêtres catholiques mariés au Liban (maronites) et en Grèce (melkites) rappellent que le célibat ne s’impose pas, mais garde toute sa valeur comme libre attestation prophétique du monde de la résurrection.

 

Le fondement du célibat est donc essentiellement eschatologique.

Vatican II a réaffirmé cet ancrage eschatologique du célibat dans l’Église :

La chasteté « pour le royaume des cieux » Mt 19,12, dont les religieux font profession, doit être regardée comme un grand don de la grâce. Elle libère singulièrement le cœur de l’homme 1Co 7,32-35 pour qu’il brûle de l’amour de Dieu et de tous les hommes; c’est 31GKjJPiNUL Ginkpourquoi elle est un signe particulier des biens célestes, ainsi qu’un moyen très efficace pour les religieux de se consacrer sans réserve au service divin et aux œuvres de l’apostolat. Ils évoquent ainsi aux yeux de tous les fidèles cette admirable union établie par Dieu et qui doit être pleinement manifestée dans le siècle futur, par laquelle l’Église a le Christ comme unique époux.

Décret Perfectae Caritatis n°12, 1965.

 

Paul VI l’a clairement rappelé :

Le célibat comme signe des biens célestes 

Notre Seigneur et Maître a déclaré  » qu’à la résurrection… on ne prendra ni femme ni mari, mais que tous seront comme les anges de Dieu dans le Ciel  » (Mt 22,30). Au milieu du monde tellement engagé dans les tâches terrestres et si souvent dominé par les convoitises de la chair (cf. 1Jn 3,2), le don précieux et divin de la chasteté parfaite en vue du royaume des cieux constitue précisément  » un signe particulier des biens célestes  » ; il proclame la présence parmi nous des temps derniers de l’histoire du salut (cf. 1Co 7,29-31) et l’avènement d’un monde nouveau. Il anticipe en quelque sorte la consommation du royaume en en affirmant les valeurs suprêmes, qui resplendiront un jour en tous les fils de Dieu. Il constitue donc un témoignage de l’aspiration du Peuple de Dieu vers le but dernier de son pèlerinage terrestre, et une invitation pour tous à lever les yeux vers le ciel, là où le Christ siège à la droite de Dieu, là où notre vie est cachée en Dieu avec le Christ, jusqu’à ce qu’elle se manifeste dans la gloire (Col 3,1-4). 

Paul VI, Encyclique Sacerdotalis caelibatus n°34, 1967).

 

Le célibat consacré n’est pas mépris de la chair comme celui des cathares dans le sud de la France à partir de l’an Mil.

Il n’est pas ascétique comme le célibat des ermites hindous ou des moines bouddhistes.

Il n’est pas militant comme le célibat des révolutionnaires tout donnés à leur cause comme Louise Michel ou Arlette Laguiller (ce qui est fort respectable au demeurant !).

Il n’est pas angoissé comme celui des Ginks, ni individualiste comme celui des childfree.

Il n’est pas pastoral comme on le dit trop souvent pour les prêtres : ce n’est pas pour avoir plus de temps disponible pour leurs ouailles (ce qui ne se vérifie guère…) !

 

9782755001655 mariageVoilà pourquoi le célibat évangélique est largement incompréhensible pour nos contemporains : ne croyant plus guère en l’au-delà, ils voient mal pourquoi se priver aujourd’hui au nom d’un hypothétique lendemain…

Ce mépris est d’autant plus paradoxal que suite au veuvage, aux séparations, aux exigences des études et des carrières professionnelles, le célibat a progressé de façon spectaculaire en Occident. On estime que dans les grandes villes comme Paris ou Lille, un logement sur deux au moins est occupé par une personne seule !

 

Le monde de la Résurrection est notre avenir. Nous pouvons en témoigner, en attestant que les liens de parentalité ne disent pas tout de notre vocation humaine. Le célibat consacré est le témoignage prophétique de notre espérance du monde à venir. Il ne disqualifie en rien la générosité et l’amour parental. Donner la vie reste une magnifique participation à l’élan créateur qui vient de Dieu lui-même (cf. Gn 1,28). 

Apprenons à écouter chez les jeunes générations leurs aspirations légitimes à plus d’épanouissement personnel, à plus de respect de la planète. 

Aidons-les à choisir en conscience d’être parent ou non, libre de toute pression idéologique d’un côté ou de l’autre. 

Et accompagnons-les dans leur choix, quel qu’il soit.

___________________________________

[1]. Cf. https://www.je-suis-papa.com/10-bonnes-raisons-de-ne-pas-avoir-enfant/
[2]. Cf. également : Moins nombreux, plus heureux : l’urgence écologique de repenser la démographie, ouvrage collectif dirigé par Michel Sourrouille, Ed. Sang de la Terre, Paris, 2014.

[3]. Théophile de Giraud, The Childfree Christ: Antinatalism in early Christianity (Le Christ sans enfants: l’antinatalisme dans le christianisme primitif), Kindle Edition, 2021.

  

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)

 

Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

 

PSAUME
(Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15)

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

 

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

 

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

 

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

 

ÉVANGILE

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20, 27-38)
Alléluia. Alléluia. Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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30 octobre 2022

Toussaint : j’irai prier sur vos tombes…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toussaint : j’irai prier sur vos tombes…

 

Homélie pour la fête de Toussaint / Année C
01/11/2022

 

Cf. également :

Toussaint : Heureux ceux qui pleurent !

Toussaint : un avenir urbain et unitaire
Toussaint : la mort comme un poème
Toussaint alluvionnaire
Les cimetières de la Toussaint
Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…
Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas
Toussaint : le bonheur illucide
Ton absence…

La mort, et après ?

Le train de la vie

 

Toussaint : j'irai prier sur vos tombes… dans Communauté spirituelle 5f9165de380fd_autumn-3853469_1920-5052294La nostalgie semble liée à de la Toussaint de toujours à toujours.
Malgré la belle lumière de l’été indien, et malgré les superbes patchworks pourpre et or dont se revêtent les parcs et les vignes, un je-ne-sais-quoi de tristesse et de mélancolie flotte sur ces deux jours charnière.

 

Autrefois, la visite des cimetières familiaux ritualisait cette angoisse diffuse.

Les grands-parents racontaient devant les tombes quelques anecdotes de la saga familiale à des gamins sages déjà familiers de la mort.

 

Quand la mort ne fait plus partie de la famille, quand le contact physique avec les morts fait désormais horreur, quand la mémoire familiale s’émiette à l’aune des séparations successives, que faire du rappel à la brièveté de la vie que la Toussaint continue de symboliser en France ?

 

La réponse de la majorité d’entre nous sera dans le divertissement (au sens pascalien du terme). On prend le grand pont de la Toussaint, on essaie d’en oublier le contenu pour en profiter comme d’un congé ordinaire. Mais le cœur n’y est jamais tout à fait.

 

Chat La mort  

La minorité chrétienne, attachée au sens religieux de la fête, sait être à contre-courant en voulant regarder la mort en face. Mais nous envisageons la mort à travers le bel Évangile des Béatitudes : le visage du Christ bienheureux dépeint en Mt 5 nous fait voir le visage de nos proches autrement.

Ce texte est un avertissement : ne sont pas heureux ceux qui paraissent l’être ; le résultat d’une existence n’est pas ce qui apparaît aux yeux des hommes.
Il y aura bien des surprises lorsqu’il s’agira enfin de découvrir la vraie richesse de chacun.

Bien des pauvres seront mis à l’honneur.

Des larmes accumulées se transformeront en fontaine de joie.

D’obscurs sacrifiés aux logiques des puissants retrouveront leur splendeur native.

Des témoins désarmés feront éclater au grand jour la puissance finale de la douceur.

Des persécutés ordinaires ou extraordinaires seront rétablis dans leur dignité.

Comme le chantait Marie bien avant les Béatitudes : « Dieu renverse les puissants de leurs trônes. Il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1,46-56).

 

Tombe d'un soldat inconnu ("connu de Dieu seul")La tristesse diffuse des bouquets de chrysanthèmes sera alors canalisée : il y a une telle promesse au cœur de cette fête de Toussaint que l’absence des visages aimés en devient la source de renversements inouïs à venir. Bien loin de l’histoire de vengeance raciale aux États-Unis qui a fait le succès du roman noir de Boris Vian, nous n’irons pas cracher sur les tombes, mais prier sur elles, remettant avec confiance nos défunts entre les mains de Dieu, en acceptant de ne pas savoir vraiment ce qu’ils deviennent…

 

J’aime – le jour d’après – parcourir longuement un cimetière si joliment fleuri où je ne connais personne : je m’arrête sur les concessions à l’abandon, ou celles qui n’ont pas eu de visites, et je murmure quelques mots tout en méditant sur la brièveté humaine, celle des autres et la mienne. 

 

Allons donc sur les tombes de nos défunts : nous y avons rendez-vous avec l’au-delà de notre propre existence.

 

 

Poème : Si le froid devait m’emporter

winter-4846638_960_720 cimetière dans Communauté spirituelleSi le froid devait m’emporter
J’assemblerais les fruits
De mes rêves de lune.
Ils seraient eau
Ils seraient feu
Révélant ma présence
Sur un sentier de braise.

Si la nuit devait m’emporter
Je creuserais la terre
Avec des ongles de fer.
Au seul chant de ma voix
Des bêtes approcheraient
Traçant un cercle d’or
Qui protégerait mon corps.

Si le souffle devait m’emporter
Alors je laisserais faire.
Mes paumes s’ouvriraient
À la douceur du vent
Ni la nuque ni le tronc
N’opposerait résistance
À l’appel du passage.

Mais l’heure n’est pas venue.
Près des arbres échevelés
Plusieurs pas dans la neige
Meublent le silence blanc.

Francine Bouchet
Traverse. Et autres poèmes, Labor et Fides, 2022.


LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)

 

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.
Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)
 
R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)

 

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

ÉVANGILE
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)
Alléluia. Alléluia. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, dit le Seigneur, et moi, je vous procurerai le repos. Alléluia. (Mt 11, 28)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD

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23 octobre 2022

Zachée, ou l’éloge du microscopique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Zachée, ou l’éloge du microscopique

 

Homélie pour le 31° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
30/10/2022

 

Cf. également :

Zachée, ou l’éloge de la curiosité

La puissance, donc la pitié

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue

Un Royaume colibri, papillon, small, not big 

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

 

Le micron

Le pape François a créé le samedi 27 août dernier à Rome vingt nouveaux cardinaux : « Un cardinal aime l’Église », leur a lancé François. « Toujours avec le même feu de l’Esprit. En traitant les grandes questions, comme en s’occupant des petites ; en rencontrant les grands de ce monde, comme les petits, qui sont grands devant Dieu »On retrouve là  l’attachement franciscain du pape François aux petits de tous ordres. Eh bien, Jésus aurait pu être cardinal, car entre lui et les petits c’est une véritable histoire d’amour !

 

Echelle des micronsS’il fallait nous convaincre que les petits se trouvent dans tous les milieux, voici Zachée : le texte de ce dimanche (Lc 19,1-10) ne nous dit pas seulement qu’il est petit, mais mikros = microscopique en grec : ηλικία μικρός = de taille microscopique ! Le mot grec employé par Luc est μικρός (mikros), qui a donné l’unité de mesure du micron fort utile pour les microprocesseurs ou autres travaux de précision : le micron, qui vaut 1/1000 de millimètre (1 μm = 10−6 m). Essayez de couper les cheveux en quatre, et vous serez encore loin du micron… Zachée est donc littéralement microscopique. Physiquement, mais aussi moralement aux yeux de ses concitoyens qui le traitent – à juste titre – de collabo, de voleur, de profiteur  etc. Sa richesse est sale, son autorité de chef de l’administration fiscale romaine est pourrie. Un mélange local de Donald Trump et de Vladimir Poutine pourrait-on dire… 

 

Accueillir comme Rahab et Marthe

Zachée, ou l’éloge du microscopique dans Communauté spirituelle 220px-Tissot_The_Harlot_of_Jericho_and_the_Two_Spies« Vite, Zachée descendit et reçut (ὑποδέχομαι =  hupodechomai) Jésus avec joie » (Lc 19,6). Comme la scène se passe à Jéricho, quand on voit Zachée accueillir Jésus chez lui, on pense irrésistiblement à une autre figure célèbre : Rahab, la prostituée de Jéricho qui a accueilli des explorateurs chez elle, leur a sauvé la vie et leur a ainsi permis de préparer le siège de la ville par les hébreux. Jacques s’en souvient lorsqu’il emploie le même verbe pour la femme de mauvaise vie que Luc pour le collaborateur pourri : « Il en fut de même pour Rahab, la prostituée : n’est-elle pas, elle aussi, devenue juste par ses œuvres, en accueillant (ὑποδέχομαι) les envoyés de Josué et en les faisant repartir par un autre chemin ? » (Jc 2,25). Et Luc a déjà employé ce même verbe, ce qui rapproche Marthe de ce fonctionnaire véreux : « Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut (ὑποδέχομαι) » (Lc 10,38). 

Comme Rahab et Marthe, Zachée trouve en lui le désir d’accueillir, de recevoir. Il n’est pas si comblé qu’il y paraît. Aussi mauvais qu’il soit, chacun de nous peut découvrir en son fonds intérieur cette aspiration à ouvrir la porte de son intimité pour recevoir la parole d’un autre, pour accueillir le don offert. « Voici que je me tiens à la porte et je frappe », dira l’Apocalypse (Ap 3,20) : Zachée retrouve sa dignité d’enfant d’Abraham dès qu’il désire recevoir, lui qui ne cessait de prendre, par les impôts, les taxes, la corruption.
Notons au passage que Jésus ressuscite ainsi la part de féminité de Zachée (accueillir la vie), à l’image de Rahab et Marthe, ce qui va le sauver. Il n’est pas de personnage si tristement ‘viril’ qui ne puisse être révélé à lui-même dans la redécouverte de son anima, comme dirait Jung…

 

Courir en avant de Jésus

Jésus ZachéeCe petit bonhomme est capable d’un courage quasi-apostolique : Luc nous dit qu’il courut en avant (προδραμών = protrecho) : « Il courut en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là » (Lc 19,4).

C’est le même mot que Jean emploie pour nous livrer ce détail étrange où il court en avant lui aussi pour arriver le premier au tombeau : « Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut en avant plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau » (Jn 20,4). Comme Jean a écrit après Luc, on peut imaginer qu’il a vu dans les deux courses l’annonce de la Résurrection à l’œuvre. Dans ce pays très chaud, plein de poussière, courir sur les pistes rouges est rare : il faut une raison précise pour piquer un sprint dans la poussière par 35° à l’ombre… C’est ce courage quasi-apostolique dont Zachée fait preuve pour voir Jésus !

 

On a déjà longuement évoqué ailleurs le symbolisme du sycomore, dont les fruits incisés invitent Zachée à se laisser transpercer lui-même par le regard du Christ (Zachée : le juste, l’incisé et la figue). On a vanté la curiosité de Zachée, qui lui valut d’accueillir son Sauveur (Zachée, ou l’éloge de la curiosité). Ou bien la descente au fond de soi qui caractérise cet accueil : « Zachée, descend vite… » (Zachée-culbuto) Ou bien encore la gratuité du salut qui n’exige pas le remboursement préalable de 4 fois les sommes volées, mais le provoque a posteriori.

Concentrons-nous aujourd’hui sur la petitesse de Zachée. Afin qu’elle devienne la nôtre, et que nous sachions la discerner chez les gens de mauvaise vie autour de nous.

 

Le micro-Évangile

41ult0-sRrL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_FMwebp_ micron dans Communauté spirituelleNotons d’abord que notre première lecture (Sg 11,22–12,2) souligne elle aussi la disproportion entre la grandeur de Dieu et notre petitesse : « Seigneur, le monde entier est devant toi comme un grain sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre ». C’est pour mieux s’émerveiller devant la miséricorde offerte : « Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout ».

Nous ne faisons vraiment pas le poids devant la grandeur de Dieu, tel un grain de sable sur un plateau de balance. Nous sommes une goutte d’eau par rapport à l’océan divin. Mais la grandeur de Dieu est la source de sa miséricorde envers notre petitesse (cf. La puissance, donc la pitié). Notre taille microscopique suscite en Dieu amour et pitié. Car en Dieu la puissance est source de miséricorde, comme elle devrait l’être en nous. Puissant, donc miséricordieux ! Finalement, la violence est l’arme des faibles, la dureté de cœur est la marque des impuissants…

 

Du coup, la prédilection pour les petits en tous genres est l’un des fils les plus solides de la trame évangélique. Parcourons rapidement les usages du mot μικρός (mikros) dans la Bible, pour mesurer quelle devrait être notre conscience d’être microscopique, et quel devrait être notre amour des petits de ce temps.

 

Dieu choisit les petits

Dans l’Ancien Testament, Loth repère une ville petite – si petite ! – pour s’y réfugier échapper au malheur qui vient : « Voici une ville assez proche pour y fuir – elle est si petite ! – Permettez que je me sauve là-bas – elle est si petite ! – afin de rester en vie !’ Ils lui répondirent : ‘Pour te faire plaisir cette fois encore, je ne détruirai pas la ville dont tu parles » (Gn 19,18-21). Comme quoi la taille, la puissance des métropoles n’est pas toujours un atout ! 

Dieu choisit souvent ce qu’il y a de petit pour manifester son amour. Ainsi Samuel choisit Saül, le premier roi d’Israël, parmi la plus petite des tribus : « Saül répondit : ‘Ne suis-je pas un Benjaminite, appartenant à l’une des plus petites tribus d’Israël ? Et ma famille n’est-elle pas la dernière de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? Pourquoi donc me parles-tu ainsi ?’ » (1 S 9,21)

 petitEnsuite, c’est David, le plus petit des sept fils de Jessé, que Samuel choisira. Et en plus il est roux ! « Alors Samuel dit à Jessé : ‘N’as-tu pas d’autres garçons ?’ Jessé répondit : ‘Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau.’ Alors Samuel dit à Jessé : ‘Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé’ » (1S 16,11).

Comme quoi les derniers peuvent devenir premiers… 

Ce même David pourtant enlèvera Bethsabée à son mari, et le prophète Nathan la comparera à une petite brebis volée par un riche sans scrupules : « Nathan dit à David : Le pauvre n’avait rien qu’une brebis, une toute petite, qu’il avait achetée. Il la nourrissait, et elle grandissait chez lui au milieu de ses fils ; elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe, elle dormait dans ses bras : elle était comme sa fille » (2 S 12,3). 

Ce sont toujours les petits qui subissent la loi des plus forts, à Jérusalem ou à Kharkiv… Leur plainte parvient aux oreilles de YHWH qui renversera les violents de leur trône pour rendre justice aux petits criant vers lui.

Salomon, fils de David, reconnaîtra lui aussi être un petit d’homme, trop petit normalement pour devenir roi : Dieu continue de choisir les plus humbles pour conduire son peuple. « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, » (1R 3,7)

Les petites choses peuvent être des germes de renouveau, des promesses de renaissance, comme la petite galette de la veuve de Sarepta : « Élie lui dit alors : N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils » (1R 17,13).

Comme le petit nuage que l’on distingue à peine au loin, et qui annonce la grosse pluie salvatrice : « La septième fois, le serviteur annonça : ‘Voilà un petit nuage qui monte de la mer, gros comme le poing.’ Alors Élie dit au serviteur : ‘Va dire au roi Acab : Attelle ton char et descends de la montagne, avant d’être arrêté par la pluie.’ » (1R 18,44).

Comme la petite servante de la femme du général Naaman qui va déclencher la guérison de son ennemi : « Des Araméens, au cours d’une expédition en terre d’Israël, avaient fait prisonnière une petite fille qui fut mise au service de la femme de Naaman » (2R 5,2). Naaman redevient comme un petit enfant comme elle, grâce à elle : « Il descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole de l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! » (2R 5,14).

Comme le petit nombre des hébreux au tout début de leur histoire : « En ces temps-là, on pouvait les compter : c’était une poignée d’immigrants » (1Ch 16,19).

 

Décidément, small is beautiful !

La plupart des commentateurs de l’actualité décrivent ce qui décline, ce qui s’écroule, ce qui s’affaiblit. Il faut avoir l’espérance chevillée au corps pour discerner dans le bruit et la fureur de notre époque la promesse de nouvelles constructions. « Qui donc méprisait le jour des modestes commencements ? Qu’on se réjouisse plutôt en voyant le fil à plomb dans la main de Zorobabel ! » (Za 4,10), raille le prophète Zacharie, se souvenant que presque tous avaient désespéré de voir la reconstruction du Temple de Jérusalem que Zorobabel met pourtant en œuvre.

 

Le Christ et les petits

Une aide-soignante aide une personne âgée à boireDans le Nouveau Testament, les petits de la communauté doivent être particulièrement pris en charge par les autres : « Et quiconque donnera seulement un verre d’eau froide à l’un de ces petits (mikros) parce qu’il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense » (Mt 10,42).

Les mépriser serait mépriser le Christ lui-même : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits (mikros); car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 18,10).

Les faire chuter est un crime : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits (mikros) qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer » (Mt 18,6 ; Mc 9,42 ; Lc 17,2).

Et Dieu les entoure d’un amour de prédilection : « De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits (mikros) » (Mt 18,14).

Car le Christ s’identifie à ces petits, que les enfants incarnent avec leur capacité d’accueillir à bras ouverts le cadeau offert : « Jésus leur dit : Quiconque reçoit en mon nom ce petit enfant me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit reçoit celui qui m’a envoyé, Car celui qui est le plus petit (mikros) parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand » (Lc 9,48).

Le fait d’être peu nombreux comme chrétiens dans la société ne doit pas nous décourager : « Ne crains point, petit (mikros) troupeau; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume » (Lc 12,32).

 

Parabole du levain dans la pâteÊtre minoritaires, microscopique pourcentage de pratiquants, n’empêche pas d’être le levain, la petite moisissure qui fait lever toute la pâte, ou les minuscules grains de sel qui donne du goût à la nourriture de tous : « Le royaume de Dieu est semblable à un grain de sénevé, qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite (mikros) de toutes les semences qui sont sur la terre » (Mc 4,31). « C’est la plus petite (mikros) de toutes les semences; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches » (Mt 13,32).

D’autant qu’il suffit de peu pour témoigner du Christ, même dans les persécutions : « Parce que tu as peu (mikros) de puissance, et que tu as gardé ma parole, et que tu n’as pas renié mon nom, j’ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer » (Ap 3,8).

 

Ce rapide survol montre que le micro est très souvent à l’honneur dans la Bible ! 

Là où les hommes ne voient que faiblesse, handicap, impuissance numérique, Dieu discerne des cœurs s’abandonnant à lui pour le laisser agir à travers eux.

Le microscopique Zachée s’inscrit dans cette longue lignée des petites gens qui reconnaissent ne pas pouvoir se sauver eux-mêmes, et qui du coup attendent tout de Dieu, comptent sur lui d’abord et non sur leur mérite, leur fortune, leurs bonnes actions, leur moralité, leur réputation etc.

Notre vie ne mesure que quelques microns – voire quelques angströms ! – dans l’immense univers. Courons donc en avant du Christ pour qu’il nous aperçoive et s’invite chez nous, dans notre fonds le plus intime, là où nous sommes grands à ses yeux…

 

 

 

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)

Lecture du livre de la Sagesse
Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

 

PSAUME
(Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! (Ps 144, 1)

 

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi.je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai.je louerai ton nom toujours et à jamais.

 

Le Seigneur est tendresse et pitié.lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous.sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

 

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne.ils parleront de tes exploits.

 

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit.fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent.il redresse tous les accablés.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

 

ÉVANGILE
« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Alléluia. (Jn 3, 16)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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16 octobre 2022

Pharisien lucide, publicain illucide ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pharisien lucide, publicain illucide ?

 

Homélie pour le 30° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
23/10/2022

 

Cf. également :

D’Anubis à saint Michel 

Dans les petits papiers de Dieu

Simul peccator et justus : de l’intérêt d’être pécheur et de le savoir

« J’ai renoncé au comparatif »

Cendres : soyons des justes illucides

Toussaint : le bonheur illucide

La croissance illucide

Divine surprise

La docte ignorance

 

Tel est pharisien qui se croyait très publicain !

le chat et l'humilité« Un homme regarda une fois, de plus près, l’histoire du pharisien qui remercie Dieu, plein d’hypocrisie parce qu’il n’était pas un collecteur d’impôts. 

« Dieu soit loué ! – s’écria-t-il dans sa vanité – je ne suis pas un pharisien !« 

Ce bref texte d’Eugène Roth (poète bavarois du XX° siècle) illustre à merveille le piège paradoxal qui guette le lecteur de la parabole de ce dimanche (Lc 18, 9-14) : dès que j’ai conscience d’être l’humble publicain, je ne suis plus humble !  Il est trop facile de lire cette parabole comme la dénonciation de l’hypocrisie des autres, car d’une part je suis parfois – sans le savoir – ce pharisien content de lui-même parce qu’il a fait objectivement des choses bien, et d’autre part dès que je dis être comme cette humble publicain, je ne suis plus humble ! 

L’humilité est une pensée destructrice d’elle-même [1] en quelque sorte. Celui qui se dit humble se contredit lui-même ! Et celui qui se reconnaît pharisien hypocrite ne l’est plus… St Jean Chrysostome († 404) écrivait : 

« Tout en faisant une foule de choses bien faites, si tu te dis que tu peux t’en vanter, tu perdras le fruit de ta prière ». 

Cet effet boomerang nous interdit de nous identifier à l’un ou à l’autre.

Comment sortir de ce piège paradoxal ? 

 

Pharisien lucide, publicain illucide ? dans Communauté spirituelle 51nR5Cr4C7L._AC_

Ne pas chercher à savoir

Commençons par remarquer que c’est Jésus qui commente la prière au Temple des deux personnages. Eux n’en savent rien ! Le pharisien descend chez lui tout content d’avoir prié, sans savoir qu’il n’est pas justifié. Le publicain reprend sa triste activité de collabo, sans savoir que Dieu l’a justifié lorsqu’il battait sa poitrine à genoux. Les auditeurs de la parabole connaissent le résultat de ces deux actions, pas les deux acteurs.

Autrement dit : la justification est illucide, c’est-à-dire qu’en avoir conscience serait la dissoudre. Un peu comme le chat de Schrödinger dont on ne peut pas savoir s’il est vivant ou mort, la justice donnée par Dieu ne se possède pas en pleine conscience, sinon elle dégénère en orgueil et hypocrisie. Rappelez-vous la réplique célèbre de Jeanne d’Arc au tribunal ecclésiastique qui lui demandait si elle était en état de grâce :

« Si je n’y suis pas Dieu m’y mette. 

Si j’y suis, Dieu m’y garde ! »

Ne pas chercher à savoir si je suis juste ou pas me libère de l’angoisse du publicain comme de la suffisance du pharisien. C’est une docte ignorance (Nicolas de Cues, XIV° siècle) qui fait confiance sans savoir, qui renonce à posséder le salut, qui accepte de ne pas le maîtriser, et donc d’ignorer. 

Jeanne d'Arc devant ses jugesOn peut ainsi appeler illucide le juste qui accomplit sa justice sans la comptabiliser pour lui-même, sans même en être conscient. 

L’adjectif lucide vient du latin lux, lucis = lumière (élucider = mettre en pleine lumière). Est lucide celui qui a conscience, qui juge, voit clairement, objectivement les choses dans leur réalité (Larousse). Illucide désigne à l’inverse celui qui n’a pas conscience de lui-même.

Le juste illucide ne tient pas la liste des personnes secourues, ni des aides accordées. Il oublie le bien qu’il fait au moment même où il l’accomplit. Le publicain illucide sait qu’il ne mérite rien, et s’en remet totalement à Dieu en acceptant de ne pas savoir en sortant du Temple s’il est justifié ou non. D’ailleurs, soyons honnêtes, ce publicain est davantage dans la vérité que dans l’humilité, comme le note St Jean Chrysostome :

« Le pharisien a perdu sa justice acquise par des actes, tandis que le publicain, grâce à un langage empreint d’humilité, a obtenu la justice. Encore cela n’était-il pas à proprement parler de l’humilité, si toutefois l’humilité est bien le fait de celui qui, alors qu’il est grand, s’abaisse lui-même. Or le fait du publicain n’est pas l’humilité, mais la vérité ; ces paroles, en effet, étaient vraies, puisque celui-là était pécheur ».

 

le-bonheur-illucide--homlies-2009-10--anne-c ignorance dans Communauté spirituelleNous avons vu que le caractère illucide du salut affleure tout au long des Évangiles. À la Toussaint par exemple et à la fête du Christ-Roi, nous lisons le texte du Jugement dernier de Matthieu 25 où les justes sont tout étonnés d’être sauvés pour un verre d’eau qu’ils ont oublié, alors que les autres sont tout autant étonnés d’être condamnés pour leur rejet du Fils de l’homme dont ils n’avaient pas conscience (les malades, les prisonniers, les démunis…). Divine surprise de la justification !

Dans la parabole du grain qui pousse tout seul (Mc 4,26-34), c’est la croissance illucide du royaume de Dieu en nous et autour de nous qui nous est cachée : même pendant notre sommeil, il pousse, il grandit, et nous n’y sommes pas pour grand-chose. Et nous n’en savons rien.

Chaque Mercredi des Cendres, l’évangile de Matthieu (Mt 6,1-18) nous appelle au secret, jusqu’à cacher à nous-même le bien accompli : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite »

Notre parabole d’aujourd’hui s’inscrit dans cette trame d’illucidité ; elle prolonge le fil rouge du non-savoir qui est la condition du salut.

 

Le caractère illucide du royaume prêché par Jésus fait du bonheur une conséquence et non un but, de la croissance un don et non un effort, de la justification une grâce et non un mérite. Mais tout cela se fait « de nuit », comme l’écrivait Saint Jean de la Croix dans sa métaphore de « la vive flamme d’amour », où celui qui est plongé dans la flamme ne voit plus rien. Plus il est uni à la lumière, moins il voit. La physique quantique dit un peu la même chose au sujet des trous noirs qui structurent nos univers : quand un astre est aspiré par un trou noir, impossible de savoir ce qu’il devient…

 

Devenir illucide ne signifie pas pour autant être un inconscient sur le plan moral ou spirituel ! Cela veut dire : accomplir le bien sans le comptabiliser, pleurer sur le mal sans désespérer, renoncer à savoir si je suis juste ou non et laisser Dieu m’aimer à sa guise. 

Ne pas renoncer à ce savoir, c’est en réalité être plus intéressé par la récompense à obtenir que par l’amour de celui qui la donne, plus motivé par le don que par le donateur. 

« Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense » (Mt 6,5).

« Il leur dit alors : Vous (pharisiens), vous êtes de ceux qui se font passer pour justes aux yeux des gens, mais Dieu connaît vos cœurs ; en effet, ce qui est prestigieux pour les gens est une chose abominable aux yeux de Dieu » (Lc 16,15).

Peu importe alors d’être pharisien impeccable ou publicain dépravé : le salut n’est pas dans ce que je fais, mais dans l’accueil de Dieu qui se donne.

 

Sortir du pélagianisme

Pélage vs AugustinNe pas chercher à savoir, rester dans une docte ignorance : cette illucidité non seulement nous libère de l’angoisse, mais également du pélagianisme. Ce mot compliqué désigne le volontarisme forcené qui croit pouvoir faire son salut à la force du poignet, en accumulant les mérites des bonnes œuvres. Pélage était un moine des III°-IV° siècles qui ferrailla avec Saint Augustin au sujet d’une question assez grave (dont nous verrons quelques harmoniques politiques et sociales) : est-il possible à l’homme de faire son salut, de « gagner son paradis » (comme on dit en Afrique !) ?

Augustin soulignait avec réalisme que « le cœur de l’homme est compliqué et malade » (Jr 17,9) : c’est un constat facile à faire que de découvrir en chacun et en tous une certaine inclination au mal, que la tradition catholique appelle depuis Augustin « péché originel ». Pélage quant à lui était beaucoup plus optimiste, beaucoup trop sans doute. Il pensait que l’homme peut, s’il le veut vraiment, se justifier lui-même. 

Pour Pélage, la justice se confond avec la sainteté, elle est la véritable sainteté. Point n’est besoin pour l’obtenir d’un secours surnaturel, d’une grâce spéciale, d’un recours particulier à la prière : il suffit d’avoir la conscience claire du but à atteindre et la force d’y parvenir. Cette force est en nous une propriété inhérente à la nature humaine, pas un don du Créateur. Ainsi l’Homme n’est pas « esclave du péché » ; il peut coopérer activement à son salut ; ou, plus exactement, il en est le premier moteur. À la limite, il peut, s’il le veut, se « justifier » lui-même [2].

 

Pélage met un actif là où Jésus conjuguait au passif. Le début de la parabole du pharisien et du publicain nous précise que Jésus parlait « pour ceux qui se flattaient d’être des gens bien ». Le texte dit précisément : « d’être des justes », ce qui contraste avec le verset 14 : « être justifié ». Pour Jésus, le salut est d’abord un passif : être justifié (par Dieu), alors que le pharisien ne connaît que l’actif : se justifier soi-même (par ses bonnes actions). Le pharisien est pélagien en ce sens qu’il croit que l’accumulation impressionnante [3] de ses bonnes œuvres lui mérite le salut. Il possède au lieu de recevoir, il maîtrise au lieu d’ignorer. Voilà comment le pélagianisme, qui fait toujours des ravages dans l’Église, substitue la morale à la foi, l’action à la contemplation, le volontarisme à l’accueil, les œuvres à la grâce, le mérite à la gratuité…

 

Sortir du pélagianisme est donc le chemin du salut !

Car ce n’est pas ce que je fais – que je sois publicain ou pharisien, peu importe ! – qui compte, mais ma capacité à recevoir ce qui m’est donné gratuitement. D’ailleurs, notons avec un brin de malice que le publicain non seulement obtient miséricorde sans l’avoir méritée, mais à aucun moment il ne promet à Dieu de changer et de vivre plus pieusement (il semble même revenir chez lui pour continuer son métier comme avant !) et pourtant il a le regard favorable de Dieu. 

Luc note que la rumeur de cet accueil inconditionnel des pécheurs par Jésus s’est répandue comme une traînée de poudre :

« Les publicains et les gens de mauvaise vie venaient tous à Jésus pour l’écouter » (Lc 15,1).

On ne peut pas montrer de manière plus claire que les œuvres ne sont d’aucune utilité pour être justifié devant Dieu. Ce petit texte est un de ceux qui parlent le plus clairement du salut par la grâce seule (la sola gratia chère aux protestants) !

Les œuvres arrivent ensuite, certes, mais viennent seulement fleurir là où la grâce a coulé abondamment, conséquences gratuites et reconnaissantes du don reçu, et non conditions nécessaires au préalable.

 

Bien avant Luther, François d’Assise avait déjà fait briller cette intuition de la vraie pauvreté évangélique qui ne s’attache pas à ses œuvres et se reçoit d’un autre :

« - Dieu, fit observer frère Léon, réclame notre effort et notre fidélité.

- Oui, sans doute, répondit François. Mais la sainteté n’est pas l’accomplissement de soi, ni une plénitude que l’on se donne. Elle est d’abord un vide que l’on se découvre et que l’on accepte, et que Dieu vient remplir dans la mesure où l’on s’ouvre à sa plénitude. Notre néant, vois-tu, s’il est accepté, peut devenir l’espace libre où Dieu peut encore créer [4] ».

 

Le clivage droite-gauche à la lumière de la parabole

1280px-Sch%C3%A9ma_politique_gauche_droite.svg illucideBon, tout ça peut vous paraître un peu trop spirituel, un peu loin de nos problèmes actuels. Pas si sûr ! Prenez par exemple le bon vieux clivage droite-gauche en France, dont on nous dit qu’il aurait disparu alors qu’il ne cesse de faire des petits. Formellement, on date la naissance de ce clivage en 1789, lorsque les députés royalistes de l’Assemblée Nationale se sont regroupés à la droite de Louis XVI (comme dans la parabole de Matthieu 25 !) pour lui exprimer leur soutien, alors que ceux de gauche étaient des révolutionnaires purs et durs. À bien étudier l’histoire des doctrines politiques et économiques qui marquent la vie de notre pays depuis 1789 (libéralisme, communisme, socialisme, voire fascisme etc.) on s’aperçoit que c’est le vieux clivage Pélage vs Augustin qui refait surface, mâtiné de l’opposition pharisien vs publicain.


Comme le disait André Frossard avec humour :

« Le malheur, c’est que la gauche ne croit pas beaucoup au péché originel et que la droite ne croit pas beaucoup à la rédemption ».

La Gauche, la droite et le péché originel eBook by Léo MoulinLa droite sait que le mal existe, indéracinable, dès le début, en toute aventure humaine. Elle ne cherche pas à l’éradiquer, mais à l’utiliser autant que possible pour lui faire produire du bien (en faisant appel aux intérêts de chacun). Elle tient d’Augustin un certain réalisme (voire pessimisme) sur l’homme et se méfie de tous ceux qui veulent faire son bonheur par la force. La droite croit donc au péché originel et à ses conséquences sociales. Elle sait que le royaume de Dieu n’est pas de ce monde. Par contre, elle a du mal avec la rédemption, c’est-à-dire l’action d’un tiers (État, associations, actions collectives etc.) pour sauver les pauvres.

La gauche – elle – est plutôt rousseauiste : elle ne croit pas au péché originel, mais pense que l’homme est foncièrement bon et que c’est la société (injuste) qui le corrompt. Il faut donc renverser les structures injustes (la royauté, le capitalisme etc.) et les remplacer par des systèmes plus justes (la propriété collective, les taxations, les lois révolutionnaires etc.) et cela devrait suffire. Du coup, la gauche ne comprend pas pourquoi des pauvres resteraient du côté de la méchanceté, du mal et de l’injustice, et n’a jamais pu envisager que derrière le communisme à l’Est il y aurait le goulag…

La gauche a un problème avec le péché originel.
La droite a un problème avec la Rédemption.
Mais toutes deux sont pélagiennes….

Le pélagianisme de la droite est tout individuel : c’est à chacun de faire son salut, il n’y a rien à attendre du collectif si ce n’est garantir les libertés individuelles. Ce pharisaïsme actif prône et sacralise la responsabilité individuelle, le sens de l’initiative, la valeur travail et le mérite. Le mythe du self-made-man incarne au plus haut point le salut libéral, acquis à la force du poignet par la seule force de l’individu.

Le pélagianisme de la gauche est plutôt collectif. Il suffit de s’unir pour renverser les inégalités et notre action rétablira la justice. Cela ne dépend que de nous. L’Utopie (version sécularisée du royaume de Dieu) est à portée de main, fruit de notre combat collectif.

 

On voit que droite et gauche laissent peu de place finalement à ce que Jésus appelle « être justifié », c’est-à-dire à l’accueil de ce qui nous est donné sans pouvoir le produire par nous-mêmes. Peut-être est-ce l’écologie politique qui pourrait nous faire sortir de ces excès ? Car l’écologie nous rappelle qu’il y a un donné naturel, indépendant de l’homme, sensible à ses actions, et que ce donné n’est pas illimité. L’homme n’est pas tout-puissant : les conséquences de sa volonté de maîtrise totale risquent de lui revenir en pleine figure. Accumuler des performances techniques comme le pharisien ses bonnes œuvres, ou même énumérer ses gaspillages comme le publicain ses péchés ne le sauvera pas. Il faudra une nouvelle alliance avec la nature, où l’homme acceptera d’accueillir et pas seulement de prendre, d’être justifié en quelque sorte au lieu de se justifier.

La plupart des grandes idées politiques sont des concepts théologiques sécularisés. Qu’au moins la parabole du pharisien et du publicain inspire d’autres politiques à ceux qui nous gouvernent, et à nous qui sommes censés les choisir !

 

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[1]. Ce concept est popularisé par Etienne Klein, philosophe des sciences, à propos du néant à qui on donnerait un contenu si on le définissait alors qu’il n’en n’a pas : « L’idée du néant est destructrice d’elle-même, on ne peut penser au néant qu’en n’y pensant pas ». L’humilité est comme le néant : impensable…

[2]. Pour trop minimiser la grâce, la doctrine de Pélage fut désavouée par le 16° concile de Carthage en 418.

[3]. Il en fait beaucoup plus que les autres. Par exemple la Loi obligeait les Juifs à jeûner deux fois par an : le Jour de Yom Kippour et l’anniversaire de la destruction du Temple par les Babyloniens en 586 av. J.-C. Certains pharisiens zélés pratiquaient cependant le jeûne deux fois par semaine : le jeudi et le lundi, car selon les rabbins Moïse est monté chercher les tables de la Loi le quatrième jour de la semaine et il est revenu le premier jour de la semaine suivante. Les cas de jeûne de deux jours étaient pourtant rares et cela fait croire au pharisien qu’il était extraordinaire dans ses actes.

[4]. Eloi Leclerc, Sagesse d’un pauvre, Paris, Éditions franciscaines, 1984, p.114


LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« La prière du pauvre traverse les nuées » (Si 35, 15b-17.20-22a)

 

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice.

 

PSAUME

(Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23)
R/ Un pauvre crie ; le Seigneur entend. (Ps 33, 7a)

 

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

 

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur entend ceux qui l’appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.

 

Il est proche du cœur brisé,
il sauve l’esprit abattu.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice » (2 Tm 4, 6-8.16-18)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. J’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

 

ÉVANGILE

« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien » (Lc 18, 9-14)
Alléluia. Alléluia. Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation. Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts). Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’ Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ».

Patrick BRAUD

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