L'homélie du dimanche (prochain)

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2 avril 2011

Rousseur et cécité : la divine embauche !

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Rousseur et cécité : la divine embauche !

Homélie pour le 4° dimanche de Carême / Année A
Dimanche 03 Avril 2011

Construire avec ceux qui ont été déconstruits par la vie.

Appeler ceux qui sont à l’écart, hors candidature.

Embaucher ceux à qui personne ne pense.

Faire le pari de révéler le roi ou l’apôtre caché sous  la rousseur ou la cécité…

Tels sont les paris des textes liturgiques de ce Dimanche de carême.

Le futur roi est le fils auquel même le père ne pensait pas, et en plus il est roux !

L’apôtre qui va proclamer que Jésus est l’envoyé de Dieu (Siloé) est un ancien aveugle mis au ban de la société.

 

Pourquoi hurler aux roux ?

- Pourquoi les roux ont-ils toujours fait peur ?

Pourquoi cette couleur de cheveux suffit-elle à évoquer de sulfureuses alliances ? À inspirer de la peur irrationnelle ?

Dans l’Egypte ancienne, le sombre dieu Seth régnait sur le désert, qui se dit ‘dashre’ en arabe, ce qui signifie aussi : ‘terre rouge’. Plutarque raconte que lors de certaines fêtes en l’honneur de Seth, on n’hésitait pas à maltraiter des roux en les jetant dans la boue.

En Israël comme ailleurs, un garçon roux suscite la méfiance et rejet. Dans une société encore fortement imprégnée de magie, malgré le monothéisme récent, la rousseur de David joue en sa défaveur. Au point que son père ne pense même pas à lui dans le défilé de ses fils candidats à l’onction royale !

Une rumeur persistante a ensuite attribué à Judas le traître une chevelure rousse, bien adaptée à son rôle…

Au Moyen Âge, on attribuait aux roux une complicité avec le diable, sans doute à cause de la couleur des flammes de l’enfer qui se reflète dans leur chevelure (la rousseur est souvent ‘flamboyante’ !)… On disait alors qu’ils sentaient mauvais, qu’ils avaient une sexualité débridée (un feu dévorant), que c’étaient des êtres à part.

- Pire qu’un CV handicapé d’un nom imprononçable, pire qu’une domiciliation dans une banlieue infréquentable, la non-candidature de David résonne comme la stigmatisation - intolérable pour Dieu – des gens différents dont on a peur, sans trop savoir pourquoi.

Rousseur et cécité : la divine embauche ! dans Communauté spirituelle samuel+oint+davidAu cinéma, de ‘Poil de Carotte’ souffre-douleur à ‘Carrie (rousse) au bal du diable’ jusqu’à David Caruso – ‘l’expert de Miami’ – les roux sont auréolés de cette fascination inquiétante.

La rousseur fait tache, et les taches de rousseur deviennent vite ‘malignes’ !

- Le choix de David est donc à contre-courant de ces représentations anti-roux.

Mieux qu’un combat pour reconnaître la diversité (terme pudique pour appeler positivement les minorités sociales, ethniques ou religieuses peu considérées), la discrimination positive dont Dieu fait preuve ici vis-à-vis de David est devenue l’une des missions prioritaires des croyants.

 

Les roux dans la Bible

- Ésaü était roux (Gn 25,25). C’était le premier jumeau sorti du ventre de sa mère, avant  cécité dans Communauté spirituelleJacob. Parce qu’il était habile chasseur, il était le préféré de son père Isaac. Dans un jeu de mot célèbre de (Gn 25,30), Ésaü demanda Jacob de manger « de ce roux-là », qui est en fait le célèbre plat de lentilles. En réalité, il demande de se manger lui-même, à s’auto-dévorer ! Le roux Ésaü n’a pas bonne presse. C’est de son frère Jacob et pas de lui que sortira ensuite la descendance d’Israël.

 

- Le prophète Zacharie parle lui d’un songe où il voit un homme montant un cheval roux (Za 1,8) : c’est un ange de Yahvé qui intercède pour Jérusalem. Le roux est ici la couleur mystérieuse de celui qui transmet un message de la part de Dieu.

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- C’est une vache rousse qui doit être sacrifiée à Éléazar le grand prêtre, afin de que ses cendres servent à produire l’eau lustrale qui rendra purs tous ce qui se sont souillés rituellement (Nb 19,1).

 

On voit donc que dans la Bible la rousseur n’est pas si négative que cela. Elle est même le signe de la préférence paternelle (Ésaü), du sacrifice qui purifie le peuple (la vache rousse), du message qui est envoyé par Dieu (le cheval roux de l’ange).

 

C’est cité dans le texte

Quant à la cécité qui frappe notre aveugle de la piscine de Siloé, elle est une maladie qui également fait peur à l’époque. Car on croyait que c’était un châtiment pour quelque faute cachée que Dieu seul connaît. Ou alors une faute qui remonterait à la génération d’au-dessus.

Toujours cette vieille idée – encore vivante – de voir dans la nature des forces divines invisibles, mystérieuses et redoutables.

En plus, on soupçonnait les aveugles de voir à l’intérieur d’eux-mêmes des choses que les autres ne peuvent pas voir. De là à les accuser de sorcellerie, en leur prêtant des pouvoirs étranges (comme aux roux), il n’y avait qu’un pas

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Or Jésus est très clair : la cécité est faite pour être combattue. Elle ne vient pas de Dieu. La guérison de cet aveugle manifeste ainsi la vraie nature de Jésus, l’envoyé (Siloé) du Père pour nous libérer de la soumission magique aux forces naturelles.

 

 

Le choix du roi David va dans le même sens : Dieu ne se laisse pas piéger par les craintes irrationnelles devant les gens « différents ». Dieu appelle tout être humain. Il aurait même tendance – comme pour David le roux, l’aveugle craint ou  Jésus la pierre rejetée des bâtisseurs – à choisir des intouchables, à s’appuyer sur les rebuts de l’humanité, à bâtir avec ceux que les bâtisseurs ont exclus…

Ni rousseur, ni cécité : rien ne peut empêcher Dieu de renverser les préjugés, les superstitions, les peurs magiques qui pèsent encore aujourd’hui sur les « différents » de nos villes et de nos communautés…

Saurons-nous nous aussi, avec le Christ, appeler les ‘roux’ et les ‘aveugles’ qui nous entourent ?

Si nous sommes nous-mêmes marqués par la ‘rousseur’ ou la ?cécité’, osons-nous croire que Dieu nous appelle de manière privilégiée sans s’arrêter à ce que les autres considèrent comme un handicap ou une menace ?

 



1ère lecture : Dieu choisit le roux David comme roi de son peuple (1S 16, 1b.6-7.10-13a)

Lecture du premier livre de Samuel

Le Seigneur dit à Samuel : « J’ai rejeté Saül. Il ne règnera plus sur Isaraël. Je t’envoie chez Jessé de Bethléem, car j’ai découvert un roi parmi ses fils. Prends une corne que tu rempliras d’huile, et pars ! »
En arrivant, Samuel aperçut Éliab, un des fils de Jessé, et il se dit : « Sûrement, c’est celui que le Seigneur a en vue pour lui donner l’onction ! »
Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le coeur. »
Jessé présenta ainsi à Samuel ses sept fils, et Samuel lui dit : « Le Seigneur n’a choisi aucun de ceux-là. N’as-tu pas d’autres garçons ? »
Jessé répondit : « Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau. »
Alors Samuel dit à Jessé : « Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé. »
Jessé l’envoya chercher : le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau.
Le Seigneur dit alors : « C’est lui ! donne-lui l’onction. »
Samuel prit la corne pleine d’huile, et lui donna l’onction au milieu de ses frères. L’esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Vivre dans la lumière (Ep 5, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtres aux Éphésiens

Frères,
autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière – or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.
Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt.
Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte d’en parler.
Mais quand ces choses-là sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière. C’est pourquoi l’on chante :
Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera.

Evangile : L’aveugle-né (Jn 9, 1-41 [Lecture brève : 9, 1.6-9.13-17.34-38])

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir.
Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-il ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? »
Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. »
Patrick Braud

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26 mars 2011

Les trois soifs dont Dieu a soif

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les trois soifs dont Dieu a soif

Homélie pour le 3° dimanche de Carême / Année A
Dimanche 27 Mars 2011

 

Jésus, épuisé, au puits

Curieuse histoire de puits en effet…

Déjà, il faut être un peu fou dans un pays chaud comme Israël pour marcher sur la route en plein midi *, en plein ?cagnard’. Mais c’est le signe que, en Jésus, Dieu  parcourt nos routes humaines même dans la fournaise la plus intense.

En outre, à midi, il n’y a pas d’ombre, et rien ne fera obstacle à la manifestation de l’identité de Jésus.

Évidemment, dans ces conditions, il n’y a pas grand monde à se risquer sur la route en plein soleil ! Fatigué, Jésus s’assoit au bord d’un puits, présent comme par hasard sur le chemin. Le jeu de mots est facile à faire : Jésus est é-puisé au bord de ce puits. Il se vide de lui-même en parcourant nos routes, car il ne rencontre personne à qui se donner.

 

Les trois soifs dont Dieu a soif dans Communauté spirituelle sama1Personne ? Si : cette Samaritaine qui va au puits toute seule, presque honteusement, à l’écart des autres femmes dont elle endure sans doute le mépris à cause de sa situation conjugale.

Se déroule alors un chassé-croisé évolutif dont l’évangéliste Jean est si expert et si friand dans ses récits :

- « Donne-moi à boire » / « c’est toi qui devrais me demander à boire »

- « ton mari » / les six compagnons

- Jérusalem / Garrizim / « en esprit et en vérité »

- « viens manger » / « ma nourriture est autre »

Le texte va de la soif de Jésus à sa vraie nourriture, en passant par la vérité sur la soif amoureuse de cette femme, sur la soif d’adoration des juifs et des samaritains.

 

Dieu a soif de notre soif

Le thème central de ce récit se situe donc autour de la soif : celle de la femme (soif de se désaltérer, soif d’aimer, soif d’adorer), celle du Christ (soif de pouvoir donner à boire à l’humanité).

De la même manière que Jésus se nourrit de la volonté de son Père, ainsi il se désaltère de la soif des hommes. Ce n’est qu’en rencontrant des êtres assoiffés, des êtres de désir, qu’il peut faire « couler de son sein des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38-39) c’est-à-dire la vie « en Esprit et en vérité ».

Les désirs de l’âme ont devant Dieu un grand prix. Dieu a soif de notre soif. Il semblerait qu’on lui procure un avantage quand on lui demande quelque bien. Il a plus de joie à donner que les autres à recevoir (saint Grégoire de Naziance : Discours XL 27).

 

« J’ai soif », supplie Jésus sur la Croix : cette soif est sans doute le ressort le plus intime de sa passion pour l’homme. Et nous ne lui donnons le plus souvent que du vinaigre…

 

 

Les trois soifs

Les trois soifs qui animent la Samaritaine sont toujours les nôtres.

1. Soif d’être dés-altéré

 amour dans Communauté spirituelleCe qui d’ailleurs est assez bizarre ici, car un puits est plutôt rempli d’eau dormante que d’eau vive ! Sauf à être directement relié à une source qui le traverse…

 

Se désaltérer, c’est être rendu à soi-même (s’altérer = devenir un autre / se dés-altérer = ne plus être un autre) : « il m’a dit tout ce que j’ai fait ».

Cette femme, en buvant les paroles de Jésus, peut enfin être elle-même, assumer son histoire (compliquée !), sans honte ni détour.

Elle est si heureuse de pouvoir enfin être elle-même (sans ombre, en plein midi) qu’elle en devient rayonnante, au point d’intriguer les habitants de sa ville, qui voudront du coup eux aussi s’approcher du puits-Jésus.

 

2. Soif d’aimer et d’être aimé

De façon étonnante, Jésus aide cette femme à être vraie sur sa situation amoureuse, sans pour autant la condamner, ni lui demander de changer quoi que ce soit ! Il ne lui demande pas de revenir à son 1° ou à son 5° mari. Il lui permet simplement d’assumer sa situation actuelle sans peur des avis des autres. Et c’est efficace ! Elle qui venait en catimini à ce puits à une heure où elle serait sûre d’être seule, elle va ensuite inviter tous les habitants de la ville à venir avec elle rencontrer Jésus !

 

La première missionnaire dans l’Évangile de Jean est bien cette femme, peu recommandable, à qui Jésus a donné la capacité d’être elle-même, sans honte.

 

3. Soif d’adorer

 CarêmeCette soif-là nous paraît plus étrangère dans notre culture actuelle. Qui se pose aujourd’hui la question de savoir qui adorer et où ? Jérusalem ou Garrizim, christianisme ou islam, méditation zen ou New Age, la question de l’adoration semble reléguée au mieux dans la sphère privée, au pire dans l’insignifiance.

Et pourtant…

À y regarder de plus près, la question de savoir ce qui est le plus important, ce qui doit passer avant tout le reste, est bien au coeur des inquiétudes modernes. Le marché où les droits de l’homme ? La famille ou la liberté morale ? La sécurité ou la bienveillance ? La croissance économique (au prix de l’énergie nucléaire par exemple) ou bien la sécurité de notre énergie (au risque d’une décroissance difficile à supporter) ?

Un théologien, Paul Tillich, a montré que nos sociétés occidentales n’ont pas supprimé la question de l’absolu – ce devant quoi on se prosterne - mais l’ont déplacé ailleurs (sur d’autres monts Garrizim…). Chacun se prosterne – même sans le savoir - devant des petits dieux qu’il adore à mesure de l’énergie et du temps qu’il met à les poursuivre. Chacun a son « ultimate concern », ce par quoi il se sent absolument concerné, de manière ultime. Que ce soit le football ou l’écran, la famille ou le boulot, le pouvoir ou l’argent, la reconnaissance sociale ou l’engagement altruiste, cet « ultimate concern » désigner de façon concrète ce que chacun adore, même sans le savoir…

 
 

Quelle soif puis-je offrir à celle du Christ ?

 leurreC’est bien l’interrogation devant laquelle ce texte nous place.

Si, en Jésus, Dieu a soif de nos soifs (se désaltérer / aimer / adorer), où en suis-je  de ces trois quêtes fondamentales ?

Nous ne savons pas que s’il nous demande, c’est pour avoir l’occasion de nous donner bien plus largement que tout ce que nous aurons pu faire pour lui (saint Augustin : « Tractatus in Johannis évangelium » XV 12).

 

Si je suis repu au point de ne plus avoir soif, il est temps que ce carême vienne réveiller en moi mes insatisfactions les plus fortes.

Si je m’égare à chercher dans des flaques d’eau dormante et boueuses l’eau vive que le Christ laisse couler de son côté en abondance, il est temps de réorienter mon énergie et mon temps loin de Jérusalem, loin du mont Garrizim, « en Esprit et en vérité ».

 

Prenons le temps cette semaine d’habiter cette question, sans y répondre trop vite :
quelle soif puis-je offrir à celle du Christ ?

 

 

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* la « 6° heure » après le lever du soleil dans le texte, soit midi : 6 est le chiffre de l’incomplétude, comme les 6 jours de la Création non achevés, comme les 6 compagnons de cette femme.

 

 

1ère lecture : Par Moïse, Dieu donne l’eau à son peuple (Ex 17, 3-7) 

Lecture du livre de l’Exode

Les fils d »Israël campaient dans le désert à Rephidim, et le peuple avait soif. Ils récriminèrent contre Moïse : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Etait-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? »
Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! »
Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant eux, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va !
Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! »
Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Défi) et Mériba (c’est-à-dire : Accusation), parce que les fils d’Israël avaient accusé le Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis au défi, en disant : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? »

Psaume : Ps 94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9 

R/ Aujourd’hui, ne fermons pas notre coeur, mais écoutons la voix du Seigneur !

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits. 
Oui, il est notre Dieu ; 
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre coeur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

2ème lecture : L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs (Rm 5, 1-2.5-8) 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu.
Et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.
Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions.
- Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien.
Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

Evangile : La Samaritaine et le don de l’eau vive (Jn 4, 5-42 [lecture brève: 4, 5-15.19b-26.39a.40-42])

 

Acclamation : Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Le Sauveur du monde, Seigneur, c’est toi ! Donne-nous de l’eau vive, et nous n’aurons plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.
Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ;
mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »
Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.

Pendant ce temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre.
Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Il est bien vrai, le proverbe : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’
Je vous ai envoyés moissonner là où vous n’avez pas pris de peine, d’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick Braud 

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19 mars 2011

Figurez-vous la figure des figures

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Figurez-vous la figure des figures

 

Homélie pour le 2° dimanche de Carême / Année A

Dimanche 20 Mars 2011

 

·       Les figures dans le langage et la Bible

Pour mieux apprécier le sens de ce mot étrange : transfiguration, qui est au cœur de notre page d’évangile, laissons résonner en nous les expressions françaises qui parlent de figure.

 

- Une figure de caractère, c’est une composition académique pour plus d’intensité expressive. C’est le genre de figure qu’inventait Jésus dans ses paraboles : le riche et Lazare, la veuve importune, le bon samaritain etc…

 

- Une figure de style est une construction oratoire soigneusement construite pour produire son effet : une litote, une métaphore etc? Les Écritures regorgent de tels procédés littéraires, le plus souvent au service de la mémorisation par cœur d’une tradition orale (les hymnes du Nouveau Testament par exemple).

 

- En patinage artistique, les champions doivent exécuter des figures libres et des figures imposées. Nombre de questions pièges tendues à Jésus par les notables ressemblent à des figures imposées pour être reconnu comme un vrai rabbin : interprétation de la Loi, études de cas alambiqués? Jésus leur propose souvent ses figures libres : paraboles décoiffantes, gestes surprenants?

 

- Une figure deFigurez-vous la figure des figures dans Communauté spirituelle figure-proue-301759 proue se situe à l’avant du navire : visage marquant qui conduit l’avancée d’un groupe. Jésus est par excellence la figure de proue d’une humanité naviguant vers son port d’attache : la communion d’amour trinitaire.

 

Prendre figure se dit d’un projet, une ébauche qui commence à se réaliser, à prendre forme. En Jésus, le projet divin prend figure, s’incarne dans un visage, prend forme au milieu de l’humanité.

 

- Quand quelque chose se voit comme le nez au milieu de la figure, c’est une évidence incontestable ! Les pauvres, les handicapés et les laissés-pour-compte de la société lisaient sur le visage de Jésus cette  évidence : il vient de Dieu, il mène à Dieu ; cela se voit comme le nez au milieu de la figure !

 

Se figurer, c’est s’imaginer, attribuer un visage à un projet, à un événement à venir. Les juifs se figuraient que le Messie serait glorieux, lumineux, imposant. Et voici que paraît un modeste galiléen bientôt cloué comme un criminel sur le bois de la croix…

 

Faire bonne figure : c’est ce que Hérode est obligé d’adopter comme attitude auprès des invités de son festin. Pour faire bonne figure, il fera décapiter Jean-Baptiste (ce qui est une autre manière de perdre la face, hélas !), à contrecœur.

 

christ12 beauté dans Communauté spirituelleFaire pâle figure : c’est sans doute ce qu’ont pensé de Jésus les spectateurs lors de son procès. Il s’est bien mal défendu. Il a fait triste figure.

 

Faire de la figuration, c’est accepté de jouer un rôle mineur, à la manière de Pilate qui se défausse de sa responsabilité.

 

L’art figuratif, à la différence de l’art abstrait, s’attache à peindre le réel pour qu’on le reconnaisse, tel que le sculpteur ou le peintre l’a interprété, transformé. L’art littéraire des Évangiles est plutôt de ce type.

 

- Le sens figuré d’une expression invite à lire un portrait d’autre chose ou de quelqu’un d’autre là où le sens propre se limite au texte. L’Ancien Testament pour les chrétiens a un sens figuré où le portrait du Christ apparaît en filigrane à chaque page des prophètes, de la Loi ou des sages.

 

- Un cas de figure est une situation envisagée par hypothèse. ?Et si cet homme était vraiment le Messie ?’ Gamaliel usera de cet argument auprès du Sanhédrin pour faire relâcher les apôtres persécutés.

 

Se casser la figure, c’est chuter tout entier, en prendre plein la figure. Ce qui arrive au visage est signe de ce qui arrive à la personne tout entière. Quand Jésus tombe trois fois sur son chemin de croix, il se casse plus que la figure…

 

- D’ailleurs, celui qui est défiguré devient étranger à lui-même, étranger aux autres qui le repoussent. Passer à travers le pare-brise lors d’un accident défigure gravement ; un jet d’acide ou une maladie de peau également. Passer à travers sa Passion a défiguré le Christ comme jamais homme n’a été défiguré. Il n’avait plus figure humaine...

 

·       La Transfiguration, antidote à la défiguration

christ figure

C’est comme une chirurgie du visage par avance qu’opère notre évangile.

Pour que la laideur de la défiguration du crucifié ne soit pas absolue, le Père de Jésus révèle un instant la vraie beauté de son Fils, dans la gloire de l’Esprit.

Pour que l’espérance ne soit pas assassinée avec Jésus, son Père le transfigure en une brève fulgurance  éblouissante.

Un filigrane de beauté s’imprimera en souvenir de cet événement dans la mémoire de Pierre, Jacques et Jean. Ce filigrane de la Transfiguration leur permettra après-coup de ne pas laisser la laideur de l’apparence du visage tuméfié être le dernier mot sur Jésus.

 

 

 

 

·       La figure humaine de la dignité de chacun

Ce n’est pas seulement à un parcours littéraire que nous invite ce terme de transfiguration.

C’est à un autre regard sur le visage de tout homme : du plus défiguré au plus resplendissant, le visage de chaque être humain est une épiphanie, une manifestation de la beauté promise.

 

Il nous faut des moments de lumière comme celui partagé au Mont Thabor pour affronter ensuite la laideur sans jamais désespérer.

 

Que la Transfiguration de Jésus change notre regard sur tout visage rencontré !

 

 

 

1ère lecture : La vocation d’Abraham (Gn 12, 1-4a)

Lecture du livre de la Genèse

Abraham vivait alors en Chaldée. Le Seigneur lui dit : « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai.
Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction.
Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les familles de la terre.»

Abram partit, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth partit avec lui.

Psaume : Ps 32, 4-5, 18-19, 20.22

R/ Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi !

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi.

2ème lecture : Dieu nous appelle à connaître sa gloire (2Tm 1, 8b-10)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Fils bien-aimé,
avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile.
Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles,
et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile.

 

Evangile : La Transfiguration (Mt 17, 1-9)

 

Acclamation : Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Du sein de la nuée resplendissante, la voix du Père retenti : « Voici mon Fils, mon bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »
Patrick BRAUD

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5 mars 2011

Roc ou sable : quelles sont vos fondations ?

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Roc ou sable : quelles sont vos fondations ?

 

Revenir aux fondamentaux

·       Au rugby, lorsqu’une équipe doute d’elle-même et commence à perdre son jeu, le coach lui crie sur le banc de touche et lui répète à la mi-temps ce conseil si précieux : revenez aux fondamentaux ! C’est-à-dire : retrouvez ce pourquoi vous êtes sur le terrain : vous faire plaisir, être ensemble, construire du jeu, marquer des points… Vous retrouverez alors les gestes simples, essentiels, du pack d’avants  aux lignes arrières, qui vous feront retrouver notre rugby !

 

 

Avec cette parabole des deux maisons, roc et sable, Jésus aurait été un bon entraîneur de rugby : lorsque l’adversité s’acharne contre vous, revisitez vos fondations ! Retrouvez le socle de votre histoire personnelle et collective…

 

 

 

Sur quelles fondations avons-nous posé les choix les plus importants de notre vie ?

·       Sur quoi reposent finalement nos décisions les plus engageantes ?

Quel est le socle ultime sur lequel nous avons bâti nos projets les plus significatifs ?

 

La parabole des deux maisons, roc et sable, nous incite à faire ce travail de refondation : aller chercher dans notre histoire, aller creuser notre colonne vertébrale intérieure pour mettre au jour les vraies raisons, les profondes motivations qui ont présidé à nos constructions de longue haleine.

 

Roc ou sable : quelles sont vos fondations ? dans Communauté spirituelle 515OrBcvkSL._SL500_AA300_

·       Lorsqu’un couple va mal, éprouvé par la tempête, il est obligé de revenir à ses fondations. S’il n’y avait que le sentiment amoureux comme socle de la relation, il est fort probable que le couple sera emporté par des aléas climatiques tels que Jésus l’évoque dans la parabole : la routine, l’infidélité, la maladie, la durée, le vieillissement…

Si un couple marié sur deux divorce actuellement en France, c’est que la vie sociale actuelle ne fait pas de cadeaux à ceux dont la fondation ne s’appuie pas « sur le roc ».

 

Le livre de Luc Ferry : « la révolution de l’amour » (Plon, 2010) nous rappelle que le mariage d’amour est une invention récente, deux siècles à peine. Avant, on se mariait surtout pour s’entraider, pour faire alliance, pour fonder une famille à deux, parce que traverser la vie tout seul serait trop dur. Un mariage où l’intérêt bien compris de chacun jouait un grand rôle.

 

 

Mais on ne demandait pas tout au conjoint.

À vouloir que l’autre aujourd’hui réponde à toutes les demandes : d’affection, de sécurité, de reconnaissance, d’intelligence, de culture, de respect de ma liberté etc… on fragilise énormément le couple. Demander à l’autre de combler mes manques, c’est faire peser sur lui un fardeau trop lourd.

 

 

 

Pascal Bruckner analyse l’échec du sentiment amoureux dans son essai : « le mariage d’amour a-t-il échoué ? » (Grasset, 2010). Fonder le mariage sur le seul sentiment amoureux semble bien le fragiliser énormément (répétons-le : un divorce pour deux mariages, c’est énorme ; comme est très significative l’augmentation des familles monoparentales). La tyrannie de l’épanouissement, la dictature du sentiment réduit à l’affectif… : le mariage d’amour sombre parce qu’on lui en demande beaucoup trop !

 

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·       Les fondations du mariage sont donc à réinventer. Sans revenir au mariage d’intérêt ou d’alliances familiales, faire jouer la raison, la volonté et le choix des critères ultimes permettrait peut-être aux couples de poser d’autres fondations que la seule émotion.

Comme le constate le psaume 10 : « quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ? »

 

·       Ce devoir de refondation vaut pour le couple, mais également :

- pour l’économie (cf. la fameuse régulation du système financier qui reste à construire),

- pour la religion (continuer à pratiquer et la vivre en communauté « comme avant » ne tient plus guère),

- pour la cohésion sociale (sur quoi fonder la volonté de vivre ensemble lorsqu’on est si différent d’un quartier à l’autre, ou au sein de la même banlieue ?),

- pour le travail en entreprise (maximiser son intérêt personnel n’est sûrement pas une fondation « sur le roc ») ….

 

La parabole des deux maisons, roc et sable, ne s’applique donc pas qu’au mariage, même si ce texte est au ?top ten’ des liturgies des mariages chrétiens chaque été.

 

Refonder

·       Or revisiter ses fondations lorsqu’on a déjà construit plusieurs étages au-dessus peut paraître périlleux, dangereux, voire impossible. Peut-on changer les fondations des années après ? Faut-il attendre que les épreuves fassent écrouler ce qui était  mal posé pour repartir fonder ailleurs et autrement ?

Difficile d’avoir une réponse unique.

- Pour certains d’entre nous, il faudra des écroulements (couple, travail, vie sociale…) pour effectivement reconstruire autrement.

- Pour d’autres, il suffira de consolider ce qui était trop « sableux » dans les ancrages des débuts, comme on injecte du béton dans des fondations trop fragiles.

- D’autres encore réussiront ce tour de force de garder leurs choix essentiels, mais en les fondant autrement. On a vu tant de couples ressortir plus forts d’une crise grave, tant d’entreprises repartir sur d’autres bases plus solides après avoir frôlé l’anéantissement etc..

 

·       L’essentiel est de garder un œil sur ces fondations dont parle le Christ.

Descendez de temps en temps à la cave, sortez à nouveau les plans d’architecte, testez la résistance de votre structure intérieure aux aléas de la vie : sur quoi sont fondés finalement vos choix les plus importants ?

 

N’oubliez pas ce que l’entraîneur de l’équipe de rugby vous crie à vous aussi lorsque le jeu se met à flotter : « revenez à vos fondamentaux«   !

 

 

 

1ère lecture : Ceux qui écoutent les commandements, et ceux qui ne les écoutent pas (Dt 11, 18.26-28.32)

 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disaint au peuple d’Israël :
« Les commandements que je vous donne, mettez-les dans votre coeur, dans votre âme. Attachez-les à votre poignet comme un signe, fixez-les comme une marque sur votre front. 

Aujourd’hui je vous donne le choix entre la bénédiction et la malédiction :
bénédiction si vous écoutez les commandements du Seigneur votre Dieu, que je vous donne aujourd’hui ;
malédiction si vous n’écoutez pas les commandements du Seigneur votre Dieu, si vous abandonnez le chemin que je vous prescris aujourd’hui, pour suivre d’autres dieux que vous ne connaissez pas.
Veillez à mettre en pratique les décrets et les commandements que je vous présente aujourd’hui. »

 

Psaume : Ps 30, 3bc-4, 17.20cd, 24ab.25

 

R/ C’est toi Seigneur, le rocher qui me sauve

Sois le rocher qui m’abrite,
la maison fortifiée qui me sauve.
Ma forteresse et mon roc, c’est toi :
pour l’honneur de ton nom, tu me guides et me conduis.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Tu combles à la face du monde
ceux qui ont en toi leur refuge.

Aimez le Seigneur, vous ses fidèles :
le Seigneur vielle sur les siens.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

 

2ème lecture : « C’est par la foi que l’homme devient juste »(Rm 3, 21-25a.28)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
tous les hommes sont dominés par le péché ; la loi de Moïse, elle, servait seulement à faire connaître le péché.
Mais aujourd’hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté sa justice qui nous sauve : la Loi et les prophètes en sont déjà témoins.
Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus Christ, elle est pour tous ceux qui croient. En effet, il n’y a pas de différence :
tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu,
lui qui leur donne d’être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus.

Car Dieu a exposé le Christ sur la croix afin que, par l’offrande de son sang, il soit le pardon pour ceux qui croient en lui.
En effet, nous estimons que l’homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse.

 

Evangile : Conclusion du sermon sur la montagne. La maison bâtie sur le roc et la maison bâtie sur le sable (Mt 7, 21-27)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ! Oui, il est notre Dieu. Alléluia.(Ps 94, 1.7)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s »étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux.
Ce jour-là, beaucoup me diront : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?’
Alors je leur déclarerai : ‘Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !’ 

Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »  Patrick Braud 

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