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21 décembre 2025

Noël : tu es devenu(e) un Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Noël : tu es devenu(e) un Dieu

 

Homélie de Noël, pour la Nativité du Seigneur  / Année A
25/12/25

Cf. également :

Noël, qu’est-ce que ça change ? 

Le Noël du Prince de la paix 

Noël, l’anti kodokushi
Noël : assumer notre généalogie
Noël : La contagion du Verbe
Y aura-t-il du neuf à Noël ?
Noël : évangéliser le païen en nous
Tenir conte de Noël
Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…
Justice et Paix s’embrassent

Lier Pâques et paix
La Trinité en actes : le geste de paix
La paix soit avec vous

 

Noël : tu es devenu(e) un Dieu dans Communauté spirituelle artfichier_361791_7685303_201804265352254La joie de Noël vient de l’avenir que cette fête nous ouvre : Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu !

Se laisser diviniser est depuis la Nativité la plus belle espérance qui nous soit offerte : plus que la résurrection générale attendue par les juifs, plus que le Paradis trop humain imaginé par les musulmans, seuls nous osons proclamer que nous participerons à qui est Dieu en lui-même, communion d’Amour trinitaire.

Le Psaume 82 laissait déjà entrevoir cette espérance d’une divinisation accordée à tous :
« Je l’ai dit : Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous ! » (Ps 82,6).
Et Jésus n’a pa manqué de s’appuyer sur ce verset pour réfuter ses adversaires lors de la guérison de l’aveugle-né :
« Ils lui répondirent : “Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu.” Jésus leur répliqua : “N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, et l’Écriture ne peut pas être abolie » (Jn 10,33-35).

La divinisation de l’homme, tout l’homme, tous les hommes, est le cadeau de Noël déposé aux creux de nos mains ce soir : saurons-nous l’accueillir ?

 

Pour nous y encourager, relisons l’un des premiers papes, martyr en Sardaigne sous l’empereur romain Maximin Ier le Thrace :

 

Christ a pris notre humanité pour que nous ayons part à sa divinité.

Telle est notre foi : nous ne nous laissons pas persuader par des paroles creuses, ni entraîner par des caprices du cœur, ni fasciner par le charme de beaux discours. Mais nous acquiesçons aux paroles proférées par la puissance divine.


Ce sont les ordres que Dieu donnait au Verbe, et le Verbe les prononçait par l’intermédiaire des prophètes pour détourner l’homme de la désobéissance. Il ne le réduisait pas en esclavage par la contrainte, mais il l’appelait à choisir volontairement la liberté.


louis-toffoli-la-nativité. divinisation dans Communauté spirituelleCe Verbe, Dieu l’envoya dans les derniers temps, mais non pour que sa parole soit transmise par un prophète ; car il ne voulait pas que le Verbe se fit seulement soupçonner à travers une proclamation obscure. Il l’a envoyé se manifester en personne aux yeux des hommes, pour que le monde, en le voyant, soit sauvé. 


Nous avons appris que ce Verbe a pris chair d’une vierge et qu’il a porté l’homme ancien en rénovant sa nature. Nous savons qu’il s’est fait homme, de la même pâte que nous. Car s’il n’était pas ainsi, c’est en vain qu’il nous aurait commandé de l’imiter comme notre maître. Si cet homme est d’une autre substance, comment peut-il me prescrire de faire comme lui, à moi qui suis faible par nature ? Et alors où est sa bonté, sa justice ?


Pour bien faire comprendre qu’il n’est pas différent de nous, il a voulu supporter la fatigue et connaître la faim ; il n’a pas refusé d’avoir soif, il a trouvé son repos dans le sommeil, il n’a pas refusé la souffrance, il s’est soumis à la mort et il a rendu manifeste sa résurrection. 
En tout cela il a offert comme prémices sa propre humanité afin que toi, dans ta souffrance, tu ne perdes pas courage, mais que, reconnaissant que tu es toi-même homme, tu attendes, toi aussi, ce que le Père a donné à cet homme-là. 


Grâce à la connaissance du vrai Dieu, tu auras un corps immortel et incorruptible comme l’âme elle-même ; tu recevras en partage le Royaume des cieux parce que tu auras reconnu, tandis que tu vivais sur la terre, le Roi céleste. Tu seras le familier de Dieu et le cohéritier du Christ. Tu ne seras plus l’esclave des convoitises, des souffrances et des maladies, car 
tu es devenu un dieu.


Toutes les souffrances que tu as subies comme homme, Dieu te les envoyait parce que tu es un homme. Et tout ce qui appartient à Dieu, Dieu a promis de te le donner, lorsque tu auras été déifié, et engendré à l’immortalité. Voilà ce que signifie la maxime : « Connais-toi toi-même » : connais-toi en connaissant le Dieu qui t’a créé. Car se connaître appartient à l’homme appelé par Dieu, du fait qu’il est connu de lui.


Ne soyez donc pas ennemis de vous-mêmes ; n’hésitez pas à revenir en arrière. Car le Christ est Dieu, au-dessus de tout, lui qui a prescrit de laver les hommes du péché, qui a donné à l’homme ancien la perfection de l’homme nouveau ; dès le commencement, il l’a appelé son image, et par cette ressemblance il a montré sa tendresse pour toi. Si tu obéis à ses prescriptions saintes, si, en étant bon, tu imites celui qui est bon, tu deviendras semblable à lui et il te comblera d’honneur. Car Dieu n’est pas un mendiant, lui qui t’a fait dieu, toi aussi, pour sa gloire.

 

Hippolyte de Rome (vers 170 – 235), Réfutation de toutes les hérésies

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MESSE DE LA NUIT


PREMIÈRE LECTURE
« Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.
Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

 

PSAUME

(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc)
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : ’est le Christ, le Seigneur. (cf. Lc 2, 11)

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

 

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

 

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

 

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité.

 

DEUXIÈME LECTURE

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

 

ÉVANGILE

« Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14)
Alléluia. Alléluia.
Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
Patrick Braud

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14 décembre 2025

AdopteUnChrist.com !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

AdopteUnChrist.com !

 

Homélie pour le 4° Dimanche de l’Avent / Année A
21/12/25

Cf. également :

Joseph, l’homme aux songes, priait, travaillait et aimait

Marie, vierge et mère

Sois attentif à tes songes…

Deux prénoms pour une naissance

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

 

1. Le meilleur site de rencontre

Logo de AdopteUnMecConnaissez-vous AdopteUnMec.com ? C’est une success story française depuis fin 2007. Ce site de rencontre en ligne se propose de redonner aux femmes la liberté de choisir l’homme avec qui elles veulent échanger (ou plus si affinité !). Pour cela, l’inscription des femmes est gratuite (29,90 € par mois pour les hommes !). Ce site connut un succès fulgurant, et comptait en 2015 plus de 10 millions d’abonnés (à parité égale hommes-femmes), symptôme de la difficulté de se faire adopter comme partenaire dans notre société pourtant ultra connectée…

 

Dans l’évangile de ce dimanche (Mt 1,18-24), c’est Dieu lui-même qui cherche à se faire adopter en la personne de Jésus, fils de Marie. Il n’a même pas besoin d’un site de rencontre pour trouver son père adoptif : Joseph, sur la base de l’engagement de ses fiançailles avec Marie, va accepter l’enfant avec sa mère, nous ouvrant ainsi la voie à une adoption spirituelle dont l’adoption physique de Nazareth était la figure.
Le meilleur site de rencontre entre Dieu et l’homme, c’est l’homme…

 

2. La réticence de Joseph et la nôtre

Certains textes apocryphes font de Joseph un veuf âgé, sans doute pour rendre plus crédible le fait de vivre « comme frères et sœurs » avec Marie après leur mariage. Mais cela n’explique pas pourquoi Joseph envisage la rupture de ses fiançailles : « il décida de la renvoyer en secret ». Pourquoi refuser dans un premier temps de jouer la carte de l’adoption ?

Joseph et MarieLa plupart des commentateurs essaient d’expliquer la rupture des fiançailles par une infidélité supposée de Marie : si Joseph ignorait d’où venait l’enfant – sinon que ce n’était pas de lui – il pouvait logiquement en conclure que Marie avait trahi sa promesse de fiançailles, et donc qu’il lui fallait rompre avec elle. 

Problème : Joseph « était un homme juste » ; et à ce titre il connaissait et appliquait la Torah. Or, que commande la Loi juive lorsqu’une jeune fille vierge fiancée à un homme couche avec un autre homme ? : « Vous les amènerez tous les deux à la porte de la ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’ensuive » (Dt 22,23-24). Si Marie était adultère, il aurait été « juste » pour Joseph de la faire lapider. Alors que si Marie est innocente, il faut la sauver à tout prix.

Saint Jérôme concluait que la réticence de Joseph ne venait pas d’une supposée faute de Marie, mais de la grandeur du mystère qui le dépassait :

« Comment Joseph est-il déclaré juste, si l’on suppose qu’il cache la faute de son épouse ? Loin de là : c’est un témoignage en faveur de Marie. Joseph, connaissant sa chasteté, et bouleversé par ce qui arrive, cache, par son silence, l’évènement dont il [perçoit le grand] mystère » (sur Mt 1. 1, PL 26, 24).

Et saint Bernard renchérissait :

« Pourquoi Joseph voulut-il renvoyer Marie ? Prends cette interprétation, qui n’est pas la mienne mais celle des Pères : Joseph voulut la renvoyer pour la même raison qui faisait dire à Pierre : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur’ ; et au Centurion : ‘Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit’. Pierre trembla devant la puissance divine et le Centurion trembla en présence de la Majesté. Joseph fut saisi de crainte – comme il était humainement normal – devant la profondeur du mystère ; c’est pourquoi il voulait renvoyer Marie secrètement » (Homélie 2 sur le Missus est, PL 183, 68).


Aujourd’hui, en langage de coach, on dirait que Joseph souffre du 
syndrome de l’imposteur : il ne veut pas faire d’ombre à la paternité divine de Jésus en laissant croire aux autres que c’est lui le père de l’enfant. Les professionnels du coaching définissent ainsi ce syndrome de l’imposteur qui nous guette tous, à l’instar de Joseph, dans notre vie spirituelle :

AdopteUnChrist.com ! dans Communauté spirituelle 31999-large_default« Mécanisme psychologique qui consiste à mettre en doute, de façon permanente ses capacités et à entraîner un profond sentiment d’illégitimité. Il combine autodénigrement, peur de l’échec et doute de soi. Lorsque des individus souffrent de ce complexe, ils font preuve d’une grande modestie car ils ont tendance à être dans le déni de leur propre valeur, s’estiment incompétents et de fait, ne s’approprient pas leurs réussites ou succès qu’ils soient d’ordre professionnel ou personnel. Ils attribuent le mérite de ces derniers, à des facteurs extérieurs tels que le hasard, la chance, les opportunités, etc. Persuadés de tromper leur entourage comme leur hiérarchie, leurs collègues, leurs amis, leur famille… sur leurs compétences/qualités et se considérant comme des imposteurs, ils mettent en place des stratégies de défense comme l’auto-sabotage, de peur d’être démasqués » [1].

 

Tout se passe comme si Joseph craignait de ne pas être légitime dans son rôle de père de Jésus, en se disant en lui-même : ‘Les gens vont croire que c’est moi le vrai père, et donc que Jésus n’est pas le fils de Dieu. Je risque de faire échec à la volonté de Dieu qui est de manifester son fils à Israël et au monde. Je ne serai pas à la hauteur du rôle qu’on veut me faire jouer. Je dois donc m’effacer…’ Il ne veut pas s’approprier l’œuvre du Christ en laissant croire que cela vient de lui.

 

Voilà bien notre réticence à nous aussi : nous avons du mal à imaginer que Dieu veut à ce point avoir besoin de nous que nous puissions l’adopter comme notre enfant. Nous nous persuadons  ne pas être à la hauteur d’une telle demande : appeler Dieu « mon enfant » !

Comme le remarquait saint Bernard, c’est ce syndrome de l’imposteur qui fait dire à Pierre à genoux devant Jésus : « éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Lc 5,8 après la pêche étonnante dans les eaux du lac de Génésareth). Il a conscience d’une telle disproportion entre la grandeur de Jésus et sa propre petitesse de pêcheur-pécheur qu’il ne se croit pas légitime à être le proche, l’ami.

C’est ce syndrome de l’imposteur qui fait reconnaître au centurion romain : « Je ne suis pas digne de de te recevoir… » (Mt 8,8). Il n’ose pas croire qu’un prophète juif puisse avoir pitié de lui, incarnation de l’oppression militaire de l’occupant romain.

C’est ce même syndrome de l’imposteur qui nous paralyse à notre tour pour adopter le Christ « en le prenant chez nous », en le faisant grandir en nous comme notre enfant bien-aimé : qui pourrait se croire à la hauteur d’une telle paternité ?

 

3. Qu’est-ce qu’adopter ?

Ce qui est en jeu, c’est bien d’adopter Jésus. Nous le savons avec les enfants nés de père inconnu : adopter, c’est donner un nom qui enracine dans une lignée familiale, dans une histoire, une généalogie, une culture, un pays. Dieu a besoin de Joseph pour que Jésus soit reconnu « fils de David » (Mt 1,1), donc de la descendance messianique annoncée par les prophètes d’Israël et de Juda.

700-1160576-Certificat-officiel-d-adoption-simple adoption dans Communauté spirituelleAdopter le Christ, c’est l’inscrire dans notre famille, dans notre histoire personnelle et collective, en faire l’égal et le parent de ceux qui portent le même patronyme que le mien.

Adopter, c’est également donner des droits à cet enfant, et notamment le droit d’hériter de ses parents. Jésus hérite de Joseph le droit d’être de la descendance de David : il hérite de moi le droit de recueillir mon patrimoine, mes œuvres et mes réalisations, ma richesse et mes  succès. Si j’accumule, c’est pour lui transmettre. Si je porte du fruit, c’est pour qu’il récolte.

Adopter, c’est encore « prendre chez soi », c’est-à-dire établir avec lui une intimité pleine d’affection et de respect, d’amour et de proximité, comme seul un père peut en avoir avec son fils.

 

Laisser le Christ habiter « chez moi » ; le laisser patiemment grandir en moi ; l’accoutumer à mes manières tout en le laissant prendre toute sa place ; l’éduquer à ma personnalité tout en acceptant qu’il soit autre : l’adoption est une aventure de compagnonnage mutuel, où rien n’est garanti par avance (il y a tant d’adoptions qui se passent mal à l’adolescence ou après !).

 

En un sens, tout père est adoptif.

pere-portant-son-fils_954184-6 Joseph« Un ami m’avouait un jour : « J’ai toujours eu pitié de saint Joseph qui me semblait un personnage falot chargé d’un mauvais rôle. Il n’était pas tout à fait un mari ni tout à fait un père. Mais j’ai découvert la force de sa mission quand je suis moi-même devenu père. À la naissance de mon premier enfant, j’ai été saisi d’un sentiment étrange. Ma femme tenait dans ses bras le bébé qui venait de sortir de son sein. Il faisait partie d’elle-même. Ce n’était pas mon cas. Le bébé s’interposait maintenant entre la femme que j’aimais et moi. Recouvert de sang, ses cris ne me le rendaient pas attirant. Je me suis dit intérieurement qu’il me fallait l’accepter, l’ « adopter » et le reconnaître comme mon enfant. Et, à ce moment-là, j’ai pensé à saint Joseph. Me voilà en train de vivre sa propre démarche d’ « adoption ». Quand mon deuxième enfant est arrivé, j’ai été de nouveau habité par les mêmes sentiments, et par la nécessité d’accomplir « l’adoption », même si je n’avais aucun doute sur ma paternité. »

Au fond, toute personne se trouve face au dilemme de l’adoption d’une manière ou d’une autre. Pas d’adoption, pas d’engagement, pas d’amour. Il me semble possible de parler d’adoption dans les différentes situations de l’existence : notre corps, notre famille, notre histoire, notre pays, notre sexe, nos travaux et missions … Nous avons à les adopter, sous peine de vivre en contradiction stérile avec nous-mêmes. À quoi bon rêver d’un autre corps, d’une autre famille et d’un autre pays ou d’une autre Église que la nôtre ? » [2]

 

4. Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. Avec Joseph, nous l’adoptons chez nous.

Le plus difficile pour nous est sans doute d’inverser (sans la répudier pour autant !) la spiritualité de la filiation à laquelle nous sommes tant habitués. « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » (1Jn 3,2), comme ne cesse d’en témoigner, émerveillés, les compagnons du Christ.

« Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi » (Ga 3,26).

« Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6)

« Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté » (Ep 1,5).

Cette filiation adoptive est non seulement personnelle – par le baptême notamment – mais également communautaire, comme YHWH le rappelle sans cesse à son peuple : « N’est-ce pas lui, ton père, qui t’a créé, lui qui t’a fait et affermi ? » (Dt 32,6).

 

Joseph, en cet ultime dimanche avant Noël, nous invite à inverser cette symbolique de la filiation : nous pouvons devenir le père adoptif du Christ, chacun et chacune !

Maître Eckhart : Sur la naissance de Dieu dans l'âme : sermons 101-104Les mystiques nous avaient déjà familiarisé avec la symétrique : avec Marie, nous pouvons devenir la mère de Dieu, chacun et chacune, selon la parole de Jésus : « Qui est ma mère ? Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12,50).

Saint Augustin (IV° siècle) s’écriait : « Que cette naissance se produise toujours, à quoi cela me sert-il si elle ne se produit pas en moi ? » 

Maître Eckhart (XIV° siècle) prêchait que l’enjeu véritable de Noël est « la naissance du Verbe dans l’âme » : « Voici que nous entrons dans le temps de la naissance éternelle, par laquelle Dieu le Père a engendré dans l’éternité et ne cesse d’engendrer, afin que cette même naissance se produise aujourd’hui, dans le temps, dans la nature humaine » (sermon 101).

Angélus Silésius (XVII° siècle) affirmait : « C’est en toi que Dieu doit naître. Que Christ naisse mille fois à Bethléem, et non en toi, tu restes perdu pour jamais ».

 

Avec Marie, nous engendrons le Verbe en nous. 

 songeAvec Joseph, nous l’adoptons.

Ces deux expériences sont spirituelles et symétriques. 

Spirituelles, car c’est l’œuvre de l’Esprit en nous, comme dans la chair de Marie et dans le songe de Joseph. 

Symétriques, car c’est dans la mesure où je me réjouis, où je me reçois tout entier de Dieu comme son enfant que je peux en réponse le « prendre chez moi », l’adopter, lui donner mon nom, l’inscrire dans mon histoire, ma famille, en faire mon héritier.

Oui, la filiation et la paternité s’impliquent mutuellement : je suis réellement enfant de Dieu ; il est à son tour réellement mon enfant !

 

L’adoption en Jésus fait de nous les enfants adoptifs de Dieu.

L’adoption de Jésus fait de nous les pères adoptifs du Verbe de Dieu.
Chacun et chacune de nous peut faire cette double expérience spirituelle. Elle n’est pas réservée aux hommes, ni aux femmes. Elle n’est pas une entreprise héroïque (sinon nous serions des imposteurs) mais l’œuvre de l’amour gratuit de Dieu en nous.

 

Tu peux devenir la mère du Christ.

Tu peux également l’adopter comme ton enfant, avec Joseph.

C’est l’Esprit qui fait cela en toi, souvent sans que tu t’en rendes compte, sans que tu le saches, parce que tu te laisses faire, sans calcul ni intérêt.

Si tu es à l’écoute de tes songes – comme Joseph à Nazareth ou son patriarche homonyme en Égypte (Gn 37,5) – tu prendras le Christ chez toi, avec Marie sa mère, c’est-à-dire l’Église, et tu le feras grandir en toi, comme un père éduque et prend soin de son enfant.

Qu’à cela l’Esprit de Dieu nous aide tous !

____________________________

[1]. Cf. https://revue-europeenne-coaching.com/numeros/numero-16-09-2023/le-coaching-et-le-syndrome-de-limposteur-dans-la-prise-de-poste-du-middle-manager/ 

[2]. https://jevismafoi.com/saintjoseph-2/

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE

« Voici que la vierge est enceinte » (Is 7, 10-16)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

En ces jours-là, le Seigneur parla ainsi au roi Acaz : « Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu, au fond du séjour des morts ou sur les sommets, là-haut. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, la terre dont les deux rois te font trembler sera laissée à l’abandon. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)

R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire ! (cf. Ps 23, 7c.10c)

 

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

 

DEUXIÈME LECTURE

Jésus-Christ, né de la descendance de David, et Fils de Dieu (Rm 1, 1-7)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David (Mt 1, 18-24)
Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia. (Mt 1, 23)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».  Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Patrick BRAUD

 

 

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29 mai 2025

Que tous soient un

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Que tous soient un

 

Homélie du 7° Dimanche de Pâques / Année C
01/06/25

 

Cf. également :
Étienne, protomartyr, maître es-témoignage
Sans séparation ni confusion …
Lapidation : le retour !
Poupées russes et ruban de Möbius…
Le dialogue intérieur
Sois un être de désir !
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste

 

1. Polyphonie

Que tous soient un dans Communauté spirituelle 02430234f3ecad7a06fcc07a274393f1J’ai ce grand bonheur – comme environ 3,5 millions de Français ! – de chanter chaque semaine avec une chorale amateure. Notre répertoire est plutôt Gospel. Les sopranes ont  souvent la voix la plus mélodieuse, celle qu’on retient facilement pour chanter sous la douche après avoir écouté le titre une fois. Les basses jouent un rôle de feutre surligneur : elles stabilotent la mélodie en l’accompagnant d’harmoniques profondes et en la rythmant  façon percussion. Mon registre ténor est contrasté : parfois brillant et s’élevant au-dessus des autres, souvent tout en nuances pour donner de la profondeur aux sopranes. Les alti  ont le rôle le plus ingrat : voix discrètes, à la fois féminines et graves, rarement mises en avant, mais indispensables à l’équilibre global.

Sur certaines partitions, ces quatre voix se conjuguent à merveille. Par exemple, les chorals de Bach les font dialoguer pour s’élever d’un seul cœur en une prière bâtie comme une cathédrale. Sur d’autres partitions, les voix « frottent » les unes contre les autres, et ces dissonances produisent un effet de feu d’artifice éblouissant ou au contraire de conversation croisée intime.

Le bonheur de ces chorales amateures, c’est de tisser ces quatre fils vocaux en une solide trame chatoyante. Elles s’en donnent « à chœur joie », pourrait-on dire, car le plaisir est justement de chanter d’un seul cœur en chœur !

 

Cette unité polyphonique exaltant les différences qui se conjuguent en un chant unique pourraient bien servir de référence à l’unité que Jésus demande à son Père pour ses disciples dans sa fameuse prière sacerdotale de ce dimanche (Jn 17,20–26) :

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ».

 

Comment pouvons-nous recevoir la grâce de cette unité pour laquelle le Christ a prié, pour laquelle il est mort ?

Essentiellement à travers les deux « sacrements de l’unité » que le Christ nous a laissés afin de nourrir notre difficile conversion à cette manière de vivre qui est celle de Dieu en lui-même, communion d’amour.

 

2. L’Église, sacrement de l’unité du genre humain

051c communion dans Communauté spirituelleC’est l’enseignement le plus important de Vatican II : « L’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (LG 1).

 

Le Catéchisme de l’Église Catholique recueille cet apport essentiel du concile en qualifiant sans cesse l’Église de « sacrement de l’unité » :

“ Être le sacrement de l’union intime des hommes avec Dieu : c’est là le premier but de l’Église. […] Parce que la communion entre les hommes s’enracine dans l’union avec Dieu, l’Église est aussi le sacrement de l’unité du genre humain » (n° 775). 

« Pour l’homme, cette consommation sera la réalisation ultime de l’unité du genre humain, voulue par Dieu dès la création et dont l’Église pérégrinante était ‘comme le sacrement’ (LG 1) » (n° 1045). 

“Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est ‘le sacrement de l’unité’, c’est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des Évêques » (n° 1126). 

1525  Le Christ a réconcilié les hommes avec Dieu et fait de son Église le sacrement de l’unité du genre humain et de son union avec Dieu (n° 2305).

 

Voilà la vocation de l’Église : être le sacrement de l’unité du genre humain. Un sacrement, soit un signe et un moyen.

Signe de l’unité trinitaire, l’Église l’est lorsqu’elle rappelle la vocation des peuples, des nations, des communautés diverses à s’entendre pour bâtir la paix, la concorde, l’échange. Elle oriente nos actions vers le Royaume, plus grand que nos réalisations humaines qui y contribuent pourtant.

Moyen de l’unité du genre humain, l’Église l’est lorsqu’elle propose dans ses paroisses, mouvements, communautés et groupes divers une expérience d’amitié, de communion, de solidarité qui permet à chacun et tous de progresser vers l’unité divine. Elle veut offrir à tous les hommes de bonne volonté un lieu de vie où il est possible d’expérimenter la communion fraternelle à la manière trinitaire, dans le respect et la conjugaison des différences donc. Une communion polyphonique.

C’est le grand défi de toutes nos assemblées : ne pas devenir un club fermé entre gens bien, mais unir toutes les sensibilités, classes sociales, origines ethniques etc. en un seul corps. Il y a un islam marocain, un bouddhisme laotien, mais il ne peut y avoir de christianisme national. Par essence, par vocation, nous sommes catholiques, c’est-à-dire selon l’étymologie grecque (καθ – ὅλος , kath-olon) : orientés vers le tout. Aucun groupe se disant chrétien ne peut s’enfermer dans une seule particularité (sociologique, spirituelle, politique, liturgique…).

 

Dès les premiers siècles, les schismes et les petites chapelles à part sont ressenties comme des déchirures de l’unique tunique sans couture du Christ.

« Pourquoi des disputes, des colères, les divisions, décision est la guerre parmi vous ? N’avons-nous pas un seul Dieu, un seul Christ, un seul Esprit de grâce répandu sur nous, et une seule vocation dans le Christ ? Pourquoi écarteler et déchirer les membres du Christ, pourquoi nous révolter contre notre propre corps, et en arriver à une telle démence : oublier que nous sommes membres les uns des autres ? […]

Vos scissions en ont détourné beaucoup, elles en ont jeté beaucoup dans le découragement, beaucoup dans le doute, et nous tous dans le chagrin. Et votre désaccord se prolonge ! » (Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens). 

 

Il s’agit de ne pas faire mentir la mort du Christ, dont le seul but est de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

Le mouvement œcuménique essaie – laborieusement – de réparer les coups de poignards qui ont lacéré l’unité ecclésiale depuis 2000 ans. Mais il nous faut commencer au plus près : dans nos paroisses, nos équipes liturgiques, nos groupes bibliques, nos pèlerinages etc.

Et peut-être également commencer par nous-mêmes : suis-je vraiment Un ? unifié autour de ce qui est essentiel pour moi ? Rappelons-nous que le diable (διάβολος , dia-bolos = disperser, éparpiller) est le diviseur là où le Christ est le symbole (σύμβολον, syn-bolon = mettre ensemble).

 

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3. L’eucharistie, autre sacrement de l’unité

« Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1Co 10,17).
32228506-bread-and-wheat-ears EgliseAugustin commente à l’infini cette parole de Paul sur le pain unique qui engendre un seul corps. Face aux schismes qui déchirent l’Église d’Afrique, il répète inlassablement l’exigence d’unité que comporte la communion eucharistique, mouvement d’unité qui s’étend à l’humanité toute entière, destinée à être rassemblée en l’unique Corps du Christ. « Les aliments qui vous tombent sous les yeux sont le sacrement de notre unité. (…) La coupe comme le pain recèlent le mystère de notre unité » (Serm. Jour de Pâques). « Ce pain nous apprend combien nous devons aimer notre unité! (…) C’est là comme un symbole de notre unité » (Serm. 227). Les citations seraient innombrables et vont toutes dans ce sens: le Christ est venu rassembler dans l’unité trinitaire l’humanité entière; il a donné sa vie pour cela. Le mémorial de son sacrifice nous donne d’avoir part dès maintenant, dans et par l’Église, à ce mouvement d’unification de la famille humaine, afin de tendre vers l’unité universelle, eschatologique et cosmique de la Cité de Dieu.

 

Au premier siècle, l’unité ecclésiale était forte et évidente, car il y avait chaque dimanche une seule eucharistie dans une ville, présidée par l’évêque entouré de son presbyterium. Très vite, les communautés chrétiennes se sont multipliées, en campagne notamment, et ne pouvaient plus se joindre à l’eucharistie centrale. D’où la multiplicité des célébrations dominicales. On garde cependant en tête le modèle, l’archétype de la célébration unique, signifiant l’unité de l’Église et du genre humain. Car cette multiplicité d’assemblées était ressentie comme un écart par rapport à un idéal, car la fonction sacramentelle de l’Église réalisant l’unité eschatologique de l’humanité est beaucoup moins bien signifiée dans ce morcellement d’assemblées.

Pour bien garder cette signification, et pour rappeler que l’assemblée eucharistique unique est la norme dans un diocèse, l’Église de Rome avait inventé la pratique du fermentum, attestée par Irénée à la fin du II° siècle: une parcelle (fermentum) du pain consacré par l’évêque de Rome lors de l’eucharistie présidée par lui à la cathédrale était envoyée aux Églises de la ville de Rome qui ne pouvaient se regrouper autour de cette eucharistie unique. Les diacres apportaient cette parcelle consacrée, ce ferment d’unité, qui était mise dans le calice avant la communion, en signe de la communion de cette assemblée avec celle présidée par le pape.

Le sens symbolique était clair: il s’agissait de compenser l’impossibilité de l’assemblée unique, qui est pourtant la norme, par un signe de la communion ecclésiale réalisée par la communion à la même eucharistie.

 eucharistieLe Pape Innocent I écrivait en 416 à l’évêque de Gubbio : « Quant au fermentum que nous envoyons, le dimanche, dans les divers titres, il est superflu pour toi de nous consulter à ce sujet. Chez nous, en effet, les Églises sont toutes bâties à l’intérieur des murs de la cité. Leurs prêtres qui, ce jour-là, à cause du peuple qui leur est confié, ne peuvent pas célébrer avec nous, reçoivent donc par des acolytes le fermentum confectionné par nous, afin qu’ils ne se sentent pas, surtout ce jour-là, séparés de notre communion. Mais cela, je ne pense pas qu’il faille le faire dans les parties rurales des diocèses, parce que les sacrements ne doivent pas être portés au loin… »

L’usage du fermentum ne fut certes pas universel ; peut-être est-il propre à Rome, et il disparaît progressivement vers le VII° siècle. L’immixtion, c’est-à-dire le mélange d’une parcelle d’hostie au calice avant la communion, demeure pour nous aujourd’hui une lointaine trace du fermentum. Mais sa signification ecclésiale s’est perdue, et a été remplacée par une signification de type ontologique. Dans le climat de polémique contre les protestants au sujet de la communion sous les deux espèces, ce geste en est venu à signifier l’intégralité de la présence du Christ sous chaque espèce (non-séparation du corps et du sang du Christ, l’un dans le pain et l’autre dans le vin), et donc la légitimité de la communion au pain seulement. Triste exemple de la « césure meurtrière » (Congar) entre l’Église et l’eucharistie…

 

Pour le dire de manière radicale, l’enjeu de l’eucharistie n’est pas l’adoration, ni même la présence, mais bien l’unité du genre humain ! Le véritable sacrifice eucharistique n’est pas dans l’ascèse, l’immolation ou la pompe liturgique. L’eucharistie ‘fait du sacré’ (sacrifice) lorsqu’elle nourrit et bâtit l’unité du genre humain : elle contribue ainsi à la divinisation de tous et chacun.

Mains-ensemble-21 unitéÀ plusieurs, ne faire qu’un : voilà l’enjeu majeur de nos messes, de nos cultes de Sainte Cène, de nos divines liturgies. La Tradition unanime ne cesse de le marteler.

« Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été recueilli pour devenir un, qu’ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton royaume » (La Didachè des Apôtres).

« Qu’est donc ce pain ? C’est le Corps du Christ. Que deviennent ceux qui le reçoivent ? Le corps du Christ : non pas plusieurs corps, mais un seul corps. En effet, comme le pain est tout un, bien qu’il soit constitué de multiples grains, qui, bien qu’on ne les voie pas, se trouvent en lui, tels que leur différence disparaisse en raison de leur parfaite fusion, de la même manière nous sommes unis les uns aux autres et nous sommes unis tous ensemble au Christ » (Chrysostome, Homilia in primam ad Corinthios 24,2).

 

Dieu fait ainsi de son Église l’offrande eucharistique par excellence : « Le plus grand sacrifice que l’on puisse offrir à Dieu, c’est notre paix, c’est la concorde fraternelle, c’est le peuple rassemblé par cette unité qui existe entre le Père, le fils et le Saint Esprit »  (Cyprien de Carthage, La prière du Seigneur).

« C’est Dieu qui conserve dans l’Église son amour qu’il a répondu en elle par l’Esprit Saint. Il fait ainsi de cette Église un sacrifice qui lui est agréable, afin qu’elle puisse toujours recevoir la grâce de l’amour spirituel, et que cette grâce lui permettre de s’offrir continuellement en un sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu » (Fulgence de Rome, à Maxime).

 

Cette vocation unitaire de l’eucharistie à une tonalité eschatologique qui affleure dans le symbolisme du repas eucharistique.

Isaïe fait du festin fraternel une figure annonciatrice du banquet eschatologique (Is 25,6‑7). Jésus reprendra cette image pour parler du Royaume (Lc 13,29 ; 22,28-30 ; Mt 22,1-14…), et Jean pour parler du banquet des noces de l’Agneau (Ap 19,5-10). L’eucharistie annonce cette unité eschatologique où « les hommes de toutes races, de toutes langues et de toutes cultures seront réunis et rassemblés autour de la table de ton Christ » (Prière eucharistique pour la réconciliation). Elle annonce la vocation de l’Église à devenir « le monde réconcilié », selon le mot d’Augustin. Il est à noter que cette communion eschatologique n’est pas le fruit et le résultat de la volonté des participants, mais de l’invitation du Christ lui-même se donnant en nourriture. La dimension ‘verticale’, transcendante de la communion eucharistique fonde et réalise la dimension ‘horizontale’, fraternelle de cette même communion de table, et non l’inverse.

 

À plusieurs, ne faire qu’un : c’est le défi majeur de nos existences humaines, en nous-même, avec nos proches et nos lointains.

C’est pour cela que « le Christ est mort, afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

C’est dans ce but que l’Église nous est proposée en tant que signe et moyen.

C’est la visée ultime du sacrifice eucharistique : nous unir comme les membres du Corps du Christ.

C’est également la visée du sacrement de mariage : manifester l’amour qui unit le Christ à son Église.

 

Méditons en cette semaine sur ce défi de l’unité – polyphonique ! – en nous appuyant sur la prière de Jésus : « que tous soient un, comme toi Père tu es en moi et moi en toi » !

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je contemple le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 55-60)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume
(Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9)

R/ Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre !
ou : Alléluia !
(Ps 96, 1a.9a)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
justice et droit sont l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.

À genoux devant lui, tous les dieux !
Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre :
tu domines de haut tous les dieux.

Deuxième lecture
« Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 12-14.16-17.20)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Évangile
« Qu’ils deviennent parfaitement un » (Jn 17, 20-26)
Alléluia. Alléluia. 
Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur, je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Patrick BRAUD

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30 mars 2025

Le doigt de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le doigt de Dieu

 

Homélie pour le 5° Dimanche de Carême / Année C
06/04/25


Cf. également :

Une spiritualité zéro déchet
La première pierre
Lapider : oui, mais qui ?
L’adultère, la Loi et nous
L’oubli est le pivot du bonheur
Le Capharnaüm de la mémoire : droit à l’oubli, devoir d’oubli
Comme l’oued au désert
Jésus face à la violence mimétique
Les sans-dents, pierre angulaire
Lapidation : le retour !

 

1. Rendre le mal éphémère

Le doigt de Dieu dans Communauté spirituelle Pierre-sableDeux amis marchaient dans le désert. À un moment donné, ils se disputèrent et l’un des deux donna une gifle à l’autre. Ce dernier, endolori mais sans rien dire, écrivit dans le sable : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a donné une gifle ».

Ils continuèrent de marcher, puis trouvèrent une oasis, dans laquelle ils décidèrent de se baigner. Mais celui qui avait été giflé manqua de se noyer et son compagnon le sauva. Quand il eut recouvré ses esprits, il écrivit sur une pierre : « Aujourd’hui mon meilleur ami m’a sauvé la vie ». 

Celui qui avait donné la gifle et avait sauvé son camarade lui demanda : 

- « Quand je t’ai blessé, tu as écrit sur le sable et maintenant tu écris sur la pierre. Pourquoi ? » Son ami lui répondit : 

- « Quand quelqu’un nous blesse, nous devons l’écrire dans le sable, où les vents du pardon peuvent l’effacer. Mais quand quelqu’un nous fait du bien, nous devons le graver dans la pierre, où aucun vent ne peut l’effacer ».

 

Cette vieille parabole de Lao Tseu semble rejoindre le sens global de notre évangile dit « de la femme adultère » (Jn 8,1-11) de ce dimanche. Jésus écrit quelque chose sur le sable, et au IV° siècle saint Jérôme imaginait contre Pélage que c’était les péchés de la femme que Jésus écrivait ainsi, afin que le vent les disperse et les efface pour toujours. 

Pourquoi pas ? C’est bien la miséricorde que le Christ est venu annoncer. Contre Pélage qui voulait faire son salut à la force du poignet, par les mérites et les vertus, Jérôme lisait dans le pardon accordé à la femme adultère la gratuité absolue du salut offert en Jésus.

 

Rendre le mal éphémère en pratiquant l’oubli des offenses : avouons que ce n’est guère à la mode en notre époque de judiciarisation forcenée (MeToo, CPI, Conseil constitutionnel, nouveaux crimes et délits etc.), qui favorise paradoxalement le retour de la loi du plus fort (Poutine, Trump, Xi Jinping, Kim Jong-un …) au mépris du droit. On peut tout à fait suivre Jérôme en interprétant le pardon accordé à la femme adultère comme un droit à l’oubli que Dieu nous octroie, sans conditions.

 

Le texte biblique est cependant plus complexe que cette seule interprétation (déjà révolutionnaire !).
Car on ne sait pas vraiment ce que Jésus écrivait.
Et il écrivait sur la terre, pas sur le sable ; et pas une fois, mais deux fois. 

Comment comprendre ce double geste étrange ?

 

2. Name and shame

 adultère dans Communauté spirituelleComme toujours, une allusion à l’Écriture vient éclairer le geste de Jésus. Il s’agit du seul passage de l’Ancien Testament qui fasse explicitement référence au fait d’écrire sur le sol : « Seigneur, espoir d’Israël, tous ceux qui t’abandonnent seront couverts de honte ; ils seront inscrits sur la terre, ceux qui se détournent de toi, car ils ont abandonné le Seigneur, la source d’eau vive » (Jr 17,13). Selon ce passage, on verrait plutôt Jésus écrire les noms des accusateurs, ces hommes endurcis qui instrumentalisent la Loi pour garder leur pouvoir de domination (sur les femmes ici), préférant ainsi l’eau croupie (la lettre de la Loi) à la source d’eau vive (l’Esprit de Jésus). Un peu à la manière de Wikileaks, Jésus écrivant sur le sol dit aux accusateurs : ‘J’ai une fiche et des documents sur chacun de vous. Votre dossier est rempli de turpitudes. Je suis prêt à le rendre public si vous persévérez à vouloir lapider cette femme’.

Processus un peu terroriste ! Mais la peur n’est-elle pas le commencement de la sagesse (Pr 9,10 ; Ps 111,10) ? Si ces ‘fous de la Loi’ n’entendent rien à la miséricorde, ils seront peut-être sensibles à la menace ! Aujourd’hui, les campagnes de Name and shame prennent  le relais de cette pression exercée par Jésus. En dévoilant médiatiquement le nom des entreprises qui ont des pratiques économiques, éthiques ou écologiques peu reluisantes, on les force à changer d’attitude, sous peine de boycott des consommateurs et des clients. Malin ! « Soyez intelligents comme des serpents » (Mt 10,16) avait conseillé Jésus à ses disciples, en leur demandant d’être plus habiles que les fils de ce monde (Lc 16,8). Et c’est efficace : le boycott de Tesla a déjà coûté des milliards de dollars à Elon Musk !  [1]


Menacer de Name and shame (et de boycott) est encore aujourd’hui un moyen évangélique, non-violent, de lutter contre l’impunité des méchants, en dévoilant publiquement leurs contradictions, leurs crimes.

À l’inverse, Jésus invite ses disciples à se réjouir de ce que leurs noms sont écrits (ἐγγράφω, engrafō) dans les cieux (Lc 10,20) : c’est donc qu’il y a une manière divine d‘écrire  les noms humains pour les graver à jamais en lui.
Name and rejoice en quelque sorte, au lieu de Name and shame
Ce que nous pouvons faire nous aussi avec ceux que nous aimons à jamais.
À la manière du grand-prêtre qui portait sur sa poitrine les noms des douze tribus d’Israël : « Les pierres étaient aux noms des fils d’Israël ; comme leurs noms, elles étaient douze, écrites (gravées) dans la pierre à la manière d’un sceau ; chacune portait le nom de l’une des douze tribus » (Ex 39,14).
À la manière également de Paul qui chérit les communautés qu’il a engendrées, et les compare à une lettre écrite par le Christ dans le cœur des fidèles : « Notre lettre de recommandation, c’est vous, elle est écrite dans nos cœurs, et tout le monde peut en avoir connaissance et la lire. De toute évidence, vous êtes cette lettre du Christ, produite par notre ministère, écrite non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non pas, comme la Loi, sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs » (2Co 3,2-3).
Nos noms sont inscrits dans les cieux, gravés sur le pectoral du Grand-Prêtre, écrits en nos cœurs par l’Esprit du Dieu vivant, formant en nous une lettre de chair au lieu de la Loi de pierre…
À la fin des temps, nous auront la surprise de découvrir notre vrai nom écrit sue la caillou que Dieu remettra en chacun en signe de sa véritable identité divine : « Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, je lui donnerai un caillou blanc, et, écrit sur ce caillou, un nom nouveau que nul ne sait, sauf celui qui le reçoit » (Ap 2,17).
Pour la Bible, écrire le nom de quelqu’un sur la pierre, dans les cieux, dans les cœurs ou sur la terre – comme Jésus pourrait l’avoir fait face à ses accusateurs –  est donc lourd de sens !

3. Le doigt de Dieu

Moïse reçoit les Tables de la Loi de Dieu sur le mont SinaïUne autre particularité de ce texte est le fameux doigt avec le Christ écrit sur le sol. Et seulement la première fois, pas la seconde… Comment ne pas y voir une référence explicite à l’écriture des tables de la Loi au Sinaï ?

Le verbe « lapider » (lithazein Jn 8,5) et le substantif « pierre » (lithos Jn 8,7), qui en grec sont de même racine, font référence au même matériau que celui des « tables de pierre » (plakes lithinai) décrites dans l’Exode. La première fois, Moïse reçoit sur le Sinaï deux tables de pierre écrites par Dieu lui-même, « avec son doigt » (Ex 32,1-35). Mythe fondateur de l’origine transcendante de la Loi juive (un peu comme le mythe de Gabriel censé révéler le Coran à Mohamed). Mais après l’idolâtrie du veau d’or, Moïse brise ces deux premières tables, de colère. Il est obligé de monter à nouveau au Sinaï pour en obtenir deux autres. Seulement, cette fois-ci, le texte ne dit pas que ces tables soient écrites du doigt de Dieu. C’est simplement Moïse qui les réécrit sur la pierre.


Le parallèle avec la femme adultère est frappant : le peuple a commis un adultère en trompant YHWH avec le veau d’or, ce qui oblige Moïse à réécrire la Loi pour tenir compte de leur infidélité. Jésus rappelle aux accusateurs qu’ils sont adultères, comme cette femme, lorsqu’ils instrumentalisent la Loi en idolâtrant la lettre de la Loi (lapider l’adultère) au lieu d’en suivre l’Esprit (pardonner aux pécheurs). Il réécrit alors la Loi (deuxième geste d’écriture), comme Moïse, en évitant de la figer dans une interprétation fixiste, intégriste (d’où l’écriture « sur la terre »).

 

Les rabbins aujourd’hui encore se souviennent des deux Tables brisées écrites par le doigt de Dieu : elles représentent pour eux la Torah orale, celle qui n’est pas dans les textes, mais dans l’interprétation, dans la tradition orale, qui n’est jamais figée une fois pour toutes dans la pierre, car sans cesse façonnée et renouvelée par l’intelligence spirituelle. Les multiples commentaires de la Torah (Talmud, Michna, Guémara, Zohar, Kabbale etc.) témoignent de cette interprétation infinie qui invite les juifs à « lire aux éclats » selon la belle formule de Marc Alain Ouaknin.

Les chrétiens prolongent cette exégèse en voyant dans l’Esprit Saint la « seconde Loi »  communiquée par Jésus. C’est l’Esprit qui fait vivre (cf. le Credo) la lettre gravée dans le texte. C’est l’Esprit qui peut tirer sans cesse du neuf à partir de l’ancien. C’est lui qui met le vin nouveau dans des outres neuves.

 

 doigtEn se penchant vers la terre, Jésus ne fait pas seulement un geste d’humilité (s’abaisser). Par ce geste, il montre que la Loi nouvelle n’est pas en surplomb, et n’est pas faite pour humilier. Il dessine par ce geste le parcours même de son Incarnation, de sa kénose : se baisser à terre jusqu’à rejoindre l’humanité dans son péché. Plus encore, il a été pour nous « identifié au péché » (2Co 5,21) afin d’offrir aux pécheurs leur salut. 


D’ailleurs, le récit identifie Jésus et la femme adultère.
- Dans la première partie tous deux se trouvent coincés : la femme est déjà inculpée d’adultère (8,4-5), et contre Jésus les accusateurs cherchent une raison pour l’
« accuser » (8,6). L’Apocalypse de Jean utilisera ce terme d’accusateur pour désigner Satan lui-même : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! Car il est rejeté, l’accusateur de nos frères, lui qui les accusait, jour et nuit, devant notre Dieu » (Ap 12,10). Voilà les ‘fous de la Loi’ ramenés au rang de Satan (« Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père » Jn 8,44) ! …

- Dans la dernière partie, Jésus et la femme sont tous deux libérés : il n’est personne pour condamner la femme (8,11) et pour l’instant Jésus est « laissé seul » et en paix, après le départ silencieux des accusateurs (8,9). 

Voilà pourquoi Jésus s’identifie sans peine à la femme adultère, lui qui n’a jamais commis de péché. Jésus subira même plusieurs tentatives de lapidation (Jn 8,59 ; 10,31 ; 11,8).

Il « mime » son incarnation en se mettant en-dessous de la pécheresse, pour la sauver. Le grain de blé tombé en terre porte ainsi beaucoup de fruit (Jn 12,24).

 

La première fois qu’il écrit sur la terre, Jésus s’ancre dans la révélation faite à Moïse : le doigt de Dieu écrit la Loi de salut pour ceux qui l’accueillent. Jésus a déjà expérimenté cette équivalence lorsqu’il libérait les possédés de leur aliénation : « En revanche, si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous » (Lc 11,20). Alors que les spécialistes des textes de la Torah – eux – ne veulent même pas pratiquer ce qu’ils enseignent : « Vous aussi, les docteurs de la Loi, malheureux êtes-vous, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes, vous ne touchez même pas ces fardeaux d’un seul doigt » (Lc 11,46). 

Tout cela est donc bien une affaire de doigté

 

LE FESTIN DE BALTHAZARDans l’Ancien Testament, le seul passage où l’on parle de doigt [2] qui écrive – hors Sinaï – est le fameux banquet royal ou le prophète Daniel déchiffre pour le roi de Babylone (Balthazar) les inscriptions mystérieuses inscrites par « les doigts d’une main d’homme » (mais le message vient de YHWH) sur le mur de la salle du festin, et cela dans un contexte d’idolâtrie (qui fait penser à l’adultère d’Israël) : « Après avoir bu, ils entonnèrent la louange de leurs dieux d’or et d’argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre. Soudain on vit apparaître, en face du candélabre, les doigts d’une main d’homme qui se mirent à écrire sur la paroi de la salle du banquet royal. Lorsque le roi vit cette main qui écrivait, il changea de couleur, son esprit se troubla, il fut pris de tremblement, et ses genoux s’entrechoquèrent » (Dn 5,4–6). Les doigts écrivent ici un message d’avertissement salutaire, ou funeste si on l’ignore (Balthazar sera tué lors de la prise de Babylone par les Perses). 

Jésus dénonce l’idolâtrie des ‘fous de la Loi’ voulant lapider les pécheurs au nom de la Loi. Comme Daniel avec Balthazar, son écriture sur la terre est un avertissement : ‘changez votre rapport à la Loi, sinon c’est vous qui périrez !’

 

En point d’orgue de ce développement sur le doigt de Dieu, rappelons que c’est bien ainsi que la liturgie catholique appelle l’Esprit Saint dans le Veni Creator ! 

Donne-nous les sept dons de ton amour,
Toi le doigt qui œuvres au Nom du Père 

  (digitus paternae dexterae : le doigt de la droite du Père),
Toi dont il nous promit le règne et la venue,
Toi qui inspires nos langues pour chanter.

Car c’est bien l’Esprit divin qui communique à l’Église son pouvoir de remettre les péchés, grâce au souffle reçu par les apôtres de la bouche-même du Christ au soir de sa résurrection…

 

L’Esprit est la ‘deuxième Loi’ communiquée par Jésus, et cette Loi n’est pas écrite sur la pierre mais sur la terre, afin que sans cesse le vent de l’Esprit la modèle, la façonne et la renouvelle…

 

4. La nouvelle Suzanne au bain

 lapidationL’exégèse du récit n’est pas pour autant épuisée par cette piste du doigt de Dieu ! Car un autre récit de l’Ancien Testament est singulièrement comparable : le fameux épisode de Suzanne au bain, échappant au viol de deux vieillards, mais accusée par eux en représailles. À tel point que l’air de famille entre les deux donne matière à réfléchir. Les ressemblances sont en effet nombreuses. Les deux femmes sont accusées par les chefs spirituels du peuple (Dn 13,41 et Jn 8,3), qui sont présentés d’une manière très négative (voir Jn 8,6) ; enfin toutes deux sont sauvées, grâce à la sagesse d’un homme de Dieu (Daniel / Jésus).


On sait qu’il faut deux témoins au minimum pour porter une accusation ou un plaidoyer devant un tribunal juif (Dt 19,15 ; Jn 8,17 ; 2Co 13,1 ; Ap 11,3). Les deux vieillards témoins contre Suzanne sont aussi véreux que les docteurs de la Loi traînant la femme adultère en comparution immédiate devant Jésus. Leur accusation ne tient pas la route. Pire, elle se retourne contre eux, qui sont en réalité les vrais coupables. Il n’en reste pas un seul à la fin ! Jésus crée une situation dans laquelle il n’y a pas deux témoins pour attester contre la femme, ce qui serait requis par la Loi pour que quelqu’un soit mis à mort. Donc même ainsi, en évitant le piège, il demeure fidèle à la Loi de Moïse. Autrement dit, il violerait la Loi s’il prenait une pierre et la lapidait avec seulement une personne. Ce serait enfreindre la Loi : il faut deux témoins publics pour attester. Si l’on veut un parallèle, souvenons-nous du procès devant le sanhédrin : ils essaient de trouver deux témoignages sur le fait que Jésus aurait dit vouloir détruire le Temple (Mt 26,60-61), car ils ne peuvent le condamner à mort sans au moins deux personnes prêtes à attester publiquement d’un crime. Et c’est ce qui ne se passe pas ici pour cette femme. Il peut donc lui dire : « moi non plus, je ne te condamne pas ».

 

La femme adultère n’est pas innocente comme Suzanne, mais – comme Suzanne – elle dévoile l’iniquité de ceux qui se servent de la Loi pour leurs intérêts. Jésus est le nouveau Daniel qui, prophétiquement, dévoile la perversité de ceux qui veulent la mort du pécheur (pécheresse).

 

Révéler la malice des accusateurs : telle est bien ici la vocation prophétique de Daniel et de Jésus, qui devient la nôtre par le baptême…

 

5. La main de justice

140px-Hand_of_justice_Louvre_MS85 loiAllez ! Encore une dernière pour la route : il se peut que cet épisode de la femme adultère ait une fécondité sociale inattendue dans l’histoire de France ! En effet, nous avons tous en tête une image de notre manuel scolaire d’histoire où l’on voit saint Louis (Louis IX) rendre la justice sous un chêne à Vincennes. Mais, contrairement à la gravure d’Épinal de nos manuels, le roi n’était en réalité pas assis sur un trône, en majesté. La bulle Gloria et laus du pape Boniface VIII canonisant Louis IX précise que Sa Majesté rendait souvent la justice en s’asseyant à même le sol, par terre, sous un chêne à Vincennes. Cette scène du roi rendant justice humblement, sans trône ni faste, est restée célèbre. Elle illustre son souci de proximité avec ses sujets et son engagement en faveur d’une justice équitable et accessible à tous. Comment ne pas y voir un écho du geste de Jésus se penchant à terre, assis à même le sol, pour écrire la nouvelle justice du royaume de Dieu ? D’autant plus que Louis IX a innové en faisant en sorte que la justice royale supplante celle des barons et des seigneurs locaux, empêtrés dans leurs conflits d’intérêts. Il est même allé jusqu’à autoriser à porter plainte contre les abus de l’administration royale, un peu comme Jésus se plaint de la Loi au nom de la Loi… Il généralisa la procédure d’appel à la justice royale et desserra  l’étau féodal au double profit des individus et de l’État. De fait, son désir de justice a contribué à affermir l’État comme représentant de la volonté générale, ce qui permet de comprendre que la III° République – ‘la laïque’ de Jules Ferry – ait pu se reconnaître en lui.


Cette justice royale est symbolisée par un bâton de bois surmonté d’une main d’ivoire avec trois doigts ouverts, le pouce symbolisant le Roi, l’index, la raison et le majeur la charité, c’est la main de justice, une variante du sceptre, reçue comme lui au moment du sacre. La main de justice est apparue pour la première fois lors du sacre du jeune Louis IX en 1226. Il jura de faire régner la paix, la justice et d’être miséricordieux. Le symbole a été repris par Napoléon qui fit réaliser pour son sacre une main de justice incorporant l’anneau du trésor de Saint Denis. Elle se trouve aujourd’hui au Louvre.

 

Cette main de justice, avec ses doigts prêts à écrire, fait furieusement penser à la main de justice de Jésus tendant le doigt pour écrire sur la terre la nouvelle justice de son royaume, faite de droiture, de pardon et d’amour inconditionnel.

Ah, si la justice des hommes pouvait s’inspirer du récit de la femme adultère ! La main de justice de saint Louis devrait orner nos tribunaux et guider nos délibérations…

 

Ces quelques pistes d’interprétation ne sont pas exhaustives : il y en a bien d’autres ! Que celles-là nous encouragent à discerner ce que le doigt de Dieu écrit dans notre histoire personnelle et collective…

 

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[1] La part de marché de Tesla dans les voitures électriques est tombée à 9,6 %, au premier trimestre 2025 contre 21,6 % l’année précédente. Sur le marché global de l’automobile européenne, Tesla ne pèse désormais plus que 1,8 %.

[2] Un autre passage y fait allusion, à propos des prodiges accomplis par le bâton de Moïse : « Les magiciens dirent alors à Pharaon : “C’est le doigt de Dieu !” Mais Pharaon s’obstina ; il n’écouta pas Moïse et Aaron, ainsi que l’avait annoncé le Seigneur » (Ex 8,15). Luc y fait sans doute référence en Lc 11,20 : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous ».

 

 

Lectures de la messe

Première lecture

« Voici que je fais une chose nouvelle, je vais désaltérer mon peuple » (Is 43, 16-21)


Lecture du livre du prophète Isaïe
Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire – les chacals et les autruches – parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »

Psaume
(Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6)
R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !
 (Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Deuxième lecture
« À cause du Christ, j’ai tout perdu, en devenant semblable à lui dans sa mort » (Ph 3, 8-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens
Frères, tous les avantages que j’avais autrefois, je les considère comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ, et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la Loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi. Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts. Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

Évangile
« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre » (Jn 8, 1-11)
Gloire à toi, Seigneur.
 Gloire à toi. Maintenant, dit le Seigneur, revenez à moi de tout votre cœur, car je suis tendre et miséricordieux. Gloire à toi, Seigneur. Gloire à toi. (cf. Jl 2, 12b.13c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
Patrick BRAUD

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