L'homelie du dimanche

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1 décembre 2019

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A
08/12/2019

Cf. également :

Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Une foi historique 

Engeance de vipères et larmes de crocodile

Ils étaient venus – intrigués – dans le désert, attirés par la rumeur qui disait que le prophète Élie était de retour (Mt 3, 1-12). De quoi aller voir ça de près. Et de fait, on reconnaissait bien Élie de loin grâce à son pagne de peaux de bêtes et sa ceinture de cuir comme autrefois [1]. Alors les Pharisiens et Sadducéens s’approchent, se glissent dans la file des pénitents, qui chantaient peut-être « Down in the river to pray » comme dans le film O’brother. Mais voilà que Jean-Baptiste les pointe du doigt, et les insulte publiquement en tonnant : « engeance de vipères ! » Bigre ! Il va faire fuir tous ses clients s’il les apostrophe ainsi… Il faut dire que Pharisiens et Sadducéens étaient là pour voir, comme on  dirait au poker, pour ne pas rater les soldes de l’opération miséricorde dont ils ont entendu parler. Le Black Friday de la pénitence en quelque sorte. Le risque est grand alors que leurs larmes de soi-disant repentance soient des larmes de crocodile. Et Jean-Baptiste le sait bien. Il n’a pas peur de leur puissance religieuse. Il dénonce avec force leur hypocrisie : comment osent-t-ils venir se faire baptiser dans le Jourdain et reprendre leur vie après comme si de rien n’était ? Le baptême de repentance exige de changer de vie de retour chez soi. Tricher avec cette exigence, c’est creuser soi-même sa tombe…

 

Quelle belle engueulade !

En digne cousin de Jean-Baptiste, Jésus lui aussi par deux fois utilisera cette insulte contre les pharisiens et les scribes. La première fois, c’est pour disqualifier les paroles des pharisiens qui l’accusent d’appartenir à Belzéboul parce qu’il guérit un sourd-muet : « Engeance de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, alors que vous êtes mauvais ? Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur »(Mt 12,34). La deuxième fois, c’est pour les menacer de la géhenne, car ils assassinent les prophètes comme leurs pères le faisaient avant eux : « vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien ! Vous comblez la mesure de vos pères ! Serpents, engeance de vipères, comment pourriez-vous échapper au châtiment de la géhenne ? »(Mt 23,33). Ce sont là les trois seules occurrences de cette expression dans toute la Bible : c’est donc une marque de fabrique du christianisme, un peu oubliée à force d’adoucir le visage du Christ à l’excès.

Comment interpréter cette apostrophe ? Pourquoi Jean-Baptiste et Jésus l’utilisent-ils, sachant bien qu’ils vont insulter et blesser les notables religieux à qui elle s’adresse ?

Parler de vipères et de serpents renvoie inévitablement à « l’animal le plus rusé de tous les animaux des champs », le fameux serpent de Gn 3,1 qui a induit Ève et Adam en tentation. Comment a-t-il réussi ? Par le mensonge. Le serpent falsifie la parole de Dieu : il la tord en la généralisant, puis en avançant que la raison de l’interdit est la jalousie de Dieu et non le suicide spirituel dont Dieu les avait avertis. Car vouloir être comme des dieux par ses seules forces (supposées décuplées par le fruit défendu) au lieu de recevoir cette divinisation de la main de Dieu lui-même relève du suicide.

Prendre au lieu de recevoir : le mensonge du serpent s’ingénie sans cesse à détourner l’humanité de l’accueil vers la prédation. Il est bien le « Père du mensonge » comme l’écrira Jean : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge »(Jn 8,44).

Appartenir à une engeance de vipères, c’est participer depuis des générations à la prolifération du mensonge, pour continuer de prendre, d’accumuler, de rivaliser avec Dieu. Les pharisiens convergeant vers Jean-Baptiste au Jourdain font semblant de se repentir, en adoptant les signes extérieurs des pénitents. Mais Jean-Baptiste sait bien qu’ils sont hypocrites : ils se revendiqueront de lui uniquement pour exercer du pouvoir et de l’influence sur les autres, sans rien changer à leur mode de vie. Jésus, qui « sait ce qu’il y a dans l’homme » [2], prévient également que les pharisiens venus à lui soi-disant pour en savoir plus en fait veulent le piéger, et bientôt l’éliminer, comme ils l’ont fait pour Zacharie et presque tous les prophètes. Ou bien ils font semblant de s’intéresser à une des guérisons opérées par lui, mais c’est pour le traiter de démon, de dément.

Traiter quelqu’un d’engeance de vipères, c’est d’abord dénoncer le mensonge dont il s’habille pour paraître respectable. C’est révéler la logique meurtrière qu’engendre ce mensonge. Cette insulte relève du devoir d’appeler mal ce qui est mal, et bien ce qui est bien, loin des consensus mous et relativistes de la morale démocratique… Cela relève également du devoir de correction fraternelle (Mt 18, 15-18) : avertir l’autre de son erreur avant qu’il ne soit trop tard pour lui, réveiller sa conscience hypnotisée par le mensonge ambiant dans lequel il baigne, en lui collant une claque magistrale. L’assoupissement de la conscience est si fort qu’il faut comme une gifle pour secouer le dormeur : le choc de ces mots « engeance de vipères » va produire un électrochoc salutaire si du coup la vipère renonce à mordre. Nous devons parfois adopter cette violence de l’apostrophe pour ouvrir les yeux de ceux qui sont habitués, addicts aux mensonges au point de ne plus les voir. Voilà pourquoi« ce sont les violents qui s’emparent du Royaume de Dieu »(Mt 11,12) à la manière de Jésus.

Le mensonge se transmet, quelquefois sur plusieurs générations (pensez à l’idéologie communiste en URSS de 1917 à 1989… !). Il finit par cristalliser, par se coaguler en entités autonomes et indépendantes qui asservissent les nouveaux venus. Jean-Paul II appelait fort justement structure de péché cette gangue de mensonge qui finit par envelopper quelqu’un au point de l’étouffer. Pensez à la corruption dans certains pays ou activités, si difficile à casser lorsqu’une entreprise veut pénétrer un marché en demeurant intègre ! C’est une sorte de calcul rénal, qu’on ne peut éliminer que par des ultrasons ultra-violents qui vont briser et désagréger ces bouchons calcaires si dangereux pour notre santé. « Engeance de vipères » est la thérapie de choc que Jésus et Jean-Baptiste ont trouvé, faute de mieux, pour libérer les gens très religieux de leurs superstitions et autres croyances mensongères.

S’il n’y avait que cette pédagogie brutale dans les Évangiles, on pourrait s’en inquiéter ! Mais pour quelques belles engueulades, combien trouve-t-on de patience, de pardon, d’amour inconditionnel sur les lèvres et dans les actes de Jésus ! ? Simplement, notre épisode de ce dimanche, ultra minoritaire, nous oblige à ne pas réduire la pédagogie du Christ à ses seuls aspects de douceur et de compassion. Elle comporte également de la violence et de la dureté, au service du salut de l’autre.

 

Souvenons-nous de Folcoche et Brasse-Bouillon !

Terminons par le symbolisme de la vipère.

Langue de vipère ...On pense immédiatement à son venin, dont la transposition allégorique évoque l’empoisonnement des relations humaines dû au mensonge, à la calomnie, ce que le Moyen Âge appelait le péché de la langue. D’autant que cette langue est bifide, comme celle de tous les serpents : elle se divise en deux pour mieux appréhender son environnement et ses proies. Or le diable est étymologiquement celui qui divise : en grec, dia-bolos = jeter de manière séparée (vs syn-balein = symbole = mettre ensemble). On voit ce que le serpent a de diabolique : sa langue… Dire de quelqu’un que c’est ‘une langue de vipère’ s’appuie sur ce symbolisme. C’est par sa langue que le serpent de la Genèse sépare Ève et Adam de Dieu, en tordant la parole divine, en insinuant que Dieu serait jaloux de l’homme s’il parvenait tout seul à être « comme des dieux ».

Appartenir à une engeance de vipères, c’est donc continuer à répandre le mensonge, la convoitise, la rivalité mimétique (René Girard), comme avant nous l’ont fait ceux qui ont réussi socialement grâce à leur habilité ‘diabolique’.

Parler de vipères fera peut-être remonter vos souvenirs de lycée, où vous avez lu des classiques qui en parlent. Ainsi le vers célèbre de Racine : pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? nous met immédiatement en présence de l’animal dangereux se dressant pour nous hypnotiser tel Kaa dans le Livre de la jungle, et nous mordre à mort.

La répétition des trois sons « s » (allitération) imite le sifflement mortel des serpents sifflant avant d’attaquer leur victime. Cette expression en français vient de la tragédie ‘Andromaque’ composée en 1667 par Racine. On y voit Oreste : seul à n’être pas aimé d’amour par Hermione, il devient fou. Il a des hallucinations où Hermione le persécute, accompagnée des Erynies, déesses de l’enfer dont les cheveux sont des serpents :

Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi !
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?
Eh bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
(Andromaque acte V scène 5)

La chevelure de la Méduse dans le mythe transmis par Homère, Pindare et Euripide (V° siècle av. J.-C.) était également composée d’un enlacement inextricable de serpents au pouvoir hypnotique fascinant et au venin mortel.

Dans notre première lecture (Is 11, 1-10), Isaïe promet que la venue du Messie désarmera cobras et vipères enfin réconciliés avec l’homme : quand le Seigneur règnera, « le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main ».

Le Noeud de vipères par MauriacFrançois Mauriac a immortalisé cette ambiance malsaine entretenant la méchanceté commune, ce nœud de vipères où chacun s’enroule au mensonge de l’autre en y rajoutant son propre venin. Pire qu’un panier de crabes, ce nœud de vipères représente une famille, un clan, voire une nation solidaire dans le mal et l’empoisonnement des relations humaines.

Dans « Le Nœud de vipères », la confession est celle de Louis : le vieil homme rédige une lettre à sa femme – et à ses enfants -, chargée de rancune. Il abhorre cette « engeance de vipères », une meute soudée contre lui, aux basques de sa fortune. Son unique plaisir devient donc celui de déjouer les complots de la famille et de manœuvrer pour les déshériter : « Et moi, témoin de cette lutte que j’étais seul à savoir inutile et vaine, je me sentis comme un dieu, prêt à briser ces frêles insectes dans ma main puissante, à écraser du talon ces vipères emmêlées, et je riais. » (Le Nœud de vipères‎, ‎Paris, Grasset, 1932.
Qu’est-ce qu’un nœud de vipères, sinon un endroit déconseillé à tout ce qui n’est pas vipère, personne médisante ou malfaisante, qui ne vit que par la critique et le venin ?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? dans Communauté spirituelle 915734254Un autre roman, d’une terrible puissance évocatrice, nous décrit la mise en place d’un cercle infernal de violence d’une mère à son fils. Dans « Vipère au poing » (1948), Hervé Bazin décrit l’enfance et l’adolescence du narrateur, Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon. Ce dernier décrit ses rapports avec sa famille, et notamment sa mère Paule Rezeau, née Pluvignec, dite Folcoche, une marâtre cruelle et peu aimante. Ce roman est un huis clos entre la mère indigne, les trois enfants martyrisés, le père lâche et un précepteur changeant. « Vipère au poing », c’est le combat impitoyable livré par les enfants à leur mère, une femme odieuse, qu’ils ont surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d’Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d’emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.

Au début du livre le jeune Rezeau jouait avec une vipère dans « La belle angerie » leur maison ; à mesure qu’elle s’enroulait sur son poignet il était déterminé à serrer jusque mort s’en suive. En regardant ses yeux (à la vipère) pleins de haine il ne pouvait s’empêcher de la comparer à Folcoche sa mère. « Elle avait de jolis yeux, vous savez, cette vipère, non pas des yeux de saphir comme les vipères de bracelets, je le répète, mais des yeux de topaze brûlée, piqués noir au centre et tout pétillants d’une lumière que je saurais plus tard s’appeler la haine et que je retrouverais dans les prunelles de Folcoche ».

On rêverait d’un homme politique assez courageux pour aller crier : « engeance de vipères ! » aux menteurs et aux violents d’aujourd’hui ! Les nœuds de vipères actuels pullulent, sous prétexte d’islam, de libéralisme ou de politiquement correct etc… Commençons nous-mêmes par discerner les venins et les divisions dont nous sommes complices, parfois ‘à l’insu de notre plein gré’ : alors nous pourrons crier avec Jésus leurs quatre vérités aux hypocrites et aux menteurs de tous bords !

 


[1]. Le roi leur dit : « Comment était cet homme qui est monté à votre rencontre et qui vous a dit ces paroles ? » Ils lui répondirent : « C’était un homme qui portait un vêtement de poils et un pagne de peau autour des reins. » Alors il dit : « C’est Élie le Tishbite ! » (2 R 1, 2-8)
[2]. « Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2,24-25).

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)

Lecture du livre du prophète Isaïe

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

 

PSAUME

(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !

 

DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations,je chanterai ton nom.

 

ÉVANGILE

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
 Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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2 juin 2019

Les langues de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les langues de Pentecôte

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année C
09/06/2019

Cf. également :

Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Lorsque la langue menait en enfer…

KTD16 langue 5Nos cathédrales romanes fourmillent de détails qui donnent à penser. Arrêtez-vous un jour de devant celle d’Angoulême, dont la splendide façade est un livre ouvert guidant le lecteur vers le retour du Christ en gloire. Vous lirez dans la première ligne horizontale des sculptures l’évocation du paradis, avec les apôtres et les médaillons des bienheureux. Dans la seconde ligne horizontale de la façade, vous verrez danser de joie ceux qui sont promis à les rejoindre, vision optimiste du purgatoire.

Du coup, vous chercherez logiquement où est évoqué l’enfer. C’est alors que vous remarquerez les deux damnés de droite et de gauche. De fait, l’évocation de l’enfer existe bien, comme possibilité tragique pour la liberté humaine de refuser la vie divine qui lui est offerte. Mais la cathédrale d’Angoulême traite l’enfer de façon « périphérique » pourrait-on dire. Deux damnés – et deux seulement, alors que les élus étaient symboliquement innombrables (cf. les séries de 10, 6, 5 médaillons) – sont sculptés à l’extrême droite et à l’extrême gauche de la façade. Ce n’est donc pas un thème central. C’est le rappel réaliste que le beau programme d’ascension dans la gloire avec le Christ ne se fera pas sans nous.

KTD16 langue 3À y regarder de près, le supplice infligé aux deux damnés est le même : ils sont assis sur une chaise richement décorée (une curule), signe de leur statut social aisé sur terre ; un diable va leur arracher la langue avec une fourche, dans un geste où sa pince franchit la limite entre les deux sculptures (un peu comme une action qui se déroule sur deux vignettes d’une bande dessinée…). Arracher la langue de ses ennemis était une pratique cruelle assez répandue autrefois… (« La bouche du juste exprime la sagesse, la langue perverse sera coupée » Pr 10,31).

C’est le péché de la langue qui a été choisi pour figurer l’enfer.
Pas le péché de l’argent, ou de la luxure, ou du pouvoir : le péché de la langue !

Car au 12° siècle, on est très sensible au mal que peut faire la langue humaine : calomnier, mépriser, humilier, se vanter, mentir, détruire… Les théologiens publient nombre d’ouvrages sur les usages de la langue qui peuvent mal se terminer… Finalement, ce supplice de l’enfer comme conséquence d’une langue mal pendue est très actuel ! Le message est clair : attention à ce que vous dites, à vos paroles, aux rumeurs que vous propagez, aux mots que vous employez pour les autres. « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous », avait prévenu Jésus… (Lc 6,38)

Les péchés de la langue étaient bien connus au Moyen Âge, et redoutés parmi les plus néfastes. La Bible les décrit sous toutes les coutures, à travers les 200 usages du mot « langue » qu’on y trouve : mensonge, hypocrisie, calomnies, insultes, arrogance, orgueil, destruction, haine, jalousie etc. La langue comme organe peut diviser et tuer ; la langue comme système d’expression peut conduire à l’idolâtrie comme pour la tour de Babel, et à la rivalité entre les peuples. « Bien des gens sont tombés par l’épée, mais beaucoup plus ont péri par la langue » (Si 28,18).

En même temps, la langue comme organe est capable de proclamer les louanges de Dieu, de prononcer la bénédiction sur le frère, sur les aliments ou la Création. Elle témoigne de la vérité, chante les psaumes, proclame que « Jésus est Seigneur » (Rm 8) et livre à l’autre les déclarations d’amour du Cantique des cantiques.

La langue comme culture est épousée par Dieu qui ne craint pas de graver la Torah en hébreu sur les deux tables de la Loi, de se faire appeler Yeshoua (Dieu sauve), en attendant d’emprunter les mots de la philosophie dans les premiers conciles.

LOMBARDGLOSSOLALIE0003En français, les expressions sont nombreuses qui détaillent les dangers de la langue : avoir la langue bien pendue est la marque des commères, être une langue de vipère caractérise les calomniateurs. On se méfie des beaux parleurs, des promesses en l’air. On se souvient du terrible pouvoir hypnotique sur les foules de la voix d’Hitler à Nuremberg ou à la radio allemande. On sait que les mots prononcés peuvent être plus meurtriers que les balles et causer plus de dégâts que les bombes. Mais prendre langue avec quelqu’un est l’amorce d’une relation.

Aujourd’hui, la langue c’est également le clavier, capable de répandre fake news et harcèlement à travers les réseaux sociaux, et capable de briser l’isolement et la censure.

Bref, la langue est ambivalente, aussi bien comme organe que comme culture. « Mort et vie sont au pouvoir de la langue, ceux qui la chérissent mangeront de son fruit » (Pr 18,21).

Capable du pire et du meilleur, elle a besoin d’une conversion radicale pour servir le bien, ainsi que le résume saint Jacques dans sa lettre :

« La langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt ! La langue aussi est un feu; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. Toutes les espèces de bêtes et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, sont domptées et ont été domptées par la nature humaine ; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer; elle est pleine d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi. » (Jc 3, 510)

« Si quelqu’un s’imagine être religieux sans mettre un frein à sa langue, il trompe son propre cœur, sa religion est vaine. » (Jc 1,26)

 

Les langues de Pentecôte

C’est le programme de la Pentecôte chrétienne : conjurer les péchés de la langue en la mettant - organe et culture - au service de la communion réalisée par l’Esprit Saint. Le discours de Pierre et des apôtres s’adressant à chaque peuple présent à Jérusalem ce jour-là accomplit la bénédiction de Babel, où Dieu accordait la diversité des langues à l’humanité pour la protéger de la tentation suicidaire de se faire l’égale de Dieu à nouveau. Dieu amorçait ainsi une communion des peuples à partir de la diversité des langues et non sans elle. Parler en langues étrangères (xénolalie en grec) est à Pentecôte le don de l’Esprit Saint à l’Église pour vivre de la même communion d’échange que celle qui existe au sein de Dieu Trinité. Déjà, l’écriteau de la croix du Christ avait été rédigé en trois langues : l’hébreu pour l’inscription locale dans la culture particulière des juifs ; le latin pour la diffusion du christianisme dans l’empire, son administration, son réseau commercial et politique ; le grec pour son rayonnement intellectuel dans le monde des idées, de l’art, de la pensée.

INRI

Malgré son caractère apparemment limité à la petite géographie de Galilée et de Judée, l’inscription « Jésus de Nazareth roi des juifs » (INRI) en trois langues (Jn 19, 19-20) était déjà une Pentecôte, ouvrant l’événement du Golgotha à l’universel, en assumant la particularité de toutes les langues. À l’inverse du Coran qui sacralise l’arabe (soi-disant parlé par Dieu lui-même à Mohamed), ni l’Ancien Testament (avec sa traduction grecque des Septante), ni le Nouveau Testament n’ont jamais enfermé la révélation dans une langue unique. Au contraire, le génie propre à chaque langue a enrichi à chaque traduction le donné révélé d’harmoniques infinies.

Les langues de Pentecôte dans Communauté spirituelle F-HamonÀ côté de ce phénomène de xénolalie qui caractérise Pentecôte, nous trouvons également une autre manifestation de l’Esprit Saint bien connue des pentecôtistes et autres Églises charismatiques : la glossolalie, c’est-à-dire le parler (ou plutôt le chanter) en langues. Il ne s’agit pas ici de parler en langues étrangères, mais dans la langue de Dieu pourrait-on dire en suivant saint Paul qui on parle longuement dans sa première lettre aux corinthiens : au-delà des mots, dans la pure louange de Celui qui est au-delà de tout, au-delà du langage. Un métalangage en quelque sorte qui n’est pas fait pour communiquer entre nous (à la différence du don de prophétie) mais pour nous tourner vers Dieu et en Dieu. Cela se traduit par un doux concert de murmures, de syllabes, d’onomatopées, de lignes mélodiques émergeant de l’assemblée en prière comme s’il y avait un chef d’orchestre invisible interprétant une partition non écrite. Un scat de Pentecôte en quelque sorte, une forme de transe ou d’extase dans un esprit de gratuité et de joie débordante, sans aucun aspect magique où l’on chercherait à avoir prise sur le divin pour l’utiliser. C’est ce concert littéralement inouï et surprenant que certains pèlerins de Jérusalem ont pris pour de l’ivresse : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). Ils n’auraient pas dit cela s’ils avaient entendu leur langue maternelle.

Les deux phénomènes (xénolalie et glossolalie) ont donc été rassemblés, soudés l’un à l’autre en un seul pour donner plus de force à l’événement de Pentecôte. Mais on ne peut nier que le chanter en langues fut un signe majeur de la venue de l’Esprit Saint, car on le retrouve plus loin dans les Actes des apôtres comme la preuve indiscutable de cette venue sur le centurion Corneille (Pierre l’atteste en Ac 10,46) et sur une douzaine de disciples à Éphèse (Paul l’atteste en Ac 19,6). Pierre et Paul s’appuieront sur ces deux Pentecôtes ultérieures pour élargir le baptême à tous les peuples sans restriction aucune.

 

Du buisson ardent aux langues de feu

Pentecost1La louange et l’universel : les langues de Pentecôte mettent cela au cœur du message chrétien, comme des effets de la résurrection de Jésus. Et c’est déjà beaucoup. Mais il y a plus encore : des langues comme du feu se posaient sur la tête de chacun, dit le texte. Les icônes orthodoxes officielles le traduisent par des flammèches brûlant dans les auréoles au-dessus des Onze (+ Marie ?).

En français, on utilise cette image lorsque le feu lèche une construction (l’incendie du toit de Notre-Dame de Paris nous l’a rappelé). La comparaison ajoute de la violence de la force au phénomène évoqué, qui devient aussi puissant qu’un incendie et se propage à la même vitesse qu’un feu de forêt l’été dans une pinède desséchée. Un peu comme on dit d’Usain Bolt qu’il a des jambes de feu, alors que le forçat avance avec des pieds de plomb…

En fait, lorsque les apôtres ont vu cette traînée de poudre embraser la foule de Jérusalem sous l’action de l’Esprit Saint, ils ont instinctivement dû penser… au buisson ardent. Comme lui, les Onze puis la foule prennent feu inexplicablement ; comme lui ils brûlent d’amour sans se consumer ; comme lui ils sont l’humble signe par leurs visages transfigurés de la libération accordée à tous.

On peut reprendre les multiples interprétations symboliques du buisson ardent pour développer les dimensions de Pentecôte correspondantes :

Buisson ardent- Le groupe des onze de Pentecôte est à l’image du buisson un symbole de l’humilité qui doit constituer l’Église. Car ce ne sont pas des sages, ni des savants, ni des puissants, ni des gens connus, ni des religieux : ce sont de simples pêcheurs ou fonctionnaires venant de la périphérie du royaume. Comme le buisson était un simple épineux à ras du sol.

- Le buisson ne se consumant pas symbolisait l’existence éternelle d’Israël, que rien ne pourra détruire, pas même le feu des fours crématoires de la Shoah. Les langues de feu de Pentecôte annoncent que l’Église également ne sera jamais détruite dans son œuvre d’évangélisation : « les portes de la mort ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16,18).

- Un buisson ne porte pas de fruits, seulement des épines sur une terre désolée. En brûlant du ‘feu de Dieu’ le buisson fera porter à Moïse des fruits immenses de libération et de service du vrai Dieu. Le petit groupe de Pentecôte n’avait pas d’argent ni les honneurs de la société, mais en accueillant l’Esprit Saint, ils sont promis à une fécondité extraordinaire, universelle, que rien ne laissait présager selon les critères humains habituels.

- Le buisson ardent de Moïse symbolisait le don de la Torah au peuple, protectrice comme les haies d’épineux au désert, et brûlante au cœur de chacun. Les flammes de feu de Pentecôte symbolisent le don de l’Esprit Saint à l’Église, la conduisant sur les chemins de sa mission, le cœur brûlant comme sur le chemin d’Emmaüs.

- Les langues de feu nécessitent la même curiosité spirituelle que le buisson ardent : il faut faire un détour pour les observer et se laisser dérouter. Il revient à l’Église de continuer à poser ces signes qui intriguent, qui interrogent et détournent nos concitoyens de leur chemin ordinaire en sollicitant leur curiosité spirituelle. Comme Moïse, les pèlerins de Jérusalem font le détour pour voir ce phénomène étrange qu’est la sobre ivresse de l’Esprit faisant exulter un petit groupe de pêcheurs judéens.

- Comme le buisson ardent envoyant Moïse à son peuple, la flamboyante Pentecôte fait de chacun un missionnaire dans sa culture et dans sa langue.

Devenir comme un buisson ardent est le fruit de l’Esprit de Pentecôte. C’est à la fois un phénomène politique : s’engager avec Dieu pour la libération de son peuple, et une expérience mystique : être transporté en Dieu, le laisser devenir notre identité la plus intime. Loin d’être un feu dévorant ou destructeur, l’effusion de l’Esprit de Pentecôte est un feu personnalisant : plus l’Esprit m’unit à Dieu, plus je deviens moi-même, de manière singulière (cf. le rôle de chacun des Onze) et particulière (cf. la langue étrangère différente parlée par chacun), ouverte sur l’universel.

Les deux dimensions vont ensemble : pas de dynamisme missionnaire sans expérience mystique (être brûlé par l’Écriture, embrasé de l’amour de Dieu, exulter de louange etc.) ; pas de spiritualité authentique sans prise en charge des conséquences politiques, sociales et économiques de l’évangélisation à travers toutes les frontières.

 

MESSE DU JOUR

Première lecture
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Psaume
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia !
(cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

Deuxième lecture
« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Séquence

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen

Évangile

« L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26)
Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
Patrick BRAUD

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19 mars 2018

Comment devenir dépassionnés

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Comment devenir dépassionnés

 

Homélie pour le dimanche des Rameaux / Année B
25/03/2018

Cf. également :

Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

 

La Passion du Christ que nous lisons en ce dimanche des Rameaux nous invite à devenir nous-mêmes des passionnés à sa suite.
Passionnés de Dieu, au point de préférer encourir la justice plutôt que de le renier.
Passionnés des hommes, au point d’accepter de subir la dérision des foules plutôt que de leur mentir.

Image associéeAutour du Christ traduit devant une justice corrompue, Marc nous dresse en chemin une série de portraits de gens qui eux au contraire sont dépassionnés, c’est-à-dire qui refusent de suivre le Christ dans sa Passion. De Judas à Simon, des grands prêtres à Pilate, les excuses sont nombreuses pour finalement ne pas prendre parti ou le parti adverse.

Repérons quelques-uns de ces alibis qui aujourd’hui encore nous empêchent de nous passionner avec le Christ pour la cause de Dieu et celle des hommes.

 

L’utilitarisme

Comment devenir dépassionnés dans Communauté spirituelle 41OgE6sQVNL._SX302_BO1,204,203,200_L’utilitarisme est un courant de pensée économique qui fait de l’utilité et de l’efficacité les critères ultimes de l’action humaine. Au nom de ce pragmatisme, le grand prêtre affirme sans sourciller qu’il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple. Au nom de cette efficacité, « quelques-uns » (selon Marc, car Jean mettra ce murmure dans la bouche de Judas, hélas) s’indigne de l’onction à Béthanie : « on aurait bien pu vendre ce parfum-là plus de 300 pièces d’argent et les donner aux pauvres ». L’utilitarisme finit par ne plus voir que les effets calculables à court terme. Il se ferme au long terme, ici au gratuit, à l’adoration.

En ce siècle de fin annoncée des idéologies en Occident (car ailleurs les idéologies se renforcent, l’islam radical notamment), le péril utilitariste peut devenir mortel. Au nom des conséquences à court terme, on est prêt à rogner ses convictions et même à ne plus en avoir. On peut ainsi légitimer toute intervention militaire, financière ou politique en invoquant le pragmatisme. Judas suivra ce raisonnement pour livrer Jésus, non par amour de l’argent (il rendra les 30 pièces d’argent), mais par calcul politique à court terme, pour que l’alliance entre le mouvement de Jésus et les grands prêtres puissent enfin former la coalition capable de renverser l’occupant romain. D’ailleurs les autres disciples également rêveront d’utiliser Jésus pour leur projet d’indépendance : « et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël » (Lc 24,21).

Privilégier le pragmatisme aux convictions fortes, l’efficacité visible à la fidélité à soi-même nous enlève peu à peu toute capacité à nous passionner.

Le déclin du courage accompagne toujours la montée de l’utilitarisme.

 

L’alourdissement

À Gethsémani, Jésus mène son combat intérieur pour rester fidèle à son Père. Mais il constate que ses amis somnolent, « les yeux alourdis de sommeil ». Et c’est vrai qu’ils se sont alourdis, les disciples de Jésus, à force de le suivre pendant ces trois années merveilleuses. À tel point qu’ils sont pleins d’eux-mêmes, remplis des théories échafaudées entre eux en cours de route. C’est ce qui donne à Pierre sa fausse assurance : « je ne te renierai pas ». Cet alourdissement contraste avec le jeune homme court-vêtu que Marc est le seul à mentionner : lui veut suivre Jésus, et n’a qu’un drap pour se vêtir. Il préfère s’enfuir tout nu plutôt que de se laisser arrêter avec ce qu’il possède !

Avec les années, nous nous alourdissons des biens possédés, des idées arrêtées, des repos bien mérités… Accumuler, thésauriser, prendre de l’embonpoint physique, moral et spirituel : voilà qui tue la passion !

Demeurer léger et court-vêtu est peut-être une condition pour suivre Jésus dans sa Passion.

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La peur

Elle est en filigrane de tout le récit.
C’est par peur que tous les disciples s’enfuient au moment de l’arrestation.
C’est par peur d’être reconnu que Pierre renie trois fois.
C’est par peur de perdre sa place que Pilate finit par contenter les grands prêtres juifs et la foule en leur livrant Jésus.
Quelques femmes certes sont restées, mais « à distance », par peur d’être assimilées à ses disciples.

Alors qu’à l’inverse Joseph d’Arimathie ne craint pas d’affronter le grand conseil pour réclamer le corps de Jésus. D’ailleurs, la première parole de Pâques adressée aux trois femmes venues au tombeau sera le célèbre : « N’ayez pas peur ! ». Pourtant, elles sont encore tremblantes et ne diront rien à personne, « car elles avaient peur ».

La peur nous empêche d’aller au bout de nos passions. Elle nous immobilise, nous fait fuir, nous ôte la parole, nous garde à distance…

Quelles peurs actuellement nous dépassionnent ?

"Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c'est bon pour les robinets." Boris Vian

La dérision

Fra Angelico - Le Christ  aux outrages - vers 1441Qui a vu le Christ aux outrages de Fra Angelico à Florence sait que la dérision est le fil rouge de la Passion du Christ. La couronne d’épines pour un roi manqué, un roseau pour se moquer de son pouvoir absent, un vêtement de pourpre pour singer sa dignité princière, les crachats, les gifles, les insultes… : le chemin de croix de Jésus est une longue litanie d’humiliations et de dérisions.

Jusqu’à la pancarte en bois : INRI, qui veut faire rire de ce roi lamentable. Mais par un de ces retournements que l’histoire aime à reproduire, cette inscription moqueuse se révélera prophétique. Jésus est vraiment le roi des juifs, même si tout le monde en ricane.

Ceux dont on se moque pourraient bien détenir la vérité de leur époque !

La dérision a un tel pouvoir de séduction qu’un des compagnons d’infortune de Jésus y succombe selon Luc. Marc mentionne que les patients hochent la tête avec mépris (cf. Ps 22,8) en voyant ce soi-disant Messie échouer lamentablement : « sauve-toi toi-même » si tu es aussi puissant que tu le prétends !

Rire de quelqu’un n’a jamais été le fort de Jésus.
Tourner en dérision les vaincus de la société, les perdants de l’économie, les pions égarés de la mondialisation ne nous permettra pas de discerner les bons combats où nous engager.
Se moquer, ironiser, rire des faibles et des vaincus, de « ceux qui ne sont rien » ou des « derniers de cordées » ne peut que nous déshumaniser.

Le mépris fait de nous des passants, indifférents au malheur des petits, incapables de nous passionner pour la cause de la justice. Nous risquons alors de devenir des cyniques, ne croyant plus en grand-chose sinon notre intérêt immédiat, ne poursuivant aucun idéal sinon l’utilité de nos actions à court terme.

 

L’utilitarisme, l’alourdissement, la peur et la dérision font de nous des dépassionnés. Rameaux à la main, prenons conscience de ce qui fait obstacle à nos passions les plus authentiques.

Ouvrons les yeux sur ce qui nous dépassionne. Alors, si nous unissons nos passions à celle du Christ, elles deviendront fécondes avec lui, par lui, et en lui…

 

 

Messe de la Passion

1ère lecture : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Troisième chant du Serviteur du Seigneur) (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :

X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. » L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable. Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant. Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. » L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu. Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups. Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes. L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié. Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira. (Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant) Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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23 octobre 2017

La bourse et la vie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La bourse et la vie


Homélie du 30° Dimanche ordinaire / Année A

29/10/2017

Cf. également :

Le cognac de la foi

L’amour du prochain et le « care »

Trompez l’Argent trompeur !

La 12° ânesse

 

 La question du prêt à intérêt

La question du prêt à intérêt en Europe est fascinante.

Elle a paradoxalement stigmatisé les juifs en leur réservant les métiers de l’argent jusque dans le haut Moyen Âge. Elle a du coup nourri un antisémitisme profane – distinct de l’antisémitisme religieux – qui perdure encore aujourd’hui (dans les pays musulmans par exemple). Elle est à l’origine de l’invention du purgatoire – mais oui ! – qui marque les esprits depuis des siècles. Elle a contribué à la défiance catholique envers l’argent et les métiers de l’argent, alors que les protestants, par un retour à l’Ancien Testament, y verront plutôt une source de bénédiction divine. Par son évolution au sein de l’Église catholique, la question du prêt à intérêt montre avec force que le sens de la foi des fidèles a finalement raison des raideurs idéologiques et institutionnelles de l’appareil ecclésial.

Tout cela à partir des quelques lignes de l’Exode (Ex 22, 20-26) :
« 
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. » 

Sans trop entrer dans le détail, évoquons à grands traits la postérité économique et sociale de la première lecture de ce dimanche.

 

Les métiers de l’argent réservé aux juifs

Dans le texte de l’Exode comme dans ses parallèles, l’interdiction du prêt à intérêt n’existe que pour « quelqu’un de mon peuple », un « frère ». Il est donc permis un juif de prêter à un non-juif. Alors que les chrétiens, élargissant la notion de peuple élu à toute l’humanité, ne peuvent prêter à personne – du moins tant qu’on se cantonne à une interprétation très littérale du texte – car tous ne sont qu’un seul peuple sauvé en Christ. Voulant respecter à la lettre cet interdit de l’Exode, les chrétiens ont donc demandé aux juifs d’assurer pour eux le prêt à intérêt, et par extension les métiers de la finance et de la banque. Des Lombards de Gênes aux Rothschild aujourd’hui, l’Europe s’est remplie de dynasties familiales juives régnant sur la finance parce que les chrétiens se croyaient interdits de les pratiquer !

La bourse et la vie dans Communauté spirituelle

Un antisémitisme profane

Histoire de l'antisémitisme - couverture livre occasionOn comprend alors qu’un certain sentiment de jalousie (car être banquier rend riche) et de méfiance (ce monopole ne s’exerce-t-il pas à nos dépens ?) ou de soupçon (que font-ils de tout ce pouvoir ?) a peu à peu envahi le corps social. Il y avait dès l’origine – hélas – un antisémitisme chrétien, relayé par certains Pères de l’Église, qui accusaient les juifs d’être un « peuple déicide ». Vint s’ajouter un autre antisémitisme, profane celui-là : on accuse les juifs d’être perfides, exploiteurs de la précarité des pauvres, tribu financière dangereuse répandue dans tous les pays, échappant à tout contrôle. La rencontre de ces haines alimentera les pogroms, les discriminations, et plus tard le terrifiant fantasme hitlérien de la « juiverie internationale ».
Déminer la question du prêt à intérêt, c’est donc combattre l’antisémitisme !

 

Le mépris catholique pour l’argent

Déléguant aux juifs les métiers du prêt et de la finance, les reléguant par la même dans un ghetto professionnel qui engendrera les autres ghettos, les chrétiens se sont radicalisés très vite au sujet de l’argent. Ils voulaient suivre davantage le choix de Jésus pour la pauvreté volontaire et ses invectives contre les riches que les vieux textes bibliques parlant de la richesse comme d’une bénédiction divine. La vie monastique qui a révolutionné l’Europe en se répandant comme une traînée de poudre était basée sur cet idéal évangélique de pauvreté. Interdire le prêt à intérêt aux chrétiens, c’était leur désigner une autre voie que « l’argent sale » de Mitterrand ou le « fumier du diable » du Pape François, et dévaloriser tout ce qui était tourné vers l’accroissement des richesses. Les protestants au XVI° siècle tournèrent le dos à cette interprétation notamment grâce au retour à l’Ancien Testament où le salut se lit dans la prospérité matérielle accordée par Dieu [1].

 

L’invention du Purgatoire

Jacques Le Goff - La Bourse et la vie - Economie et religion au Moyen Age.Au fur et à mesure des siècles, l’Europe a quitté l’économie de subsistance, celle de l’époque de Jésus, pour se lancer dans une économie de croissance, d’abondance, de progrès, de multiplication des activités de production, de commerce et d’échanges. Impossible de développer cette économie sans des banques solides, sans des financiers habiles. Pourquoi laisser cette manne aux seuls juifs ? Très vite, de plus en plus de chrétiens se sont lancés dans des techniques de lettres de change, d’avoirs, de documents en tout genre pour contourner l’interdiction (papale) du prêt à intérêt tout en agrandissant leurs affaires. Ces pratiques se généralisèrent tellement, et de bonne foi, que Rome ne pouvait plus continuer à les ignorer ou à les condamner. Pouvait-on persister à affirmer que les banquiers iraient en enfer, seraient damnés à cause du prêt à intérêt ? Des théologiens ont eu une trouvaille astucieuse pour menacer toujours les banquiers du feu de l’enfer sans les y expédier en fait : le Purgatoire ! En effet, où mettre ces pécheurs publics dans l’au-delà ? En enfer ? Mais l’opinion publique ne comprend plus, et les intéressés n’ont plus conscience de violer la loi de Dieu en faisant leur métier. Au paradis comme les autres ? Mais il faut marquer le coup pour leur lancer un sérieux avertissement. C’est donc en purgatoire, ce lieu intermédiaire imaginé spécialement pour eux, qu’on les mettra [2]. Pas tout à fait sauvés parce qu’en attente du Paradis, ils souffriront à cause de leur amour de l’argent sur cette terre. Pas damnés non plus car dans l’antichambre du ciel, ils seront reconnaissants à l’Église de les avoir finalement inclus dans le nombre des élus… Ainsi, ils pouvaient garder et la bourse et la vie (éternelle) !

La notion de purgatoire a connu un tel succès – et on comprend pourquoi – qu’elle s’est généralisée à d’autres catégories de pécheurs. Mais c’est aux banquiers enfreignant l’interdiction du prêt à intérêt qu’on le doit. Comme quoi la théologie et la spiritualité se nourrissent des évènements de la vie économique…

 

Le sens de la foi des fidèles

Le Sensus fidei dans la vie de l'EgliseOn l’a dit : l’opinion publique dans l’Église s’est peu à peu convertie à un usage raisonné du prêt, de la finance, des banques. Et cela sans y voir de péché. La raideur doctrinale de Rome condamnant tout métier d’argent devenait intenable devant la bonne foi du peuple. Des théologiens – encore eux – opérèrent alors une distinction fondamentale entre le prêt et l’usure. Dans une société statique comme Israël après l’Exode, le prêt et l’usure peuvent être confondus. Dans une économie dynamique comme celle des marchands du capitalisme naissant aux X°-XIII° siècle, les chrétiens ont senti d’instinct que prêter pour anticiper et soutenir la création de richesses étaient fort différents d’exploiter les pauvres en leur prêtant à des taux usuriers (des taux de 30 % et plus n’étaient pas rares à l’époque). Distinguant le prêt de l’usure, l’Église a pu encourager le premier tout en continuant à condamner la deuxième. Les théologiens ajoutèrent à cette distinction cinq bonnes raisons [3] - bibliquement compatibles – de rémunérer un prêt, et le tour était joué !

Il fera cependant attendre le XIX° siècle, et le XX° siècle explicitement, pour que l’interdit soit levé ! Comme quoi le sens de la foi des fidèles défini par le concile Vatican II [4] finit toujours par vaincre les raideurs de l’institution ecclésiale.

Une application de ce même principe pourrait d’ailleurs transformer la position de l’Église sur la contraception ou la PMA. Les couples qui pratiquent en toute bonne foi une contraception chimique ont conscience de ne pas pécher. La position officielle est alors contrainte d’évoluer, sous peine d’un divorce grandissant…

 

Nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet avec ces quelques flashes sur l’histoire du prêt à intérêt depuis l’Exode ! Il faudrait y adjoindre les débats sur le temps (prêter, c’est vouloir maîtriser le temps qui n’appartient qu’à Dieu, pensaient les théologiens) ou sur la nature de l’argent (il ne peut ni ne doit faire des petits par lui-même, pensaient les Anciens) etc.

Et dire que notre première lecture abordait également les questions – oh combien actuelles ! - de la place des migrants dans de société, de l’option préférentielle pour les pauvres (défendre la veuve et l’orphelin)…

L’amour dont parle la Bible est autant économique, social et politique qu’affectif et personnel !

Prêt à intérêt

 


[1]. Cf. Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1905.

[2] . cf. J. Le Goff, La Bourse et la Vie, éd. Hachette Littératures, 1986.

[3] . Deux excuses sont liées à la notion d’intérêt : le lucrum cessans (cessation d’un bénéfice) et le damnum emergens (préjudice subi) ; la troisième fait ressortir la notion de rémunération d’un travail bancaire (stipendium labori) ; les deux dernières innovent en parlant du risque encouru : le periculum sortis (risque de perdre le prêt) et le ratio incertitudinis (danger de perdre le capital).

[4] . « La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs »(8) elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu (cf. 1Th 2,13), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre. » Lumen Gentium n°12

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu accables la veuve et l’orphelin, ma colère s’enflammera » (Ex 22, 20-26)
Lecture du livre de l’Exode

Ainsi parle le Seigneur : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

PSAUME
(Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab)
R/ Je t’aime, Seigneur, ma force. (Ps 17, 2a)

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse,

Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.

Lui m’a dégagé, mis au large,
il m’a libéré, car il m’aime.

Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !
Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire !

Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles afin de servir Dieu et d’attendre son Fils » (1 Th 1, 5c-10)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien. Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves, avec la joie de l’Esprit Saint. Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de Grèce. Et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Grèce qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout que nous n’avons pas besoin d’en parler. En effet, les gens racontent, à notre sujet, l’accueil que nous avons reçu chez vous ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

 

ÉVANGILE
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 34-40)
Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui.
Alléluia. (Jn 14, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Patrick BRAUD

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