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8 janvier 2011

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Laisse faire » :

l’étrange libéralisme de Jésus

 

Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur / Année A

Dimanche 9 Janvier 2011

 

http://storage.canalblog.com/77/29/249840/21041018.jpg« Laisse faire ».

Par deux fois.  

« ‘Laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.’

Alors Jean le laisse faire. » (Mt 3,5)


Une expression rare dans la Bible

·       L’expression est étrange. Elle est singulière également, car elle n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament, dans cette scène du baptême de Jésus par Jean-Baptiste.

En effet, Jean-Baptiste résiste à l’idée d’être celui qui baptise Jésus et non l’inverse. Jésus est obligé de lui intimer cet impératif : « laisse faire ». On y sent une pointe d’incompréhensible : « tu ne peux pas saisir la porte de ton geste maintenant. Accepte de ne pas tout maîtriser. Laisse Dieu agir à sa manière ».

·       Dans toute la Bible, une rapide enquête montre que l’expression n’est utilisée formellement qu’une seule autre fois. Lorsque le roi d’Israël, Josias, voit le roi d’Égypte Neko monter combattre à Karkemish, sur le fleuve Euphrate, il croit qu’il doit le combattre au nom de Dieu. Neko essaie de le dissuader : « laisse donc faire Dieu qui est avec moi. Ce n’est pas toi que je viens attaquer ». Josias s’entête, livre bataille à Megiddo. Ne pas « laisser-faire » Dieu lui sera fatal : il est blessé mortellement (2Ch 35,20-27).

Lui, Josias, le grand roi de la réforme religieuse, qui avait restauré le Temple et la Loi à Jérusalem après l’exil, s’est pourtant mortellement trompé en ne laissant pas agir de Dieu à sa manière (et la manière de Dieu ici, c’était la paix !, la non-guerre avec l’Égypte…).

 

On trouve quelques rares autres allusions à ce « laisse faire », par exemple dans l’injonction de Dieu à Pharaon : « laisse aller mon fils » (Ex 4,23). C’est le fameux : « do let my people go », magnifié par les gospels. Pharaon endurcit son coeur et ne veut pas laisser Dieu faire l’histoire. Les 10 plaies d’Égypte seront la rançon de ce refus du « laisse faire ».

On peut également penser à l’attitude de laisser-faire qui caractérise Marie : elle ne comprend pas pourquoi, elle ne sait pas comment, mais elle laisse l’Esprit de Dieu agir en elle, elle le laisse faire… (Lc 1,28-38 ; 2,19.33.41-52).

·       Bref, cette expression est suffisamment rare dans la Bible pour lui accorder tout son poids d’étrangeté ici. Ce « laisse faire » pourrait bien être une clé majeure de l’identité profonde de Jésus : il est celui qui se laisse entièrement façonner par son Père, qui se laisse entièrement conduire par l’Esprit du Père, et le  laisse parler et agir à travers lui.

 

Le « laisser-faire » des libéraux

·       En Europe, cette expression a immédiatement un autre écho, et cela vaut la peine de s’y confronter. Le « laisser-faire » est en effet au coeur du libéralisme philosophique, conçu comme un projet de libération de toutes les entraves étatiques émanant du Prince ou de l’Église.

« Il y a une querelle historique sur cette humble supplique de commerçants pour que l’État corporatiste d’Ancien régime desserre l’étau de ses règlementations. L’origine s’en trouve chez Turgot, dans son Éloge de M. de Gournay. Il prête la maxime « laissez-nous faire » à un commerçant lyonnais du temps de Colbert, mais il semble bien que la formule soit de Gournay lui-même. « Laissez-faire, laissez passer » les grains entre les provinces. A cette époque, la France était hérissée d’octrois et de droits contre la circulation libre. L’État avait le contrôle du commerce des grains, ce qui provoquait de nombreuses famines.

L’idée, géniale, qui se cachait derrière le « laissez-nous faire », était que la liberté de circulation des grains entraînerait un enrichissement général. Qui peut dire qu’il n’en a pas été ainsi ? La société d’Ancien régime, avec 25 millions d’habitants, vivait de famine en crise de subsistances. A partir du moment où la liberté a été instaurée, la disette ne fut plus jamais qu’un souvenir. »

Source : http://www.wikiberal.org/wiki/Laissez-faire

 

·       On attribue la paternité de cette formule en économie politique au marquis d’Argenson : « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises ».

« Ces deux mots, laisser faire et laisser passer, étant deux sources continuelles d’actions, seraient donc pour nous deux sources continuelles de richesses » (Conclusion des « Réflexions sur la contrebande » de Vincent de Gournay, Grenoble Septembre 1753).

« Laissez-nous faire » est la réponse du marchand Legendre à Colbert qui lui demandait : « que peut-on faire pour vous aider ? » (rapportée par Turgot).

Turgot attribue le « laisser-faire, laisser-passer » à Vincent de Gournay en 1759, dans son éloge funèbre. C’est en tout cas une injonction au pouvoir de cesser d’intervenir sans cesse dans l’économie. Turgot écrit dans l’encyclopédie de d’Alembert et Diderot :

« Ce que l’État doit à chacun de ses membres c’est la destruction des obstacles qui les gêneraient dans leur industrie (…). Les hommes sont-ils puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer ? LAISSEZ-LES FAIRE. Voilà le grand, l’unique principe. » (Turgot, article « Fondation » pour l’Encyclopédie de D’Alembert et Diderot)

François Quesnay, médecin-chirurgien de Louis XV et précurseur de la macroéconomie moderne, ira encore plus loin :

« Que faire ? demande le roi ;
Rien, Sire, répond Quesnay.
Qui gouvernera ?
Les lois »
(Tableau économique, 1758).

·       Le projet libéral du XVIII° siècle est donc bien de faire sauter les entraves royales à la libre circulation des hommes et des marchandises. On a beaucoup critiqué cette formule du laisser-faire, lorsqu’elle est devenue un slogan ultralibéral contre toute forme de régulation et de réglementation économique. Mais à l’origine, il s’agissait de desserrer l’étau qui asphyxiait le commerce et empêchait les gens de circuler, d’acheter et de vendre librement. Cette maxime traduit une certaine confiance (à tort ou à raison), soit dans la capacité des hommes à créer de la richesse, soit dans une « main invisible » (l’expression est d’Adam Smith, 1776) qui va providentiellement faire concourir la liberté de chacun au bien de tous, plus sûrement qu’une administration dirigiste ou un pouvoir planificateur et centralisateur.

 

Le libéralisme de Jésus

·       Jésus serait-il libéral lorsqu’il demande de laisser-faire ?

Cet anachronisme est volontairement provocant… On n’imagine pas Jésus en champion de l’individualisme capitaliste ! Pourtant, lorsqu’il dit : « laisse faire », il fait confiance à une autre liberté, celle de Dieu. Son libéralisme est centré sur Dieu et non sur l’intérêt individuel. Il veut faire sauter les entraves à la libre réalisation du projet divin. Il veut assurer la libre circulation de l’initiative divine entre les hommes. À cause de cette revendication de la pleine liberté pour l’action de Dieu, Jésus osera contester les pouvoirs totalitaires, les institutions religieuses. Il osera renverser le comptoir des marchands du Temple justement pour « laisser-faire » la gratuité entre les hommes et Dieu (Jn 2,13-16). Il sera le premier surpris qu’une force sorte de lui pour guérir une cananéenne impure, mais il « laissera faire » le salut de Dieu là où il ne l’avait pas prévu (Lc 8,43-48). De même avec la libanaise qui réclame la guérison de sa fille, comme les petits chiens réclament les miettes tombant de la table de leur maître : Jésus ne s’attendait pas à cet universalisme-là, mais il la laissera faire ; elle obtiendra cette guérison, révélant à Jésus qu’il est envoyé même aux païens (Mc 7,24-30)…

 

·       Voilà le « libéralisme » de Jésus : se laisser conduire par les événements là où il n’aurait jamais pensé aller, laisser à son Père la liberté de prendre les hommes à contre-pied, se laisser conduire par l’Esprit jusqu’au laisser-faire ultime : être accusé d’être un maudit de Dieu, être jugé, condamné et crucifié comme tel…

 

·       Et nous, comment « laisser-faire » Dieu à travers les imprévus de notre existence ?

Comment lui laisser la liberté réelle d’agir comme lui seul sait le faire, de façon si surprenante ?

 

« Laisse faire » : quelle traduction concrète allez-vous donner à cette attitude si paradoxale ?

 

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu consacré pour le salut des hommes (Is 42, 1-4.6-7)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé.
Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique.
Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité.
Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions.
Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.

Psaume : Ps 28, 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10

R/ Dieu, bénis ton peuple, donne-lui la paix.

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

2ème lecture : Le ministère du Sauveur commence à son baptême (Ac 10, 34-38)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l »armée romaine, il s’adressa à ceux qui étaient là : « en vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous.
Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »

Evangile : Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Voici mon Fils, mon bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
Patrick Braud 

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11 décembre 2009

Éloge de la déontologie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 8 h 34 min

Éloge de la déontologie


Homélie du 3° Dimanche de l’Avent / Année C
13/12/2009

 

Lorsque les foules viennent interroger Jean le Baptiste : « que devons-nous faire ? », il répond au niveau de leur conscience : « celui qui a de vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ».

Viennent ensuite des catégories professionnelles qui lui posent la même question. Aux collecteurs d’impôts, Jean-Baptiste répond par un appel à l’honnêteté professionnelle : « n’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé ». Aux militaires, il fait appel là encore alors à leur honnêteté et à leur conscience professionnelle : « ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde ».

Ce premier niveau de conscience morale auquel fait appel Jean-Baptiste est capital. Lui, le Précurseur, il prépare les chemins du Christ en appelant chacun à écouter sa conscience,  notamment dans l’exercice de ses responsabilités professionnelles.

Aujourd’hui encore, ce rôle de précurseur est attendu par beaucoup. Que ce soit des traders  en quête de légitimité pour leurs salaires ou leurs primes ; que ce soit des chercheurs en bioéthique se posant des questions sur l’utilisation de leurs découvertes ; que ce soit les responsables d’entreprises confrontés à la crise sociale, ils sont nombreux ceux qui posent toujours cette même question : « et nous, que devons-nous faire ? »


La science du devoir

Derrière cette question, il y a l’intuition que, pour être efficace et morale, une profession doit se donner des règles de comportement, avec des interdits et des contrôles, bref une déontologie (en grec : discours sur ce qu’il convient de faire = la science du devoir).

Le serment d'Hippocrate (forme originale, en grec ancien)C’est le premier niveau de toute morale économique, trop souvent télescopé par les réflexions éthiques (et même celle de l’Église). Les acteurs d’un champ économique sont capables, entre eux, de définir un certain nombre de règles qu’ils jugent « morales » et indispensables à leur activité. C’est vrai à la Bourse de Paris, mais aussi dans le monde médical (cf. le serment d’Hippocrate, sans doute l’une des plus anciennes formes de déontologie professionnelle, au 4° siècle av. JC, cf. l’Ordre des médecins.), dans une branche professionnelle (les journalistes ont leur charte de déontologie dès 1918, les avocats leur Conseil de l’Ordre, et bien d’autres métiers également)?

Dans notre page d’évangile, c’est à Jean Baptiste que les fonctionnaires et les soldats s’adressent pour savoir ce qu’il faut faire. Mais la réponse de Jean-Baptiste les renvoie en fait à eux-mêmes, à leur conscience. D’où le 1° niveau de la réflexion éthique: « examinez en vous-mêmes ce qui est juste ». C’est comme si Jean-Baptiste les invitait à être les premiers acteurs de leur conversion, à ne pas chercher à l’extérieur d’eux-mêmes des normes et des devoirs à accomplir.

Cela rejoint le rôle essentiel de la déontologie : établir un ensemble de règles de pratiques  professionnelles, élaborées et contrôlées par les professionnels eux-mêmes.

 

La déontologie répond ainsi à deux objectifs :

- l’intégrité de la profession (« ad intra ») : ne pas laisser le groupe professionnel éclater à cause de l’attitude hétérogène de quelques-uns. La déontologie contribue à l’harmonie, la confraternité au sein de la profession.

- la légitimité de la profession (« ad extra ») : obtenir la reconnaissance extérieure et la dignité professionnelle grâce au respect du client. C’est la question de la légitimité de l’image donnée à l’extérieur.

La déontologie fait appel à la conscience morale de chaque acteur professionnel : ce n’est pas une logique juridique. Elle n’est pas de l’ordre d’un Code pénal. Elle encadrera l’exercice de la conscience professionnelle, sans se réduire à elle.

En ce sens, elle présente l’avantage de ne pas être imposée de l’extérieur (hétéronomie), mais de résulter d’un consensus moral entre acteurs se forgeant une conscience commune.

On voit le poids que peuvent avoir dans ces questions de déontologie des acteurs inspirés par l’Évangile : s’ils sont compétents et reconnus comme tels par leurs pairs, ils pourront témoigner d’une vision de l’homme qui peut inspirer des comportements adoptés par tous.

 

La déontologie : nécessaire, mais non suffisante

Prenons l’exemple de la Bourse. Pour que les marchés financiers fonctionnent bien, il faut qu’il y ait un minimum d’autodiscipline chez les opérateurs des sociétés de Bourse. Par exemple : s’engager à effectuer réellement un ordre d’achat ou de vente dans le temps et l’espace indiqués ; accorder à la parole au téléphone le même poids qu’à un écrit ; ne pas utiliser d’informations confidentielles à d’autres fins que celles du client ; exercer les activités avec diligence, loyauté, neutralité et impartialité etc?

Ces impératifs déontologiques n’ont manifestement pas tous été respectés lors de la période qui a conduit à la crise financière de 2008 !

 

Mais l’interdit moral sous-jacent à la déontologie est d’ordre général. Il s’adresse à la conscience, et fait appel à la bonne volonté du professionnel. Il ne comporte d’autre sanction que la reconnaissance ou la réprobation morale par son milieu professionnel ou par les clients (seuls certains Ordres ont le droit de rayer quelqu’un de la profession en cas de faute grave).

On ne peut donc pas confondre code déontologique et code pénal : la déontologie n’est pas juridique ; sa logique est morale, non pénale.

Par exemple, la Maffia italienne a un code d’honneur très précis (l’omerta?) mais qui ne contribue certes pas au bien commun général !

La déontologie joue cependant le rôle d’un diapason, qui donne le ton, qui indique l’attitude commune moyenne (au sens statistique) et la sensibilité morale moyenne d’un milieu professionnel.

C’est déjà un premier niveau, fort important, d’autodiscipline et d’autorégulation.

Ensuite viennent les niveaux des normes morales, de la visée éthique. Mais ensuite seulement?

Si nous voulons être fidèles au Précurseur, alors il nous faut commencer par là : préparer les chemins, graduellement.

Le premier appel à lancer n’est pas d’emblée la conversion au Christ, radicale et intransigeante. Le premier appel est bien celui de Jean-Baptiste : « faites ce qui vous semble juste, en conscience, par rapport à vos responsabilités professionnelles notamment ».

C’est ainsi que vous préparerez les chemins du Seigneur : en comblant les ravins de l’injustice, en redressant les chemins tortueux de pratique professionnelles peu reluisantes, en aplanissant la route des décisions ordinaires  à prendre dans l’exercice de votre métier.

Déontologie, morale, éthique : puisse Jean-Baptiste nous apprendre à ne pas confondre ces trois niveaux de la conversion au Christ, et à en jouer graduellement !


Lectures du 3° Dimanche de l’Avent / Année C

1ère lecture : « Fille de Sion, réjouis-toi, car le Seigneur est en toi » (So 3, 14-18)

Lecture du livre de Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem!
Le Seigneur a écarté tes accusateurs, il a fait rebrousser chemin à ton ennemi. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »

Psaume : Is 12, 2, 4bcde, 5-6

R/ Laissons éclater notre joie : Dieu est au milieur de nous.

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.
Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »
Jouez pour le Seigneur,
car il a fait des prodiges que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : Soyez dans la joie : le Seigneur est proche (Ph 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul aux Philippiens

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie.
Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.
Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre coeur et votre intelligence dans le Christ Jésus.

Evangile : Jean Baptiste prépare les foules à la venue du Messie (Lc 3, 10-18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »
Des publicains (collecteurs d’impôts) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
A leur tour, des soldats lui demandaient : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde. »
Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »
Par ces exhortations et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick BRAUD
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