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6 novembre 2022

Répliquer aux bourreaux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Répliquer aux bourreaux

 

Homélie du 33° Dimanche du temps ordinaire / Année C 

13/11/2022 

 

Cf. également :

Il n’en restera pas pierre sur pierre

Nourriture contre travail ?

« Même pas peur »…

La « réserve eschatologique »

Ordinaire ou mortelle, la persécution
Conjuguer le bonheur au présent


L’Esprit Saint est notre avocat

Les catholiques de rite latin aiment bien invoquer Marie dans le Salve Regina en l’appelant : « advocata nostra », notre avocate. En réalité, Marie n’est avocate que par participation, parce qu’elle est remplie de l’Esprit Saint. C’est lui notre Paraclet, mot grec ayant la même signification que le mot latin avocat (para-kletos = ad-vocatus = celui qui est appelé aux côtés de quelqu’un pour le défendre). Jean le décrit ainsi dans son Évangile : 

Répliquer aux bourreaux dans Communauté spirituelle 123391696« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur (Paraclet) qui sera pour toujours avec vous : » (Jn 14,16)

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26).

« Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur » (Jn 15,26).

« Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16,7).

Et dans notre lecture de ce dimanche (Lc 21,28), Jésus annonce qu’il sera aux côtés des chrétiens accusés pour leur inspirer leur plaidoirie de défense :

« On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ».

Nous pouvons donc compter sur l’Esprit du Christ pour nous souffler les arguments de notre défense, et pour nous inspirer une plaidoirie étincelante, sans avoir à la préparer à l’avance : elle nous sera donnée au moment où nos accusateurs nous demanderont de parler.

 

Soyons réalistes : les persécutions contre la foi chrétienne n’ont pas cessé depuis les origines. Elles peuvent susciter haine et rancœur chez les baptisés. Heureusement, le double commandement du Christ nous impose d’aimer nos ennemis, et de leur tendre l’autre joue. L’Esprit nous apprend alors à aimer ceux qui font le mal sans être complices du mal commis, et à tendre à nos oppresseurs un autre visage que celui d’une victime apeurée et résignée.

Tendre l'autre joueCar tendre l’autre joue ne veut pas dire se taire et subir en silence, se résigner sans rien faire. Tendre l’autre joue à celui qui nous frappe, c’est refuser d’endosser le rôle de la victime blessée, et lui montrer un autre visage, non tuméfié : le visage de notre dignité intacte d’enfants de Dieu, inaliénable, quoi qu’il nous fasse. En nous aidant à nous défendre, en nous soufflant les arguments et l’éloquence de notre plaidoirie, l’Esprit du Christ nous fait tendre l’autre joue à nos ennemis, la joue intacte, semblable à la sienne, des enfants bien-aimés d’un même Père.

Si tendre l’autre joue signifiait ne pas protester et baisser les yeux devant l’agresseur, comment expliquer la réaction de Jésus devant les gardes qui le frappaient ?

« Un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : ‘C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre !’ Jésus lui répliqua : ‘Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?’ » (Jn 18,22-23).

Inspiré par l’Esprit, sans haine ni colère, Jésus demande la vérité : « pourquoi me frappes-tu ? », et la justice : « je n’ai fait aucun mal ». C’est le fondement de la légitime défense, qui refuse d’être complice du mal commis par l’agresseur et cherche à le détourner de ce mal en nous montrant sous un autre jour. Les Ukrainiens par exemple qui se défendent courageusement pour chasser les envahisseurs de leur pays pourront le faire le cœur en paix, s’ils ne répondent pas à la haine par la haine, ni à l’injustice par d’autres injustices. Se défendre pour se protéger et protéger les siens, et protéger le bourreau de lui-même, est une légitime inspiration, une spirituelle mise en œuvre du commandement évangélique de l’amour de l’autre, fut-il mon ennemi, en lui tendant une autre joue que celle qu’il a frappée.

Le pape François l’affirmait clairement lors de sa visite au Kazakhstan en Septembre sur la nécessité de fournir des armes à Kiev : « C’est une décision politique qui peut être morale, moralement acceptée, si les conditions de moralité sont réunies ». « Mais cela peut être immoral si cela se fait avec l’intention de provoquer plus de guerres ou de vendre plus d’armes, ou se débarrasser des armes qui ne servent plus. La motivation est ce qui qualifie en grande partie la moralité de cet acte », a-t-il ajouté. « Se défendre est aussi une expression d’amour de la patrie ». « Qui ne se défend pas, n’aime pas, mais qui défend, aime », a ajouté François.

 

Quelques répliques de martyrs à leurs bourreaux

- Après Jésus pendant son procès, le premier à avoir expérimenté l’assistance de l’Esprit comme avocat de sa défense est le diacre Étienne (Ac 7). Traîné devant le tribunal juif pour avoir proclamé la résurrection du Christ, Étienne ne se laisse pas faire : il prend la parole et développe une longue relecture de l’histoire d’Israël en guise de plaidoyer pour la messianité de Jésus. Il parle sans papier, sans préparation, sans aide juridique. Il est visiblement inspiré au point que son visage en est transfiguré : 

« Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Étienne, et ils virent que son visage était comme celui d’un ange » (Ac 6,15).

Voilà encore une autre façon de tendre l’autre joue ! L’Esprit le transfigure lorsqu’il contemple celui qu’il va rejoindre bientôt par la lapidation décidée par avance dans cette parodie de justice.

Et c’est le même Esprit qui lui met sur les lèvres les paroles qu’il avait mises sur celle de Jésus devant ses bourreaux : 

« Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : ‘Seigneur Jésus, reçois mon esprit.’ Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : ‘Seigneur, ne leur compte pas ce péché.’ Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort » (Ac 7,59-60).

 

Dans la lignée d’Étienne, de nombreux martyrs des trois siècles suivants laisseront eux aussi l’Esprit du Christ parler et agir devant leurs ennemis cherchant à les humilier, à les éliminer. Parcourons quelques-unes seulement des répliques inspirées à ces témoins de la foi risquant leur vie pour témoigner du Christ [1].

 

Martyrs_Maraval-56d29 AED dans Communauté spirituelle- Vers l’an 107-110, Ignace, premier évêque d’Antioche, est conduit vers son supplice dans l’arène romaine. Il écrit à sa petite communauté quelques mots contenant déjà une théologie de l’eucharistie conçue comme l’offrande de soi, par amour :

« Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu … 

Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ ».

Voilà pourquoi on insère toujours une relique d’un martyr si possible (ou d’un saint) dans l’autel d’une église, car le martyre est la véritable eucharistie : célébrer la Passion du Christ sur l’autel conduit à offrir notre vie, unis à lui, jusqu’à mourir s’il le faut, pour témoigner de la communion au Christ qui nous anime et qui est offerte à tous.

 

- Le vieil évêque de Smyrne, Polycarpe, tient tête au proconsul romain qui mène son interrogatoire en 156. 

Le proconsul demande donc à Polycarpe de simplement dire : « À bas les athées ! ». Polycarpe regarde alors, d’un visage grave, la foule des païens sans loi rassemblée dans le stade, fait un signe de sa main vers eux, puis, en gémissant et levant les yeux vers le ciel, il dit : « À bas les athées ! » »

Cette audace de dire la vérité au prix de sa vie est la marque de l’Esprit, qui « nous conduit vers la vérité tout entière ».

Dans l’arène, avant que les fauves soient lâchés, le proconsul insistait et disait : 

« Jure, et je te laisse aller, maudis le Christ » ; Polycarpe répondit: « Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m’a fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon roi qui m’a sauvé ? »

D’où viennent ce courage et ce bon sens (voire cet humour !), sinon de l’Esprit qui le conduit depuis tant d’années ?

 

blandine2 Esprit- En 177, parmi les futurs martyrs de Lyon, une certaine Biblis avait renié sa foi sous la menace (qui d’entre nous n’aurait pas fait comme elle ?). Les Romains veulent l’amener à avouer le soi-disant anthropophagisme des chrétiens. Elle répliqua aux calomniateurs en disant : 

« Mais comment ces gens-là pourraient-ils manger des petits enfants alors qu’ils n’ont même pas le droit de manger le sang des animaux dénués de raison ? (selon la coutume juive de manger casher, que les premiers chrétiens suivaient encore parfois) ». À compter de cet instant, elle s’affirma de nouveau chrétienne et tint ferme. Aussi fut-elle mise au rang des martyrs. 

Ces accusations envers les chrétiens (comme envers les juifs hélas aux temps des pogroms !) sont si ridicules, dangereuses et injustes qu’il faut les réfuter avec force avant qu’elles ne prolifèrent.

 

– En 185, un certain Apollonius refuse également d’adorer les idoles et l’empereur, dénonçant simplement l’inanité du polythéisme romain : 

« Je ne puis honorer les idoles faites de mains d’homme. Aussi n’adorerai-je jamais or, ni argent, bronze ni fer, pas plus que de prétendues divinités de bois ou de pierre, qui ne peuvent ni voir ni entendre, mais sont l’œuvre d’ouvriers, d’orfèvres, de tourneurs ou de ciseleurs et qui n’ont pas de vie ».

Ne pas se prosterner devant les idoles en montrant qu’elles ne sont rien : n’est-ce pas encore aujourd’hui ce que l’Esprit inspire aux chrétiens devant les idoles modernes que sont les puissances de l’argent, du pouvoir, de la folie religieuse etc. ?

 

- En 250, Saint Maxime sait trouver les mots pour proclamer au proconsul sa foi en la vie éternelle :

« - Sacrifie aux dieux.

- Je ne sacrifie qu’à un seul Dieu, à qui je suis heureux d’avoir sacrifié dès l’enfance.

- Sacrifie, et tu seras sauvé ; si tu refuses, je te ferai périr dans les tourments.

Je l’ai toujours désiré : c’est pourquoi je me suis livré afin d’échanger cette vie misérable et courte contre la vie éternelle ». 

Le proconsul le fit battre de verges. Pendant ce supplice, il dit : 

- Sacrifie, Maxime, et tu seras délivré de ces tortures.

- Ce qu’on souffre pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est pas torture mais plaisir. Si je m’éloignais des préceptes de mon Seigneur, que j’ai appris dans son évangile, je n’éviterais pas des tortures, véritables celles-là, et perpétuelles ».

L’Esprit Saint nous apprend à fixer notre regard sur le but ultime de notre vie, ce qui nous donne le courage de relativiser tous les biens périssables au nom desquels on voudrait enchaîner notre liberté de croire.

 

417eIKVMEKL._SX218_BO1,204,203,200_QL40_FMwebp_ martyr- À Nicomédie, pendant l’hiver 250-251, Lucien et Marcien sont interrogés par le proconsul : 

« Qui vous a persuadé de quitter les dieux antiques et véritables qui vous ont été si secourables, et vous ont procuré la faveur populaire, et de vous tourner vers un dieu mort et crucifié, qui n’a pas pu se sauver lui-même ? » 

Marcien : « C’est sa grâce qui a agi, comme pour saint Paul, qui, de persécuteur des églises, en devint, par cette même grâce, le héraut. 

Le proconsul : « Réfléchissez et revenez à votre ancienne piété, afin de vous rendre favorables les dieux antiques et, les princes invincibles, et de sauver votre vie ». 

Lucien : « Tu parles comme un fou; quant à nous, nous rendons grâces à Dieu qui, après nous avoir tirés des ténèbres et de l’ombre de la mort, a daigné nous conduire à cette gloire. 

- C’est ainsi qu’il vous garde, en vous livrant entre mes mains ? Pourquoi n’est-il pas là pour vous sauver de la mort ? Je sais qu’au temps où vous aviez votre bon sens, vous vous rendiez secourables à beaucoup de personnes ». 

 

Ils témoignent de leur conversion, eux qui ont quitté leur réputation et leur statut social pour adhérer au Christ. Ils espèrent la conversion de leurs bourreaux, en souhaitant qu’ils s’ouvrent eux aussi à la vérité :

Lucien : « C’est la gloire des chrétiens, que perdant ce temps que tu crois être la vie, ils obtiennent par leur persévérance la vie véritable et sans fin. Dieu t’accorde cette grâce et cette lumière afin que tu apprennes ce qu’il est et ce qu’il donne à ses fidèles ». 

 

Et enfin ils témoignent de leur espérance en une vie éternelle au-delà de la mort :

Marcien : « Je te le répète, la gloire des chrétiens et la promesse de Dieu consistent en ceci, que celui qui aura méprisé les biens de ce monde et qui aura fidèlement combattu contre le diable, commencera une vie qui n’aura plus de fin ». 

Le proconsul dit : « Commérages que tout cela ! Écoutez-moi et sacrifiez, obéissez aux édits, et craignez que, justement irrité, je ne vous condamne à d’atroces souffrances ». 

Marcien : « Tant qu’il te plaira, nous sommes tout prêts à supporter tous les tourments que tu voudras nous infliger plutôt que de nous jeter, par la négation du Dieu vivant et véritable, dans les ténèbres extérieures et dans le feu éternel que Dieu a préparés au diable et à ses suppôts ». 

Voyant leur attitude, le proconsul prononça la sentence : « Lucien et Marcien, transgresseurs de nos divines lois pour passer à la loi ridicule des chrétiens, après avoir été exhortés par nous à sacrifier afin d’avoir la vie sauve, ont méprisé nos instances. Nous ordonnons qu’ils soient brûlés vifs ». 

 

- En 259, l’évêque de Tarragone, Fructueux (le bien nommé !) console sa communauté déchirée de le voir marcher au supplice :

Comme le moment approchait où le martyr, allait marcher à la gloire plutôt qu’a la souffrance, en présence des frères, sous le regard attentif des soldats qui purent entendre ces paroles dictées par le Saint-Esprit, Fructueux dit : « Vous ne serez pas privés de pasteur, la bonté et la promesse du Seigneur ne vous manqueront pas, ni maintenant ni dans l’avenir.
Ce que vous voyez est la misère d’une heure ».

L’Esprit Saint consolateur relativise jusqu’au drame du déchaînement du mal, en rappelant que le mal ne fait que passer dans l’histoire, alors que l’amour demeure. « Ce que vous voyez est la misère d’une heure… »

 

- En 295, attaché à la non-violence évangélique, Maximilien près de Carthage refuse de prendre les armes et de s’enrôler dans l’armée romaine en tant que soldat de l’empereur :

Le proconsul : « Entre au service, prends la bulle (d’enrôlement dans l’armée), plutôt que de mourir misérablement ».

« - Moi, je ne meurs pas, mon nom est déjà près de Dieu. Je refuse le service ».

« - Pense à ta jeunesse, sois soldat, les armes conviennent bien à ton âge ».

« - Ma milice est celle de Dieu, je ne puis combattre pour le siècle. Je ne cesse de le redire, je suis chrétien ».

« - Dans la garde de nos maîtres Dioclétien et Maximien, Constance et Valère, servent des soldats chrétiens ».

« - C’est leur affaire. Moi je suis chrétien, et je ne sers pas ».

« - Mais les soldats, quel mal font-ils ? »

« - Tu le sais de reste ».

« - Prends du service, sinon je punirai de mort ton mépris pour le métier ».

« - Je ne mourrai pas ; si je sors du monde, mon âme vivra avec le Christ mon Seigneur ».

Contester la légitimité de la violence armée des puissants, jusqu’à l’objection de conscience, est un témoignage rendu au Prince de la paix, jusqu’au martyre s’il le faut. 

Peut-être des soldats russes pourraient-il entendre cet appel… ?

 

250px-Marcellus_Cassian persécution- En 298, près de Tanger, un centurion nommé Marcellus jette publiquement à terre les insignes de son grade pendant une cérémonie en l’honneur de l’Empereur et déclare : « Je suis soldat de Jésus-Christ. Désormais, je ne suis plus au service des empereurs. Je refuse de m’abaisser en adorant vos dieux de bois et de pierre qui sont des idoles sourdes et muettes ». En punition, Marcellus est renvoyé devant le préfet Agricolanus, assisté d’un greffier militaire du nom de Cassianus qui va, avec application, prendre en note l’intégralité des échanges entre le prévenu et le magistrat :

« - Quelle mouche t’a piqué de jeter ainsi tes insignes de commandement et de proférer ces discours insensés ?

- Ceux qui craignent Dieu ne sont pas fous.

- As-tu vraiment dit tout ce qui est consigné dans le rapport te concernant ?

- Oui.

- As-tu vraiment jeté les insignes de ton grade ?

- Oui, car il n’est pas convenable à un chrétien engagé dans les armées du Christ de continuer à servir dans celles de ce monde ».

Le préfet ordonne alors qu’on le passe au fil de l’épée…
L’objection de conscience reste l’honneur des chrétiens aujourd’hui encore, au prix de leur vie. 

 

- En 304, à Rome, la toute jeune Agnès réplique au juge qui voulait la marier de force : 

« Périsse plutôt ce corps que peuvent désirer des yeux que je n’agrée pas ! » 

Recourant alors à une procédure tristement banale, parce qu’il est arrivé que des chrétiennes épouvantées apostasient pour y échapper, le juge la condamne au lupanar. Potius leo quam leno ! « Plutôt le lion que le maquereau ! » dit-on dans la primitive Église en faisant allusion à cette pratique qui condamne les chrétiennes, de préférence des consacrées à la prostitution. À l’énoncé de cette sentence, elle répond :

« Si j’aime le Christ, je suis vierge ». 

À en croire la Tradition, exposée nue dans une maison de passe, l’adolescente en serait ressortie indemne, les clients – écœurés par le procédé – n’ayant pas voulu la toucher. Quoiqu’il en soit, en désespoir de cause et ne parvenant pas à la faire abjurer, il fallut bien se résoudre à la faire périr. On l’égorgea.

Même les enfants trouvent en eux cette audace et ce courage de l’Esprit pour rester fidèles à leur attachement au Christ !

 

Lors de tous ces interrogatoires, l’acte de bravoure suprême, par lequel on scellait son sort, tenait en une phrase : « Je suis chrétien »

 

Une autre réplique inspirée : l’AED, Portes Ouvertes

Ces paroles providentielles venues sur les lèvres des martyrs demandent aujourd’hui à être renforcées par une autre défense, également inspirée par notre Paraclet, notre avocat. Il nous presse de produire une parole publique, collective, pour défendre les croyants. Celle que Mgr Saliège par exemple a su faire lire dans toutes les églises de son diocèse de Toulouse pour défendre les juifs en août 1942 et se faire leur avocat :

« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier ».

 

Celle encore que des O.N.G. produisent courageusement devant l’opinion publique mondiale. Allez voir par exemple le site de l’association Portes Ouvertes [2], qui enquête avec rigueur sur les persécutions contemporaines. Elle accumule photos, témoignages, documents pour établir ces crimes commis impunément par des régimes inhumains. L’Index mondial de persécution que Portes Ouvertes publie chaque année est l’illustration tristement nécessaire de l’inspiration par l’Esprit de la défense des croyants.

Allez voir également le site de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qui finance de par le monde une multitude d’actions pour soutenir les minorités chrétiennes persécutées [3]. Tel l’avocat-Esprit, elle se bat aux côtés de ceux qui souffrent pour leur foi, afin de soulager leur malheur, de dénoncer l’injustice qui leur est infligée.

AED Liberté religieuse

AED Carte 2022 de la liberté religieuse dans le monde

 

Il y a aujourd’hui une dimension publique, numérique, médiatique, à l’inspiration de l’Esprit Saint dans la défense des chrétiens persécutés. À nous de la faire nôtre, de la diffuser et de lui donner des moyens.

 

« Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer ».

Que ce soit en privé ou en public, personnellement ou à plusieurs, devant les puissants ou devant nos proches, laissons l’Esprit nous inspirer les paroles et les actes qui témoignent du Christ, de son amour plus fort que le mal, que la mort même.

 

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LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Pour vous, le Soleil de justice se lèvera » (Ml 3, 19-20a)

Lecture du livre du prophète Malachie

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9)
R/ Il vient, le Seigneur, gouverner les peuples avec droiture. (cf. Ps 97, 9)

 

Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ;
au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

 

Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ;
que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie.

 

Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre,
pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 7-12)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

 

ÉVANGILE

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (Lc 21, 5-19)
Alléluia. Alléluia. Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia. (Lc 21, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin ». Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ».
Patrick BRAUD

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26 mai 2022

Étienne, protomartyr, maître es-témoignage

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Étienne, protomartyr, maître es-témoignage

Homélie pour le 7° Dimanche de Pâques / Année C
29/05/2022

Cf. également :

Sans séparation ni confusion …
Lapidation : le retour !

Poupées russes et ruban de Möbius…
Le dialogue intérieur
Sois un être de désir !
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste

La médecine narrative d’Étienne

La médecine narrative - Raconte-moi la guérisonConnaissez-vous la « médecine narrative » ? Née dans les années 90 aux USA, cette pratique médicale vise à enrichir la relation médecin-patient grâce à l’écoute du récit du malade. L’université et le CHU de Bordeaux en sont des pionniers, notamment en créant en 2021 un Diplôme universitaire (DU) de médecine narrative, le premier en France.
La médecine narrative, c’est prendre le temps d’écouter le patient raconter ce qui lui arrive. Ce qui implique de former les soignants au récit afin d’améliorer leurs capacités d’écoute, de mieux prendre en compte le récit du patient, de permettre d’accéder à ses émotions et de poser des mots, les plus précis possible, pour avoir une conscience plus fine de ce qu’il ressent…
La médecine narrative est une approche des soins de santé centrée sur le patient, qui se développe dans les pays anglophones, en particulier dans le nord de l’Amérique, à partir des années 1990. Son objectif est de (re)mettre le récit du patient et son écoute attentive au cœur de l’acte médical et d’établir une relation de qualité, marquée par l’empathie, entre le soignant et le soigné. Pas inutile, quand on sait qu’un médecin interrompt son patient 17 secondes en moyenne après sa première prise de parole…
La théoricienne de ce courant, Rita Charon, formalise les principes de la médecine narrative et la décrit comme « une médecine exercée avec une compétence narrative permettant de reconnaître, d’absorber, d’interpréter les histoires de maladie, et d’être ému par elles » [1]. Son hypothèse est que « tout ce qui manque à la médecine aujourd’hui – en humilité, en responsabilité, en empathie, en individualisation – peut être apporté, en partie, par un entraînement narratif intensif ». Charon mobilise des outils d’analyse littéraire dans le contexte de la relation soignant/soigné : la prise en considération du cadre dans lequel la narration a lieu, l’intrigue, les métaphores employées, mais aussi le désir du narrateur, le sens qu’il veut donner à son récit etc. Ce sont autant d’éléments qui permettent d’accueillir un récit, qu’il s’agisse de celui d’auteur d’un roman ou de celui d’un patient.
« La médecine narrative aide à aiguiser le regard sur l’histoire du malade, complète Serge Perrot. Le parcours d’un patient, c’est un peu comme un polar. Au médecin de repérer des indices qui ont pu lui échapper » [2]. La médecine narrative ressemble effectivement à une enquête de Sherlock Holmes qui laisse les indices et les lieux parler avant que d’émettre des hypothèses : le patient est un polar à décrypter, et cela ne peut se faire sans qu’il raconte tout ce qui lui arrive, et pas seulement le symptôme en bout de chaîne.
Une plus grande empathie, une meilleure efficacité de diagnostic, des capacités relationnelles renforcées : voilà les effets positifs que recherche la médecine narrative.

Étienne, protomartyr, maître es-témoignage dans Communauté spirituelle ic%C3%B4ne.du-martyr-St-.EtiennePourquoi évoquer cette médecine narrative en ce dimanche où nous lisons le texte du martyre d’Étienne (Ac 7,55-60) ? Parce qu’en regardant le contexte de notre première lecture, nous tombons sur le très ample chapitre 7 des Actes des Apôtres où Étienne fait un long discours devant le Sanhédrin réuni pour le juger suite aux accusations de blasphème portées contre lui (Ac 6,8–15).
Une véritable plaidoirie ce chapitre 7 des Actes ! Pas besoin d’avocat : l’Esprit lui-même vient mettre sur les lèvres d’Étienne les arguments de sa défense, selon la promesse de Jésus : « l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire » (Lc 12,12).
Et quel argumentaire lui suscite l’Esprit ? Une longue récapitulation historique, depuis Abraham jusqu’à Jésus, où Étienne livre sa relecture des événements et révélations successives. Malheureusement, c’est le même procédé narratif – mais délirant ! – que Poutine a utilisé pour justifier son invasion de l’Ukraine, revisitant l’histoire de la Russie depuis le IX° siècle à sa façon… Si nous ne faisons pas cet exercice, les violents le feront à notre place, en mentant sans vergogne.

Étienne pratique ainsi ce qu’on pourrait appeler une médecine narrative inversée.
Dans la médecine narrative, il s’agit d’apprendre à écouter le patient pour mieux le soigner.
Dans le martyre d’Étienne, il s’agit d’apprendre à raconter aux bourreaux pour mieux témoigner.
Ici, c’est la victime qui soigne son bourreau en choisissant les mots qui lui parleront au cœur, afin qu’il soit touché et se détourne du mal. La fameuse identité narrative de Paul Ricœur trouve ici une incarnation exemplaire : c’est en racontant qu’on devient témoin, martyr. Imaginer des ukrainiens s’adressant à des soldats russes en les traitant de cousins, de frères slaves, et en racontant tous les liens qui unissent les familles et les cultures des deux côtés de la frontière ! Nombre de soldats russes seraient touchés, et changeraient d’attitude, comme ceux qui ne voulaient plus continuer cette guerre atroce qu’on leur imposait.

La médecine inversée d’Étienne nous demande de ne pas nous taire devant l’injustice, d’avoir le courage de dénoncer le mal, et de parler à nos ennemis avec la même tendresse qu’Étienne au Sanhédrin : « frères et pères… » (Ac 7,2). Pour cela, il nous faut comme lui nous exercer auparavant à cette relecture chrétienne des événements de notre vie personnelle et collective. C’est dans la force du récit que réside le témoignage. C’est par le choix des mots que l’Esprit conduit vers la vérité tout entière (Jn 16,13) les auditeurs les plus endurcis.

Soigner les violents, guérir les meurtriers, sauver les bourreaux demande d’apprendre cet art de la médecine narrative inversée qui est celle d’Étienne. Sinon, comment aimer nos ennemis et bénir ceux qui nous persécutent, selon le commandement de Jésus (Mt 5,44) ?

 

Le martyr, cet autre Christ

Devenir Un Autre Christ: Lidentification À Jésus-Christ Selon Basile Moreau de Cécile PerreaultAlter Christus était autrefois un titre réservé aux prêtres dans la théologie médiévale, qui les mettait à part, sur un piédestal. Le Nouveau Testament élargit à tous les baptisés cette dignité christique : par l’onction du baptême, nous devenons tous des oints, des Christs. Étienne n’est pas prêtre, rappelons-le. Il est l’un des Sept, c’est-à-dire un diacre permanent dans le vocabulaire d’aujourd’hui. Dans son témoignage et sa mort, Étienne est présenté par le livre des Actes comme un authentique « autre Christ ». L’accumulation des similitudes est voulue :

– Les motifs de son accusation et de condamnation sont les mêmes que ceux portés contre Jésus : blasphème contre Moïse et contre Dieu (Ac 6,11), propos hostiles contre le Temple et la Loi (6,13–14) jusqu’à annoncer sa destruction/reconstruction par Jésus.
Soulignons à nouveau que ce sont des motifs essentiellement religieux (blasphème) et rituels (les obligations de la Loi juive). Comme quoi les personnalités prestigieuses les plus religieuses sont souvent les pires persécuteurs ! Écoutez par exemple les imprécations du patriarche Kyrill de Moscou contre ceux qui doutent de la confusion État-religion dans la ‘sainte Russie orthodoxe’…

- Comme Jésus, Étienne est conduit hors la ville (7,58) pour être tué. C’est le signe de l’expulsion hors de la communauté - déshonneur ajouté à la condamnation -, de la volonté d’anéantir l’adversaire, de le déshériter des promesses d’Abraham. Étienne fait écho à la crucifixion de Jésus, conduit au Golgotha à l’écart de Jérusalem, comme le fils jeté hors de la vigne dans la parabole, pour le déshonorer à tout jamais et faire peser sur lui une malédiction infamante.
Les chrétiens font de tous temps corps avec ceux qu’on expulse, qu’on veut priver de dignité, qui sont mis à l’écart de la société.

Étienne en Jésus, Jésus en Étienne– Comme Jésus, Étienne est transfiguré de l’intérieur pour affronter sa Passion qui approche. Même ses accusateurs « virent son visage comme le visage d’un ange » (6,15) ; et à la fin de sa plaidoirie, il fixe le ciel et voit la gloire de Dieu avec Jésus debout à sa droite (7,55–56).
La transfiguration du Christ au Thabor ne lui était pas réservée : elle est largement offerte à tous les témoins qui vont comme lui plonger dans l’enfer de leur Passion.

– Comme Jésus, Étienne se donne tout entier à Dieu, jusqu’à son dernier souffle : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (7,59). On y entend la prière du Christ en croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46), en élevant Jésus au même rang de seigneurie que le Père.

– Comme Jésus, Étienne prie pour ceux qui le lapident pendant qu’ils lui jettent des pierres : « Seigneur, ne leurs compte pas ce péché » (Ac 7,60). Il fait ainsi écho à la prière de Jésus : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).
À nous de pratiquer en actes et en paroles cet amour de nos ennemis, qui va jusqu’à prier pour eux, sans pour autant nous rendre complice du mal commis.

– Comme Jésus, Étienne est enseveli par « des hommes pieux qui font sur lui de grandes lamentations »(8,2). La tradition orale a conservé le souvenir du lieu de l’ensevelissement d’Étienne, si bien que des reliques (vraies et fausses !) furent ensuite dispersées dans toute l’Europe, à l’instar de celles de Jésus (couronne d’épines, suaire, bois de la Croix etc.).

– Comme pour Jésus, la mort d’Étienne sera le début d’une nouvelle aventure pour l’Église. D’abord par le biais de la persécution qui s’abat sur les hellénistes baptisés dont Étienne est le premier martyr (protomartyr). « Ce jour-là, éclata une violente persécution contre l’Église de Jérusalem. Tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie, à l’exception des Apôtres » (Ac 8,1). Cette dispersion deviendra la première grande mission hors de Jérusalem. Les catastrophes qui s’abattent sur nous peuvent devenir de nouveaux départs…
Ensuite par le biais de Saul qui deviendra Paul : il avait gardé les vêtements de ceux qui lapidaient Étienne, approuvant et participant ainsi au meurtre (7,57 ; 22,20). Saul voyait dans Étienne la figure même du Juif qui a trahi la foi d’Israël. Sa radicalité le poussera à persécuter l’Église, « animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (9,1). De persécuteur il deviendra pourtant apôtre après son éblouissement sur le chemin de Damas. Entre la prière du martyr et la vocation de l’apôtre, le lien est clair. La radicalité de Saul participe à la mort du disciple de Jésus, qui obtiendra la foi de son persécuteur.
Tertullien avait raison de dire : « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Indirectement, la lapidation d’Étienne donne à l’Église un apôtre exceptionnel en la personne de Paul ! Comment désespérer de nos pires ennemis en voyant Saul se transformer en Paul, en partie grâce à Étienne ?

On le voit : Étienne est bien un autre Christ ! Il lui ressemble tellement dans sa Passion qu’on a décidé de le fêter le 26 décembre, juste après la naissance de Jésus, pour bien montrer que tout chrétien sera comme Étienne configuré au Christ dans l’offrande qu’il fera de sa vie, jusqu’au martyre s’il le faut.

 

Allez les Verts !

220px-Golden_laurel_wreath_T_HL_04_Kerameikos_Athens Etienne dans Communauté spirituelleQui n’a pas vibré autrefois à la belle aventure du club de football de Saint-Étienne dans les années 60-80 ? On parlait des stéphanois comme de la crème du football national et européen, club mythique titulaire de 10 titres de champion de France ! Seul le PSG du Qatar l’a égalé cette année… . Ces stéphanois nous rappellent que Étienne en grec se dit στέφανος (stéphanos), qui signifie couronne. Étienne est si populaire qu’en France neuf cathédrales lui sont dédiées, et des dizaines de communes. Pensez par exemple à Saint-Étienne-du-Rouvray, où le Père Hamel est mort assassiné par un djihadiste en 2016 : commune prédestinée hélas pour recevoir la couronne du martyre…

Le premier chrétien qui reçoit la couronne du martyre s’appelle donc justement… couronne !

C’est le mot qui désigne la couronne royale de David (2Sa 12,30).
Le même mot est employé pour la couronne d’épines posée sur la tête de Jésus (Mt 27,29). Elle devient ainsi la couronne du vainqueur (1Co 9,25 ; 2Tim 4,8) promise aux athlètes de la foi comme celle convoitée par les sportifs. C’est encore la marque d’une autorité fraternelle et d’un engagement de service. Par exemple, pour l’apôtre Paul, ses frères bien-aimés sont « sa joie et sa couronne » (Ph 4,1; 1Th 2,19). Quant à l’apôtre Jacques, il utilise ce mot pour désigner celui qui aura traversé les épreuves : « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, sa valeur une fois vérifiée, il recevra la couronne de la vie promise à ceux qui aiment Dieu » (Jc 1,12). Enfin, Jean dans l’Apocalypse résume bien le sens du mot στέφανος, quand il écrit: « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie » (Ap 2,10).

Les témoins du Christ ne courent pas après les médailles, les décorations, les rubans rouges au revers des vestes. Ils recherchent d’abord cette couronne dont Étienne était le nom et le prototype. Cela devrait se voir…

 

La lapidation Étienne selon Rubens

Rubens lapidation Etienne

Terminons par un rapide flash pictural. Le génial Rubens a peint un superbe triptyque sur la lapidation du protomartyr qu’on peut admirer au musée de Valenciennes [3].

On y voit sur le volet de gauche Étienne désigner le Temple pour annoncer son remplacement par le corps du Christ et l’adoration en esprit et en vérité.

Sur le volet de droite, on assiste à l’ensevelissement d’Étienne, à la manière d’une descente de croix, soulignant le parallélisme avec Jésus.

Le panneau du milieu est superbement composé. Une diagonale sépare le monde terrestre du céleste : en bas des couleurs violentes, des contrastes criards, des hommes à la musculature noueuse exagérée pour montrer la brutalité de la violence en action. Et ces lapidateurs forment un tourbillon de mains, de bras et de visages qui entraîne le spectateur dans la spirale infernale de leur violence. Ils sont 10 d’ailleurs : peut-être une allusion au nombre minimum pour constituer une assemblée cultuelle juive (le miniane). Comme si à leur insu ils accomplissaient une liturgie. C’est bien le cas, et cette liturgie est eucharistique. Car le martyre est l’eucharistie véritable. La dalmatique que porte Étienne en est le signe. Dans ce groupe de lapidateurs, il y a des jeunes, des vieux, des barbus et des imberbes, et même un noir : devenir persécuteur n’est hélas pas une question d’âge ni de couleur de peau ! Peinture terriblement actuelle si l’on songe aux exactions des troupes armées en Ukraine, au Mali, en Syrie ou ailleurs.
Au-dessus de la diagonale, dans le monde céleste, le visage d’Étienne rayonne de la gloire qu’il reçoit d’en haut, transfiguré au milieu de sa Passion, alors que son visage apparaît tuméfié par les premières pierres. Il contemple le Christ debout auprès du Père, et il lui est semblable : même posture debout (= ressuscité), même tunique rouge-sang qui souligne son association à la Passion du Christ, même lumière douce qui tranche avec l’agressivité des tons du dessous, mêmes couleurs pastel évoquant la paix après le déchaînement de la violence.
Fidèle à la vocation de son nom, Étienne reçoit de la main des anges sa couronne qui va l’associer à la royauté du Christ. Une ligne verticale joint la pierre du bas, le bras du bourreau, le visage d’Étienne et la couronne du martyre : l’injuste violence des hommes sera changée par Dieu en témoignage éclatant de son amour. C’est là ce qu’opère le martyre, le témoignage rendu au Christ jusqu’au don de soi.

 

Si Étienne est le premier des martyrs (protomartyr), c’est pour que chacun de nous puisse à son tour participer comme lui à la Passion du Christ, avec la force que donne sa Résurrection.
Méditons donc sur notre propre témoignage en relisant le cycle d’Étienne (Ac 6,1–8,4) ou en contemplant le tableau de Rubens : quel Étienne serai-je à mon tour ?

 


[1]. Rita CHARON, Narrative Medicine. Honoring the Stories of Illness, 2006.

[2]. Cf. La Médecine narrative. Une révolution pédagogique ?, sous la direction de François Goupy et Claire Le Jeunne, Med-Line Éditions, 2016.

[3]. Cf. https://www.prixm.org/articles/lapidation-etienne-bible-martyr-rubens

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je contemple le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 55-60)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume
(Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9)

R/ Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre !
ou : Alléluia !
 (Ps 96, 1a.9a)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
justice et droit sont l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.

À genoux devant lui, tous les dieux !
Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre :

tu domines de haut tous les dieux.

Deuxième lecture
« Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 12-14.16-17.20)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Évangile

« Qu’ils deviennent parfaitement un » (Jn 17, 20-26)
Alléluia. Alléluia. 
Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur, je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Patrick BRAUD

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1 mai 2022

Dieu fait feu de tout bois

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dieu fait feu de tout bois

 Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année C
08/05/2022

Cf. également :

Il est fou, le voyageur qui…
Secouez la poussière de vos pieds
Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
L’agneau mystique de Van Eyck
« Passons aux barbares »…
Du bon usage des leaders et du leadership
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
À partir de la fin !
Comme une ancre jetée dans les cieux
L’événement sera notre maître intérieur
La parresia, ou l’audace de la foi

Le diamant rayé

Dieu fait feu de tout bois dans Communauté spirituelle 280px-JadesteinUn prince possédait une pierre précieuse magnifique dont il était fier à l’extrême. Un jour, par accident, ce joyau fut profondément rayé. Le prince convoque alors les spécialistes les plus habiles pour remettre en état la pierre précieuse. Malgré tous leurs efforts, ils ne peuvent pas effacer la rayure. Mais un jour, arrive dans le pays un tailleur de pierres précieuses d’un génie inégalé. Avec douceur, ténacité, art et patience, il prend la pierre et taille le diamant en forme de rose. Il est assez habile pour utiliser la rayure, l’égratignure, afin d’en faire la tige même de la rose de telle sorte que la pierre précieuse apparut, après la reprise, infiniment plus belle, plus magnifique qu’elle ne l’était auparavant.

Dans notre première lecture (Ac 13,14.43-52), Paul et Barnabé font l’expérience d’une belle rayure dans le diamant de leur foi. Les notables et les « dames de qualité » (mazette !) d’Antioche contestent leur annonce de la résurrection de Jésus, et soulèvent la communauté juive de la synagogue contre eux. Le conflit devient si violent qu’ils expulsèrent les deux apôtres hors de la ville. Luc emploie ce même mot expulser (ἐκβάλλω = ekballō) dans les Actes des Apôtres pour décrire la lapidation d’Étienne (« ils l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider (ἐκβαλόντες) » Ac 7,58) : c’est donc que cette expulsion se veut mortelle.

 

Expulsés, chassés

Paul-Barnabe-envoi expulsion dans Communauté spirituellePaul et Barnabé se font littéralement jeter eux aussi « hors de la ville », comment on jette la cargaison d’un navire à la mer pour l’alléger dans la tempête (« on cherchait à alléger le bateau en jetant (ἐκβαλλόμενοι) les vivres à la mer » Ac 27,38), comme on chasse les démons hors d’un possédé (Lc 11,14–20 ; 13,32) ; comment on chasse le fils hors de la vigne (« après l’avoir jeté hors (ἐκβαλόντες) de la vigne, ils le tuèrent » Lc 20,15). Luc avait promis le bonheur paradoxal à ceux qui seraient ainsi chassés hors de la communauté des hommes : « Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent (ἐκβάλωσιν) votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme » (Lc 6,22).
Ce verbe expulser en français est intéressant : on l’utilise également pour l’accouchement, lorsque la mère doit expulser le fœtus parvenu à maturité. Ce qui est un acte violent se révèle être finalement la chance pour l’enfant de vivre par lui-même…

Faire l’expérience de l’expulsion est toujours une épreuve pour des missionnaires. L’échec semble alors se profiler à l’horizon. La tentation est grande de se décourager, de se recroqueviller sur un compromis bancal pour survivre. La rayure dans la pierre précieuse semble trop profonde.

Pensez au Cardinal Lavigerie constatant que l’évangélisation est impossible en Algérie car le pouvoir colonial refuse les conversions des musulmans. La société missionnaire des Pères Blancs qu’il venait de fonder en 1868 pour cette œuvre paraît compromise. Alors, puisque l’Algérie ne veut pas accepter le libre choix du baptême par ses ressortissants, les Pères Blancs se tourneront vers les ethnies païennes du Sud Sahara. Ainsi démarre l’évangélisation du royaume mossi (l’actuel Burkina Faso) et des autres ethnies d’Afrique de l’Ouest, préparant une moisson extraordinaire d’Églises africaines aujourd’hui en pleine vitalité !

Pensez aux innombrables congrégations religieuses frappées d’interdit après la loi de séparation de 1905. Leurs biens confisqués, les voilà libres de partir ailleurs : la plupart essaimèrent alors en Asie, en Afrique, bénéficiant ainsi d’un renouveau inattendu et remarquable. Cette expulsion de 1905 provoquera en définitive comme pour Paul et Barnabé un rayonnement encore plus grand hors de la ‘chrétienté’ de l’époque !

Pensez même aux milliers de protestants – luthériens, calvinistes, huguenots – expulsés hors des royaumes d’Europe au XVI° siècle pour cause d’intolérance religieuse (catholique). À la suite des pèlerins du Mayflower chassés de leur pays, tous ces expulsés deviendront citoyens des États-Unis d’Amérique et initieront une aventure humaine extraordinaire !

Ce qui est vrai des histoires collectives l’est aussi des individuelles.
Cette sculpture de Marco Cianfanelli a été installée en 2012 à l'endroit où Nelson Mandela avait été arrêté 50 ans plus tôt, à KwaZulu-Natal. Une reproduction sera exposée à l'Hôtel de Ville de Paris dans le cadre de l'exposition qui est consacrée à l'ex-président sud-africain (Apartheid Museum)
Pensez à Nelson Mandela, jeté aux oubliettes du bagne de Robben Island en 1964. Il aurait dû être rayé de l’histoire. Mais 27 ans après, il sortira, libre et apaisé, pour servir en tant que Président la réconciliation sud-africaine après l’apartheid.

Pensez à Soljenitsyne, condamné au goulag soviétique par le pouvoir russe, interdit de publication et même d’écriture. Il deviendra une voix puissante qui réveillera la conscience de l’Occident sur les mensonges russes.

Pensez à la traversée du désert du général De Gaulle après la Libération. Pendant de longues années, il fut oublié, voire honni, avant d’être appelé pour aider la France à passer à la V° République.

Les exemples historiques, individuels et collectifs, fourmillent qui témoignent de la transformation d’une catastrophe immédiate ici en moisson plus abondante ailleurs.

 

Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu

Dieu fait feu de tout bois pour nous donner le courage, la force, l’intelligence et le cœur d’imaginer d’autres possibles à partir d’un échec immédiat. Paul osait proclamer – dans les fers, en prison, se préparant à sa décapitation – que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28). Tout : même la persécution, même le déchaînement du mal.
Paul Claudel osera écrire en exergue de son Soulier de satin que « Dieu écrit doit avec lignes courbes ».

41eFY364MhL._SX328_BO1,204,203,200_ PaulLe contresens – hélas si courant ! – serait de rendre Dieu responsable de la rayure. Comme si Dieu provoquait directement les événements qui nous affectent et nous blessent ! Longtemps, on a cru que Dieu était dans le tremblement de terre, ou dans l’épidémie, ou dans le malheur de la guerre, de la pauvreté etc. « Dieu l’a voulu » était le mantra de résignation officiel, prêché par les clercs de tous bords. L’Évangile conteste violemment cette Providence perverse qui ferait de Dieu l’auteur du malheur de l’homme. Souvenez-vous de la réplique cinglante de Jésus à ceux qui voulaient trouver des responsables aux faits divers de son époque : « Ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » (Lc 13,4-5).
Autrement dit : Dieu n’est pas dans l’événement. Il est dans ce que l’homme fait de l’événement. Dieu ne provoque pas la sécheresse, l’éruption volcanique ou la pandémie. Par contre il provoque le cœur humain à réfléchir sur ce qui arrive, pour agir ensuite en conséquence.
Saint Augustin enseignait que la prière n’a pas pour but d’instruire Dieu, qui n’en a pas besoin, mais de construire l’homme, son désir, sa volonté, sa quête. Ceux qui croient que la prière va changer directement la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique ou le cancer d’un proche sont dans la pensée magique, pas chrétienne. Si Dieu change le cours de l’événement, c’est en changeant le cœur humain rendu ainsi capable de transformer l’événement en autre chose. C’est le sens de la fameuse phrase d’Emmanuel Mounier : « l’évènement sera notre maître intérieur ».

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Dieu nous inspire pour faire feu de tout bois, mais il ne fait pas tomber le bois mort à nos pieds. L’Esprit suscite en nous des énergies nouvelles pour résister au mal, pour transformer le mal en bien, mais il n’est pas l’auteur du mal. Jésus lui-même n’a pas pensé que Dieu lui envoyait l’infamie de la croix, il savait de quoi la folie des hommes était capable. Mais il croyait que l’Esprit de Dieu ne lui manquerait pas pour traverser cette mise à mort et en faire l’aube d’un monde nouveau. Il a été chassé hors de Jérusalem, expulsé du peuple juif, déshonoré aux yeux de tous. De cette fêlure – faite de main d’homme, non de Dieu – Dieu fera le diamant le plus finement ciselé du monde : la résurrection promise, la divinisation de l’homme !

Des rayures, des fêlures, des échecs, des expulsions, nous en vivons de toutes sortes. Elles peuvent nous détruire. Et trop souvent c’est le cas. Ou nous handicaper pour le reste de notre vie. Avec la foi chevillée au corps, nous pouvons cependant nous construire à partir d’elles, sans nourrir de haine ni de ressentiment envers ceux qui nous ont rejeté. Comme Paul et Barnabé, nos expériences de rejet peuvent nous ouvrir à d’autres horizons, nous tourner vers d’autres publics, nous rendre plus généreux avec d’autres partenaires, nous rendre finalement plus humains.

Il n’est de rayures que nous ne puissions transformer en œuvre d’art, inspirés par l’Esprit du Christ.
Car Dieu en nous fait feu de tout bois.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous nous tournons vers les nations païennes » (Ac 13, 14.43-52)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Paul et Barnabé poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Une fois l’assemblée dispersée, beaucoup de Juifs et de convertis qui adorent le Dieu unique les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région. Mais les Juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu, et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

Psaume
(Ps 99 (100), 1-2, 3, 5)
R/ Nous sommes son peuple, son troupeau. ou : Alléluia.
 (cf. Ps 99, 3c)

Acclamez le Seigneur, terre entière,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie !

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu :
il nous a faits, et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau.

Oui, le Seigneur est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge.

Deuxième lecture
« L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Ap 7, 9.14b-17)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. L’un des Anciens me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Évangile
« À mes brebis, je donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-30)
Alléluia. Alléluia.
 Je suis, le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »
Patrick BRAUD

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26 juillet 2020

Les inséparables

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les inséparables

Homélie du 18° Dimanche du temps ordinaire / Année A
02/08/2020

Cf. également :

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie
La 12° ânesse
Éveiller à d’autres appétits
Gardez-vous bien de toute âpreté au gain !
Le principe de gratuité
Multiplication des pains : une catéchèse d’ivoire
Donnez-leur vous mêmes à manger
La soumission consentie

 

Peur sur Hong Kong

Les inséparables dans Communauté spirituelle Fuck-China-Free-Hong-Kong-Flag-ShirtLe 30 juin dernier, le régime communiste de Pékin a voté une loi visant manifestement à reprendre le contrôle de Hong Kong. Principal objectif : « faire peur ».

Près de 2 millions de Hongkongais avaient défié le gouvernement central en manifestant pour demander plus d’autonomie. Un affront que n’a pas toléré Pékin. La loi du 30 juin comprend six chapitres de 66 articles qui puniront quatre crimes : la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec l’étranger.  Ces crimes pourront conduire à la prison à perpétuité (ou un minimum de 10 ans). Exemple : détruire un véhicule de transport ou un équipement public sera désormais considéré comme un acte terroriste. Moins de 24 heures après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, la police a procédé aux premières arrestations à Hong Kong en vertu de ce texte. Les forces de l’ordre ont arrêté au moins 180 personnes alors que des milliers de Hongkongais s’étaient rassemblés pour marquer le 23° anniversaire de la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine. Depuis, la censure ne cesse de s’étendre…

Les reportages télévisés sur place montrent des hongkongais partagés : les uns se disent prêts à lutter jusqu’au bout pour conserver leur système démocratique actuel, les autres avouaient avoir peur de la répression qui va s’abattre. Ces derniers sont sans doute les plus nombreux. Et on les comprend, car risquer la prison, voire la torture, la déportation ou la mort pour avoir osé manifester, utiliser sur un téléphone une application interdite, ou simplement porter un T-shirt « Hong Kong free » semble trop cher payer.

Ainsi, par la peur, Pékin étend son emprise, ignorant les protestations occidentales elles aussi marquées par la peur de froisser un tyran colossal (économiquement, militairement) de qui nous sommes si dépendants.

Pourtant, dans le passé, des peuples ont su secouer le joug du tyran. Souvenez-vous des grèves des ouvriers de Gdansk en Pologne, des veillées dans les églises de l’ex-Allemagne de l’Est, du renversement de Pinochet, des marches non-violentes de Gandhi, des marches contre les lois raciales de Martin Luther King etc. C’est la peur du châtiment et non le châtiment qui maintient les peuples sous la domination des tyrans. La Boétie l’avait bien compris : notre servitude est volontaire, car c’est notre peur qui donne leur puissance à nos maîtres. « Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres ! », écrivait-il. Autrement dit : dès lors que votre peur disparaît, nulle chaîne ne peut plus vous retenir en esclavage. D’où la première parole de Jean-Paul II ouvrant son pontificat en proclamant place Saint-Pierre : « N’ayez pas peur ! »

Que faire contre quelqu’un qui n’a pas peur de la prison, de la torture, de la mort ?

C’est la terrible impuissance des démocraties envers les djihadistes musulmans qui sont prêts à tout sacrifier pour leur cause inhumaine. Mais c’est également le formidable témoignage des martyrs chrétiens dans l’arène.

 

L’intime conviction de Paul

Se séparer après 50 ansPaul a expérimenté cette extraordinaire libération que produit l’évanouissement de toute peur : « Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés » (2° lecture de ce dimanche : Rm 8, 35-39). Cette redoutable énumération fait la liste des dangers qu’il a déjà croisés : la détresse d’être abandonné de tous, l’angoisse de l’arrestation, la persécution qui mettait sa tête à prix, la faim et le dénuement pendant ses voyages sans bagages, le danger du naufrage ou de la lapidation, le glaive qui allait le décapiter à Rome… Sa vie est déjà donnée, abandonnée : qui pourrait la lui prendre ? Elle ne lui appartient plus.

Les huit motifs qui pourraient l’effrayer se heurtent à la conviction inébranlable qui habite Paul : « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre seigneur ». La tradition liturgique parle de certitude, mais le texte grec utilise le verbe : πέπεισμαι = ‘j’ai la conviction que’, ‘je suis persuadé que’. En effet, la foi ne fait pas bon ménage avec la certitude (sinon où serait l’espérance ?). Alors qu’elle se marie fort bien avec la conviction intime qui permet d’espérer au-delà des apparences.

Paul n’emploie ce même verbe πέπεισμαι que deux autres fois dans sa lettre. En Rm 14,14, il s’annonce convaincu que rien n’est impur, qu’aucun aliment n’est souillé en lui-même. C’est seulement aux yeux de celui qui va voir cet aliment impur (non casher, non halal) que l’impureté existe, pas dans l’aliment lui-même. « Je le sais, j’en suis convaincu par le Seigneur Jésus : rien n’est impur en soi. Mais une chose est impure pour celui qui la considère comme telle ». Ainsi la peur n’existe-t-elle que dans les entrailles de ceux qui l’acceptent : elle n’a pas de réalité en elle-même, si bien que ni l’angoisse ni la mort ne peuvent dominer, puisqu’elles ne font plus peur.

Le troisième passage de la lettre où Paul utilise le verbe πέπεισμαι est celui où il affirme croire en la capacité des membres de l’Église de Rome à veiller sur leur foi. Ce n’est pas une certitude objective, mais un regard de foi sur les baptisés romains : « En ce qui vous concerne, mes frères, je suis personnellement convaincu que vous êtes vous-mêmes pleins de bonnes dispositions, comblés d’une parfaite connaissance et capables de vous avertir mutuellement » (Rm 15,14). Malgré les désillusions et déceptions inévitables que cette communauté lui procurera, il est persuadé de sa richesse d’âme potentielle. Nul doute que cette confiance de Paul à leur égard provoquera en retour les chrétiens de Rome à vivre à la hauteur de cette conviction, notamment lorsque Paul sera emprisonné, puis décapité, et que les persécutions se déchaîneront.

Le secret de l’intrépidité de Paul face à tous les dangers auxquels sa mission l’expose réside donc dans cette conviction intime qui lui permet de tenir bon, les yeux fixés vers le but de sa course, « comme s’il voyait l’invisible ». Du coup, la deuxième énumération des obstacles possibles se fait universelle, voire cosmique : « J’en ai la conviction : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur ». Ces dix motifs d’inquiétude ne tiennent pas devant la conviction que nous sommes inséparables de l’amour de Dieu.

L’inséparable ne peut vivre qu’en couple

Un couple d’inséparables

Si c’était une certitude au sens actuel du terme, elle ne résisterait pas à l’examen des faits. De très grands croyants se sont détournés de Dieu suite au malheur innocent, à la Shoah, ou à la théorie de l’évolution etc. Le dénuement et la fin ont éloigné de Dieu des millions de victimes des sécheresses et des guerres. La peur envahit des familles entières encore aujourd’hui, de la Chine communiste aux populations africaines tremblant devant Boko-Haram, Daesh ou les Shebabs provoquant la fuite ou la soumission. Oui : beaucoup de périls ont le pouvoir hélas de nous séparer de l’amour de Dieu !

La conviction de Paul nous fait voir les choses autrement : même si certains y succombent, ces dangers n’auront pas le dernier mot. Apparemment le mal semble gagner, trop souvent, en trop d’endroits. Mais pour ceux qui veulent ne plus avoir peur, ce ne sont que les avant-derniers combats impuissants à changer l’issue finale : Christ victorieux de la mort, nous associant à sa victoire.

Celui qui n’a plus peur, qui peut le soumettre, à Hong Kong ou au Sahel ?

Faisons nôtre l’intime conviction de Paul, et nous pourrons déjouer l’un après l’autre chaque piège, chaque obstacle qui voudrait nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Venez acheter et consommer » (Is 55, 1-3)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David.

PSAUME

(Ps 144 (145), 8-9, 15-16, 17-18)
R/ Tu ouvres ta main, Seigneur : nous voici rassasiés. (cf. Ps 144, 16)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main :
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

DEUXIÈME LECTURE

« Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ » (Rm 8, 35.37-39)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

ÉVANGILE

« Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés » (Mt 14, 13-21)
Alléluia. Alléluia.L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alléluia. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
Patrick Braud

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