L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : homelie trinité

24 mai 2013

Les bonheurs de Sophie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les bonheurs de Sophie

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année C
26/05/13

 

La sagesse personnifiée

Dans la foulée de la fête de Pentecôte de dimanche dernier, la première lecture de ce dimanche de la Trinité nous propose une figure énigmatique : la Sagesse.

Les bonheurs de Sophie dans Communauté spirituelle 9782204051538FSLe chapitre huit du livre des Proverbes a suscité d’innombrables interprétations, et fascine toujours. Qui est la Sagesse, identifiée à une personne vivante en Proverbes 8 ? Comme pour la ramener à quelque chose de connu – et ainsi se rassurer à bon compte – la tradition juive y a souvent vu la Torah, présidant à la création du monde aux côtés de Dieu. Les chrétiens l’ont majoritairement identifiée au Verbe, le fameux Logos du prologue de Jean, préexistant « au commencement », ou bien – plus justement – à l’Esprit Saint, « trouvant ses délices avec les fils des hommes » en les inspirant dès le début de l’humanité. Les musulmans ont hérité de ces débats l’identification de la Sagesse avec leur Coran incréé. Bref, cette figure mystérieuse enfantée avant la création du monde et co-architecte divin n’a pas cessé d’intriguer et de susciter des interprétations infinies. Peut-être renvoie-t-elle également à la sagesse égyptienne, proclamant ainsi que la raison et la technique sont des principes structurants l’émergence de toute vie ?

Quoi qu’il en soit, il est une des caractéristiques de la sagesse qui mérite de s’y arrêter : le jeu. On s’attendrait à un personnage grave et sérieux, à l’image des philosophes barbus et pensants de l’Antiquité et censés incarner cette sagesse. Or voici que le texte biblique ne nous dépeint pas un homme mais un sujet féminin (femme ou petite-fille on ne sait pas), plus occupée à « jouer » et « s’ébattre » qu’à raisonner et mesurer, savourant les « délices » de la compagnie humaine plus que les rigueurs des ouvrages savants.

 

Il faut qu’il y ait du jeu dans la création

Voilà donc une première piste qui nous rejoint tous et chacun dans notre capacité créatrice, que ce soit à travers la culture, le métier, ou la vie sociale. Le jeu et la raison vont bien ensemble : « tracer un cercle à la surface de l’abîme » et « s’ébattre sur la surface de la terre ». Notre sagesse est un maître d’oeuvre, une architecte pleine de gaieté et de mouvement !

Créer à la manière biblique implique donc de marier la rigueur et le jeu.

Regardez les ponts modernes : leur construction prévoit des espaces et des joints de dilatation, pour que justement les variations de température puissent « jouer » au sein de l’oeuvre sans la disloquer. Une certaine souplesse intérieure est nécessaire à la solidité de l’ensemble.

Celui qui ne sait pas « s’ébattre » et jouir avec « délices » de la présence d’autrui ne pourra pas construire quelque chose de solide !

Que ce soit pour bâtir son couple, sa carrière professionnelle ou ses engagements dans la cité, le sens du jeu et des délices est indispensable pour créer comme Dieu crée, pour co-construire avec lui.

Regardez les bébés jouer avec un objet, avec l’absence et la présence de cet objet tantôt caché/perdu, tantôt là/retrouvé : le jeu permet de faire grandir le je de l’enfant, qui ne peut devenir adulte sans passer par cette activité ludique.

Enfant-%C3%A0-la-piscine1 bonheur dans Communauté spirituelle

La Sagesse de Proverbes 8 montre que le jeu n’est pas réservé à l’enfant, et qu’il fait partie de la puissance créatrice que Dieu met en oeuvre à travers elle.

Il s’agit d’allier le jeu (les ébats) et la raison (« moi, la sagesse, j’habite avec le savoir-faire, je possède la science et la réflexion » Pr 8,12).

Allier et le jeu et la raison : au minimum, c’est ne pas se prendre trop au sérieux lorsque l’on crée, sachant que tout vient d’un Autre et y ramène. C’est savoir faire preuve de souplesse, d’adaptation pour laisser un jeu possible entre tous les éléments mis en place. C’est plus encore savoir prendre du recul pour savourer ce qui avance, pour jouir de ce qui est fait et de ceux qui l’ont fait. C’est – sans doute grâce à l’humour – être capable par ses « ébats » de secouer ce bel ordonnancement et de le faire trembler devant une certaine espièglerie sans craindre de le déstabiliser.

C’est donc maintenir une distance critique entre soi et son oeuvre, ne figeant rien, tel un chat jouant avec la pelote de laine qu’il est en train de rembobiner ou de dévider…

Créer sans tension, être rigoureux sans tuer la joie, réussir avec un éclat de rire intérieur : la Sagesse de Proverbes 8 met le jeu au coeur de l’activité créatrice. Et ce n’est pas une parabole pour l’enfance : c’est véritablement une des clés de notre capacité à être co-créateurs du monde !

 

Le chantier des délices

Beaucoup de maîtres flamands ont peint le « jardin des délices » promis par l’espérance chrétienne. On y voit un univers de plaisirs : fruits, fleurs, musique, costumes éblouissants, hommes et femmes transfigurés, censés annoncer le monde de la résurrection. Le Coran s’imagine pareillement la vie future dans un monde de délices très sensuels.

Notre sagesse de Proverbes 8 nous dit que ces délices font partie de la création du monde : c’est avec délice que la Sagesse s’ébat en présence de Dieu comme en compagnie des êtres humains. Avec le jeu, voilà donc une deuxième composante de l’activité authentiquement créatrice : les délices d’être aux côtés de l’autre.

Patrick Braud

Il y a comme un principe de plaisir qui structure l’acte de co-créer. Pas au sens freudien du terme (« tout, tout de suite ») : ce principe de plaisir philosophique lie la présence à l’autre et la joie de créer avec lui, le compagnonnage et la maîtrise d’oeuvre.

C’est donc un chantier des délices plus qu’un jardin !

Le travail créateur, s’il n’est que pénible ou douloureux, ne participe pas à la création divine. Il lui faut pour cela cette étincelle de plaisir, ce bonheur partagé qui transcende la seule réalisation technique.

Allier la création et le plaisir, au minimum savoir se réjouir, savoir fêter la victoire avec ses collaborateurs, valoriser le travail de chacun, savoir raconter l’aventure d’une équipe qui vient de réussir etc. C’est plus encore trouver ses délices en l’autre plus que en soi ou dans des choses, alimenter « jour après jour » sa capacité d’émerveillement et pas seulement dans les grandes occasions, apprendre à « être là », simplement, quand l’autre crée, à être « à ses côtés comme un maître d’oeuvre ».

On voit toutes les conséquences que l’on peut tirer de cette attitude ?délicieuse’ : pour un parent auprès de ses enfants, pour un leader auprès de son équipe, pour un bénévole au sein de son association etc.

 

Les bonheurs de Sophie

Autrefois, le livre de la comtesse de Ségur : les malheurs de Sophie, était un incontournable de la littérature enfantine, au même titre qu’Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux aujourd’hui. Puisque la sagesse de Proverbes 8 est personnifiée, on peut l’appeler de son prénom grec (Sophia) et prédire que ce ne sont plus les malheurs mais les bonheurs de Sophie (ses ébats, ses délices) qui devront réapprendre à l’Occident l’art de créer de manière divine…

Puisque Sophie est un nom féminin, comme est féminin le nom hébreu donné à l’Esprit Saint (la ruah YHWH), notre Sagesse de Proverbes 8 nous invite à rapatrier une certaine part de féminité dans l’activité créatrice comme en Dieu même. L’Occident a trop masculinisé Dieu (au point que en latin, même l’Esprit est masculin, Spiritus, ainsi que le Père, Pater, et le Fils, Filius). Il est temps, à travers l’Esprit de Pentecôte, comme à travers la Sagesse créatrice, de retrouver la féminité de Dieu qui s’exprime si bien dans notre première lecture par les ébats et les délices de son compagnonnage avec Dieu et avec les hommes. Mais ceci est une autre histoire…

Puissions nous retrouver notre vocation humaine à être co-créateurs de notre monde, dans un Esprit de sagesse où le jeu et le plaisir sauront se marier avec la raison et la technique !

 

 

1ère lecture : La Sagesse est avec Dieu dès le commencement (Pr 8, 22-31)

Lecture du livre des Proverbes
Écoutez ce que déclare la Sagesse : « Le Seigneur m’a faite pour lui au commencement de son action, avant ses ?uvres les plus anciennes.
Avant les siècles j’ai été fondée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre.
Quand les abîmes n’existaient pas encore, qu’il n’y avait pas encore les sources jaillissantes, je fus enfantée.
Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée.
Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde,
lorsqu’il affermissait les cieux, j’étais là. Lorsqu’il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,
chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme,
lorsqu’il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages, lorsqu’il établissait les fondements de la terre, j’étais à ses côtés comme un maître d’?uvre. J’y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Psaume : Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9

R/ O Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par tout l’univers !

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? 

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, 
le couronnant de gloire et d’honneur ; 
tu l’établis sur les ?uvres de tes mains, 
tu mets toute chose à ses pieds.

Les troupeaux de b?ufs et de brebis, 
et même les bêtes sauvages, 
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, 
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

2ème lecture : Dans l’Esprit nous sommes en paix avec Dieu par le Christ (Rm 5, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu.
Mais ce n’est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos c?urs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Evangile : L’Esprit nous conduira vers le mystère de Dieu (Jn 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

Mots-clés : , ,

2 juin 2012

Trinité : au commencement est la relation

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Au commencement est la relation »

 

Homélie pour la fête de la TRINITÉ

03/06/2012

 

« Au commencement est la relation »

Ce mot d’un philosophe des sciences, Gaston Bachelard, situe bien l’enjeu de cette fête de la Trinité. 

Au commencement de Dieu lui-même (si j’ose dire !) est la relation.

Trinité : au commencement est la relation dans Communauté spirituelle borromeeEn effet, c’est l’Esprit, vivante relation d’amour entre le Verbe et le Père qui constitue Dieu comme Dieu.

Chez nous les humains, un garçon devient d’abord un homme puis un père. Jésus nous a révélé qu’en Dieu c’est l’inverse : c’est parce qu’il est Père que le Père de Jésus est Dieu. Il n’est pas d’abord Dieu puis ensuite Père, à la manière humaine. C’est le fait de donner la vie à un autre, d’engendrer perpétuellement le Verbe, qui fait exister Dieu comme Dieu.

Comme l’écrivait le vieux St Thomas d’Aquin : « en Dieu, la relation est subsistante », c’est-à-dire : c’est le fait de se donner par amour à un autre qui donne sa consistance divine au Père.

 

D’ailleurs sans la Trinité, comment Dieu pourrait-il être amour ?

Aimer, c’est vivre une relation passionnée avec un autre.

S’il était solitaire, qui d’autre Dieu pourrait-il aimer avant le « commencement » ?

Vous voyez : il y a un lien très fort entre la Trinité et l’amour.

Nous sommes les seuls au monde à proclamer que Dieu est Amour en lui-même. Non pas seulement amour pour les hommes, comme le disent les juifs ou les musulmans, mais Amour en lui-même, « avant » toute création. Comme disait Maurice Zundel : « Dieu est amour parce qu’il trouve en soi l’Autre à qui se donner ».

Impossible si Dieu est solitaire !

Du coup, le but de la création apparaît très clairement trinitaire : Jésus nous révèle que l’Esprit de Dieu nous est donné pour entrer dans la relation d’intimité qui l’unit à son Père. Il s’agit ni plus ni moins que de devenir Dieu ! Ou plus exactement de laisser l’Esprit transformer toutes nos relations pour qu’elles deviennent trinitaires, c’est-à-dire des relations de communion, où l’on ne fait plus qu’un tout en restant deux, ou trois?

En termes spirituels, Maurice Zundel écrivait : « L’immense clarté de la Trinité, c’est que la vie de l’Esprit apparaît comme une virginité et une désappropriation totale, où l’on est soi dans un pur regard vers l’autre, et où on ne subit plus son être, parce qu’on l’assimile et le saisit en se donnant ».

 

Parce que nous sommes créés à l’image de Dieu qui est Dieu, alors nous sommes faits pour la relation. Traduisez en termes plus concrets : la solitude n’est pas divine, donc elle n’est pas humaine. Nous sommes appelés à rompre ces mauvaises solitudes qui isolent, ces enfermements qui cassent toute relation.

Rester en relation, même avec des amis qu’on ne voit pas souvent, même avec des frères et s?urs dispersés dans toute la France et au-delà, même avec des voisins parfois pénibles, même avec le père ou la mère de ses enfants après un divorce, même avec un fils, une fille qui a claqué la porte?

Dieu que c’est dur parfois de garder des relations vivantes !

Et pourtant nous sentons que nous sommes faits pour cela : être liés, reliés, alliés les uns aux autres.

Le Père Cantalamessa décrivait ainsi l’école de relation qu’est pour nous la Trinité :

« La théologie s’est servie du terme nature, ou substance pour indiquer en Dieu l’unité, et du terme cordee relation dans Communauté spirituellepersonne, pour indiquer la distinction. C’est pour cela que nous disons que notre Dieu est un Dieu unique en trois personnes. La doctrine chrétienne de la Trinité n’est pas une régression, un compromis entre le monothéisme et le polythéisme. Elle est au contraire un pas en avant que seul Dieu pouvait faire accomplir à l’esprit humain.

La contemplation de la Trinité peut avoir un impact précieux sur notre vie humaine. Elle est un mystère de relation. Les personnes divines sont en effet définies par la théologie « relations subsistantes ». Cela signifie que les personnes divines n’ont pas de relations, mais sont des relations. Nous, les êtres humains, nous avons des relations – de fils à père, de femme à mari, etc. – , mais nous ne finissons pas dans ces relations ; nous existons également en dehors d’elles et sans elles. Il n’en est pas ainsi du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous le savons, le bonheur et le malheur sur terre dépendent dans une large mesure de la qualité de nos relations. La Trinité nous révèle le secret pour avoir de bonnes relations. Ce qui rend une relation belle, libre et gratifiante, c’est l’amour dans ses diverses expressions. On voit ici combien il est important que Dieu soit vu tout d’abord comme amour et non comme pouvoir : l’amour donne, le pouvoir domine. Ce qui empoisonne une relation c’est de vouloir dominer l’autre, le posséder, l’instrumentaliser, au lieu de l’accueillir et de se donner. »

 

« Au commencement est la relation » : les scientifiques le découvrent davantage à chaque progrès de la physique notamment. C’est l’interaction entre 2 particules qui fait exister chacune, à tel point que la relativité générale nous redit à sa manière : tout est relation, et c’est la relation qui nous façonne.

         Notre relation à l’univers (où l’on retrouve l’écologie).

         Notre relation à nous-même, (où l’on retrouve l’intériorité).

         Notre relation aux autres (où l’on retrouve la fraternité).

         Notre relation à Dieu (qui est la source de toutes les autres).

Sommes-nous vraiment des êtres relationnels dans notre manière de vivre ?

Quelles sont les relations qui influent notre personnalité ?

Les parents mettent bien en garde leurs enfants sur « les mauvaises relations » qu’ils peuvent avoir : mais nous ?…

En contemplant Jésus qui se reçoit sans cesse de son Père, et qui ne veut exister sans lui ni hors de lui, en admirant ce Père qui sans cesse donne sa vie et son Amour à ceux qu’il engendre en son Fils, en laissant l’Esprit nous unir à Dieu, nous faire entrer dans l’intimité qui unit Jésus à son Père, nous pouvons deviner que toutes nos relations, familiales, amicales, professionnelles et autres vont être transformées à l’image des relations trinitaires.

« Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’unité du Saint Esprit… » : le point d’orgue (trinitaire) de la prière eucharistique en dit bien l’enjeu : il s’agit, en faisant Corps avec le Christ, d’entrer dans l’unité qui le relie au Père, et c’est l’Esprit qui est le lien vivant de cette unité.

 

Ne plus s’appartenir, vivre pour les autres, et en même temps être réconcilié avec soi grâce au regard de l’autre ?. : la Trinité, c’est vraiment une manière de vivre comme Dieu, en attendant de le vivre en Dieu totalement. Car, si « au commencement est la relation », au terme de l’histoire sera également la relation. Lorsque « Dieu sera tout en tous », nous participerons pleinement à cet échange trinitaire où chacun devient lui-même en étant tendu vers un autre, par amour.

De temps en temps, cela nous arrive de frôler cette intensité relationnelle trinitaire : par l’amitié, la musique, la solidarité, la communion des corps et des c?urs.

Alors nous percevons que nous sommes faits pour la relation, parce que en définitive nous sommes des êtres trinitaires.

Puissions-nous voir autrement toutes nos relations actuelles, grâce à cette fabuleuse perspective trinitaire?

 

1ère lecture : Notre Dieu est le Dieu unique (Dt 4,32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : « Interroge les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants ? comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton c?ur : le Seigneur est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre, et il n’y en a pas d’autre. Tu garderas tous les jours les commandements et les ordres du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. »

 

Psaume : 32, 4-5, 6.9, 18.20, 21-22

R/ Bienheureux le peuple de Dieu !

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour. 

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour.
Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.

La joie de notre c?ur vient de lui,
notre confiance est dans son nom très saint.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : Notre adoption filiale dans l’Esprit Saint (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : « Abba ! » C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

 

Evangile : Le baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Mt 28, 16-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Au temps de Pâques, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick Braud

Mots-clés : ,

26 mai 2012

Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?

 

Homélie pour la fête de Pentecôte

27/05/2012

 

Si l’Esprit Saint n’existait pas, est-ce que cela changerait quelque chose à votre existence ?

En cette fête de Pentecôte, la question n’est pas seulement une provocation pleine d’humour. C’est une question vitale. Beaucoup de chrétiens en effet vivent comme si l’Esprit Saint n’existait pas, alors qu’au contraire et paradoxalement beaucoup de non-chrétiens vivent en pratique en se laissant conduire par ce même Esprit.

 

Que veut dire vivre comme si l’Esprit Saint n’existait pas ?

C’est par exemple ne le prier jamais.

Nous sommes tellement habitués à dire « Seigneur, Seigneur » dans nos prières que nous ne savons plus très bien à qui elle s’adresse : au Père ? au Fils ? Mais l’Esprit également est Seigneur (cf. le credo : « il est Seigneur et il donne la vie »). Alors, pourquoi s’adresser à lui aussi rarement ?

Heureusement la liturgie a gardé les trésors où l’élan vers l’Esprit est porté par celui-là même qu’il implore : notre séquence de Pentecôte (« Viens Esprit Saint en nos coeurs »), le Veni Creator Spiritus qui accompagne toute ordination, les deux épiclèses (invocation à l’Esprit Saint) qui accompagnent normalement toute prière eucharistique (sauf la numéro 1 à qui elles manquent cruellement) etc.

Fêter Pentecôte, c’est d’abord retrouver cette place de la prière à l’Esprit Saint : avant la prière mariale, bien avant la prière confiante dans l’intercession des saints, la prière à l’Esprit Saint est la marque caractéristique de la prière chrétienne. C’est  une exultation de joie telle que l’a connue Jésus (« il tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit Saint » Lc 10,21) ou Marie dans son Magnificat.

Elle est une supplication pour se laisser entraîner dans une vie « spirituelle » :

« Lave ce qui est souillé,

baigne ce qui est aride,

guéris ce qui est blessé.


Assouplis ce qui est raide,

réchauffe ce qui est froid,

rends droit ce qui est faussé ». (séquence de Pentecôte)

Elle est le trait d’union entre une conduite purement humaine et une aventure inspirée.

 

Que signifie encore : vivre comme si l’Esprit Saint n’existait pas ?

C’est en pratique assimiler Dieu à une vague déité sans visage, où l’on croit en une force toute-puissante, impersonnelle. Sans l’Esprit Saint, notre Dieu est au mieux celui du judaïsme (bien que la tradition juive parle de la Ruah YHWH = souffle de Dieu, et ait bien des intuitions de l’existence de cette figure divine), au pire celui des religions païennes environnantes, et au milieu le Dieu de l’islam, solitaire à force d’être unique.

Si notre foi n’est pas trinitaire, alors toute la révélation accomplie en Jésus-Christ n’est qu’anecdotique.

Et si l'Esprit Saint n'existait pas ? dans Communauté spirituelle trinite01

Sans l’Esprit, pas de communion en Dieu, et donc pas de communion entre les hommes. Car c’est lui qui est le lien vivant unissant le Père et le Fils, « en un seul baiser d’amour » osaient dire les Pères de l’Église.

Sans l’Esprit pas de diversité en Dieu, pas d’altérité chez le tout-Autre. Et l’amour promeut la différence, en l’homme comme en Dieu. Dieu ne peut pas être amour s’il n’est pas communion de deux personnes ouvertes sur une autre qu’elles-mêmes, et c’est l’Esprit qui est ce flux intime assurant l’échange permanent entre le Père et le Fils, comme entre Dieu et nous.

 

C’est donc non seulement notre identité proprement chrétienne (et pas seulement croyante) qui est en jeu dans la fête de Pentecôte et de la Trinité qui s’ensuit, mais aussi notre capacité à entrer en communion profonde les uns avec les autres, avec le monde créé, avec Dieu.

Le phénomène des langues étrangères qui sont comprises et se comprennent dans Ac 2 relèvent de cette annonce : l’effet de l’effusion de l’Esprit est de rendre possible la communication entre ceux qui étaient étrangers les uns aux autres. Toute activité humaine qui contribue à ce résultat est sans aucun doute inspirée par l’Esprit : la musique lorsqu’elle rassemble au-delà des barrières et des frontières, la science (et singulièrement le langage mathématique qui est universel) lorsqu’elle stimule le génie de chaque scientifique à s’unir aux autres pour progresser, l’économie même lorsqu’elle favorise une mondialisation respectueuse de la différence de chaque peuple.

 

Que voudrait dire encore vivre comme si l’Esprit ça n’existait pas ?

L’Esprit « souffle où il veut » (Jn 3,8) et il se moque des étiquettes ecclésiales. Si la foi en l’Esprit Saint s’affaiblit (comme chez les intégristes où elle est remplacée par l’obsession de la tradition à répéter), alors on devient incapable de reconnaître qu’il y ait du salut en dehors de l’Église. On se crispe sur des replis identitaires où seuls les purs seraient sauvés. Mais Moïse lui-même a reconnu que l’Esprit du Seigneur pouvait agir librement en dehors de lui (cf. l’épisode avec Eldad et Médad [1]), et Jésus a bien été obligé de reconnaître cette même liberté de l’Esprit (cf. l’épisode où quelqu’un libère au Nom de Jésus sans faire partie du groupe des disciples  [2]). Sans l’Esprit, l’histoire humaine n’est plus le lieu d’une aventure commune où Dieu et l’homme inventent ensemble un pas de danse propre à chaque génération. Si l’histoire n’est plus spirituelle, elle devient idéologique (à la manière des idéologies meurtrières du XX° siècle) ou traditionnelle (au sens le plus fixiste du terme : il n’y a plus d’histoire lorsqu’il faut seulement observer ce qui a été commandé, et répéter ce qui a été fait).

 nuremberg_party_rallies_gallery_main_2 communion dans Communauté spirituelle

Vous le voyez, les enjeux de Pentecôte sont impressionnants.

Prier l’Esprit, le laisser nous révéler un Dieu trinitaire, le laisser inspirer des liens de communion entre nous, le laisser être le partenaire d’une histoire vivante : nous n’en serons pas quitte avec une seule fête par an ; mais qu’au moins elle nous mène sur un chemin plus inspiré…

 


[1]Moïse sortit pour dire au peuple les paroles de Yahvé. Puis il réunit 70 anciens du peuple et les plaça autour de la Tente. Yahvé descendit dans la nuée. Il lui parla, et prit de l’Esprit qui reposait sur lui pour le mettre sur les 70 anciens. Quand l’Esprit reposa sur eux ils prophétisèrent, mais ils ne recommencèrent pas. Deux hommes étaient restés au camp; l’un s’appelait Eldad et l’autre Médad. L’Esprit reposa sur eux; bien que n’étant pas venus à la Tente, ils comptaient parmi les inscrits. Ils se mirent à prophétiser dans le camp. Un jeune homme courut l’annoncer à Moïse: « Voici Eldad et Médad, dit-il, qui prophétisent dans le camp. » Josué, fils de Nûn, qui depuis sa jeunesse servait Moïse, prit la parole et dit: « Moïse, Monseigneur, empêche-les! » Moïse lui répondit: « Serais-tu jaloux pour moi? Ah! puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son Esprit! » Puis Moïse regagna le camp, et avec lui les anciens d’Israël. (Nb 11, 24-30)

 

[2]Jean lui dit: « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit: « Ne l’en empêchez pas, car il n’est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous. (Mc 9,38-40)

 

1ère lecture : La venue de l’Esprit Saint sur les disciples (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux. Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d’eux les entendait parler sa propre langue. Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

 

Psaume : Ps 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes ?uvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens. 

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière. 
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre. 

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses ?uvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

 

2ème lecture : « Laissons-nous conduire par l’Esprit » (Ga 5, 16-25)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu ; alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair.
Car les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez.
Mais en vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi.
On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité,
idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme,
rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu.
Mais voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi,
humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n’y a plus de loi qui tienne.
Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes.
Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit.

 

sequence :

Viens, Esprit-Saint, en nos c?urs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres.
Viens, dispensateur des dons.
Viens, lumière en nos c?urs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le c?ur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu
donne le salut final
donne la joie éternelle. Amen.

 

Evangile : « L’Esprit de vérité vous guidera » (Jn 15, 26-27; 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Pénètre le c?ur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour! Alléluia.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.

J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Patrick Braud

Mots-clés : , , ,

16 mai 2012

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Une Ascension un peu taquine :
le temps de l’autonomie

 

Homélie pour la fête de l’Ascension

17/05/12

 

Un vide un peu taquin

Connaissez-vous le jeu de pousse-pousse (également appelé jeu de taquin, non sans humour) ? Le pousse-pousse est un rectangle dans lequel figurent les lettres de l’alphabet inscrites sur de petits carrés mobiles.

Une Ascension un peu taquine : le temps de l'autonomie dans Communauté spirituelle taquinL’ensemble revêt l’aspect de mots croisés. Mais il y a un vide, il y a un carré vide, un trou, une absence, un manque de lettre.

Grâce à ce vide, à ce manque, on peut bouger les autres lettres une à une, et ainsi former des mots. Grâce à ce vide, ça fonctionne. Tout le jeu de pousse-pousse fonctionne autour de ce manque : le boucher, le refuser, le combler, c’est tuer le jeu en bloquant tout mouvement.

L’Ascension est l’équivalent de ce vide dans l’histoire humaine : le Christ s’absente, l’Église est majeure. Grâce à ce départ, il y a un manque constitutif de notre liberté, à l’image de la case vide du jeu de pousse-pousse qui permet le mouvement des autres pièces.


L’Ascension, source de note autonomie

Le Christ enlevé de terre est la chance de notre liberté, de notre responsabilité, de notre autonomie. C’est son départ vers le Père qui va provoquer l’envoi d’en mission des apôtres et la naissance de l’Église. « Il est bon  pour vous que je m’en aille ».

Oui, Jésus, lorsqu’il disparaît, nous laisse exister en adultes avec la force de l’Esprit Saint et non plus en petits enfants à qui il faut tout dire. S’il était resté là, devant nos yeux, nous nous tournerions sans cesse vers lui pour lui demander : que faut-il faire ? qu’en penses-tu ? dis-nous où aller ! Alors que, devant son absence physique, nous ne pouvons compter que sur son Esprit pour inventer la route qui nous est propre.

 37-giotto-ascension-small Ascension dans Communauté spirituelle

 

Alors, célébrer l’Ascension, c’est célébrer le pouvoir de création que nous recevons de Dieu : nous sommes créés, créateurs à son image !

Célébrer l’Ascension, c’est célébrer le temps de l’autonomie que nous recevons aussi des mains de Dieu.

C’est remercier le Dieu Trinité de nous avoir créés et de nous créer sans cesse responsables de notre vie.

C’est le louer pour son amour un peu fou, puisqu’il aime l’homme au point de prendre le risque de lui laisser inventer le Royaume.

 

Célébrer le temps de l’autonomie, c’est accepter comme une dignité, mais aussi une exigence, notre rôle de chrétien. Jésus n’a jamais vécu en Europe, n’a pas connu les problèmes spécifiques au XXI° siècle : il est parti et nous fait confiance pour nous y affronter, avec courage et imagination. Il nous donne son inspiration, l’Esprit qui respecte notre liberté tout en la nourrissant. Si nous ne sommes pas à notre poste, personne ne viendra nous supplanter par miracle. Il est parti, et pourtant, en retroussant ses manches, nous découvrons chaque jour que c’est lui que nous rencontrons à travers les autres vers qui il nous envoie, à travers la vie fraternelle en Église qu’il nous appelle à vivre.


Célébrer le temps de l’autonomie, c’est refuser de brader notre liberté au plus offrant, c’est refuser d’aliéner notre responsabilité en s’en remettant trop facilement à certains systèmes de pensée ou d’action, nous chrétiens, que ce soit en économie, en politique, en morale ou ailleurs. C’est répondre de ses actes soi-même. C’est prendre le risque de vivre, et donc risquer de se tromper.

« Pourquoi restez-vous là les yeux fixés au ciel ? »

 

 

 

1ère lecture : L’Ascension du Seigneur (Ac 1, 1-11)

Commencement du livre des Actes des Apôtres

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu. 

Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche. Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. » Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Psaume : 46, 2-3, 6-7, 8-9

R/ Dieu monte parmi l’acclamation, le Seigneur aux éclats du cor.

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre. 

Dieu s’élève parmi les ovations, 
le Seigneur, aux éclats du cor. 
Sonnez pour notre Dieu, sonnez, 
sonnez pour notre roi, sonnez ! 

Car Dieu est le roi de la terre,
que vos musiques l’annoncent ! 
Il règne, Dieu, sur les païens, 
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : Nous sommes appelés à une seule espérance (Ep 4, 1-16)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à c?ur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il n’y a qu’un seul Corps et un seul Esprit. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. Chacun d’entre nous a reçu le don de la grâce comme le Christ nous l’a partagée.

C’est pourquoi l’Écriture dit : Il est monté sur la hauteur, emmenant des prisonniers, il a fait des dons aux hommes. Que veut dire : Il est monté ? ? Cela veut dire qu’il était d’abord descendu jusqu’en bas sur la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux pour combler tout l’univers.

Et les dons qu’il a faits aux hommes, ce sont d’abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l’Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies, et que se construise le corps du Christ. Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ. Alors, nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d’idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l’erreur. Au contraire, en vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu’à lui, car il est la Tête. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l’activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour.

Evangile : Jésus donne ses dernières consignes aux Apôtres et monte au ciel (Mc 16, 15-20)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur s’élève parmi l’acclamation, il s’élève au plus haut des cieux. Alléluia. (cf. Ps 46, 6.10)

 Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.
Patrick Braud

Mots-clés : , , ,
1...1314151617