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10 août 2016

L’Assomption : Marie, bien en chair

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L’Assomption : Marie, bien en chair

 

Cf. également :

Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance

Assomption : les sentinelles de l’invisible

L’Assomption de Marie, étoile de la mer

L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance

Marie, parfaite image de l’Église à venir

Marie en son Assomption : une femme qui assume !


Homélie pour la fête de l’Assomption / Année C
15/08/2016

 

La pointe de cette fête de l’Assomption, c’est la personne de Marie, tout entière passée dans le monde de la résurrection. Tout entière, c’est-à-dire corps et âme. L’âme, on devine qu’elle puisse de façon immatérielle vivre autrement, ailleurs. Mais le corps ? Comment imaginer qu’il devienne autre chose qu’un amas de cellules à nouveau recyclées dans le grand organisme de l’univers ?

Peut-être confondons-nous le corps et la chair ? Or le credo affirme : « je crois en la résurrection de la chair », et non du corps. Peut-être avons-nous également une conception très mécanique de la chair, à la façon de Descartes ne voyant le corps comme une machine mue par l’âme ? Comment exprimer le lien profond entre le corps et l’âme ? Les anciens (Aristote) utilisaient le mot hylémorphisme pour caractériser ce lien : l’âme est la forme du corps, les deux étant inséparables.

 

La chair des peintres

Afficher l'image d'origineParcourez rapidement les représentations célèbres que les peintres ont inventées au long des siècles pour évoquer le corps humain.
Sur les peintures rupestres, les corps humains sont réduits à une silhouette, car ce qui est important alors n’est pas leur aspect, mais leur fonction : chasseurs, cueilleurs, artisans.
Sur les amphores étrusques ou grecques, la chair humaine est celle de l’athlète, ou de l’éphèbe, selon les canons olympiques et mythiques de l’époque.
Dans les mosaïques romaines, les visages sont beaux, les corps anoblis de bijoux, de toges et vêtures magnifiques. La chair romaine est aristocratique.
Les masques africains ont des fonctions magiques mystérieuses : leur chair est éminemment symbolique.

Dans les premiers siècles du christianisme, la peinture se fait sacrée, hiératique, à la manière des icônes où le visage est plus important que le reste du corps, baigné d’or et de mysticisme. La chair est ici théologique, vecteur de la révélation divine.

À la Renaissance, l’émancipation de la religion fait apparaître des peintures de corps féminins à la beauté lourde et laiteuse. Car l’idéal est alors la mère de famille, capable d’enfanter, d’allaiter, à la santé solide. Les trois grâces de Botticelli ressemblent plus aux personnages dodus de Fernando Botero qu’aux mannequins anorexiques de nos défilés de mode !

Puis l’époque moderne a disloqué la représentation de la chair : pointilliste, cubiste, abstraite… Le corps humain n’est plus représenté, mais sublimé dans sa négation même.

Pas la peine de prolonger cette liste aussi variée qu’il y a d’écoles artistiques ! La chair des peintres est culturelle. Parler de résurrection de cette chair, c’est finalement inviter chaque artiste à découvrir un autre univers esthétique que le sien, où le corps semble dans un premier temps avoir disparu, et où pourtant les canons de cet univers le font exister autrement.

 

La chair des Évangiles

Afficher l'image d'origineRelisez le Nouveau Testament : on ne sait pas si Marie avait les yeux bleus, si elle était grande ou petite, si les hommes se retournaient dans la rue à son passage… Le corps humain dans les Évangiles est rarement le lieu de la beauté physique (sauf peut-être lors de la Transfiguration). C’est plutôt un corps relationnel. On touche la chair de Jésus pour guérir de sa maladie : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés au contact du corps du Christ, et c’est cela qui le caractérise comme corps, et non sa taille ou ses imperfections. D’ailleurs, dans l’eucharistie, c’est un corps livré-pour-vous qui est au coeur du sacrifice, sans qu’on sache quelle forme avait ce corps. Tout se passe comme si la chair de Jésus n’existait que dans la relation (de communion, de conflit, d’abandon…) à l’autre.

Parler de résurrection de cette chair relationnelle, c’est finalement évoquer que, dans l’autre monde, la relation à l’autre donnera forme et identité nouvelle à chacun, sans pouvoir imaginer comment aujourd’hui.

 

La chair de la résurrection

Paul parle de son expérience de la rencontre du corps ressuscité de Jésus de Nazareth, renvoyant d’ailleurs aux corps suppliciés des disciples sur lesquels il s’acharnait : « je suis Jésus, celui que tu persécutes ».

Avec pédagogie, Paul prend l’image de la graine et de la plante pour expliquer aux corinthiens que la chair de la résurrection est une manière d’être au monde, adaptée à ce monde nouveau où la mort est vaincue :

«  Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante; et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier. Toutes les chairs ne sont pas les mêmes, mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l’éclat des célestes, autre celui des terrestres. Autre l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, autre l’éclat des étoiles. Une étoile même diffère en éclat d’une étoile. Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité; on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force; on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel.  » (1Co 15, 35-44)

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Croire à la résurrection de la chair pour Paul c’est croire qu’une nouvelle façon d’être au monde, une nouvelle médiation avec la réalité de la résurrection nous sera donnée, ce qu’il appelle le « corps spirituel ».

 

Assomption : Marie bien en chair

Le tombeau vide est l’indice de la transformation de la chair qui s’opère pour qu’elle s’adapte au nouvel univers de la résurrection.

« Il vit et il crut » : Jean interprète cette absence de chair comme la réalité de la chair présente autrement.

De manière symétrique, la dormition de la Vierge (conception orthodoxe) ou l’Assomption de Marie (conception catholique) sont les indices que la mère de Jésus lui reste entièrement unie à travers la mort. La communion d’amour entre Marie et Jésus a été si forte, des mois de la gestation jusqu’à la déréliction de la croix, que l’Église y voit la promesse d’un événement partagé : ce qui est arrivé à la chair de Jésus dans la nuit de Pâques arrive également à celle de Marie, parce qu’il y a un lien unique entre les deux.

Basculant dans le monde de la résurrection, Marie sans attendre expérimente une nouvelle présence à ce monde, en communion avec son fils. Elle y est entièrement présente, corps et âme, c’est-à-dire qu’elle se reçoit entièrement de la relation au Christ et par lui à Dieu lui-même.

C’est donc bien en chair que Marie continue à vivre au-delà de la mort la communion à Dieu et en Dieu. En cela elle n’est pas l’unique, car cette promesse est faite à chacun de nous. Mais elle est la première des créatures à pouvoir dès maintenant, sans attendre la résurrection finale, vivre intégralement sa présence au monde de Dieu.

 

Lorsque nous fêtons son Assomption, nous ravivons notre espérance d’y participer un jour.

Lorsque nous la proclamons vivante corps et âme, nous redisons la valeur de la chair humaine, dès maintenant et pour toujours.

Lorsque nous la dépeignons accueillie par le Christ, nous nous encourageons à passer nous aussi par l’unique porte qu’est le Christ.

Lorsque nous la voyons couronnée de gloire en Dieu, nous ravivons notre espérance d’être nous aussi rendus « participants de la nature divine » (2P 1,4) au-delà de notre mort physique.

 

Marie, c’est cette femme bien en chair qui nous assure de la promesse de la transfiguration de notre propre chair actuelle…

 

 

MESSE DU JOUR

1ère lecture : « Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Psaume : Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16

R/ Debout, à la droite du Seigneur, se tient la reine, toute parée d’or.

(cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

2ème lecture : « En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

Evangile : « Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ;
exultez dans le ciel, tous les anges !
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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17 février 2016

La face de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La face de Dieu

 

Cf. également :

Le sacrifice interdit

Dressons trois tentes…

La vraie beauté d’un être humain

L’alliance entre les morceaux

Visage exposé, à l’écart, en hauteur 

Figurez-vous la figure des figures 

Dieu est un trou noir 

 

Homélie du deuxième dimanche de carême / Année C
21/02/16

 

La biche mystique

Avez-vous déjà remarqué les biches, les cerfs et les scènes de chasse qui ornent souvent nos églises romanes en France et ailleurs ?

Bizarre, non ? Graver une meute de chiens courant après un cerf ou une biche sur la façade d’une cathédrale… Eh bien non, ce n’est pas bizarre ! C’est la traduction médiévale de notre psaume 27,8 : « cherchez ma face, dit Dieu ». « C’est ta face Seigneur que je cherche ».

Chasse à courre 1

Frise de chasse à courre au cerf (façade de la cathédrale d’Angoulême, XII° siècle)

Pourquoi graver une scène de chasse sur la façade d’une cathédrale ? par pur motif esthétique ?

Sans  doute  non.  La  chasse  est  en  effet  un  thème  spirituel  omniprésent  dans  la  littérature  spirituelle et biblique, depuis les rabbis parlant de la quête de Dieu comme d’une chasse, jusqu’aux Pères de l’Église exploitant tous les détails de cette allégorie de la chasse à courre pour parler du désir de Dieu. 

Ne dit-on pas en français courant : « se mettre en chasse » pour désigner la quête d’un objet, ou même d’un  partenaire  amoureux ?  Se  mettre  en  quête  du  Christ  est  une  condition  indispensable  pour entrer dans une église.

Dans l’iconographie médiévale, le cerf en était venu à désigner le Christ. Ses bois évoquent le bois de la Croix, car ils repoussent si on les coupe, à l’image du Christ ressuscitant quand on lui enlève la vie. On raconte qu’Hubert se convertit en voyant dans les bois d’un cerf le signe de la Croix du Christ ; saint Eustache également (ils devinrent pour cela patron des chasseurs / des sonneurs).

Le chercheur de Dieu devient lui même un cerf : « comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant… » (Ps 42,1)

« De même que le cerf, après avoir été chassé, a soif, de même toi, cours tout bonnement devant toi et laisse s’allumer en toi une nouvelle soif de Dieu. C’est pour cela que tu es chassé ». Ou encore : « l’homme, cerf chassé, court à Dieu comme il convient, gagné par la soif de Celui en qui sont réellement toute paix, toute vérité, toute consolation » (Tauler, XIV° siècle).

 

Cette frise traduit le désir de Dieu,  la  quête  intérieure  qui  permet  au  visiteur  d’entrer  véritablement  dans  le  mystère  offert  par  la cathédrale, au lieu d’en rester purement extérieur.

Chasse à courre 2

Biche chassée par les chiens (chevet de la cathédrale d’Angoulême, XII° siècle)

Surprise : à la sortie, à nouveau le thème de la chasse… C’est une magnifique inclusion, puisque située au chevet, symétriquement à celle de la façade. C’est donc que même après avoir franchi la porte, s’être rassemblé  avec  l’Église,  avoir  communié  au  Christ  dans  son  eucharistie,  le  chemin  n’est  pas  encore terminé  pour  autant !  Ni  la  vie  en  Église,  ni  les  sacrements  ne  suffisent  pour  aller  totalement  à  la rencontre du Dieu vivant. La quête spirituelle continue une fois sorti de la cathédrale, et se prolonge dans tous les domaines de la vie. La dimension mystique de la foi se nourrit de ce passage dans la cathédrale, et se joue dans la vie intérieure, mais aussi familiale, sociale…

Il s’agit de ne jamais enclore la recherche de Dieu, de ne jamais croire qu’on l’a trouvé. Comme l’écrivait le  génial  Saint  Augustin :  « Le  chercher  avec  le  désir  de  le  trouver,  et  le  trouver  avec  le  désir  de  le chercher encore…. »

La biche poursuivant sa course, haletante du désir de Dieu, nous invite à ne jamais nous arrêter dans notre propre course intérieure. « Le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais » (Bergson). « Car c’est là proprement voir Dieu que ne d’être jamais rassasié de le désirer sans cesse… » (Grégoire de Nysse).

 

Cherchez ma face

Afficher l'image d'origineLe psaume 27 de ce dimanche fait le lien en quelque sorte entre le Dieu caché de l’Ancien Testament et la transfiguration du Christ dans le Nouveau Testament :

Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.

Beaucoup de textes bibliques, des prophètes notamment, affirmaient que Dieu n’est comparable à aucun être humain, par ce que il est le Tout Autre. Il n’est pas comme les statues des idoles « qui ont des yeux et ne voient pas, une bouche et ne parlent pas ». Dieu est inatteignable, à nul autre pareil. Son Nom même ne peut être prononcé, car ce serait avoir sur lui un pouvoir de nomination qui le rabaisserait au rang d’une idole. Le Tétragramme YHWH marque à jamais la radicale altérité de Dieu sur les frontons des synagogues.

À côté de ce courant farouchement monothéiste subsistaient au sein du peuple d’autres représentations de Dieu, plus proches du polythéisme ambiant. L’expression « la face de Dieu » viendrait ainsi de coutumes royales : on était admis en présence du roi, et voir son visage représentait un honneur et un privilège réservé à quelques-uns. Il y avait également des processions où une statue royale de YHWH, malgré l’interdiction formelle des 10 commandements de ne pas faire d’image divine, était portée dans le Temple de Jérusalem.

Quoi qu’il en soit, le psaume recherche dans l’usage de l’expression anthropomorphique « la face de Dieu » une proximité, une familiarité qui puisse nourrir le peuple de l’espoir d’un Dieu accessible, alors que les dieux étrangers étaient bien lointains et indifférents au sort des hommes.

 

Voir Dieu face à face

Afficher l'image d'origine« Nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20) : cette conviction biblique qui met Dieu à l’abri de nos projections humaines a quand même quelques exceptions célèbres dans l’Ancien Testament. Moïse est le plus connu.

« Yahvé parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami, puis il rentrait au camp » (Ex 33,11). « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète pareil à Moïse, lui que Yahvé connaissait face à face » (Dt 34, 1.10).

La plupart du temps, Dieu n’est pas visible : « vraiment tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël Sauveur », ce qui ne l’empêche donc pas d’agir pour son peuple puisqu’il est sauveur, mais il le fait à sa manière. Et les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes.

On voit que dans tout l’Ancien Testament oscille entre radicale altérité et bienfaisante proximité de Dieu envers son peuple.

 

Cherchez la face de Dieu

La vie spirituelle s’est alors focalisée sur la recherche des signes de la promesse de Dieu. La plupart du temps, c’est après coup que nous pouvons discerner les traces de son passage, un peu comme Élie n’apercevant Dieu que de dos, dans le murmure de la brise légère (1R 19, 9-18). Mais le psaume chante que chercher Dieu est la vraie soif de l’être humain, le véritable objet de la chasse à courre mystique. « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé » écrit Augustin dans ses Confessions (repris par Blaise Pascal dans ses Pensées). Comme si Dieu prenait un divin plaisir à jouer à cache-cache avec nous, pour éveiller notre désir et l’agrandir à la taille de son immensité, c’est-à-dire sans limites…

 

La Transfiguration, ou le vrai visage de Dieu

Afficher l'image d'origineEt voilà que celui que l’Ancien Testament avait cherché se révèle en Jésus de Nazareth ! Sur son visage d’homme on pouvait lire les traits divins. Sur le Mont Thabor, la face de Jésus irradie de façon si bouleversante que les trois témoins n’oublieront jamais cet éblouissement intense. Lorsque Jésus sera défiguré dans sa Passion, ils se souviendront après coup que la gloire de Dieu habitait cet homme. C’est donc pour que tout homme humilié comme le crucifié puisse recevoir du Christ la révélation de sa dignité divine qui est en lui. La transfiguration de Jésus nous apprend que, de manière surprenante, c’est Dieu le premier qui cherche le visage de l’homme. Comme au jardin de la Genèse où Adam a peur et se cache le visage, c’est nous qui nous dérobons au face à face. Dieu lui se donne entièrement à voir en Jésus de Nazareth. De la gloire du Mont Thabor à l’opprobre de la croix, c’est bien le visage de Dieu qui apparaît en cet homme faisant corps avec les damnés de la terre.

Depuis la transfiguration, chercher la face de Dieu ne se fait pas en s’évadant dans le ciel (« pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »), mais en descendant du Thabor pour plonger au plus profond de l’enfer humain, et révéler  à tout homme humilié quelle est sa vraie beauté, sa vraie dignité en Dieu.

 

Chercher le visage de Dieu nous pousse aujourd’hui à côtoyer les regards perdus des malades d’Alzheimer dans nos EHPAD, nos foyers longs séjours d’hôpitaux. Avoir soif de la proximité divine nous amène à parcourir les jungles de Calais ou de Calcutta, les bidonvilles d’Inde ou d’Afrique pour essuyer la honte et la misère autour de ces visages, comme Véronique essuyait avec un linge la face tuméfiée de Jésus supplicié marchant vers le Golgotha.

Entretenir une vie spirituelle authentique ne peut se faire sans chercher passionnément la beauté de Dieu qui se cache en chacun, en chacune. Si Dieu a pris chair de notre chair, c’est dans la chair du monde qu’il nous donne désormais rendez-vous pour contempler sa face.

 

Les moines qui s’isolent pour chercher le visage de Dieu ne le font pas pour se couper du monde. Au contraire, toutes les règles monastiques prônent qu’accueillir les voyageurs et les étrangers, c’est accueillir le Christ en personne à l’hôtellerie du monastère, sans le dissocier de sa contemplation au tabernacle. Ainsi, saint Vincent de Paul ne disait-il pas à ses soeurs qui pestaient contre les mendiants sonnant à leur porte et les dérangeant à l’heure de l’office : 

« Il ne faut pas du retardement en ce qui est du service des pauvres. Si, à l’heure de votre oraison le matin, vous devez aller porter une médecine, oh, allez-y en repos. Offrez à Dieu votre action. Unissez votre intention à l’oraison qui se fait à la maison ou ailleurs et allez sans inquiétude. Si, quand vous serez de retour, votre commodité vous permet de faire quelque oraison ou lecture spirituelle, à la bonne heure, mais il ne faut point vous inquiéter ni croire avoir manqué, car on ne perd pas l’oraison quand on la quitte pour un sujet légitime. Et s’il y a un sujet légitime, c’est bien le service du prochain, car ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu. C’est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre qui soit peut-être de plus grande obligation ou de plus grand mérite. Vous quittez l’oraison ou la lecture, vous perdez le silence pour assister un pauvre : sachez, mes filles, que faire tout cela c’est servir Dieu. Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles. Il faut que toutes les règles se rapportent à celle-là, car la charité est une grande dame et il faut faire ce qu’elle commande. Allons donc, et employons-nous avec un amour nouveau à servir les pauvres. Et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés. Reconnaissons, devant Dieu, que ce sont nos seigneurs et nos maîtres et que nous sommes toujours indignes de leur rendre de petits services ».

Toute prétendue spiritualité qui voudrait se mettre à part, se couper du monde pour chercher Dieu entre soi serait en contradiction maximum avec la transfiguration du Christ sur la montagne.

Alors, cherchons nous aussi la face de Dieu, avec les psalmistes du Temple de Jérusalem, avec le roi David inventant une autre gouvernance pour son peuple, avec les prophètes défendant la dignité des pauvres, des immigrés, des orphelins et des veuves. Cherchons la face de Dieu sur les visages des inconnus comme des illustres.

« Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche, toi mon Dieu » : creusons en nous cette soif de découvrir le vrai visage de Dieu sur ceux que personne ne regarde plus, si ce n’est avec mépris, peur ou haine…

 

 

1ère lecture : Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant (Gn 15, 5-12.17-18)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste.

 Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que je l’ai en héritage ? » Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate. »

Psaume : Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14
R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut.  (Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère :
tu restes mon secours.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

2ème lecture : « Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 17 – 4, 1)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre.

Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés.

Evangile : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36)

Acclamation : Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! »
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.  (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.
Patrick BRAUD

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1 avril 2015

Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 17 h 40 min

La vilaine mort du Christ

Homélie pour le Vendredi Saint 2015

cf. également :

Vendredi Saint : les morts oubliés

Vendredi Saint : la déréliction de Marie

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

 

Comment mourir ?

La tragédie du crash de l’Airbus A320 dans les Alpes du Sud a mis en évidence la préoccupation majeure des médias : comment sont morts les 140 passagers du vol ? Ont-ils réalisé ce qui se passait pendant ces huit minutes infernales de descente en vol plané ? Étaient-ils conscients ou inconscients (cf. l’hypothèse de la dépressurisation) ? Ont-ils souffert lors de l’impact de l’avion s’écrasant contre la montagne ?

La question des derniers moments avant de mourir est devenue la plus importante. Peu importe ce qu’il y a après ou non, l’attention médiatique se concentre sur le comment mourir, sans lien avec l’après.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Pensez aux catastrophes autrement plus effrayantes (quantitativement) qui ont décimé nos pays : la grande peste a rayé un tiers de la population de la carte d’Occident, les guerres, épidémies et famines en tous genres ont fait le reste, si bien que le continent était sous-peuplé, et l’espérance de vie limitée à 40 ans environ jusqu’au XIXe siècle. Devant la mort omniprésente, l’Occident a développé l’art de bien mourir (ars moriendi), mais pas du tout à la manière d’aujourd’hui. Bien mourir, ce n’était pas bien vivre ses derniers instants, c’était bien préparer l’éternité qui allait commencer.

Pensez aux danses macabres, aux derniers sacrements, à l’immense (et sublime !) fresque des hospices de Beaune sur le jugement dernier pour nourrir la méditation des agonisants…

Bref, depuis le XIXe siècle, l’Occident est obsédé par le juste avant la mort, alors qu’auparavant c’était  le juste après qui était le plus important.

La première contestation chrétienne de l’air du temps s’inscrit ici, dans cette inversion des perspectives : l’après mort est infiniment plus intéressant (et plus long !) que la phase de départ de ce monde.

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Fresque des hospices de Beaune sur le jugement dernier 

Mais bon ! Regardons quand même à la lumière de ce Vendredi Saint ce que la Passion du Christ nous dit sur le comment mourir, puisque c’est cela qui fascine nos contemporains.

Une deuxième contestation chrétienne surgit alors de la lecture de la Passion : la mort du Christ ne ressemble en rien aux canons de beauté, de dignité et de sérénité qu’on voudrait nous imposer.

Passons en revue ses canons d’une belle mort aux yeux de notre culture actuelle.

 

Une mort sereine

Si un malade ressent de l’angoisse en phase terminale, psychologues et psychotropes sont convoqués pour l’aider à surmonter son mal être. Si le sommeil s’en va, les médicaments nous en donneront un  artificiel de substitution. Si la souffrance est insupportable, les sédatifs l’endormiront, quitte à nous plonger dans une inconscience peu à peu fatale.

Nous rêvons finalement d’une fin de vie paisible, sans débat intérieur.

Jésus sur la croix, lui, n’est guère serein. À Gethsémani, il a déjà sué du sang et de l’eau à l’approche de cette horrible mort. Suspendu au gibet, il pousse un grand cri d’angoisse au moment ultime. Visiblement, il ne s’est pas endormi à la manière sereine d’un patriarche ayant dit adieu aux siens.

C’était pour que tous ceux qui sont étreints par l’angoisse à l’approche de leur mort puissent se tourner vers lui, y reconnaître leur frère en humanité, et glisser leur cri dans le sien.

 

Une mort glorieuse

Lorsqu’un soldat meurt au combat ou en opérations extérieures (opex) comme en Afghanistan ou au Mali, il en sort auréolé d’une gloire nationale aux yeux de la société. On dit qu’il est tombé au « champ d’honneur », et cet honneur rejaillit sur sa famille. On le décore à titre posthume de la Légion d’honneur. On en fait une figure héroïque (même si la raison de sa mort est d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment).

Bref, nous pouvons rêver d’une mort glorieuse, civile ou militaire, qui nous valoriserait aux yeux des nôtres.

Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ dans Communauté spirituelle 15Rien de tel dans la crucifixion. C’est une mort infamante, réservée aux esclaves, au humiliores de l’empire romain, c’est-à-dire aux moins que rien. Il n’y a rien de glorieux dans la mort de Jésus. C’est une mort de paria.

 

Une mort accompagnée

Mourir seul effraie la plupart d’entre nous. Nous désirons à juste titre une main à serrer, une voix qui rassure, une écoute qui permet de se livrer. Nous avons mis en place des soins palliatifs justement pour réaliser cet accompagnement humain et humanisant jusqu’au bout. C’est ce que Marie de Hennezel appelle avec délicatesse la « mort intime », parce que dans cet accompagnement la parole dénoue l’angoisse, l’affection soutient le combat intérieur, l’intime est partagé et donc moins lourd.

__eli__eli__lama_sabachthani____by_hippyemo52-d2yvk8h Christ dans Communauté spirituelleSur la croix, le Christ ressent une terrible solitude. Même si sa mère et Jean sont là, ils ne peuvent l’aider. Et surtout, la déréliction de ce condamné est totale. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». Le Christ n’est pas accompagné, mais abandonné par celui qui est le plus intime de son être : Dieu son Père. Pire encore, le bois de la croix n’évoque pas la mort d’un héros, mais d’un maudit de Dieu. Car une vieille malédiction juive est attachée à cette peine déjà humiliante et infamante : « maudit soit celui qui pend au gibet ». Suspendu au bois, Jésus devient un maudit. Sur la croix, Dieu est abandonné de Dieu !

C’était pour que tous ceux qui ressentent cette effroyable solitude au moment de mourir, abandonnés des hommes et de Dieu, puissent tourner vers le Christ et glisser leur déréliction dans la sienne.


Une mort dans la dignité

À juste titre, le débat pour des lois sur la fin de vie va occuper nos parlementaires pendant des années encore. Le but est de permettre à chacun de partir dignement : à la demande du malade, euthanasie ou suicide assisté. Nous voulons rester dignes et en pleine possession de nous-mêmes jusqu’au bout.

Kim_Crucifixion_500 croixMais le supplice de la crucifixion n’a rien de digne. Il a été précédé pour Jésus d’une séance de fouet et de couronnes d’épines et de dérision qui l’ont rabaissé, physiquement et moralement, au rang d’un ver de terre avec qui l’on joue avant de l’écraser. Le crucifié n’a rien de superbe. Dépouillé de ses vêtements, exposés à la moquerie de la foule, ensanglanté et meurtri de toutes parts, la mort du Christ est indigne, déshumanisante, dégradante.

C’était pour que tous ceux que la souffrance, ou la haine des hommes, défigure avant que d’être tués glissent leur indignité dans la sienne, dans l’attente de la transfiguration promise.

 

Une mort choisie

La revendication deviendra de plus en plus forte : choisir le moment de son départ, et la manière de le faire. Ne pas subir les diktats de la maladie ou de la vieillesse (penser à la maladie d’Alzheimer) relèvent de la dignité nouvelle fasse à la mort.

25_VERTUS_CHRIST_AUX_LIENS_XVI crucifixionLe Christ n’a pas choisi la crucifixion. Des passages des évangiles attestent qu’il envisageait d’être lapidé, comme les prophètes d’autrefois. Mais jamais il n’aurait pensé à la croix, cet infamant et dégradant supplice romain, source de malheur absolu pour un juif. Il n’a pas choisi de mourir ni encore moins de mourir de cette façon-là : il a dû combattre à Gethsémani pour accepter que sa mission aille jusque là, jusqu’à faire corps avec les damnés de la terre.

C’était pour que tous ceux à qui on impose une fin atroce, inhumaine, dégradante, puissent se tourner vers lui et vivre cette mort imposée dans l’espérance que Dieu s’imposera plus encore, après.

 

Une mort subite

« Il en a eu la chance : il ne s’est pas vu partir ». « Il est mort dans son sommeil », ou « en un clin d’oeil à cause de l’infarctus ».

C’est cela la belle mort actuelle : celle qu’on ne voit pas venir, qui nous prend par surprise sans qu’on ait conscience. Une non-mort en quelque sorte, puisqu’elle passe inaperçue aux yeux de celui qui est frappé.


la-crucifixion mortLa mort du Christ n’a rien d’instantané. Le supplice de la croix est prévu pour être long, plusieurs jours suspendu jusqu’à ce que l’asphyxie fasse son oeuvre. Seul l’état d’exténuation physique de Jésus explique qu’il soit mort aussi vite, en quelques heures ce vendredi, alors qu’on était obligé de briser les jambes des autres condamnés pour qu’enfin ils ne puissent plus s’appuyer sur elle pour respirer.

C’était pour que tous ceux qu’une longue agonie torture en leur chair et esprit puissent se tourner vers Jésus, et trouvent en lui la force de tenir bon au-delà du supportable, parce que Dieu s’engage pour un infini à nul autre pareil.


Une mort utile

201101222182 PassionLe don d’organes, l’expérimentation de nouveaux traitements, mais aussi une présence irradiante qui fait du bien à toute la famille jusqu’au bout et après : il y a beaucoup de manières de rendre utile aux autres la cessation de notre vie organique. Jusqu’au don de soi dans le martyre en se sacrifiant pour sauver d’autres vies, ou pour proclamer sa foi au milieu de la persécution.

En ce sens, la mort de Jésus est sans aucun doute la mort utile par excellence, puisque de ce mal absolu va sortir une espérance bien plus absolue.« Par ses blessures nous sommes guéris ». « En sa mort nous trouvons la source de la vie ».

L’utilité de la mort du Christ nous appelle à faire de même si possible : transformer nos derniers instants en source d’amour, de don de soi et de partage à ceux qui restent.


La vilaine mort de Jésus de Nazareth

Vous voyez : ce rapide parcours — non exhaustif — des canons actuels d’une belle mort font apparaître celle du Christ comme une mort vilaine.

La mort de Jésus n’est pas sereine mais angoissée.
La crucifixion n’a rien de glorieux : elle est infamante.
Jésus agonise seul, abandonné de Dieu et les hommes, pas accompagné.
C’est une mort indigne, dégradante.
On lui a imposé, il ne l’a pas choisie.
Loin d’être une fin rapide, cela a été long et douloureux.
Par contre, c’est la mort la plus utile que l’humanité connaîtra jamais…

Tout cela s’est déroulé ainsi pour que nul être humain ne désespère désormais de sa propre mort, quelques soient les conditions, même plus atroces encore, dans lesquelles il devra la traverser.

resurrection2007 Vendredi 

En ce Vendredi Saint, Christ est descendu aux enfers, dans les enfers de nos angoisses, de nos solitudes, de nos indignités, de nos souffrances interminables.

C’était pour saisir chacun de nous par le poignet fermement et ainsi le faire remonter avec lui dans la transfiguration de Pâques.

Puissions nous regarder autrement nos crucifix, comme le signe de cette formidable solidarité de Dieu  avec notre humanité, jusque dans notre mort.

 

Célébration de la Passion du Seigneur

1ère lecture : « C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »(Is 52, 13 – 53, 12)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ;
il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ?
Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira

Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume : 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25

R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ; garde-moi d’être humilié pour toujours.

En tes mains je remets mon esprit ; tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires et même de mes voisins ;

je fais peur à mes amis, s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié, comme une chose qu’on jette.

J’entends les calomnies de la foule : ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur, je dis : « Tu es mon Dieu ! »

Mes jours sont dans ta main : délivre-moi des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ; sauve-moi par ton amour.

Soyez forts, prenez courage, vous tous qui espérez le Seigneur !

2ème lecture : Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

 Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

Acclamation :
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants : = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »

Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.

Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.

Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit.

Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient.

Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.

Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »

L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.

Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)

Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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25 février 2015

Le sacrifice interdit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le sacrifice interdit

Homélie du 2° dimanche de Carême / Année B
01/03/2015

 

Dieu serait-il pervers ?

On pourrait le croire à une lecture trop rapide du 1er texte d’aujourd’hui : « sacrifie pour moi celui que tu aimes » semble dire Dieu à Abraham dans la traduction  approximative qui nous est proposée.

Quel est le père qui pourrait entendre cela sans broncher ?

Dieu demanderait-il des sacrifices humains ?

Est-il assez pervers, soit pour pousser Abraham vers le désespoir, soit pour demander un meurtre, et le meurtre d’un fils ?

Cette fausse lecture d’un Dieu pervers qui s’amuserait à mettre Abraham à l’épreuve a produit la révolte de générations d’athées, refusant à juste titre cette fausse image d’un Dieu qui dévore ses enfants, comme l’ogre des contes d’enfants dévore ceux qui s’approchent de lui…

Or Dieu est Père, il n’est pas pervers.

(cf. Maurice Bellet : le Dieu pervers, DDB, 1998)

Comment sortir de cette fausse et dangereuse interprétation ?

Le sacrifice interdit dans Communauté spirituelle vaverstoiEn faisant attention au texte (cf. Marie Balmary : le sacrifice interdit, Grasset, 1989 et le moine et la psychanalyste, Albin Michel, 2005).

En effet, le texte dit littéralement à Abraham : « prends ton fils unique, élève-le en élévation », et on pas « offre-le en sacrifice ». Chouraqui traduit en hébreu : « fais-le monter en montée ». Évidemment, c’est moins clair, et Abraham fait comme nous : il croit entendre dans l’appel à faire « monter » son fils un appel au meurtre, un appel au sacrifice humain, comme les dieux païens Moloch l’exigeaient autour de lui dans les religions païennes.

Du coup il fait jouer à Dieu un rôle pervers en lui attribuant une volonté qu’il n’a jamais exprimée. Il interprète : « sacrifie ton fils » là où Dieu lui disait : « élève-le ».

Il entend : « immole », là où on lui demandait de « faire monter » son fils.

Il croit qu’il faut égorger celui qu’il aime alors qu’il faut l’élever.

Cela nous arrive à nous aussi de nous tromper dans l’interprétation de la Parole de Dieu, et du coup de l’affubler de nos projections infantiles ou perverses. Pensez aux djihadistes qui se font exploser pour tuer des ennemis au nom d’Allah. Pensez aux jansénistes qui croyaient que Dieu demande l’austérité et la répression de la chair.

Pensez à toutes les caricatures du visage de Dieu que nous autres croyants nous véhiculons parfois, plus violentes encore que les caricatures du Canard Enchaîné ou de Charlie Hebdo…

Pensez au Dieu vengeur, au Père Fouettard, au Dieu justicier… qui punit et prend plaisir à faire souffrir…

 

Les noms de Dieu 

Un indice de cette 1° erreur d’Abraham, c’est le double nom de Dieu dans le texte.

La 1° fois, quand Abraham croit qu’il faut tuer par obéissance, il croit entendre cela en direct de la bouche d’Elohims, nom hébreu qui est au pluriel, et qui évoque les idoles, les faux dieux des polythéismes ambiants.

La 2° fois, c’est non pas Elohims mais le Messager de YHWH, qui crie vers lui pour arrêter le meurtre.

Non plus Dieu soi-disant en direct, mais une médiation, un ange : un messager. Non plus un Dieu pluriel, mais YHWH, les 4 lettres imprononçables pour un Juif, le tétragramme, qui interdit de mettre la main sur Dieu (justement parce que son nom est imprononçable) qui interdit d’interpréter sa volonté selon nos fantasmes, nos peurs païennes, nos caricatures sur Dieu.

Ce changement de nom sur Dieu est le signe du changement qui s’opère chez Abraham : il sort de l’idolâtrie et découvre le Tout Autre ; il quitte les faux dieux qui veulent la mort et se tourne vers le Dieu Père qui veut la vie.

Sa foi se purifie pour ne plus obéir à un Dieu imaginaire, mais au vrai Dieu qui était à la source de son amour pour son fils.

 

Du sacrifice d’un autre à l’offrande de soi 

9782226158994-j Balmary dans Communauté spirituelleUn commentateur juif du Moyen Age, le célèbre Rachi, avait déjà commenté ce texte dans le sens de l’offrande et non de l’holocauste.

« Le texte dit littéralement : Fais-le monter.

Dieu ne lui dit pas : immole-le. Le Saint, béni soit-il !, ne voulait nullement cela, mais seulement le faire MONTER sur la montagne pour donner à la personne d’Isaac le caractère d’une offrande à Dieu.

Et une fois qu’il l’aura fait MONTER, il lui dit : « Fais-le redescendre ».

 

Vous comprenez alors pourquoi l’Esprit pousse Jésus à monter sur la montagne du mont Thabor ! Jésus désire que sa vie soit une offrande d’amour à son Père, et ce désir d’offrande le transfigure d’une beauté éblouissante.

Vous comprenez pourquoi dans la messe on parle de la procession de présentation des offrandes ; et pourquoi le but de la messe est de faire de nous « une vivante offrande à la louange de la gloire du Père » (Prière eucharistique n°4), grâce au Christ qui le premier est monté sur la montagne, mieux encore qu’Isaac, mieux encore qu’Abraham, si lent à comprendre que Dieu ne désire pas un sacrifice qui mutile, mais l’offrande qui élève.

Le chemin de Carême est alors celui de la purification de notre foi.

Croire, ce n’est pas se soumettre aveuglément à un Dieu pervers qui nous enverrait des épreuves, c’est laisser le Christ nous unir à lui dans l’offrande d’amour qu’il fait de sa vie à son Père.

Ça change tout…

En montant au Thabor, comme Isaac est élevé lors de la montée du mont Moriah, Jésus révèle la vraie beauté de l’être humain.

La bouleversante beauté qui transfigure son visage, notre visage, ne vient pas du sacrifice, mais de l’offrande.

Bonne Nouvelle : Dieu ne veut pas d’automutilation, mais la beauté de ses enfants !

Il n’exige pas de sacrifice humain, mais invite au libre dessaisissement de soi par amour.

 

C’est un bélier qui va se substituer à Isaac : un adulte animal est sacrifié à la place de l’enfant humain. C’est comme si Abraham devait tuer en lui le père possessif pour laisser son enfant être élevé plus haut que lui…

 

Dieu est Père, pas pervers !

Que ce Carême purifie nos fausses images idolâtriques de Dieu !

 

 

 

1ère lecture : Dieu met Abraham à l’épreuve, et lui renouvelle ses promesses (Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! »
Dieu dit : « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice sur la montagne que je t’indiquerai. »

Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils.
Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! »
L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique. »
Abraham leva les yeux et vit un bélier, qui s’était pris les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
Du ciel l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham :
« Je le jure par moi-même, déclare le Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance tiendra les places fortes de ses ennemis.
Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »

 

Psaume : Ps 115, 10.15, 16ac-17, 18-19

R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants

Je crois, et je parlerai,
moi qui ai beaucoup souffert.
Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ?
Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple, 
à l’entrée de la maison du Seigneur,
au milieu de Jérusalem !

 

2ème lecture : Le sacrifice du Fils (Rm 8, 31-34)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ?
Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? puisque c’est Dieu qui justifie.
Qui pourra condamner ? puisque Jésus Christ est mort ; plus encore : il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous.

 

Evangile : La Transfiguration (Mc 9, 2-10)

Acclamation : Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Du sein de la nuée resplendissante, la voix du Père à retenti : « Voici mon Fils, mon bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse, et ils s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
De fait, il ne savait que dire, tant était grande leur frayeur.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

En descendant de la montagne, Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ». 
Patrick Braud

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