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19 avril 2019

Pâques : il vit, et il crut

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 23 h 30 min

Pâques : il vit, et il crut

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année C
21/04/2019

Cf. également :

Deux prérequis de Pâques
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Les Inukshuks de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Incroyable !
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Les sans-dents, pierre angulaire

« Moi je suis comme saint Thomas : je ne crois que ce que je vois ». Combien de fois n’avons-nous pas entendu cet argument pour justifier le scepticisme vis-à-vis de la foi ? Or ce soi-disant argument comporte de nombreuses failles, dont l’une a trait à l’Évangile de Pâques lu ce dimanche.

 

1. Il n’y a pas pire sourd…

Pâques : il vit, et il crut dans Communauté spirituelleLes contemporains de Jésus ont vu ses miracles, et n’ont pas cru pour la plupart. Ils connaissaient l’aveugle-né et sa famille, ils évitaient soigneusement les dix lépreux avant qu’ils soient guéris, ils ont pleuré sur Lazare au tombeau, ils ont croisé au Temple l’homme à la main desséchée etc. Aucun de ces faits se déroulant sous leurs yeux ne les a convaincus. Alors, comme dit Jésus : « s’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus (Lc 16,31) ».

Les miracles officiels reconnus à Lourdes ne convainquent toujours personne ou presque. Car la foi ne repose pas sur du prodigieux, du magique qui s’imposerait à tous. Au contraire, comme l’amour, elle se donne à qui veut l’accueillir, sans autre preuve qu’elle-même et ses effets induits dans l’existence des croyants.

 

2. Méfiez-vous de ce que vous voyez

Aujourd’hui encore les gens ne croient que ce qu’ils ont envie de croire, quelle que soit la réalité. On a déjà évoqué le concept de post-vérité, qui traduit le bricolage numérique notamment que chacun et chaque groupe fait des événements pour y retrouver les croyances qui le réconfortent. Rappelons sa définition : le terme post-vérité décrit une situation dans laquelle il est donné plus d’importance aux émotions et aux opinions qu’à la réalité des faits.

On savait déjà, en économie par exemple, que les croyances ne s’appuient sur rien, mais peuvent produire beaucoup d’impact. Ainsi les prophéties auto-réalisatrices  (self fulfilling prophecy) annoncent une tendance économique ou boursière, et parce que les acteurs économiques leur font confiance (à leurs auteurs, leur réputation) il se passe exactement ce qui était annoncé, car tous agissent en fonction de ce qu’ils  pensent voir arriver, et le font arriver par là-même ! Les cracks boursiers en sont hélas de lugubres exemples.

On pourrait également rappeler que la monnaie est toujours fiduciaire, c’est-à-dire qu’elle repose sur la confiance que font les acteurs de l’échange à un bout de papier, une ligne électronique dans un compte de banque, une monnaie de bronze ou d’argent. Si cette confiance s’en va, la valeur de la monnaie s’écroule, la banque fait faillite, car elles ne reposent que sur ce que les acteurs leur accordent comme valeur : pas de monnaie sans foi !

Bref, celui qui demande des preuves pour croire se cache derrière cet alibi pour justifier sa volonté de ne pas croire. C’est ce qu’on appelle… de la mauvaise foi.  Jésus a souvent pesté contre cette fringale de preuves qui en demande toujours plus sans pour autant se laisser toucher : « Cette génération est une génération mauvaise; elle demande un signe ! En fait de signe, il ne lui en sera pas donné d’autre que le signe de Jonas » (Lc 11,29).

Nos sens nous trompent : le réel est au-delà des apparences.

Une vidéo est devenue virale sur Internet et a été vue des millions de fois. On y voit Barack Obama critiquer vertement (et même insulter !) son successeur à la Maison-Blanche. Jusqu’à ce qu’un acteur vienne expliquer que ce n’est qu’un montage, un trucage digne de Photoshop mais en vidéo !

« Nous entrons dans une ère où nos ennemis peuvent faire croire que n’importe qui dit n’importe quoi à n’importe quel moment », peut-on entendre dans la bouche de Barack Obama. « Ainsi, ils pourraient me faire dire des choses comme, je ne sais pas, (…) le président Trump est un idiot total et absolu ! » lâche-t-il dans cette  vidéo partagée par le média Buzzfeed. Très vite, le subterfuge est révélé : il s’agit d’un montage d’images réalisé avec l’aide du cinéaste Jordan Peele et d’une intelligence artificielle spécialisée dans les « deepfake », ces faux créés à l’aide de méthodes d’intelligence artificielle particulièrement sophistiquées.

Nous devons apprendre, et apprendre à nos enfants, à nous méfier des documents ou témoignages produits par les médias, les réseaux sociaux, la communication officielle des États et des groupes de tous ordres. Il faut au minimum prendre le temps d’analyser, de croiser les sources, de soumettre à plusieurs expertises techniques etc. Il sera de plus en plus difficile de savoir si ce que l’on entend ou voit est vrai ou non (truqué, tronqué, coupé de son contexte). Le risque est grand de voir pulluler les mouvements d’opinion suite à des fake news ou deepfake, chacun se repliant sur ce qu’il a envie de croire quelle que soit l’avalanche d’informations dont on le bombarde.
Il est donc très dangereux de croire ce que l’on voit ou ce que l’on entend !
La nature également nous trompe, et nos sens ne sont pas assez fins pour discerner ce qu’il y a derrière tel phénomène optique, tel camouflage naturel, telle ruse de l’évolution…

 

4. Le suaire et les bandelettes

Au matin de Pâques, point de journalistes, point de caméras ni de blogueurs. Au contraire, des femmes : les moins fiables des témoins possibles à l’époque. Du coup, Jean et Pierre veulent faire l’expérience par eux-mêmes, et après tout c’est bien le mouvement de la foi : pouvoir dire « je » comme les samaritains retrouvant Jésus au puits. « Ce n’est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons ; nous l’avons entendu nous-mêmes et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde » (Jn 4,42).
Pierre est alourdi par l’embonpoint et l’âge ; il court moins vite que le jeune Jean. Celui-ci penche la tête vers le tombeau vide ; il remarque le linge qui enveloppait le corps roulé à part, les bandelettes qui tenaient les mâchoires de la tête également pliées et rangées.

Il vit et il crut. Aurait-il eu plus de chance que Thomas ? Non, car ce n’est pas le ressuscité qu’il voit ici, mais son absence. Il voit les traces en creux d’une disparition qui vient en un flash éclairer et donner sens à tout ce qu’il a connu de Jésus auparavant. Comme sur le négatif d’une photographie argentique, il lit dans le suaire, les bandelettes, le vide du sépulcre autant d’indices concordants que la résurrection de Jésus est bien crédible. Sans être pour autant l’unique explication possible, car les autorités juives par exemple feront courir le bruit que les disciples sont allés voler le cadavre la nuit pour inventer une rumeur.

Jean « voit » l’absence, et il croit.

C’est peut-être dans les absences de nos histoires humaines qu’il faut chercher de quoi nourrir notre foi. Lorsque l’océan se retire lors des grandes marées, les grèves sont jonchées d’algues, de coquillages sur des kilomètres. Celui qui les parcourt peut deviner que la mer était là. Si l’archéologue sait déchiffrer les fossiles pétrifiés des forêts américaines ou des déserts africains, il pourra reconstituer ce qui s’est passé et qui témoigne de l’immersion de ces régions jadis. C’est donc nous aussi en retrouvant et déchiffrant patiemment les traces de l’action de Dieu dans notre histoire que nous pourrons y fonder nos raisons de croire aujourd’hui.

Il faut peut-être une certaine capacité – voire un certain courage – de scruter le vide autour de soi et en soi pour se découvrir croyant.
Tombeau-vide1-300x214 bandelettes dans Communauté spirituelleEt puis il y a le suaire « affaissé », les bandelettes (mentonnière) « roulées à part » : ces indices, presque des détails, qui nous mettent sur la voie. Ce n’est pas d’abord du suaire de Turin dont il s’agit (d’ailleurs son historicité reste débattue, et il ne convertit que peu de monde même s’il fascine les foules). Le suaire que Dieu vient « poser à plat » dans nos tombeaux vides est sans doute plus personnel : une pacification intérieure inexplicablement donnée après une épreuve, une mauvaise habitude qui s’en va sans effort, des béquilles psychologiques sociales qui deviennent inutiles, un deuil qui enfin accepte sereinement la perte, un regard d’amitié ou d’amour qui rend le rôle de composition inutile…

Nous passons tant de temps et d’énergie à envelopper les cadavres de nos vies ! Nous ferions mieux d’entendre l’ordre de Jésus aux proches de Lazare : « déliez-le, et laissez-le aller » (Jn 11,44).

Le Saint Suaire de Turin à Montigny-Montfort - Journées du Patrimoine 2016Restent les bandelettes, ces franges de tissu qui entouraient la tête pour maintenir les mâchoires fermées avant que la rigidité cadavérique ne déforme le visage sinon (cf. la trace de ces bandelettes le long des joues du visage sur le suaire de Turin). Comme si on voulait faire taire les morts. Avec l’embaumement, cela faisait partie des rites funéraires relevant de la thanatopraxie : autrefois on voulait que les morts soient les plus beaux possibles. Aujourd’hui encore certes (et surtout après des attentats ou des accidents de voiture), mais la vue des corps morts est actuellement insupportable à nos mentalités occidentales. Nos sociétés cachent cette réalité : dans les maisons funéraires, à l’écart du domicile. On fait des courtes visites, mais plus de longues veillées auprès du corps. On ne fait plus de masque mortuaire ni de photos sur le lit de mort (ce qui était encore très populaire dans les années 50), on ne touche plus les morts (on les embrassait autrefois) et on interdit aux enfants de s’en approcher de peur que cela les traumatise. Les bandelettes du sépulcre traduisaient le respect et l’affection pour un visage qu’on voulait jusqu’au bout préserver de la déchéance. Lorsqu’elles sont vides et rangées à part, Jean y voit un signe de la transfiguration de Jésus, dont le visage rayonnait d’une telle gloire que rien ne peut la contenir.

Peut-être nous faut-il prendre soin de la beauté des autres, de la dignité du visage des oubliés, pour nous aussi pressentir que leur carcan de souffrance et de misère les défigurant est désormais hors d’usage, roulé à part. Leur visage est libre de parole ; il n’est plus enserré par les liens du tombeau où on voulait les figer en leur imposant le silence.

Jean vit, et il crut.

Pas à la manière de Thomas. Plutôt à la manière du renard du petit Prince. Les yeux de la foi déchiffrent en creux dans les traces qui jonchent les grèves de nos existences les indices concordants qui font que le cœur s’affole et que l’intelligence s’éclaire : « il est vivant ! »

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

Première lecture
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

Psaume
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !
(Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Deuxième lecture
« Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.  Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

Séquence

À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen.

Évangile
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia.
Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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10 mars 2019

Transfiguration : le phare dans la nuit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

TRANSFIGURATION : le phare dans la nuit


Homélie pour le 2° dimanche de Carême / Année C
17/03/2019

Cf. également :

Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
À l’écart, transfiguré
L’alliance entre les morceaux
Le sacrifice interdit

Nous pouvons lire dans la Transfiguration du Christ la valeur et la densité de nos propres transfigurations.

Phare dans la nuitEh oui, nous aussi, chacun de nous – si nous y regardons bien – nous avons dans notre vie des petits Mont Thabor – ou des grands – des moments si clairs et si forts que rien n’en efface la trace, pas même le doute et l’épreuve après coup.
Réfléchissez : le sentiment fugitif de l’évidence de l’amour, ou celui de l’évidence de Dieu ne sont sans doute pas étrangers à votre histoire.
Un peu comme le navire qui, se battant contre une mer agitée, distingue soudain, au sommet d’une vague plus forte que les autres, le temps d’un éclair, la jetée du port qu’il faut rejoindre, ou l’éclat lumineux d’un phare qui commande le passage.
Vision si fugitive et si brève qu’une fois l’élan retombé on écarquille les yeux en se demandant si on n’a pas rêvé.
Mais vision fulgurante qui nourrit l’espoir et le combat dans la nuit.

La Transfiguration avant la Passion, c’est cet extraordinaire moment de lumière donné pour vivre la nuit ordinaire.

En préparant avec des jeunes leur mariage, j’ai toujours été frappé de la trace qu’ils portaient quelque part en eux d’un événement fondateur, d’un moment privilégié, d’un éblouissement qui les aidait à tenir bon. Et plus encore, en préparant des anniversaires de mariage – 30 ans, 40 ans, noces d’or ! – j’ai été impressionné par la mémoire toujours présente de ces grands moments de la vie de couple où il s’est passé quelque chose ; je revois encore mes grands-parents quand ils parcouraient ainsi les grands moments de leur vie commune :
« tu te souviens ? »
disait autrefois mon grand-père, et ma grand-mère répondait simplement : « oui ».
Et leur communion de regard et de silence en disait long.

Dans la vie professionnelle également, beaucoup pourraient témoigner de ces intuitions très fortes où l’on sent que l’on est dans la bonne direction, à sa vraie place.
Je pense par exemple à un ami qui, au lieu de choisir une carrière tranquille, a quitté sa confortable situation de salarié et a choisi d’essayer de sauver l’entreprise familiale, dont dépendaient plus de 100 familles.
Je pense à ce cadre, haut responsable, qui accepte de partir sur le terrain pour trouver les emplois qui compenseront la fermeture d’une usine, ou au neveu qui préfère partir au Mexique avec la Délégation Catholique à la Coopération plutôt que d’aller à New York pour un poste financier juteux. Malgré toutes les difficultés rencontrées, une certitude du cœur les habite, qui s’enracine dans quelques moments de lumière.

Vie de couple, de famille, responsabilité professionnelle : l’éblouissement du Christ en gloire nous traverse tout entiers, jusque dans notre relation à Dieu lui-même.

Dieu, Cette Année-Là   de Jean-François Six  Format Broché Dans un livre qu’il faut absolument lire, Jean-François Six raconte comment Dieu est capable de retourner une vie en un instant.
Son livre s’intitule : « Dieu cette année-là ».
Cette année-là, c’est 1886.
Et 1886, c’est l’année des martyrs de l’Ouganda, de la conversion de Charles de Foucauld, de Paul Claudel, de Thérèse de Lisieux et de Maurice Blondel.
Quand ces témoins racontent, ils situent l’origine de leur aventure spirituelle et sont souvent capables de dire : « tel lieu, telle rencontre, telle date précise ».
Pour le jeune Charles de Foucauld, ce fut la rencontre avec l’abbé Huvelin, dans son confessionnal en octobre 1886 dans l’église St Augustin, à Paris. Il voulait disserter à la manière d’un mondain qu’il était sur les troubles de sa vie fortunée. L’abbé Huvelin lui ordonna de se mettre à genoux et de se confesser sans détours. Les larmes de Charles de Foucauld se confessant lui restèrent une source intarissable de courage pour faire corps avec les délaissés croisés au Maroc, les Touaregs à qui il consacra le meilleur de lui-même.

Pour Thérèse, ce fut au retour de la messe de Minuit chez elle à Lisieux. À onze ans, en entendant malgré lui son père pester contre l’obligation des cadeaux à faire aux enfants, elle prit conscience tout à coup que la petite voie, justement celle de l’enfance spirituelle, serait son chemin de croissance en Dieu.

Cette même nuit de Noël – dans laquelle décidément Dieu distribua ses coups de foudre – Paul Claudel est bouleversé. Il est à Notre Dame de Paris, et il précise : « près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante que depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée n’ont pu ébranler ma foi. » Claudel était rentré à Notre-Dame athée, il en est ressorti chrétien, sans bien savoir ce que cela voulait dire. Mais dans tous ses écrits il suit ce fil rouge du bouleversement inattendu qu’il appelle la grâce.

Une multitude de témoins pourrait vous raconter l’évènement fondateur de leur aventure spirituelle. Ainsi pour Ignace de Loyola : en 1521, les Français assiègent Pampelune. Ignace s’illustre parmi les défenseurs de la ville quand un boulet de canon lui broie la jambe et brise sa carrière. Il rentre au château familial sur un brancard. S’ennuyant ferme pendant sa convalescence, il dévore la vie des saints dans la bibliothèque de son château, et en sort complètement transformé, aspirant à servir la gloire de Dieu au service des hommes plutôt que sa propre gloire chevaleresque dans la noblesse de son temps.

Interrogez ceux et celles qui se sont lancés dans une aventure spirituelle – sans que l’on ne voie très bien de l’extérieur pourquoi ils s’y sont lancés – et ils vous raconteront souvent quelque part dans leur passé un Mont Thabor, une lumière qu’ils ont vu une fois. Et une fois suffit pour se mettre en route, comme Abraham, pour partir avec la seule certitude de cette rencontre ineffable.

Alors commence vraiment le chemin de conversion. Car c’est seulement en redescendant dans la plaine, à l’image de Pierre Jacques et Jean, qu’on vérifie si c’était une illusion ou une vraie rencontre. La vie ordinaire du couple met ainsi à l’épreuve ces éblouissements initiaux. Ceux qui n’étaient qu’illusion ou sentiment ne permettent pas de tenir la route. Ces mirages s’évanouissent  très vite devant la dure réalité de la vie commune.

Nos transfigurations, ce sont des évènements, souvent banals, plus rarement extraordinaires, mais toujours des évènements relus dans la foi, relus sans cesse, 10 ans, 20 ans, 50 ans après pour donner sens aux épreuves et aux obstacles qui nous envahissent comme la brume reprend possession de l’océan après la traversée lumineuse du phare.

La conversion n’est pas l’œuvre d’un instant, si beau, si fort soit-il. Elle à vivre toute notre vie durant, le Carême est là pour nous le rappeler. Car le véritable amour se vit dans la durée, non dans l’éblouissement d’un amour. Mais l’éblouissement nous est donné pour durer.

citation amour 30

Dans cette eucharistie, demandons au Seigneur de nous ouvrir les yeux pour discerner les « Mont Thabor » dont il a jalonné notre route.

Sachons en rendre grâce.
Puissions-nous y revenir souvent pour leur rester fidèles.

 

Lectures de la messe

Première lecture
Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant (Gn 15, 5-12.17-18)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste.  Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que je l’ai en héritage ? » Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate. »

Psaume
(Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14)
R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut.
(Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère :
tu restes mon secours.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

Deuxième lecture
« Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 17 – 4, 1)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés.

Évangile
« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.
Patrick BRAUD

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19 février 2018

Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne 

Homélie pour le 2° Dimanche de Carême / Année B
25/02/2018

Cf. également :

Le sacrifice interdit
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
À l’écart, transfiguré

La triste transformation de Gregor Samsa

Avez-vous déjà lu « La métamorphose » de Franz Kafka ? Si vous ne connaissez pas l’univers angoissant et absurde de l’auteur du « Château », précipitez-vous sur cette courte nouvelle (parue en 1915, 73 pages). Sous le genre littéraire du conte fantastique, elle peut servir de négatif photographique à notre évangile de la Transfiguration de ce dimanche.

Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne dans Communauté spirituelle 9782070360741-frUn matin, Gregor Samsa, jeune célibataire faisant vivre sa famille dans un appartement de Prague, se réveille stupéfait de voir son corps transformé en celui d’un « insecte répugnant » :

« Lorsque Gregor Samsa s’éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. Il reposait sur son dos qui était dur comme une cuirasse, et, en soulevant un peu la tête, il apercevait son vente bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenant que d’extrême justesse. D’impuissance, ses nombreuses pattes, d’une minceur pitoyable par rapport au volume du reste, papillonnèrent devant ses yeux. »

On ne saura pas comment cela est arrivé. Par contre, le lecteur suivra en parallèle les étapes de la transformation psychologique et spirituelle de Gregor et celles de sa parenté, suite à cette monstrueuse métamorphose. Inspirant le dégoût et la honte – et d’abord à lui-même – Gregor est enfermé dans sa chambre par son père et sa sœur qui ne veulent plus le voir. Seule la bonne se risque à lui glisser de la nourriture dans la pièce, sans s’attarder. Paradoxalement, la famille de Gregor Samsa semble se nourrir de sa déchéance. Avant, c’était lui le soutien de famille. Maintenant, ils ont trouvé des emplois intéressants et ils espèrent accéder au statut de famille bourgeoise bien installée. Mais il leur faut pour cela éliminer Gregor qui les dévalorise aux yeux de leurs locataires horrifiés.

Gregor l’a bien compris, et il se laisse dépérir, exclu de toute compagnie humaine, jusqu’à n’être plus qu’une carcasse desséchée de cancrelat vidé de sa substance. C’est comme un ‘ouf’ de soulagement pour sa famille qui peut désormais aspirer à une vie socialement conforme…

 

La métamorphose du mont Thabor

gf14-0037-1-affiche-grandformat-icone-transfiguration-ateliers-du-roseau-gf14-0037 Kafka dans Communauté spirituelleÉvidemment, le matin sur la montagne en Marc 9, 2-10 n’a rien de kafkaïen ! Jésus éprouve le sentiment d’être profondément transformé, épousant pleinement sa condition de fils bien-aimé, là où Gregor était rejeté par son père. Il y a bien trois témoins comme à Prague, mais Pierre, Jacques et Jean sont éblouis, fascinés par la beauté de cette transformation du corps de Jésus irradiant la gloire divine. Au point de vouloir demeurer là, en dressant trois tentes, alors que la famille de Gregor Samsa l’enferme dans sa chambre pour ne plus être en sa compagnie.

Le texte grec de l’évangile ne dit pas transfiguré mais « métamorphosé » pour évoquer le changement profond opéré corporellement en Jésus :

μετεμορφώθη (metemorphōthē) : il fut métamorphosé.

Or c’est une loi commune à tous les vivants : naître, grandir, mourir, c’est aller de métamorphose en métamorphose. C’est être complètement transformé par la nourriture prise, l’air respiré, les événements extérieurs, l’évolution programmée ou non de nos cellules, de notre psychisme, de notre organisme…

Jésus au Thabor laisse échapper de lui-même – sans s’en rendre compte - le secret de son identité : se laisser métamorphoser jour après jour par l’amour de son Père qui le conduit et le fait devenir Fils sans cesse davantage à travers ses rencontres, ses émerveillements, ses combats, ses réussites et ses échecs. La scène aurait pu se limiter à ce face-à-face intime de Jésus avec Dieu, comme au baptême dans le Jourdain selon la version de Marc :

« Et aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre vers lui, et une voix vint des cieux: « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur. » » (Mc 1,10)

Là, il y a trois témoins, qui seront également les trois témoins de Gethsémani : car la gloire révélée permettra de traverser l’agonie étalée, et l’amour paternel soutiendra Jésus dans sa déréliction absolue. Les trois témoins de la déchéance kafkaïenne de Gregor lui tournent le dos, et veulent finalement l’éliminer. Les trois témoins de la transfiguration s’attachent au visage lumineux du Christ, et Jean le reconnaîtra encore sous les traits du visage tuméfié du condamné au gibet. Cette gloire rejaillira sur les disciples, dès le martyre d’Étienne qui a lui aussi cette fulgurance de la transfiguration devant ses juges :

« Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Étienne, et ils virent que son visage était comme celui d’un ange. » (Ac 6,15)

 » Mais lui, rempli de l’Esprit Saint, fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu.
Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 55-56) »

Ce que Gregor Samsa vit de sa métamorphose est à l’exact opposé de la métamorphose de Jésus au Thabor. Sa famille s’affranchit de Gregor en l’excluant de la société des hommes, alors que le Christ nous affranchit de la mort en nous introduisant dans la société divine.

La transfiguration est bien ce dynamisme anti-kafkaïen par excellence qui nous transforme progressivement en ce que nous sommes appelés à devenir : Dieu lui-même.

 

De gloire en gloire : les autres usages du mot métamorphose.

meta métamorphoseIl y a seulement quatre occurrences du terme dans toute la Bible. Deux sont réservées à la transfiguration (Mt 17,2 ; Mc 9,2). La troisième désigne le renouvellement constant de notre jugement – souvent à contrecourant des modes et des idées majoritaires – pour discerner le dessein de Dieu :

Romains 12,2 : Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.

Ne plus juger les choses comme avant, regarder autrement les êtres à la lumière de l’Évangile : il s’agit là d’une lente et longue métamorphose qui peut conduire à changer de métier, de coutumes, de pays, d’opinions en fonction de ce que nous découvrons comme juste aux yeux de Dieu.

Le dernier usage du terme recèle une promesse eschatologique : être transformé, « de gloire en gloire », jusqu’à partager la vie divine elle-même :

2 Corinthiens 3,18 : Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est Esprit.

La Transfiguration est bien l’histoire de toute vie humaine, avec ses éblouissements devant l’amour, la beauté, la splendeur de la vérité, la force du bien… Bien sûr, il y a des épisodes apparemment régressifs plus kafkaïens. Mais la promesse est bien là : « de gloire en gloire », l’Esprit de Dieu nous associe à la vie divine comme il l’a fait pour le Christ, de façon cachée à Nazareth, éclatante au Thabor, paradoxal au Golgotha, triomphale au matin de Pâques.

 

Saint Paul VI, ou la métamorphose d’un pape.

Les exemples historiques pullulent de ces ‘autres Christs’ qui ont vécu la métamorphose de leur existence. Évoquons seulement Paul VI. Pape timide au début, plutôt classique. Un intellectuel plus à l’aise avec les études que les peuples. Son ministère d’évêque de Rome l’a radicalement transformé, transfiguré. Il est devenu proche des petits et des humbles. Il a parcouru des milliers de kilomètres à la rencontre de toutes les cultures. Il a eu le courage et l’audace de faire aboutir le concile Vatican II et ses réformes. Or Paul VI est mort le soir de la fête de la Transfiguration, le 6 août 1978. Voici ce que dit de lui un de ses familiers, le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, 4 jours après :

s-l300 Thabor« Depuis quinze ans, nous avons prononcé dans la prière eucharistique pendant la messe les mots: ‘Nous célébrons dans la communion avec Ton serviteur, notre Pape Paul’.

Depuis le 7 Août, cette phrase reste vide. L’unité de l’Église en ce moment n’a pas de nom; son nom est désormais dans la mémoire de ceux qui nous ont précédés sous le signe de la foi et reposent dans la paix.
Le Pape Paul a été appelé à la maison du Père, le soir de la fête de la Transfiguration du Seigneur, peu de temps après avoir entendu la messe et reçu les sacrements. «Il est beau pour nous d’être ici» avait dit Pierre à Jésus sur le mont de la transfiguration. Il voulait rester. Ce qui en cet instant lui a été refusé, a été en revanche concédé à Paul VI en cette fête de la Transfiguration 1978: il n’a plus dû descendre dans le quotidien de l’histoire. Il a pu rester là où le Seigneur est assis à la table pour l’éternité avec Moïse, Elie, et tous ceux qui viennent de l’orient et de l’occident, du septentrion et du sud. Son parcours terrestre est terminé.
Ce que nous appelons la Transfiguration est appelé en grec dans le Nouveau Testament métamorphose (« transformation »), et ceci fait ressortir un fait important : la transfiguration n’est pas quelque chose de très lointain, qui peut arriver en perspective.

Dans le Christ transfiguré se révèle beaucoup plus que ce qu’est la foi: transformation qui se produit chez l’homme au cours de toute une vie. Du point de vue biologique, la vie est une métamorphose, une transformation pérenne qui se termine par la mort. Vivre signifie mourir, signifie métamorphose vers la mort. Le récit de la Transfiguration du Seigneur y ajoute quelque chose de nouveau: mourir signifie ressusciter. La foi est une métamorphose, dans laquelle l’homme mûrit dans le définitif et devient mûr pour être définitif. C’est pourquoi l’évangéliste Jean définit la croix comme glorification, fusionnant la Transfiguration et la Croix : dans l’ultime libération de soi-même, la métamorphose de la vie atteint son objectif. […]

Au fond de lui, Paul VI a de plus en plus trouvé son chemin simplement dans l’appel de la foi, dans la prière, dans la rencontre avec Jésus-Christ. Ce faisant, il est devenu de plus en plus un homme de bonté profonde, pure et mature. Ceux qui ont l’ont rencontré ces dernières années ont pu expérimenter directement l’extraordinaire métamorphose de la foi, sa force transfigurante. On pouvait voir combien l’homme qui, par sa nature, était un intellectuel, se livrait jour après jour au Christ, comme il se laissait changer, transformer, purifier par lui, et comment cela le rendait de plus en plus libre, de plus en plus profond, de plus en plus bon, perspicace et simple.

La foi est une mort, mais elle est aussi une métamorphose pour entrer dans la vie authentique, vers la transfiguration. Chez le pape Paul, on pouvait observer tout cela. La foi lui a donné du courage. La foi lui a donné la bonté. Et en lui, il était également clair que la foi convaincue ne ferme pas, mais ouvre. En fin de compte, notre mémoire conserve l’image d’un homme qui tend les mains. Il a été le premier pape à se rendre sur tous les continents, fixant ainsi un itinéraire de l’Esprit, qui a commencé à Jérusalem, cœur de la rencontre et de la séparation des trois grandes religions monothéistes; puis le voyage à l’ONU, le chemin jusqu’à Genève, la rencontre avec la plus grande culture religieuse non-monothéiste de l’humanité, l’Inde et le pèlerinage vers les peuples qui souffrent de l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie. La foi tend les mains. Son signe n’est pas le poing, mais la main ouverte. »

Si la métamorphose visible au mont Thabor a transformé la vie de Paul VI – saint Paul VI - ne doutons pas que sa même énergie soit à l’œuvre en nous !

Il suffit de se laisser métamorphoser, de gloire en gloire, jusqu’à la plénitude de la transfiguration qu’on appelle la mort physique…

 

Lectures de la messe

Première lecture
Le sacrifice de notre père Abraham (Gn 22, 1-2.9-13.15-18)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit : « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. » Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. »

Psaume
(115 (116b), 10.15, 16ac-17, 18-19)
R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants. (114, 9)

Je crois, et je parlerai,
moi qui ai beaucoup souffert.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes.

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

à l’entrée de la maison du Seigneur,
au milieu de Jérusalem !

Deuxième lecture
« Dieu n’a pas épargné son propre Fils » (Rm 8, 31b-34)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous.

Évangile
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Mc 9, 2-10)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant.
Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! »
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant.
Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».
Patrick BRAUD

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31 juillet 2017

À l’écart, transfiguré

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

À l’écart, transfiguré


Homélie pour le 18° dimanche du temps ordinaire / Année A
Fête de la Transfiguration   06/08/2017

Cf. également :

Le sacrifice interdit
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
L’alliance entre les morceaux
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
Dieu est un trou noir 

Les congés d’été sont beaucoup l’occasion d’aller ailleurs : au bord de la mer en famille, sur les chemins de randonnée de montagne, dans des gîtes ruraux choisis avec soin sur Internet etc.  Bien peu pourtant choisissent d’aller à l’écart. Beaucoup s’entasseront sur une plage bondée à marée haute, se regrouperont dans les stations offrant tous les services en altitude, se noieront dans la masse des campings ou des clubs Med ou autres formules collectives simplifiant le dépaysement en le massifiant.

À l’écart, transfiguré dans Communauté spirituelle mont%20ThaborLe Christ aujourd’hui nous invite à prendre de la hauteur en gravissant le Mont Thabor, et à nous mettre à l’écart, avec nos proches, comme il le fit pour Pierre, Jacques et Jean :

« Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne » (cf. Mt 17, 1-9)

Pas de transfiguration sans cette mise à l’écart temporaire.

MacronDieu qu’elle n’est pas naturelle cette mise à l’écart dans notre société actuelle ! La peur de la solitude semble pousser chacun à retrouver des compagnons, des convives, de la foule autour de lui. Cette angoisse du vide nous poursuit à travers les objets connectés qui font tellement partie de nous-mêmes qu’il nous est impensable de vivre sans eux, même en vacances. Le président de la République lui-même incarne cette hyper-connectivité, symbolisée par les deux smartphones placés à dessein sur la table de sa photo officielle trônant dans toutes les mairies de France. Deux smartphones, c’est un message fort ! C’est dire : ‘je ne suis jamais coupé de l’actualité, personnelle ou officielle, quelle qu’elle soit ; je ne débranche jamais, vous avez l’assurance que je suis toujours joignable, en contact avec les événements de ce monde’.

Savoir débrancher (comme le chantait France Gall !) est pourtant une hygiène mentale et spirituelle. Couper un temps les sollicitations extérieures est comme un rendez-vous avec soi-même. Décider que je répondrai demain à mes mails, SMS et autres appels téléphoniques (et quelle urgence ne pourrait réellement attendre 24 heures ?), c’est avoir une plage de temps à l’écart des lieux habituels que je peux habiter autrement, avec une autre disponibilité. Mitterrand confiait à la fin de son deuxième mandat qu’il refusait toute réunion ou rendez-vous le soir, pour prendre le temps de lire, de réfléchir…

En prenant ses disciples à l’écart, spatialement (sommet du Mont Thabor), socialement (séparé du groupe des Douze), temporellement (une journée d’excursion minimum pour monter puis redescendre), Jésus leur enseigne une respiration spirituelle indispensable aux hommes d’action. La vraie beauté de son visage ne s’est révélée que dans ce moment à l’écart, à distance des autres, à distance des préoccupations ordinaires.

L’expression à l’écart revient une douzaine de fois dans les évangiles.

C’est en les prenant à part, à l’écart, que Jésus explique les paraboles à ses disciples (Mc 4,10) ou répond à leurs questions (Mc 13,3 ; Mt 24,3). C’est à Bethsaïde que Jésus veut aller se reposer à l’écart, car les foules qui le suivent l’oppressent (Lc 9,10 ; Mt 14,13). C’est en priant à l’écart que Jésus ressent le besoin de demander à ses disciples qui il est vraiment (Lc 9,18). C’est loin de la foule, à l’écart, que Jésus fait de la boue pour guérir le sourd-muet (Mc 7,33). C’est seul, à l’écart, qu’il se retire dans la montagne pour prier, afin de rester fidèle à sa mission, ou avant de faire le choix si décisif des Douze à appeler à sa suite (Mt 14,23). C’est à l’écart qu’il invite ses disciples à se reposer avant de les replonger dans leur mission (Mc 6,31-32). On peut ajouter à ces épisodes celui de Gethsémani, où Jésus a besoin de s’isoler dans son angoisse devant la Passion qui approche, afin de supplier son Père et de trouver la force de lui rester fidèle (Mt 26,36).

« Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » » Mc 6,31a

Savoir se mettre à l’écart pour un temps est donc un enjeu pour notre fidélité, pour notre  résistance à la fatigue et à l’usure, pour notre manière de faire les choix importants de notre parcours de vie.

Faire retraite dans un monastèreSavoir emmener nos proches à l’écart est également un enjeu pour notre responsabilité envers eux, notre management pourrait-on dire. Un responsable qui n’emmène jamais son équipe « au vert », ailleurs que sur son lieu de travail, pour un temps de ressourcement et de hauteur de vue ne serait pas un vrai manager. Un séminaire d’équipe une fois l’an semble un minimum (mais si peu pratiqué en entreprise hélas !). De même pour un couple : une soirée par semaine, une journée par mois, une semaine par an… Ceux qui ne savent plus se ménager ces rendez-vous amoureux au restaurant, en balade, en voyage ou dans un monastère, à deux, sans les enfants, se retrouvent vite juxtaposés, assumant ensemble la gestion ordinaire de la famille mais superficiellement, très superficiellement. Des amis proches de la retraite osaient dirent à haute voix devant leur conjoint leur peur de se retrouver 24h sur 24h avec lui/elle. Ils s’apercevaient qu’ils ne pratiquaient plus  - et depuis longtemps – cette mise à l’écart régulière à deux qui est un des secrets des couples heureux.

Le lien entre mise à l’écart et Transfiguration devrait nous mobiliser ! Ayant pris de la  hauteur, à distance de l’immédiat et du groupe, Pierre, Jacques et Jean se souviendront longtemps de l’éblouissante beauté du visage du Christ. La 2° lecture de ce Dimanche (2 P1, 16-19) nous livre le souvenir solide et la relecture que Pierre fait de l’épisode du Mont Thabor. Tous les trois resteront marqués à jamais par cette révélation fulgurante. Aussi, lorsque le visage de Jésus sera couvert de crachats de haine, couronné d’épines de dérision, tuméfié des coups des soldats, ils ne perdront pas totalement espoir au milieu de la foule hostile, ou du moins ils auront des pierres d’attente pour déchiffrer la résurrection de Jésus comme une nouvelle transfiguration. Lorsque ce même visage de Jésus sera élevé sur le bois pour être exposé à la honte et à la malédiction divine, surmontée d’une inscription moqueuse (et prophétique sans le savoir), ils pourront après-coup se souvenir de l’incroyable lumière dont il irradiait au Thabor.

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Si nous ne pratiquons pas la mise à l’écart, pour nous-mêmes et pour nos proches, comment découvrirons-nous leur vraie beauté, leur inaliénable dignité cachée sous les déformations des accidents de la vie ?

Apprenons à débrancher nos objets connectés, à ne plus répondre immédiatement aux sollicitations extérieures, à partir à l’écart, seul ou avec nos proches.

La beauté du monde ne nous sera révélée qu’au prix de ce détour…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Son habit était blanc comme la neige » (Dn 7, 9-10.13-14)
Lecture du livre du prophète Daniel
La nuit, au cours d’une vision, moi, Daniel, je regardais : des trônes furent disposés, et un Vieillard prit place ; son habit était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête, comme de la laine immaculée ; son trône était fait de flammes de feu, avec des roues de feu ardent. Un fleuve de feu coulait, qui jaillissait devant lui. Des milliers de milliers le servaient, des myriades de myriades se tenaient devant lui. Le tribunal prit place et l’on ouvrit des livres. Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

PSAUME
(Ps 96, 1-2, 4-5, 6.9)
R/ Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre (Ps 96, 1a.9a)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
Ténèbre et nuée l’entourent,
justice et droit sont l’appui de son trône.

Quand ses éclairs illuminèrent le monde,
la terre le vit et s’affola ;
les montagnes fondaient comme cire devant le Seigneur,
devant le Maître de toute la terre.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.
Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre,
tu domines de haut tous les dieux.

DEUXIÈME LECTURE
« Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue » (2 P 1, 16-19)
Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre Apôtre
Bien-aimés, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie. Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ; vous faites bien de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

ÉVANGILE
« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)
Alléluia. Alléluia. Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! Alléluia. (Mt 17, 5)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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