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19 avril 2026

Le bon berger dans nos tombeaux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le bon berger dans nos tombeaux 

 

Homélie pour le 4° Dimanche de Pâques / Année A 

26/04/26 


Cf. également :
Allez ouste, sortez ! du balai !

Jésus abandonné
Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
Prenez la porte
Le berger et la porte

 

1. Le Bon Berger des premiers siècles

Dans une civilisation essentiellement rurale, agricole, la silhouette du pasteur conduisant paître ses troupeaux était familière à tous. On savait bien que grâce à lui, les troupeaux resteraient groupés, trouveraient leur pâturage et seraient protégés du loup et autres prédateurs. En reprenant cette figure favorablement connue de tous, Jésus sait qu’on ne confondra pas sa mission avec celle d’un révolutionnaire politique ou d’un roi à la manière des hommes. Le Messie qu’il veut être est plus à l’aise dans ce rôle pastoral que dans le rêve théocratique de ses contemporains.

Dès lors, le bon berger du chapitre 10 de l’Évangile de Jean de ce dimanche (Jn 10,1–10) a connu une popularité extraordinaire pendant les trois premiers siècles de l’expansion chrétienne. En témoigne notamment une découverte récente (août 2025) a Iznik, dans l’actuelle Turquie, près de l’antique Nicée qui fut la ville du premier concile œcuménique de l’histoire en 325. Une fresque dans un tombeau daté des I°-II° siècles représente un Jésus imberbe, portant une chèvre sur ses épaules au milieu du troupeau. L’allusion à la parabole de la brebis égarée (Lc 15,3–7) que le bon berger va chercher et ramener est claire. Du moins pour les initiés (les baptisés). Pour les non-chrétiens, la scène peut paraître anodine, s’inspirant de l’art romain païen : l’appartenance ecclésiale des défunts est donc discrète, car il fallait échapper à la curiosité des persécuteurs éventuels. D’autres symboles joueront ce même rôle : l’ancre dans les cieux gravée ou peinte, le poisson (ictus), le chrisme (Χ (khi) et Ρ (rhô), les deux premières lettres du mot Christ) etc. Mais ce thème du bon Pasteur est le plus reproduit et le plus célèbre des trois premiers siècles des débuts de l’Église au milieu des persécutions romaines et juives. En Italie surtout, les mosaïques et les fresques des catacombes représentant Jésus sous les traits du Bon Berger sont nombreuses :

Le Bon Berger, Catacombes de Priscille, Rome, IIIe siècle

Catacombes de Priscille, Rome, IIIe siècle

  • Basilique Patriarcale d’Aquilée (Italie) : Dans les mosaïques de pavement du IVe siècle, on trouve une représentation du Bon Berger au milieu d’un décor symbolique complexe.
  • Domus dei Tappeti di Pietra (Ravenne, Italie) : Cette « Maison des tapis de pierre » contient également des mosaïques de sol représentant le Bon Pasteur.
  • Mausolée de Galla Placidia (Ravenne, Italie) : Réalisée vers 425-450, c’est l’une des représentations les plus célèbres et les plus tardives. Jésus y apparaît jeune, imberbe, vêtu d’une tunique d’or et d’une pourpre impériale, assis dans un paysage bucolique entouré de ses brebis. Sa croix remplace le traditionnel bâton de berger.

Fresques des Catacombes :

Les catacombes de Rome contiennent environ 150 images du Bon Berger, symbole d’espoir et de salut.

  • Catacombes de Priscille (Rome) : Une fresque célèbre (IIIe siècle) située au plafond du « Cubiculum de la Velata ». Jésus y porte une chèvre sur ses épaules, entouré de deux brebis et d’oiseaux dans des arbres.
  • Catacombes de Domitille (Rome) : Présente des scènes du Bon Berger dans un style classique romain.
  • Catacombes de Saint-Callixte (Rome) : Contient plusieurs représentations de cette figure pastorale, souvent placée au centre de plafonds décorés.
  • Catacombes de Prétextat (Rome) : On y voit le berger défendant son troupeau contre des animaux sauvages (représentant le mal).
  • Nécropole de Hisardere (Iznik/Nicée, Turquie) : Cette fresque du IIIe siècle montre un Jésus jeune, imberbe, portant une chèvre. C’est le seul exemple connu de ce motif en Anatolie à cette époque.

 

La fresque d’Iznik représente elle aussi un Jésus jeune homme imberbe, portant la tunique courte des bergers romains. Elle illustre bien la christianisation des symboles païens transposés sur la personne du Christ.

Aujourd’hui, l’image du bon Berger conduisant ses brebis ne parle plus guère aux générations urbaines saturées de technologie et de numérique… Il faut pourtant se souvenir que la figure du Christ pasteur de l’Église a été la plus employée pendant les trois premiers siècles ! Voyons pourquoi.

2. Pourquoi le berger et non le crucifié ?

Eh oui ! Cela devrait nous surprendre ! Pourquoi la croix, le crucifix n’ont-ils pas été les signes de reconnaissance des chrétiens dès le début ?

Pourquoi ? D’abord parce que la crucifixion était un supplice horrible et infamant, pire que le bagne ou la chaise électrique. Le supplice était réservé aux inférieurs (humiliores, en latin), aux esclaves, alors que les citoyens romains comme Paul échappaient à cette déchéance en étant décapités, ce qui était plus noble. Pas question donc d’arborer cette marque honteuse, que ce soit sur des vêtements ou des tombeaux.

 

Représenter son Dieu sur une croix aurait été incompréhensible, voire ridicule, pour les contemporains, comme en témoigne le célèbre graffiti d’Alexamenos, une caricature païenne montrant un homme adorant un crucifié à tête d’âne.

Le bon berger dans nos tombeaux  dans Communauté spirituelle 250px-AlexGraffito.svgCe graffiti est une caricature gravée dans la pierre, découverte en 1856 dans le palais impérial de Rome. Il pourrait être la plus ancienne représentation de la crucifixion de Jésus, mais aussi le plus ancien dessin de la croix comme symbole du christianisme, puisqu’il est daté de la période entre le I° siècle et le III° siècle. Mais l’intérêt est aussi la présence de cette tête d’âne du crucifié, attestant de la présence toujours en cours d’une dérision antichrétienne. Cette curieuse caricature représente un garçon en situation de prière, vraisemblablement devant un Christ en croix avec une tête d’âne. Sans doute une allusion à l’entrée de Jésus à Jérusalem monté sur un âne. 

À côté du personnage qui lève la main gauche, on peut y déchiffrer l’inscription suivante : Αλέξαμενος Céβετε Θεn « Alexamènos adore son Dieu ». À droite, au-dessus de la croix, on distingue le signe Y, peut-être la première lettre de ὑιέ = Fils, se moquant du titre de Fils de Dieu  donné à Jésus. À l’évidence, il sagit dune moquerie faite à un chrétien. Moquerie à laquelle Alexamènos aurait répondu en écrivant dans une pièce voisine de la même maison : « Alexamènos est fidèle ». Ce dessin peut nous permettre de comprendre les insultes et les moqueries auxquels les chrétiens avaient à faire face, les luttes qu’il leur fallait affronter même chez les enfants comme ceux qui furent probablement les auteurs de cette caricature. On peut imaginer la scène suivante : d’un côté des enfants païens qui se moquent de la foi de leur camarade devenu chrétien, tandis qu’un peu plus haut, le jeune chrétien, assume fièrement, sa foi, en réponse sur le mur.

Minutius Félix, écrivain païen du II°-III° siècle, se faisait l’écho de cette rumeur anti chrétienne : « J’entends dire que les chrétiens, par une sottise qu’on ne peut expliquer, adoreraient la tête d’un âne, animal immonde ».

 

Ce n’est qu’avec la conversion de l’empereur Constantin, l’Édit de Milan de 313 et enfin l’abolition du supplice de la croix du même Constantin en 337 que la croix perd peu à peu sa connotation criminelle et maudite pour devenir un signe du triomphe impérial. Il faut attendre le V° siècle (comme au mausolée de Galla Patricia) pour voir le berger tenir une croix. Cependant, même là, il ne s’agit pas encore d’un crucifix (Jésus n’est pas cloué dessus) : c’est une croix de triomphe, tenue comme un sceptre impérial en or.

 

Le passage du bon berger à la croix puis au Pantocrator (le Tout-Puissant) répond à trois évolutions historiques :

- Le besoin de légitimité impériale

 berger dans Communauté spirituelleSous Constantin et ses successeurs, le christianisme devient la religion de l’Empire. Le Berger était une figure d’humilité, adaptée à une Église clandestine et persécutée. Le Pantocrator est une figure de pouvoir. Puisque l’Empereur est le représentant de Dieu sur terre, le Christ doit être représenté comme un Empereur céleste. On lui donne les attributs de la majesté romaine : le trône, la pourpre, et le geste de bénédiction qui ressemble au salut impérial.

- La lutte contre les hérésies

Aux IV° et V° siècles, de grands débats (comme l’Arianisme) secouent l’Église sur la nature de Jésus : est-il seulement humain ou vraiment Dieu ? Le « Bon Berger » insistait sur l’humanité et la douceur de Jésus. Le « Pantocrator » affirme sa divinité absolue. Le terme grec Pantokratôr signifie « Celui qui maintient tout en main ». Il est le Créateur et le Juge à la fin des temps. On lui donne alors les traits de Zeus ou de Jupiter (la barbe, les cheveux longs, le regard sévère) pour signifier sa toute-puissance.

- Le changement de dimension architecturale

Les fresques des catacombes étaient petites, intimes et liées à la mort. Les grandes basiliques impériales demandaient des images monumentales. Le Christ ne se cache plus dans un jardin ; il trône dans l’abside ou la coupole pour dominer l’espace liturgique.

 

En Europe, des églises minoritaires, humbles et ouvertes au dialogue ne pourraient-elles pas retrouver dans la figure du Bon berger une source d’inspiration ? Renoncer à la puissance impériale semble une exigence de notre temps pour le témoignage évangélique…

 

3. Le Bon Berger dans nos tombeaux

Revenons à la fresque d’Iznik. Elle est riche en symboles, et peut nous livrer quelques pistes de réflexion.


– Dialoguer avec les cultures environnantes (inculturation)

Hypogée, tombeau souterrain datant du IIIe siècle après J.-C. avec une fresque de Jésus en Bon Pasteur à Iznik (Turquie)Hors d’Israël, les premiers chrétiens étaient des citoyens romains ou grecs. Ils n’avaient jamais vu Jésus de Nazareth. Pour le représenter, ils puisaient naturellement dans leur répertoire habituel. Ainsi le Bon Berger ici est un jeune homme imberbe. Pourquoi ? Pour évoquer la jeunesse éternelle du Christ ressuscité, on a calqué son visage sur celui d’Apollon (dieu de la lumière) ou de Dionysos (dieu de l’énergie vitale). Le peindre comme un éphèbe était une marque de pureté, de vigueur, et surtout d’immortalité : un Dieu ne vieillit pas ; il n’a donc pas besoin de la barbe, signe de l’usure du temps chez l’homme.

 

Les premiers chrétiens voulaient montrer que Jésus apportait une Nouvelle Alliance, une jeunesse au monde. En le représentant imberbe, ils soulignaient qu’il était le Logos (la Parole) éternel, toujours jeune.

Il fallait aussi distinguer visuellement Jésus de la figure de « Dieu le Père » ou des divinités patriarcales comme Jupiter (Zeus) ou Sérapis, qui étaient toujours représentés avec de longues barbes majestueuses. Présenter Jésus comme un jeune berger permettait alors de mettre l’accent sur sa filiation (le Fils) et sur sa proximité avec les hommes, loin de la distance impressionnante du tonnerre de Jupiter.

Ce style imberbe est dit « alexandrin » car il provient des ateliers d’Égypte et d’Orient où l’influence grecque était forte. C’est un art plus souple, gracieux et naturaliste. À l’opposé, le style « syrien » (plus tardif), qui donnera le Pantocrator, privilégie les traits marqués, la barbe et une symétrie rigide pour inspirer la crainte et le respect.

 

41Zc65JPA-L croixSi l’on ajoute à tout cela la tradition du repas funéraire antique transposé à l’eucharistie célébrée dans les catacombes autour de la tombe du défunt, ou la profusion de plantes et d’animaux qui reprend les codes du jardin paradisiaque perse, on réalise que – même persécutés par les empires de l’époque – les premiers chrétiens voulaient dialoguer avec les cultures dominantes, en assumant le meilleur de ce qu’elles portaient en elles. Les Pères de l’Église appelait « préparation évangélique » ces intuitions qui parsemaient déjà des cultures préchrétiennes, et « semences du Verbe » ces graines de vérité, de beauté et de révélation semée dans les civilisations d’avant le Christ. L’Esprit de Dieu précède toujours l’annonce missionnaire… S’appuyer sur ces « pierres d’attente » était le moteur de l’évangélisation pour une Église persécutée, humble, petite, clandestine, qui « inculturait » le meilleur de la société environnante en le christifiant. Le modèle de la conversion était celui par accomplissement de la culture : la conversion par redressement ou par retournement viendrait ensuite, de manière seconde (et non secondaire).

 

N’y aurait-il pas là une intuition à reprendre pour notre évangélisation de la vieille Europe noyée dans le melting-pot des nouvelles cultures (numérique, politique, scientifique, artistique…) ?

 

– Une mort apaisée

Le croyant de la tombe d’Iznik n’est pas représenté dans la crainte. Il est accompagné vers l’au-delà par la figure protectrice du bon berger, selon les paroles du psaume de ce dimanche : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure »… 

L'espérance chrétienneCette promesse vaut d’ailleurs pour toute la famille : cinq squelettes ont été retrouvés dans cette sépulture, dont ceux de deux jeunes adultes et d’un nourrisson de six mois. Bien que la tombe ait été profanée par le passé, la conservation des peintures permet de comprendre comment les familles de l’époque intégraient leur nouvelle foi chrétienne dans leurs rites funéraires traditionnels.

 

– Le portier ouvre l’accès au salut

La fresque est sur le mur du fond de la tombe : on la voit dès qu’on entre. Au lieu de se heurter au mur de la mort, le Bon Berger est la porte que le défunt va franchir pour passer de la mort à la vie éternelle : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » (Jn 10,2-3).

 

– La relation personnelle avec le Christ

Le salut chrétien est d’&bord une élection personnelle, même s’il comporte une dimension communautaire. C’est pourquoi le Berger ne regarde pas le spectateur, mais une brebis spécifique, ou bien il porte une brebis précise sur ses épaules (la « brebis perdue »). À Iznik, la présence de portraits de famille à côté du Berger renforce cette idée : il connaît ces individus (les défunts de la tombe) par leur nom.

 

- Le Guide et la Protection : « Il marche devant elles »

« Quand il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix » (Jn 10,4).

Le Christ n’est pas un juge distant, mais un guide qui partage le sort de son troupeau. Il « marche devant », ouvrant le chemin à travers les épreuves (et la mort). Dans la fresque, le Berger est souvent représenté en mouvement ou avec un bâton, prêt à guider. La posture du Christ portant la brebis sur ses épaules symbolise physiquement ce « portage » de l’âme humaine à travers le passage difficile du trépas.

 

- La Promesse de la Vie en Abondance

« Moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jn 10,10). C’est le cœur du message paléochrétien. La vie chrétienne n’est pas une contrainte, mais une plénitude. Dans la fresque, le décor entourant le Berger est presque toujours un paysage bucolique, rempli de fleurs, d’arbres verdoyants et d’eau. C’est une représentation visuelle de cette « vie en abondance » et du Paradis retrouvé (l’Éden). À Iznik, la scène de banquet (symposium) jointe au Berger illustre précisément cette joie et cette abondance éternelle.

 

Il ne tient qu’à nous d’esquisser le portrait du Bon Berger sur le mot mur de nos tombeaux intérieurs. Montaigne pensait que « philosopher, c’est apprendre à mourir ». Le Bon Berger nous fait découvrir que croire en lui, c’est apprendre à mourir pour vivre avec lui, dès maintenant, et pour toujours.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu l’a fait Seigneur et Christ » (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.

PSAUME
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. ou : Alléluia ! (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

DEUXIÈME LECTURE
« Vous êtes retournés vers le berger de vos âmes » (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.

ÉVANGILE
« Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

Jésus employa cette image pour s’adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Patrick BRAUD

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5 avril 2026

Toucher les plaies de ce monde

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher les plaies de ce monde

 

Homélie pour le 2° Dimanche de Pâques (Dimanche de la Miséricorde) / Année A 

12/04/26 


Cf. également :
Et si nos épreuves étaient d’or ? 

Croire sans voir : la pédagogie de l’inconditionnel
Thomas, Didyme, abîme…
Quel sera votre le livre des signes ?
Lier Pâques et paix
Deux utopies communautaires chrétiennes
Le Passe-murailles de Pâques
Le maillon faible
Que serions-nous sans nos blessures ?
Croire sans voir
Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public
Trois raisons de fêter Pâques
Riches en miséricorde ?
Aimer Dieu comme on aime une vache ?

 

1. Voir et toucher

À l’heure des deepfakes générés par intelligence artificielle, « croire ce qu’on voit » est évidemment suicidaire ! Si Thomas dans notre évangile (Jn 20,19-31) avait demandé seulement à voir le ressuscité comme les autres apôtres, il aurait pu se faire prendre au piège de l’hallucination ou de l’autosuggestion. Heureusement Thomas a demandé à voir (une fois) et à toucher (deux fois !) : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !… »

Voilà la double nature de l’expérience pascale, dont la signification du prénom Thomas [1] (= jumeau) était l’annonce : il voit un homme et confesse un Dieu ; en touchant la chair, il atteint la divinité. « Mon Seigneur et mon Dieu »

En effet, la vue maintient encore à distance, alors que le toucher rapproche. En exigeant de toucher les plaies du crucifié, Thomas vérifie que ce qu’il voit n’est pas un mirage ou un fantasme, mais bien une réalité matérielle.

Il cherche une certitude qui ne passe pas par la parole uniquement, car la parole des autres apôtres l’a laissé insatisfait. Il cherche une rencontre « choc » avec la chair. 

En psychanalyse, on dirait que c’est le moment où le sujet tente de combler son propre manque en s’insérant dans la béance de l’Autre.

 
Saint Thomas Le Caravage
Avec Thomas, nous devons refuser les « belles paroles » qui nous promettent une résurrection ailleurs, plus tard. 

Avec lui, nous pouvons expérimenter concrètement, corporellement, que le discours pascal est vrai parce qu’il s’incarne dans une rencontre, une proximité charnelle.

Avec lui, nous devenons le jumeau des apôtres, celui qui ne prend rien pour argent comptant et qui sonde les failles du discours, fut-il le plus religieux.

Thomas n’est pas celui qui ne croit pas, il est celui qui ne veut pas être dupe. Et qui pour cela demande à « voir et toucher ».

Il exige une effraction : franchir la limite du corps de l’autre. Il ne veut pas seulement voir (car la vue est le sens de l’illusion, du reflet) ; il veut toucher. Il veut passer de l’autre côté du miroir. Il refuse que le Ressuscité soit un simple fantôme, une projection de leur deuil ou de leur nostalgie. Il exige la rencontre avec le Réel, ce qui subsiste quand toutes les images se sont effondrées.

 

2. Le témoin de la Déchirure

Nous avons l’habitude de voir en Thomas le disciple « incrédule ». Mais le texte de Jean nous donne un autre nom : Didyme, le Jumeau. Dans la perspective de la structure de l’âme humaine, ce nom est une révélation. Thomas n’est pas simplement un homme qui doute ; il est la figure du sujet divisé.

Il est celui qui se tient sur la faille. Il est le jumeau de chacun d’entre nous dans ce qu’il a de plus radical : cette part de nous qui ne se contente pas des « belles histoires » ou des images pieuses, mais qui cherche à rencontrer ce qui résiste, ce qui est vrai, ce qui est réel.

Toucher les plaies de ce monde dans Communauté spirituelleL’enjeu est de sortir de l’Imaginaire qui envahissait les représentations des Douze sur Jésus. Comment ? Paradoxalement, grâce à la faillite des apparences.

Pendant trois ans, les disciples ont vécu dans ce que nous pourrions appeler l’Imaginaire. Ils ont vu des miracles, ils ont admiré un Maître, ils ont projeté sur lui leurs rêves messianiques, ils se sont mirés dans son regard. Mais la Croix a tout brisé. Le miroir est en éclats.

 

Le matin de Pâques, les autres disciples disent à Thomas : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Ils sont dans la joie de l’image retrouvée. Mais Thomas refuse cette consolation. Pourquoi ? Parce que pour lui, une image ne suffit pas à faire une vérité. Il sait que l’on peut halluciner ce que l’on désire trop.

L’instant où Jésus se présente à Thomas est l’un des moments les plus vertigineux de l’évangile de Jean. Jésus ne lui déroule pas un long discours théologique. Il ne lui donne pas d’explications. Il lui donne son corps, et plus précisément, il lui donne ses plaies.

Or toute plaie est une béance. C’est un trou dans le tissu du corps. En demandant de mettre son doigt dans le côté ouvert, Thomas cherche le point de rupture. Il veut toucher l’endroit où l’humain a été déchiré par le divin, et le divin par l’humain.

C’est là le grand paradoxe : ce qui fait la preuve de la Résurrection pour Thomas, ce n’est pas l’éclat de la lumière ou la majesté, c’est la marque du clou. C’est le manque, le vide, la cicatrice. Thomas comprend que Dieu ne se rencontre pas dans une plénitude imaginaire, mais dans la faille. Il comprend que la vérité n’est pas un bloc plein, mais qu’elle se loge dans la blessure de l’Autre.

 

Regardez ce qui arrive après le toucher. Thomas ne fait pas un rapport d’expertise. Il ne dit pas : « C’est bon, j’ai vérifié les tissus organiques ». Il bascule dans la parole de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

C’est le passage de la certitude à la foi. À l’instant où il touche la béance du corps du Christ, Thomas est lui-même « recousu » par une parole de foi. Il reconnaît que ce Christ, qui porte en lui le trou de la mort, est le centre de tout.

Thomas est en ce sens notre jumeau, parce qu’il nous montre que la foi n’est pas un sentiment confortable. Croire, c’est accepter de mettre sa main dans le trou du monde, dans la souffrance des autres, dans l’absence apparente de Dieu, et d’y trouver, non pas le néant, mais une présence qui nous appelle par notre nom. Il cesse d’être le jumeau de son propre doute pour devenir le jumeau du Christ dans sa nudité radicale.

 

Jésus dit ensuite à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ». Ce n’est pas un reproche, c’est une ouverture pour nous. Nous n’avons pas le corps physique de Jésus à voir, mais nous avons ses « plaies » dans le monde à toucher : les pauvres, les souffrants, les déchirures de nos propres vies.

À la suite de Didyme, n’ayons pas peur de la béance. N’ayons pas peur des questions qui font des trous dans nos certitudes. C’est précisément là, dans la faille, dans la cicatrice, que le Ressuscité nous attend pour nous faire passer du mirage de nos désirs à la vérité de son Amour.

 

3. Toucher le Ressuscité aujourd’hui

Pour les Pères de l’Église, le Corps du Christ s’est étendu à l’humanité entière (le Corps Mystique). Toucher le Ressuscité aujourd’hui, c’est accepter que la divinité ne se cache pas dans une idée éthérée, mais dans la matérialité de la souffrance humaine.

Ini-241_Resurrection-Isenheim-e1585655815478 plaie dans Communauté spirituelleC’est le geste de celui qui soigne, qui embrasse le lépreux (comme saint François) ou qui serre la main d’un exclu.

Comme Thomas, on y découvre que Dieu n’est pas « au-dessus » des plaies, mais dans les plaies. Le sacré n’est pas dans le propre et le lisse, mais dans la chair ouverte.

L’enjeu est également pour nous de faire l’expérience de la « Rencontre Réelle » du Ressuscité.

Toucher le Christ, c’est sortir du fantasme. Nous avons tous une image de « Dieu » (le bon grand-père, le juge sévère, l’énergie cosmique etc.). Ce sont des constructions de notre Imaginaire.

Heureusement, vient le moment où la vie nous confronte à quelque chose qui nous dépasse totalement (un deuil, une joie immense, un sacrifice inexpliqué…).

Toucher le Christ, c’est accepter que la vérité soit une « effraction ». C’est quand le divin cesse d’être une théorie pour devenir une présence qui nous bouscule. C’est toucher ce qui, en nous, est « plus que nous ».

 

Ce toucher a aussi une dimension liturgique et sacramentelle. L’Église a institué des signes sensibles pour que le besoin de Thomas soit honoré de génération en génération.

Ainsi l’Eucharistie est le lieu par excellence du « Didyme ». On voit du pain (l’humain, le fini), mais on confesse Dieu. Le geste de communier est l’héritier direct de la main de Thomas.

De même pour les Écritures : Saint Jérôme disait qu’ « ignorer les Écritures, c’est ignorer le  Christ ». Lire l’Évangile, c’est toucher la « trace » du passage du Ressuscité dans l’histoire.

 

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est refuser de vivre une foi « hors-sol ». C’est chercher Dieu là où il y a des marques de clous : dans les échecs transformés en espérance, dans les blessures qui deviennent des sources de lumière, et dans la chair de nos frères.

 

Aujourd’hui encore, en 2026, nous sommes appelés à mettre notre main dans les plaies du Christ. Mais comment ? Où se cache ce corps que l’on peut toucher ?

 

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est d’abord refuser une foi désincarnée, car le Christ n’est pas un fantôme. Notre monde moderne nous pousse vers le virtuel, vers l’image, vers le « reflet » plus que vers le réel. Nous consommons de la spiritualité comme nous consommons des écrans : de loin, sans risque, sans contact. Or, la foi chrétienne est une religion du contact. Le Christ ne nous a pas sauvés par un décret céleste envoyé depuis un nuage ; il nous a sauvés en prenant un corps, en transpirant, en saignant, et en gardant la trace de ses blessures jusque dans sa gloire.

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est donc sortir de nos pensées abstraites sur Dieu pour aller à la rencontre de la matière. C’est comprendre que Dieu se donne à voir non pas dans des idées pures, mais dans ce que la vie a de plus concret, et parfois de plus rugueux.

 

Si vous demandez : « Où est le côté ouvert du Christ pour que j’y mette ma main ? », la réponse de l’Église est sans équivoque : les plaies du Christ sont aujourd’hui les plaies de l’humanité.

Aujourd’hui, nous touchons l’homme souffrant et, si nous avons la foi de Didyme, nous y découvrons Dieu. Les plaies du Christ sont dans la chair de nos frères et sœurs.

 

 ThomasToucher le Christ, c’est alors poser une main sur l’épaule de celui qui est seul. C’est ne pas détourner le regard devant la plaie de la pauvreté ou la cicatrice de l’exil. C’est accepter que le « Réel » de Dieu passe par le corps de l’autre.

Quand nous servons le plus petit d’entre nous, nous ne faisons pas seulement de l’action sociale. Nous sommes des « Thomas » modernes. Nous touchons la chair de Dieu. C’est là que le doute se dissipe : non pas dans les livres de théologie, mais dans le geste de charité qui nous fait sortir de nous-même.

 

Mais il y a une autre plaie à toucher : la nôtre. Nous passons notre temps à vouloir être lisses, performants, sans défaut. Nous cachons nos blessures sous des filtres de bonheur superficiel. Pourtant, Thomas ne touche pas le visage glorieux du Christ, il touche ses failles.

Toucher le Christ aujourd’hui, c’est accepter d’entrer dans nos propres zones d’ombre, dans nos propres échecs, et d’y découvrir que le Ressuscité y habite déjà. C’est dans la « béance », dans le manque, que la vérité advient. 

Si vous vous sentez brisés, ne fuyez pas votre brisure. C’est le lieu même où le Christ Jumeau vient joindre sa main à la vôtre. Le Christ ne nous attend pas là où nous sommes parfaits, il nous attend là où nous sommes blessés, car c’est là qu’il nous ressemble. C’est là que nous devenons vraiment ses « Didymes », ses jumeaux de douleur et de résurrection.

 

Enfin, le Christ a laissé à son Église des points de contact concrets : les Sacrements. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous faisons plus que Thomas. Il a posé son doigt sur la plaie, nous, nous recevons ce Corps en nous. C’est le « toucher » le plus intime qui soit. Le pain et le vin sont le Réel de Dieu qui vient percuter notre quotidien. C’est là que nous pouvons murmurer, chaque dimanche : « Mon Seigneur et mon Dieu ».

 

Thomas n’a pas été « puni » pour avoir voulu toucher. Il a été exaucé. Aujourd’hui, ne restons pas au seuil de la porte par peur ou par fausse pudeur. Le Christ nous montre ses mains et son côté. Il nous invite à sortir de l’imaginaire de nos peurs pour entrer dans le Réel de son amour.

Sortons d’ici avec cette mission : être des disciples du toucher. Allons panser les plaies du monde, laissons le Christ panser les nôtres, et croyons fermement que c’est dans les béances de notre chair que la Vie Éternelle a déjà commencé à palpiter.

À la suite de Thomas, redevenons les jumeaux du Christ : humains par nos blessures, mais divins par notre capacité à aimer et à être relevés.

 

Seigneur Jésus, Toi qui n’as pas écarté la main hésitante de Thomas, 

Mais qui l’as invitée à demeurer dans l’ouverture de ton côté, 

Nous te rendons grâce pour ce « jumeau » que tu nous as donné.

 

1303-05-Giotto-Crucifixion-Chapelle-de-lArena-Padoue-detail-photo-Steven-Zucker toucherMerci, Seigneur, 

Pour la patience que tu as envers nos doutes. 

Tu ne nous demandes pas une foi aveugle qui ignore la douleur, 

Mais une foi qui accepte de toucher les plaies et les cicatrices du monde 

Pour y reconnaître ton passage.

 

Seigneur, nous te confions nos mains. 

Qu’elles ne craignent pas de se salir au contact de la souffrance. 

Qu’elles deviennent, comme celles de Didyme, des instruments de vérité. 

Apprends-nous à toucher tes plaies aujourd’hui : 

Dans le corps de celui qui a faim, 

Dans le regard de celui qui est humilié, 

Et dans le silence de nos propres échecs.

 

Merci pour la gémellité que Tu nous offres. 

En touchant tes blessures, Thomas a découvert qu’il te ressemblait. 

Fais-nous la grâce de comprendre que nos failles ne sont pas des murs, 

Mais des portes ouvertes sur ta propre vie.

Que notre confession de foi ne soit pas seulement faite de mots, 

Mais qu’elle jaillisse de la rencontre réelle avec ta chair ressuscitée. 

Qu’à chaque Eucharistie, en te recevant, 

Nous puissions dire avec le tremblement de la joie : 

« Mon Seigneur et mon Dieu ! »

____________________________________

[1]. En araméen : Te’oma (Thomas), en grec : Didymos (Didyme). Les deux termes signifient exactement la même chose : le jumeau.
Mais de qui Thomas est-il le jumeau ?…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs à la vue des nombreux prodiges et signes accomplis par les Apôtres.Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun.
Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.

PSAUME

(Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24)
R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour !ou : Alléluia ! (Ps 117, 1)

 

Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !
Que le dise la maison d’Aaron :
Éternel est son amour !

 

Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !
On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ;
mais le Seigneur m’a défendu.

 

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.
Clameurs de joie et de victoire
sous les tentes des justes.

 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle ;
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

 

Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3-9)

 

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, pour un salut prêt à se révéler dans les derniers temps. Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi.

 

ÉVANGILE
« Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)
Alléluia. Alléluia. Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Alléluia. (Jn 20, 29)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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22 mars 2026

Rameaux : Judas retourné comme un gant

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Rameaux : Judas retourné comme un gant

 

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année A 

29/03/26 


Cf. également :
Rameaux : Fais la fête, Église du Christ !
Choisir Judas comme ami
Remplacer Judas aujourd’hui

Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
De quoi l’ânon des rameaux est-il le nom ?
Le coq défait Pierre
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Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…


1. Judas, apôtre des nations malgré lui ?

La Passion selon saint Matthieu que nous venons d’écouter ce dimanche des Rameaux présentes plusieurs spécificités par rapport aux autres évangiles. Parmi celles-ci, intéressons-nous à Judas.


Rameaux : Judas retourné comme un gant dans Communauté spirituelle 250px-Cimabue01
- Il est là dès le début du récit, cherchant une occasion de 
« livrer Jésus » aux juifs. Pour Matthieu, a posteriori, c’est le signe qu’il voulait le trahir. À bien y réfléchir, il se peut que Judas – qualifié par Matthieu d’Iscariote, ce qui vient du mot sicaire = armé d’un poignard – ait projeté d’organiser une rencontre entre Jésus et les chefs religieux pour qu’ils unissent leurs forces en vue de chasser l’occupant romain et de rétablir la royauté en Israël. Un peu comme De Gaulle voulait unifier les forces de la Résistance… !
Il n’était pas le seul. C’était par exemple le rêve politique des disciples d’Emmaüs : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël » Lc 24,21.


- Judas est là ensuite, lors de la Cène, où Matthieu le qualifie de 
« maudit » dans la bouche de Jésus. Judas a quant à lui entendu le verbe livrer comme l’ordre d’organiser une négociation, et s’est cru confirmé dans cette mission. « Serait-ce moi ? » « C’est toi qui l’a dit ».

- Judas est là, après le repas, à Gethsémani où il emmène une foule rassemblée par les chefs juifs. Il embrasse Jésus comme on embrasse un ami, persuadé de lui rendre service en le faisant amener auprès du grand prêtre. Jésus semble le confirmer encore dans sa mission : « mon ami, que tu es venu faire, fais-le ! ».
- Judas est de nouveau présent à la fin du récit. Voyant que sa tentative d’union avait échoué et que Jésus était condamné, il réalise qu’il a tout compromis et est rongé par le « remords ». Il rend les 30 pièces d’argent, salaire dérisoire au sa médiation, il va se pendre.

On le voit : Judas est un fil rouge dans la Passion du Christ ; il rythme la progression du drame ; il en est un acteur essentiel.

 

English%20School%20-%20Judas%20repents%20and%20in%20remorse%20returns%20the%20thirty%20pieces%20of%20silver%20%20-%20%28MeisterDrucke-100679%29 Judas dans Communauté spirituelleZoomons maintenant sur la fin de Judas, où Matthieu opère une relecture étonnante [1]. Que font les grands prêtres avec les 30 pièces d’argent ? Ils achètent un champ, celui où un potier déposait ses tessons de vases brisés ; ce champ-dépotoir est désormais appelé le « champ du sang » à cause de Judas. Ils l’achètent pour y enterrer les étrangers décédés à Jérusalem !


Autrement dit : le sang innocent de Jésus versé dans sa Passion devient grâce à Judas le moyen de racheter un lieu pour ceux qui n’en ont pas. Grâce à Judas finalement, le sang de Jésus ouvre un lieu pour les exclus, et donne aux étrangers le repos en Israël ! Voilà un étonnant renversement : à l’insu de son plein gré, Judas offre aux nations l’accès à la terre d’Israël ! C’est comme s’il élargissait l’Alliance aux païens, alors qu’il se voulait nationaliste forcené…

 

Pour justifier cet achat ô combien symbolique, les grands prêtres (ou Matthieu) font appel à une prophétie soi-disant de Jérémie :

« Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : ‘Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné’ ».

Problème : la citation renvoie plutôt à Zacharie 11,12-13 qu’à Jérémie 18–19 !
Le texte de Jérémie développe le geste prophétique de la cruche brisée près de la Porte  des Tessons :
« Ainsi parle le Seigneur : Va, et achète une cruche en terre cuite. Prends quelques anciens parmi le peuple et les prêtres, et sors vers le Val-de-la-Géhenne, à l’entrée de la porte des Tessons. [...] Tu briseras la cruche sous les yeux des hommes qui t’auront accompagné, et tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l’univers : Je briserai ce peuple et cette ville, comme on brise une poterie qui ne peut plus être réparée » (Jr 19,1-2.10-11).
Le texte de Zacharie parle quant à lui du salaire de 30 pièces d’argent rendu au Temple :
« Je leur dis alors : “Si cela vous semble bon, donnez-moi mon salaire, sinon n’en faites rien.” Ils pesèrent mon salaire : trente pièces d’argent. Le Seigneur me dit : “Jette-le au fondeur, ce joli prix auquel ils m’ont apprécié !” Alors je ramassai les trente pièces d’argent et je les jetai au fondeur dans la Maison du Seigneur » (Za 11,12-13).

On y retrouve le salaire dérisoire de 30 pièces d’argent - à peine le prix d’un esclave tué accidentellement (Ex 21,32) -, le berger rejeté par les chefs, l’argent jeté dans le Temple. La correspondance est quasi parfaite avec Mt 27. Alors, pourquoi invoquer Jérémie ?

Peut-être parce que se réclamer d’un grand prophète (Jérémie en l’occurrence) est plus prestigieux et impressionnant que d’un petit (Zacharie) ?

Peut-être Matthieu superposait-il les deux ?

Peut-être pour réinterpréter la mort de Judas grâce à Jérémie (le vase brisé) plus que Zacharie (l’argent et le champ) ?

 

Jérémie 18Car, pour Jérémie, Dieu est comme un potier qui va s’ingénier à refaçonner le vase abîmé : « Le vase qu’il façonnait de sa main avec l’argile fut manqué. Alors il recommença, et il fit un autre vase, selon ce qu’il est bon de faire, aux yeux d’un potier » (Jr 18,4). Et voilà le génie de Matthieu : il va convoquer le célèbre passage du vase recréé par le potier pour signifier que même la trahison et le suicide de Judas n’auront pas le dernier mot :  Dieu va faire surgir le salut des non-juifs, à partir de l’argent de Judas et du champ du sang.
Ce qui est racheté par le sang du Christ devient un lieu d’accueil pour ceux qui n’avaient pas de tombeau.
L’argent de la mort sert à préparer une demeure aux étrangers, dans l’espérance de la résurrection.
Cet argent qui ne peut entrer dans le Temple parce qu’il est impur permet aux impurs d’entrer en Israël ! Il devient le fondement d’un lieu nouveau, ouvert à ceux qui en étaient exclus.
Le champ du potier est le premier espace racheté par le sang du Christ, non pour les juifs, mais pour les païens !

Avec Zacharie, on insiste sur le refus de Jésus – lui, le bon berger – par Israël.
Avec Jérémie, on  retourne comme un gant la malédiction qui pesait sur Judas : grâce à lui, malgré lui peut-être, à son insu en tous cas, la mort de Jésus devient une bénédiction pour les nations étrangères !

 

Origène écrit : « Nous sommes l’argile, Dieu est le potier ; et si le vase est brisé, ce n’est pas pour qu’il périsse, mais pour qu’il soit refait » (Homélies sur Jr 18, 6).

Le champ du potier devient ainsi, non pas un simple terrain funéraire, mais le lieu où Dieu reprend une matière ratée. Le monde, souillé par le péché et par le sang des idoles, n’est pas abandonné : il est racheté pour être retravaillé. Origène fait une lecture ouvertement universaliste : « Les étrangers ensevelis dans ce champ sont ceux qui étaient étrangers aux alliances, mais que le sang du Christ a rendus proches » (Commentaire sur Matthieu, série 35)

 

sacrifice d'enfants à MolochLe paradoxe est d’autant plus grand que le champ du potier de Jérémie se situe dans une vallée appelée Gei-Ben-Hinnom, vallée du fils de Hinnom. Or cette vallée était devenue sous le règne des rois impies Achaz et Manassé le théâtre de rites atroces. On y sacrifiait par le feu des enfants en l’honneur du dieu Moloch. Le sang de ces innocents  figurait déjà le sang de Jésus, l’enfant par excellence. Après les réformes du roi Josias, qui a souillé le site de multiples ordures afin d’empêcher ces rites sanglants, la vallée est devenue la décharge publique de Jérusalem. On y jetait les ordures, les carcasses d’animaux et parfois les cadavres de criminels. Pour éviter les épidémies et consumer les déchets, des feux y brûlaient en permanence. L’odeur de soufre et la présence constante de fumée et de vers ont frappé l’imaginaire collectif.

À l’époque du Nouveau Testament, le nom hébreu Gei-Hinnom est traduit en grec par Gehenna. Jésus utilise ce lieu physique que tout le monde connaît à Jérusalem pour illustrer un concept spirituel abstrait : l’enfer. Lorsqu’il parle de la « Géhenne où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (Mc 9,48), il ne décrit pas un lieu souterrain imaginaire, mais il pointe du doigt la décharge, le dépotoir, la déchetterie fumante au sud de la ville pour dire : ‘Le destin de ceux qui rejettent Dieu ressemble à ce qui arrive aux déchets dans cette vallée’.

Et voici que la Géhenne devient, grâce à Judas, un lieu de repos pour les étrangers privés de sépulture !
Même l’enfer n’aura donc pas le dernier mot : Dieu est capable d’en faire un lieu de salut pour les nations…

 

2. Dieu peut-il se servir du mal ?

Se servir ne veut pas dire provoquer.

Les Pères de l’Église ont écrit des pages sublimes sur ce retournement de situation absolument renversant : le lieu où le sang de l’innocent a été versé injustement devient un lieu d’accueil pour les exclus de l’Alliance. L’argent qui était le salaire de la trahison devient le moyen de rachat des étrangers. Le champ où le potier entassait ses tessons d’argile brisés  devient la matrice où Dieu reprend sa création abîmée pour la restaurer, la ressusciter.

 

Le champ du potier/du sang devient ainsi une figure anticipée de l’Église des nations, née d’une infidélité et d’un échec apparent que Dieu va transformer. Comme l’écrivait Paul : « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20).

ed6168 PassionAugustin ose en déduire que jamais le mal n’aura le dernier mot. Dieu est capable de retourner sa négativité contre lui, comme on retourne un gant :

« Le mal de Judas n’a pas empêché le bien de Dieu ; car le sang du Christ a servi à racheter même ce qui venait du crime » (De Civitate Dei, XVIII,49).

Ce qui ne pouvait rentrer dans le sanctuaire du Temple parce qu’il était impur est devenu un instrument de salut :

« Ce qui ne pouvait être remis dans le trésor sacré a pourtant servi à une œuvre de miséricorde » (Sermon 218).

L’argent du crime n’entre pas dans le Temple. Et pourtant, il sert à acheter un champ. Dieu ne sanctifie pas le péché. Mais il ne laisse pas le péché avoir le dernier mot. Le sang innocent versé par la trahison devient le prix d’un lieu d’accueil. Un champ pour les étrangers. Pour ceux qui n’avaient ni maison, ni tombe, ni place. Ainsi, même ce qui est né du mal est repris par Dieu et retourné vers la vie.

Et l’Église elle-même n’est pas née d’une fidélité parfaite, mais de l’argent de Judas converti en lieu d’accueil pour les étrangers, et tous les exclus de l’Alliance.

 

On peut aller encore plus loin dans le paradoxe en relevant les étymologies possibles de Gei-Hinnom, à l’origine de la Géhenne.

Bhalaswa, l'immense décharge de New Delhi, est en feuLa Géhenne, c’est d’abord la vallée du règne des gémissements (Nihoum en araméen, proche de Hinnom) des enfants sacrifiés à Moloch : vallée de larmes, de sang versé par les cultes idolâtres.

La racine la plus directe liée phonétiquement à Hinnom est Hanane. C’est une racine fondamentale de la spiritualité biblique :

• Hen (חֵן) : La grâce, la faveur, le charme / Hanoun (חַנּוּן) : Miséricordieux (un des attributs de Dieu).

Le paradoxe est saisissant : la « Vallée de Hinnom » (la Géhenne) porte un nom qui évoque la grâce ! Pour les commentateurs, cela souligne le retournement du tragique : le lieu du châtiment est celui où se manifeste la miséricorde gratuite de Dieu.

• Hinman (חִנָּם) : « Gratuitement » ou « sans cause », don injustifié…

Le mot Hinman (dérivé de la même racine) signifie « pour rien » ou « gratuitement ». Dans la Bible, il est souvent utilisé pour désigner le don gratuit : recevoir quelque chose sans l’avoir mérité. Le lien avec Judas est clair : Judas a vendu le Christ pour de l’argent, mais au final, cet argent est devenu « Hinman », don gratuit accordé aux étrangers à Israël, grâce offerte aux nations.

 

3. Quel est ton champ du potier ?
 RameauxLe champ du potier est hors du Temple. Il est acheté avec un argent impur. Il est destiné aux morts. Et pourtant, c’est là que commence la rédemption. 
Il est temps pour chacun de s’interroger. Peut-être y a-t-il en nous une terre que nous jugeons perdue, un lieu marqué par l’échec, trahison, la mort ? Une faute dont nous n’osons plus attendre le pardon ?

Mais voici la Bonne Nouvelle : le Christ n’a pas versé son sang pour les lieux saints seulement, mais pour les terres rejetées, pour les champs inutiles, pour les étrangers que nous sommes devenus. Ce que nous abandonnons comme irrémédiable, Dieu l’achète encore. 

 

Ce qui ne pouvait entrer dans le Temple est devenu le premier lieu racheté par le sang du Christ.

 

Prière finale 

Seigneur Jésus Christ, toi qui n’as pas refusé la terre blessée, 

reprends entre tes mains d’argile ce qui en nous est brisé, 

et refais-le selon ton dessein de vie. 


Toi qui as porté le poids du péché sans désespérer de l’homme, 

délivre-nous du remords qui enferme et donne-nous la confiance qui attend ton pardon. 


Toi dont le sang innocent a acheté un lieu pour les étrangers et les perdus, 

ouvre en nous un espace où ta miséricorde puisse demeurer. 


Car ce que la faute a souillé, ta grâce peut encore le racheter,

Que ton Esprit nous conduise dans cette espérance…

______________________________________

[1]. On pourrait la comparer à l’interprétation de Luc, si différents, notamment en Ac 1,8. Mais ceci est une autre histoire !

 

LECTURES DE LA MESSE

ENTRÉE MESSIANIQUE  (Mt 21, 1-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. » Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète : Dites à la fille de Sion :Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.
Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait : « Qui est cet homme ? » Et les foules répondaient : « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

 

PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

 

PSAUME

(Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)
R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps 21, 2a)

 

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !


Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.


Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.


Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !


Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

 

ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 26, 14 – 27, 66)

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ph 2, 8-9)

 

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu

Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages

 

L. En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : D. « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? »

L. Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer. Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus : D. « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? » L. Il leur dit : X. « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : ‘Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.’ » L. Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : X. « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » L. Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : D. « Serait-ce moi, Seigneur ? » L. Prenant la parole, il dit : X. « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Judas, celui qui le livrait, prit la parole : D. « Rabbi, serait-ce moi ? » L. Jésus lui répond : X. « C’est toi-même qui l’as dit ! »
L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : X. « Prenez, mangez : ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : X. « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »
L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit : X. « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Prenant la parole, Pierre lui dit : D. « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » L. Jésus lui répondit : X. « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » L. Pierre lui dit : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous les disciples dirent de même.

 Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : X. « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. » L. Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : X. « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » L. Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : X. « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » L. Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : X. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : X. « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » L. Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. Alors il revient vers les disciples et leur dit : X. « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
L. Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. » L. Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : D. « Salut, Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Jésus lui dit : X. « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! » L. Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille. Alors Jésus lui dit : X. « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? » L. À ce moment-là, Jésus dit aux foules : X. « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. » L. Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : A. « Celui-là a dit : ‘Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.’ » L. Alors le grand prêtre se leva et lui dit : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : A. « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » L. Jésus lui répond : X. « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez lFils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. » L. Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : A. « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? » L. Ils répondirent : F. « Il mérite la mort. » L. Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : F. « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »
L. Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! » L. Mais il le nia devant tout le monde et dit : D. « Je ne sais pas de quoi tu parles. » L. Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : A. « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » L. De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : A. « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » L. Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme. » L. Et aussitôt un coq chanta. Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort. Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.
Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : D. « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » L. Ils répliquèrent : A. « Que nous importe ? Cela te regarde ! » L. Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : A. « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. » Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
L. On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus déclara : X. « C’est toi-même qui le dis. » L. Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : A. « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : A. « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? » L. Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus. Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : A. «
 Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. » L. Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit : A. « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » L. Ils répondirent : F. « Barabbas ! » L. Pilate leur dit : A. « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » L. Ils répondirent tous : F. « Qu’il soit crucifié ! » L. Pilate demanda : A. « Quel mal a-t-il donc fait ? » L. Ils criaient encore plus fort : F. « Qu’il soit crucifié ! » L. Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : A. « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » L. Tout le peuple répondit : F. « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! » L. Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié. Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus. Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire), ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder. Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : ‘Je suis Fils de Dieu.’ » L. Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X. « Éli, Éli, lema sabactani ? », L. ce qui veut dire : X. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! » L. Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire. Les autres disaient : F. « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. » L. Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)
Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : A. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »
L. Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette. Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla. Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : A. « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : ‘Trois jours après, je ressusciterai.’ Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : ‘Il est ressuscité d’entre les morts.’ Cette dernière imposture serait pire que la première. » L. Pilate leur déclara : A. « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! »
L. Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.
Patrick BRAUD

 

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15 mars 2026

Lazare, ou le retard de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Lazare, ou le retard de Dieu

 

Homélie pour le 5° Dimanche de Carême / Année A
22/03/26

Cf. également :

Déliez-le, et laissez-le aller
Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue
Reprocher pour se rapprocher
Et Jésus pleura
Une puanteur de 4 jours
Marthe + Marie = Lydie !

 

1. À St Lazare, Dieu est en retard

À quoi joues-tu, Jésus ?

Lazare, ou le retard de Dieu dans Communauté spirituelle ob_00453f_m-retard-sncf« Celui que tu aimes est malade » : tu es averti à temps de la maladie de Lazare, ton soi-disant cher ami. Mais tu restes pourtant deux jours de plus à l’endroit où tu te trouves avant de te mettre en route. Si bien qu’en arrivant à Béthanie, Lazare est mort depuis quatre jours déjà. Et, détail cruel soulignant l’énormité de ton retard, « il sent déjà ». La puanteur du cadavre devient synonyme de ton désintérêt ; la pierre refermée sur le tombeau scelle ton indifférence.

Ton retard est inexcusable : « Seigneur, si tu avais été là… »

Grégoire le Grand (VI° siècle) ose nommer ce que Marthe et Marie pensent : « Dieu semble parfois manquer le rendez-vous l’urgence humaine ».

 

Or ton retard et voulu. Il n’est pas accidentel. Il correspond à une intention qui apparaîtra ensuite : « Le Seigneur diffère son secours, non pour refuser sa grâce, mais pour l’augmenter », écrit Grégoire.

 

Voilà ce qui nous trouble : le retard de Dieu est voulu. 

Lui n’est pas pressé par ce qui nous presse. 

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre.

Alors, comment comprendre ces quatre jours de retard ? Comment déchiffrer tous les retards, les absences de Dieu au moment où nous aurions besoin de lui ?

Explorons quelques pistes…

 

2. Le retard de Dieu purifie notre demande : « passe du don au donateur »

Nous demandons à Dieu d’intervenir quand tout s’effondre. Mais lui attend souvent que toute illusion de maîtrise soit tombée.

il_1140xN.3462848607_20z7 Béthanie dans Communauté spirituelleTant que Lazare est malade, on peut encore espérer une guérison. On peut encore prier pour que « ça s’arrange ». Mais quand Lazare est mort depuis quatre jours, il n’y a plus rien à négocier. Saint Grégoire observe : « Tant que l’homme peut encore espérer par lui-même, il ne s’abandonne pas entièrement à la puissance de Dieu ». Le retard de Dieu fait mourir nos fausses sécurités. Non pour nous punir, mais pour nous rendre capables d’accueillir un don plus grand. 

« La foi qui s’attache aux œuvres de Dieu est encore imparfaite ; parfaite est celle qui s’attache à Dieu lui-même ». Le retard oblige à choisir : croire non pas seulement à ce que Dieu fera, mais à ce qu’il est, même quand rien ne bouge.

 

Les maîtres de la mystique rhénane du XIV° siècle (Maître Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso) y voient une purification de notre demande. Dans un sermon célèbre (n° 5), Eckhart écrit : « Dieu se retire souvent pour que l’homme apprenne à le désirer sans pourquoi »

Le retard de Dieu nous apprend à désirer le donateur plus que le don. S’il répondait trop vite, nous chercherions toujours à obtenir des effets tangibles, en restant tournés vers les œuvres de Dieu et non vers Dieu lui-même.

Eckhart écrit, non sans humour : « Beaucoup de gens aiment Dieu comme on aime une vache : pour son lait, pour sa viande, pas pour elle-même ». « Si tu demandes la guérison à Dieu, c’est que tu aimes la santé plus que Dieu ».

Jean Tauler commente : « Dieu se cache non pour nous perdre, mais pour nous purifier de nous-mêmes ». Tant que Dieu arrive “à temps”, l’âme reste immature, tel un gamin qui préfère le jouet à ses parents.

En différant son intervention, Jésus initie Marthe et Marie à cette purification intérieure : croire sans appui, désirer la présence de Jésus plus que ses miracles, aimer sans pourquoi, sans calcul ni intérêt.

 

Dans le Livre de la Vérité, Henri Suso fait parler la Sagesse divine : « Je tarde, non parce que je t’ai oublié, mais parce que je veux être aimée pour moi-même ». Pour Suso, le retard de Dieu révèle ce que nous aimons réellement : Dieu ou ses dons, sa présence ou notre consolation. Tant que Dieu répond vite, l’amour reste intéressé. Quand Dieu tarde, l’amour est purifié. C’est pourquoi Suso peut écrire : « L’ami véritable demeure fidèle même quand Dieu se tait »

Dieu tarde quand l’âme veut encore quelque chose de lui. 

Il se donne quand l’âme ne veut plus que lui.

Grégoire développe : « La foi qui s’attache aux œuvres de Dieu est encore imparfaite ; parfaite est celle qui s’attache à Dieu lui-même ».

Le retard oblige à choisir : croire non pas seulement à ce que Dieu fera, mais à ce qu’il est, même quand rien ne bouge.

 

3. Le retard de Dieu est une pédagogie pascale : « meurs à tes idoles »

Quand Jésus arrive enfin, il n’y a plus de malade à guérir. Il n’y a qu’un tombeau fermé. Grégoire le Grand écrit : « Le Seigneur ne guérit pas ce qui peut encore se sauver ; il ressuscite ce qui est perdu ».

Le veau d'orDieu arrive souvent là où nous n’attendons plus rien. Non pour réparer ce qui est cassé, mais pour donner une vie nouvelle. Ce retard annonce déjà la Pâque : Jésus arrivera « trop tard » pour éviter la croix, « trop tard » pour empêcher la mort, et pourtant, c’est par là que passera la vie. Le retard de Béthanie est un avant-goût du samedi saint : ce temps où Dieu se tait, mais où la résurrection se prépare. Grégoire le dit ainsi : « Dieu diffère la consolation pour rendre la résurrection plus certaine »

Il s’agit donc de mourir à nos représentations naïves, ou magiques, ou intéressées, d’un Dieu qui serait une amulette ou un marchand.
Mourir à nos idoles en somme !


La mort de Lazare doit devenir la nôtre : tant qu’il est malade, Marthe et Marie pensent que c’est encore « réparable ». Quand Lazare meurt, elles perdent tout espoir de guérison. Quand son tombeau se referme, elles habitent le néant de l’absence, la nuit de la foi.

Eckhart dirait : Dieu attend que l’âme cesse de vouloir être vivante par elle-même. Ce n’est qu’alors que peut avoir lieu ce qu’il appelle la naissance de Dieu dans l’âme« Là où l’homme est le plus mort à lui-même, là Dieu est le plus vivant ».

 

La foi pascale n’est pas dans l’urgence exaucée, mais dans le délai des jours au tombeau, où les disciples meurent alors à leurs représentations trop humaines du Messie d’Israël.

Le retard de Dieu nous fait mourir à notre désir de maîtrise et nous rend capables d’humilité : je ne comprends pas, je ne maîtrise pas, j’accepte de dépendre.

Le retard de Dieu nous fait mourir au calcul et nous initie à la gratuité : je pleure sans calcul, je prie sans stratégie, je crois sans garantie.

Le retard de Dieu nous enlève nos appuis, pour nous faire tenir debout sans béquilles. Non plus : ‘je crois parce que Dieu agit’, mais : ‘je crois même quand Dieu semble absent’.

Grégoire en conclut que « la foi éprouvée par l’attente devient plus solide que celle retenue par les miracles »« Tant que l’homme peut encore espérer par lui-même, il ne s’abandonne pas entièrement à la puissance de Dieu ».

 

4. Le retard de Dieu nous initie au détachement : « laisse Dieu être Dieu »

Allons plus loin encore, en suivant le fil d’Ariane de la mystique rhénane du XIV° siècle. Le point le plus radical est celui-ci : Dieu ne tarde pas — c’est nous qui sommes encore dans le temps. Eckhart affirme : « En Dieu, il n’y a ni avant ni après ».

71MCtA2qggL._SL1319_ EckhartLorsque l’âme est encore dans le désir, elle perçoit Dieu comme tardant. Mais lorsqu’elle entre dans le détachement (Abgeschiedenheit), elle découvre que Dieu est déjà là, au fond d’elle-même.

Le retard est donc une illusion spirituelle nécessaire : elle dure jusqu’à ce que l’âme renonce à mesurer Dieu.

Le retard du Christ à Béthanie peut se relire ainsi :

Jésus tarde  Dieu se retire

Lazare meurt  l’âme perd toute maîtrise

Le tombeau est fermé  l’âme est plongée dans le néant

Jésus crie  Dieu engendre la vie depuis le fond de l’âme

Dieu ne ressuscite pas ce qui vit encore par soi-même, mais ce qui repose entièrement en lui. 

Le cri : « Lazare, viens dehors ! » n’est pas un rattrapage tardif, mais l’irruption de l’éternel dans le temps, au moment où l’âme enfin ne résiste plus.

Le retard de Dieu n’est donc pas un refus, ni une épreuve punitive, ni même une stratégie pédagogique au sens moral, mais une désappropriation radicale. 

Dieu tarde pour que l’âme cesse d’attendre, et qu’elle devienne disponible à ce qui est déjà là.

 

Dieu tarde tant que l’âme veut encore quelque chose de lui.

Il se donne quand l’âme ne veut plus que lui.

 

Lazare malade est la figure de l’âme humaine blessée mais qui peut encore espérer s’en sortir par des moyens connus. La demande de Marthe et Marie n’est pas une soif de vie nouvelle, seulement d’une vie ‘réparée’. Ce n’est pas encore le détachement radical, celui que Maître Eckhart appelait Abgeschiedenheit : se détacher de soi, de sa volonté propre, de ses représentations de Dieu. « L’homme vraiment détaché n’est attaché ni à ce que Dieu lui donne, ni à ce que Dieu lui refuse ». Il faut passer par cette mort intérieure, figurée par le tombeau de Lazare, pour accéder réellement au détachement de qui aime Dieu pour lui-même.

 

Après cette étape, vient le temps du laisser-être, de l’abandon spirituel, que Maître Eckhart désigne par Abgelassenheit. Ce n’est pas une passivité facile, mais le consentement profond et actif à laisser Dieu être Dieu, à se laisser travailler par lui sans résistance : « Laisse Dieu agir en toi, et ne lui prescris ni lieu ni temps ».

Voilà pourquoi Jésus n’intervient pas tout de suite : l’âme est encore trop pleine d’elle-même.

 

44-47_TSM-698_01_02600-02655u-700x520 Lazare« Lazare est mort » :

C’est le moment clé. Spirituellement, l’âme ne peut plus rien espérer, ni agir, ni comprendre. 

« Dieu ne peut rien faire dans l’âme tant qu’elle n’est pas devenue rien ».

« Lazare est mort » signifie que l’âme est réduite au néant spirituel. Ce n’est pas une punition, mais la condition pour accueillir Dieu lui-même.


« Il y avait une pierre sur le tombeau »
.

Le tombeau scellé est une image saisissante de l’abandon à Dieu : l’âme ne bouge plus, ne demande plus, ne résiste plus. Tauler écrit : « Quand l’homme ne veut plus rien, Dieu veut tout en lui ». La pierre est là ; l’âme ne se défend plus contre Dieu. Elle est livrée.


« Ôtez la pierre »
 : c’est le dernier acte du détachement. Ce commandement peut sembler paradoxal : si tout est abandon, pourquoi agir encore ? Mais, chez Eckhart, le détachement n’exclut pas l’acte, un acte sans appropriation. Ôter la pierre, c’est consentir à l’ouverture, sans savoir ce qui va suivre, sans exiger le résultat. C’est le laisser-faire (Gelassenheit) actif : faire ce qui est demandé, sans vouloir maîtriser ce qui adviendra.

 

Le cri de Jésus : « Lazare, viens dehors ! », résonne ensuite comme la naissance de Dieu dans l’âme. Eckhart est formel : la vie divine ne naît pas progressivement, elle jaillit. « Dieu engendre son Fils dans l’âme en un instant ». Le cri n’est pas un rattrapage tardif, mais l’irruption de l’éternité dans le temps. Lazare ne coopère pas. Il est appelé depuis son néant. C’est la pure grâce, rendue possible par le détachement.

 

Les bandelettes sont le symbole de la liberté encore à apprendre : « Déliez-le, et laissez-le aller ». Même après la naissance de la vie, l’âme doit apprendre à marcher.

Tauler écrit : « Beaucoup ont reçu Dieu, mais peu lui ont laissé toute la place »

Laisser Dieu être Dieu est un cheminement, pas un état magique.

 

Pour ne pas conclure

Si Dieu semble en retard dans nos vies, ce n’est pas qu’il nous a oubliés. C’est qu’il attend peut-être que nous lâchions prise, que nous cessions de lui prescrire le moment, la manière, et le résultat. Dieu ne ressuscite pas ce qui veut encore se sauver par lui-même. Il appelle à la vie ce qui repose entièrement en lui. Et peut-être que, dans le silence, au fond de nos tombeaux intérieurs, une voix attend d’être entendue : « Viens dehors ».

 

Faisons nôtre cette prière en ruminant cette semaine le retard du Christ à Béthanie :

Les mystiques rhénans - Anthologie - M.-A. VannierSeigneur,

Délivre-nous du désir de te posséder,
du besoin de comprendre avant de consentir,
de la peur du vide où tu viens demeurer.

 

Apprends-nous à te laisser être Dieu en nous,
sans pourquoi,
sans délai,
sans condition.

 

Quand tout semble fermé,
sois la vie qui appelle du fond de la mort.
Quand nous n’avons plus rien à offrir,
sois tout en nous.

Fais-nous sortir de nos tombeaux intérieurs,
libres de nous-mêmes,
pour vivre de ta vie seule.

Amen.

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37, 12-14)

 

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

 

PSAUME

(Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)
R/ Près du Seigneur est l’amour, près de lui abonde le rachat. (Ps 129, 7bc)

 

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

 

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

 

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

 

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

 

DEUXIÈME LECTURE

« L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous » (Rm 8, 8-11)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

 

ÉVANGILE

« Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 1-45)
Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. Moi, je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. (cf. Jn 11, 25a.26)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Patrick Braud

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