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7 avril 2019

Rameaux : le conflit ou l’archipel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Rameaux : le conflit ou l’archipel

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année C
14/04/2019

Cf. également :

Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

L'Archipel français (Sciences humaines (H.C.)) par [Fourquet, Jerome]« L’archipel français ». Le dernier livre de François Fourquet [1] fait sensation, car il met des chiffres et un récit sur un phénomène que tous peuvent constater : la France depuis plusieurs décennies se fragmente en une multitude d’îlots sociologiques, ethniques, religieux, économiques de plus en plus morcelés, de plus en plus éloignés les uns des autres. François Hollande confiait paraît-il sa crainte de voir arriver l’éclatement du pays : « Comment peut-on éviter la partition ? Car c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. » [2] À en croire Fourquet, l’archipélisation de la France est en marche, si l’on peut oser ce néologisme et ce jeu de mots.

Quel rapport avec les Rameaux, direz-vous ? Plusieurs.

- Le premier est le sens même de la mort du Christ. Selon Jean, Jésus est mort « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). Toute fragmentation d’une société qui s’émiette en communautés juxtaposées et presque étrangères les unes aux autres contredit le sens de la Passion du Christ et annule pour ainsi dire le don de l’unité liée à la Croix. Le modèle de la communion entre les citoyens pour les chrétiens est trinitaire, conjuguant l’altérité et l’unité, la communion et la différence, la distinction et le lien, à l’image des trois personnes divines ne faisant qu’un, sans séparation ni confusion. Si les enfants d’ouvriers et d’employés sont quasiment absents des écoles préparatoires et des grandes écoles, si les clubs de sport ne mélangent plus les classes sociales, si les musulmans mangent avec les musulmans, les juifs avec les juifs, les riches avec les riches, les pauvres avec les pauvres, si l’on ne fréquente plus l’autre au point d’ignorer comment il vit, alors le désir du Christ de rassembler sera mis en échec de façon dramatique.

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- La deuxième raison théologique qui nous pousse à dénoncer et combattre l’archipélisation de la France tourne autour de la question de la vérité. Pourquoi Jésus est-il mis à mort ? Parce qu’il dit la vérité sur l’homme, et que cette vérité dérange les groupes religieux juifs qui ne veulent pas l’entendre, dérange les révolutionnaires comme Judas qui lui préfèrent  l’action armée, dérange Hérode qui veut des miracles et non le vrai, dérange Pilate qui craint le désordre… Alors les grands prêtres préfèrent mentir et accuser Jésus de blasphème plutôt que d’accueillir sa vérité. Alors Judas préfère livrer Jésus en espérant peut-être une alliance contre nature, sourd aux paroles de Jésus sur la non-violence et sur le Royaume qui n’est pas de ce monde. Alors Hérode traite par le mépris ce prophète qui ne veut pas faire le magicien. Alors Pilate choisit la compromission pour ne pas avoir d’ennuis, et trouve l’habile stratagème de Barabbas pour se défausser de sa responsabilité.

Qu'est-ce que la vérité ? : conférences Notre-Dame de Paris, carême 2007Ainsi en est-il encore aujourd’hui. Chaque groupe ne reçoit que ce qu’il a envie d’entendre. Pire encore, il se fabrique sa vérité en fonction du bien qu’elle lui procure et du renforcement qu’elle donne à ses croyances. Il n’y a plus guère de monde commun, mais un archipel de mondes qui s’ignorent et ne s’affrontent même plus. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène en créant des communautés virtuelles où l’on ne côtoie que le même grâce à la technologie. C’est le fameux enfermement algorithmique [3] qui enclot chaque groupe dans sa radicalisation en ne lui donnant à consulter que ce qui lui ressemble déjà.

Ce faisant, chacun évite le débat avec l’autre, la confrontation avec ses idées. Or il n’y a pas de démocratie sans débat d’idées, sans conflits d’interprétations. Sinon, le totalitarisme pointe le bout de son nez, même s’il est circonscrit à un petit groupe.

Tout se passe comme si la question de la vérité n’intéressait plus nos concitoyens, à l’image de Pilate désabusé : « qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18,38). À tel point que la conseillère de Trump parlait de « faits alternatifs » (!) pour justifier sa revendication extravagante d’une foule immense à l’investiture de son candidat. Le très sérieux dictionnaire Oxford a même fait du mot « post-vérité » (post-truth) le mot de l’année 2016, avec la définition suivante : « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». Brice Couturier commente : « La démocratie est donc entrée dans l’ère de la post-vérité : des faits avérés ne parviennent plus à convaincre les électeurs » [4].
Plutôt que de se confronter au réel, ou à la contradiction, chaque île de l’archipel bricole sa vérité pour conforter ses croyances. Les « fake news » pullulent. Les médias officiels se croient obligés de faire du « fact checking », de démêler « l’infox » de l’info, mais retombent dans le politiquement correct et le discours des dominants. L’émiettement de la société se fait sur le dos de la vérité, qui ne passionne pas les foules.

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Que faire pour conjurer ces forces de fragmentation sociale ?

Jésus dans sa Passion entre résolument en conflit avec les fausses interprétations de Dieu qui sont dominantes autour de lui. Il aurait pu rester tranquille, et développer à l’écart une secte évitant d’avoir des problèmes avec les juifs, les Romains et les autres. Or il prend avec courage le chemin de Jérusalem, « rendant son visage dur comme la pierre » ainsi que  le note Luc (Lc 9,51 ; 19,28 litt), ce qui en dit long sur sa conscience du conflit à venir. Ses disciples lui reprochent ce suicide politique : « Rabbi, tout récemment encore les Juifs cherchaient à te lapider ; et tu veux retourner là-bas ? » (Jn 11,8).

S’engager pour la vérité leur fait peur, à juste titre. D’ailleurs, Pierre préférera mentir que de prendre parti une fois ce conflit ouvert : « je ne connais pas cet homme » (Mt 26,12.74). Le regard que Jésus pose alors sur lui le hantera toute sa vie : impossible de suivre le Christ sans entrer en conflit avec les mensonges et les idéologies qui le  contredisent.

C’est donc en assumant publiquement le conflit, sans haine ni violence – au contraire en pratiquant l’amour de ses ennemis – que le Christ va mettre la question de la vérité au centre de la possibilité du vivre ensemble. « Je suis né pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Si nous abandonnons cette question de la vérité, en la renvoyant au subjectivisme et au relativisme ambiant, nous deviendrons complices de l’archipélisation de nos sociétés. Pas facile, car cela va nous entraîner des ennuis, inévitablement. Par exemple, proclamer la valeur de toute vie du tout début jusqu’à la mort heurte de front les intérêts eugénistes et sélectifs revendiqués comme des droits aujourd’hui au nom d’une liberté individuelle coupée du bien commun. Se battre pour les exclus et les moins-que-rien nous attirera les foudres des puissants. Fréquenter les infréquentables fera rejaillir sur nous le mépris dont on les accable. « Il a été compté avec les impies » (Lc 22,37 cf. Is 53,12) : si cette phrase d’Isaïe s’est appliquée à Jésus, elle s’appliquera également à nous lorsque comme lui nous entrerons en conflit avec les mensonges de notre temps.

CrucifixPrenons donc garde à ne pas contredire les rameaux que nous rapportons chez nous pour les mettre au-dessus de nos crucifix. Tout ce qui alimente l’archipélisation de la société reproduit et amplifie la Passion du Christ. Toutes les pratiques de l’entre-soi, depuis les crèches des enfants jusqu’à leurs lycées en passant par l’apartheid social des quartiers d’habitation, des loisirs sans mélanges, des manières de se nourrir ou de s’habiller, tout ce qui fragmente l’appartenance à un monde commun devient un péché contre la mort du Christ, bien plus grave que de manquer la messe ou ne pas jeûner le vendredi.

Le refus de cet éclatement social passe par le courage et la passion pour la vérité. Une vérité qui se joue dans le combat contradictoire, dans les argumentations rigoureuses, dans  la recherche du consensus. Si nous ne laissons pas l’Esprit du Christ insuffler en nous son courage pour dénoncer les mensonges actuels sur l’homme, la fragmentation sociale continuera : par îlots juxtaposés, chacun se bricolera sa vérité, évitant soigneusement la rencontre et le débat avec les autres vérités.

Or le conflit de la Passion ouvre la possibilité de l’unité au-dessus des parties en présence. Alors qu’il aurait pu prospérer dans son coin sur le succès des Rameaux lors de l’entrée à Jérusalem, Jésus a choisi de porter le conflit au cœur du Temple, au cœur du pouvoir romain et des collaborateurs de l’occupant. Sans ce conflit ouvert, pas de manifestation de la vérité, pas de communion possible entre tous.

La Passion du Christ que nous célébrons en ce dimanche des Rameaux nous avertit : rendre témoignage à la vérité (le Christ en personne) est plus important que de vivre tranquillement.

Choisir le conflit vaut mieux que consentir à l’archipel…

 


[1]. Seuil, 2019.
[2]. Gérard Davet et Fabrice Lhomme : Un président ne devrait pas dire ça…, Stock, 2016.
[3]. Cf. La déradicalisation selon saint Paul
[4]. Brice Couturier, « Comment on a tué la vérité », dans Le Point, 19 janvier 2015.

 

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Procession des Rameaux
Entrée messianique (Lc 19, 28-40)

En ce temps-là, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem. Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près de l’endroit appelé mont des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, en disant : « Allez à ce village d’en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Parce que le Seigneur en a besoin.’ » Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Alors qu’ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur demandèrent : « Pourquoi détachez-vous l’âne ? » Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs manteaux dessus, et y firent monter Jésus. À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

Messe de la Passion
Première lecture (Is 50, 4-7)

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume (21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)

Tous ceux qui me voient me bafouent ;
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure ;
Ils me percent les mains et les pieds, je peux compter tous mes os.
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

Deuxième lecture (Ph 2 6-11)

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Évangile (Lc 22, 14 – 23, 56)

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants : X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit : X « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. » L. Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : X « Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous le déclare : désormais, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. » L. Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : X « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » L. Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : X « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme-là par qui il est livré ! » L. Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela. Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Mais il leur dit : X « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. » L. Pierre lui dit : D. « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » L. Jésus reprit : X « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que toi, par trois fois, tu aies nié me connaître. » L. Puis il leur dit : X « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous donc manqué de quelque chose ? » L. Ils lui répondirent : D. « Non, de rien. » L. Jésus leur dit : X « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. » L. Ils lui dirent : D. « Seigneur, voici deux épées. » L. Il leur répondit : X « Cela suffit. » L. Jésus sortit pour se rendre, selon son habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé en ce lieu, il leur dit : X « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » L. Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. S’étant mis à genoux, il priait en disant : X « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » L. Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis, accablés de tristesse. Il leur dit : X « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. » L. Il parlait encore, quand parut une foule de gens. Celui qui s’appelait Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Jésus lui dit : X « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? » L. Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : D. « Seigneur, et si nous frappions avec l’épée ? » L. L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Mais Jésus dit : X « Restez-en là ! » L. Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, grands prêtres, chefs des gardes du Temple et anciens : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas porté la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. » L. S’étant saisis de Jésus, ils l’emmenèrent et le firent entrer dans la résidence du grand prêtre. Pierre suivait à distance. On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s’asseoir au milieu d’eux. Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : A. « Celui-là aussi était avec lui. » L. Mais il nia : D. « Non, je ne le connais pas. » L. Peu après, un autre dit en le voyant : F. « Toi aussi, tu es l’un d’entre eux. » L. Pierre répondit : D. « Non, je ne le suis pas. » L. Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : F. « C’est tout à fait sûr ! Celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. » L. Pierre répondit : D. « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » L. Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement. Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le rouaient de coups. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : F. « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » L. Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres blasphèmes. Lorsqu’il fit jour, se réunit le collège des anciens du peuple, grands prêtres et scribes, et on emmena Jésus devant leur conseil suprême. Ils lui dirent : F. « Si tu es le Christ, dis-le nous. » L. Il leur répondit : X « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la Puissance de Dieu. » L. Tous lui dirent alors : F. « Tu es donc le Fils de Dieu ? » L. Il leur répondit : X « Vous dites vous-mêmes que je le suis. » L. Ils dirent alors : F. « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes, nous l’avons entendu de sa bouche. » L. L’assemblée tout entière se leva, et on l’emmena chez Pilate. On se mit alors à l’accuser : F. « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le trouble dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et il dit qu’il est le Christ, le Roi. » L. Pilate l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Pilate s’adressa aux grands prêtres et aux foules : A. « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. » L. Mais ils insistaient avec force : F. « Il soulève le peuple en enseignant dans toute la Judée ; après avoir commencé en Galilée, il est venu jusqu’ici. » L. À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya devant ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là. À la vue de Jésus, Hérode éprouva une joie extrême : en effet, depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa bon nombre de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les grands prêtres et les scribes étaient là, et ils l’accusaient avec véhémence. Hérode, ainsi que ses soldats, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant il y avait de l’hostilité entre eux. Alors Pilate convoqua les grands prêtres, les chefs et le peuple. Il leur dit : A. « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant d’introduire la subversion dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Ils se mirent à crier tous ensemble : F. « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. » L. Ce Barabbas avait été jeté en prison pour une émeute survenue dans la ville, et pour meurtre. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils vociféraient : F. « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » L. Pour la troisième fois, il leur dit : A. « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir. L. Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : X « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’ Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous.’ Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? » L. Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : X « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » L. Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort. Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : F. « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » L. Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : F. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » L. Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : A. « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » L. Mais l’autre lui fit de vifs reproches : A. « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » L. Et il disait : A. « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » L. Jésus lui déclara : X « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » L. C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : X « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » L. Et après avoir dit cela, il expira. Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant) À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : A. « Celui-ci était réellement un homme juste. » L. Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder. Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick BRAUD

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6 janvier 2019

Jésus, un somewhere de la périphérie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Jésus, un somewhere de la périphérie


Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur / Année C
13/01/2019

Cf. également :

De Star Wars au baptême du Christ
Baptême du Christ : le plongeur de Dieu
« Laisse faire » : éloge du non-agir
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Lot de consolation
Yardén : le descendeur

Rameaux, kénose et relèvement
Il a été compté avec les pécheurs

Les thèses du géographe français Christophe Guilluy et du journaliste britannique David Goodhart suscitent un regain d’intérêt actuellement, car elles permettent de mieux comprendre ce qui s’est joué dans le mouvement dit des Gilets Jaunes de Novembre-Décembre en France. Exposons-les rapidement, car vous allez voir qu’elles peuvent également projeter une lumière nouvelle sur le baptême de Jésus dans le Jourdain que nous fêtons ce dimanche.

La France périphériqueChristophe Guilluy a le mérite de réintroduire l’espace, la géographie dans les nouvelles fractures sociales apparues en France ces dernières décennies [1]. Il distingue trois zones de population qui vont entretenir des rapports de plus en plus conflictuels. La première zone est le centre des mégapoles comme Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille etc. Au cœur de ces quartiers de centre-ville se regroupent - entre eux - les gagnants de la mondialisation : les bobos, les classes dirigeantes, les milieux financiers et politiques etc… La folle hausse du prix de l’immobilier a chassé les pauvres de ces quartiers. Il en résulte que seuls les plus fortunés peuvent rester habiter dans ces centres. Ne restent plus alors que les CSP++, trouvant tout naturel de vivre entre pairs. Ils regroupent sans en avoir conscience leurs enfants dans les mêmes écoles, les mêmes clubs de sport. Eux-mêmes ne sortent qu’avec leurs semblables et voient le reste du monde à travers les médias, dont les patrons font d’ailleurs partie du même monde, ou à travers le prisme de leurs loisirs (résidences secondaires, voyages touristiques…).

Vient ensuite la deuxième zone géographique, périurbaine. Là résident les serviteurs des puissants, ceux qui font chaque jour des heures de transport en commun pour aller rejoindre leur lieu de travail en ville avant de revenir dans ces quartiers modestes, ces logements sociaux, ces banlieues plus ou moins équipées en services publics, animations  culturelles etc.. Les émeutes des quartiers dits ‘sensibles’ de 2005 venaient de là.

La troisième zone constitue la France des invisibles, des inaudibles, des oubliés : dans le rural clairsemé, les petites communes loin des grandes, les territoires peu équipés en transports en commun, en hôpitaux, en écoles…

D’après Christophe Guilluy, 60 % des Français environ habiteraient dans cette France périphérique que les élites de la nation ne connaissent plus, ne fréquentent plus, n’entendent plus. Même si ce pourcentage semble exagéré, il stigmatise la mise à l’écart d’un nouveau Tiers-État, à côté des banlieues populaires et des riches centres urbains.

D’où la colère des Gilets Jaunes, majoritairement issus de cette troisième zone : ils crient leur souffrance d’être déclassés, à l’écart. Ils sont fatigués de lutter pour survivre – même pas pour vivre – décemment. Comme ils n’étaient plus dans les radars des élus et des winners, leur explosion de colère a surpris les classes au pouvoir, et a pris de court le  gouvernement obligé de lâcher du lest devant la popularité du mouvement. Car, même les autres, ceux de la deuxième zone notamment, se sentent concernés. Ils ont peur de tomber dans le même déclassement, eux ou leurs enfants ou petits-enfants. Ils voient leur pouvoir d’achat s’effriter. Ils savent bien que les élus sont loin du petit peuple (sauf peut-être certains maires) et ne représentent plus que la première zone. Le taux d’abstention énorme et endémique qui invalide en pratique l’assise démocratique de nos élections françaises en est d’ailleurs un symptôme qui aurait dû alerter depuis bien longtemps…

The Road to SomewhereÀ ces nouvelles fractures sociales, géographiques et pas seulement économiques, il faut ajouter celles, culturelles, que décrit David Goodhart [2]. Il repère deux courants d’appartenance dans les pays occidentaux : les gagnants et fervents supporters de la mondialisation, et les perdants dont la voix à de moins en moins de poids. Il appelle les premiers les anywhere, littéralement « ceux de n’importe où », car ils peuvent vivre en Asie ou en Europe, dans une tour géante de Dubaï ou un penthouse de Londres, peu importe : leur profession les a rendus apatrides, sans attaches, sans racines. David Goodhart appelle les seconds les somewhere car eux sont de quelque part, avec une identité historique et culturelle forte, si ancrée que changer de département, voire de commune, leur est quasiment impensable. Eux ne se déplacent pas au gré de la mondialisation des échanges, car leur ferme, leur maison, leur famille, belle-famille, amis d’enfance sont trop importants pour eux pour qu’ils les quittent et adoptent la mobilité des winners (sans compter les emprunts contractés qui les clouent au sol).

Les premiers sont pour une Europe fédérale, les seconds pour le terroir et l’identité locale, nationale. Les Gilets Jaunes sont majoritairement des somewhere, même si quelques  anywhere leur témoignent soutien et solidarité. Les élus, les énarques et autres élèves de grandes écoles sont des anywhere qui ne comprennent pas que traverser la rue pour trouver un job soit un obstacle.

Ces deux thèses sont bien sûr partielles et critiquables. Elles permettent néanmoins de comprendre deux moteurs des révoltes de Novembre-Décembre.

Les manifestations des Gilets Jaunes se nourrissaient de cette double opposition : la France périphérique contre les élites des centres, et les somewhere contre les anywhere. Au-delà des gestes consentis en direction du pouvoir d’achat, on voit que des défis demeurent. À moyen terme, c’est le défi de la représentation politique, qui n’est plus crédible aux yeux de deux zones sur trois, ne lui accordant plus aucune confiance. D’où les demandes - discordantes et brouillonnes - d’une autre manière de faire la politique d’un pays : assemblées locales, référendum d’initiative citoyenne, participation continue et en direct de tous (via les moyens numériques) et pas seulement par le bulletin dans l’urne tous les cinq ans, transparence jusqu’à filmer les débats etc… À long terme, c’est le défi de concilier transition écologique et justice sociale, car les pauvres refusent d’être les seuls à faire des efforts. Sauf à rester bloqué dans l’immaturité de l’en même temps typique du stade de l’adolescence, il faudra faire des choix courageux, des choix qui orienteront notre production, nos modes de vie à long terme. Ces choix seront-ils socialement justes ? équitablement répartis ? réellement efficaces ? indépendants des lobbys ?

6- Le Baptême de Jésus au JourdainNous sommes apparemment bien loin du plongeon de Jésus sous les eaux du Jourdain (Lc 3, 15-22) ! Pourtant, les parallèles sont saisissants : Jésus s’éloigne du centre-ville de Jérusalem, et va dans le désert, cette périphérie soigneusement évitée des notables. D’ailleurs Jésus lui-même sort d’un obscur village de Galilée, Nazareth, dont on se demande s’il peut produire quelque chose de bon (Jn 1,46) tant il est assimilé à la troisième zone des invisibles. Il est né à Bethléem Éphrata, « le plus petit des clans de Juda » (Mi 5,1). En allant au Jourdain, Jésus se mélange à la plèbe des pécheurs, qui se reconnaissent comme tels, au lieu de rester près du Saint des Saints où pourtant il est chez lui. Il va voir Jean, son cousin, car les attaches familiales sont importantes pour lui. Il va trouver ce prophète vêtu de poils de chameau, ce qui le solidarise avec les nations païennes réputées impures (comme l’animal chameau cf. Lv 11,4), loin de Jérusalem. Et il se nourrit de sauterelles – qui rappellent la huitième plaie d’Égypte, comme si Jean-Baptiste épousait la condition des égyptiens réduits à manger ce qui les détruit – et de miel sauvage qui conteste toute l’activité industrieuse des villes ou même de l’apiculture domestique.

Bref, Jésus quitte le centre pour aller à la périphérie. Il laisse les élites pour aller voir les invisibles. Il délaisse les lieux habituels de retrouvailles des puissants pour aller là où le peuple des pécheurs se rassemble.

D’une manière plus globale encore, il quitte sa divinité pour aller rejoindre ceux qui sont au plus bas (cf. Ph 2,6-11). Jusqu’à plonger aux enfers mêmes afin de délivrer ceux qui étaient oubliés au pays de la mort.

Les dirigeants et les élites feraient bien de méditer sur cette kénose du Christ, qui le conduit des sommets de la gloire divine au baptême de l’infamie de la croix, par amour pour ceux qui comptent ‘pour rien’ aux yeux des gagnants de tous les pouvoirs religieux, civils, économiques. La véritable légitimité du Messie Chrétien est de faire corps avec les pécheurs, avec ceux d’en bas, avec ceux qui sont loin des centres de pouvoir. L’authenticité de Jésus lui vient de sa fraternité avec les exclus de tous bords. Son autorité s’enracine dans sa défense de la cause des humiliés et des oubliés. En cela il est véritablement le Fils du Père, de manière unique,  comme le déclare la voix au baptême : « toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ». Car le désir de Dieu manifesté en Jésus est de sauver ceux qui étaient perdus, par amour. Et comment les faire monter à la droite du Père sans d’abord faire corps avec eux, depuis l’humble étable de Bethléem hier à Noël jusqu’à la honte du gibet demain à Pâques, en passant par l’immersion dans notre humanité la plus pécheresse dans son baptême aujourd’hui au Jourdain ?

Comment les élites pouvaient-elles s’inspirer de cette kénose du Christ ? Comment faire corps avec les petits lorsqu’on est un winner ? Comment rester en communion avec les moins que rien lorsque tout le monde vous salue dans la rue ou à l’usine ou au bureau ? Comment devenir solidaires des maudits, à l’image de Jésus, quand on reçoit les honneurs, les décorations, la première place lors des dîners en ville ?

À ces défis les élus auront à répondre, sinon ils seront balayés par le mouvement issu du Magnificat de Marie : « il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles, il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides »

Cette conversion passe d’abord à l’intérieur de chacun d’entre nous.

Prenons place dans la file des pécheurs, au bord du Jourdain, ce fleuve si sale de la pollution des villes en amont et autour du lac de Tibériade…


[1]. Cf. Christophe GUILLUY, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Paris, Éditions Autrement, 2004.
Fractures françaises, Bourin Éditeur, 2010 repris en « Champs Essais », Flammarion, en 2013.

[2]. The Road to Somewhere: The Populist Revolt and the Future of Politics, C. Hurst & Co, 2017

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« La gloire du Seigneur se révélera, et tout être de chair verra » (Is 40, 1-5.9-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.
Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Psaume

(Ps 103 (104), 1c-3a, 3bc-4, 24-25, 27-28, 29-30)
R/ Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
(Ps 103, 1)

Revêtu de magnificence,
tu as pour manteau la lumière !
Comme une tenture, tu déploies les cieux,
tu élèves dans leurs eaux tes demeures.

Des nuées, tu te fais un char,
tu t’avances sur les ailes du vent ;
tu prends les vents pour messagers,
pour serviteurs, les flammes des éclairs.

Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela , ta sagesse l’a fait ;
 la terre s’emplit de tes biens.
Voici l’immensité de la mer,
son grouillement innombrable d’animaux grands et petits.

Tous, ils comptent sur toi
pour recevoir leur nourriture au temps voulu.
Tu donnes : eux, ils ramassent ;
tu ouvres la main : ils sont comblés.

Tu caches ton visage : ils s’épouvantent ;
tu reprends leur souffle, ils expirent
 et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Deuxième lecture
« Par le bain du baptême, Dieu nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint » (Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite
Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.
Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle.

Évangile
« Comme Jésus priait, après avoir été baptisé, le ciel s’ouvrit » (Lc 3, 15-16.21-22) Alléluia. Alléluia.

Voici venir un plus fort que moi, proclame Jean Baptiste ; c’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »
Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Patrick BRAUD

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19 mars 2018

Comment devenir dépassionnés

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Comment devenir dépassionnés

 

Homélie pour le dimanche des Rameaux / Année B
25/03/2018

Cf. également :

Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

 

La Passion du Christ que nous lisons en ce dimanche des Rameaux nous invite à devenir nous-mêmes des passionnés à sa suite.
Passionnés de Dieu, au point de préférer encourir la justice plutôt que de le renier.
Passionnés des hommes, au point d’accepter de subir la dérision des foules plutôt que de leur mentir.

Image associéeAutour du Christ traduit devant une justice corrompue, Marc nous dresse en chemin une série de portraits de gens qui eux au contraire sont dépassionnés, c’est-à-dire qui refusent de suivre le Christ dans sa Passion. De Judas à Simon, des grands prêtres à Pilate, les excuses sont nombreuses pour finalement ne pas prendre parti ou le parti adverse.

Repérons quelques-uns de ces alibis qui aujourd’hui encore nous empêchent de nous passionner avec le Christ pour la cause de Dieu et celle des hommes.

 

L’utilitarisme

Comment devenir dépassionnés dans Communauté spirituelle 41OgE6sQVNL._SX302_BO1,204,203,200_L’utilitarisme est un courant de pensée économique qui fait de l’utilité et de l’efficacité les critères ultimes de l’action humaine. Au nom de ce pragmatisme, le grand prêtre affirme sans sourciller qu’il vaut mieux qu’un seul homme meure plutôt que tout le peuple. Au nom de cette efficacité, « quelques-uns » (selon Marc, car Jean mettra ce murmure dans la bouche de Judas, hélas) s’indigne de l’onction à Béthanie : « on aurait bien pu vendre ce parfum-là plus de 300 pièces d’argent et les donner aux pauvres ». L’utilitarisme finit par ne plus voir que les effets calculables à court terme. Il se ferme au long terme, ici au gratuit, à l’adoration.

En ce siècle de fin annoncée des idéologies en Occident (car ailleurs les idéologies se renforcent, l’islam radical notamment), le péril utilitariste peut devenir mortel. Au nom des conséquences à court terme, on est prêt à rogner ses convictions et même à ne plus en avoir. On peut ainsi légitimer toute intervention militaire, financière ou politique en invoquant le pragmatisme. Judas suivra ce raisonnement pour livrer Jésus, non par amour de l’argent (il rendra les 30 pièces d’argent), mais par calcul politique à court terme, pour que l’alliance entre le mouvement de Jésus et les grands prêtres puissent enfin former la coalition capable de renverser l’occupant romain. D’ailleurs les autres disciples également rêveront d’utiliser Jésus pour leur projet d’indépendance : « et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël » (Lc 24,21).

Privilégier le pragmatisme aux convictions fortes, l’efficacité visible à la fidélité à soi-même nous enlève peu à peu toute capacité à nous passionner.

Le déclin du courage accompagne toujours la montée de l’utilitarisme.

 

L’alourdissement

À Gethsémani, Jésus mène son combat intérieur pour rester fidèle à son Père. Mais il constate que ses amis somnolent, « les yeux alourdis de sommeil ». Et c’est vrai qu’ils se sont alourdis, les disciples de Jésus, à force de le suivre pendant ces trois années merveilleuses. À tel point qu’ils sont pleins d’eux-mêmes, remplis des théories échafaudées entre eux en cours de route. C’est ce qui donne à Pierre sa fausse assurance : « je ne te renierai pas ». Cet alourdissement contraste avec le jeune homme court-vêtu que Marc est le seul à mentionner : lui veut suivre Jésus, et n’a qu’un drap pour se vêtir. Il préfère s’enfuir tout nu plutôt que de se laisser arrêter avec ce qu’il possède !

Avec les années, nous nous alourdissons des biens possédés, des idées arrêtées, des repos bien mérités… Accumuler, thésauriser, prendre de l’embonpoint physique, moral et spirituel : voilà qui tue la passion !

Demeurer léger et court-vêtu est peut-être une condition pour suivre Jésus dans sa Passion.

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La peur

Elle est en filigrane de tout le récit.
C’est par peur que tous les disciples s’enfuient au moment de l’arrestation.
C’est par peur d’être reconnu que Pierre renie trois fois.
C’est par peur de perdre sa place que Pilate finit par contenter les grands prêtres juifs et la foule en leur livrant Jésus.
Quelques femmes certes sont restées, mais « à distance », par peur d’être assimilées à ses disciples.

Alors qu’à l’inverse Joseph d’Arimathie ne craint pas d’affronter le grand conseil pour réclamer le corps de Jésus. D’ailleurs, la première parole de Pâques adressée aux trois femmes venues au tombeau sera le célèbre : « N’ayez pas peur ! ». Pourtant, elles sont encore tremblantes et ne diront rien à personne, « car elles avaient peur ».

La peur nous empêche d’aller au bout de nos passions. Elle nous immobilise, nous fait fuir, nous ôte la parole, nous garde à distance…

Quelles peurs actuellement nous dépassionnent ?

"Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c'est bon pour les robinets." Boris Vian

La dérision

Fra Angelico - Le Christ  aux outrages - vers 1441Qui a vu le Christ aux outrages de Fra Angelico à Florence sait que la dérision est le fil rouge de la Passion du Christ. La couronne d’épines pour un roi manqué, un roseau pour se moquer de son pouvoir absent, un vêtement de pourpre pour singer sa dignité princière, les crachats, les gifles, les insultes… : le chemin de croix de Jésus est une longue litanie d’humiliations et de dérisions.

Jusqu’à la pancarte en bois : INRI, qui veut faire rire de ce roi lamentable. Mais par un de ces retournements que l’histoire aime à reproduire, cette inscription moqueuse se révélera prophétique. Jésus est vraiment le roi des juifs, même si tout le monde en ricane.

Ceux dont on se moque pourraient bien détenir la vérité de leur époque !

La dérision a un tel pouvoir de séduction qu’un des compagnons d’infortune de Jésus y succombe selon Luc. Marc mentionne que les patients hochent la tête avec mépris (cf. Ps 22,8) en voyant ce soi-disant Messie échouer lamentablement : « sauve-toi toi-même » si tu es aussi puissant que tu le prétends !

Rire de quelqu’un n’a jamais été le fort de Jésus.
Tourner en dérision les vaincus de la société, les perdants de l’économie, les pions égarés de la mondialisation ne nous permettra pas de discerner les bons combats où nous engager.
Se moquer, ironiser, rire des faibles et des vaincus, de « ceux qui ne sont rien » ou des « derniers de cordées » ne peut que nous déshumaniser.

Le mépris fait de nous des passants, indifférents au malheur des petits, incapables de nous passionner pour la cause de la justice. Nous risquons alors de devenir des cyniques, ne croyant plus en grand-chose sinon notre intérêt immédiat, ne poursuivant aucun idéal sinon l’utilité de nos actions à court terme.

 

L’utilitarisme, l’alourdissement, la peur et la dérision font de nous des dépassionnés. Rameaux à la main, prenons conscience de ce qui fait obstacle à nos passions les plus authentiques.

Ouvrons les yeux sur ce qui nous dépassionne. Alors, si nous unissons nos passions à celle du Christ, elles deviendront fécondes avec lui, par lui, et en lui…

 

 

Messe de la Passion

1ère lecture : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Troisième chant du Serviteur du Seigneur) (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :

X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. » L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable. Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant. Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. » L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu. Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups. Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes. L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié. Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira. (Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant) Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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3 juillet 2017

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?


Homélie du 14° dimanche du temps ordinaire / Année A
09/07/2017

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

En joug, et à deux !

Plus humble que Dieu, tu meurs !

Dieu est le plus humble de tous les hommes


Macron LouvreL’humble roi annoncé par Zacharie

Les images de la mise en scène quasi royale de la prise de pouvoir par Emmanuel Macron en France ont fait le tour du monde. Sorti de l’ombre, seul, marchant vers la lumière de la pyramide du Louvre au son de l’ode à la joie de la neuvième symphonie de Beethoven : voilà une liturgie républicaine inspirée des ors de l’ancien régime ! Ce style très « jupitérien » [1] semble à l’opposé de l’annonce faite par le prophète Zacharie à Jérusalem :
« Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. » (Za 9,9)
Impossible pour les chrétiens de ne pas y reconnaître le style évangélique de l’entrée de Jésus à Jérusalem, monté sur un âne et foulant les rameaux au son des Hosanna ! de la foule…

Deux styles de gouvernement très opposés donc. On objectera que les temps ont changé et qu’il faut bien assumer aujourd’hui les insignes du pouvoir. On répétera à l’envie que la présidence française avait bien besoin d’être resacralisée comme du temps de De Gaulle, que les autres chefs d’État ont tous recours à de telles symboliques, que les Français adorent finalement retrouver inconsciemment la figure du roi dont ils ne se pardonnent pas l’exécution en 1793…

GhandiPourtant, les plus anciens n’ont pas oublié les pieds nus et l’humble drapé de Gandhi parcourant la planète pour la liberté de l’Inde et la non-violence. Pourtant, la simplicité de Nelson Mandela devenant le premier président noir de l’Afrique du Sud a ému aussi le monde entier. Elle démontrait que l’attente des peuples est en phase avec ce mode d’exercice du pouvoir qu’est l’humilité biblique. Rappelez-vous encore la pompe des papes des siècles précédents : la tiare, la chaise à porteurs, les vêtements ridicules à force d’accumuler les usages d’autrefois… Jean XXIII a vendu cette tiare pour donner l’argent aux pauvres, et a remisé au musée la chaise à porteurs. Le pape François se déplace maintenant le plus possible à pied, et aime les contacts directs avec les populaces des favelas où des slums.

Bref, en politique comme partout ailleurs, le fond c’est la forme. La manière dont un puissant exerce son pouvoir en dit long sur le contenu de son action. « Le style c’est l’homme » : Buffon avait raison de nous avertir !

Il ne suffit pas d’inviter nos politiques à convertir leur style de vie. Moraliser la vie politique est un chantier important, qui doit nous renvoyer au style de gouvernement qui est le nôtre également, en famille, en entreprise, dans l’associatif.

 

L’humilité en entreprise

Isaac Getz commence son livre [2] sur les sources inspirantes pour libérer l’entreprise d’aujourd’hui par cette citation de Lao Tseu :

« Si le sage désire être au-dessus du peuple,
Il lui faut s’abaisser d’abord en paroles ;
s’il désire prendre la tête du peuple,
il lui faut se mettre au dernier rang. »

Il continue :

Quand j’en ai fait part à Bob Davids (patron du vignoble Sea Smoke Cellors), j’ai reçu la réponse suivante :
« Ces mots devraient être affichés en bonne place sous les yeux de tous les leaders qui pensent qu’ils ont besoin d’un bureau de luxe, d’une voiture de luxe, de sièges d’avion en 1° classe. Quand ils se rendent différents des gens, ils se rendent incapables d’être des leaders. »

En entreprise, on commence à redécouvrir les vertus de l’humilité et du service. Un chef qui se montre hautain et réservé, qui descend rarement ou avec condescendance de sa sphère de pouvoir ne pourra pas gagner l’attachement et l’engagement de ses équipes. Le style de management conditionne largement l’efficacité de l’équipe managée.

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ? dans Communauté spirituelle 1090875553Lazlo Bock, vice-président DRH chez Google, a lancé un pavé dans la marre en annonçant que l’humilité est pour lui un trait de personnalité déterminant chez les candidats cadres-dirigeants. Une étude de la très sérieuse revue Harvard Business Review de 2014 [3] semble lui donner raison puisque sur des centaines d’entreprises analysées, elle a révélé que l’altruisme, les actes désintéressés et la modestie des leaders étaient des facteurs d’optimisation des performances de l’entreprise. Les leaders altruistes favorisent l’intégration des salariés, la cohésion, le sentiment d’appartenance à une culture d’entreprise, le sentiment de reconnaissance et, in fine, les performances des équipes. Un leadership moins égocentrique stimule l’innovation et les propositions émanant des salariés.

L’humilité intellectuelle vantée par le DRH de Google se manifeste notamment par 4 comportements :

- Une attitude modeste
- La possibilité offerte à tous d’apprendre et de se perfectionner
- La prise de risque pour défendre des intérêts collectifs
- La responsabilisation de chacun, notamment des salariés

Regardez l’humilité de Zidane dans sa gestion du formidable vivier footballistique du Real Madrid : deux titres consécutifs de champion d’Europe et un palmarès impressionnant pour cet  entraîneur d’à peine 2 ans. Or Zidane a cette gentillesse et cette humilité qui lui gagnent le cœur des plus grands, et lui confère une autorité morale indiscutée.

Car c’est bien le paradoxe que ne voient pas les orgueilleux : l’autorité véritable et pérenne est largement accordée aux humbles, alors que la superbe des patrons en surplomb de leurs équipes ne génère que soumission lâche, adhésion de façade, désengagement ou violence grandissante chez ceux qu’on ignore. « Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre »  prophétise Zacharie, car ce roi humble et ouvert sera respecté de tous.

OuiChef1-Copie-300x170 humilité dans Communauté spirituelle

Le lien humilité-autorité tient à ce que Hannah Arendt appelait « faire autorité ». On se rallie librement et avec enthousiasme à quelqu’un dont on sent qu’il est au service des autres, et non là pour servir pour sa propre gloire. Jésus, doux et humble de cœur, faisait autorité justement parce qu’on voyait bien qu’il n’était pas là pour profiter de son charisme. Il parlait en homme qui a autorité non pas en imposant d’en haut sa volonté, mais en se mettant à égalité avec ses interlocuteurs. Le mot humus qui a donné humilité évoque ce ras-de-terre où l’on voit les choses du point de vue des autres. Quand il devait trancher au nom de son identité divine (ex: « on vous a dit… eh bien moi je vous dis… » Mt 5) c’était à chaque fois en faveur de ceux que les puissants oppressent, et non pour asseoir son propre pouvoir. D’où l’adhésion enthousiaste des foules qui reconnaissaient en lui la conjonction tant attendue de la force et du service, de l’humilité et de l’autorité, de la gloire d’un seul et de la gloire de tous.


Humilité et non-violence 

Autre détail : le roi annoncé par Zacharie annonce la fin de la guerre, la fin du commerce des armes :

Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. (Za 9,10)

 jupitérienÉvidemment, dans le contexte actuel, tout le monde répétera : ‘il faut faire la guerre au terrorisme ; il faut armer ceux qui résistent aux fanatiques. Il faut bombarder, détruire et anéantir les forces du mal. D’ailleurs, cela développe notre industrie de l’armement et génère des emplois’. Sans doute il y a un temps pour faire la guerre, comme ce fut le cas en 1939 contre Hitler. Mais il y a également un temps pour faire la paix, rappelle l’Ecclésiaste, et ce temps devra venir. C’est l’honneur du politique de préparer ce chemin de réconciliation et de respect ou les armes deviennent inutiles, où les musulmans les plus radicaux n’auront plus besoin de recourir aux attentats pour se sentir respectés, où les démocraties menacées n’auront plus besoin d’envahir ou de bombarder pour se défendre… Utopique ? Les plus anciens se souviennent qu’il était utopique de parler d’amitié franco-allemande après 1945, de vouloir le désarmement nucléaire au cœur de la guerre froide, la fin de l’apartheid ou récemment la fin des énergies polluantes.

 

Humilité et pauvreté

Le dernier lien évoqué par la prophétie de Zacharie concerne la relation entre humilité et pauvreté : annoncer « un roi humble et pauvre » ne correspond guère aux canons de la pensée ordinaire que l’on a du pouvoir… Et pourtant l’exemplarité des chefs commence par le désintéressement pécuniaire. Les affaires Cahuzac, Fillon, Ferrand etc. montrent que le peuple ne supporte plus de voir s’enrichir personnellement ceux qui devraient le servir.

 Lao Tseu

L’idéal d’humilité et de pauvreté que Zacharie applique au pouvoir royal vaut également pour chacun de nous, là où il a du pouvoir à exercer. Et qui n’en a pas ?

Que voudrait donc dire être humble et pauvre dans l’exercice de notre autorité familiale, professionnelle, associative ?

 


[1] . Cf. l’interview d’Emmanuel Macron dans Challenges du 16/10/2016 où il reproche à François Hollande de ne pas croire au président « jupitérien ».

[2] . GETZ Isaac, La liberté, ça marche ! L’entreprise libérée. Les textes qui l’ont inspirée, les pionniers qui l’ont bâtie, Flammarion, 2016, p. 10.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici ton roi qui vient à toi : il est pauvre » (Za 9, 9-10)
Lecture du livre du prophète Zacharie

Ainsi parle le Seigneur : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. »

PSAUME
(Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! ou : Alléluia ! (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi ;
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour.
La bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits,

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

DEUXIÈME LECTURE
« Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez » (Rm 8, 9.11-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez.

ÉVANGILE
« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

 Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick BRAUD

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