L'homélie du dimanche (prochain)

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28 août 2010

Un festin par dessus le marché

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Homélie du Dimanche 29 Août 2010 / Année C
22° Dimanche du temps ordinaire

 

Un festin par dessus le marché

 

« Quand tu donne un festin, n’invite pas tes amis? invite au contraire des pauvres, des estropiés, des aveugles? parce qu’ils n’ont rien à te rendre ».

·      Dans un premier temps, on se dit que cette injonction de Jésus ne peut être prise au pied de la lettre : trop difficile à suivre ! Pensez donc : on a déjà du mal à « rendre les invitations » de ceux qui nous ont accueilli à leur table ; alors inviter des inconnus ! Les « dîners en ville » se font rarement avec des handicapés ou des chômeurs?

Tenez : pensez aux mariages. Quand on a fait la liste de tous ceux qu’on doit absolument inviter au festin des noces (toujours la fameuse logique de « rendre la politesse »), il ne reste guère de place pour des gens un peu paumés, solitaires, marginaux. Même en faisant deux vitesses (le faire-part pour le cocktail et l’invitation pour le repas), il est rare de croiser à un mariage d’autres personnes que « des amis, des frères, des parents, de riches voisins »?

·      Ce constat serait presque désespérant : n’y a-t-il personne pour ouvrir sa table à ceux qui ne peuvent le leur rendre ?

En y regardant de près pourtant, on s’aperçoit que beaucoup plus de gens qu’on ne le croit pratiquent cette hospitalité.

Des jeunes par exemple donnent un ou deux ans de leur vie pour une mission humanitaire, pour une association de réinsertion, où visiblement ceux à qui ils viennent en aide ne pourront jamais leur rendre (du moins matériellement).

Ou bien des familles ouvrent leur table le Dimanche pour manger avec une personne handicapée d’un foyer de l’Arche de Jean Vanier.

D’autres accueillent pendant trois semaines d’été (par le Secours Catholique, Secours Populaire etc?) des enfants des banlieues pour leur offrir de vraies vacances où ils découvriront la mer, la montagne, les animaux de la ferme?.

D’autres encore, sans faire sonner la trompette devant eux, n’oublient jamais d’inviter à leur table de temps en temps la personne âgée isolée qui habite près de chez eux, ou la maman célibataire qui attend cette sortie comme une bouffée d’oxygène.

Des paroisses, des associations se démènent pour offrir un repas chaleureux aux SDF et autres épaves vivantes (ou du moins regardées comme telles) qui encombrent nos trottoirs?

Sans oublier les couples qui adoptent des enfants, tout en étant lucides sur les difficultés qui viendront plus tard lorsque les questions sur leur identité les perturberont plus ou moins?

Bref, regardez autour de vous avec ces lunettes du désintéressement que Jésus nous invite à chausser aujourd’hui : qui autour de moi pratique cette invitation large à ceux qui ne pourront jamais leur rendre ?

Et moi-même, où en suis-je – où en sommes-nous en famille – de cette ouverture de la table, du c?ur, à ceux qui ne m’inviteront jamais en retour ?

 

·      Les « pauvres, estropiés, boiteux, aveugles » du temps de Jésus sont toujours parmi nous. Il faudrait du coup être aveugle pour ne plus être sensible à ces solitudes et ces détresses modernes : les retraités des foyers long séjour et autres hospices-mouroirs, les sans-travail qui calculent chaque jour leur assiette au plus juste prix, les personnes handicapées qu’on parque à l’écart etc? Se couper de cet univers, c’est devenir inhumain. C’est vivre dans un autre monde sans vouloir entendre la souffrance de ceux qui « n’ont rien à rendre ».

Aucune culpabilisation dans l’attitude que recommande Jésus : il ne s’agit pas de ne plus donner de festins. Au contraire, il s’agit de les multiplier, pour en faire profiter le maximum de laissés pour compte !

Il ne s’agit pas de jouer les hypocrites, ou les puritains, mais de savourer la vie à pleine bouche en s’associant des compagnons venus de l’infortune.

Nul besoin de cacher sa richesse ou sa chance : il suffit de ne pas la garder pour soi, et de ne pas la partager qu’entre soi, dans un cercle de relations privilégiées de gens qui me ressemblent trop?

·      Pourquoi agir ainsi ? Pourquoi ouvrir son festin aux marginaux et aux exclus de la société ? Pourquoi ce désintéressement prôné par Jésus ? Par souci humanitaire ? Par altruisme ?…

Le texte donne deux raisons en fait : « tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre » et « cela te sera rendu à la résurrection des justes ».

- La première raison est sans doute la plus radicale, et la plus fondamentale.

Parce que ceux à qui tu donnes ne peuvent te le rendre, tu ressembles de plus en plus à Dieu lui-même, qui donne sans compter ni calculer de retour. Tu quittes la sphère des relations marchandes : donnant-donnant, gagnant-gagnant, pour entrer dans le cercle des relations divines. C’est pourquoi ce bonheur est le plus profond : donner comme Dieu donne nous fait vivre de son bonheur à lui, « par dessus le marché ». « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par dessus le marché ».

François Varillon a eu cette formule géniale pour montrer comment un don sans calcul nous divinise : « il faut appeler divin l’amour qui est assez fort pour ne pas exiger la réciprocité comme condition de sa constance » (in L’humilité de Dieu).

Inviter l’autre sans calcul, sans pourquoi, sans « retour sur investissement », sans autre but que lui-même nous fait entrer dans l’intimité heureuse de Dieu : voilà la première raison du désintéressement prôné par Jésus. 

Un festin par dessus le marché dans Communauté spirituelle festin_5

 

- La deuxième raison apparaît alors comme le prolongement de cette perspective de gratuité : « cela te sera rendu à la résurrection des justes ».

Le processus de divinisation que cette pratique de l’hospitalité met en route sera pleinement accomplie et manifestée au-delà de la mort, en Dieu. « Faites-vous des trésors dans le ciel », dit Jésus ailleurs. Loin de revenir à un calcul intéressé (« acheter son paradis » !), cette perspective eschatologique (visant la fin des temps) permet de relativiser les valeurs actuelles, et d’avoir le courage d’agir comme Dieu agit, lui qui est plein d’amour « envers les bons comme envers les méchants ». Inviter ceux qui ne peuvent rien donner en retour n’est jamais qu’anticiper l’invitation que Dieu accomplira un jour en plénitude. Tout ce que nous aurons vécu ici-bas selon cette logique du « pur amour » sera récapitulé en Christ, lui qui est par excellence le don de Dieu, sans retour ni calcul ?

 

·      Alors, passons en revue cette semaine notre pratique de l’invitation à notre table, à nos finances, à nos festins de tous ordres : puisque Dieu le premier se livre à nous sans calculer le retour, à qui pouvons-nous transmettre pareille invitation ? Quels « pauvres, estropiés, aveugles » pouvons-nous avoir la joie de faire asseoir à notre table ?…

 

 

1ère lecture : Exhortation à l’humilité (Si 3, 17-18.20.28-29)

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur.
Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.
La puissance du Seigneur est grande, et les humbles lui rendent gloire.
La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui.
L’homme sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Psaume : Ps 67, 4-5ac, 6-7ab, 10-11

R/ Béni soit le Seigneur : il élève les humbles

Les justes sont en fête, ils exultent ;
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom.
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves, 
tel est Dieu dans sa sainte demeure. 
A l’isolé, Dieu accorde une maison ; 
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, 
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. 
Sur les lieux où campait ton troupeau, 
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

2ème lecture : La fête éternelle sur la montagne de la nouvelle Alliance (He 12, 18-19.22-24a)

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, il n’y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas de feu qui brûle, pas d’obscurité, de ténèbres, ni d’ouragan, pas de son de trompettes, pas de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des milliers d’anges en fête
et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous les hommes, et vers les âmes des justes arrivés à la perfection.
Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une Alliance nouvelle.

Evangile : Pour avoir part au royaume de Dieu : choisir la dernière place, inviter les pauvres (Lc 14, 1a.7-14)

Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas.
Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole :
« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : ‘Cède-lui ta place’,
et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi.
Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t’inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue.
Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ;
et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » 
 Patrick Braud

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21 août 2010

Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Jésus et les « happy few » :
une autre mondialisation est possible

 

Homélie du 21° Dimanche du temps ordinaire / Année C

22/08/2010

·      Faut-il des exodes pour enfin ouvrir ses portes à d’autres ?

Faut-il un exil pour découvrir que d’autres peuples, d’autres cultures sont appelées elles aussi à partager la même gloire ?

Isaïe semble bien faire cette lecture universaliste de l’histoire d’Israël : il aura fallu la catastrophe de la déportation et de l’exil à Babylone (587-537 av. JC) pour que ce petit peuple à la nuque raide accepte enfin l’universalité du salut offert. « J’enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont pas entendu parler de moi? De toutes les nations, ils ramèneront vos frères en offrande au Seigneur » (Is 66,18-21).

Pourtant, dès le début, Dieu avait bien signifié à Israël que son élection particulière était au service de l’Alliance avec toute l’humanité, chaque Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible dans Communauté spirituelle Noe_arcenciel_chagallpeuple selon son génie propre. La mission confiée à Adam, le sceau qui protégeait Caïn, l’arc-en-ciel signe de l’alliance avec Noé : tout le début de l’Ancien Testament souligne l’universalité de l’Alliance que Dieu veut conclure avec tous. Même la circoncision pour Abraham, et l’Alliance particulière grâce à Moïse et la Tora ne seront pas comprises comme étant contre les autres peuples, mais au service de la manifestation du Dieu unique à tous, pour que chaque peuple conclue sa propre alliance avec Lui.

Mais Israël avait peu à peu oublié que son élection par Dieu est pour les autres : un service de l’humanité, et non pas un privilège réservé aux « happy few ».

Être choisi par Dieu n’est pas un privilège de nantis, c’est une responsabilité pour autrui. Ce n’est pas une « niche spirituelle » (pour faire le parallèle avec les « niches fiscales »…).

De même d’ailleurs pour les avantages, les talents, les atouts que le hasard et la naissance donnent aux uns et refusent aux autres : l’intelligence n’est pas donnée pour devenir supérieur et coupé des autres, mais pour les servir. La richesse n’est pas héritée pour renforcer une dynastie, mais pour accumuler une formidable énergie de création d’emplois et de richesses à partager. La naissance dans un pays « développé » n’est pas une chance réservée à quelques-uns, c’est une dette vis-à-vis de ceux qui sont nés sans rien ou quasiment dans leur berceau?

Jésus a vécu jusqu’au bout cette pro-existence, cette existence-pour-les-autres : il n’est pas Fils de Dieu pour être au-dessus, mais pour faire de nous des fils adoptifs. Il n’est pas Saint pour être séparé des pécheurs, mais pour les sanctifier en allant manger et se compromettre avec eux. Il n’annonce pas un salut pour VIP ou pour un petit club de parfaits, mais pour les prostituées et les collaborateurs de l’occupant romain etc.

Le célébrissime thème de la porte étroite de notre évangile d’aujourd’hui ne renie pas cette universalité du salut, au contraire.

Le salut n’est pas étroit ; c’est l’accès au salut qui est étroit.

La maison est immense, car elle peut contenir tous ceux qui viendront « de l’orient et de l’occident, du nord et du midi » ; c’est le chemin qui y mène qui est resserré, et dangereux.

L’avertissement de Jésus concerne ces « happy few » (qu’ils soient juifs ou chrétiens ou musulmans?) qui se croient déjà arrivés, parce qu’ils appartiennent au petit reste fidèle du peuple élu. Même la participation à l’eucharistie ne garantit pas automatiquement cette entrée par la porte étroite : certains auront « mangé et bu en sa présence », c’est-à-dire auront communié au Corps et au sang du Christ dans l’eucharistie, et seront pourtant « jetés dehors ». Certains auront écouté son « enseignement sur nos places », c’est-à-dire seront « calés » en religion, et subiront le même sort?

·      C’est donc que l’ouverture au salut vient de Dieu, et la fermeture de l’homme.
La Bible atteste que l’offre de la vie est pour tous, et que chacun est hélas capable de la refuser.
Mais c’est bien pour tous les peuples que la Création a été donnée.
C’est bien « pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52) que le Christ est mort.

Une autre mondialisation est donc à l’oeuvre dès le commencement de notre univers : le Dieu unique garantit l’appartenance de toutes les ethnies à une seule famille humaine.

La distinction des personnes divines garantit le respect des particularités de chacun.

La communion de l’Esprit Saint montre le chemin « étroit » de cette autre mondialisation : de vraies relations d’interdépendance, où chacun devient lui-même en étant lié, relié aux autres, en échangeant sans cesse avec eux, pour se recevoir de cette circulation généralisée.

Si le festin final est destiné à ceux « de l’orient et de l’occident, du nord et du midi », c’est qu’il est possible de l’anticiper dès maintenant. En favorisant les échanges de biens et de services, de personnes et d’idées, l’économie globalisée actuelle ? malgré ses innombrables défauts ? a au moins ce mérite de pointer le sens ultime de l’activité humaine : « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés », sans confusion ni séparation. Mieux qu’une économie protectionniste qui se méfie des échanges, mieux qu’une économie autosuffisante qui ne veut compter que sur ses propres forces, l’interdépendance moderne nous oblige à retrouver l’universalisme du salut annoncé par Isaïe et Jésus. Notre vocation n’est pas d’être sauvés contre, sans ou malgré les autres, mais grâce à eux. Ce n’est pas un jeu concurrentiel, ni un jeu ?à somme nulle’, mais un jeu « coopératif » ?

Une autre mondialisation est possible?

Parce qu’elle répond à l’appel de la Genèse (« multipliez-vous » « soumettez la terre »), de l’Exil (« ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire à toutes les nations » (Is 66,19), du Christ lui-même (« qu’ils soient un comme Nous sommes Un » Jn 15), la mondialisation des échanges de tous ordres (économique, culturels spirituels, familiaux?) entre les peuples exprime la vocation de l’humanité à se laisser rassembler une seule famille.

·      Justement, appliquez ce thème de l’universalité du salut à la famille : y accueillons-nous ceux qui viennent « de l’orient ou de l’occident, du nord ou du midi », c’est-à-dire ceux qui  ne pensent pas comme nous, ont une autre culture ? Faisons-nous une place à notre table familiale pour ceux semblent « les derniers » (Lc 13,30) aux yeux des hommes ? Savons-nous quitter ce sentiment d’appartenir aux « happy few » qui fait regarder les autres familles avec mépris, condescendance ou cynisme ?

Le chemin est étroit pour accéder au salut pourtant si large : l’avertissement de Jésus n’enlève rien à l’universalité de son message. Il rappelle la perspective de notre responsabilité : l’humanité entière rassemblée des quatre coins de l’horizon. Il souligne le danger de s’égarer en cours de route : la porte étroite.

·      Mais pourquoi faut-il donc des catastrophes, comme l’Exil à Babylone pour les juifs ou la Croix pour Jésus de Nazareth, pour que nous commencions à réaliser que nous sommes faits pour l’universel ? Peut- être pouvons-nous, en période de bonheur tranquille et de prospérité régulière, rester ouverts à cet horizon « catholique » (kat holon, en grec = selon la totalité) ? Mais l’endormissement nous guette alors de croire que tout cela est mérité, et que nous n’avons plus besoin des autres.

Peut-être l’épreuve vient-elle seulement réveiller en nous cette soif d’exister les uns par les autres ? C’est très cher payer que de passer par l’Exil ou la Croix pour accéder à la communion universelle, catholique. Mais le Christ le premier n’a pas faibli lorsqu’il lui a fallu passer par cette « porte étroite ». Sa Passion témoigne de son amour pour les romains comme pour les grecs, les juifs fidèles comme les lâches, les bourreaux comme les victimes?

L’aurait-on cru s’il s’était seulement payé de mots ? s’il n’avait signé de son sang cette fraternité nouvelle à laquelle il appelle tous les peuples ?

 

·      Voilà de quoi nourrir les rêves si utiles de ceux qui travaillent sans compter pour une autre mondialisation (loin de l’idéologie ultra-libérale comme de l’idéologie de l’écologie radicale).

Voilà de quoi interroger nos familles sur leur ouverture réelle à l’universelle famille humaine.

Demandez-vous cette semaine comment vous pouvez devenir plus pleinement catholiques, en famille, au travail, c’est-à-dire ouverts à l’universel, à ceux qui viennent « de l’orient et de l’occident, du nord et du midi »…

 

1ère lecture : Dieu vient rassembler toutes les nations (Is 66, 18-21)

Parole du Seigneur : Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire :
je mettrai un signe au milieu d’eux ! J’enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont pas entendu parler de moi et qui n’ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations.
Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou dans des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires. Ils les conduiront jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, comme les fils d’Israël apportent l’offrande, dans des vases purs, au temple du Seigneur.
Et même je prendrai des prêtres et des lévites parmi eux. Parole du Seigneur.

Psaume : Ps 116, 1, 2

R/ Allez par le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays ! 

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

2ème lecture : Dieu corrige ceux qu’il aime (He 12, 5-7.11-13)

Frères,
n’oubliez pas cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches.
Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il reconnaît comme ses fils.
Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ?
Quand on vient de recevoir une leçon, on ne se sent pas joyeux, mais plutôt triste. Par contre, quand on s’est repris grâce à la leçon, plus tard, on trouve la paix et l’on devient juste.
C’est pourquoi il est écrit : Redonnez de la vigueur aux mains défaillantes et aux genoux qui fléchissent,
et : Nivelez la piste pour y marcher. Ainsi, celui qui boite ne se tordra pas le pied ; bien plus, il sera guéri.

Evangile : L’appel universel au salut et la porte étroite (Lc 13, 22-30)

Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant.
Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Jésus leur dit :
« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas.
Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’
Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’
Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.’
Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors.
Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu.
Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Patrick BRAUD

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14 août 2010

Marie en son Assomption : une femme qui assume !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Marie en son Assomption : une femme qui assume !

 

Homélie pour la fête de l’Assomption de Marie / Année C

15/08/2010.

 

·      Assomption ?

Laissez résonner en vous ce mot étrange.

On y entend quelque chose comme « assumer », mais aussi « ascenseur », « somptueux »?

La plupart des Français confondent d’ailleurs l’Ascension et l’Assomption. Non sans raison, car il n’arrive jamais à Marie que ce qui arrive d’abord à son Fils : être emporté dans la gloire auprès de Dieu « corps et âme ». C’est bien le même mouvement qui a provoqué l’« ascension » du Christ et l’ « assomption » de Marie : le désir de Dieu de faire partager ce qu’Il est lui-même à ceux qui justement sont ses « proches ».

 

 

Tous les feux d’artifices, les bals populaires, les festivals et concours pyrotechniques qui fleurissent sur les plages et les côtes de nos rivages cet été pour le 15 Août s?enracinent sans le savoir dans cette fête (autrefois nationale) : célébrer l’une des nôtres déjà dans l’intimité de Dieu, de tout son être. Les fusées multicolores et autres feux de Bengale ne brûlent plus pour célébrer l’Assomption.  

 

Reste cependant comme un parfum d’espérance commune à travers ces réjouissances nationales : nous sommes faits pour la beauté, pour « monter » vers le ciel, à l’instar des bouquets de pétards scintillants qui arrachent toujours des « oh » et des « ah » aux enfants comme aux foules massées autour des bases de lancement. Comme si regarder un feu d’artifice nous rappelait confusément notre propre vocation à « monter » nous aussi vers plus haut, vers plus beau, vers « le ciel »?

De cela, Marie en son Assomption est le témoin.

De cette aspiration, Marie élevée dans la gloire est le garant.

Comme, dans un feu d’artifice, il y a des fusées qui sont chargées d’éclater le plus haut possible en parapluies de gerbes phosphorescentes, Marie en son Assomption est chargée de nous transmettre cette immense espérance : nous sommes faits pour vivre au plus haut de nous-mêmes, en Dieu?

Et nous attendons le bouquet final, où toutes les couleurs seront enfin réunies, dans une pétarade assourdissante?

 

·      Avec cette image de la montée vers le haut, l’Assomption évoque également l’action d’assumer ce que l’on est. En français, lorsque quelqu’un dit : « j’assume », cela veut dire qu’il ira jusqu’au bout de sa décision. Dans le langage de Dieu, l’Assomption veut dire qu’Il assume l’humanité de Marie, sa condition de créature, pour la porter à son incandescence. « J’assume l’?uvre de mes mains – semble dire Dieu - et je vais jusqu’au bout de la logique en vertu de laquelle j’ai demandé à Marie de porter Jésus comme son enfant. »

Du coup, il est en même temps donné à Marie d’assumer elle aussi toute son humanité, sa finitude (car elle une créature – comme nous – alors que le Christ est « engendré non pas créé » comme nous le disons à chaque Credo).

Méditer sur la figure de Marie, une femme « qui assume », peut changer notre vision de l’Assomption !

 

·      Et c’est vrai qu’elle assume, cette jeune fille de Nazareth !

 

- Dès l’âge de 16-18 ans, elle assume une grossesse imprévue, surprenante. Bien que cette grossesse-là soit unique dans l’histoire humaine, l’étonnement et l’embarras de Marie devant cette naissance à venir ressemblent à ce que tant de jeunes filles ont dû assumer suite à une grossesse « non désirée ».

Assomption (Montage plat)Nombre de mères se reconnaîtront dans les questions de la vierge de Nazareth : comment cela se fera-t-il ? Que vais-je devenir avec cet enfant en moi ?

Ne dit-on pas fort justement que les hommes « n’assument pas » lorsqu’ils laissent tomber leur compagne lorsqu’elle est enceinte ? Ou que la société n’assume pas ses responsabilités en préférant parfois encourager l’IVG au lieu d’accompagner jusqu’au bout et après ?

On le voit : assumer une grossesse imprévue, c’est un chemin d’humanité encore aujourd’hui si difficile que Marie demeure une référence, une grande soeur même, dans la manière dont elle a pu affronter cette situation, en maintenant sa confiance en Dieu. Joseph est celui qui l’a aidé à surmonter ce statut si honteux de « fille-mère » : il a assumé un enfant qui n’était pas de lui, il lui a donné son nom, sa famille, son héritage…

Nombre de pères se reconnaîtront en Joseph, quand ils doivent eux aussi assumer les enfants d’un autre, avec amour et respect.

 

- Puis son fils s’est mis à partir sur les chemins de Palestine, à l’âge de trente ans environ, c’est-à-dire à l’âge où ses amis de Nazareth étaient déjà mariés, rangés? Marie là encore a dû assumer ce nouveau statut pour son fils : prophète itinérant, guérisseur renommé, mystique exalté? Était-ce là ce qu’elle avait rêvé pour lui ? N’a-t-elle pas dû combattre intérieurement pour ne pas faire pression, pour laisser son fils aller, pour accepter de ne plus le comprendre ? On trouve la trace de ce combat intérieur – où Marie apprend à assumer sa maternité divine- dans quelques passages : l’épisode de Jésus au Temple de Jérusalem à 12 ans (« Marie conservait toutes ces choses en son coeur » Lc 2,51), son désir de le ramener à la maison avant que tout cela ne dégénère (« ta mère et tes frères sont là, dehors, qui te cherchent » Lc 8,20), son énorme silence lors de la Passion de son Fils, où aucun des 4 évangélistes ne lui fait prononcer une parole?

Nombre de mères se reconnaîtront dans cet accompagnement, joyeux et douloureux, que tout parent doit assumer lors de la croissance de son enfant : se réjouir de ses succès, se laisser interroger par ses échecs, mais toujours être là, même dans l’incompréhension totale de ses paroles ou de ses actes?

 

- Après la résurrection de son fils, Marie n’a pas fini son « pèlerinage de foi », selon la belle expression de Jean-Paul II pour désigner le parcours de cette femme qui, d’étape en étape, n’en finissait pas de découvrir ce qu’elle devait assumer pour devenir ce qu’elle était : la mère du Messie.

En effet, ce n’est pas elle que Jésus relevé d?entre les morts choisit pour se manifester aux disciples, mais Marie-Madeleine.

Ce n’est pas elle que son Fils vivant pour toujours envoie annoncer cette extraordinaire nouvelle à tous les peuples, mais ses disciples, eux qui n’avaient guère « assumé » pendant la Passion (car fuir, renier, trahir celui qu’on disait aimer, c’est l’exact contraire de la manière dont Marie a assumé la déréliction de son enfant !).

À la Pentecôte, le projecteur est mis sur l’assemblée des disciples, à tel point que Marie semble disparaître derrière le halo naissant des prédicateurs inspirés que deviennent les Onze.

Nombre de mères se reconnaîtront dans cet effacement blessant auquel le parcours de leur enfant semble les cantonner. Nombre de femmes savent d’instinct que persévérer dans la confiance finit pourtant par être fécond, plus que l’abandon, plus que l’aigreur ou l’indifférence forcée.

 

Car il n’y a nulle jalousie en Marie.

Marie en son Assomption : une femme qui assume ! dans Communauté spirituelle assomption_poussinNulle revendication d’une place qu’elle estimerait lui revenir de droit.

Nulle révolte devant l’apparente ingratitude de son Fils, pour qui elle semble ne plus exister.

Dans sa confiance en lui, elle sait qu’elle ne sera pas confondue, et que sa relation unique avec lui trouvera sa plénitude dans un achèvement unique.

L’Assomption est cet achèvement unique – annonçant le nôtre – où Dieu ratifie la ténacité de Marie, et lui donne raison contre toutes les apparences humaines.

Nombre de mères se reconnaîtront dans cette opiniâtreté où leur amour, défiant les apparences, leur donne de tenir bon, d’assumer les pires épreuves, les pires humiliations s’il s’agit de se battre pour la chair de leur chair. Nombre de femmes savent au plus intime d’elles-mêmes que cela vaut la peine de ne pas baisser les bras pour défendre la vie qui a jailli de leur corps, sans rien revendiquer pour elles.

 

·      Finalement, le langage populaire n’a pas tort, en associant l’Assomption, l’Ascension, et le fait « d’assumer » dans la vie !

Marie est le signe vivant que nous pouvons aspirer à « plus haut », à ne pas rester collés à raz de terre, car nous sommes à l’image du Dieu « très haut », et c’est pourquoi l’être humain est « somptueux ».

Marie aujourd’hui glorifiée dans tout son être promet la même plénitude à toutes les femmes qui mènent un combat semblable au sien : assumer une maternité, la mort d’un compagnon qui était un véritable soutien (Joseph), la longue éducation d’un enfant surprenant, ses choix bizarres ou sa fin humiliante?

 

·      Que les hommes se rassurent : non seulement ils ne sont pas exclus de cette promesse, mais ils peuvent devenir eux aussi la mère du Christ, selon la belle déclaration de Jésus (qui a dû peiner Marie sur le moment, mais qu’elle a comprise plus tard, beaucoup plus tard !) :

« « Qui est ma mère ? Et mes frères ? »  Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit: « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère,  une soeur, une mère. » » (Mc 3,33).

 

 

1ère lecture : La Femme de l’Apocalypse, image de l’Église comme Marie (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Le Temple qui est dans le ciel s’ouvrit, et l’arche de l’Alliance du Seigneur apparut dans son Temple.

Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds,e t sur la tête une couronne de douze étoiles.
Elle était enceinte et elle criait, torturée par les douleurs de l’enfantement.
Un autre signe apparut dans le ciel : un énorme dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes,et sur chaque tête un diadème.
Sa queue balayait le tiers des étoiles du ciel, et les précipita sur la terre. Le Dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.
Or, la Femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son Trône,
et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place.

Alors j’entendis dans le ciel une voix puissante, qui proclamait : « Voici maintenant le salut,la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! »

 

Psaume : 45, 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16

R/ Heureuse es-tu, Vierge Marie, dans la gloire de ton Fils.

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

2ème lecture : Le Christ nous entraîne tous dans la vie éternelle ( 1 Co 15, 20-27a)

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal. C’est lui en effet qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

 

Evangile : « Heureuse celle qui a cru ! » (Lc 1, 39-56)

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,
« Mon âme exalte le Seigneur,
mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
Son amour s’étend d’âge en âgesur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. »
Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD 

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27 mars 2010

Il a été compté avec les pécheurs

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Il a été compté avec les pécheurs

 

Homélie du Dimanche des Rameaux / Année C

28/03/10

 

« Il a été compté avec les pécheurs » (Is 53,12).

 

Cette citation du prophète Isaïe est sans doute la clé, propre à Luc, qui lui permet de déchiffrer l’énigme de la passion de Jésus que nous lisons en ce dimanche des Rameaux.

Luc est en effet le seul évangéliste à aller chercher dans les « chants du Serviteur souffrant » d’Isaïe l’explication du déchaînement du mal contre Jésus, et son apparente faiblesse tout au long de son procès et de sa passion.

 

« Il a été compté avec les pécheurs ».

De Etty Hillesum à Nelson Mandela, du capitaine Dreyfus aux erreurs judiciaires d’aujourd’hui, ils sont nombreux ceux qui peuvent se reconnaître dans cette expérience douloureuse : être injustement rangé au rang des criminels.

Mais, en plus, dans cette passion singulière, c’est Dieu lui-même qui est compté avec les pécheurs ! Le Dieu trois fois saint est plongé dans l’abîme de la dérision, de l’insulte, du mépris, et on veut faire croire à Jésus qu’il est un blasphémateur, qu’il est loin de Dieu, lui l’Intime !

 

L’extrême souffrance de l’accusé Jésus n’est alors pas d’abord la douleur physique des épines ou des clous. C’est l’affreuse immersion dans « l’océan pestilentiel du péché », selon l’expression des mystiques. Il fait corps avec les pécheurs, avec les rejetés, les réprouvés, les exclus de la société, les sans-Dieu, les contre-Dieu…

 

- Contemplez son angoisse au Mont des Oliviers : ce n’est pas la douleur physique qui le fait suer du sang ; c’est l’opprobre de la croix (cf. He 13,13) qui approche, symbole de la malédiction (« maudit soit qui pend au gibet de la croix », dit le Deutéronome 21,23 // Ga 3,13) et de l’éloignement absolu.

- Ressentez sa tristesse, lorsqu’il découvre que les amis et les gestes d’amitié deviennent des armes utilisées contre lui :« Judas, c’est par un baiser que tu livres le fils de l’homme ? » « Pierre, tu vas me renier trois fois ».

- Partagez son indignation lorsqu’on le traite comme un moins que rien : « suis-je donc un bandit pour que vous soyez venus m’arrêter avec des épées et des bâtons ? »

 

- Plongez dans son désarroi lorsqu’on l’insulte : « fais le prophète ! » ; lorsqu’on l’accuse de blasphème (lui, le fils de Dieu !), lorsque Hérode le traite avec mépris et se moque de lui.


- Laissez résonner cet immense silence qui étonne ses accusateurs : Jésus se tait devant le tribunal, comme il s’était tu devant les accusateurs de la femme adultère…

- Mesurez son sentiment d’abandon, et peut-être de honte, lorsque la foule de son peuple lui préfère le meurtrier Barabbas, et crie sa haine : « crucifie-le ! ».

 

- Même l’un des malfaiteurs le traite comme un inférieur : suspendu à la croix, Jésus se fait injurier par l’un de ses compagnons d’infortune…

 

« Il a été compté avec les pécheurs ».

Lui qui était Dieu, il s’est abaissé jusque là (cf. 1° lecture : Philippiens 2,6-11), jusqu’à cette descente aux enfers où on le range avec les blasphémateurs, les sans-Dieu, les criminels à éliminer…

 

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Pourquoi a-t-il bu cette coupe jusqu’à la lie ?

Pourquoi a-t-il accompli cette prophétie d’Isaïe : être assimilé aux derniers des pécheurs?

·     Pour que nul ne désespère.

·     Pour que nul enfer ne soit scellé à jamais.

·     Pour que ceux dont la dignité est bafouée soient sûrs qu’en Dieu elle est pleinement reconnue.

·     Pour que les exclus, les rejetés des hommes découvrent en Jésus leur frère, qui les  réintroduit dans la famille de Dieu.

·     Pour que ceux dont on se moque, qu’on insulte, qu’on maltraite, qu’on exclut de la compagnie des hommes entendent cette parole incroyable : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ».

 

Que la passion du Christ vienne soutenir toutes nos passions humaines…

 

 


1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.
Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.
Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages,c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre :je sais que je ne serai pas confondu.
Parole du Serviteur de Dieu : Le Seigneur Dieu m »a ouvert l »oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.

 

Psaume : Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre ! Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »
C’est toi qui m’as tiré du ventre de ma mère, qui m’a mis en sûreté entre ses bras.
A toi je fus confié dès ma naissance ; dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.
Ne sois pas loin : l’angoisse est proche, je n’ai personne pour m’aider.
Des fauves nombreux me cernent, des taureaux de Basan m’encerclent.
Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi.
Je suis comme l’eau qui se répand, tous mes membres se disloquent. Mon coeur est comme la cire, il fond au milieu de mes entrailles.
Ma vigueur a séché comme l’argile, ma langue colle à mon palais.

Tu me mènes à la poussière de la mort. +
Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure. Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. +
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !
Préserve ma vie de l’épée, arrache-moi aux griffes du chien ;
sauve-moi de la gueule du lion et de la corne des buffles. Tu m’as répondu ! +
Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur, + glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d’Israël.
Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte.
Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « A vous, toujours, la vie et la joie ! »
La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui :
« Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! »
Tous ceux qui festoyaient s’inclinent ; promis à la mort, ils plient en sa présence.
Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son oeuvre !

 

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)

Lui qui était dans la condition de Dieu,il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur.

Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement,
il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir,et à mourir sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms,
afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur »,pour la gloire de Dieu le Père.
Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n »a pas jugé bon de revendiquer son droit d »être traité à l »égal de Dieu ;

 

Evangile : La Passion (Lc 22, 14-71; 23, 1-16.18-56)

Quand l’heure fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.
Il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !
Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »
Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit : « Prenez, partagez entre vous.
Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu. »
Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.
Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table.
En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l’homme qui le livre ! »
Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d’entre eux allait faire cela.
Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?
Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.
Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert.
Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.
Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.
Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.
Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. »
Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »
Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »
Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »
Ils lui répondirent : « Mais non. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l’argent, qu’il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une.
Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »
Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »
Jésus sortit pour se rendre, comme d’habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent.
Arrivé là, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait :
« Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.
Dans l’angoisse, Jésus priait avec plus d’insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre.
Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis à force de tristesse.
Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser.
Jésus lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? »
Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, faut-il frapper avec l’épée ? »
L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.
Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit.
Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est maintenant votre heure, c’est la domination des ténèbres. »
Ils se saisirent de Jésus pour l’emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin.
Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s’étaient tous assis là. Pierre était parmi eux.
Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. »
Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas. »
Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu en fais partie. » Pierre répondit : « Non, je n’en suis pas. »
Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C’est sûr : celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. »
Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.
Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. »
Il sortit et pleura amèrement.
Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient.
Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? »
Et ils lançaient contre lui beaucoup d’autres insultes.
Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l’emmenèrent devant leur grand conseil.
Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. » Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ;
et si j’interroge, vous ne répondrez pas.
Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »
Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C’est vous qui dites que je le suis. »
Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche. »
Quand l »heure du repas pascal fut venue, Jésus se mit à tables, et les Apôtres avec lui.
Ils se levèrent tous ensemble et l’emmenèrent chez Pilate.
Ils se mirent alors à l’accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie. »
Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi qui le dis. »
Pilate s’adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »
Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu’ici. »
A ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen.
Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.
A la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle.
Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien.
Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence.
Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate.
Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant ils étaient ennemis.
Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.
Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation.
D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort.
Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »
Les chefs des prêtres et les scribes emmenèrent Jésus chez Pilate.
Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »
Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville.
Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.
Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »
Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient.
Alors Pilate décida de satisfaire leur demande.
Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.
Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus.
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.
Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !
Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’
Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous’.
Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.
Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche.
Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.
Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché.
Le rideau du Temple se déchira par le milieu.
Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.
A la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c’était un juste. »
Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine.
Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.
Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste.
Il n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu.
Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus.
Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé.
C’était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.
Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé.
Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick BRAUD

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