L'homélie du dimanche (prochain)

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12 février 2011

Accomplir, pas abolir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Accomplir, pas abolir 

 

Homélie pour le 6° dimanche ordinaire / Année A

Dimanche 13 Février 2011

 

« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».

Si les Églises s’étaient davantage souvenues de cette phrase de Jésus en Mt 5, elles n’auraient sans doute pas diabolisé les rites chinois, supprimé autant de coutumes africaines, ou imposé tant de points de vue orientaux au début puis occidentaux ensuite… Heureusement, certains ne l’ont pas oublié : des missionnaires ont sauvé les langues locales en les mettant par écrit, avec dictionnaires et grammaire. D’autres ont magnifié les coutumes locales dignes d’admiration et les ont fait entrer dans le trésor chrétien. D’autres encore cherchent dans la musique contemporaine, ou la culture numérique, ou la mondialisation… ce qui peut être « accompli » en le « baptisant » en Christ.

 

Mais justement qu’est-ce que accomplir pour Jésus ?

 

Mt 5 ne développe ce thème de l’accomplissement que pour la Loi. C’est à la fois peu et beaucoup. En suivant quelques étapes du travail d’accomplissement auquel Jésus se livre par rapport à la Loi, nous aurons quelques indications pour les autres éléments à accomplir (les prophètes, la sagesse, la culture d’un peuple…).

 

·       Accomplir c’est d’abord connaître

Pour Jésus, c’est clair : la lettre de la loi est très importante. « Pas un iota n’en disparaîtra » annonce-t-il. Il la connaît par coeur, par le coeur, cette version littérale de la Torah.

Il est capable de citer l’Écriture au diable qui le tente au désert par trois fois avec d’autres citations (Mt 4).

Il est même assez habile pour aller chercher dans la Torah ce qui est contraire à la Torah ! Ainsi, lorsque les fanatiques de la loi juive se scandalisent du non-respect du shabbat par ses disciples qui cueillent des épis pour manger ce jour-là, il leur propose un autre passage de la Loi où David et ses compagnons osent manger les pains consacrés réservés aux seuls prêtres (Lc 6,2-5).

 

« Nul n’est censé ignorer la loi ». Parce qu’il la connaît mieux que quiconque, de l’intérieur, Jésus peut à la fois appeler à son respect et jouer de sa sophistication. Parce qu’il connaît la Loi, il peut en manifester la subtile complexité, qui appelle à un discernement. Il peut même faire apparaître des contradictions internes qui appellent à un dépassement de la lettre de la Loi…

 

Il faut donc connaître par le coeur ce que l’on désire « accomplir ».

Voilà pourquoi les Pères Blancs passent tant de temps à apprendre une langue locale africaine, ou pourquoi Charles de Foucauld est resté tant d’années à étudier le touareg et la culture touarègue.

Accomplir c’est d’abord connaître.

 

·       Accomplir, c’est ensuite relativiser

Non pas au sens de fragiliser, ou diminuer. Mais au sens de replacer dans son contexte (car tout est relatif !), de retrouver la relation que la loi voulait restaurer lorsqu’elle a été promulguée. Pour cela, Jésus n’absolutise la lettre de la Loi. Il revient à la tradition orale, vivante, évolutive, attentive à l’humain.

« Vous avez entendu qu’il a été dit… » « Eh bien moi je vous dis » : ce leitmotiv  revient cinq fois dans ce discours sur la montagne. Il se réfère à la tradition orale plus qu’à l’écrit ici, pour 5 questions disputées : le meurtre, l’adultère et le divorce, le serment, la vengeance, l’attitude face aux ennemis. Or 5 est le chiffre de la Loi, des cinq livres de Moïse constituant la Torah, le Pentateuque.

Accomplir ce n’est donc pas répéter sans rien changer de la lettre.

Accomplir, c’est retrouver une tradition vivante qui fait face aux questions contemporaines en sachant « tirer du neuf de l’ancien ». (Mt 13,52)

 

·  Accomplir, c’est radicaliser

Radicaliser : revenir à la racine de l’intuition de la loi.

C’est ce que fait Jésus ici par rapport aux cinq points évoqués. Pour ces questions de meurtre / d’adultère-divorce / de serment / de vengeance / ou d’amour des ennemis, Jésus ne se satisfait pas du légal, mais il veut retrouver ce qui était à la racine de la Loi : rétablir la communion entre les êtres.

Pas seulement sanctionner, pas seulement être ?en règle’, mais faire surgir une communion plus grande qu’avant le conflit.

 

Il est à noter d’ailleurs que cette radicalisation n’est jamais dirigée contre les autres, mais envers soi-même.

Le drame des intégristes ou des fanatiques de la loi (de la charia aux idéologies sécuritaires actuelles…) c’est de faire de la loi une machine de guerre contre les autres : contre les délinquants, contre la ?racaille’, contre les ?impies’, contre les ?blasphémateurs’, contre la finance ou contre les multinationales…

Or Jésus renverse ce mouvement de radicalisation : c’est envers soi-même qu’il appelle à être radical.

« Si ton frère a quelque chose contre toi ». « Si ton oeil t’entraîne à pécher ». « Quand vous dites oui… ». « Ne jure pas sur ta tête ». « Aimez vos ennemis »?

Cette radicalisation-là ne vise pas à éliminer l’autre, supposé mauvais, mais bien à éliminer le mal en soi d’abord.

Tout le contraire d’une dérive autoritaire ou légaliste…

 

·  Le sommet de la loi c’est la miséricorde

Allant chercher en soi la racine du mal à guérir, chacun pourra alors considérer l’autre bien autrement que sous le seul angle du droit.

C’est un frère, pas un « crétin » ou un adversaire. (v22)

C’est une compagne, plus qu’une femme adultère. (v 32)

C’est un compagnon de route avec qui faire le double du chemin, et pas un « méchant » à abattre. (v 41)

C’est un ennemi à aimer, pas à éliminer. (v 44)

 

« Allez donc apprendre ce que veut dire cette parole : c’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices » (Mt 9,13 ; 12,7; cf. Os 6,6). Voilà la clé d’interprétation de la Loi que Jésus est allé chercher dans la Loi.

La miséricorde est le sommet de la Loi.

Toute « radicalisation » qui s’éloignerait de cette perspective deviendrait vite inhumaine, à la manière des régimes autoritaires et policiers (même au nom d’alibis  religieux…).

 

·    Connaître, relativiser, radicaliser, orienter vers la miséricorde : voilà quelques étapes de l’accomplissement de la Loi par Jésus, avec lui et en lui.

Cet accomplissement n’est jamais figé.

Il ne vise pas que la loi. Le Christ est venu accomplir ce qu’il y a de meilleur en chacun, en chaque peuple.

La mission de l’Église est essentiellement une mission d’accomplissement :

accomplir la culture , l’intelligence, les sciences et techniques, en  « tout homme, tout l’homme, tous les hommes » (Paul VI, Popularum Progressio).

 

Pour ne pas céder aux sirènes identitaires et légalistes, répétons-nous souvent cette phrase-clé de Jésus : « je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».

 

 

 

1ère lecture : « Tu peux observer les commandements » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle.

Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.

La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.

Car la sagesse du Seigneur est grande, il est tout-puissant et il voit tout.

Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes.

Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a permis à personne de pécher.

 

Psaume : 118, 1-2, 4-5, 17-18, 33-34

R/ Heureux qui règle ses pas sur la parole de Dieu.

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout coeur ! 

Toi, tu promulgues des préceptes
à observer entièrement.
Puissent mes voies s’affermir
à observer tes commandements ! 

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout coeur.

2ème lecture : La sagesse de Dieu est ignorée du monde (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
c’est bien une sagesse que nous proclamons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent.

Au contraire, nous proclamons la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire.

Aucun de ceux qui dominent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire.

Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le coeur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu.

Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu.

 

Evangile : Sermon sur la montagne. Accomplir, pas abolir. (Mt 5, 17-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La loi du Seigneur est joie pour le c?ur, lumière pour les yeux. Alléluia. (cf. Ps 18, 9)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.  Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.


Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur. Si ton oeil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. 

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »

      Patrick Braud

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29 janvier 2011

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

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Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

 

Homélie pour le 4° dimanche ordinaire / Année A

Dimanche 30 Janvier 2011

 

 

Le petit reste Israël, où l’art d’être minoritaires

« Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur.

Ce Reste d’Israël ne commettra plus l’iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l’effrayer » (So 3,12-13).

·       Ce thème du petit reste d’Israël a une grande importance dans la survie du peuple juif, et dans la conscience que l’Église a d’elle-même. Vers 620 environ avant Jésus-Christ, Sophonie annonce la catastrophe de l’Exil à Babylone (587 av. JC). Il anticipe les dégâts  de cette Shoah : il n’y aura plus de roi, plus de Temple. Apparemment, tout ira mal, car ? vaincus – la plupart des juifs se mélangeront au peuple dominateur et laisseront se diluer ainsi leur identité spécifique en se fondant dans la culture païenne ambiante.

Le petit reste d'Israël, ou l'art d'être minoritaires dans Communauté spirituelle sefer_torah-125x150Pourtant quelques-uns parmi les exilés résisteront, et refuseront de se laisser totalement assimiler. Ils vont s’accrocher à leurs synagogues, à leurs cohens (les prêtres). La lecture de la Tora chaque samedi et l’observance du shabbat les sauveront de la disparition totale qui logiquement aurait dû se produire.

 

·       C’est donc qu’il est possible de n’être qu’un petit reste et pourtant de porter l’avenir d’un peuple…

Minoritaire à Babylone où il est plongé dans la civilisation de l’empire, minoritaire au sein de sa propre famille juive où il fait figure d’irréductible, ce petit reste d’Israël se voit pourtant reconnaître par Isaïe comme celui à partir Dieu va reconstruire et le Temple et la nation et l’alliance au retour d’Exil (537 av. JC).

 

Parce qu’il ose être différent et garder l’Alliance, ce « germe d’Israël », « petit et pauvre », sera le pilier du renouveau à venir.

 

L’Église catholique, minoritaire en France

·       Comment ne pas y voir un encouragement et une feuille de route pour notre Église catholique en France ?

Alors que dans le monde, le catholicisme ne cesse de grandir de se développer, alors qu’il est numériquement majoritaire dans beaucoup de pays importants (USA, Amérique du Sud, Brésil…) ou en forte croissance ailleurs (Corée du Sud, Chine, Afrique, Inde…), il semble bien qu’en France nous soyons installés, et pour longtemps, dans une situation comparable au « petit reste » de Sophonie.

 

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Les chiffres ne disent pas tout, mais ils expriment quand même cette réalité indiscutable : les catholiques « convaincus » sont très minoritaires dans notre société. Toutes les statistiques expriment cela (baptêmes, vocations, pratique dominicale…).

 

Certes, une grande partie de l’influence sociale de l’Église catholique perdure au-delà de ces baisses numériques : influence historique, culturelle, morale… Mais il est incontestable que les catholiques pratiquants sont aujourd’hui quelques-uns parmi beaucoup d’autres dans la société française. Demandez aux jeunes générations : elles le savent d’instinct ! Ils ne sont qu’une poignée par classe à aller « au caté » (15% de catéchisés en moyenne au maximum), une pincée à fréquenter les aumôneries de collèges ou de lycées (10 % environ) ou d’étudiants (1 %, sinon moins). Nos assemblées en temps ordinaire reflètent cette perte de vitesse numérique (alors que pour les fêtes ou les deuils par exemple, la capacité de mobilisation reste beaucoup plus importante).

 

·       Comment réagir à cette réalité ? Certains passeront leur temps à se lamenter, à regretter un âge d’or illusoire ; ils tomberont dans une forme de dépression spirituelle. D’autres seront tentés par le repli sur soi, réflexe de survie compréhensible – mais dangereux – de toutes les minorités qui se sentent menacées. Certains extrémistes prôneront la dissolution totale par souci d’ouverture et de fraternité avec les autres, ou au contraire une rigueur quasi intégriste pour préserver le noyau dur des convaincus…

·       Il est vrai qu’être minoritaires peut être dangereux. Demandez aux chrétiens d’Orient hélas : être chrétien (ou pire encore, vouloir le devenir) dans une société où l’islam est majoritaire est extrêmement risqué. Le film « Des hommes et des dieux » a pourtant diffusé cette conviction qui remonte aux premiers martyrs chrétiens : rester vivre - « petit reste fragile et pauvre » - au milieu d’une société marquée par des violences extrémistes, pour témoigner de la liberté d’aimer et de croire peut devenir à long terme extrêmement fécond, même si cela passe par la mort…


De l’avantage d’être minoritaires !

La figure du « petit reste d’Israël » prophétisé par Sophonie permet d’échapper aux impasses nostalgiques comme aux peurs stratégiques.

C’est tout un art d’être minoritaires, sans désespérer, sans baisser les bras ni se résigner !

 

- Une minorité active peut se révéler être utile, extrêmement utile à la société à laquelle Seule+parmi+la+foule Eglise dans Communauté spirituelleelle participe. C’était le cas dans les premiers siècles, où les chrétiens étaient minoritaires et mêmes persécutés dans l’empire romain.

- Une minorité consciente peut sans complexe proposer ses convictions et ses vues différentes : sur le respect de la vie humaine, sur le rôle de l’économie, sur la constitution d’un couple, d’une famille… sans être soupçonnée de vouloir imposer ses idées : comment en aurait-elle les moyens actuellement ?

- La minorité catholique peut du coup chez nous participer aux débats publics sans autre objectif que de témoigner de ce qui la fait vivre. N’ayant plus de puissance institutionnelle à défendre (il y a bien quelques régions ou quelques domaines où il y a de beaux restes tout de même…), cette minorité ne demandera ni privilèges ni subventions : elle sera libre d’être elle-même au milieu des autres opinions.

- Cela comporte pour elle une exigence : revenir à l’Évangile comme la source de sa parole et de son action, renoncer à vouloir conquérir.

 

Les réformateurs des grandes périodes de crise étaient ultra minoritaires à leurs débuts : les martyrs des cirques romains, les ermites du désert égyptien, les moines disciples d’Antoine, Basile, Augustin ou Benoît, François d’Assise ou Luther, les pionniers de l’Action catholique ou du Renouveau charismatique…

- Être minoritaires donne une liberté et une audace qui sont des promesses d’avenir.

- Être minoritaires est un temps de fondation pour le renouveau qui viendra.

- Être minoritaires n’est ni mieux ni pire qu’être majoritaires : c’est ainsi que les événements (Dieu ?) nous ont placé en France actuellement, et c’est ainsi qu’il nous faut fleurir (cf. François de Sales : « fleuris là où Dieu t’a planté »).

 

C’est tout un art d’être minoritaires ! L’expérience du petit reste d’Israël peut nous y aider.

 

·       Et vous comment assumez-vous cette condition de minoritaires dans votre milieu professionnel, familial, amical, associatif ?

 

 

1ère lecture : Dieu veut un peuple humble, petit et pauvre (So 2, 3; 3, 12-13)

 Lecture du livre de Sophonie

Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays qui faites sa volonté. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur.

Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur.
Ce Reste d’Israël ne commettra plus l’iniquité. Il renoncera au mensonge, on ne trouvera plus de tromperie dans sa bouche. Il pourra paître et se reposer sans que personne puisse l’effrayer.

Psaume : Ps 145, 7, 8, 9ab.10b

R/ Heureux le pauvre de coeur : à lui, le Royaume des cieux !

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés. 

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
Le Seigneur est ton Dieu pour toujours.

2ème lecture : Ceux que Dieu choisit (1Co 1, 26-31)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes, dans le Christ Jésus, qui a été envoyé par lui pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut s’enorgueillir, qu’il mette son orgueil dans le Seigneur.

 

Evangile : Sermon sur la montagne. Les Béatitudes (Mt 5, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! Alléluia. (Mt 5, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent.
Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
Patrick Braud 

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18 décembre 2010

L’annonce faite à Joseph, ou l’anti Cablegate de Wikileaks

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L’annonce faite à Joseph,
ou l’anti Cablegate de Wikileaks

Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année A
Dimanche 19 Décembre 2010

 

L’affaire Wikileaks

Dimanche 28 novembre 2010 : le monde diplomatique tremble, stupéfait d’apprendre la L'annonce faite à Joseph, ou l'anti Cablegate de Wikileaks dans Communauté spirituelle Wikileaks%2Blogopublication de 251 287 câbles diplomatiques ‘fuités’ des États-Unis sur le site de Wikileaks. À tel point que les médias américains parlent d’un ‘Cablegate’, en référence au Watergate du temps de Nixon.

En fait, Wikileaks va les diffuser au compte-gouttes, en les confiant à des titres de presse mondiale : New York Times (USA), Le Monde (France), The Guardian (Grande-Bretagne), El Pais (Espagne) et Der Spiegel (Allemagne).

Le site est habitué à ces coups d’éclat. En juillet, WikiLeaks publiait d’un coup 76 000 documents de l’armée américaine sur la guerre en Afghanistan. En octobre, le site récidivait, avec la masse impressionnante de 400 000 rapports sur la guerre en Irak.

 

Le mythe dangereux de la transparence absolue

Pourquoi publier une telle masse de documents confidentiels sur le site de Wikileaks ? Par souci de transparence, défend son auteur :

« Alors que les documents révèlent des abus et un cynisme épouvantables, le simple fait qu’ils puissent fuiter montre qu’il y existe des individus droits et courageux au sein du gouvernement, qui croient en la transparence et en une politique étrangère plus éthique. Ils cherchent à réformer les organisations dans lesquelles ils travaillent, objectif qui, comme le démontrent les câbles fuités, concerne les citoyens de tous les pays. Cette publication prouve que ces individus courageux ne sont pas impuissants – mais c’est la réaction mondiale à ces câbles qui déterminera à quel point une telle publication amènera le changement. »

On sait hélas ce que produit cette quête quasi ‘cathare’ (obsession de la pureté) de la transparence absolue. Mao avec ses confessions collectives prêchait la transparence absolue de tous devant tous. La société inhumaine de Georges Orwell (cf. son roman : ?1984′) surveille et sait tout de tous. « Big Brother is watching you » : lorsqu’il n’y a plus d’intimité, lorsque tous les secrets sont étalés et connus, la société ainsi « transparente » est en fait devenue totalitaire…

 

L’ambivalence du secret
Quel est le statut du secret dans le Nouveau Testament ?
Est-il plutôt du côté de Wikileaks ou du Quai d’Orsay ?

Comme toujours, la réalité du secret est ambivalente, et décrite comme telle par Jésus.

- Il n’y a rien de secret qui ne doive être un jour être proclamé sur les toits (Lc 8,17 ; Mc 4,22 ; 1Co 4,5 ; 14,25). Les paroles prophétiques ne doivent pas être tenues secrètes (Ap 22,10), et Jésus revendique de parler au grand jour (Jn 18,20).

- Mais il y a pourtant des paroles qui doivent rester secrètes (Ap 10,4). Jésus lui-même ikdlzpkw Joseph dans Communauté spirituellemonte « en secret » à Jérusalem pour une fête de pèlerinage (Jn 7,10). Et surtout, il y a l’appel de Jésus à agir « dans le secret », que ce soit pour l’aumône, la prière où le jeûne :« ton Père est là, dans le secret, il te le revaudra ». (Mt 6,1-18).

Saint François de Sales en tirera la maxime célèbre :« le bien ne fait pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien ».

 

- C’est donc à un discernement que le Christ se livre : certains secrets sont garants de l’action de Dieu, d’autres doivent impérativement être levés.

 

Éloge du secret

Dans l’évangile de ce troisième dimanche de l’Avent, l’éloge du secret de l’action divine est impressionnant.

Malgré son amour pour Joseph, Marie ne lui secret_inside_m rêvea rien dit de la transformation secrète de son corps, ni de l’origine étonnante de sa grossesse.

Joseph découvre que sa fiancée est enceinte, d’un autre que lui. Et parce qu’il est « juste », il décide de la répudier « en secret ». Ici, la justice et le secret sont donc liés en la personne de Joseph. À l’inverse de la volonté de tout étaler sur la place publique, qui caractérise Wikileaks, Joseph veut préserver la réputation de Marie, et accepte de ne pas dévoiler sa faute apparente.

Mais tout cela l’a tellement travaillé qu’il en rêve la nuit, et un songe lui permet de découvrir la vérité de ce secret. L’Esprit Saint lui-même est à l’oeuvre en Marie, mais c’est « en secret ». Joseph choisit alors de coopérer à ce secret de Dieu agissant en Marie. Il assume la paternité de cet enfant qui n’est pas de lui, en gardant le secret de son origine, jusqu’à ce que Jésus lui-même lève le voile.

Le temps du secret

Pendant près de 30 ans, le couple marié de Nazareth gardera ce secret aux yeux de tous (sauf de quelques proches : Élisabeth la cousine, et Zacharie, sans doute Jean-Baptiste…).

Autrement dit : Dieu a le temps. Les années cachées à Nazareth permettent au Verbe de Dieu de s’accoutumer à l’homme, et à ses parents de s’accoutumer à son origine divine… Mais c’est en secret que le temps fait son oeuvre. Il n’a nul besoin de publicité pendant toutes ces années, loin de la curiosité publique.

 

Le secret du temps

Sachant ainsi garder un secret aussi essentiel, Marie et Joseph contribuent à révéler le secret du temps de Dieu : accepter de ne pas tout comprendre, laisser le temps au temps, relire après coup les événements, patienter dans le lent déchiffrement des signes des temps…

C’est donc un à un autre rapport au temps que nous initie le père adoptif de Jésus.
Un événement surgit (la grossesse de Marie), imprévu et incompréhensible au début. Le « juste » ne va pas sur-réagir à cet événement. Il va le travailler, le digérer (c’est le rôle du songe de Joseph), et peu à peu l’intégrer dans une vision d’avenir renouvelé (« il prit chez lui son épouse » tout en connaissant désormais son secret).

Où en sommes-nous de ce discernement du temps présent ?

Quels sont les secrets qu’il nous faut jalousement garder pour laisser le temps de Dieu travailler nos vies ?

Que Joseph nous apprenne le temps du secret, et le secret du temps !

 


1ère lecture :
 Dieu promet un sauveur (Is 7, 10-16)

Lecture du livre d’Isaïe
Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz :« Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets. »
Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »
Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
Eh bien ! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous).
De crème et de miel il se nourrira, et il saura rejeter le mal et choisir le bien.
Avant même que cet enfant sache rejeter le malet choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler. » 

Psaume : Ps 23, 1-2, 3-4ab, 5-6 

R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire !

 Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles. 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche la face de Dieu ! 

2ème lecture : L’Apôtre annonce le salut en Jésus Christ (Rm 1, 1-7)

 Commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Moi Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé par Dieu pour être Apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle que Dieu avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures, je m’adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome. Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés.
Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur. 

Evangile : La venue de l’Emmanuel annoncée à Joseph (Mt 1, 18-24)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia.(Mt 1, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.
Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret.
Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.
Patrick Braud 

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4 décembre 2010

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

 

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A

Dimanche 5 Décembre 2010

 

Un souffle d’universalisme réjouissant parcourt ces trois lectures d’Avent, et cela peut aller droit au coeur des païens que nous sommes.

 

Deux universalismes

Isaïe (Is 11,1-10) annonce une ère messianique, que nous croyons inaugurée en Jésus, où « le loup habitera avec l’agneau… ». C’est-à-dire où Palestiniens et Israéliens vivront en frères, où l’Europe sera source de paix et non plus de guerres mondiales, où chinois, américains et indiens s’entendront sur l’avenir de la planète etc…. Utopique ? Naïf ? Peut-être. Mais ceux qui ont cru à ce genre d’utopies ont réconcilié la France et l’Allemagne après 1945, ont créé l’Europe pour la paix, ont aboli les lois raciales aux États-Unis, l’apartheid en Afrique du Sud… : la liste est trop longue !

 

L’universalisme d’Isaïe dans ce texte est toujours une formidable source d’action politique et sociale.

  • C’est un universalisme « centripète » en fait : « la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront ».

 

On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme du rassemblement : rassemblement eschatologique de toutes les nations à Jérusalem pour Isaïe, rassemblement de toutes les cultures dans la communion ecclésiale pour nous aujourd’hui.

Ce modèle centripète de la mission a déjà porté de très beaux fruits : la vitalité des premières communautés chrétiennes tout autour du bassin méditerranéen dans les premiers siècles (cf. Actes des Apôtres), l’évangélisation par les monastères au Moyen Âge en Europe etc…

 

  • L’autre conception de la mission de l’Église sera sans surprise un universalisme  « centrifuge ».

Notre deuxième lecture en donne un écho, à travers la présence de Paul à Rome, loin de Jérusalem : « les nations païennes peuvent rendre gloire à Dieu. Comme le dit l’écriture : je te louerai parmi les nations » (Rm 15,4-9). Il ne s’agit plus là d’attirer  le monde entier à Jérusalem (ou dans l’Église), mais d’être dispersés au milieu des peuples pour leur permettre d’entrer en communion avec Dieu chacun selon son génie propre. On peut penser la mission de l’Église selon ce dynamisme de l’envoi.

 

Pourquoi des poils de chameau et des sauterelles ?

Les chameaux sont dans la Bible associés à la richesse des nations étrangères, que ce soit pour la reine de Saba ou pour les mages. Le chameau est lui-même un animal impur, symbole des non-juifs : « Vous tiendrez pour impur le chameau parce que, bien que ruminant, il n’a pas le sabot fourchu » (Lv 11,4).

C’est dans ce sens que saint Hilaire de Poitiers  interprète symboliquement l’étrange accoutrement de Jean le Baptiste dans notre évangile (Jn 3,1-12).

 

« Ce vêtement pris à des animaux immondes auxquels ont peut comparer les nations païennes et qu’il sanctifiait en le portant, était un symbole de la sainteté que nous pouvions recevoir par son ministère. Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ? dans Communauté spirituelle 66984286nuee-de-sauterelles-a-brezina-visoterra-13057-jpgLes hommes, dans leurs allures désordonnées, ressemblaient à ces sauterelles dont se nourrissait le Prophète, ils étaient volages, stériles dans leurs ?uvres, verbeux, agités. Et maintenant il s’est trouvé que nous sommes devenus la nourriture des saints et les délices des prophètes : et nous leur avons offert en même temps que nos personnes un miel qui provenait non des rayons de la Loi, mais des arbres sauvages (saint Hilaire de Poitiers : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, II 2). »

 

L’universalisme de Jean-Baptiste se manifeste, hors de Jérusalem, dans le désert, par son accueil de tous les pénitents. Bien plus, il affirme avec force : « avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham ». C’est-à-dire : ne croyez pas que le peuple de Dieu est limité aux juifs, au circoncis, aux pratiquants des rites prescrits. Dieu est libre de se susciter une famille en Inde comme au Brésil, en Chine comme en Afrique…

 

Alors, êtes-vous plutôt centrifuges ou centripètes ?

Selon l’accent mis, l’Église et la mission n’auront pas les mêmes couleurs…

·       Dans la conception centripète, on va soigner la liturgie, la formation des laïcs à la pastorale, l’accueil fraternel (cf. le succès mérité les communautés nouvelles en ce sens, ou même des Églises baptistes et pentecôtistes en milieu populaire)…

Avec les dangers qui sont liés à cette conception centripète : la tentation de faire la leçon à tout le monde et de disqualifier le monde contemporain en faisant comme si l’Église était le seul milieu du salut ; le risque de créer une contre-culture ecclésiale spécifique mais fermée ; la seule préoccupation de l’organisation interne de l’Église etc…

  liturgie Avent dans Communauté spirituelle

·       Dans la conception centrifuge, on va envoyer des missionnaires dans le monde entier (avec un beau succès encore dans les siècles passés !), on va former les laïcs à l’action politique, sociale et économique, encourager le dialogue avec les cultures contemporaines.

Les dangers liés à cette conception centrifuge sont eux aussi bien connus : le risque de l’enfouissement et de l’affadissement, voire de la disparition au milieu des peuples, le danger du relativisme etc….

 

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·      
Vous l’avez deviné : l’Écriture ne tranche pas entre ces deux conceptions de la mission, centripète et centrifuge.

 

Dans toute la Bible se retrouvent ces deux dimensions de la mission: un universalisme centripète (rassemblement eschatologique à Jérusalem) et un universalisme centrifuge (de Jérusalem aux extrémités de la terre). Trop privilégier une seule de ces dimensions défigure le visage sacramentel de l’Église. La mission est envoi ; elle est aussi rassemblement, convocation, attraction universelle de la gloire de Dieu.

 

- La communion est en effet missionnaire : elle constitue en elle-même une annonce kérygmatique de la mort / Résurrection du Seigneur (Cf. Ac 2,47), car elle témoigne et réalise que le mystère pascal produit d’ores et déjà son fruit: « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). De plus, cette communion n’est pas un repli frileux et ?cocoonesque’ sur une identité ecclésiale fermée au monde. Elle est un envoi, une respiration (systole / diastole), un mouvement à la fois centripète et centrifuge, qui permet aux membres de l’ekklèsia (= assemblée) d’aller jusqu’aux extrémités de la terre (Mc 16,15; Ac 1,8), géographiquement et culturellement. L’eucharistie conjugue ces deux mouvements : rassembler le Peuple de Dieu dans l’ekklèsia, l’envoyer à la fin de la messe (missa = envoi), pour le reconvoquer après etc?

 

- On ne peut donc plus opposer communion et  mission, sacramentalisation et  évangélisation.

Car être missionnaire, c’est proposer à des personnes de faire l’expérience de la koïnonia, dont les sacrements vécus en Église sont des temps forts. À quoi servirait d’aller « rejoindre les païens », d’aller vivre l’enfouissement, de « s’ouvrir au monde », si ce n’était pas pour manifester visiblement que l’amour trinitaire est capable de transformer la vie humaine ? La mission n’est pas seulement centrifuge, elle est aussi centripète: permettre à tout homme de s’adjoindre à l’ekklèsia.

Car célébrer les sacrements, c’est aussi évangéliser. Les ministres qui président aux sacrements le font parce qu’ils président à la mission d’évangélisation de l’Église. Ce lien missionnaire est capital. Chez les Pères, la mystagogie  était un lieu symbolique pour faire naître le désir de Dieu et la soif de relations fraternelles à partir de la liturgie vécue. Aujourd’hui, l’accueil sacramentel (mariages, baptêmes, funérailles…) se doit d’évangéliser la demande religieuse de sacré, diffuse et ambiguë. Oscillant entre élitisme et braderie des sacrements, la ligne de crête de cette évangélisation par les sacrements est difficile à tenir et à mettre en oeuvre. D’où la responsabilité particulière des ministres pour dépasser les anciennes oppositions stériles.

 

·       La foi catholique fait donc le pari de tenir ensemble les deux dynamismes : à la fois lumière du monde (centripète) et sel de la terre (centrifuge), les chrétiens devraient discerner selon leur époque quel est l’accent à mettre pour devenir fidèles à cette tension constitutive de l’Église.

 

·       Il semble que notre période soit marquée par un fort retour de la conception 7321950339297 centripètecentripète : réflexes identitaires, surinvestissement dans la vie ecclésiale, petites  communautés chaleureuses (mais sont-elles pertinentes ou bien folkloriques dans notre culture ambiante ?)?

 

 

Ne faudrait-il pas redécouvrir le grand vent du large qui a poussé tant de Français aux XVIII°-XIX° siècles (avec la Terreur) et au XX° siècle (avec l’exil dû à la loi de 1905) à partir au loin, géographiquement et culturellement ?

   

 

N’est-il pas temps pour nous aussi de nous vêtir de poils de chameau (les sagesses des nations) et de nous nourrir de sauterelles et de miel sauvage (les semences du Verbe présentes dans toute culture) ?

 

 

 

1ère lecture : Le Messie, roi de paix (Is 11, 1-10)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur Dieu :

Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines.

Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur,

qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire.

Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant.

Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira.

La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage.

Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main.

Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

 

Psaume : Ps 71, 1-2, 7-8, 12-13, 17

R/ Voici venir un jour sans fin de justice et de paix.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,

à ce fils de roi ta justice.

Qu’il gouverne ton peuple avec justice,

qu’il fasse droit aux malheureux !

 

En ces jours-là, fleurira la justice,

grande paix jusqu’à la fin des lunes !

Qu’il domine de la mer à la mer,

et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 

Il délivrera le pauvre qui appelle

et le malheureux sans recours.

Il aura souci du faible et du pauvre,

du pauvre dont il sauve la vie.

 

Que son nom dure toujours ;

sous le soleil, que subsiste son nom !

En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;

que tous les pays le disent bienheureux !

 

2ème lecture : L’espérance offerte par l’Écriture s’étend à toutes les nations (Rm 15, 4-9)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l’espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l’Écriture.

Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous selon l’esprit du Christ Jésus.

Ainsi, d’un même coeur, d’une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.

Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens.

Si le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, c’est en raison de la fidélité de Dieu, pour garantir les promesses faites à nos pères ; mais, je vous le déclare,

c’est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ; comme le dit l’Écriture : Je te louerai parmi les nations, je chanterai ton nom.

 

Evangile : Jean Baptiste annonce que le Messie vient juger le monde (Mt 3, 1-12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :

« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui,

et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.

Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?

Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,

et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.

Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.

Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ;

il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick Braud 

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