L'homélie du dimanche (prochain)

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15 février 2014

Donne-moi la sagesse, assise près de toi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Donne-moi la sagesse, assise auprès de toi

Homélie du 7° dimanche du temps ordinaire / Année A
16/02/2014

Connaissez-vous le jugement de Salomon ? (1R 3, 16-28)

Donne-moi la sagesse, assise près de toi dans Communauté spirituelle 3solomon

On présente au roi Salomon un nouveau-né dont deux femmes se disputent la maternité, car elles ont accouché en même temps et l’un des deux bébés est mort-né. À l’époque, on ne mettait pas un bracelet aussitôt après l’accouchement aux nourrissons, et il n’y avait pas de test génétique pour dépister la vraie mère ! Que faire en un cas pareil ? La loi ne permet pas de décider, les prophètes non plus. Salomon, dans sa grande sagesse, a recours à un stratagème. Puisque la loi demande l’égalité, il demande d’amener l’enfant, de le couper en deux et de donner une moitié à chacune des deux femmes qui revendiquent d’être sa mère. Évidemment, sa vraie mère préfère renoncer à son droit pour que l’enfant vive, alors que l’autre se satisfera de ce compromis légal. Ce qui permet à Salomon de rendre justice en manifestant qui est vraiment la mère de cet enfant.

Voilà comment le roi Salomon est entré dans l’histoire comme la figure de la sagesse par excellence.

Le Christ s’inscrit dans cette lignée, car « il y a en lui bien plus que Salomon » (Lc 11,31).

Qu’est-ce qui a permis en effet au Christ d’accomplir la Loi et les prophètes (selon l’évangile de ce dimanche Mt 5, 17-37) ? Et nous, qu’est-ce qui va nous permettre d’articuler le droit de la loi et la justice de prophètes dans notre société française ?

Si on laisse le droit et la justice en face à face, les contradictions deviennent vite inextricables (summum ius, summa injuria disaient nos anciens). Car ce qui est juste est bien souvent contraire aux lois actuelles, et le droit oblige les prophètes à ne pas rêver d’un monde irréel (cf. « on n’est pas dans le monde des Bisounours ! »).

Le Christ est venu « accomplir et non pas abolir » (Mt 5,17).

La Loi et les prophètes ne suffisent pas pour accomplir la Loi et les prophètes, pour lever les contradictions entre éthique de responsabilité et éthique de conviction. Il faut un troisième terme, qui permettra d’aller de l’un à l’autre. Appelez cela dialectique hégélienne ou structure trinitaire, peu importe : l’essentiel est de retrouver la sagesse comme le troisième terme, le chemin d’humanisation du droit autrement trop dur, le chemin d’incarnation du sens prophétique autrement trop virtuel.

Quelle est donc cette sagesse ?

Les Grecs l’ont recherché pendant des siècles, et leur amour de la sagesse (philo-sophia) a forgé des fondements philosophiques puissants à la civilisation occidentale. Les juifs lui ont consacré plusieurs livres de la Bible (les Kettoubim = autres Écrits, dont notamment notre livre de Ben Sirac de ce dimanche), l’ont formalisée à travers le Talmud, cette Torah orale sans laquelle la Loi – la Torah écrite – est invivable.

Les chrétiens ont bénéficié de ce double héritage : ils ont baptisé la philosophie grecque et accompli la sagesse juive en Christ, suivant en cela la voie indiquée par Paul dans la deuxième lecture : « Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses » (1Co 2,10).

C’est donc une vision spirituelle du monde qui nous permettra d’articuler la Loi et les prophètes. Sans l’Esprit, la lettre de la loi tue. Les intégrismes religieux de tous bords continuent hélas à en faire la démonstration : si les textes religieux sont pris au pied de la lettre, dans une lecture fondamentaliste qui exclut toute interprétation spirituelle, alors le Coran comme la Bible conduiront à des guerres sans fin, à des dominations injustes, à des régimes inhumains.

Sans l’Esprit, la justice des prophètes n’est qu’une incantation, une parole en l’air. Car l’Esprit est celui qui unit la parole et la chair : la sagesse spirituelle est l’art du discernement qui situe l’appel prophétique ici et maintenant, qui l’incarne selon ce qui est possible effectivement actuellement.

Voilà donc les trois piliers de l’art de vivre biblique : la loi, les prophètes, la sagesse.

clip_image010 richesse dans Communauté spirituellePas seulement l’un ou l’autre, ni même les deux. Il faut les trois pour vivre ensemble. Or parmi les trois, il semble bien que ce soit la sagesse qui soit devenue la grande inconnue pour nos contemporains. La faute peut-être à l’enseignement de la philosophie : peu d’élèves de Terminale ressortent du lycée avec une soif de chercher la sagesse? La faute également à la perte du sens proprement spirituel de l’existence : lorsque l’Europe vit de plus en plus comme si Dieu n’existait pas, la vie se réduit alors à un horizon matériel très limité. S’il n’y a que nos années sur terre comme seul horizon d’action, la poursuite de l’intérêt immédiat prend le dessus. Le droit se durcit en défense des égoïsmes, les appels des prophètes deviennent violemment révolutionnaires.

La sagesse est d’introduire une vision venue d’ailleurs dans notre réalité, pour la transformer à l’image de ce qu’elle est appelée à devenir. « Ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le c?ur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu » (1Co 2,6-10).

Concrètement, le Christ se révèle maître de sagesse en interprétant la loi juive de manière radicalement nouvelle en Mt 5.

« Tu ne tueras pas » ne se limite pas au meurtre physique, mais s’étend à la violence verbale ou mentale de l’insulte, de la malédiction, de la colère.

« Tu ne commettras pas d’adultère » va plus loin que la seule tromperie physique, car il y a tant de façons d’être infidèle à son conjoint (même le travail ou le football peuvent y contribuer…).

Impossible de se croire à l’abri parce que on respecte la lettre de la loi : l’esprit de la loi nous demande d’aller beaucoup plus loin. Impossible également de mépriser la loi au nom d’un amour prophétique : « pas un iota de la loi ne disparaîtra », avertit Jésus, et cela concerne donc l’interdit du meurtre ou de l’adultère qui reste fondateur.

Aspirer à la sagesse pour articuler la loi et les prophètes est donc la prière la plus importante de celui qui veut être responsable de son action.

C’est la prière du roi Salomon : « Donne-moi la sagesse assise près de toi » (Sg 9,4).  Il aurait pu demander la richesse ou la puissance, la gloire ou la santé, il a préféré demander la sagesse pour savoir comment gouverner son peuple. Et le célèbre épisode du jugement de Salomon où un enfant a failli être coupé en deux manifeste que cette sagesse accomplit la loi en lui évitant de devenir mécanique, automatique, impersonnelle. En même temps, cette sagesse oblige le sens prophétique à trouver les moyens de défendre les plus faibles, non pas de manière violente, mais avec habileté et intelligence.

Aspirez à la sagesse !

Celle de Salomon, de Ben Sirac, de Jésus, de Paul, qui accomplit sans abolir celle des Grecs, des philosophes des Lumières, des meilleurs de nos penseurs actuels.

Pour gouverner votre famille, votre métier, vos réseaux amicaux et associatifs, la loi et les prophètes ne suffisent pas : sans la sagesse qui vient de l’Esprit de Dieu, vous serez vite ballottés d’un extrême à un autre.

« Car l’Esprit voit le fond de toutes choses… ».

1ère lecture : « Tu peux observer les commandements » (Si 15, 15-20)

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle.
Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères.
La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.
Car la sagesse du Seigneur est grande, il est tout-puissant et il voit tout.
Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent, il connaît toutes les actions des hommes.
Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a permis à personne de pécher.

Psaume : 118, 1-2, 4-5, 17-18, 33-34

R/ Heureux qui règle ses pas sur la parole de Dieu.

Heureux les hommes intègres dans leurs voies
qui marchent suivant la loi du Seigneur !
Heureux ceux qui gardent ses exigences,
ils le cherchent de tout coeur ! 

Toi, tu promulgues des préceptes 
à observer entièrement. 
Puissent mes voies s’affermir 
à observer tes commandements ! 

Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai,
j’observerai ta parole.
Ouvre mes yeux,
que je contemple les merveilles de ta loi.

Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout c?ur.

2ème lecture : La sagesse de Dieu est ingorée du monde (1 Co 2, 6-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
c’est bien une sagesse que nous proclamons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et qui déjà se détruisent. 
Au contraire, nous proclamons la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. Aucun de ceux qui dominent ce monde ne l’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. Mais ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que personne n’avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le c?ur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, a révélé cette sagesse. Car l’Esprit voit le fond de toutes choses, et même les profondeurs de Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Surpasser la justice des scribes et des pharisiens (Mt 5, 17-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La loi du Seigneur est joie pour le c?ur, lumière pour les yeux. Alléluia. (cf. Ps 18, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux.

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.  Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier souVous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son c?ur. Si ton ?il droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. 

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. »
Patrick Braud

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21 décembre 2013

Deux prénoms pour une naissance

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Deux prénoms pour une naissance

Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année A
22/12/2013

Vous souvenez-vous de la pièce de théâtre intitulée : «  Le prénom », qui a d’ailleurs inspiré un film éponyme ?

Deux prénoms pour une naissance dans Communauté spirituelle 50119-1096-50119Familles et amis rassemblés attendent avec impatience des nouvelles de la grossesse de leur hôte. Mais à la question rituelle : « et vous avez choisi quel prénom ? », la réponse donnée par les parents viendra jeter le trouble. De fil en aiguille, les réactions à ce prénom révéleront les failles et les secrets cachés de ces familles apparemment unies. Il faut dire que le prénom en question n’est plus guère porté aujourd’hui ! J’avais bien un grand-père et un oncle qui s’appelaient ainsi, mais c’était avant la guerre de 39-45… Ce prénom maudit depuis, disparu de nos faire-parts de naissance, c’était… Adolphe ! Comme quoi la symbolique d’un prénom fait porter une lourde responsabilité aux parents qui l’imposent (littéralement : le posent sur) à leur bambin chéri !

Les civilisations traditionnelles ont gardé jusqu’à aujourd’hui une dimension symbolique très prégnante dans le choix des noms et des prénoms. En Afrique, le prénom est souvent lié à un événement qui a marqué la grossesse ou la naissance (« Dieu a donné » ; « le jour de la pleine lune » etc.). On se souvient que le nom de Nelson Mandela signifie : « celui qui crée des obstacles » ; bien vu ! Ou alors c’est le nom d’un ancêtre que l’on donne à nouveau pour attirer sa bénédiction protectrice sur son descendant.

 Emmanuel dans Communauté spirituelleLa culture biblique ne fait pas exception. Dans le peuple juif, les noms et les prénoms ont une signification. Ils invoquent le plus souvent l’alliance avec Dieu (Moïse = sauvé des eaux ; David = le bien-aimé ; Raphaël = Dieu guérit ; Élisabeth = la maison de Dieu etc.) ou bien des relations familiales (Saraï = ma princesse) ou un métier, une position sociale (Cohen = fonction sacerdotale ; Lévi = fonction lévitique etc.).

Il est donc cohérent de donner à l’enfant de Marie un nom à la hauteur de sa mission : Jésus = Yeshoua = Dieu sauve.

Sauver de la part de Dieu est au coeur de l’identité de Jésus. Il est le Rédempteur par excellence. Le Christ Rédempteur qui ouvre les bras au sommet de la montagne surplombant la magnifique baie de Rio (Brésil) en est un beau symbole. La coupe du monde de football de 2014 nous le donnera à voir sous tous les angles. C’est parce qu’il ouvre l’intimité qui l’unit à Dieu à chacun d’entre nous que Jésus est vraiment lui-même : Sauveur, Rédempteur.

Rappelons que sauver n’est pas seulement sauver de quelque chose : du mal, de la mort, du péché. Sinon, ce serait un peu désespérant, voire sectaire ! Car il faudrait d’abord convaincre l’autre que tout va mal pour lui et qu’il a besoin d’un réparateur avant de lui annoncer l’Évangile. Un peu comme ces plombiers peu honnêtes qui font un diagnostic épouvantable de vos toilettes, uniquement pour vous proposer de tout changer en vous faisant – disent-ils – un prix d’ami…

Même si bien des choses vont mal dans nos sociétés limitées et donc imparfaites, ce n’est pas à partir de la diabolisation de la situation présente que le Christ a annoncé son Évangile. Non : c’est à partir des aspirations les plus profondes que chacun porte en soi. Autrement dit, ce n’est pas être sauvé du mal qui est le plus important, c’est être sauvé en vue du bien. Être sauvé, c’est entrer dans la communion d’amour trinitaire, c’est faire l’expérience que Dieu habite en nous et nous en lui. Et ça, même l’homme le plus heureux de la terre le désire.

Le salut est finalement synonyme de divinisation : « devenir participants de la nature divine » (2P 1,4).

En cours de route, sur ce chemin de transfiguration, il y a certes le pardon pour guérir les blessures, la lutte pour être libéré du mal, mais ce ne sont que des étapes et non le but ultime.

lapin-bleu-noel-2010 être avec 

Le prénom de « Sauveur » (toujours donné en Corse ou en Italie : Salvatore) traduit donc bien l’identité de Jésus. Alors pourquoi lui donner un second prénom : Emmanuel ? Car le texte précise, en accomplissement d’une prophétie d’Isaïe : « Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) » Is 7,10-16 (1° lecture de ce Dimanche).

Voilà donc une seconde signification : Dieu avec nous, qui vient en surimposition de la première : Dieu sauve. Comme un calque de Photoshop, ou un filigrane de billet de banque, être avec se conjugue avec le salut.

L’équivalence ainsi posée est simple.

Sauver suppose d’être avec.
Être avec permet d’apporter le salut.

Pas d’extériorité du salut (contrairement à l’islam), car Dieu est « plus intime à moi-même que moi-même » (saint Augustin), grâce à son Verbe devenu l’un d’entre nous.

Voilà une piste solide pour devenir nous-mêmes un autre Christ ! Être avec ceux qui souffrent et ceux qui réussissent, ceux qui désespèrent et ceux qui rayonnent.

Impossible d’être avec tous à soi tout seul. Il y faut l’Église entière : certains sont appelés à être avec les acteurs économiques, d’autres avec les abandonnés, certains avec le monde des artistes, d’autres encore avec celui des sportifs etc.. L’important est de vivre intensément une profonde communion avec ceux vers qui nous sommes envoyés. Sans complaisance pour leurs travers, leurs compromissions, leurs arrangements douteux parfois. Mais, avec l’amour du Christ rédempteur, accueillir tout ce qu’ils portent en eux de germes de vérité, vibrer à tout ce qui les passionnent authentiquement, et à partir de là leur ouvrir « la porte de la foi » (Ac 14,27).

Cette équivalence est donc fondatrice : sauver <=> être avec.

Puissions nous ne jamais oublier cette double implication que le Verbe de Dieu porte gravée en sa chair à travers le double prénom qui lui a été donné : Jésus / Emmanuel.

 

 

1ère lecture : Dieu promet un sauveur (Is 7, 10-16)
Lecture du livre d’Isaïe
Le Seigneur envoya le prophète Isaïe dire au roi Acaz : « Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu, demande-le au fond des vallées ou bien en haut sur les sommets. » Acaz répondit : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Isaïe dit alors : « Écoutez, maison de David ! Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! Eh bien ! Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). De crème et de miel il se nourrira, et il saura rejeter le mal et choisir le bien. Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont les deux rois te font trembler. »

Psaume : Ps 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
R/ Qu’il vienne, le Seigneur : c’est lui, le roi de gloire !

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au coeur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche la face de Dieu !

2ème lecture : L’Apôtre annonce le salut en Jésus Christ (Rm 1, 1-7)
Commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Moi Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé par Dieu pour être Apôtre, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle que Dieu avait déjà promise par ses prophètes dans les saintes Écritures, je m’adresse à vous, bien-aimés de Dieu qui êtes à Rome. Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. Pour que son nom soit honoré, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. Vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, que la grâce et la paix soient avec vous tous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.

Evangile : La venue de l’Emmanuel annoncée à Joseph (Mt 1, 18-24)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici que la Vierge concevra : elle enfantera un fils, on l’appellera Emmanuel, « Dieu-avec-nous ». Alléluia.(Mt 1, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ.
Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret.
Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.
Patrick Braud

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30 novembre 2013

Gravity, la nouvelle arche de Noé ?

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Gravity, la nouvelle arche de Noé ?


Homélie du 1° Dimanche de l’Avent / Année A
01/12/2013

Pour évoquer sa venue en ce premier dimanche de l’Avent, Jésus revient au Déluge et à l’Arche qui a permis à Noé et à sa famille d’échapper à la catastrophe.

« L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé.
À cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche.
Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au déluge qui les a tous engloutis : tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme. » (Mt 24, 37-44)

Le dernier film d’Alfonso Cuarón, Gravity, peut nous aider à revisiter cette image de l’Arche de Noé, transposée dans notre monde moderne, technique, scientifique et individualiste.

Vous connaissez sans doute le scénario de ce blockbuster. Un vaisseau spatial américain Explorer est désintégré dans une pluie de débris provenant d’autres satellites. Deux astronautes seulement en réchappent, expulsés dans l’espace (Matt Kowalski = George Clooney, et la scientifique Ryan Stone = Sandra Bullock) 1. Pour survivre, ils se déplacent vers une station internationale, mais l’un des deux doit se sacrifier pour permettre à l’autre d’y arriver. La survivante – Ryan - seule et menacée, se réfugie dans une navette pour tenter de rejoindre une troisième station chinoise, où un vaisseau de secours pourra la ramener à terre.

Gravity 

On peut suivre cette aventure en la lisant au premier degré : une belle histoire de sacrifice de l’un, la volonté de survie de l’autre, des images magnifiques (surtout en 3D) de notre planète vue de l’espace.

 

La perte de repères

On peut également lire ce film au second degré.

Voilà une jeune femme qui tout d’un coup est expulsée de sa base, projetée dans un espace inconnu où très vite elle est seule, isolée. Un déluge de débris venus eux-mêmes de la destruction d’autres satellites a désintégré son univers. Triste constat : ce sont des débris insignifiants, provoqués par d’autres, qui projetés à la vitesse de rotation autour de la Terre, deviennent un déluge engloutissant tout sur son passage. Voilà déjà une interprétation novatrice du vieux thème du déluge : c’est un presque rien qui vient tout détruire ; c’est une réaction en chaîne où le mal provoqué ailleurs entraîne le déluge ici.

Soyons attentifs à ces débris qui traversent notre trajectoire : ils annoncent souvent l’effondrement qui vient.

Soyons attentifs aux réactions en chaîne qui répandent le mal comme une traînée de poudre : ces séries noires finiront un jour par nous atteindre.

Gravity, la nouvelle arche de Noé ? dans Communauté spirituelle gravity-debris 

La perte de repères se glisse jusque dans son prénom : Ryan est un prénom masculin, parce que son père voulait un fils au lieu d’une fille. Elle porte ce prénom d’un homme, alors que justement elle n’a plus d’homme dans sa vie, et qu’elle est mère d’une enfant décédée à l’âge de 4 ans?

Le déluge de Gravity est cette pluie de ‘débris’ du savoir humain qui viennent cribler la demeure transitoire des astronautes. Projetée dans l’espace, coupée de sa base, Ryan n’a plus de repères visuels, ni le repère de la gravité. Tout est littéralement sens-dessus-dessous. On se souvient d’ailleurs que le mot hébreu pour dire déluge est : maboul, tant il est vrai que l’épreuve du déluge peut rendre fou en faisant disparaître nos repères, notre gravité intérieure.

Il est des catastrophes personnelles et collectives qui produisent cet effet-là.

Les familles juives expulsées hors de chez elles et projetées dans l’horreur de la Shoah étaient dans cet état d’esprit d’apesanteur morale et spirituelle.

La pluie de débris peut prendre la figure d’un divorce : séparation nourrie de ces multitudes d’impacts relationnels où le couple est passé au crible de ce qui justement le crible de partout.

C’est également un licenciement où explose la fragile sécurité d’un toit, d’un équilibre de vie.

Ou bien le coup de tonnerre d’un cancer dépisté trop tard, où l’on anticipe la fin sûrement très proche…

Bref, les déluges d’aujourd’hui sont aussi puissants que celui qui a submergé le monde de Noé ou la station spatiale de Gravity.

 

Face au déluge, où est l’arche ?

Pour Noé c’est ce vaisseau de bois qui va lui permettre de sauver sa famille, 8 personnes au total, car 8 et le chiffre de la résurrection (cf. 1P 3,20 ; 2P 2,5).

Pour Gravity, c’est le module de la station internationale, puis la capsule de retour sur Terre de la station chinoise. Mais là, individualisme moderne oblige, Ryan est la seule rescapée. Et elle n’inaugure pas un monde nouveau (ce que fait Noé) mais le retour à la bonne vieille Terre, au bon vieux plancher des vaches qu’elle étreint de ses mains en réalisant enfin qu’elle est sauvée.

L’Avent est pour les chrétiens l’interdiction de revenir à l’ancien monde, « l’ardente obligation » 2 de quitter ce monde-ci pour accueillir un monde nouveau. La venue du Christ à la fin des temps ne sera pas la restauration de notre univers enfin corrigé de ses imperfections, mais la création d’une autre réalité où « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28).

arche-noe-mont-ararat Arche dans Communauté spirituelle 

Qu’est-ce qui permet de survivre quand le déluge s’abat sur vous ?

Dans la Genèse, c’est la foi qui donne à Noé de construire l’arche malgré les railleries de ses contemporains. C’est la foi qui lui donne le courage d’être minoritaire. C’est la foi qui lui donne la patience d’attendre 40 jours et 40 nuits, les plus longues de son existence, pour constater enfin la décrue des eaux du déluge.

Dans Gravity, c’est d’abord le déplacement qui sauve Ryan. Elle accepte de se laisser traîner par Matt vers un autre coin de l’espace, où la station internationale sera un relais. Quand on a perdu tous ses repères, quand on est  coupé de sa base, quand son univers familier s’est désintégré sous ses yeux, alors on est prêt à aller ailleurs, prêts à tout quitter puisqu’il ne reste plus rien qui tienne encore debout. Ce déplacement, ce dépaysement est salutaire. C’est ce qui permet de trouver une autre source d’oxygène, un autre véhicule pour atterrir enfin. Le russe, le chinois : autant de langues inconnues que Ryan devra traverser pour quand même arriver à maîtriser son vaisseau.

De manière touchante, dans Gravity interviennent également d’autres facteurs de salut pour tenir bon après le déluge :

- l’aide d’un compagnon de route – ou plutôt d’espace ici – qui peut aller jusqu’à se sacrifier pour m’offrir de survivre.

- le souvenir de sa petite-fille de quatre ans – Sarah – morte à la suite d’un bête accident domestique, un de ces débris qui causent des catastrophes sur Terre. C’est dans la fidélité à sa fille que sa mère veut survivre malgré tout. On se bat toujours pour ceux qu’on aime, même s’ils ne sont plus là.

Noé se battait pour sa famille, nouvelle génération du monde d’après. Ryan se bat pour elle-même, pour que son compagnon d’espace ne soit pas mort en vain. Elle s’appuie en même temps sur la mémoire de son enfant morte pour ne pas se laisser engloutir par le désespoir.

Un moment donné, elle est dans sa capsule : plus de carburant, l’oxygène baisse dangereusement. Recroquevillée sur elle-même, seule au monde, elle est tentée par  cette pente dépressive qui guette tous ceux qui n’en peuvent plus tellement le déluge dure : elle commence à se laisser mourir, asphyxiée, abandonnée… C’est alors un rêve étrange, où Matt vient lui expliquer la manoeuvre à suivre, qui va la tirer de sa torpeur suicidaire. Une version sécularisée en somme de la colombe de Noé où le rameau d’olivier se change en rétropropulseurs d’atterrissage… L’intérêt est le message commun : porter attention aux signes de renouveau (le rameau d’olivier), aux possibilités de redémarrage (les propulseurs) est l’antidote à la dépression qu’engendre l’après-déluge.

san-marco_-noe-envoie-la-co Avent 

- Ryan n’a pas appris à prier. Elle aimerait pouvoir compter sur cette force-là à ce moment de sa vie, mais n’a ni les mots ni les gestes. La tradition spirituelle dit pourtant que le désir de la prière vaut mieux que la prière elle-même. Le regard de Ryan se porte sur l’icône de saint Christophe posée sur le tableau de bord russe, puis sur le Bouddha qui trône au-dessus du panneau chinois. Nul doute que cet appel à la prière sous la forme d’un autel pour Noé, d’un rêve pour Jacob, d’une icône pour Ryan est un fil rouge pour tenir bon jusqu’à la fin de l’épreuve.

 

Gravity n’est évidemment pas une oeuvre théologique.

Lorsque le Christ déchiffre sa venue comme un nouveau déluge, il va infiniment plus loin qu’un bon film de science-fiction. Et Gravity comporte bien des défauts (très américains d’ailleurs : par exemple les clichés sur la vodka, les raquettes de ping-pong etc.). On regrette qu’il n’ait pas la force de 2001 : L’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Mais il y a dans ce film assez d’interrogations sur nos déluges d’aujourd’hui pour nous aider à entrer en Avent avec sagesse.

Lorsque viendra la pluie de ‘débris’ qui va ruiner votre équilibre actuel, souvenez-vous de Noé et de son arche, de Ryan et de sa volonté de survivre.

La fin de l’épreuve sera le début d’un monde nouveau.

 

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1. Tiens ! : Kowalski sonne polonais, comme un hommage au melting pot américain qui rend possible ces grandes aventures, et Stone évoque la chute d’une pierre sous l’influence de la gravité (to fall like a stone).

2. Expression chère à De Gaulle pour désigner le Plan quinquennal de son gouvernement.

1ère lecture : Rassemblement des peuples et paix pour toujours (Is 2, 1-5)

Lecture du livre d’Isaïe

Le prophète Isaïe a reçu cette révélation au sujet de Juda et de Jérusalem :
Il arrivera dans l’avenir que la montagne du temple du Seigneur sera placée à la tête des montagnes et dominera les collines. Toutes les nations afflueront vers elle,
des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers. Car c’est de Sion que vient la Loi, de Jérusalem la parole du Seigneur. »
Il sera le juge des nations, l’arbitre de la multitude des peuples. De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on ne s’entraînera plus pour la guerre.
Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.

Psaume : Ps 121, 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9

R/ Allons dans la joie à la rencontre du Seigneur.

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem ! 

Jérusalem, te voici dans tes murs : 
ville où tout ensemble ne fait qu’un! 
C’est là que montent les tribus, 
les tribus du Seigneur.

C’est là qu’Israël doit rendre grâce 
au nom du Seigneur. 
C’est là le siège du droit, 
le siège de la maison de David. 

Appelez le bonheur sur Jérusalem : 
« Paix à ceux qui t’aiment ! 
Que la paix règne dans tes murs, 
le bonheur dans tes palais ! » 

À cause de mes frères et de mes proches, 
je dirai : « Paix sur toi ! » 
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, 
je désire ton bien.

2ème lecture : « Le jour est tout proche » (Rm 13, 11-14a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frère, vous le savez : c’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants.
La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière.
Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans ripailles ni beuveries, sans orgies ni débauches, sans dispute ni jalousie, mais revêtez le Seigneur Jésus Christ.

Evangile : « Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra » (Mt 24, 37-44)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde : fais-nous voir le jour de ton salut. Alléluia.  (cf. Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé.
À cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche.
Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au déluge qui les a tous engloutis : tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme.
Deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé.
Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée.
Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra.
Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Patrick Braud

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31 octobre 2013

Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…

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Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…

Homélie pour la fête de Toussaint
01/11/2013

 

« Je crois à la communion des saints ».

Depuis la mort de mon père, cette phrase du Credo m’est devenue  extraordinairement concrète…


- Si je vais sur sa tombe, cela m’aide à penser à lui, cela me rapproche un peu ; je vois son nom sur la plaque de granit, je sais que ses restes sont là, mais ce n’est déjà plus lui ; et ce n’est pas encore être en communion.

Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l'Église... dans Communauté spirituelle tombes_restaurees_1


- Si j’accroche sa photo, son portrait au milieu des étagères, je pense souvent à lui en passant devant, mais ce n’est pas encore être en communion.


- Si je ferme les yeux pour retrouver son air bonhomme et son sourire, çà se rapproche mais ce n’est encore que la trace qu’il a laissée dont il a marqué ma vie.
Ce n’est pas encore lui vivant.


- J’ai cherché où il pouvait me donner rendez-vous : des lettres, la mer, le bateau? jusqu’à ce qu’une évidence m’aveugle :


Puisqu’il est dans le Christ, sur le chemin de la rencontre éblouissante avec le Christ qu’on appelle Purgatoire, le plus sûr moyen d’être en communion avec lui est encore d’être en communion avec le Christ.

Dans l’hostie au creux de la main, le lien d’amour d’un père à son fils reprend, solide, en passant par le Christ.

Dieu a toujours été le plus court chemin d’un homme à un autre, mieux que la ligne droite.

À travers la mort, la relation avec nos défunts découle de notre communion au Christ.

- Et si la communion des saints que nous fêtons à la Toussaint était aussi simple que cela ?

Comme autrefois il suffisait de passer par le standard ou l’opératrice pour avoir l’international, il suffit de passer par le Christ pour être relié à ceux qui sont sur l’autre rive. Pas besoin de soi-disant médiums ou voyants qui inquiètent les vivants en leur faisant croire qu’ils sont en communication avec les morts ! Il est bien plus sûr de passer par le Christ, vrai homme et vrai Dieu, pour baisser le pont-levis entre eux et nous.

 

La communion des saints, nous l’expérimentons déjà partiellement ici-bas, lorsque de vrais liens de prière, d’affection, de solidarité nous font vibrer à l’unisson. Alors imaginez ce qu’est cette communion en Dieu même ! Imaginez la force qu’a réellement cette chaîne d’amour qui nous relie à tous ceux qui partagent la sainteté même de Dieu !

 

- Nous ne prions pas seulement pour obtenir des choses : retrouver des objets perdus avec St Antoine de Padoue, plaider pour des causes désespérées avec Ste Rita etc… Nous prions les saints pour nous-mêmes devenir saints, par la grâce de Dieu.

 

- Nous invoquons les saints, non pour nous protéger du malheur, mais pour nous exposer avec eux au bonheur des 8 Béatitudes de l’évangile de cette fête de Toussaint.

 

- Nous portons les prénoms des saints non comme une amulette, mais comme une marque de famille ; car ils sont de notre famille, ils nous redisent que la sainteté n’est pas au-dessus de nos forces ; comme mon grand-père qui était musicien me redit que l’amour de la musique fait partie de notre culture familiale.

 

- Nous égrenons les prénoms des saints comme les grains d’un chapelet litanique, car cette prière qui court d’un grain de sainteté à un autre nous relie solidement à Celui qui en est la source : le Dieu trois fois Saint.

 

Vous le voyez à chaque ordination : lorsque le futur diacre ou prêtre ou évêque est couché par terre, sur le tapis dans le choeur de la cathédrale, l’Église chante la litanie de tous les saints comme s’ils venaient eux-mêmes le chercher et l’entraîner avec eux dans la course de l’Évangile.  C’est sans doute un des moments les plus émouvants d’une ordination que cette litanie de tous les saints chantée sur l’ordinand prostré à terre, abandonné à Dieu, porté par ces compagnons invisibles de tous les siècles et de tous les horizons.

 

90-_ordination2juin2013 Toussaint dans Communauté spirituelle

 

D’une certaine manière, cette communion de Toussaint illustre parfaitement ce qu’est l’Église, notre Église. 25 ans après le Concile Vatican II (en 1985) les évêques réunis à Rome en Synode relisaient dans Vatican II son apport principal, essentiel :

« L’ecclésiologie de communion est l’idée centrale et fondamentale des documents du Concile. (…)
Au lendemain du Concile, Paul VI s’adressait aux fidèles en ces termes: ?L’Église est une communion. Que signifie ici ce mot communion ? Je vous renvoie au passage du catéchisme qui parle de la communion des Saints. Église veut dire communion des Saints. Et communion des Saints signifie une double participation vitale: l’incorporation des chrétiens à la vie du Christ, et la circulation de la même charité dans toute la communauté des fidèles, en ce monde et en l’autre. Union au Christ et dans le Christ; et union entre les chrétiens dans l’Église’ (08/06/1966). »
Christifideles laïci ; Jean Paul II, 1988

Nous étions partis de la quête d’un fils cherchant le fil d’Ariane qui l’unirait à son père au-delà de la mort. Nous arrivons à la plus belle définition de l’Église qui soit, celle de Vatican II : l’Église est le sacrement de la communion trinitaire.

 

C’est donc que cette belle fête de Toussaint, pleine d’espérance, est indispensable à la vie de l’Église comme à celle de nos familles.

 

Nous sommes faits pour la communion, la communion de tous les saints en Dieu.

 

Saints et saintes de Dieu,

dont la vie et la mort ont crié Jésus-Christ sur les routes du monde,

Saints et saintes de Dieu, priez pour nous,

afin que nos liens ici-bas se laissent transformer à l’image des liens d’amour qui vous unissent en Dieu Trinité.

 

 

 

 

1ère lecture : La foule immense des rachetés (Jn 7, 2-4.9-17)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de dévaster la terre et la mer : « Ne dévastez pas la terre, ni la mer, ni les arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. 

Après cela, j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! » Tous les anges qui se tenaient en cercle autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants, se prosternèrent devant le Trône, la face contre terre, pour adorer Dieu.

Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »

L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »

Je lui répondis : « C’est toi qui le sais, mon seigneur. » Il reprit : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau ! » 

Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6

R/ Voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché.

Au Seigneur, le monde et sa richesse, 
la terre et tous ses habitants ! 
C’est lui qui l’a fondée sur les mers 
et la garde inébranlable sur les flots. 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur 
et se tenir dans le lieu saint ? 
L’homme au c?ur pur, aux mains innocentes, 
qui ne livre pas son âme aux idoles. 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, 
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent ! 
Voici Jacob qui recherche ta face !

2ème lecture : Nous sommes enfants de Dieu et nous lui serons semblables (1 Jn 3, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu ? et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

Evangile : Les Béatitudes (Mt 5, 1-12a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Venez au Seigneur, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau : il vous donnera le repos. Alléluia. (cf. Mt 11, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

« Heureux les pauvres de coeur :
   le Royaume des cieux est à eux !

Heureux les doux : 
   ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent :
   ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :
   ils seront rassasiés !

Heureux les miséricordieux :
   ils obtiendront miséricorde !

Heureux les c?urs purs :
   ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix :
   ils seront appelés fils de Dieu !

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :
   le Royaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l’on vous insulte, 
   si l’on vous persécute 
   et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »
Patrick Braud

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