L'homélie du dimanche (prochain)

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19 octobre 2013

Ne baissez pas les bras !

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Ne baissez pas les bras !

Homélie du 29ème Dimanche du temps ordinaire / Année C
Dimanche 20 Octobre 2013

« Ne baissez pas les bras ! »

L’histoire de Moïse qui se tient les mains levées pour soutenir le long combat de Josué contre l’ennemi est célèbre. Peut-être est-ce de là que vient l’expression : « Ne baissez pas les bras ! ». Car si Moïse laissait retomber ses bras, l’ennemi était le plus fort ; sinon, Israël devenait le plus fort.

Ne baissez pas les bras ! dans Communauté spirituelle moses-holding-up-his-arms-during-the-battle 

« Ne baissez pas les bras ! »

L’expression peut également venir de la boxe. Si un boxeur baisse sa garde en abaissant ses mains, il va vite se retrouver KO. Le fait de baisser les bras pour un boxeur est un geste d’abandon dans un combat. Par extension, « baisser les bras » en est venu à signifier que l’on abandonne un projet ou une action par manque de courage, de force ou de volonté.

Comment Moïse est-il parvenu à ne pas baisser les bras là où tant d’autres avaient capitulé ? Regardons bien le texte et transposons-le à aujourd’hui.

1)  D’abord, Moïse a su déléguer et garder une certaine distance.

Il appelle Josué, l’envoie à la bataille pendant que lui va regarder les choses de haut depuis le sommet de la colline.

Vous aussi, si vous voulez tenir bon dans les combats qui sont les vôtres, apprenez à déléguer, à ne pas vous noyer dans l’action, à garder une certaine distance intérieure, à voir les choses « d’en haut ».

 

2) Ensuite, Moïse ne monte pas seul sur la colline. Il emmène Aaron et Hour.

Croire qu’on pourra s’en sortir tout seul est l’une des grandes tentations. Le piège, c’est de ne vouloir personne à ses côtés dans les combats de nos vies.

Tentation du repli sur soi, de l’autosuffisance, du mutisme?

Moïse sait qu’il aura besoin d’être aidé, et il l’accepte humblement. (Car Moïse est le plus humble des hommes que la terre ait portés?).

Vous aussi, acceptez d’être accompagné, aidé, sinon votre solitude se changera en lassitude.

 

3) Continuons le texte :

Quand ses mains deviennent trop lourdes pour rester levées, Moïse s’assoit sur une pierre. Il ne tient plus debout tout seul, il prend appui sur un autre que lui-même. Il se repose sur Dieu, son « rocher », comme disent les Psaumes.

Ce serait une illusion très prétentieuse que de vouloir se passer de Dieu pour aller jusqu’au bout de nos projets.

S’asseoir, être assis en Dieu, est paradoxalement la 1ère attitude pour mener la bataille.

 

4) Après s’être assis, Moïse accepte que d’autres lui tiennent les mains levéesAaron et Hour lui soutiennent la main gauche et la main droite vers le ciel.

Impossible là encore de tenir bon sans accepter d’être porté, supporté, élevé par nos compagnons d’armes. Tantôt ce sont des amis, tantôt un père spirituel, une équipe de réflexion et de partage, un groupe de prière?

Si vous voulez ne pas baisser les bras, entourez-vous de compagnons qui soient de vrais soutiens et acceptez leur aide, humblement.

 

5) « Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil ».

La dernière attitude de Moïse dans le récit biblique, c’est de persévérer, jusqu’au bout du jour, de durer sans se lasser. Cette persévérance dans la prière (que reprend Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui) est une condition sine qua non de notre fidélité. Il y a des bons et des mauvais jours, il y a des réussites et des échecs, il y a des doutes et des grands élans : l’important, pour ne pas baisser les bras, est de persévérer jusqu’à la fin.

Dans le monde économique ou politique, on est quelquefois prisonnier de la dictature du court terme, du très court terme : qui raisonne au-delà de 6 mois en entreprise ? La culture de l’efficacité rapide peut obscurcir l’horizon d’une action durable.

Dans la foi chrétienne, nous préférons le présent au court-terme.

Sans renier l’efficacité, nous lui préférons la fécondité qui demande du temps, qui demande de passer par la mort et la résurrection du grain de blé.

Le long-terme s’appelle plutôt pour nous : avenir, espérance ; et « l’espérance ne déçoit pas » (Rm 8).

perseverance courage dans Communauté spirituelle

Voilà donc quelques points de repère pour, à la suite de Moïse, ne pas baisser les bras :

- savoir déléguer et garder une certaine distance

- accepter d’être accompagné (et bien choisir ces compagnons !)

- s’asseoir, s’appuyer sur Dieu

- accepter d’être porté

- durer, persévérer jusqu’au bout.

 

Un poème anonyme traduit à sa manière cette espérance en la fécondité de cette attitude spirituelle. Je vous le livre :

Ne baissez pas les bras

1. Quand parfois rien ne veut s’arranger
Quand la route pénible continue de monter
Quand les fonds sont en baisse, les dettes amoncelées
Quand vous voulez sourire et que vous soupirez
Quand tout vous presse et que vous êtes surmené
Faites une pause, mais ne baissez pas les bras.

2. La vie est surprenante avec ses volte-face
Chacun de nous un jour a pu le constater.
Maints échecs en succès ont été transformés.
Celui qui est en tête est parfois dépassé.
Ne baissez pas les bras bien que l’allure soit lente
Un petit vent nouveau peut vous faire triompher.

3. Le but est bien souvent à portée de la main
De l’homme fatigué, affaibli, chancelant.
Il arrive au vainqueur parfois de renoncer
Alors que la victoire est au bout du chemin.
C’est après qu’il comprend, mais hélas trop tard,
Combien il était près de la couronne d’or.

4. Le succès, c’est l’échec qui change soudain de cap
Et contourne très loin les nuages du doute
Et nul ne peut dire si le but se rapproche.
Il peut être tout près alors qu’il semble loin.
Plongez dans la bagarre lorsque vous êtes en tête
Et lorsque tout va mal, ne baissez pas les bras,
Ne baissez pas les bras.

 

1ère lecture : La prière persévérante de Moïse obtient la victoire (Ex 17, 8-13)

Lecture du livre de l’Exode

Le peuple d’Israël marchait à travers le désert.
Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. »
Josué fit ce que Moïse avait dit : il livra bataille aux Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au tranchant de l’épée.

Psaume : Ps 120, 1-2, 3-4, 5-6, 7-8

R/ Notre secours, c’est Dieu, le Maître du monde !

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur 
qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il empêche ton pied de glisser, 
qu’il ne dorme pas, ton gardien. 
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, 
le gardien d’Israël. 

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, 
se tient près de toi. 
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper, 
ni la lune, durant la nuit. 

Le Seigneur te gardera de tout mal, 
il gardera ta vie. 
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour, 
maintenant, à jamais.

2ème lecture : Méditer l’Écriture pour proclamer la Parole(2Tm 3, 14-17; 4, 1-2)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Fils bien-aimé, 
tu dois en rester à ce qu’on t’a enseigné : tu l’as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l’ont enseigné. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Tous les textes de l’Écriture sont inspirés par Dieu ; celle-ci est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu’il faut pour faire un bon travail.

Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire.

Evangile : Parabole de la veuve qui demandait justice (Lc 18, 1-8)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur est juste en toutes ses voies, il est proche de ceux qui l’invoquent, il écoute leur cri : il les sauve. Alléluia. (Ps 144, 17-19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m’ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.’ »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu’il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »
Patrick Braud

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28 septembre 2013

La bande des vautrés n’existera plus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La bande des vautrés n’existera plus

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
29/09/13

« La bande des vautrés n’existera plus ».

On croirait du Mélenchon dans le texte !

La bande des vautrés n'existera plus dans Communauté spirituelle Repas%20de%20romains%20(source%20La%20Documentation%20par%20l'image%201952)Il y a une telle violence dans la dénonciation d’Amos… Il ne supporte plus les inégalités sociales qui défigurent Jérusalem huit siècles avant Jésus-Christ. Il n’en peut plus de voir se pavaner les riches dans les repas mondains en ville. Il déteste leur bling-bling soi-disant culturel (« ils improvisent au son de la harpe ; ils inventent des instruments de musique ; ils se frottent avec des parfums de luxe… »). Il clame haut et fort que ces inégalités entre riches et pauvres minent la société de l’intérieur et que – conséquence logique – tout ceci va très mal se terminer : un ennemi extérieur exploitera la faille, la ville implosera faute d’unité, et cet étalage malsain de richesses sera dispersé dans l’exil et l’esclavage à Babylone.

 

Jésus n’est pas en reste.

lepauvrelazareetlweb.gifLa parabole du riche (anonyme, car ce n’est pas avoir une identité que d’être riche) et du pauvre Lazare (lui au moins à un prénom) a les mêmes accents violents que les implications d’Amos. Violence pire encore, puisqu’elle se situe pour toujours, dans la vie éternelle (ou l’enfer éternel).

S’entêter à ne pas partager, ne pas accorder même ses miettes à celui qui crève de faim sous la table : voilà qui nous rappelle l’attitude de bien des pays développés dont le nôtre ; ou le mépris de bien des parvenus vis-à-vis des mendiants d’aujourd’hui.

L’injustice est inacceptable, insupportable pour l’ami du Christ. Les inégalités inhumaines entre ceux qui ont tout et ceux qui luttent pour survivre sont injustifiables pour qui aime Dieu.

Il ne suffit pas de s’indigner, à la manière de Stéphane Hessel. L’indignation n’a jamais sauvé personne. Le Christ ne s’est jamais contenté d’une protestation ? fût-elle noble et nécessaire ? mais l’a toujours accompagnée d’une action efficace pour renverser la pyramide de la domination sociale. Il chasse les marchands du Temple, pardonne à l’adultère, multiplie les pains pour nourrir les foules, guérit ceux qui souffrent, sauve Zachée de sa cupidité, ouvre la porte du paradis au criminel suspendu à côté de lui etc…

La colère de Jésus devant les inégalités de son temps s’est toujours conjuguée avec une action forte, immédiate, où il s’implique tout entier. Cette parabole de Lazare est l’une de ces voies pour dépasser la seule et stérile indignation : il éduque le coeur des riches en les faisant réfléchir à leur avenir éternel ; il rend leur dignité aux Lazares couverts de plaies ; il appelle à une révolution de l’intérieur, celle où les riches se convertissent et où les pauvres ne désespèrent plus.

La doctrine sociale de l’Église catholique n’a cessé de relayer ces appels afin d’éveiller les consciences et d’agir avec efficacité contre les grands écarts sociaux qui minent la fraternité de l’intérieur. Citons par exemple Léon XIII en 1891, qui a des accents quasi insurrectionnels :

collectif-encyclique-rerum-novarum-de-leon-xiii-pape-sur-la-condition-des-ouvriers-livre-ancien-876202029_ML Amos dans Communauté spirituelle« Nous sommes persuadé, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritées.

Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. » (Rerum Novarum) 

Et exactement 100 ans après, Jean-Paul II faisait le bilan suivant :

 Jean-Paul II« Au début de la société industrielle, c’est l’existence d’un « joug quasi servile » qui obligea mon prédécesseur à prendre la parole pour défendre l’homme. L’Église est restée fidèle à ce devoir au cours des cent ans qui se sont écoulés depuis. En effet, elle est intervenue à l’époque tumultueuse de la lutte des classes, après la première guerre mondiale, pour défendre l’homme contre l’exploitation économique et la tyrannie des systèmes totalitaires. Après la seconde guerre mondiale, elle a centré ses messages sociaux sur la dignité de la personne, insistant sur la destination universelle des biens matériels, sur un ordre social exempt d’oppression et fondé sur l’esprit de collaboration et de solidarité. Elle a sans cesse répété que la personne et la société ont besoin non seulement de ces biens mais aussi des valeurs spirituelles et religieuses. En outre, comme elle se rendait toujours mieux compte que trop d’hommes, loin de vivre dans le bien- être du monde occidental, subissent la misère des pays en voie de développement et sont dans une situation qui est encore celle du « joug quasi servile », elle s’est sentie et elle se sent obligée de dénoncer cette réalité en toute clarté et en toute franchise, bien qu’elle sache que ses appels ne seront pas toujours accueillis favorablement par tous. » (Centesimus annus n° 61)

Les catholiques de tous pays ont entendu ces appels ; les uns à travers le syndicalisme, les autres à travers le ‘christianisme social’ en France, ou la théologie de la libération en Amérique latine etc., d’autres encore à travers l’humanitaire, la coopération entre les peuples, les oeuvres d’urgence (mère Teresa, Emmaüs…). L’essentiel est de conjuguer la parole prophétique (« la bande des vautrés n’existera plus ») et l’action de transformation sociale. Sinon, le christianisme deviendra ? du moins en Europe ? une sympathique survivance folklorique de pratiques rituelles et de croyances magiques d’autrefois.

« La bande des vautrés n’existera plus ».

Avant de pointer trop vite cette accusation prophétique contre les autres, prenons le temps d’examiner en quoi elle pourrait nous concerner chacun.

Il y a tant de manières d’être « vautré » aux dépens des autres !

- vautré dans son intelligence (avec pour corollaire le mépris des ?non-intelligents’) ;

- vautré dans sa classe sociale qui finit par monopoliser toutes les amitiés, tous les engagements, les loisirs, les modes d’habitation, le point de vue de ses membres ;

- vautré dans sa religion, ce qui finit par interdire aux autres d’avoir leur part de vérité ;

- vautré dans le matérialisme ambiant au point de devenir sourd ou indifférent aux questions spirituelles etc.

Se vautrer est le symptôme d’un excès qui se termine toujours par la domination d’autrui.

Ayons la violence d’Amos pour dénoncer ces excès, d’abord en nous, puis autour de nous.

Ayons l’espérance du Christ : Dieu renverse les puissants, il renvoie les riches les mains vides, il élève des humbles, et nous invite à le faire avec lui, pour toujours.

 

 

 1ère lecture : Contre le gaspillage insolent des riches (Am 6, 1a.4-7)

Lecture du livre d’Amos

Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Psaume : Ps 145, 5a.6c.7ab, 7c-8, 9-10a

R/ Chantons le Seigneur : il comble les pauvres !

Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu ;
il garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain.

Le Seigneur délie les enchaînés,
le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, 
le Seigneur redresse les accablés, 
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger, 
il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera !

2ème lecture : Vivre la foi au Christ (1Tm 6, 11-16)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur. Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins.

Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation, voici ce que je t’ordonne : garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ. Celui qui fera paraître le Christ au temps fixé, c’est le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité, lui qui habite la lumière inaccessible, lui que personne n’a jamais vu, et que personne ne peut voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Evangile : Parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour qu’en sa pauvreté vous trouviez la richesse. Alléluia. (2 Co 8, 9)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait cette parabole :
« Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux. Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.

Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Alors il cria : ‘Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. 
Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir.
De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.’
Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. J’ai cinq frères : qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ! »
Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! 
Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’
Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ » Patrick Braud

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14 septembre 2013

La brebis et la drachme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La brebis et la drachme

Homélie du 24° dimanche du temps ordinaire / Année C
15/09/2013

Et vous, qu’avez-vous perdu ?

La brebis et la drachme dans Communauté spirituelle unpourcentartistiqueDans les paraboles de Luc 15,1-32, c’est d’abord une brebis. Elle représente 1 % du capital. C’est donc le genre de perte auquel les gens font peu attention, tellement elle est minime. Pourtant, 1 % après 1 %, des patrimoines entiers s’érodent, se délitent. C’est un peu de la vie de famille qui s’en va ; une once d’intérêt au boulot qui diminue ; une petite relâche spirituelle où on s’autorise à ne plus pratiquer ceci ou cela…

Votre brebis perdue passe inaperçue : le plus souvent, vous ne vous rendez même pas compte qu’elle n’est plus là. Il faut toute la vigilance d’un vrai berger pour compter ses moutons intérieurs le soir avant de s’endormir : aurais-je perdu quelque chose en moi qui fais partie de ma vraie richesse personnelle ? N’y aurait-il pas quelques fuites imperceptibles qui mériteraient d’être colmatées sans tarder ?

Jésus redouble la métaphore en passant de la brebis à la drachme.

block_img_7_1 drachme dans Communauté spirituelleUne femme (symbole du peuple, féminin en hébreu) perd une drachme, une pièce d’argent qui représente cette fois-ci 10 % de son capital. Perte significative qui justifie le remue-ménage domestique pour essayer de la retrouver. La pièce d’argent de l’époque porte l’effigie de l’empereur César. Par analogie, les Pères de l’Église n’ont eu aucune difficulté à voir dans cette parabole l’humanité en train de perdre sa ressemblance avec son Créateur (mieux que la pièce ne ressemble à César). Selon le livre de la Genèse en effet, l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. L’image divine est gravée en lui de façon indélébile, et rien ? même les pires forfaitures ? ne peut lui enlever cette dignité fondamentale. Par contre, la ressemblance d’avec Dieu ? elle – peut se perdre, comme un visage peut  perdre sa beauté à force d’excès d’alcool ou d’autres drogues…

Avec la drachme perdue, c’est la ressemblance divine qui gît dans la poussière de notre intérieur domestique, caché sous des paquets de moutons qui n’ont rien d’animal, apparemment perdue puisque devenue invisible au milieu de la terre battue qui recouvre le sol.

Cette femme affolée de constater qu’elle a perdu 10 % d’elle-même nous fait penser à ceux qui ont découvert soudain avec effroi que leur existence ne ressemble plus à ce qu’ils sont vraiment au plus profond d’eux-mêmes.

51STXYV5MNL._ perdreC’est la fameuse crise de milieu de vie qui en est le symptôme le plus évident. Entre 40 et 50 ans environ, des conjoints quittent leur moitié pour tenter de se refaire un autre couple tout neuf, leur deuxième chance (et dernière) se disent-ils. Des salariés remettent soudain en cause leur travail pourtant bien établi, et vont risquer une aventure professionnelle différente, ailleurs ou autrement. Des gens se convertissent à telle ou telle religion, alors qu’ils étaient indifférents : un mariage, un décès, une lecture, une rencontre les auront bouleversés, et ils voient soudain en pleine lumière tout ce qu’il leur manquait auparavant sur le plan spirituel, etc…

Nous pensons devoir protéger l’être humain contre le choc du milieu de la vie. Au contraire, Tauler y voit l’oeuvre de l’Esprit Saint. Il faut tranquillement laisser s’effondrer sur nous la tour de notre suffisance et de notre pharisaïsme et nous abandonner totalement à l’oeuvre que, dans cette tourmente, Dieu opère en nous : « Mon bien cher, laisse-toi couler, couler à pic jusqu’au fond, jusqu’à ton néant et laisse s’écrouler sur toi, avec tous ses étages, la tour (de ta cathédrale de suffisance et de pharisaïsme) ! Laisse-toi envahir par tous les diables de l’enfer ! Le ciel et la terre avec toutes leurs créatures, tout te sera prodigieusement utile ! Laisse-toi tranquillement couler à pic, tu auras alors en partage tout ce qu’il y a de meilleur ».
Anselm Grün, La crise du milieu de la vie, une approche spirituelle, 2005.

Bref : à force de perdre des pièces de valeur dans la poussière de nos modes de vie, vient le moment où tous nous avons envie de crier : ce n’est pas moi !

Alors, comme dans la parabole, nous cherchons une lampe pour nous lancer à la recherche de la ressemblance perdue. Pour certains ce sera une démarche psychologique, pour d’autres les médecines alternatives, pour d’autres encore les sagesses asiatiques ou chrétiennes… Peu importe à la limite : l’essentiel est de partir à la recherche de soi-même (enfin !), en quête de son identité la plus vraie.

Le branle-bas le combat qui s’ensuit met toute la maison sens dessus dessous. Apparemment, c’est une tornade qui déplace tout. Nous sommes parfois capables de faire ainsi souffler une tempête sur notre tranquillité intérieure, lorsque nous osons nous dire à nous-mêmes : j’ai trop perdu de moi-même. Il est temps de retrouver qui je suis.

Lorsque ce courage nous manque d’une remise en cause radicale, ce sont parfois les événements qui nous y obligent. Et l’on dit que Dieu se faufile avec malice à travers ces événements-là… Lorsqu’une catastrophe ou un grand bonheur, une épreuve ou un éblouissement, une rupture ou une communion intenses nous obligent à partir à la recherche de notre identité perdue, Dieu n’est certainement pas loin.

v07_0056 TaulerLa pièce d’argent ressemble à César. Cachée dans la poussière, elle ne peut plus nous rappeler notre aspiration à plus de grandeur et de majesté dans notre existence. Retrouvée à la lumière de la lampe, elle brille à nouveau comme pour nous redire : tu es fait pour aimer comme Dieu, pour ressembler à Dieu, pour devenir Dieu lui-même…

La perte de cette ambition la plus haute (plus haute que l’ambition de carrière, de gloire sociale ou de petite vie tranquille…) est une véritable hémorragie vitale, qui fait penser à l’hémorragie que Jésus a guérie chez une autre femme qui se vidait ainsi de l’intérieur (Lc 8,43-48).

 

Et si c’était Dieu lui-même qui s’invitait chez nous en y mettant un charivari pas possible ! ?

Et si ce qui nous manquait le plus était justement de ne pas manquer ? C’est-à-dire de ne pas nous rendre compte qu’il nous manque quelque chose pour être nous-mêmes ?

coll_fils_prodigueC’est d’ailleurs le drame du fils aîné de la troisième parabole de notre évangile de Luc 15,1?32. Il a l’impression d’être en règle avec son père et de ne jamais avoir manqué d’obéissance envers lui. Du coup, il ne voit pas ce qui lui manque : l’expérience de la gratuité de l’amour paternel.
Il croit mériter alors qu’il a obéi.
Il croit devoir hériter alors qu’il n’est pas libre.
Il ne sait pas ce qu’est la faim, la faim matérielle élémentaire comme la soif d’amour et de reconnaissance.
La pièce d’argent perdue ne lui manque pas : il ne sait même pas qu’il l’a perdue !
*
L’autre fils ? lui ? a perdu sa ressemblance d’avec son père au milieu d’un troupeau de porcs. Il a stoppé net sa dérive, et a balayé en lui jusqu’à retrouver le désir d’être un serviteur à défaut d’être un fils.

Et vous, qu’avez-vous perdu en cours de route ?

Rien de négatif ni de masochiste à se poser ce genre de question. C’est plutôt l’inspection responsable du capitaine de vaisseau qui fait le tour de sa coque, à l’intérieur comme à l’extérieur : où sont les voies d’eau potentielles ? Que suis-je en train de perdre sans m’en rendre compte ?

Sans la lampe de l’Écriture, de la réflexion personnelle (cf. le devoir de s’asseoir), de la prière, de la parole des autres, il est difficile de prendre conscience de ces pièces d’argent disséminées dans la poussière de notre maison intérieure tout au long de notre histoire. Pourtant, c’est l’hygiène salutaire de ceux qui, individuellement et collectivement, en couple comme en entreprise, affrontent régulièrement cette interrogation salvatrice :

- quelle pièce d’argent ai-je perdu en cours de route ?

- quelle richesse collective avons-nous laissé s’enfouir ?

 

 

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Mozart est mort jeune. Les opéras qu’il n’a pas écrits ne nous manquent pas, nous n’en avons même pas conscience…

 

1ère lecture : Moïse obtient le pardon pour le peuple infidèle(Ex 32, 7-11.13-14)

Lecture du livre de l’Exode

Moïse était encore sur la montagne du Sinaï. Le Seigneur lui dit : « Va, descends, ton peuple s’est perverti, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. Ils n’auront pas mis longtemps à quitter le chemin que je leur avais prescrit ! Ils se sont fabriqué un veau en métal fondu. Ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : ‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »
Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la tête dure.
Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les engloutir ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. » 
Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par la vigueur de ton bras et la puissance de ta main ? Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Jacob, à qui tu as juré par toi-même : ‘Je rendrai votre descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel, je donnerai à vos descendants tout ce pays que j’avais promis, et il sera pour toujours leur héritage.’ »
Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

Psaume : Ps 50, 3-4, 12-13, 17.19

R/ Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père.

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, 
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, 
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, 
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face, 
ne me reprends pas ton esprit saint.

Seigneur, ouvre mes lèvres, 
et ma bouche annoncera ta louange.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; 
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un c?ur brisé et broyé.

2ème lecture : Action de grâce du pécheur pardonné (1Tm 1, 12-17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne la force, Jésus Christ notre Seigneur, car il m’a fait confiance en me chargeant du ministère, moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m’a pardonné : ce que je faisais, c’était par ignorance, car je n’avais pas la foi ; mais la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus.

Voici une parole sûre, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.

Honneur et gloire au roi des siècles, au Dieu unique, invisible et immortel, pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue (et du fils perdu) : la joie du pardon (brève : 1-10) (Lc 15, 1-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Toi qui es bon et qui pardonnes, toi qui recherches la brebis égarée, rends-nous, Seigneur, la joie d’être sauvés. Alléluia. (cf. Ps 85, 5 ; Lc 15, 4 ; Ps 50, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’
Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.
Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.
Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick Braud

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31 août 2013

Dieu est le plus humble de tous les hommes

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dieu est le plus humble de tous les hommes

 

Homélie du 22° Dimanche du temps ordinaire / Année C
01/09/2013

 

Ben Sirac le sage vante la vertu d'humilité avec des mots que bien des chefs en tout genre pourraient méditer :

« Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.
La puissance du Seigneur est grande, et les humbles lui rendent gloire.
La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. »
(Si 3,17-29)

 

Dans l’Ancien Testament, l’humilité est d’abord la réponse humaine à la grandeur de Dieu. 

C’est la conscience de l’extraordinaire distance entre lui et moi qui m’entraîne à reconnaître ma fragilité, ma petitesse. Quelle que soit l’intelligence d’un savant, quel que soit le génie commercial ou industriel d’un patron, quelque soit la renommée d’un politique, qu’est-ce que cela en comparaison de celui qui est tout ? À l’image de la grenouille de La Fontaine, qui pourrait enfler ses prétentions jusqu’à vouloir égaler le « b?uf » divin ?


Dieu est le plus humble de tous les hommes dans Communauté spirituelle 275

 

Même ceux qui ne sont pas croyants font cette radicale expérience de leur finitude : devant l’immensité de l’océan, de la musique, de la maladie, du temps qui passe, de la mort…

En ce sens, l’Ancien Testament énonce une sagesse commune à beaucoup de cultures, de sociétés de toutes les époques. Et c’est déjà beaucoup, car c’est devant Dieu que l’homme apprend ce que être humble veut dire.

 

Le Nouveau Testament va sur ce point plus loin, infiniment plus loin. L’incarnation du Verbe révèle un dieu qui ne se contente pas d’être grand à distance ou même en proximité. Il se fait l’un de nous, dans notre humus = terreau humain et il épouse notre condition dans sa fragilité. L’humilité de Dieu n'est dans nulle autre religion aussi manifeste que dans la foi chrétienne. Comme l’écrivait le père François Varillon :

« Aimer c’est la puissance de descendre au plus bas jusqu’à l’anéantissement de soi.
Cet anéantissement n’est pas une suppression d’existence.
Il est la révélation de l’existence la plus haute.
C’est cela l’Évangile, la présence active et transformante de Dieu au plus bas de la condition humaine. »
1
 

Patrick Braud

En s’abaissant par amour jusqu’à se faire homme, Dieu se révèle humble face à l’homme, plus que nous ne pourrons jamais l’être envers lui. Dans le même mouvement (qui est trinitaire) de cette incarnation, Dieu livre le secret de son intimité : chaque personne divine, d'égale majesté, est tout entier humblement tournée vers le service et la communion avec les deux autres. L’humilité est donc une vertu (virtus = force en latin), intrinsèque à la nature divine. Ce n’est pas un comportement qu’il adopte pour rejoindre l’homme (ce serait à la limite d’une stratégie de séduction), c’est son être trinitaire même qu’il déploie pour inviter l’homme à y entrer en plénitude.


« ?.Dieu étreint l'âme dans l'amour.
Il est l'Autre mais sans distance.
Et caché. Humblement caché, car on ne pourrait le voir et rester libre.
L'invisibilité de Dieu est son humilité respectueuse de notre liberté. 2

 

L’humilité de Dieu est essentielle à l’amour qui unit les Trois ; elle est ainsi la source de l’humilité humaine, qui peut y participer, par grâce.

 

L’humilité est à ce point enracinée en Dieu que Maître Eckhart osera dire que celui qui est humble ne fait qu’un avec Dieu, et qu'il peut tout lui demander puisque en fait il n’est plus extérieur à ce qu’il désire :

L'homme véritablement humble n’a pas besoin de demander à Dieu: il peut commander à Dieu,
car la hauteur de la déité n’a égard qu’à 1a profondeur de l’humilité (…).

L’homme humble et Dieu ne font qu’un.

L’homme humble a pouvoir sur Dieu comme il en a sur lui-même, et tout ce qui est dans les anges est en propre à l’homme humble. Ce que Dieu opère, l’homme humble l’opère aussi, et ce que Dieu est, il l’est : une vie et un être. Et c’est pourquoi notre cher Seigneur a dit: « Apprenez de moi qui suis doux et humble de c?ur. » » 3 

 

Quand Jésus dit : « qui s'élève sera abaissé, qui s'abaisse sera élevé », il parle d’abord de lui-même.

Quand il demande de donner un festin pour ceux qui ne pourront jamais vous le rendre, il fait référence à la générosité divine qui est à la source de nos générosités humaines. « Il faut appeler divin l’amour qui est assez fort pour ne pas exiger la réciprocité comme condition de sa constance » (F. Varillon; ibid).

Quand il insiste : « va te mettre à la dernière place », il ne fait qu’énoncer le chemin sur lequel lui-même s’est engagé, jusqu’à la dernière place en humanité qu’est l'infamie de la croix.

 

Par quoi se caractérise cette humilité de Dieu ?

Par le souci de servir, par le refus de s’attribuer à soi-même sa propre gloire, par l’attention et le respect donné aux plus petits de la société, par un amour de soi intense parce que réaliste et enraciné en Dieu, par le refus de l’auto rédemption (serrer les dents pour y arriver tout seul sans dépendre de personne) etc.

On est alors aux antipodes de la fausse humilité, caricature autrefois trop fréquente, dans les congrégations religieuses comme dans les cercles bien-pensants… Sous prétexte d’humilité en effet, on peut cacher la peur de risquer ou la peur de prendre des responsabilités. À force d’humilité ostentatoire, on peut cultiver un goût morbide de l’auto-dépréciation, du paraître, et finalement du refus de la joie d’être aimé. Les contrefaçons de l’humilité rétrécissent le désir de vivre, nourrissent l’amertume de ne pas être reconnu, et finissent par cette peur contraire à l’Évangile : aller enfouir son talent au lieu de le faire fructifier.

 

Non, l’humilité à la manière de Dieu est une passion pour l’autre, pour faire grandir l’autre. « Dieu élève les humbles » chante Marie, parce que eux-mêmes élèvent leurs frères. L’humiliation est exactement à l’opposé de l’humilité.

 

Un rabbin le racontait fort joliment :

Deux élèves d’une école talmudique se disputaient pour savoir qui est le plus grand.
Le premier saisit son camarade à la tête, lui fait courber l'échine et crie victoire en le maintenant plié sous sa main : « je suis plus grand, je suis plus grand ».
À l’autre maintenant – Moshe – de faire la preuve. Il se relève, et se met à sauter en l’air, de plus en plus haut : « je suis plus grand, je suis plus grand ! » Le rabbin arrive et interpelle ses deux jeunes disciples : Moshé, certainement tu seras un maître en Israël, car pour te grandir tu n’as pas eu besoin de rabaisser tes frères »…

 

Puisqu'elle se reçoit, n'hésitez pas à demander à Dieu son humilité !

 


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[1]Varillon F., Traversées d’un croyant, choix de textes présentés Charles Ehlinger, Ed. Bayard, 2005.

[2]. Varillon F., L'humilité de Dieu, Centurion, 1974.

[3]. Maître Eckhart, Sermon n° 14. 


 

1ère lecture : Exhortation à l’humilité (Si 3, 17-18.20.28-29)

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur.
Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.
La puissance du Seigneur est grande, et les humbles lui rendent gloire.
La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui.
L’homme sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

 

Psaume : Ps 67, 4-5ac, 6-7ab, 10-11

R/ Béni soit le Seigneur : il élève les humbles.

Les justes sont en fête, ils exultent ; 
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom.
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves, 
tel est Dieu dans sa sainte demeure. 
À l’isolé, Dieu accorde une maison ; 
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, 
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. 
Sur les lieux où campait ton troupeau, 
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

 

2ème lecture : La fête éternelle sur la montagne de la nouvelle Alliance (He 12, 18-19.22-24a)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, 
quand vous êtes venus vers Dieu, il n’y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas de feu qui brûle, pas d’obscurité, de ténèbres, ni d’ouragan, pas de son de trompettes, pas de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des milliers d’anges en fête et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous les hommes, et vers les âmes des justes arrivés à la perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une Alliance nouvelle.

 

Évangile : Pour avoir part au royaume de Dieu : choisir la dernière place, inviter les pauvres (Lc 14, 1a.7-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Heureux les invités à la table de Dieu : il comble de biens les affamés, il élève les humbles. Alléluia. (cf. Lc 1, 52-53)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas. Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole :
« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : ‘Cède-lui ta place’, et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi.
Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t’inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue.
Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
Patrick BRAUD

 

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