L'homélie du dimanche (prochain)

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9 juin 2024

Dieu comble son bien-aimé quand il dort

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dieu comble son bien-aimé quand il dort

 

Homélie pour le 11° Dimanche du Temps ordinaire / Année B 

16/06/24

 

Cf. également :

La croissance illucide
Un Royaume colibri, papillon, small, not big
Le management du non-agir
L’ « effet papillon » de la foi
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le pourquoi et le comment
Le semeur de paraboles
Foi de moutarde !
Maintenant, je commence


Dors là-dessus…

Dieu comble son bien-aimé quand il dort dans Communauté spirituelle vue-dessus-femme-souriante-se-detendre-dormir-canape-maison_225067-100Avez-vous déjà fait cette expérience ? Au lycée ou en prépa, lorsqu’un exercice de maths bien difficile m’avait torturé de longues heures sans que j’arrive à le résoudre, je le laissais volontairement de côté pour le lendemain. Mais, avant de m’endormir, j’orientais ma pensée et mon imagination vers ses symboles, ses courbes, ses équations. Le lendemain matin, comme par magie, tout s’était dénoué, et je pouvais avant mon petit déjeuner coucher sur ma copie la solution au problème d’un seul trait, devenue évidente entre-temps.

La nuit porte conseil, dit à raison la sagesse populaire. Que ce soit pour un problème de maths, une décision importante ou un choix crucial, mieux vaut ne pas agir trop vite et laisser la difficulté décanter durant la nuit.

 

Jésus avait peut-être lui aussi résolu ses problèmes de maths du lycée de Nazareth en dormant sur sa copie… En tout cas, il avait observé la croissance des plantes et des végétaux dans les champs et combien l’agriculteur y était pour peu de choses :

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé” » (Mc 4,26-29).

 

Il semblerait donc qu’être un gros dormeur soit un avantage spirituel conséquent…

L’énergie vitale de la plante / du royaume de Dieu se déploie d’elle-même, que nous y collaborions ou pas. Et en plus, elle nous échappe, non maîtrisable : « il ne sait pas comment ».

Le sommeil est le lieu emblématique où il devient manifeste que cela ne vient pas de nous, mais de Dieu. « En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 127,2)

Le riche compte sa puissance, ses forces, son argent, et en conséquence dort mal. Le pauvre fait confiance car il compte sur Dieu. « Le travailleur dormira en paix, qu’il ait peu ou beaucoup à manger, alors que, rassasié, le riche ne parvient pas à dormir » (Qo 5,11).

 

14-565337 Eckhart dans Communauté spirituelle

L’échelle du songe de Jacob

On n’en finirait pas d’égrener les sommeils bibliques où quelque chose de du royaume de Dieu s’est joué, à notre insu, sans que nous y soyons pour grand-chose.

 

Péguy devait être lui aussi un gros dormeur, car il fait l’éloge du sommeil dans « Le Porche de la deuxième vertu » :

Celui qui a le cœur pur, dort. Et celui qui dort a le cœur pur.
C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant.
D’avoir comme un enfant cette force dans les jarrets.
Ces jarrets neufs, ces âmes neuves
Et de recommencer tous les matins, toujours neuf,
Comme la jeune, comme la neuve Espérance. 

Or on me dit qu’il y a des hommes
Qui travaillent bien et qui dorment mal.
Qui ne dorment pas. Quel manque de confiance en moi ! […]

Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes
Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas. 

Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu. C’est bien fait pour eux. Des grands pécheurs. Ils n’ont qu’à travailler.

Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas.
Je les plains. Je parle de ceux qui travaillent, et qui ainsi
En ceci suivent mon commandement, les pauvres enfants. 

Et qui d’autre part n’ont pas le courage, n’ont pas la confiance, ne dorment pas.

Je les plains. Je leur en veux. Un peu. Ils ne me font pas confiance.

Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point,

Innocents, dans les bras de ma Providence. 

Ils ont le courage de travailler. Ils n’ont pas le courage de ne rien faire.

 

Ne pas dormir signifie alors se crisper sur sa seule action, croire que tout dépend de soi, et faire obstacle au travail de Dieu en voulant se substituer à lui ! Laisser Dieu agir n’implique pas de se tourner les pouces, mais de collaborer sans entraver, d’accompagner sans tout vouloir contrôler, de faire confiance sans tout planifier.

 

Le non-agir de Maître Eckhart

granumPlaca non-agirLes saints et les mystiques comprennent cela mieux que les savants, car ils se laissent guider au lieu de construire selon leur plan. Maître Eckhart au XIV° siècle a engagé la mystique rhénane dans cette quête incandescente du non-agir spirituel, à la fine pointe de la convergence avec d’autres traditions mystiques non chrétiennes : taoïstes, soufies ou bouddhistes notamment.

Maître Eckhart a entendu l’appel du Christ à laisser croître le royaume de Dieu comme un détachement radical de ses propres œuvres.

À l’image de Marie qui engendre le Verbe de Dieu en elle en laissant faire l’Esprit, chaque chrétien est appelé à engendrer le Christ en lui en se laissant façonner par Dieu dans la vie spirituelle. Il ne s’agit plus alors d’agir par soi-même (avec orgueil), ni même d’agir pour Dieu (ce qui est encore se substituer à lui), mais de laisser Dieu agir en soi et à travers soi.

« Dieu n’est en rien de rien tenu par leurs œuvres et leurs dons, à moins que de bon gré il ne veuille le faire de par sa grâce et non en raison de leurs œuvres ni en raison de leur don, car ils ne donnent rien qui soit leur et n’opèrent pas non plus à partir d’eux-mêmes, ainsi que dit Christ lui-même : ‘Sans moi vous ne pouvez rien faire’.

(…) C’est ainsi que devrait se tenir l’homme qui voudrait se trouver réceptif à la vérité suprême et vivant là sans avant et sans après et sans être entravé par toutes les œuvres et toutes les images dont il eut jamais connaissance, dépris et libre, recevant à nouveau dans ce maintenant le don divin et l’engendrant en retour sans obstacle dans cette même lumière avec une louange de gratitude en Notre Seigneur Jésus Christ (Maître Eckhart, Sermon n°1).

Le baptisé devient alors un authentique homme d’action, mais d’une action qu’il ne veut pas en propre, qui lui est donnée d’accomplir sans la rechercher particulièrement. Dieu agit en lui sans qu’il ait à se forcer pour accomplir l’œuvre de Dieu.

« Ce point est la montagne
à gravir sans agir (…)
la voie te conduit
au Désert admirable (…) ».

Maître Eckhart, Granum Sinapis

 

La procrastination structurée

procrastinate+now+and+panic+later PéguyProcrastiner, c’est remettre à demain (en latin : pro = pour / cras = demain). Contrairement à l’adage : ‘ne remet pas au lendemain ce que tu peux faire aujourd’hui’, le procrastinateur va s’ingénier à reporter à demain le plus possible de tâches ingrates, difficiles, auxquelles il n’est pas prêt, pour n’exécuter aujourd’hui que ce qu’il doit ou peut réellement faire. Dans la vie professionnelle par exemple, c’est fou le nombre de mails auxquels il est urgent de ne pas répondre ! On en reçoit des centaines par jour dans sa boîte mail, dont la plupart sont en copie (les fameux cc : copie carbone, ou cci : copie carbone cachée). Or 80 % d’entre eux se résolvent d’eux-mêmes, tout seuls, dans les 48 heures, car d’autres y répondent, ou le problème a disparu, ou ce n’est pas si pressé etc.

Il est urgent de ne pas répondre ! Dormir sur ses mails est une version sécularisée du sommeil du cultivateur de l’Évangile : ne pas croire ni vouloir tout faire tout seul tout de suite ; mais laisser Dieu agir, laisser le temps faire son œuvre à travers nous, sans le commander.

 

Carafe à décanterPrenez une belle et bonne vieille bouteille de vin enveloppée d’une poussière vénérable, datant de quelques décennies. Si vous prévoyez de la servir à vos invités ce soir, mieux vaut la déboucher à l’avance, la vider dans une carafe et la laisser ainsi décanter à l’air libre quelques heures avant le repas. L’avantage sera double : l’oxydation au contact de l’air aura redonné au vin sa vigueur, sa profondeur, et la pesanteur aura précipité les inévitables déchets au fond de la carafe, purifiant ainsi le nectar décanté. Est-ce vraiment vous qui aurez décanté le vin ? Ou bien – au mieux – l’avez-vous favorisé ?

La plante grandit par elle-même, la pesanteur décante le vin d’elle-même, le royaume de Dieu grandit par sa seule force.

Ceux qui accompagnent des catéchumènes adultes vers le baptême en font le constat joyeux : ils n’y sont pour rien, mais ils sont les témoins émerveillés de la croissance de la vie spirituelle en l’autre. Ils n’ont même pas semé, et ils vont moissonner ! Ils dormaient quand les catéchumènes s’éveillaient à l’Évangile, mais ils posent désormais la main sur leur épaule au moment de la confirmation.

 

Voilà pourquoi « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » ! Car, renonçant alors à tout diriger et contrôler, le dormeur s’abandonne aux forces plus grandes que lui qui régissent le cycle de l’univers. Le croyant s’abandonne à l’Esprit de Dieu qui renouvelle la face de la terre, jour et nuit, que je travaille ou que je me repose. Ne pas tout faire tout de suite relève de la sagesse spirituelle du cultivateur de l’Évangile, et se traduit en pratique par une procrastination structurée. Structurée, car sinon c’est de la paresse, de la démission, de l’irresponsabilité. Structurée, c’est-à-dire hiérarchisant la pile des priorités et des affaires à traiter en classant au plus bas ce qui peut attendre, ce que je ne sais pas ni ne peux faire à l’heure actuelle, ce qui n’est pas si urgent etc. Alors émerge en haut de la pile ce qui convient à mon labeur de ce jour (mais qui était en bas de la pile quelques jours avant !). Bon nombre de ces post-it ainsi savamment empilés, avec intelligence et discernement, se détruiront d’eux-mêmes dans les jours qui viennent. Les autres sont alors mûrs pour être traités (ou non !).

 

Nous serions fous de nous épuiser à croire que tout dépend de nous tout de suite, alors que Dieu comble son bien-aimé quand il dort !

La croissance illucide du royaume de Dieu est d’abord en nous : « On ne dira pas : “Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous” » (Lc 17,21). L’espérance jaillit là où ne nous ne l’attendions pas, le renouveau nous surprend en fleurissant où il veut quand il veut… Et cela ne dépend pas de nous. Et nous ne savons pas comment cela se fait. Et cette docte ignorance est bienheureuse, car elle respecte l’énergie vitale de l’Esprit de Dieu à l’œuvre en nous.

La croissance illucide du royaume de Dieu vaut également pour notre monde, travaillé par des germes de résurrection là où nous ne l’aurions pas imaginé. À contre-courant des flux d’information en continu de nos médias, le regard chrétien espère toujours discerner la grâce des commencements à l’œuvre en ce monde. La « Lettre aux catholiques de France » de 1996 nous invitait à pratiquer « une lecture pascale des événements », c’est-à-dire à discerner ce qui naît de ce qui meurt, ce qui grandit du royaume de Dieu autour de nous et en nous, en refusant de nous laisser fasciner par le fracas des effondrements inévitables.

 sommeil« La crise que traverse l’Église aujourd’hui est due, dans une large mesure, à la répercussion, dans l’Église elle-même et dans la vie de ses membres, d’un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes et qui ont une dimension mondiale.

Nous sommes en train de changer de monde et de société. Un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe aucun modèle préétabli pour sa construction. Des équilibres anciens sont en train de disparaître, et les équilibres nouveaux ont du mal à se constituer. Or, par toute son histoire, spécialement en Europe, l’Église se trouve assez profondément solidaire des équilibres anciens et de la figure du monde qui s’efface. Non seulement elle y était bien insérée, mais elle avait largement contribué à sa constitution, tandis que la figure du monde qu’il s’agit de construire nous échappe ».

La Lettre continue en invitant les catholiques à pratiquer une « lecture pascale » des évènements, c’est-à-dire à percevoir l’annonce de la Résurrection à travers les effondrements actuels (ce qui rappelle la « destruction créatrice » chère à Schumpeter) :

« Nous devons apprendre à pratiquer davantage cette lecture pascale de tous les évènements de notre existence et de notre histoire. Si nous ouvrons les Écritures, comme Jésus le fait avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,27), c’est pour comprendre comment dans les souffrances du temps présent se prépare la gloire qui doit se révéler un jour ».

 

C’est vrai que beaucoup d’indicateurs sont au rouge pour l’Église en France : à peine 6 % de pratiquants, un taux de catéchisation en chute libre, moins de 100 ordinations sacerdotales par an, des finances en péril etc… On peut (et on doit) allonger cette liste des signes du déclin : ce n’est pas en niant la chute qu’on la conjure. Ce n’est pas en se bouchant les oreilles devant le fracas de ce qui s’écroule qu’on va entendre ce qui naît. Ce n’est pas par des discours lénifiants et moralisants qu’on va éviter l’effondrement de ce qui doit mourir. Rien ne sert non plus rejeter la faute à la société environnante : ce serait se mettre hors-jeu du renouvellement contenu en germe dans l’effondrement actuel.

Mieux vaut courageusement prendre acte de ce qui meurt, et se rendre disponible pour ce qui naît. « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, suis-moi » (Lc 9,60).

Mieux vaut scruter attentivement la flore environnante pour y reconnaître les jeunes pousses pleines de promesses, les tendres branches du figuier à côté des tiges desséchées. Les 7000 baptêmes d’adultes en France en 2023 sont à cet égard une heureuse surprise qui devrait nous convertir à ce type de « lecture pascale »…

Des petites choses éclosent ; des signaux faibles clignotent enfin ; des nuages gros comme le poing montent à l’horizon (1R 18,44), annonciateurs de pluie prochaine ; des renouveaux côtoient les ruines ; des moissons se préparent en secret et en silence…

 

Péguy nous appelle à porter ce regard d’espérance sur nous-même et sur le monde.

Jésus nous invite à faire confiance à la puissance intrinsèque du royaume de Dieu en croissance.

Maître Eckhart nous indique la voie paradoxale du non-agir pour collaborer à cette croissance qui nous est donnée sans mérite aucun de notre part.

Alors, dans chacune de nos actions, abandonnons-nous avec confiance aux forces spirituelles sans cesse à l’œuvre : Dieu comble son bien-aimé quand il dort

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »


PSAUME
(91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)

R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »
 
DEUXIÈME LECTURE
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)


Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

 
ÉVANGILE
« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)

Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ;le semeur est le Christ ;celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
Patrick Braud

 

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19 mai 2024

Trinité : le triangle amoureux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Trinité : le triangle amoureux

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année B 

26/05/24

 

Cf. également :

Trinité : quelle sera votre porte d’entrée ?
La structure trinitaire de l’eucharistie
La Trinité est notre programme social
Trinité économique, Trinité immanente
Les trois vertus trinitaires
Vivre de la Trinité en nous
La Trinité, icône de notre humanité
L’Esprit, vérité graduelle
Trinité : Distinguer pour mieux unir
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Les bonheurs de Sophie
Trinité : au commencement est la relation
La Trinité en actes : le geste de paix
La Trinité et nous

 

Dieu triangle

Les superstitionsPourquoi tant de gens ont-ils peur de passer sous une échelle ? Pourquoi est-ce la même forme géométrique qui signale sur les panneaux de la route un danger, une sortie d’école, un chantier, un risque de chute de pierres, une sortie fréquente de camions ou de sangliers… ?

Plusieurs explications sont avancées par les spécialistes [1]. La plus fréquente fait référence à la Trinité, symbolisée par un triangle. Passer sous une échelle c’est entrer à l’intérieur du triangle divin, ce qui résonnait au Moyen Âge comme une profanation, susceptible d’attirer le malheur sur celui qui oserait s’y risquer. Passer sous l’échelle, c’est entrer en Dieu et « nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20). Dangereux ! On se souvenait également que les condamnés à la pendaison passaient sous l’échelle du gibet avant de glisser leur cou  dans le nœud coulant. Passer sous l’échelle était là encore une annonce de malheur. La symbolique de l’échelle était encore associée à celle du Golgotha que les soldats ont adossée à la croix du Christ afin de le hisser pour le crucifier, puis pour le descendre. Poser une échelle était donc associé à l’image de la trahison de Judas et la mort de Jésus. Du coup, l’allusion du triangle à la mort s’est généralisée sur nos panneaux routiers, signalant les multiples dangers qui nous menacent.

 

Pourtant, fondamentalement, le triangle est une figure éminemment symbolique et positive dans la culture occidentale. Sans doute parce que, très tôt, les réflexions sur la Trinité que nous fêtons ce dimanche ont puisé dans le triangle une métaphore particulièrement bien adaptée, et simple à comprendre. Un triangle ne fait qu’un alors qu’il a 3 côtés distincts. Mieux : un triangle équilatéral affiche l’égalité entre ses 3 branches inséparables. Facile d’y voir l’image du Père, du Fils et de l’Esprit intimement liés les uns aux autres sans pourtant se confondre l’un avec l’autre, et ne formant qu’un. Les 3 personnes divines sont unies « sans séparation ni confusion », selon le vieil adage christologique qui s’appliquait déjà aux deux natures du Christ, l’humaine et la divine.

Comme par ailleurs le triangle est un élément incontournable en architecture, on le retrouve partout, sur le fronton de nos églises, de nos tableaux de peinture, de nos symboles religieux. Les francs-maçons, du moins ceux qui croient au Grand Architecte, l’ont gardé en souvenir, avec l’œil au centre pour évoquer leur conception du salut par la connaissance : Dieu connaît tout, et tout connaître rend pareil à Dieu.

 

triangle, instrument de musiqueSi l’on est mélomane, on peut méditer sur la Trinité à partir du petit instrument de musique qui s’appelle justement triangle, le plus humble de tous les instruments du mastodonte orchestre symphonique au grand complet.

En effet, le son ne se propage dans le triangle et au-delà que si chaque branche vibre sans retenir la vibration pour elle-même, mais en la communiquant aux deux autres. Chaque branche du triangle reçoit la vibration des deux autres et leur transmet en même temps. Ce faisant, le triangle fait résonner sa note claire et limpide au-delà de lui-même. Cette circulation du son musical à l’intérieur du triangle fait irrésistiblement penser à la périchorèse trinitaire, cette rotation, cette danse-autour (en grec) qui caractérise la circulation de l’amour en Dieu, cette circumincessio (se tenir autour ensemble, en latin) qui fait du mouvement la substance divine. Saint Thomas d’Aquin ne disait-il pas qu’« en Dieu la relation est substantielle » ? Il n’y a de notes émises par le triangle que si le son circule sans entraves autour de ses 3 branches.

Par nature, ce son se diffuse à toute la salle de concert, comme l’amour de Dieu se diffuse à toute sa Création, « naturellement ». « Bonum diffusuvum sui », écrivait encore saint Thomas d’Aquin. La nature du Bien/Bon est de se diffuser, de se communiquer lui-même, sans calcul, gratuitement, sans nécessité, sans condition.

 

D’ailleurs, le triangle de l’orchestre symphonique n’est pas clos sur lui-même : il a cette petite ouverture, ce vide, ce sommet manquant qui est comme un appel à prendre notre place dans cette circulation trinitaire. Sans cette ouverture, la diffusion du son est étouffée. Avec elle, avec ce manque inscrit dans la structure du triangle, la communication du son est assurée pour tout l’entourage. Telle une circoncision du cœur ouvert à l’autre, l’ouverture du triangle manifeste l’auto-communication de Dieu, qui fait partie de sa nature même. Il faut donc oser affirmer qu’en Dieu Trinité il y a une brèche, une faille, une ouverture, un manque, depuis que sa Création a surgi de son amour. Grâce au philosophe juif Emmanuel Levinas, nous savons que la totalité (être sans failles) est diabolique, alors que l’infini (de la circulation de l’amour) est divin [2]. Un dieu qui n’est qu’Un comme celui de l’islam est une totalité enclose sur elle-même, et cela engendre une société/religion totalitaire. Un Dieu ‘circoncis’ fait circuler l’amour à l’infini, en lui et hors de lui, et cela engendre (normalement !) une société/religion ouverte.

 

Rappelez-vous : la Trinité économique n’est pas différente de la Trinité immanente. C’est le même son qui circule dans les 3 branches du triangle pour lui-même et dans la salle de concert pour les auditeurs ravis.

 

La Trinité, source et sommet de tout amour humain

Le concile Vatican II a parlé de l’eucharistie comme « source et sommet de la vie chrétienne » (LG 11). C’est le mouvement trinitaire : se recevoir pour se donner, sans cesse. En définissant le mariage comme un sacrement, les Églises catholiques et orthodoxes affirment que l’amour humain est un signe privilégié, efficace, pour contempler l’amour trinitaire à l’œuvre. Car l’amour humain prend sa source en Dieu, et y ramène. En contemplant Dieu Trinité, l’homme et la femme apprennent à s’aimer. En s’aimant, à la manière trinitaire, ils deviennent une icône de l’amour divin. Si bien que l’on peut transposer de l’eucharistie à la Trinité la phrase de Vatican II : la Trinité est bien source et sommet de tout amour humain.

 

On est bien loin de l’amour fusionnel qui continue de faire des ravages ! « Être un couple, c’est ne faire qu’un. Oui mais lequel ? » Cette boutade d’Oscar Wilde [3] exprime la difficulté de conjuguer la communion et l’altérité. L’amour suppose l’autre (hetero en grec) et le promeut comme tel. l’égoïsme promeut le même (homo en grec), quitte à absorber l’autre.

 

Laissons au jésuite François Varillon, qui a écrit des pages incandescentes à ce sujet, le dernier mot sur ce triangle amoureux qui n’a rien à voir avec celui du théâtre de boulevard !

 

La Trinité réalise parfaitement le vœu de l’amour

François Varillon Joie de croire joie de vivreC’est d’amour qu’il s’agit. On risque d’errer quand on cherche l’intelligence du mystère de Dieu par d’autres voies que celle de l’amour. Il nous faut réfléchir à partir de l’expérience humaine de l’amour et à partir de la déception que, tous, plus ou moins, nous expérimentons dans l’amour.

En effet, quel est le vœu profond de l’amour que nous vivons dans le mariage, l’amour fraternel ou filial, l’amitié ou la vie de communauté ? Le vœu de l’amour est de devenir l’autre, tout en restant moi, de telle sorte que l’autre et moi, nous ne soyons pas seulement amis mais que nous soyons véritablement un. L’expérience humaine de l’amour est joie et souffrance mêlées. Joie prodigieuse de dire à celui ou à celle que l’on aime : toi et moi, nous ne sommes pas deux, mais un. Souffrance d’être obligé de reconnaître qu’en disant cela, on dit, non pas ce qui est, mais ce que l’on voudrait qu’il soit et qui ne peut pas être. Car si l’aimant et l’aimé n’étaient plus deux, il n’y aurait plus d’autre, et, du coup, l’amour serait aboli. Comme disent les braves gens, pour aimer, il faut être deux.

Écoutez dialoguer deux personnages de Gabriel Marcel dans ‘Le cœur des autres’ : « Toi et moi, dit Daniel à sa femme, nous ne sommes pas deux ». Sa femme, qui est une fine mouche, répond : « C’est justement ce qui m’effraie quelquefois ; tu n’as jamais l’air de me considérer comme quelqu’un d’autre. Quand on est plus qu’un seul… comment expliquer cela ? On ne se donne plus rien… et c’est terrible, parce que cela peut devenir un prétexte pour ne penser plus qu’à soi ». Si toi et moi nous ne faisons qu’un, nous nous aimons nous-même. Mais l’amour de soi n’est pas l’amour, il est complaisance en soi, il n’est pas don ni accueil.

L’amour veut à la fois la distinction et l’unité. Dans la condition humaine, ce vœu profond : être non seulement uni à l’autre mais un avec lui, tout en restant soit, est incoercible et irréalisable. C’est pourquoi nul n’entre sans souffrance au royaume de l’amour. Mais en Dieu, le vœu de l’amour est éternellement exaucé : c’est le mystère même de la Trinité. Le Père, le Fils et le Saint Esprit se distinguent réellement l’un de l’autre, de telle sorte qu’aucune confusion ne soit possible : le Père ne disparaît pas dans le Fils, le Fils ne disparaît pas dans le Père, le Père et le Fils ne disparaissent pas dans le Saint Esprit. Ils sont un, tout en étant parfaitement distincts.

La Trinité, ce n’est pas trois personnes juxtaposées mais trois générosités qui se donnent l’une à l’autre en plénitude. Chacune des trois personnes n’est elle-même qu’en étant pour les deux autres. Le Père n’existe comme Père distinct du Fils qu’en se donnant tout entier au Fils ; le Fils n’existe comme fils distinct du Père qu’en étant tout entier élan d’amour pour le Père. Le Père n’existe pas d’abord comme personne constituée en elle-même et pour elle-même : c’est l’acte d’engendrer le Fils qui le constitue personne. S’il n’y avait pas le Fils, il ne serait pas Père, c’est bien évident. Chaque personne n’est soit qu’en étant hors de soi. Elle est posée dans l’être en étant posée dans l’autre. Dans le Père, dans le Fils, dans le Saint Esprit, il y a impossibilité absolue du moindre repliement sur soi. Dieu ne fait pas « attention à soi », comme l’écrivait Maurice Zundel.

 

Trois personnes en un seul Dieu

La Sainte Trinité (2) : branchez-vous sur un courant d’amourPourquoi 3 personnes (et non pas 4 ou 10, comme le demandait le philosophe Kant) ? 

On peut proposer deux approches du mystère de l’Esprit Saint. 

La première à partir de l’exigence de réciprocité, essentielle à la perfection de l’amour. Dans l’amour humain, cette réciprocité, nous ne la percevons que par le truchement des signes ; en elle-même, elle échappe à ceux qui s’aiment. « Je t’aime, toi, ma femme et je vois que tu m’aimes par les mots que tu me dis, par les gestes que tu fais, par ton comportement envers moi. Mais je ne vois pas ton amour lui-même. D’où ma souffrance, cette tentation du doute, à certaines heures, quand ces mots, ces gestes, ce comportement semblent moins ardents, moins spontanés. Si je voyais l’amour, ces fluctuations n’existeraient pas, mais je ne vois que les signes. C’est pour cela qu’il y a en moi ce violent désir de connaître ton amour autrement que par ses signes, dont la présence m’enchante et fait mon bonheur, mais dont la diminution me meurtrit et dont l’absence me désespère ». Saint-Augustin a écrit là-dessus une de ces phrases amies de la mémoire dont il avait le génie : « elle le voit, il la voit, personne ne voit l’amour ».

Dans la Trinité, où la réciprocité est parfaite, l’amour lui-même est une personne, le Saint Esprit : amour du Père pour le Fils, amour du Fils pour le Père. Baiser commun, si l’on veut. La réciprocité de l’amour faite personne, au sens où nous pourrions dire : Mozart est la musique faite homme. L’amour est vécu en plénitude : il y a l’aimant, l’aimé et l’amour. L’aimant est aimé, l’aimé est aimant et l’amour est le dynamisme de cet élan par lequel les deux ne sont plus qu’un, tout en étant distincts.

 

Une autre approche de ce mystère de la troisième personne peut être tentée à partir de l’exigence de pureté, essentielle elle aussi, à la perfection de l’amour. J’entends par pureté l’exclusion de tout égoïsme, de tout avoir. En Dieu, il n’y a pas de trace de propriété de soi-même, car l’amour ne peut pas être propriétaire. S’il n’y avait pas de troisième personne, le Père trouverait dans le Fils, et le Fils dans le Père, une possession de soi. L’autre serait pour chacun une projection de soi, une extension de soi. Un peu comme un père de famille qui vraiment se serait sacrifié pour son fils, lui aurait tout donné ; quand il contemple son fils, il se retrouve en lui : je suis celui qui ai tout donné à mon fils. Le père se retrouverait lui-même dans le fils ; et, également, le fils dans le père. Mais si l’amour réciproque du Père et du Fils s’ouvre sur un troisième, il y a exclusion absolue de toute forme d’avoir, de tout regard sur soi. 

C’est la pureté absolue de l’amour. 

La Pauvreté de Dieu.

François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Ed. Centurion, 1981, pp. 138-140.

 

______________________________

[1]. Cf. Laurence Caracalla, Aux origines des 100 superstitions qui hantent ou réjouissent notre quotidien, Ed. Le Figaro, 2017.

[2]. Cf. Emmanuel Lévinas, Totalité et infini : essai sur l’extériorité, M. Nijhoff, 1961.

[3]. L’homosexualité d’Oscar Wilde (il a été condamné en 1895 à deux ans de travaux forcés pour « grave immoralité ») influence-t-elle son doute sur la capacité de l’amour humain à respecter l’altérité ?….





LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« C’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4, 32-34.39-40)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : « Interroge . Un Dieu qui n’est qu’un comme celui de l’islam est une totalité enclose sur elle-même, et cela engendre une société/religion totalitaire. Un dieu circoncis fait circuler l’amour à l’infini, en lui et hors de lui, et cela engendre (normalement !) Une société/religion ouverte. Donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Tu garderas les décrets et les commandements du Seigneur que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. »
 
PSAUME
(32 (33), 4-5, 6.9, 18-19, 20.22)
R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu. (32, 12a)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Le Seigneur a fait les cieux par sa parole,
l’univers, par le souffle de sa bouche.
Il parla, et ce qu’il dit exista ;
il commanda, et ce qu’il dit survint.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; en lui nous crions “Abba !”, Père ! » (Rm 8, 14-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains
Frères, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.
 
ÉVANGILE
« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 16-20)
Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick Braud

 

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14 avril 2024

Les autres brebis, des autres bergeries

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les autres brebis, des autres bergeries

 

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année B 

21/04/24

 

Cf. également :

Quelle est votre clé de voûte ?
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Des brebis, un berger, un loup
La Résurrection est un passif
Un manager nommé Jésus
L’agneau mystique de Van Eyck
Le berger et la porte
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Il est fou, le voyageur qui…
Les sans-dents, pierre angulaire
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Dieu aime les païens

Le salut des autres
Ayant fait du christianisme la religion officielle de son empire, l’empereur romain Théodose publie en 391 un édit ordonnant, entre autres, la destruction de tous les temples païens. En 1656, la synagogue d’Amsterdam exclut solennellement Spinoza de la communauté juive à cause de sa libre pensée panthéiste. En mars 2001, les talibans musulmans au pouvoir en Afghanistan décident de détruire les statues géantes de bouddhas à Bamiyan. En Birmanie, depuis 2012, les bouddhistes persécutent les rohingyas musulmans…

La mosaïque des intolérances religieuses de tous bords au cours de l’histoire constitue une fresque aussi grande que la constellation la plus étoilée ! Elles écrivent une variante anticipée de la formule de Sartre : « l’enfer, c’est les autres ». Les autres religions vont en enfer….

Comble de malheur, l’athéisme militant peut jouer le même rôle (pensez aux communistes en Chine ou en Corée du Nord, persécutant les Églises et les cultes) ; et même notre sacro-sainte laïcité à la française sait se montrer sectaire envers ceux qui ne partagent pas sa doxa officielle, notamment en matière d’éthique…

 

Jésus Christ à la rencontre des religionsJésus tomberait-t-il lui aussi sous le coup de cette accusation d’intolérance ? Le Bon Berger de ce dimanche (Jn 10, 11-18) ne revendique-t-il pas un leadership universel, « avec un seul troupeau et un seul pasteur », ce qui peut engendrer toutes les dérives totalitaires ? !

Que deviennent « les autres brebis, des autres bergeries » qui refusent d’entrer dans le bercail ecclésial ? 

 

Cette question redoutable – le salut des païens – a déchiré les Églises entre elles, et les a opposées aux autres religions. Selon la réponse donnée, elle a inspiré des attitudes missionnaires très diverses – voire opposés – depuis la défense des cultures indigènes en Amérique du Sud (cf. le film Mission) jusqu’au baptême forcé des juifs en Espagne.

La question nous touche tous de près : quelle attitude avons-nous envers nos enfants ou petits-enfants si éloignés de l’Église ? Vis-à-vis de nos collègues et amis lorsqu’ils évoquent des sujets religieux ? Voulons-nous témoigner de notre vérité, au risque d’être intolérants ? Acceptons-nous que chacun pense ce qu’il veut, au risque de s’en désintéresser et de ne plus être missionnaire ? Essayons nous de relever les points de convergence (humanistes, sociétaux, politiques etc.) uniquement pour éviter les conflits, au risque de devenir très récupérateurs : ‘tu es chrétien sans le savoir’ ?…

 

Trois positions en effet systématisent l’éventail des attitudes chrétiennes devant le salut des païens :

- l’exclusivisme (tenté par l’intolérance, l’intransigeantisme)

- l’inclusivisme (tenté par la récupération)

- et le pluralisme (tenté par le relativisme) [1].

 

1. L’exclusivisme : le Christ contre les religions

On peut toujours sélectionner un certain nombre de versets bibliques pour plaider l’intransigeance : « celui qui ne croira pas sera condamné » ; « qui n’est pas avec moi est contre moi » ; « il n’y a pas d’autre Nom sous le ciel pour obtenir le salut » etc.

Et bien sûr notre verset du jour : « il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ».

Les autres brebis, des autres bergeries dans Communauté spirituelle bernardo-guiSélectionner quelques versets en les isolant de leur contexte est la méthode des Témoins de Jéhovah ou des fondamentalistes évangéliques qui essaient de vous convaincre que la Bible pense ce qu’ils pensent… D’autres, plus cultivés, essaient de s’appuyer sur les Pères de l’Église. Saint Irénée de Lyon n’écrivait-il pas en ferraillant contre les hérétiques de son époque : « Là où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu, et là où est l’Esprit, là est l’Église et toute grâce, et l’Esprit est vérité; s’écarter de l’Église, c’est rejeter l’Esprit et par là-même s’exclure de la vie » (Adv. Haer. III, 24, 1). D’où la fameuse formule d’Origène: Extra Ecclesia nemo salvatur, ce qui a donné l’adage attribué à Saint Cyprien de Carthage, encore enseigné sans précaution dans les catéchismes diocésains du XX° siècle : « hors de l’Église point de salut ».

Saint Augustin l’expliquait en prenant soin de préciser que l’Église dont il s’agit dépasse de loin l’Église visible : « dans l’ineffable prescience de Dieu, beaucoup qui paraissent dehors sont dedans » alors que « beaucoup qui paraissent dedans sont dehors ».

La formule: « hors de l’Église point de salut » a été établie dans une période troublée, où les hérésies menaçaient l’essentiel de la foi. Elle visait surtout ceux qui, après avoir été baptisés, se retranchaient de la communion catholique et reniaient ainsi le salut déjà accordé. C’est parce que le lien entre l’Esprit-Saint et l’Église est très fort que « sortir » de l’Église c’est se couper du salut.

Dans ce temps des persécutions des trois premiers siècles, le problème était celui des lapsi = ceux qui avait été baptisés mais avaient renié leur baptême sous la menace, voire la torture et les pressions multiples. Sortir de l’Église était alors retourner au paganisme, en adorant les idoles romaines, et donc se détourner de la vie selon l’Esprit du Christ.

 

L’attitude exclusiviste dévalorise la tentative religieuse hors du Christ. Les missionnaires occidentaux ont, pour la plupart, mais non pas tous, commencé par jeter le discrédit sur les religions traditionnelles qu’ils rencontraient.

Au XX° siècle, le théologien protestant Karl Barth a systématisé l’opposition foi / religion, dénonçant la religion comme une tentative de mettre la main sur Dieu. Alors que seul le christianisme est foi, c’est-à-dire accueil de l’initiative de Dieu, inversant le mouvement religieux de l’élan de l’homme vers Dieu. Barth insiste tant sur la démarche gratuite et miséricordieuse de Dieu vers l’homme qu’il disqualifie les tâtonnements religieux, et même jusqu’à l’expression religieuse de la foi. Dans les années 70-80, cet exclusivisme a déteint sur bon nombre de chrétiens, prêtres ou laïcs, pour qui tout ce qui touche à la « religion populaire » était anti-chrétien. Selon cette tendance, honorer les demandes « religieuses » est contraire à l’évangélisation.

Pour les exclusivistes, les autres religions (ou même la religion dans le cas de Barth) ne peuvent conduire au salut.
C’est donc le Christ contre (la) les religions.

 

2. L’inclusivisme, ou : le Christ des religions

https://media.posterlounge.com/img/products/650000/640706/640706_poster_m.jpgLa théologie inclusiviste a marqué la théologie catholique des années 1950-1960. Elle reconnaît que des traditions non-chrétiennes peuvent être une « préparation évangélique » (« tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » Lumen Gentium n°16), et qu’il y a des « semences du Verbe » dans toutes les cultures (« les chrétiens doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses ; découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées » Ad Gentes n°11). C’est cette position que défend la Déclaration Nostra Aetate de Vatican II, premier concile de l’histoire à parler positivement des autres religions.

La position de cette tendance s’exprimerait plutôt dans la formule : le Christ des religions.

 

Les premiers chrétiens ont eu ainsi tendance à englober le judaïsme sous couvert d’accomplissement des Écritures. Puisque l’Église est ‘le nouvel Israël’, ‘l’Israël authentique’  comme l’écrit Paul, les juifs sincères sont ‘des chrétiens qui s’ignorent’. Et il devient presque moral de les « aider » à franchir le pas… 

Remarquons que c’est le même raisonnement inclusiviste qui pousse les musulmans à considérer les chrétiens sincères comme des musulmans qui s’ignorent ! Le Coran est censé reprendre et purifier le message biblique déformé par les juifs et les chrétiens. Du coup, Israël et l’Église sont englobés par la réforme religieuse de Mohamed, qui prétend contenir tous les prophètes en rétablissant leur véritable message.

 

Le problème est que cette passion d’une vérité unique, « avec un seul troupeau et un seul pasteur », conduit à instaurer la domination sans partage de l’Église sur la société. Comme elle conduit à l’établissement sans partage d’un État islamique où la charia règle toute la vie quotidienne. Comme elle a conduit à un État juif, car seul un État juif peut garantir aux juifs de pratiquer les 613 commandements de la Torah toujours et partout…

 

On le voit : prêcher un seul troupeau est le prétexte à tous les totalitarismes, et peut légitimer tous les impérialismes.

C’est oublier un peu vite que le texte de l’Évangile est au futur : le Bon Berger parle du rassemblement eschatologique de l’humanité « à la fin », en une seule famille humaine. Cette promesse nous garantit que les murs de nos divisions ne montent pas jusqu’au ciel. À l’heure actuelle, il y a « d’autres brebis, d’autres bergeries », et la seule façon de leur annoncer l’Évangile est d’accepter de mourir pour elles. Donner sa vie – même pour ses ennemis – est la vraie fidélité au rêve universel du Bon Berger : « le bon pasteur, le vrai berger, donne sa vie pour ses brebis ». Toute autre imposition par la force ou la contrainte serait une trahison.

 

D’ailleurs, dès les premiers siècles, l’Église parlait de baptême du sang pour affirmer la sainteté et le salut des martyrs qui avaient accepté de témoigner de leur foi jusqu’au bout, baptisés ou pas. De même, l’Église parlait de baptême de désir pour tous les justes qui n’avaient pas connu Jésus-Christ auparavant, d’Abraham à Zacharie en passant par Moïse ou Judith. Évidemment ces grandes figures sont des figures de sainteté, sans qu’il y ait une foi explicitement chrétienne. Ils ont cherché Dieu loyalement, ils ont écouté et suivi la voix de leur conscience. S’il avait pu connaître le Christ en vérité, ils auraient sans doute demandé le baptême, se disaient alors les chrétiens, élargissant ensuite ce baptême de désir à tous les justes de tous les temps.

 

Le problème avec cette ligne inclusiviste, c’est qu’elle tombe très vite dans la récupération, insupportable aux yeux des non-chrétiens. Dans les années 60 par exemple, pour essayer de récupérer la générosité des militants révolutionnaires qui combattaient les injustices et les dictatures, on disait : ‘ce sont des chrétiens qui s’ignorent’. La thèse du christianisme anonyme (Karl Rahner) a eu ses heures de gloire, tentant de concilier l’Église avec le meilleur de son époque. ‘Tu es chrétien sans le savoir’ était alors la marque d’amitié ‑ inconsciemment condescendante – des cathos vis-à-vis des marxistes, des humanitaires, des scientifiques ou autres valeurs montantes de ces générations.

Une telle récupération nous paraît aujourd’hui insupportable. À bien y regarder cependant, elle refait surface avec une troisième attitude qui sacralise la pluralité des choix de vie, sans discernement ni jugement.

 

3. Le pluralisme : le Christ parmi les religions

Car certains dénoncent encore un sentiment chrétien de supériorité dans les deux attitudes précédentes. Aussi valorisent-ils, dans la dernière problématique qu’est le pluralisme, la diversité légitime des voies d’accès à Dieu. Les religions sont alors les différentes réponses humaines à l’unique réalité divine, les chemins de montagne qui montent vers le même sommet [2].

Jésus n’est plus normatif : il devient le Christ parmi les religions.

 

Les six aveugles et l'éléphantCette position s’appuie souvent sur le Jugement dernier des païens (Mt 25,31–46), où Jésus ne prend pas comme critère du salut des païens le fait de vouloir être baptisé ou pas mais l’accomplissement du commandement de l’amour du prochain.

Le risque est grand alors de dissoudre l’originalité du christianisme dans une vague religion de l’amour, universelle et humaniste. Pourtant, lorsque cet humanisme sans Dieu commence à faire le malheur des peuples, les chrétiens étonnés ne reconnaissent plus de convergence évidente entre l’Évangile et les idéologies modernes.

Pourtant, lorsque les autres religions deviennent à leur tour exclusivistes et intolérantes, les baptisés sont bien obligés de réfléchir à la différence chrétienne, et à la nécessité d’annoncer l’Évangile « à temps et à contretemps ».

 

L’exclusivisme tue l’élan missionnaire en supposant que la « chrétienté » embrasse tout.

L’inclusivisme confond évangélisation et approbation des bonnes choses contenues dans chaque tradition, sans avoir le courage de s’opposer, de dénoncer.

Le pluralisme éteint l’élan missionnaire avec la maxime pluraliste : ‘chacun son chemin’. Pourquoi ennuyer l’autre avec ma foi alors qu’il ne cherche rien ? Pourquoi annoncer le Christ ressuscité si tout se vaut ? Le pluralisme est très vite hanté par le relativisme…

 

Dieu aime les païens

Les saints païens de l'Ancien TestamentLa solution à ce tiercé maudit a été trouvée par Vatican II et sa définition de l’Église comme sacrement, c’est-à-dire « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité du genre humain » (Lumen Gentium n°1).

L’Église est signe, c’est-à-dire qu’elle désigne une réalité plus grande qu’elle-même : le royaume de Dieu. Ce royaume, inauguré dans la résurrection de Jésus et l’effusion de son Esprit, la dépasse de toutes parts. Dieu est libre de communiquer son Esprit et sa grâce en dehors des frontières visibles de l’Église.

« En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel ».  Lumen Gentium n°16

 

Mais l’Église est encore moyen, et même un moyen privilégié, puisque la vieille définition du sacrement nous dit qu’il réalise ce qu’il signifie, qu’il accorde réellement le don qu’il invoque. Si bien qu’on peut retourner la formule : « hors de l’Église pointe salut » en : « dans l’Église, il y a plénitude de salut », ce qui ne préjuge pas de la part de salut se réalisant en dehors d’elle.

 

François Varillon diagnostiquait déjà en 1980 que le refus de l’Église actuelle n’est peut-être pas systématiquement le refus du Christ :

 berger dans Communauté spirituelleQu’en est-il donc pour ceux qui ne connaissent pas l’Église ? Sont-ils sauvés ?

La question est de savoir pour quelles raisons ils refusent l’Église. Il est plus que probable que la plupart d’entre eux refusent l’Église pour de bonnes raisons : ils n’y voient pas la manifestation visible de Jésus Christ mais une organisation qui leur paraît décadente ; ils ont l’impression que l’Église est le lieu de toutes les superstitions ; ils estiment (ils n’ont pas toujours tort d’ailleurs) qu’elle est l’alliée des puissances de ce monde, etc., bref, ils ne voient dans l’Église qu’une caricature. Je sais bien que souvent nous donnons prise à la caricature, et nous devons faire notre mea culpa.

Il est bien certain que des millions d’hommes qui ne connaissent pas l’Église ou qui, la connaissant, ne veulent pas en entendre parler pour les raisons que je viens de dire, appartiennent invisiblement à l’Église, c’est-à-dire sont sauvés, divinisés, auront une éternité comme nous espérons l’avoir (la participation à la vie même de Dieu), dans la mesure où ils obéissent à leur conscience.

Dieu seul peut savoir si quelqu’un appartient ou non à l’Église invisiblement ; moi, je n’en suis absolument pas juge. Comme le disait saint Augustin : 

« II y en a qui se croient dedans et qui sont dehors ; il y en a qui se croient dehors et qui sont dedans ».

La question est de savoir si tous ces hommes que nous appelons des incroyants, à supposer que l’Église puisse leur être présentée telle qu’elle est, sans caricature, c’est-à-dire comme le signe historique de notre divinisation, y adhéreraient ou non.

François Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Ed. Le Centurion, 1981, p. 116.

 

Dieu aime les païens. Jésus louait la foi du centurion romain : « jamais en Israël je n’ai vu une foi aussi grande ». Il s’inclinait devant la foi de la cananéenne : « femme, ta foi est grande ». Pourtant, il ne les a pas baptisés ! Le centurion est resté romain, la femme est restée cananéenne. Zachée lui non plus n’est pas devenu membre de l’Église, et pourtant « aujourd’hui, le salut est entré dans sa maison ».

« Dieu veut que tout homme soit sauvé » (1Ti 2,4). Pour cela, il nous offre l’Église, signe et moyen privilégié pour recevoir ce salut. Allons-nous en faire une source de conflit avec les autres ?

 

L’exclusivisme est tenté par l’intolérance, l’inclusivisme par la récupération, le pluralisme par le relativisme.
Dans le dialogue interreligieux qui est aujourd’hui une composante indispensable de la mission, on attend des progrès significatifs de la théologie chrétienne des religions, qui permettent de dépasser ces trois attitudes et leurs excès.

 

Et vous, comment vous situez-vous ? 

Comment voyez-vous « les autres brebis », « des autres bergeries » ?

 _____________________________________________________

[1]. Cf. DUPUIS J., Jésus-Christ à la rencontre des religions, Desclée, Coll. Jésus et Jésus-Christ n° 39, Paris, 1989.

[2]. Une image célèbre compare Dieu à cet éléphant que plusieurs touchent dans le noir. Celui qui a touché le flanc dit : « L’éléphant est semblable à un mur ». Celui qui touché la cuisse dit: « L’éléphant est semblable à un arbre ». Celui qui a touché la queue dit: « L’éléphant est semblable à une corde ». Ils s’accusent tous mutuellement d’avoir tort, alors que chacun ne perçoit qu’un aspect de la même réalité.

 

LECTURES DE LA MESSE 

PREMIÈRE LECTURE
« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 8-12)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)
R/ La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. ou : Alléluia ! (Ps 117, 22)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé : tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !

De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-2)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

ÉVANGILE
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11-18)
Alléluia. Alléluia. Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »
Patrick Braud

 

 

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30 mars 2024

Rendre Pâques possible

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 8 h 00 min

Rendre Pâques possible

 

Homélie du Dimanche de Pâques / Année B 

31/03/24

 

Cf. également :

Le kintsugi pascal
La danse pascale du labyrinthe
Les Inukshuks de Pâques
Conjuguer Pâques au passif
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Incroyable !
On voudrait être un baume versé sur tant de plaies…
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Catalyseurs de Pâques

Nous fêtons ce matin la victoire de l’amour sur la mort. À trop vite exulter, nous risquerions d’oublier ce qui a rendu possible le matin de Pâques. Et notamment l’intervention étonnante de Nicodème et Joseph d’Arimathie. En effet, sans eux le corps de Jésus aurait été versé dans une fosse commune à la hâte, comme l’exigeait la Loi (Dt 21,23) et les coutumes de purification pour les préparatifs de la Pâque juive :

Rendre Pâques possible dans Communauté spirituelle medium« Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. » (Jn 19,38–42)

 

Identifions-nous à ces deux compagnons qui ont rendu Pâques possible. Aujourd’hui encore, nous pouvons être les catalyseurs de la ‘réaction pascale’ en quelque sorte, en prenant comme eux des risques multiples au nom de notre foi.

Il leur a fallu en effet un sacré courage pour oser demander puis recueillir le corps du crucifié maudit. 

Détaillons ces risques, en réalisant que ce sont les nôtres aujourd’hui.

 

Oser prendre des risques multiples pour le crucifié

 

- se dévoiler devant Pilate

Joseph d'Arimathie demande à Pilate de lui donner le corps de JésusDemander à Pilate l’autorisation officielle d’enlever le corps de Jésus est risqué. Joseph se dévoile ainsi comme l’un de ses disciples, ce qui l’expose à d’éventuelles poursuites, menaces, intimidations et pressions diverses. Pilate tient à jour ses fichiers de la sûreté publique, et Joseph comme Nicomède y figureront désormais en bonne place, fichés S en quelques sorte.

Dans certains pays musulmans, hindous ou communistes, se dévoiler chrétien devant les autorités est source d’innombrables tracasseries, inégalités, discriminations, voire de  persécutions sordides. Nous ne connaissons pas notre bonheur en France de pouvoir nous  réclamer de Jésus sans trop d’encombre. Certes il y aura des moqueries, des insultes, peut-être même des mises à l’écart ou des ‘peaux de banane’, mais globalement le risque est limité pour nous. Ce n’est pas le cas des 365 millions de chrétiens persécutés de par le monde (selon l’association Portes Ouvertes).

 

Que Joseph d’Arimathie nous inspire ce courage, cette audace d’aller réclamer aux autorités le respect et la dignité dus aux crucifiés de notre temps !

 

– défier les chefs religieux

Jean précise que Joseph d’Arimathie se cachait d’être un disciple « par crainte des juifs » (Jn 19,38). C’est la même crainte qui avait poussé Nicodème à venir interroger Jésus « au cours de la nuit » (Jn 19,39), et non en plein jour. 

Se réclamer de Jésus suscitera toujours la colère des chefs religieux de tous bords, même chrétiens !

 

– devenir soi-même maudit avec les maudits

Leur crainte va redoubler après l’exécution, car Jésus était devenu le maudit de Dieu que la Loi juive demandait d’exécrer et surtout de ne pas toucher (Dt 21,23). Cette malédiction est contagieuse. Joseph et Nicodème savent bien qu’ils allaient devenir par capillarité des maudits aux yeux des chefs juifs. D’ailleurs, ces autorités religieuses avaient déjà menacé lourdement les gens du peuple qui acclamaient Jésus comme le prophète annoncé, et comme Christ : « Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! » (Jn 7,49).

Deutéronome 21,23

 

Nous voilà prévenus : si nous suivons Jésus, nous risquons d’être assimilés avec lui à des maudits, parce que nous subvertissons les lois religieuses, les coutumes des puissants, les traditions trop humaines !

 

– pallier l’absence des Douze

Où sont passés les soi-disant amis de Jésus, les glorieux Douze apôtres ? À part peut-être Jean, qui l’a suivi jusqu’au pied de la croix ? Même Jean ne fait rien après la mort de son ami. C’est pourtant à lui, avec Marie, que revenait le devoir d’ensevelir rapidement le cadavre déshonoré. En prenant cette initiative en dehors des Douze, Joseph et Nicodème se montrent plus respectueux, plus utiles, plus fraternels que les apôtres officiels.

 

À nous aussi de prendre des initiatives risquées – même en ‘doublant’ l’Église officielle – parce que la dignité des exclus de ce temps le demande…

 

Pourquoi Joseph d’Arimathie ?

Jospeh d'ArimathieIl surgit de nulle part, ce disciple caché qui semble n’attendre que ce moment pour se manifester ! On ne sait rien de lui avant cet épisode, ni après. Il est là juste pour jouer de sa réputation auprès de Pilate afin d’obtenir son autorisation. Mathieu précise que c’est un homme riche (Mt 27,57), Marc que c’est « un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu » (Mc 15,43). Luc ajoute : « il n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu » (Lc 23,51).

On a donc un personnage riche, influent, juif sincère séduit par la paix la personnalité de Jésus, membre du Sanhedrin sans pourtant avoir voté la condamnation de Jésus.

 

Cela suffirait à nous donner courage et envie de l’imiter !
Utiliser notre influence, nos réseaux, notre argent, non pour magouiller et corrompre, mais pour servir le juste, et préserver la dignité des exclus : voilà un programme toujours actuel !

 

Il y a plus. L’étymologie du nom Arimathie peut également nous inspirer. Elle n’est pas certaine, mais on peut penser que c’est le lieu de naissance de Samuel : « il y avait un homme de la ville de Rama, dans la montagne d’Éphraïm ; il s’appelait Elcana, fils de Yéroham, fils d’Éliou, fils de Tohou, fils de Souf ; c’était un éphratéen » (1S 1,1).

En hébreu Arimathie s’écrit הרמתים, Ha-Ramathaïm. Cela peut désigner l’actuel village de Rantis, Ha-Ramathaïm, au nord-ouest de Jérusalem. La racine hébraïque רם (RM, Rama) signifie hauteur, endroit élevé, et se retrouve dans le nom de plusieurs localités. Ha-Ramathaïm veut donc dire, littéralement : les hauteurs.

« Joseph des hauteurs » (d’Arimathie) est celui qui accompagne Jésus au plus bas, dans l’abaissement du tombeau après la déchéance de la croix. Il s’associe à la kénose du Christ, du plus haut au plus bas.

 

Joseph est donc comme un nouveau Samuel. Or Samuel est le prophète qui reconnaît David entre tous les fils de Jessé (1S 16,10–13). Il passe les sept fils en revue, mais c’est le huitième, celui auquel Jessé ne pense pas, que Samuel choisit pour lui donner l’onction d’huile et ainsi le désigner comme roi-Messie (oint, christ). Joseph d’Arimathie, en écho, est celui qui reconnaît en Jésus humilié le fils qui doit recevoir l’onction d’huile (grâce à Nicodème).

De plus, David était roux, ce qui était signe de malédiction dans les superstitions populaires (comme hélas encore dans bien des cultures et traditions). Joseph choisit donc en Jésus un maudit, comme Samuel avait choisi un roux, pour le désigner comme roi (selon la pancarte du gibet : INRI). Jésus, mort humilié, est le ‘roux de Dieu’ que Joseph et Nicodème savent reconnaître comme le Messie.

 

De plus, David était le huitième fils de Jessé. Or 8 est le chiffre de la résurrection (Jésus est ressuscité un dimanche matin, soit le 8e jour de la semaine juive). Joseph d’Arimathie annonce donc la résurrection de Jésus en recueillant son corps pour l’oindre d’huile. Un peu comme Marie de Béthanie l’avait fait avec l’onction de parfum précieux sur les pieds de Jésus lors d’un repas chez Lazare (Jn 12,1-11).

 

Parce qu’il est d’Arimathie, Joseph nous fait donc penser à Samuel : son rôle n’est pas seulement funéraire, mais prophétique. Il sait discerner le futur roi-Messie parmi les enfants d’Israël. Il va dépasser le dégoût inspiré par la rousseur de David / la condamnation de Jésus. Comme Samuel choisissant le huitième fils, il choisit Jésus sous le signe de la résurrection. Il va oindre son corps pour en faire un Christ. 

 

Pourquoi Nicodème ?

Nicodème (abbaye de Solesmes)Le texte de Jean précise que Nicodème apportait 100 livres de myrrhe et d’aloès, soit environ 33 kg d’aromates ! Énorme…

Nicodème ‘met le paquet’ pour faire de la dépouille de Jésus une dépouille royale, embaumée comme seuls les princes et les grands personnages le sont. La myrrhe qu’il apporte fait irrésistiblement penser à celle des mages à Bethléem : cadeau royal pour un bébé sur la paille. Cette myrrhe avec l’aloès désignent elles aussi Jésus comme le roi des juifs : « Ton trône est divin, un trône éternel ; ton sceptre royal est sceptre de droiture : tu aimes la justice, tu réprouves le mal. Oui, Dieu, ton Dieu t’a consacré d’une onction de joie, comme aucun de tes semblables ; la myrrhe et l’aloès parfument ton vêtement. Des palais d’ivoire, la musique t’enchante. » (Ps 45,7–9). 

Cet aromate est aujourd’hui encore incorporé au saint chrême qui accompagne le baptême, l’ordination et l’onction des malades. La myrrhe de Nicodème continue à faire de nous des christs. 

À nous d’apporter comme lui un parfum de vie à tous ceux qui gisent dans l’ombre de la mort autour de nous…

 

En outre, Nicodème avait entendu Jésus lui faire la promesse de « naître d’en-haut » pour entrer dans le royaume de Dieu : « “Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ?” Jésus répondit : “Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3,4-5). Voilà que cette « naissance d’en-haut » va se produire maintenant au tombeau pour Jésus. Nicodème est le mieux placé pour y voir l’accomplissement de la parole de Jésus, dite « pendant la nuit » (Jn 2,1), cette nuit de Pâques.

À nous d’aider nos contemporains à croire qu’il est possible de naître de l’eau et de l’Esprit aujourd’hui encore, que ce soit à travers les sacrements ou la vie selon l’Esprit…

 

« On voudrait être un baume versé sur tant de plaies », écrivait Etty Hillesum en 1942. Nous pouvons être ces Nicodème qui versent de la myrrhe sur les pieds des crucifiés de notre époque, les appelant ainsi à ressusciter avec le Christ…

 Mise au Tombeau en bois polychrome - France XVIe Siècle

Joseph d’Arimathie et Nicodème n’ont pas ressuscité Jésus, mais ils ont rendu Pâques possible.
À nous de prendre leur relais, quels que soient les risques auxquels nous expose le recueil des maudits de notre siècle…

 

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

PREMIÈRE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

PSAUME
(117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre.
En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

SÉQUENCE
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen.

ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick Braud

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