L'homelie du dimanche

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21 juin 2020

Construisons une chambre haute pour notre Élisée intérieur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Construisons une chambre haute pour notre Élisée intérieur

Homélie du 13° Dimanche du temps ordinaire / Année A
28/06/2020

Cf. également :

Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre
Le jeu du qui-perd-gagne
Honore ton père et ta mère
Aimer nos familles « à partir de la fin »

 

Prendre conscience de nos infécondités

« Bonjour, je suis présentement dans un moment de ma vie où j’ai tout arrêté : l’école, les plans futurs, les projets. Je ne fais que penser au fait que je suis inadéquate. J’aimerais recommencer l’action pour entraîner une meilleure estime personnelle mais je n’y arrive pas. J’ai l’impression d’être trop en retard sur l’humain que j’aimerais être et je ne suis même plus certaine de qui je désire être. […]
Même dans mes grands projets que je n’ose commencer, je manque de motivation du fait de savoir qu’à la fin, tout ça ne sert à rien. J’ai l’impression que tout est vain, je souffre du fait de savoir que ma personne est remplaçable, que mes amies continuent d’avancer alors que je suis stoppée derrière et que même ma détresse n’empêchera personne de vivre. Ma peine se perd dans la multitude et passera elle aussi. »

Au-delà de sa tonalité un peu dépressive, ce post sur un forum d’aide psychologique rejoint  une interrogation qui traverse chacun de nous tôt ou tard : quelle est l’utilité réelle de mon existence ? Qu’est-ce que je vais laisser derrière moi ? La plupart d’entre nous évacuent vite cette question angoissante en s’arrimant à leurs enfants… jusqu’à ce que leur départ, leur indépendance vienne à nouveau faire résonner cette petite musique. Ou bien jusqu’à ce que la retraite repose la question de la fécondité de notre vie en dehors des enfants et en dehors du travail (heureusement, les petits-enfants sont d’excellents dérivatifs !).

Quelle est notre vraie fécondité ? Répondre trop rapidement et uniquement par la fécondité biologique sonne faux ; d’autant plus que nombre de Français sont et demeurent sans enfant, ou les voient si peu passé un certain âge. La fécondité professionnelle est également un peu courte, car votre entreprise se passera de vous avec une facilité déconcertante et saura vous remplacer, vous oublier, voire vous effacer de ses tablettes.

La baisse des taux de mortalité infantile selon les continents.

Peut-être un créateur ou un repreneur d’entreprise aura la fierté de dire : ‘c’est mon œuvre, grâce à elle des familles ont des salaires pour longtemps, des produits très utiles sont mis sur le marché’. Mais cette fierté est réservée à quelques happy few. L’immense majorité ne pourra pas en dire autant. Tout le monde ne peut pas être Ramsès II, Bille Gates ou Alexandre le Grand ! Alors on se tournera vers d’autres fécondités : associative, amicale, sportive etc. Le risque est grand cependant de boucher un trou, de s’agiter par angoisse du vide, de s’acheter une survie à laquelle on fera semblant de croire.

La Sunamite de notre première lecture (2R 4, 8-16) est taraudée elle aussi par cette question de la fécondité. « Elle n’a pas de fils et son mari est vieux ». N’avait-elle eu que des filles ? Était-elle stérile ? Ses enfants sont-ils tous morts en bas âge, ce qui n’était pas rare vu la mortalité infantile de l’époque ? Le prophète Élie ne s’attarde pas sur les causes (pas besoin de faire l’archéologie de l’échec ici) ; il lui ouvre l’avenir par cette promesse : « l’an prochain, tu tiendras un fils dans tes bras ».vers d’autres fécondités : associative, amicale, sportive etc. Le risque est grand cependant de boucher un trou, de s’agiter par angoisse du vide, de s’acheter une survie à laquelle on fera semblant de croire.

 

Taux de mortalité infantile selon les continents

La chambre haute

Elle est savoureuse notre première lecture, à plus d’un titre. On y voit le prophète Élisée avoir ses habitudes chez un couple aisé de la région de Sunam, près du Mont Carmel, aux confins de la Samarie et de la Galilée. La première fois qu’il est venu chez eux, c’est sur l’insistance de la femme, qui lui offrait l’hospitalité en sa qualité de « saint homme de Dieu ».

Nous devrions insister davantage et plus souvent pour retenir à notre table les prophètes d’aujourd’hui qui passent devant chez nous… car en les nourrissant, c’est nous qui pourrions boire leurs paroles.

Elisée et la SunamiteÉlisée finit par être comme chez lui dans cette maison, si bien que la femme a l’idée de lui construire une chambre permanente, spécialement pour lui, là-haut sur la terrasse qui forme le toit de la maison. Ce n’est pas rien ! Imaginez que vous alliez jusqu’à faire les plans d’une extension de votre maison, d’un réaménagement de votre appartement pour y créer une chambre uniquement réservée à un hôte de passage, quelques fois par an ! Il faudrait vraiment que cette personne soit importante pour vous.

Visiblement, pour la Sunamite, c’est sans arrière-pensée, sans calcul. Elle ne demande rien au prophète, sinon de pouvoir lui offrir l’hospitalité. Peut-être même pas sa compagnie, car le texte décrit une chambre qui permet à Élisée d’être indépendant : sur la terrasse, donc à l’écart du couple, avec une table (repas, lecture), un chandelier, un lit. Un petit logement privatif en somme, dirait-on aujourd’hui, qui laisse à Élisée la liberté d’être seul s’il le souhaite. C’est assez dire que l’accueil de la Sunamite est gratuit, de bon cœur, sans marchandage aucun. Elle s’est peut-être résignée à ne pas avoir d’enfants (ce que sa réponse à Élisée laissera entendre : « Non, mon seigneur, homme de Dieu, ne dis pas de mensonge à ta servante » ; et plus loin : « Ne me donne pas de faux espoir »). En tout cas, elle ne met pas la main sur Élisée pour obtenir de lui un miracle ; c’est lui qui prendra l’initiative. Le fait qu’Élisée n’ait pas remarqué la stérilité de la femme avant que son serviteur lui signale est un indice de cette distance qu’il devait garder, même chez eux. D’ailleurs, la femme se tient à la porte, mais n’entre pas dans la chambre d’Élisée qui veut lui annoncer la bonne nouvelle.

Construire une chambre haute, sur la terrasse, pour que le prophète qui passe puisse être chez lui chez nous, le temps d’un repas, d’un moment de repos…

Construisons une chambre haute pour notre Élisée intérieur dans Communauté spirituelle AJ751m7deOvkXgR9tVfFNsDWyHA@300x370La transposition est facile : et si nous apprenions à bâtir en nous-mêmes un lieu à part où  laisser la parole de Dieu nous travailler de l’intérieur ? Et s’il fallait de temps à autre faire halte en nous-mêmes, pour ruminer ce que les événements, les rencontres, les lectures nous disent de la part de Dieu ? Pas n’importe quelle chambre : en hauteur, c’est-à-dire à notre plus haut niveau de conscience et d’intelligence (la terrasse), mobilisant notre énergie vitale pour déchiffrer le sens de ce qui nous arrive (le chandelier), nous restaurer de sa parole (la table), nous reposer en lui (le lit) ?

Et cette chambre est en dur. La Sunamite aurait pu faire dresser un abri de branchages sur la terrasse, cela aurait suffi dans un pays chaud comme la Palestine. Elle a voulu un signe permanent qui marquerait la trace du passage d’Élisée même quand il ne serait pas là. Elle garde vide cette chambre pour le seul usage du prophète. Nul doute que cette pièce vide creusait en elle l’attente du prochain passage, et la préparait ainsi inconsciemment à l’accueil de sa promesse.

Il nous faut donc garder en nous un haut-lieu, le plus souvent vide, entretenant par cette place vide notre soif de recevoir, ajustant ainsi notre capacité à donner la vie autour de nous. Car cette chambre haute nous sauve de nos stérilités, de nos projets avortés, de nos usures apparemment définitives.

Le passage d’Élisée prendra la forme d’un événement qui nous bouscule, d’une rencontre qui nous intrigue, d’une lecture qui demande une relecture, d’une extase artistique, d’un émerveillement devant la beauté du monde… Si nous savons inviter cet Élisée-là chez nous, le retenir pour un repas et une nuit, si nous lui réservons un haut-lieu en permanence où, allégé des autres préoccupations, il pourra nous travailler par sa seule présence, alors nous découvrirons avec étonnement les stérilités auxquelles nous étions résignés en même temps que le don de vie nouvelle que cette rumination fait jaillir en nous. Cette chambre haute peut se traduire par une retraite dans un monastère, une marche dans la nature, une étude biblique, une méditation, un ressourcement musical ou littéraire… peu importe : l’essentiel est de ne pas s’habituer à nos infécondités, et à agrandir le désir de continuer à donner la vie, à tout âge, grâce à cet accueil mystérieux de la Parole qui passe devant chez nous.

Bien sûr, cette chambre haute sur la terrasse de la Sunamite nous fait penser au Cénacle, haut lieu de la Cène et de la Pentecôte…

 

Une fécondité fragile

januarius_zick_elisee_invoquant_le_seigneur Elissée dans Communauté spirituelleLa Sunamite a bien tenu un fils entre ses bras un an après la promesse d’Élisée. Si son accueil n’avait été qu’intéressé, elle aurait pu alors se consacrer à son fils et laisser tomber son hospitalité pour Élisée. Mais non, visiblement le prophète continue de s’arrêter chez elle sur sa route vers le Mont Carmel. Toutefois, le fils de la promesse semble fragile. Comme les autres bébés avant lui peut-être, la Sunamite voit ce fils inespéré tomber gravement malade quelques années après, jusqu’à sembler mort (2R 4, 18-37). Elle va en toute hâte vers Élisée au Mont Carmel pour le prévenir. Il viendra, et réanimera l’enfant de la promesse (// Isaac ?) en s’allongeant sur lui (comme Élie l’avait fait pour le fils de la veuve de Sarepta).

Cette maladie est pour nous l’indice de la fragilité de nos fécondités retrouvées. Lorsque nous sommes dans une bonne période, nous croyons que tout est en ordre et qu’il n’y a plus de questions à se poser. Nous abaissons notre niveau de vigilance. Nous ne voyons pas dépérir peu à peu le fruit de notre activité. Nous ne pensons pas que pourrait nous être repris ce qui nous a été accordé il y a peu. Et pourtant, le risque est réel de voir à nouveau l’effet de la promesse annulé. Notre fécondité n’est jamais acquise une fois pour toutes. Elle est fragile, provisoire, exposée au danger. Elle peut être submergée par des maladies spirituelles inconnues (quand l’enfant éternue 7 fois après avoir été guéri par Élisée, c’est le signe qu’une difficulté respiratoire – mucoviscidose ? – vient d’être évacuée).

Élisée est fidèle à sa promesse : répondant à l’appel de la Sunamite, il se déplace en personne pour sauver l’enfant à qui il avait déjà ouvert la voie en elle.
Pour nous aussi, Dieu se déplacera en personne, à notre appel, lorsque nous lui crierons notre détresse de voir s’envoler l’œuvre de nos mains, le sens de notre vie, le fruit de notre labeur.

Le haut-lieu demeuré vide en nous est la trace du passage de Dieu dans nos vies. Nous pouvons l’actualiser à tout moment, le remettre en service mieux qu’un ordinateur sorti de sa veille.

Le secours de la parole prophétique (événements, rencontres, lectures…) ne nous manquera jamais pour faire fructifier le don reçu et l’empêcher de mourir ! Celui qui s’installe dans une fécondité évidente et rassurante aura tôt fait de tout perdre, comme Job a perdu maison, bétail, richesses et enfants. Celui qui sait ses fécondités fragiles et provisoires comptera sur Dieu plus que sur ses propres forces. Il abandonnera à Dieu toute satisfaction d’avoir rempli les greniers de son existence (cf. la parabole du riche insensé remplissant sans cesse des greniers toujours plus grands Lc 12, 16-21).

Élisée était célibataire (comme Élie, comme Jésus) et savait le prix d’une fécondité autre que biologique.

Construisons donc une chambre haute pour notre Élisée intérieur…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Celui qui s’arrête chez nous est un saint homme de Dieu » (2 R 4, 8-11.14-16a)

Lecture du deuxième livre des Rois

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »
Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »

 

PSAUME

(Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19)
R/ Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante ! (Ps 88, 2a)

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

Heureux le peuple qui connaît l’ovation !
Seigneur, il marche à la lumière de ta face ;
tout le jour, à ton nom il danse de joie,
fier de ton juste pouvoir.

Tu es sa force éclatante ;
ta grâce accroît notre vigueur.
Oui, notre roi est au Seigneur ;
notre bouclier, au Dieu saint d’Israël.

DEUXIÈME LECTURE

Unis, par le baptême, à la mort et à la résurrection du Christ (Rm 6, 3-4.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.
Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

 

ÉVANGILE

« Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi. Qui vous accueille m’accueille » (Mt 10, 37-42)
Alléluia. Alléluia.Descendance choisie, sacerdoce royal, nation sainte, annoncez les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Alléluia. (cf. 1 P 2, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Patrick BRAUD

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4 juin 2020

Trinité économique, Trinité immanente

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Trinité économique, Trinité immanente

Homélie pour la fête de la Trinité / Année A
07/06/2020

Cf. également :

Les trois vertus trinitaires
Vivre de la Trinité en nous
La Trinité, icône de notre humanité
L’Esprit, vérité graduelle
Trinité : Distinguer pour mieux unir
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Les bonheurs de Sophie
Trinité : au commencement est la relation
La Trinité en actes : le geste de paix
La Trinité et nous

La salutation trinitaire

Pour entrer dans cette fête de la Trinité, la belle salutation de Paul dans notre deuxième lecture est un guide sûr : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu [le Père] et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Co 13, 11-13).

Le Christ est la porte d’entrée dans le mystère trinitaire, c’est pourquoi il est nommé en premier. Sans lui, nous en restons à la conception juive de la divinité, déjà fort riche puisqu’elle manie le singulier et le pluriel (YHWH/Élohim, Je/Nous) en Dieu, ainsi que l’Esprit de la Genèse ou des prophètes. Avec lui nous découvrons qu’il y a un dialogue au cœur même de Dieu, dont nous devenons partie prenante gracieusement. Notons que « Christ » est un titre trinitaire déjà en lui-même puisqu’il signifie : celui qui est oint par l’Esprit de Dieu.

C’est fondamental que le mot attribué au Christ dans cette salutation trinitaire de Paul devenue celle de la messe soit le mot de grâce : c’est gratuitement, sans aucun mérite ou effort de notre part, que nous est offert l’accès à Dieu le Père par Jésus le Christ. En français, il est heureux que gracieux évoque à la fois la gratuité et la beauté, tant les deux vont si bien ensemble en Dieu. Ne pas entrer en Dieu par la porte qu’est le Christ nous ramène au monothéisme juif ou musulman. Ne pas y entrer sous le signe de la grâce, donc de la révélation, c’est construire un Dieu à notre image, sur lequel nous projetons nos  manques.

Puis vient le Père, en deuxième. Car le Christ n’est lui-même qu’en étant le « fils » d’un autre. Son identité est de se recevoir de celui qu’il appelle Père par analogie, n’ayant guère de mots à la hauteur de l’indicible. C’est une relation d’amour qui constitue son être de fils. Cet amour dont le Christ se nourrit littéralement pour exister nous est offert dans la communion qu’est l’Esprit en personne.

Nommé en troisième, l’Esprit est la vivante relation qui unit le Père à son fils (et à ses enfants que nous devenons par grâce en Christ). Le mot communion (koïnonia) est si important dans le Nouveau Testament, puis dans l’histoire qu’il en est venu à désigner l’Église, que Vatican II a définie comme « le sacrement de la communion (koïnonia) trinitaire » (CEC 747 ; 1108). L’Église va ainsi de la Trinité à la Trinité : elle en jaillit (par la grâce du baptême en Christ), rassemble dans l’unité de l’Esprit les enfants de Dieu dispersés (Jn 11,52) et les ramène en Dieu-Trinité. C’est la divinisation de notre humanité, chacun(e) et tous, anticipée dans la résurrection de Jésus de Nazareth.

On peut schématiser ainsi la salutation de Paul :

Salutation trinitaire 

La raison d’être de l’Église est de faire monter chacun sur ce manège enchanté – si l’on pardonne la trivialité de l’image – pour qu’il soit pris dans la périchorèse (mouvement de la relation circulant entre les personnes divines) trinitaire et deviennent ainsi « participant de la nature divine » (2P 1,4). Dès ici-bas, nous apprenons ainsi à aimer comme Dieu aime en lui-même, à nous recevoir de Dieu comme le Christ se reçoit du Père, à vivre des relations de communion comme celles qui unissent les trois personnes divines entre elles.

 

De l’homme à la Trinité, par analogie

2Co 13, 11-13 Dans l’amour trinitaire - Sainte TrinitéÉvidemment, nos mots sont trop pauvres pour exprimer qui est Dieu en lui-même. « Père »  n’est qu’une analogie, la meilleure qu’ont trouvée la Bible et Jésus pour nous aider à nous tourner vers Lui. Dieu est « l’au-delà de tout » comme le chantait Grégoire de Nazyance au IV° siècle. Imaginer trois personnes qui ne font qu’Un est impossible ! Mais la nature ou l’humanité nous fournissent des images qui peuvent nous aider. Ainsi les Pères de l’Église partaient du soleil (lumière/rayon/chaleur), du cours d’eau (rivière/fleuve/océan), et St Patrick des trois feuilles du trèfle. La plus pertinente des analogies humaines pour entrer dans le mystère de la Trinité est sans doute celle de l’amitié ou de l’amour entre deux êtres. François Varillon l’explicite ainsi :

Joie De Croire, Joie De Vivre - 22ème Édition   de françois varillon  Format Broché « Si l’amour est don et accueil, il faut bien qu’il y ait plusieurs personnes en Dieu…
Si l’amour est don et accueil, il faut bien qu’il y ait plusieurs personnes en Dieu. On ne se donne pas à soi-même, on ne s’accueille pas soi-même. La vie de Dieu est cette vie d’accueil et de don. Le Père n’est que mouvement vers le Fils, Il n’est que par le Fils. Mesdames, ce sont bien vos enfants qui vous donnent d’être mères ; sans vos enfants, vous ne seriez pas mères. Or le Père n’est que paternité, donc il n’est que par le Fils et il n’est que pour le Fils. Le Fils n’est que Fils, il n’est donc que pour le Père et par le Père. Et le Saint Esprit est le baiser commun.
La vie de Dieu étant dans cette vie d’accueil et de don, puisque je dois devenir ce qu’est Dieu, je ne vais pas vouloir être un homme solitaire. Si je suis un homme solitaire, je ne ressemble pas à Dieu. Et si je ne ressemble pas à Dieu, il ne sera pas question pour moi de partager sa vie éternellement. C’est ce que l’on appelle le péché : ne pas ressembler à Dieu, ne pas tendre à devenir ce qu’il est, don et accueil. » [1]

Ces images nous aident à comprendre le lien entre la nature de Dieu (qui est l’amour) et la Trinité. L’amour suppose l’altérité. À ce titre, le dieu juif ou musulman paraît très  narcissique et ne peut être amour en lui-même puisqu’il est solitaire. Il ne peut être amour que pour l’homme.

L’altérité sans communion n’est que juxtaposition : deux êtres qui s’aiment sont unis par une relation vivante. Voilà pourquoi les couples humains deviennent dans le mariage de vivants  sacrements de l’amour trinitaire : en s’aimant, ils sont pour nous une icône de la source divine dont leur relation procède.

 

De la Trinité à l’homme, par révélation

Le mouvement de l’homme vers Dieu comporte toujours le risque de fabrication d’une idole : nous l’imaginons selon nos modes de vie, de pensée, selon nos désirs et nos attentes. Or ce n’est pas Dieu qui est à l’image de l’homme, mais l’inverse ! Ce n’est pas l’amour qui est Dieu, c’est Dieu qui est amour et nous révèle ce qu’aimer veut dire. Mieux vaut donc partir de la contemplation de Dieu pour mieux comprendre l’homme ! Pourtant, « Dieu personne ne l’a jamais vu » (Jn 1,18) : comment le contempler ? Sans une révélation venant de lui, c’est impossible. Dès la Création, Dieu sort de lui-même pour faire vivre et exister, si bien que tout ce qui est créé porte l’empreinte du créateur comme le sceau de cire porte l’empreinte du tampon royal qui lui a donné sa forme. La nature, dans sa beauté, sa grandeur et le mystère de son origine, nous dit quelque chose de celui dont elle vient. L’être humain encore davantage : notre humanité ne s’éclaire en plénitude qu’à la lumière de la Révélation, dont la Bible nous livre l’histoire et la pédagogie.

5_11.jpg« Qui me voit voit le Père » (Jn 14,9 ; 12,45) : cette affirmation stupéfiante de Jésus rend Dieu accessible, simplement, puisqu’en voyant Jésus laver les pieds de ses disciples on voit Dieu servir l’homme avec humilité ; en voyant Jésus livrer sa vie jusqu’au bout on reconnaît en filigrane la vie trinitaire où aimer est se recevoir et se donner, gracieusement…

La Trinité n’est pas une construction humaine, mais la lumière qui nous est donnée pour éclairer notre nature humaine, sa vocation, sa dignité, son avenir. Dans cette révélation de qui nous sommes, les relations amicales, amoureuses, familiales prennent une autre consistance, car elles proviennent de la Trinité et nous y conduisent. L’économie n’est plus seulement le lieu des échanges de biens et de services, mais l’apprentissage du donner-recevoir à la manière divine. L’industrie, la production de richesses n’est plus la recherche du profit maximum mais l’alliance avec la Création dont nous sommes gérants et responsables. L’extase artistique ne relève plus de la nostalgie d’un monde perdu, mais manifeste l’action de l’Esprit divinisant ce monde grâce à l’inspiration de l’artiste, l’émotion du public, la communion que l’art est capable de susciter. Le sport relève de cette même dynamique de communion trinitaire, s’il n’est pas détourné de son but par l’argent ou la domination. Comme l’Esprit déborde toutes les frontières – celles des Églises en premier lieu ! – la circulation trinitaire est à l’œuvre dans bien des réalités sociales, politiques et économiques ! Il nous faut apprendre à lire notre humanité – toute notre humanité – avec la Trinité comme clé de déchiffrement.

 

Trinité économique, Trinité immanente

Un vieux principe théologique sous-tend cette lecture trinitaire de notre humanité. Il énonce que Dieu n’est pas inconnaissable, puisqu’il s’est manifesté au milieu de nous, au plus haut point en Jésus-Christ, mais dès la Création à travers la nature, l’inspiration spirituelle etc. L’énoncé précis est le suivant [2] :

« C’EST DONC TRÈS CORRECTEMENT QUE L ’AXIOME FONDAMENTAL DE LA THÉOLOGIE AUJOURD’HUI S’EXPRIME COMME SUIT :
LA TRINITÉ QUI SE MANIFESTE DANS L ’ÉCONOMIE DU SALUT EST LA TRINITÉ IMMANENTE »

Trinité économique Trinité immanente 2 

En raccourci, on dit que la Trinité économique est la Trinité immanente, c’est-à-dire : la manière dont Dieu se manifeste (ce que les Grecs appellent l’économie) révèle qui il est en lui-même (son immanence). Avec une nuance : Dieu reste le Tout-Autre. Ce qu’il nous donne à connaître de lui à travers la Création, l’histoire du salut, Jésus-Christ lui-même n’épuise pas qui il est : « l’au-delà de tout ».

On revient à ce que disait Jésus : « qui me voit voit le Père ». Jésus est venu à nous humble, serviteur, pauvre, gracieux ; il nous révèle que Dieu le Père est comme lui : humble, serviteur, pauvre, gracieux. Il n’y a pas de décalage entre ce que Dieu dit et fait, montre et est, entre ce qu’il nous manifeste et ce qu’il vit en lui-même. Ce n’est évidemment pas le cas du Dieu juif ou musulman, qui reste hors d’atteinte de l’homme, même quand il se manifeste à lui. Et on a vu qu’alors il n’est amour que pour l’homme, pas pour lui-même.

Les conséquences de ce principe théologique pour nous humains sont considérables. Si nous sommes créés à l’image et à la ressemblance trinitaire, c’est donc que notre vocation est d’unir nous aussi l’économie et l’immanence dans nos vies, c’est-à-dire d’être cohérents pour que nos relations aux autres manifestent qui nous sommes réellement. Or nous passons beaucoup de temps et d’énergie à paraître un autre que nous-mêmes. Il est si difficile de s’accepter soi-même jusqu’à le manifester simplement aux autres, sans dissimulation, sans artifice, sans masque ! Plutôt que de chercher à être en accord avec nous-même, nous calculons la réaction de l’autre pour qu’il nous aime en retour, nous élaborons des stratégies – conscientes et inconscientes – pour séduire, manipuler, dominer. Et l’écart entre l’être et le paraître se creuse dramatiquement. L’incohérence entre l’intérieur et l’extérieur devient insupportable.

Faute d’intériorité, l’homme moderne a peur de chercher en lui l’image divine, et reporte sur les autres la charge de le faire exister.

Ajuster l’économique à l’immanent demande de faire silence, de réfléchir, prier, méditer, lire, chanter… Bien sûr, nos actes et nos paroles nous façonnent aussi, comme par un feed-back en retour. Sans relancer le débat sur l’existence qui précéderait ou non l’essence (Sartre), il suffit de rechercher la cohérence entre ce que nous faisons et ce que nous sommes pour vivre à la manière trinitaire, sans décalage entre l’intérieur et l’extérieur.

Trinité économique, Trinité immanente dans Communauté spirituelle OBS-souffranceautravail-ouv-insitu_670Donnons un exemple pour être plus concret : les sociologues du travail en entreprise relèvent que de plus en plus de salariés – des jeunes surtout – sont déchirés par ce qu’ils appellent la souffrance éthique au travail. Cette souffrance se produit lorsque la raison d’être profonde ou le style de management de l’entreprise n’est pas en accord avec les convictions les plus personnelles d’un salarié. Ainsi quelqu’un qui travaille chez Dassault pourra souffrir de contribuer à la vente d’armes pouvant tomber entre les mains de tyrans ou de terroristes ; chez Total ou Ryan Air, un écologiste véritable sera mal à l’aise ; à la Française des Jeux, celui qui constate l’auto-exploitation des pauvres dans les jeux de hasard y perdra son âme ; pendant la période des suicides au travail chez France Telecom à cause d’un management inhumain voulu au sommet, l’encadrement était déchiré etc. Or lorsque le marché de l’emploi est contraint, il faut bien accepter n’importe quel boulot si l’on veut manger ! Peu nombreux sont les privilégiés qui ont la chance de pouvoir choisir leur entreprise, leur métier, et en changer facilement si cela ne leur convient plus. Les autres subissent, baissent la tête, prisonniers de leur job, faisant le grand écart entre ce qu’ils sont et ce qu’ils font dans leur travail. Le pire serait qu’à force de subir, on devienne celui que le travail nous demande d’être, docile et formaté. Le cas des SS allemands affectés  aux camps de concentration en est l’exemple extrême : cultivés, intelligents, aimant leur famille et Beethoven, ils ont fait leur boulot soigneusement, consciencieusement, en obéissant aux ordres, en s’interdisant de réfléchir au pourquoi des camps (sauf quelques personnalités justifiant l’injustifiable et l’organisant autour de théories raciales délirantes). Cette schizophrénie sociale peut s’infiltrer dans bien des domaines, de la vie politique, de l’engagement associatif, jusqu’à la vie ecclésiale… Elle est ruineuse pour la santé spirituelle ; elle déshumanise à petit feu ; elle dissocie l’être du paraître au point d’éclater les personnalités en de multiples fragments : « Légion est mon nom, car nous sommes beaucoup », avoue le possédé qui s’autodétruit dans l’éparpillement de ses identités (Mc 5,9).

Unifier en nous l’économique et l’immanent n’est donc pas une spéculation abstraite et sans importance ! C’est l’enjeu de la maturité, du consentement de soi à soi. C’est la trace de notre vocation trinitaire. C’est l’empreinte en nous du Dieu de Jésus-Christ, se manifestant tel qu’il est, existant tel qu’il se manifeste : grâce, amour, communion, pour reprendre la salutation de Paul.

Que l’Esprit du Christ nous apprenne à ne jamais dissocier ce que nous sommes de ce que nous manifestons aux autres !

 


[1]. François Varillon, « Joie de croire, joie de vivre », Centurion, 1981, p. 28

[2]. Commission Théologique Internationale, THÉOLOGIE, CHRISTOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE, 1982.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux » (Ex 34, 4b-6.8-9)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné. Il emportait les deux tables de pierre. Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna. Il dit : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. »

 

CANTIQUE

(Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56)

R/ À toi, louange et gloire éternellement ! (Dn 3, 52)

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères : R/
Béni soit le nom très saint de ta gloire : R/
Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire : R/
Béni sois-tu sur le trône de ton règne : R/
Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes : R/
Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim : R/
Béni sois-tu au firmament, dans le ciel, R/

DEUXIÈME LECTURE

« La grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit » (2 Co 13, 11-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. Tous les fidèles vous saluent.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

 

ÉVANGILE

« Dieu a envoyé son Fils, pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-18)
Alléluia. Alléluia.Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick BRAUD

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10 avril 2020

Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir

Homélie du Jeudi saint / Année A
09/04/2020

Cf. également :

Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La Passion du Christ selon Mel Gibson

Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management du nazisme à aujourd’hui. HöhnAvez-vous lu le dernier livre de l’historien Johann Chapoutot (spécialiste du nazisme) ? Son titre est un oxymore (association de deux contraires) provocateur :« Libres d’obéir » ; et son sous-titre l’est encore davantage : « Le management, du nazisme à aujourd’hui ». Chapoutot montre comment les nazis ont utilisé le management de leur époque pour enthousiasmer le peuple allemand à leur suite et organiser les militaires pour une efficacité maximum en temps de guerre.

Un des ressorts de l’implication qu’ils arrivaient à susciter chez les sous-gradés étaient ce que Peter Drucker a appelé dans les années 50 le management par objectifs. Hitler disait à ses généraux qui le répétaient à leurs subordonnés : ‘c’est moi qui fixe les objectifs. Vous n’avez pas à dire votre mot là-dessus. Par contre, je vous donne carte blanche pour atteindre vos objectifs, par quelque moyen que vous choisirez. Peu importe que l’objectif soit la conquête de l’Ukraine, l’extermination des juifs, l’administration des territoires conquis ou la maîtrise spatiale, à vous d’imaginer tous les moyens possibles pour atteindre cet objectif. Je vous donne un budget, des équipes, et c’est à vous de jouer. Faites comme vous pouvez avec ce que vous avez : le seul impératif est de réussir sans solliciter inutilement la hiérarchie, qui ne s’intéresse nullement à vos problèmes’.  

Cette part d’autonomie concédée aux sous-gradés les galvanisait. Sans s’apercevoir qu’on les rendait ainsi responsables des succès comme des échecs, surtout lorsque les objectifs fixés devinrent follement inatteignables. Le régime accordait d’incroyables libéralités à ceux qui jouaient le jeu, et ils furent nombreux jusqu’à la fin. Ces libéralités se traduisaient par des loisirs, promus par la KdF (Kraft durch Freude = la force par la joie), l’organisme d’État chargé de proposer des loisirs aux Allemands (l’ancêtre des Chief happyness officers…pourrait-on dire). Sorties au théâtre, au cinéma, balades en forêt et, pour les plus chanceux, l’accès à des croisières sur des paquebots construits par la KdF et des vacances sur l’île de Rügen – l’équivalent de l’Île de Ré en Allemagne. La KdF y a construit un immense hôtel, de 6 km de long. C’était une véritable usine de loisirs. Le but de ces initiatives n’était évidemment pas philanthropique : tout comme aujourd’hui, il s’agissait d’accroître la productivité et la rentabilité de l’agent productif. Un salarié heureux travaille mieux…

La mise en concurrence des exécutants les uns avec les autres sur l’atteinte de leurs objectifs maintenait une pression permanente. Partisans du darwinisme social, les nazis confiaient d’ailleurs les mêmes objectifs à plusieurs équipes, plusieurs Agences (polycratie) et récompensaient l’équipe plus efficace en finale. D’où le paradoxe : vous n’êtes pas libres de fixer les buts à poursuivre, les cibles à atteindre, mais vous êtes libres des moyens à choisir pour y arriver. Libres d’obéir donc… Pour les individus qui constituent les rouages du système, seule compte l’exécution des instructions données, et « le travail c’est la liberté » (disent-ils, en voulant nous convaincre du bonheur au travail…).  Une ‘auto-uberisation’, pourrait-on dire !

Le théoricien de ce management, Reinhard Höhn (1904-2000), a tranquillement prospéré après-guerre en enseignant cette méthode de manipulation dans un institut de formation au management (l’Akademie fur Führungskrafte, l’équivalent de l’Insead en France) à Bad Harzburg. Au fil des décennies, il a formé l’élite économique et patronale de la République Fédérale : quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance, y ont appris, grâce à ses séminaires et à ses nombreux manuels à succès, la gestion des hommes déjà utilisée en temps de guerre [1].

Il reste pas mal de traces de cette Menschenfürhung (conduite des hommes) dans le management entrepreneurial encore aujourd’hui, hélas ! [2]

Étrangement, quand on lit la Passion du Christ dans les Évangiles, on voit des soldats instrumentalisés par Judas, par Pilate, tellement impliqués dans leur mission qu’ils rajoutent de la haine au châtiment, de la cruauté à la sanction. Comment en sont-ils arrivés là, si ce n’est par la ruse de leurs supérieurs qui les empêchent de discuter des objectifs, mais leur laissent carte blanche pour arriver au résultat ?

Intéressons-nous donc aux soldats dans la Passion du Christ.
Une multitude de personnages grouille dans ce récit, et l’on peut s’y perdre. Comme un tissu entrelacé de mille fils, la Passion du Christ fait se croiser des notables et des gueux, des ultrareligieux et des sans Dieu, des servantes soupçonneuses et des femmes courageuses… Suivons donc un des fils qui parcourent ce tissu, en nous plaçant du point de vue des soldats. Le texte liturgique les mentionne 7 fois, en 4 épisodes.

·      La cohorte avec Judas (Jn 18,2)

Judas s’est transformé en guide pour conduire une cohorte de gardes juifs de soldats romains au jardin de Gethsémani. A-t-on expliqué à ces soldats qui ils allaient arrêter ? qui était ce Jésus de Nazareth devenu une menace pour l’ordre romain ? À vrai dire ils n’en ont pas besoin pour obéir aux ordres. On leur assigne une mission ; ils exécutent. Point barre. Avoir Judas à leur tête aurait peut-être dû les alerter, car il est peu fréquent de voir un des suspects retourner sa veste à ce point. Mais c’est le problème de leurs supérieurs, pas le leur.

Voilà un premier piège de l’obéissance aveugle : sous couvert de professionnalisme, nous pouvons être amenés à faire confiance à des Juda modernes. Au nom de l’efficacité militaire (ou économique), nous pouvons utiliser la délation et la traîtrise pour éliminer les adversaires désignés par le pouvoir.

·      La dérision inutile (Jn 19,2)

La deuxième fois où les soldats interviennent explicitement, c’est pour fouetter Jésus sur ordre de Pilate. Jean ne s’y attarde pas, mais la scène a dû être atroce. Mel Gibson l’a reconstituée en fidélité à ce que l’histoire des supplices romains nous en fait connaître. Même un soldat aguerri ne peut éviter un haut-le-cœur en voyant la loque humaine qui est extraite de cette torture. Eh bien, ils en rajoutent ! avec cette couronne dérisoire et sanglante, ce manteau pourpre d’opérette, et ces gifles humiliantes.

Quel besoin avons-nous, comme cette soldatesque, d’ajouter la dérision au châtiment, l’humiliation à la justice officielle, la haine à la sanction ?

 

·      Le butin paradoxal (Jn 19, 23-24)

© PFARRKIRCHEN STIFTUNG ST. LAMBERT SEEONDans toutes les armées du monde, les soldats pillent, volent – et pire encore - une fois remportée la victoire. Point de victoire ici mais une exécution publique, et la loi romaine permet à ces soldats de dépouiller la victime de ses biens et de se les approprier. Maigre butin en ce qui concerne Jésus : ses habits doivent être en morceaux et tachés de sang, sa tunique n’est qu’une assez grossière pièce de lin d’un seul tenant.

Cette coutume de soldats est légale, mais est-elle juste ?

Nous sommes tellement habitués à des pratiques communément admises que nous ne voyons plus aucun mal, comme les soldats, à prendre aux plus faibles, à nous servir sans nous poser de questions, à profiter des failles légales pour voler le bien commun…

Jean réussit cependant à retourner ce butin en faveur de Jésus : sans le savoir, les soldats accomplissent les Écritures (Ps 22, 18-19) et contribue ainsi à démontrer la messianité de Jésus.

Butin paradoxal donc, à l’image de nos rapines légales qui finalement démontrent l’innocence de ceux que nous dépossédons…

 

·      la fin de mission (Jn 19, 32-34)

crucifixion. andrea di bartolo solaria (xvie siècle)
Ils font le job jusqu’au bout, ces soldats à qui leurs supérieurs ont demandé un résultat net et incontestable. Pour être sûr que les condamnés vont bien mourir, ils leur brisent leurs jambes, les empêchant ainsi de s’appuyer dessus pour respirer, ce qui provoque l’asphyxie quasi immédiate. Avec intelligence, l’un des soldats voit que Jésus exténué a déjà succombé. Plutôt que d’appliquer la consigne, il l’adapte, la transforme en un coup de lance désormais célèbre. Un peu d’humanité en fin de mission… Comme quoi il est toujours possible d’interpréter un ordre, d’en varier l’application selon le contexte.

À nouveau l’Écriture s’accomplit à travers ces soldats, à leur insu (Ps 34,20). De quoi nous réconforter, car même nos missions les plus cruelles pourront finalement servir au bien commun, même si nous ne savons pas comment ni quand !

Revenons à la thèse de Yohann Chapoutot : si nous ne nous posons jamais de questions sur les objectifs que l’on nous fixe, nous deviendrons comme ces soldats, privilégiant l’efficacité au sens, l’obéissance aveugle à la liberté de conscience. Nous serons motivés et impliqués dans des besognes à la finalité douteuse. Nous nous contenterons avec bonheur de la part d’autonomie qui nous est concédée dans leur mise en œuvre et nous oublierons la raison d’être de notre travail, de nos familles, de la croissance économique etc.

La véritable obéissance est celle du Christ dans la deuxième lecture (He 4, 14 16 ; 5, 7 9). « Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance ». Il ne fait qu’un avec l’objectif de son Père qu’il épouse de tout son être : aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, et les faire participer à la nature divine. La différence est là : Jésus choisit le but ultime de son action d’un commun accord avec son Père. C’est sur les moyens qu’au contraire il apprend à obéir : passer par la croix (et non le succès populaire, ou l’honorable mort par lapidation comme les prophètes) n’est pas son choix premier. À Gethsémani, il se bat pour rester fidèle à son but ultime en ne refusant pas de passer par une voie inimaginable pour lui auparavant. Sa perspective est à l’exact opposé des subalternes du management nazi : choisir le but, se laisser conduire pour y arriver.

Rien d’antimilitariste dans ces propos ! Jésus a d’ailleurs loué la foi du centurion romain (Mt 8, 5-13), et c’est un autre centurion qui en Mt 27,54 proclame que ce crucifié était vraiment fils de Dieu. Mais les évangélistes savent bien que de tout temps porter un uniforme a pu couvrir les pires exactions, être vainqueur les pires inhumanités. Obéir sans savoir à qui ni pourquoi engendre des monstres d’efficacité, croyant être libres alors qu’ils sont manipulés par ceux qui les commandent.

Jésus n’est pas le soldat de Dieu, mais son fils.
Et nous, à qui obéissons nous avec tant d’empressement et de conscience professionnelle ?…
Sommes-nous soldats ou fils/filles ?

 


[1]. Précisons que l’auteur ne dit pas que les nazis ont inventé le management. Le management préexiste au nazisme. Mais ils ont élaboré une doctrine qui prend racine dans le darwinisme social qui est l’un des piliers du nazisme (la vie est une lutte, un combat à mort) et qui imprègne une bonne partie des techniques de management actuelles.

[2]. Chapoutot cite notamment l’exemple du management appliqué à France Telecom vers 2008-09, avec 35 suicides au travail à la clé…

 

 

Lectures

Première lecture
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume
(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit.
(cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

Deuxième lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit. Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient. Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.) Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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10 novembre 2019

Il n’en restera pas pierre sur pierre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Il n’en restera pas pierre sur pierre

Homélie du 33° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
17/11/2019

Cf. également :

Nourriture contre travail ?
« Même pas peur »…
La destruction créatrice selon l’Évangile
La « réserve eschatologique »

Et Notre-Dame brûlait…

Incendie Notre Dame de ParisEn ce 15 avril 2019, les passants se figeaient devant le spectacle de l’incendie qui ravageait  la toiture de la cathédrale. Scotchés devant les écrans des chaînes d’information, des milliers de visages scrutaient l’événement, ne sachant quoi penser. La tristesse s’affichait dans les propos de tous les commentateurs, à peine atténuée par les promesses de dons qui affluent déjà pour reconstruire le symbole blessé. Imaginez qu’à ce moment-là surgisse un homme – jeune encore – tenant ces propos devant les caméras de BFM ou de LCI : « vous pleurez pour le toit d’une cathédrale ? Mais viendra un jour où elle sera complètement détruite. Il n’en restera pas pierre sur pierre. Pourquoi vous attacher à des choses qui passent alors que l’éternel est à votre porte et que vous ne lui ouvrez pas ? » L’incompréhension et le rejet seraient unanimes ! Et pourtant, c’est bien ce que Jésus a déclaré sur le Temple de Jérusalem devant lequel tout le monde s’extasiait (cf. Lc 21, 5-19) ! De quoi se faire de solides ennemis dans chaque camp, politique ou religieux… Les spectateurs avides des crucifixions, gibets et autres guillotines utilisaient ces paroles pour tourner Jésus en ridicule :

« Les passants l’insultaient hochant la tête et disant:  » Hé ! Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même en descendant de la croix. «   (Mc 15,29)

Évidemment, vous objecterez (non sans raison) que les Évangiles ont été écrits dans les années 70 à 90 et que donc il était facile à ce moment de prédire la destruction du Temple, puisqu’elle avait déjà eu lieu en l’an 70. Le rédacteur a-t-il mis ces paroles sur les lèvres de Jésus en réfléchissant sur la catastrophe de la prise de Jérusalem par l’empereur Titus ? Ou bien s’est-il souvenu de ces paroles qui avaient tant choqué à l’époque, et qui maintenant trouvaient tout leur sens ? Difficile de trancher. L’essentiel est l’avertissement du Christ : « quand tu vois s’écrouler ce que tu as construit de plus beau, moi je peux le rebâtir à la manière divine et non plus humaine. »

Ces paroles sont si graves pour les juifs qu’ils en feront un motif de condamnation contre Jésus lors de son simulacre de procès :

« Nous l’avons entendu dire: « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme et, en trois jours, j’en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d’homme. » »  (Mc 14,58)

Annoncer l’éphémère des constructions humaines est donc risqué : le prix à payer peut être très élevé. Voilà pourquoi les prophètes sont si peu nombreux, aujourd’hui encore…

Il n’en restera pas pierre sur pierre dans Communauté spirituelle jesus_donkeyJésus avait pleuré sur Jérusalem, pressentant que son aveuglement spirituel lui serait fatal :

« Quand il approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. Il disait:  » Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix…! Mais hélas ! Cela a été caché à tes yeux ! Oui, pour toi des jours vont venir où tes ennemis établiront contre toi des ouvrages de siège; ils t’encercleront et te serreront de toutes parts; ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi; et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée. » (Lc 9, 41-44)

Rappelez-vous : le même avertissement avait été lancé au roi David. Pour prouver son attachement à YHWH et manifester à tous la gloire de son règne, David veut construire un Temple à Jérusalem. Le prophète Samuel le tance vertement : « comment oses-tu prétendre faire quelque chose pour Dieu sans lui demander ? Peux-tu l’enfermer dans une salle de pierre ? Es-tu conscient de l’orgueil et de la démesure de ce projet ? » YHWH renverse alors la perspective : « c’est moi qui te bâtirai une maison, ta dynastie royale, à travers ta descendance. Pour te le prouver, je t’annonce que c’est ton fils Salomon qui va me bâtir un Temple à ma demande, et non toi de ton propre gré (cf. 2S 7). Le rêve de grandeur du roi David s’évanouit : il apprend par cette ‘destruction’ symbolique que le salut est à accueillir et non à bâtir.

800px-Heures_d%27Henri_II_fol73v destruction dans Communauté spirituelleUne autre figure biblique du « il n’en restera pas pierre sur pierre » est Job bien sûr. Rappelez-vous son histoire, l’histoire du malheur innocent qui est de toutes les époques, pays ou religions. Job était heureux, comblé par une famille très nombreuse, des dizaines de serviteurs, des troupeaux innombrables. Le Satan veut insinuer en Dieu le doute sur les motivations de cet homme pieux et intègre : est-ce pour rien (gratuitement) que Job craint Dieu ? Alors, pour éprouver ce pour rien, Satan demande à Dieu d’autoriser que le malheur s’abatte sur la maisonnée de Job, puis sur Job lui-même.

« Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas protégé d’un enclos, lui, sa maison et tout ce qu’il possède ? Tu as béni ses entreprises, et ses troupeaux pullulent dans le pays. Mais veuille étendre ta main et touche à tout ce qu’il possède. Je parie qu’il te maudira en face ! »  (Jb 1,9-11)

D’un seul coup, Job perd tout : ses dix enfants, ses serviteurs, ses troupeaux, toutes ses richesses. Puis il perd lui-même la santé : il est couvert d’ulcères, et l’on comprend bien en français que Job est ulcéré de ce qui lui arrive. C’est trop injuste ! Pourtant, Job ne renie pas sa foi : sans plus aucune contrepartie, il continue à faire confiance à Dieu.

« Sorti nu du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! »  (Jb 1,21)

Il ne reste plus pierre sur pierre de tout ce qu’il avait amassé durant sa vie entière, et pourtant il ne renie pas Dieu. Simplement, il se demande : pourquoi ? Avec une lancinante exigence, il écarte toute les théories culpabilisantes de ses amis et garde vivante la question : pourquoi ?

C’est donc que les destructions qui jalonnent notre itinéraire personnel pourraient bien avoir un autre sens que la catastrophe de l’instant. Devant un Temple qui est détruit, l’enjeu n’est pas de se lamenter, mais de se demander : pourquoi ? Ou plutôt : pour quoi, vers quoi ? Vers quoi cette catastrophe peut-elle me/nous mener ?

Quand tout est détruit, ne demandez pas pourquoi en regardant vers le passé, mais pour quoi en regardant devant : vers quoi peut mener cette destruction ?

M830106 exilIsraël a par deux fois connu une destruction semblable à celle que Jésus prophétise : lors de l’exil à Babylone (en 570 av. J.-C.), et lors de la Shoah (= ‘catastrophe’ en hébreu) de 39-45. Car le Temple de Jérusalem a déjà été détruit en -587, lors de la prise de la ville par Nabuchodonosor roi de Babylone. Il s’en est suivi une déportation à Babylone, dont le roi d’Israël, Sédécias, devint le premier déporté, les yeux crevés par le vainqueur. Israël n’avait plus ni Temple, ni terre, roi, ni prophète : il aurait dû disparaître, rayé de la carte pour toujours. Cette destruction apparemment totale a pourtant débouché de façon inattendue sur le retour du peuple et une restauration religieuse plus fidèle à la loi de Moïse. Toujours la question du pour-quoi : à quoi peut mener cet écroulement complet ? Plutôt que de perdre son énergie à faire des théories sur l’inexplicable (d’où vient le malheur innocent ?), mieux vaut se concentrer sur ce qui peut advenir à partir de cette tabula rasa.

Ainsi a fait Israël après sa dispersion en 70 lors de la victoire romaine : pendant des siècles la diaspora juive a maintenu vivante traditions et coutumes, espérant contre toute espérance : « l’an prochain Jérusalem ! »

Ainsi a fait Israël après la deuxième grande déportation de son histoire, la Shoah nazie. Impossible d’expliquer ou de comprendre en fin de compte pourquoi six millions de juifs ont été exterminés dans les camps. Mieux vaut transformer cette catastrophe en moteur pour autre chose : la création de l’État d’Israël en 1948, la vigilance absolue sur l’antisémitisme en Europe etc.

Cliquez pour afficher lDans notre existence personnelle également, il y a des moments où il nous semble qu’il ne subsiste plus rien, pas pierre sur pierre, de tout ce que nous avions construit auparavant. Vous l’avez peut-être déjà expérimenté au moment d’un divorce, d’un diagnostic d’une maladie incurable, d’un handicap qui change tout, d’un licenciement qui vient tout remettre en question… Le témoignage de Martin Gray dans les années 70, garde toute sa force. Par deux fois il a perdu sa femme et ses enfants : dans le ghetto de Varsovie d’abord, puis dans un incendie dans le sud de la France où il avait refait sa vie. À chaque fois, effondré, il s’est demandé où tout cela le conduisait. Et il a reconstruit, « au nom de tous les miens » (Ed. Robert Laffont, 1971). On entend là comme un écho du poème de Rudyard Kipling invitant son fils à affronter les destructions futures qui jalonneront son existence (poème de 1909) :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ; […]
Tu seras un homme, mon fils.

Repartir de rien demande un courage surhumain. Certains, anéantis après avoir tout perdu, sombrent dans la dépression, fuient dans l’alcool ou la drogue, ou deviennent des fauves par haine de la société. Qui pourrait les juger, tant l’épreuve est destructrice ?

D’autres reçoivent mystérieusement le courage de se relever, et transforment le malheur qui leur est arrivé en source de compassion pour les autres, d’entraide avec ceux à qui il arrive la même chose.

Bien des fois, il ne reste plus pierre sur pierre des beaux édifices que nous avions élevés. Au lieu de nous plaindre, de nous lamenter, de déprimer, entendons le Christ qui nous promet d’intervenir lui-même sur les ruines de notre orgueil passé :

« C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. […] Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Pour vous, le Soleil de justice se lèvera » (Ml 3, 19-20a)

Lecture du livre du prophète Malachie

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

PSAUME

(Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9)
R/ Il vient, le Seigneur,gouverner les peuples avec droiture. (cf. Ps 97, 9)

Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ;
au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ;
que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie.

Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre,
pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !

DEUXIÈME LECTURE
« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 7-12)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

 

ÉVANGILE

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (Lc 21, 5-19)
Alléluia. Alléluia.Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia. (Lc 21, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. » Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »
Patrick BRAUD

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