L'homélie du dimanche (prochain)

9 juillet 2011

Éléments d’une écologie chrétienne

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Éléments d’une écologie chrétienne

 

Homélie du 15° dimanche ordinaire / année A
10/07/2011

 

·       À lire St Paul  en Rm 8, on croirait découvrir l’inspirateur de bien des discours écologiques actuels, de Jean-Louis Borloo à Nicolas Hulot en passant par Eva Joly et autres Al Gore.

 

« La création a été livrée au pouvoir du néant. Elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable. La création tout entière crie sa souffrance ; elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore ».

Paul considère la création comme un quasi-sujet : elle souffre, elle espère, elle attend. Les « gémissements » qu’elle exprime pourraient faire penser aux catastrophes écologiques modernes. Et on voit trop l’exploitation « catastrophiste » que des leaders politiques pourraient en faire. Fukushima, Tchernobyl, les graines germées, les tsunamis ou le réchauffement climatique : la liste sera longue des dysfonctionnements réels que des lectures trop rapides identifieraient aux fameux « gémissements » de la création selon saint Paul.

 

St Paul serait-il écolo avant l’heure ? Cela pourrait-il appeler à des ralliements aux pensées écologistes contemporaines ?

Rien de moins sûr, car à lire Rm 8 de plus près, il y a bien des différences notables.

 

1. Paul ne parle pas de nature, mais de création.

Éléments d'une écologie chrétienne dans Communauté spirituelleQui dit création dit relation avec le Créateur. Une relation continue, présente, et pas seulement à l’origine. « Si l’homme n’est pas en paix avec Dieu, la terre elle-même n’est pas en paix » [1].

Créer ne se réduit pas en effet à une « chiquenaude initiale » : c’est un processus permanent pour rendre possible, maintenir en vie, et accompagner la croissance de ce / ceux qu’on crée. Les parents en savent quelque chose !

La nature des écologistes n’est en relation qu’avec elle-même. Elle ne semble pas avoir d’origine, peut-être même pas de fin (la plupart des écolos sont vaguement spinozistes).

 

 

 

 

 

2. Les douleurs d’un enfantement n’ont rien de comparable avec des catastrophes nucléaires ou sismiques.

Quand Paul parle de la création en travail d’enfantement, il en parle avec des accents de joie inquiète d’une femme enceinte.
C’est donc que l’univers est parcouru de joyeux frémissements, de bouleversements prometteurs, annonçant un monde nouveau, une création nouvelle.
Paul n’annonce pas un monde qui va à sa perte, mais un achèvement à venir ; pas une planète en perdition, mais un engendrement heureux.

 

3. Une écologie humaine.

La « nature » des penseurs écologistes semblent bien souvent indifférente à l’homme, voire hostile. L’être humain est perçu par certains courants radicaux comme une menace pour la « vie », pour les écosystèmes qui l’entourent. Les partisans de cette « écologie profonde » (deep ecology) considèrent l’homme comme un prédateur dangereux. Ils veulent alors le soumettre à l’intérêt de la nature en général, dont il ne serait qu’un élément parmi d’autres. La survie des animaux ou des plantes a autant d’importance que celle de l’espèce humaine. Et si la vie est menacée, l’homme doit s’effacer…

Rien de tout cela chez Paul, dont la conception du naturel est à la fois théologale (reliée à Dieu en tant que création) et profondément humaniste.

C’est « la gloire des enfants de Dieu » que la création veut connaître, pas sa propre perpétuation aveugle.

C’est à « la révélation des fils de Dieu » qu’elle « aspire de toutes ses forces », pas à l’auto-reproduction indéfinie, avec ou sans lois d’évolution.

« Les progrès techniques ont séparé l’homme de la Nature, la transformant en matière à exploiter. Aujourd’hui, nous devons apprendre à nous sentir solidaires de la création et non pas extérieurs à elle. 

L’homme doit vivre avec elle dans une sorte de fraternité responsable. 

S’il ne respecte pas sa soeur la Terre, comme une part de lui-même, l’homme disparaîtra. Le temps presse… » 

 

Autant dire que l’écologie chrétienne dans son ensemble est anthropocentrique : la nature n’existe pas uniquement en elle-même, pour elle-même. Elle vient de Dieu ; elle est pour l’homme, avec l’homme. Avec lui, elle retourne à Dieu, en un long cheminement solidaire à travers les siècles. Elle est bonne dès l’origine (« Et Dieu que cela était bon » Gn 2), avant même l’apparition de l’homme. Mais ce qui arrive à l’espèce humaine a des conséquences immenses sur son avenir.

« On évoque aujourd’hui avec une insistance toujours plus grande le droit à la sécurité dans l’environnement, comme un droit qui devra être inscrit dans une charte des droits de l’homme mise à jour. » 

 

L’homme a donc une responsabilité éthique vis-à-vis de celle qui l’accompagne dans son évolution, dont il est issu, et qu’il entraîne ailleurs.

« Si le sens de la valeur de la personne et de la vie humaine fait défaut, on se désintéresse aussi d’autrui et de la terre. L’austérité, la tempérance, la discipline et l’esprit de sacrifice doivent marquer la vie de chaque jour, afin que tous ne soient pas contraints de subir les conséquences négatives de l’incurie d’un petit nombre. »

 

 Christ dans Communauté spirituelleEn ce sens, l’écologie chrétienne est morale. Elle n’est pas utilitariste comme ceux qui réduisent la nature à ce qu’elle peut apporter à l’homme. Elle n’est pas matérialiste au sens où certains rêveraient la nature éternelle et plus grande que l’homme.

 

« L’éducation à la responsabilité écologique est donc nécessaire et urgente (?) Son objectif ne peut être ni idéologique ni politique, et sa conception ne peut s’appuyer sur le refus du monde moderne ou le désir vague d’un retour au  » paradis perdu « . (?) Il existe dans l’univers un ordre qui doit être respecté; la personne humaine, douée de la capacité de faire des choix libres, est gravement responsable de la préservation de cet ordre, notamment en fonction du bien-être des générations futures. La crise écologique – je le répète encore – est un problème moral. » 

 

Radicalement théologale, anthropocentrique et morale, l’écologie chrétienne est décidément très originale.

Vous aurez du mal à la retrouver telle quelle dans un programme présidentiel en 2012 !

Mais la vision biblique de la création en travail d’enfantement, liée à la plénitude humaine, peut devenir extrêmement féconde pour à la fois encourager les réformes écologiques indispensables, et relativiser les prétentions philosophiques insupportables?


[1]Les citations sont de Jean-Paul II, et sont tirées de : Les gémissements de la création. Vingt textes sur l’écologie de Jean-Paul II, présentation de Jean Bastaire, Ed. Parole et silence, 2006.

 

 

1ère lecture : La parole de Dieu fait germer la terre (Is 55, 10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ;
ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

 

Psaume : Ps 64, 10abcd, 10e-11, 12-13, 12b.14

R/ Tu visites la terre, Seigneur, tu bénis ses semences

Tu visites la terre et tu l’abreuves,
tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d’eau,
tu prépares les moissons.

Ainsi, tu prépares la terre,
tu arroses les sillons ; 
tu aplanis le sol, tu le détrempes sous les pluies,
tu bénis les semailles.

Tu couronnes une année de bienfaits,
sur ton passage, ruisselle l’abondance.
Au désert, les pâturages ruiselle,
les collines débordent d’allégresse.

Sur ton passage ruiselle l’abondance.
Les herbages se parent de troupeaux 
et les plaines se couvrent de blé. 
Tout exulte et chante !

2ème lecture : La création tout entière participe au salut (Rm 8, 18-23)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
j’estime donc qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.
En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu.
Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu’elle l’a voulu, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu.
Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.
Et elle n’est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.

Evangile : Les paraboles du Royaume. Le semeur (brève : 1-9) (Mt 13, 1-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Semeur est sorti pour semer la Bonne Nouvelle. Heureux qui la reçoit et la fait fructifier ! Alléluia. (cf. Mt 13, 4.23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac.
Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur est sorti pour semer.
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde.
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
D’autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
D’autres sont tombés sur la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit :
« A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux ce n’est pas donné.
Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a.
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le coeur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur coeur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas.Sinon, je les aurais guéris !
Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son coeur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.

Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt.

Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit.

Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Patrick BRAUD

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2 juillet 2011

En joug, et à deux !

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En joug, et à deux !

 

Homélie du 14ème Dimanche ? Année A     03/07/2011

 

·       Échanger mon fardeau contre le joug du Christ :

tel semble être l’un des enjeux de cet évangile.

Vous avez entendu : « venez à moi vous qui peinez sous le poids du fardeau » : on s’attend donc à ce que le Christ nous décharge de tout, pour trouver le repos. Pas du tout : « Prenez sur vous mon joug ! »

Le repos promis par le Christ n’est donc pas l’absence de tout travail, c’est le passage de mon fardeau à son joug à lui.

 

Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?

Le fardeau, c’était autrefois le ballot, le paquet que l’on chargeait sur le dos d’un chameau. Par extension, c’est devenu le symbole d’une lourde préoccupation qu’on porte seul, et sans l’avoir choisi.

Le joug, c’est fort différent.

C’est la pièce de bois qui permet de lier 2 animaux – 2 boeufs le plus souvent – pour qu’ils tirent ensemble dans la même direction.


Prendre le joug du Christ, c’est donc ne plus être seul, c’est être attelé avec lui à une ?uvre commune.

- D’ailleurs en français, le mot joug a donné le verbe con-juguer : conjuguer nos efforts, c’est les orienter dans la même direction grâce au joug qui les réunit.


- Homme et femme deviennent « 
conjoints » lorsque le mariage, tel un libre joug d’amour, les unit mieux que les b?ufs du paysan qui pourtant faisaient déjà un extraordinaire travail de labour en travaillant ensemble sous le même joug?


- Les
rugbymen connaissent également un appareil d’entraînement qu’on appelle le joug. Les avants répètent inlassablement l’entrée en mêlée, et la poussée collective : en se mettant ensemble sous ce joug, ils apprennent à se lier et à pousser pour une mêlée puissante. Le joug des rugbymen est ainsi symbole de l’esprit d’équipe des avants.


- Le mot a également donné le verbe :
subjuguer. Au mauvais sens, c’est placer quelqu’un sous la dépendance d’un autre. Au meilleur sens du terme, être subjugué par quelqu’un c’est être prêt à travailler avec lui, à m’unir à lui pour une ?uvre commune. En ce sens, oui, je n’hésiterai pas à dire que je suis subjugué par le Christ ?

 

Ce joug-là est réellement léger et facile à porter, puisqu’il s’agit d’être librement et par amour associé au travail du Christ pour nous, au labour du Christ en notre humanité.

 

Voilà donc la transformation qui nous est proposée en cette eucharistie : déposez vos fardeaux au pied de l’autel, et repartez avec le joug du Christ sur vos épaules.

 

·       Essayez de visualiser le « fardeau » qui est actuellement le vôtre : dans votre vie familiale, professionnelle, amicale, religieuse, vos problèmes de santé, de relations? ce qui est trop lourd, ce que vous portez seul, trop seul, sans l’avoir choisi?

Essayez maintenant de le confier au Christ, d’accepter de ne plus le porter seul, mais de conjuguer vos efforts avec lui, de le laisser devenir votre « conjoint »?

 

La vieille tentation anti-chrétienne la plus fondamentale est toujours le refrain : « sauve toi toi-même ». Par 3 fois, Jésus a été tenté dans sa Passion par cette petite voix : « qu’il se sauve lui-même ? ». Le joug de ce Dimanche est l’antidote à ce poison de l’auto-rédemption : non je ne veux ni ne peux me sauver moi-même. C’est en prenant sur mes épaules le joug du Christ que je trouverai ma liberté, et la force pour bouger avec lui ce qui me semblait inamovible tout seul.

 

·       Regardez l’étole des prêtres : elle n’est pas comme celle des diacres, en diagonale, symbolisant l’aumône. Elle est droite, justement en forme de joug sur les épaules du prêtre. Car par l’ordination, les prêtres prennent place sous le joug du  Christ pour porter avec lui la charge pastorale. Le ministère des prêtres n’est pas un lourd fardeau, c’est se laisser subjuguer par le Christ? !

 

·       Faites cette expérience de porter avec le Christ ce qui vous semble lourd dans votre vie.

Arrêtez de compter sur vos seules forces : c’est épuisant, souvent stérile.

Acceptez de recevoir du Christ (et des autres) par la prière, la lecture de la Bible, la vie en Église? Regardez votre travail, votre vie de famille, comme si le Christ en personne était attelé à vos côtés, épaule contre épaule, sous le même joug. Cherchez alors à faire son ?uvre à lui, et non pas la vôtre. Ne cherchez même pas à faire une ?uvre pour lui : prenez son joug à lui ; il est léger et facile à porter. Certes « on n’est pas des boeufs »: mais le joug du Christ nous est donné pour labourer avec lui. 

 

Si vous laissez ainsi le Christ transformer vos fardeaux en son joug, vous ne verrez plus vos priorités dans le même ordre ; vous relativiserez ce qui vous paraissait important ; vous découvrirez que « la foi déplace les montagnes » mieux encore que 2 b?ufs déplacent la plus lourde des charrues lorsqu’ils sont sous le même joug?

 

Laissez le Christ vous subjuguer ; conjuguez vos efforts aux siens, et paradoxalement le vrai repos vous sera donné. Non pas le faux repos du farniente stérile, mais la paix du c?ur de celui qui avance paisiblement, au pas du Christ qui est devenu son « conjoint »?

 

« Prenez sur vous le joug du Christ » !

 

 

 

1ère lecture : Le Messie qui vient est un roi humble (Za 9, 9-10)
Lecture du livre de Zacharie

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion !Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.
Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre,et de l’Euphrate à l’autre bout du pays.

Psaume : Ps 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

 R/ Béni sois-tu à jamais, Seigneur, Dieu de l’univers !

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi ;
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié, 
lent à la colère et plein d’amour,
la bonté du Seigneur est pour tous, 
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres. 

Que tes oeuvres, Seigneur, te rendent grâce 
et que tes fidèles te bénissent ! 
Ils diront la gloire de ton règne, 
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit, 
fidèle en tout ce qu’il fait. 
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent, 
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : L’Esprit du Christ est en nous, et il nous ressuscitera (Rm 8, 9.11-13)

 Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.
Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n’est pas envers la chair : nous n’avons pas à vivre sous l’emprise de la chair.
Car si vous vivez sous l’emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les désordres de l’homme pécheur, vous vivrez.

Evangile : « Je suis doux et humble de coeur » (Mt 11, 25-30)

 Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Dieu notre Père, Seigneur de l’univers, toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume !Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick Braud

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25 juin 2011

Je suis ce que je mange

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Je suis ce que je mange

Homélie pour la Fête du Corps et du sang du Christ / Année A
26/05/2011

 

« Er ist was er ißt »

·       L’homme est lié à son alimentation. « Il est ce qu’il mange ». Le jeu de mots allemand de Feuerbach prend un relief particulier en cette période où les bactéries des concombres et autres légumes bio ont fait trembler l’Europe jusqu’en Russie.

Je suis ce que je mange dans Communauté spirituelleIl y a réellement un lien entre notre culture et notre nourriture. Lévi Strauss a montré comment « le cru et le cuit » différencient les peuples : la cuisine façonne l’humanité d’une civilisation. Le récent classement de notre cuisine française au patrimoine mondial de l’Unesco le réaffirme avec éclat : s’alimenter est un art de vivre.

On comprend que les chrétiens aient très tôt perçu ce lien vital. « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».À cause de toutes les paroles de Jésus sur la vraie nourriture et la vraie boisson (Jn 6), ils ont tout de suite expérimenté que ce qu’on mange nous transforme à son image, et la manière dont on le mange peut nous diviniser ou nous abrutir.

 

La liberté alimentaire

Ils ne se sentent plus liés par les interdits alimentaires païens, juifs ou musulmans. Pas besoin de viande casher, de produits hallal, pas de tabous culinaires : tout aliment est donné à l’homme pour qu’il s’humanise. L’impur n’est pas dans l’assiette, mais dans le coeur de l’homme.

 

Les chrétiens ne suivront pas non plus Freud aveuglément dans sa réduction du corps à l’oral ou à l’anal. Ils ne se précipiteront pas sans réfléchir à la suite des modes bios où la sacralisation de la terre leur rappellera des cultes païens d’autrefois. Et le légitime intérêt soulevé par le commerce équitable ne pourra les détourner du souci de nourrir les plus pauvres au meilleur prix. La « malbouffe » (junkfood) n’en sera pas pour autant leur credo. Et si certains sont végétariens (les moines cisterciens notamment), ils n’en font pas un absolu. Ils aimeront la cuisine du terroir comme le mélange des cuisines du monde. Manger light ou se soigner par les aliments fera partie de l’éventail des possibles, sans y attacher de valeur définitive. Bref : les chrétiens sont libres vis-à-vis de toutes les modes alimentaires qui depuis les siècles se succèdent ou coexistent.

 

« Er ist was er ißt »

·       Feuerbach utilisait cette dépendance de l’homme vis-à-vis de l’univers pour étayer sa vision matérialiste où l’être humain n’est qu’une parcelle de l’univers, fait de la même poussière que les étoiles ou les légumes dans l’assiette. Saint Augustin disait à peu près la même chose, en parlant de l’eucharistie. « Soyez ce que vous voyez. Recevez ce que vous êtes. Devenez ce que vous recevez. » C’est la solidarité avec Dieu que cette nourriture-là exprime ; alors que l’autre nourriture exprime notre solidarité avec l’univers créé.

 cru dans Communauté spirituelleLe parallélisme est antithétique pour Augustin. De même que l’estomac a le pouvoir de digérer la matière pour la transformer en de l’organique et du vivant (les tissus humains, le sang), de même symétriquement le Christ ressuscité a le pouvoir de faire de nous son Corps en nous incorporant à lui par la communion eucharistique.

« Je suis la nourriture des forts : croîs et tu me mangeras (cresce et manducabis me). Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais c’est toi qui te changeras en moi (sed tu mutaberis in me) » (Confessions ; Livre VII ; X,16).

 

Voilà en quoi cette nourriture est sacramentelle : au moment où notre corps semble l’assimiler, c’est elle en fait qui nous assimile, qui nous transforme en ce qu’elle est : le corps du Christ.

En faisant cela, elle transforme du même coup notre rapport à la nourriture ordinaire. Les chrétiens ne regardent plus dans les entrailles des poulets ou des animaux sacrifiés pour connaître leur avenir. Leur seul augure (haru-spicere : en latin = regarder les entrailles), c’est le sacrifice du Christ, une fois pour toutes.

 

·       Voilà une conséquence inattendue de la conception catholique de l’eucharistie : une réelle liberté alimentaire !

Se nourrir du corps du Christ, c’est établir une autre relation aux nourritures ordinaires, très originale, très différente. Ni idolâtrie du régime, ni mépris du corps, la liberté chrétienne se traduit dans l’assiette par une joie de goûter et de savourer qui ne se laisse enfermer par rien.

Manger le Corps du Christ, c’est se laisser transformer en lui. Manger l’univers, c’est déguster le bonheur d’être créé pour justement transcender cet univers.

  cuit

Que la fête du Saint-Sacrement nous rende libres pour goûter toute nourriture avec bonheur, digérant celle-là comme l’autre nous transforme…

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18 juin 2011

La Trinité en actes : le geste de paix

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La Trinité en actes : le geste de paix

Homélie pour la fête de la Trinité    Année A    19/06/11

Prenez une assemblée eucharistique en milieu urbain. Il peut y avoir 100 à 300 personnes. Regardez attentivement : un tiers environ des gens qui sont là sont venus seuls. Le cabas à la main ou le jean décontracté, personne âgée ou parent isolé, africain, touriste ou nouvel arrivant, il se mettent plutôt au fond, sur les côtés, en bout de banc. Se lever, s’asseoir, donner à la quête seront leur seule participation active visible pour peu que l’assemblée ne chante pas d’un seul coeur (ce qui est fréquent). Ils sont venus seuls, ils repartiront seuls, sans qu’un paroissien habitué leur dise seulement bonjour et les accueille. Les SDF à la porte de l’église seront presque plus chaleureux en leur adressant leur supplication…

Il n’y a qu’un moment où cette solitude est volontairement brisée par la liturgie : le geste de paix. Ce moment où nous sommes invités à nous tourner vers nos voisins pour leur exprimer qu’ils ne sont pas que des étrangers, des gens de passage ou des isolés. « Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix » (1Co 13,12) : Paul a raison d’en faire un impératif, car ce mouvement n’est pas naturel ! Certains le font du bout des phalanges, peu convaincus. D’autres trouvent ce geste hypocrite, dans la mesure où il n’engage à rien. Et c’est vrai que si ce geste ne s’accompagne pas d’un véritable souci fraternel de l’autre, il reste virtuel. D’autres encore voudraient carrément le supprimer de la liturgie, car – disent-ils – la messe c’est pour adorer Dieu et non pas pour faire ami ami avec son voisin.

Pire encore, d’autres restent froids, de marbre, sans vouloir tourner la tête et ouvrir la main.

Et pourtant Paul insiste : « Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix ».

Pierre lui fera écho : « saluez-vous les uns les autres dans un baiser de charité. Paix à vous tous qui êtes dans le Christ » (1P 5,14). Et la réforme liturgique issue de Vatican deux enfonce le clou. La tradition la plus ancienne, c’est de lier le sacrement de l’autel et le sacrement du frère.

En cette fête de la Trinité, l’insistance se fait plus grande encore. La raison profonde du geste de paix est théologale : ce geste est lié à qui est Dieu en lui-même. C’est une attitude trinitaire : se tourner vers l’autre pour lui communiquer ce que j’ai moi-même reçu d’un autre, en l’occurrence la paix qui vient du Christ. Paul fait explicitement ce lien entre le baiser de paix et la communion d’amour trinitaire. La formule qu’il emploie juste après l’invitation au baiser de paix est la formule trinitaire qui ouvre nos eucharisties : « la grâce de Jésus-Christ notre Seigneur, l’amour de Dieu notre Père, et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous ».

Il s’agit donc profondément de laisser circuler entre nous la qualité de relation qui circule en Dieu même. Il s’agit de recevoir des trois personnes divines la capacité d’honorer l’autre comme une personne. Il s’agit de laisser l’Esprit devenir la vraie source d’inspiration des relations entre nous

[Le geste de paix lors d'un pèlerinage irlandais de personnes handicapées à Lourdes : ces personnes nous apprennent à laisser tomber certaines barrirères !]

 

Se recevoir pour se donner : cette respiration trinitaire se diffuse dans l’assemblée mieux qu’un incendie dans une forêt d’été. Cette « percolation » divine transforme nos relations pour les ajuster à leur vocation trinitaire.

Supprimer le geste de paix serait refuser la Trinité comme origine et terme de nos relations humaines. Prétendre ne pas pouvoir donner la paix sous prétexte que ce serait hypocrite ou superficiel revient à enlever à Dieu la capacité à transformer nos vies. Ce n’est pas la paix que j’ai réussi à construire que j’échange avec mon voisin. C’est la paix du Christ que je lui transmets, pas la mienne. Je reconnais ainsi que le Christ nous convoque tous les deux à recevoir de lui le courage d’être en paix l’un avec l’autre.

Même si mon voisin est une belle-mère acariâtre, un collègue imbuvable ou un parfait inconnu, lui transmettre la paix du Christ, c’est croire que la communion trinitaire est à l’oeuvre  dans l’Église. C’est s’engager à ce que cette communion trinitaire, reçue dans l’eucharistie, continue à se propager aux autres relations qui sont les miennes, une fois sorti de l’église.

Le geste de paix, c’est donc la Trinité en actes au milieu de nous. Paul a raison de lier les deux. La véritable hypocrisie serait de prétendre adorer Dieu sans accepter que cela transforme nos relations.

Si la Trinité est vraiment la carte d’identité de notre Dieu, personne ne devrait ressortir isolé de nos assemblées, car Dieu n’est pas solitaire. Personne ne devrait se sentir à l’écart parce qu’il ne fait pas partie des habitués, de ceux qui préparent la liturgie, qui font les lectures ou la quête.

Faites le lien entre la Trinité et le geste de paix, et vous verrez que les sorties de messes  ne seront plus les mêmes. Loin des petits clans qui se regroupent pour avoir des nouvelles des amis connus, l’accueil et la chaleur fraternelle circuleront entre les inconnus, les étrangers, les touristes, les habitués, entre les générations et les milieux sociaux…

C’est cela l’Église « issue de la Trinité » *  !

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Selon la célèbre formule de Saint-Cyprien reprise par Vatican II : « (Ecclesia) de unitate Patris et Filii et Spiritus Sancti plebs adunata », soit:  l’Église est « un peuple qui tire son unité du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint. » (LG 4)

 

1ère lecture : Le Dieu tendre et miséricordieux se révèle à son peuple (Ex 34, 4b-6.8-9) 

Lecture du livre de l’Exode

Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné.
Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer auprès de Moïse. Il proclama lui-même son nom ; il passa devant Moïse et proclama :
 
« YAHVÉ, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité.
 »
Aussitôt Moïse se prosterna jusqu’à terre, et il dit :
 
« S’il est vrai, Seigneur, que j’ai trouvé grâce devant toi, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la tête dure ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous un peuple qui t’appartienne. »

Psaume : Ps Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56

 R/ A toi, louange et gloire éternellement!

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni soit le nom très saint de ta gloire :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu sur le trône de ton règne :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

Béni sois-tu au firmament, dans le ciel :
R/ À toi, louange et gloire éternellement !

2ème lecture : Dans l’amour trinitaire (2Co 13, 11-13)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous.
Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix. Tous les fidèles vous disent leur amitié.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous.

Evangile : « Dieu a tant aimé le monde…» (Jn 3, 16-18)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick Braud
 

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