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13 avril 2013

Le devoir de désobéissance civile

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Le devoir de désobéissance civile

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année C
14/04/2103

La première lecture de ce Dimanche nous remet en mémoire la désobéissance civile qui a présidé à la prédication de l’Église dès sa naissance.

Les apôtres en effet sont traînés devant le grand conseil juif, tribunal religieux de l’époque, quasi-précurseur des tribunaux islamiques actuels, et on leur reproche de « parler au nom de Jésus ». Plutôt que de faire profil bas pour ne pas avoir d’ennui, les apôtres persévèrent dans leur refus d’obéir à cette injonction du tribunal, quitte à risquer plus grave encore que les coups de fouet dont pourtant on les a gratifié !

C’est donc qu’au-dessus des lois, il y a la conscience.

Au-dessus des lois de l’Israël politiquement occupé par les romains, au-dessus de lois de Le devoir de désobéissance civile dans Communauté spirituelle quand_desobeir_devient_un_devoirl’empire romain, puis des monarchies et empires de toutes sortes, au-dessus des lois de la République quelle qu’elle soit, il y a la fameuse objection de conscience dont les premières générations de chrétiens se sont prévalu pendant trois siècles.

Adorer l’empereur et lui rendre un culte ? Plutôt mourir dans l’arène avec les lions.

Les martyrs chrétiens des trois premiers siècles et d’aujourd’hui suivent en cela la voie tracée par leurs frères juifs lors des persécutions de tout bord. Par exemple, lorsque le roi perse veut leur faire manger du porc, ils préfèrent être fouettés eux aussi, et suppliciés ? qui plus est devant leur mère ? plutôt que de renier la foi de leur pères (2 Macchabées 7).

La source de la liberté des juifs et des chrétiens s’enracine dans leur conviction non-violente qu’ « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes », selon la parole de Pierre uni aux apôtres (Ac 5,29).

 

Pour être rigoureux, il faut en même temps observer que Paul appelle à un respect des autorités civiles, essentiellement pour ne pas aggraver le cas des chrétiens persécutés depuis le début : « toute autorité vient de Dieu », écrit-il en Rm 13. Mais justement, l’exercice de ce pouvoir qui a été confié par Dieu à l’homme pour qu’il gère la cité de façon autonome peut dégénérer en tyrannie injustifiable.

En fait, tout au long des siècles, l’Église va osciller entre la sacralisation du pouvoir (à qui il faut obéir, parce qu’il « vient de Dieu ») et la contestation du pouvoir (lorsqu’il devient inique). Les martyrs ne diront pas autre chose : ils prient pour l’empereur, mais refusent de sacrifier aux idoles.

 

Rappelez-vous : pendant 3 siècles, nous avons désobéi !

Désobéi aux autorités juives de Jérusalem, qui interdisaient de prêcher la résurrection de Jésus.

Désobéi à l’empereur romain, qui voulait obliger à lui rendre un culte comme à un dieu.

Pendant 300 ans, nous avons été persécutés à cause de notre résistance spirituelle.

Nous osions contester l’inhumanité romaine.

Les martyrs préféraient mourir dans les jeux du cirque, être mis en prison, dénoncés, plutôt que de renier leur foi.

C’est d’ailleurs une des grandes différences historiques avec l’islam : aux premiers siècles de son expansion (7°-8° siècles), l’islam s’est répandu à la pointe du sabre de Mohamed et des ses tribus.

Les premiers musulmans étaient du côté des vainqueurs militaires.

Les premiers chrétiens étaient du côté des vaincus de l’histoire, des résistants qu’on élimine. Mais « le sang des martyrs est semence de chrétiens » (Tertullien), et 3 siècles de persécutions ont fait naître un christianisme où la figure du martyr contestant l’ordre établi était centrale.

Le principe d’objection de conscience (par exemple pour des médecins catholiques ne souhaitant pas pratiquer d’IVG) pour les chrétiens vient de cette époque où perdre la vie valait mieux que se soumettre à des lois injustes.

St Thomas d’Aquin, dans la droite ligne des Pères de l’Église, avait théorisé ce devoir de désobéissance en dénonçant les lois injustes, et en appelant les chrétiens à y résister ;

 

Somme Théologique, I-II Qu.96 a. 4 : Mais les lois peuvent être injustes de deux façons. D’abord par leur opposition au bien commun en s’opposant à ce qu’on vient d’énumérer, ou bien par leur fin, ainsi quand un chef impose à ses sujets des lois onéreuses qui ne concourent pas à l’utilité commune, mais plutôt à sa propre cupidité ou à sa propre gloire ; soit du fait de leur auteur, qui porte par exemple une loi en outrepassant le pouvoir qui lui a été confié ; soit encore en raison de leur forme, par exemple lorsque les charges sont réparties inégalement dans la communauté, même si elles sont ordonnées au bien commun. Des lois de cette sorte sont plutôt des violences que des lois, parce que « une loi qui ne serait pas juste ne paraît pas être une loi », dit S. Augustin. Aussi de telles lois n’obligent-elles pas en conscience, sinon peut-être pour éviter le scandale et le désordre; car pour y parvenir on est tenu même à céder son droit, selon ces paroles en S. Matthieu (Mt 6,40) : « Si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, accompagne-le encore deux mille pas; et si quelqu’un te prend ta tunique, donne-lui aussi ton manteau. »

 Les lois peuvent être injustes d’une autre manière : par leur opposition au bien divin ; telles sont les lois tyranniques qui poussent à l’idolâtrie ou à toute autre conduite opposée à la loi divine. Il n’est jamais permis d’observer de telles lois car, « il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » (Ac 5,29).

D’ailleurs, la désobéissance au nom d’une autorité plus haute s’applique même au sein de l’Église !

Somme Théologique, II-II Qu.33 a. 7 : On ne doit pas obéir à un supérieur contre un précepte divin, selon cette parole des Actes (Ac 5,29) : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».

Ce principe de désobéissance civile est formellement reconnu dans le catéchisme de l’Église catholique :

Catéchisme de l’Église catholique n° 2242 : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique. « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mt 22,21). « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) ».

Cette contestation religieuse du politique est par essence non-violente (à la différence rappelons-le de la lutte armée que mena Mohammed contre les tribus idolâtres de l’Arabie). Les martyrs chrétiens ne veulent pas supprimer leurs adversaires, ni les forcer à changer. Non : ils témoignent (c’est le sens du mot martyr en grec) simplement qu’il existe une autre autorité plus haute que celle des lois humaines. Il sont prêts à se faire tuer (et non pas à tuer) pour attester de cette hiérarchie des valeurs.

Dans certains cas exceptionnels, cette désobéissance civile peut cependant aller jusqu’à prendre les armes s’il le faut, mais sous des conditions très strictes (essentiellement la légitime défense des plus faibles) :

Catéchisme n° 2243 : « La résistance à l’oppression du pouvoir politique ne recourra pas légitimement aux armes, sauf si se trouvent réunis les conditions suivantes:

(1) en cas de violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux;

(2) après avoir épuisé tous les autres recours;

(3) sans provoquer des désordres pires;

(4) qu’il y ait un espoir fondé de réussite;

(5) s’il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures. »

Devant des pouvoirs totalitaires par exemple, la simple protestation ne suffit pas. Devant les lois iniques d’Hitler ou de Staline, la lutte armée est le dernier recours, mais recours justifié.

Jean-Paul savait d’expérience combien un état totalitaire peut se servir de l’appareil législatif et administratif pour humilier et opprimer le peuple. Il écrivait  en 1991 :

Patrick Braud

Centesimus annus n° 45 : La culture et la pratique du totalitarisme comportent aussi la négation de l’Église.

L’État totalitaire, d’autre part, tend à absorber la nation, la société, la famille, les communautés religieuses et les personnes elles-mêmes. En défendant sa liberté, l’Église défend la personne, qui doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (cf. Ac 5,29), la famille, les différentes organisations sociales et les nations, réalités qui jouissent toutes d’un domaine propre d’autonomie et de souveraineté.La citation d’Ac 5,29 est devenue au fil du temps la référence obligée pour toute théologique politique affirmant la liberté de l’Église dans sa mission et dans l’exercice de la liberté personnelle de chacun. L’État, ou le parti, qui considère qu’il peut réaliser dans l’histoire le bien absolu et qui se met lui-même au-dessus de toutes les valeurs, ne peut tolérer que l’on défende un critère objectif du bien et du mal qui soit différent de la volonté des gouvernants et qui, dans certaines circonstances, puisse servir à porter un jugement sur leur comportement. Cela explique pourquoi le totalitarisme cherche à détruire l’Église ou du moins à l’assujettir, en en faisant un instrument de son propre système idéologique.

Le Concile Vatican II a rappelé que le choix des martyrs (désobéir quitte à mourir plutôt que de renier sa foi) était encore celui d’innombrables chrétiens au XX° siècle :

Dignitatis Humanae n°11 (1965) : Comme leur Maître, les apôtres reconnurent, eux aussi, l’autorité civile légitime : « Que chacun se soumette aux autorités en charge … Celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu » Rm 13,1-2.
Mais, en même temps, ils ne craignent pas de s’opposer au pouvoir public qui s’opposait lui-même à la sainte volonté de Dieu : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » Ac 5,29. Cette voie, d’innombrables martyrs et fidèles l’ont suivie en tous temps et en tous lieux.

Après Vatican II, Jean-Paul II puis Benoît XVI ont maintes fois réaffirmé ce principe moral :

1993 Veritatis Splendor n° 76 : C’est justement l’honneur des chrétiens d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes Ac 4,19; Ac 5,29 et, pour cela, d’accepter même le martyre, comme l’ont fait des saints et des saintes de l’Ancien et du Nouveau Testament, reconnus tels pour avoir donné leur vie plutôt que d’accomplir tel ou tel geste particulier contraire à la foi ou à la vertu.

 

1990 Redemptoris Missio n° 85 : D’autre part, les jeunes Églises ressentent le problème de leur identité, de l’inculturation, de la liberté de croître en dehors de toute influence extérieure, avec comme conséquence possible de fermer la porte aux missionnaires. À ces Églises, je dis : loin de vous isoler, accueillez volontiers les missionnaires et l’aide des autres Églises, et envoyez-en vous-mêmes dans le monde ! C’est précisément en raison des problèmes qui vous préoccupent que vous avez besoin de rester en relations constantes avec vos frères et soeurs dans la foi. Par tout moyen légitime, faites valoir les libertés auxquelles vous avez droit, en vous souvenant que les disciples du Christ ont le devoir d’ « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

 

1995 Evangelium Vitae n° 73 : L’avortement et l’euthanasie sont donc des crimes qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience. Dès les origines de Église, la prédication apostolique a enseigné aux chrétiens le devoir d’obéir aux pouvoirs publics légitimement constitués Rm 13,1-7; 1P 2,13-14, mais elle a donné en même temps le ferme avertissement qu’ « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » Ac 5,29.

Et le Catéchisme de l’Église catholique avait repris :

Catéchisme n° 450 : Dès le commencement de l’histoire chrétienne, l’affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l’histoire (cf. Ap 11,15) signifie aussi la reconnaissance que l’homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus-Christ : César n’est pas « le Seigneur » (cf. Mc 12,17; Ac 5,29).

 

Catéchisme n° 2256 : Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

Les premiers chrétiens ne criaient pas : « Indignez-vous ! »
Ils affirmaient tranquillement et avec force : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).
Et ils étaient même « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus »? (Ac 5,41)

Ne faudrait-il pas retrouver en Europe (car les chrétiens persécutés dans les autres continents ne le savent hélas que trop),  le courage de cette résistance spirituelle ?

 

 

1ère lecture : Les Apôtres persécutés à Jérusalem (Ac 5, 27b-32.40b-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les Apôtres comparaissaient devant le grand conseil ; le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner le nom de cet homme-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Voulez-vous donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ? »
Pierre, avec les Apôtres, répondit alors : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le pendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa puissance, a élevé en faisant de lui le Chef, le Sauveur, pour apporter à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »
On interdit alors aux Apôtres, après les avoir fouettés, de parler au nom de Jésus, puis on les relâcha. Mais eux, en sortant du grand conseil, repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Psaume : Ps 29, 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

R/ Je t’exalte, Seigneur, toi qui me relèves.

Quand j’ai crié vers toi, Seigneur,
mon Dieu, tu m’as guéri ;
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles, 
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté toute la vie.

Avec le soir viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie !
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie !

Que mon c?ur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi ;
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

2ème lecture : Gloire à l’Agneau immolé ! (Ap 5, 11-14)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, dans ma vision, j’ai entendu la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens : ils étaient des millions, des centaines de millions.
Ils criaient à pleine voix : « Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction. »
Et j’entendis l’acclamation de toutes les créatures au ciel, sur terre, sous terre et sur mer ; tous les êtres qui s’y trouvent proclamaient : « À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et dominationpour les siècles des siècles. »
Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » et les Anciens se prosternèrent pour adorer.

Evangile : Apparition au bord du lac : la pèche miraculeuse (brève : 1-14) (Jn 21, 1-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Christ est ressuscité, le Créateur de l’univers, le Sauveur des hommes. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.
Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l’entendit déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m’aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m’aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »
Patrick Braud

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6 avril 2013

Croire sans voir

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Croire sans voir

Homélie du deuxième dimanche de Pâques  /Année C
07/04/2013

 

Qui a vu – de ses yeux vu – le Christ ressuscité ?

Sans doute Jean dans sa vision de l’Apocalypse, ou les 11 réunis avec Marie au Cénacle après Pâques. Mais sur 1,2 milliards de chrétiens habitant la planète, aucun n’a vu de ses yeux Jésus de Nazareth en chair et en os. C’est donc que la demande de Saint-Thomas n’a été exaucée par le Christ que pour justement ne plus jamais l’être à nouveau.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
C’est la seconde béatitude de l’Évangile de Jean qui n’en comporte que deux.
La première porte sur le service : « heureux êtes-vous si du moins vous faites de même » (vous laver les pieds les uns aux autres).
La seconde porte ici sur la foi. Le service et la foi sont pour Jean les deux sources du vrai bonheur de vivre.

Saint-Thomas voulait appuyer sa foi sur des preuves indiscutables. Il anticipe en cela une mentalité très moderne, qui voudrait que la foi s’impose par la raison, qui voudrait utiliser la science pour démontrer la foi (ou au contraire l’infirmer, ce qui revient au même). À l’image de ceux qui font du suaire de Turin une évidence de la Résurrection, ou des exaltés qui font des « miracles » pour forcer l’adhésion des foules, notre brave Thomas tombe lui aussi dans le piège de ses sens. « Je ne crois que ce que je vois » est devenu après lui un slogan rationaliste qui entend disqualifier la foi comme attitude non scientifique.

Croire sans voir dans Communauté spirituelle saint-thomas 

Or les sciences actuelles ont mis en pièces cette vision expérimentale trop physique de la réalité.

Déjà on savait depuis longtemps que le vent existe même s’il est invisible : on voit les feuilles de l’arbre bouger, on ne voit pas le vent, qui pourtant existe et souffle.

Les sciences de l’infiniment grand nous disent de même que bien des planètes que nous croyons voir n’existent plus en fait depuis les millions d’années. Bien des galaxies invisibles nous échappent et pourtant sont bien réelles. Il y aurait même peut-être des multi-univers parallèle aux nôtres où d’autres réalités se superposeraient à la nôtre !

Les sciences de l’infiniment petit sont encore plus déroutantes. Nous croyons voir et toucher de la matière solide et pourtant la physique moderne nous dit que le vide est l’élément le plus important de la matière. La mécanique quantique nous fait douter de la vie ou de la mort du chat de Schrödinger, et nous rappelle encore avec  le principe d’incertitude d’Heisenberg que les particules sont insaisissables, sinon sous le mode probabiliste. La relativité d’Einstein nous invite à nous méfier de ce que nous croyons percevoir, car tout dépend de la position et de la vitesse de l’observateur…

Bref, le réel n’est plus ce qu’il était.

L’évidence des sens nous induit en erreur, et il ne faut surtout pas croire ce que l’on voit !

D’ailleurs, nos jeunes générations reliées et connectées le savent d’instinct. Personne ne LE_CHAT_DE_GELUCK2 croire dans Communauté spirituellevoit les réseaux qui nous environnent : 3G, Wifi, ondes radio, signaux GPS etc. et pourtant chacun y « croit » dur comme fer en téléphonant sans fil, en surfant en Wifi en écoutant la radio ou en se guidant sur son TomTom. Le virtuel est omniprésent, et compte autant que ce que l’on appelait autrefois le réel.

Les techniques d’effets spéciaux et de transformations numériques sont d’ailleurs si performantes qu’il ne faut surtout pas croire comme réel tout ce qui est vu à la télé, au cinéma ou sur Internet !

 

Croire sans voir paraît donc aujourd’hui une attitude hautement compatible avec l’état le plus avancé des sciences et technologies contemporaines.

Croire sans voir redevient crédible.

 

Bizarrement, quand il s’agit de relations humaines, nous devenons soudain terriblement plus exigeants qu’avec nos écrans.
Les couples veulent du sonnant et du trébuchant dans leurs relations. S’il n’y a apparemment plus de retour sur investissement, alors la séparation devient urgente, et beaucoup pensent que c’est légitime. C’est que l’amour est par essence invisible. Comme l’écrivait saint Augustin (qui s’y connaissait en la matière) : « il la voit, elle  le voit, personne ne voit l’amour ». Seuls des signes de l’amour sont perceptibles. Ils correspondent aux traces des clous sur les mains et les pieds du ressuscité, ainsi que son côté blessé. Les signes de l’amour ne sont pas des preuves, plutôt des encouragements.

À la limite, demander sans cesse des signes est pathologique. Que dirait-on d’un convalescent qui refuse de se séparer de sa béquille ? À force de demander trop souvent des signes visibles, la moitié des couples s’épuise vite et change de partenaires pour enfin être payé de retour, croit-on.

En entreprise également, croire sans voir est une attitude devenue rare. La pression est forte pour avoir des résultats immédiats. Le court-termisme n’afflige pas seulement les actionnaires, mais encore les managers, les directeurs de recherche, les responsables opérationnels. Car croire sans voir demande de laisser le temps au temps, de parier sur ce qui va naître et pas seulement sur ce qui existe déjà. Les politiques eux-mêmes échappent difficilement à ce piège, eux qui pourtant devraient incarner le rêve commun et pas seulement la gestion au coup par coup.

La foi au Christ ressuscité nous éduque à un autre regard sur l’invisible. Ce n’est pas parce que c’est invisible que c’est vrai. Mais le vrai souvent ne se voit pas.

Il en va ainsi de la dignité du sans-abri, de la beauté de la prostituée, de la grandeur du délinquant, du trésor d’âme de l’enfant difficile…

Heureux ceux qui croient en eux sans les avoir vu manifester de telles qualités ! Ils deviendront de vrais éducateurs, de vrais compagnons de route ; ils ouvriront les portes d’une résurrection personnelle étonnante.

Cachée ou publique, la résurrection du Christ appelle une libre adhésion que ne force aucune évidence, aucune preuve, aucune manipulation.

Saint-Jean de la Croix en témoignait avec force à partir de son expérience mystique :

« Mais aujourd’hui que la foi est fondée sur le Christ et que la loi évangélique est manifestée dans cette ère de la grâce qu’il nous a donnée, il n’y a plus de motif pour que nous l’interrogions comme avant, ni pour qu’il nous parle ou nous réponde comme alors. Dès lors qu’il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, il n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole; il n’a donc plus à nous parler. (?)

L’Apôtre nous donne à entendre par là que Dieu s’est fait comme muet; il n’a plus rien à dire; car ce qu’il disait par parties aux prophètes, il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils.

Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté. Dieu pourrait en effet lui répondre de la sorte: Si je t’ai déjà tout dit dans ma parole, qui est mon Fils, je n’ai maintenant plus rien à te révéler ou à te répondre qui soit plus que lui. Fixe ton regard uniquement sur lui; c’est en lui que j’ai tout déposé, paroles et révélations; en lui tu trouveras même plus que tu ne demandes et que tu ne désires. Tu me demandes des paroles, des révélations ou des visions, en un mot des choses particulières; mais si tu fixes les yeux sur lui, tu trouveras tout cela d’une façon complète, parce qu’il est toute ma parole, toute ma réponse, toute ma vision, toute ma révélation. »

Jean de la Croix, La montée du Carmel

Le chrétien croit « sur parole ».
Tout au plus savoure-t-il quelques signes qui l’aident à croire.
Beaucoup de maîtres spirituels témoignent qu’après les premiers éblouissements, leur vie religieuse ne fut qu’une longue fidélité aride où tout point d’appui tangible semblait avoir disparu.
C’est sans doute comme cela que Dieu traite ses amis : en leur enlevant la béquille du visible.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu » : laissons résonner en nous cette béatitude.

Qu’elle nous rende plus libres pour ne rien exiger en retour de nos engagements précieux.

Qu’elles nous rendent attentifs à ce qui naît, et donc à ce qui n’est pas encore.

Qu’elles nous apprennent à remercier pour les signes reçus, et remercier plus encore pour l’absence de signes…

 

1ère lecture : La communauté des premiers chrétiens (Ac 5, 12-16)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

À Jérusalem, par les mains des Apôtres, beaucoup de signes et de prodiges se réalisaient dans le peuple. Tous les croyants, d’un seul c?ur, se tenaient sous la colonnade de Salomon.
Personne d’autre n’osait se joindre à eux ; cependant tout le peuple faisait leur éloge,
et des hommes et des femmes de plus en plus nombreux adhéraient au Seigneur par la foi.
On allait jusqu’à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des lits et des brancards : ainsi, quand Pierre passerait, il toucherait l’un ou l’autre de son ombre.
Et même, une foule venue des villages voisins de Jérusalem amenait des gens malades ou tourmentés par des esprits mauvais. Et tous, ils étaient guéris.

Psaume : Ps 117, 1.4, 22-23, 24-25, 26ab.27a.29

R/ Éternel est son amour !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! 
Éternel est son amour ! 
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d’angle : 
c’est là l’?uvre du Seigneur, 
la merveille devant nos yeux. 

Voici le jour que fit le Seigneur, 
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! 
Donne, Seigneur, donne le salut ! 
Donne, Seigneur, donne la victoire ! 

Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 
Dieu, le Seigneur, nous illumine. 
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! 
Éternel est son amour !

2ème lecture : « Je suis le Vivant : écris ce que tu vois » (Ap 1, 9-11a.12-13.17-19)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, votre frère et compagnon dans la persécution, la royauté et l’endurance avec Jésus, je me trouvais dans l’île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage pour Jésus. C’était le jour du Seigneur ; je fus inspiré par l’Esprit, et j’entendis derrière moi une voix puissante, pareille au son d’une trompette.
Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises qui sont en Asie mineure. »
Je me retournai pour voir qui me parlait. Quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d’or ;  et au milieu d’eux comme un fils d’homme, vêtu d’une longue tunique ; une ceinture d’or lui serrait la poitrine. 
Quand je le vis, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant : j’étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. Écris donc ce que tu auras vu : ce qui arrive maintenant, et ce qui arrivera ensuite. »

Evangile : Apparition du Christ huit jours après Pâques (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Thomas a vu le Seigneur : il a cru. Heureux celui qui croit sans avoir vu ! Alléluia. (cf. Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Patrick Braud

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9 mars 2013

Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale

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Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale

Homélie du 4° Dimanche de Carême / Année C
10 mars 2013

 

« Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout » (Coluche).

Le fondateur des Restos du coeur se faisait philosophe pour souligner la difficulté de concilier des valeurs contraires comme la justice et la liberté, et en même temps pour en souligner l’urgence et l’importance sociale.

Concilier signifie : amener à un accord des personnes d’opinions contraires, d’intérêts divergents ; mettre ensemble des choses ayant des caractéristiques opposées. Le verbe vient du latin conciliare qui veut dire : unir.

La réconciliation dont parle Paul dans la deuxième lecture (1Co 5,17-21) est donc la Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale dans Communauté spirituelle toulouse-lautrec-henri-de-1864-la-ravaudeuse-1849718reprise de ce travail d’harmonisation, qui a dû être interrompu pour nécessiter un tel investissement de la part de l’Apôtre. Tout se passe comme si Dieu avait disposé les êtres et les choses avec justesse dans sa Création, c’est-à-dire de manière à être ajustés les uns aux autres. Mais la rupture introduite par le péché des origines, compilé génération après génération, fait que les êtres humains ne vivent plus en pleine harmonie les uns avec les autres, ni avec les animaux ou le cosmos qui les entourent. Réconcilier, c’est alors entreprendre le patient travail de couture qui occupait les ravaudeuses autrefois : fil après fil, pièce sur pièce, raccommoder, réunir, réajuster, retisser…

C’est constater au départ que les gens ont des intérêts contraires, des antipathies tenaces, et pourtant faire le pari de les réunir au final.

Paul parle de réconcilier Dieu avec les hommes, ou plutôt les hommes avec Dieu, car ce n’est pas la même chose. Du côté de Dieu, nul intérêt divergent avec l’homme, nulle animosité au contraire. Du côté de l’homme, une terrible méprise sur sa liberté qui lui apparaît antagoniste de celle de Dieu (à l’image de la méprise du fils prodigue de notre évangile en Lc 15,1-32).

 

Comment résoudre ce conflit ?

En fait il a déjà été résolu – nous dit Paul – et résolu une fois pour toutes. En Christ, Dieu a retourné comme un gant les accusations qu’il aurait été en droit de porter contre nous. C’est Jésus lui-même qui à été identifié au péché afin que nous soyons identifiés à la justice de Dieu. Condamné en tant qu’homme à l’humiliation de la croix, Jésus est descendu au rang des malfaiteurs, des criminels, des maudits de Dieu. Ressuscité par Dieu au plus haut, le Christ a élevé avec lui notre nature humaine.

Depuis Pâques, nul criminel n’est si loin de Dieu que le Christ ne puisse se réconcilier avec lui, puisqu’il est en personne la passerelle entre les deux mondes. Il suffit de se laisser réconcilier, insiste Paul, c’est-à-dire de laisser le Christ s’unir à nous pour qu’il nous unisse à Dieu.

Mieux qu’une super glu réalisant l’adhésion solide de deux surfaces en quelques secondes, le Christ « recolle » l’homme à Dieu parce qu’il adhère aux deux. Être uni à lui (dans l’eucharistie, la prière, la relation à autrui) est alors suffisant pour à nouveau être prennent pleinement ajusté à Dieu, identifié à la justice de Dieu.

En s’éloignant de la soif de Dieu, l’Occident a pour une bonne part oublié l’urgence de cette réconciliation-là. On sent bien en Europe que la réconciliation entre les hommes est vitale : entre la France et l’Allemagne, entre nos anciennes colonies et nous, entre les générations… Nous cherchons à concilier des valeurs antagonistes : la liberté et l’égalité, la justice et la fraternité etc? Et nous avons raison. Mais nous avons perdu de vue que la réconciliation horizontale (avec les autres) découle de la réconciliation verticale (avec Dieu).

Là comme ailleurs, Dieu est le plus court chemin d’un homme un autre.

De même pour la réconciliation avec la nature environnante : le désir écologique d’une vie ajustée à notre univers vivant ignore que l’harmonie avec Dieu en est la clé de voûte. Si nous savions davantage faire le détour par Dieu, nous pourrions plus facilement retisser les liens manquants ou abîmés avec nos proches, avec notre environnement, notre planète…

À l’instar de Moïse se détournant pour voir le buisson ardent, nous ne pouvons libérer nos frères qu’en acceptant d’être d’abord rencontrés par Dieu, habités par lui, jusqu’à devenir ses ambassadeurs, comme l’écrit Paul. Un ambassadeur vient au nom d’un autre, plus grand que lui. Un ambassadeur a un pouvoir pour agir au nom de cet autre.

Tel est Paul dans son ministère de réconciliation.

Tels sont les prêtres dans le ministère de la confession.

Telle est l’Église dans le rôle sacramentel qu’elle joue au milieu des nations.
En Afrique du Sud par exemple, pour unir à nouveau les anciennes victimes de l’apartheid et leurs anciens maîtres (cf. la Commission nationale de vérité et réconciliation). En pays d’islam pour poser les pierres d’attente d’une possible harmonie entre chrétiens et musulmans. Partout où la haine a déchiré des familles, des ethnies (au Rwanda, au Libéria…), des peuples, les chrétiens inlassablement reprennent le fil de leur dévidoir pour raccommoder le lien social, les liens interreligieux etc.

 

Si nous nous laissons réconcilier avec le Christ, nous serons acteurs de cette même réconciliation autour de nous.

Et Dieu sait que ces fractures (d’argent, de séparations familiales, d’oppositions idéologiques…) sont nombreuses, auxquelles nous participons parfois hélas.

À travers le sacrement de réconciliation, grâce au jeûne, à l’aumône, à la prière, laissons le Christ patiemment réunir à nouveau ceux que tout semble opposer.

 

1ère lecture : L’arrivée en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 10-12)

Lecture du livre de Josué

Après le passage du Jourdain, les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho.
Le lendemain de la Pâque, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés.
À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient les produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33, 2-3, 4-5, 6-7

R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur.

Je bénirai le Seigneur en tout temps, 
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur : 
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur, 
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond : 
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira, 
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend : 
il le sauve de toutes ses angoisses

2ème lecture : Réconciliés avec Dieu par le Christ (2Co 5, 17-21)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né.
Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation.
Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés, et il mettait dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu.
Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.

Evangile : Parabole du père et de ses deux fils (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. Comme la tendresse d’un père pour son enfant, le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ps 102, 8.13)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
Jésus disait cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’
Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.
Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.
Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick Braud

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12 mai 2012

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

Homélie du 6° dimanche de Pâques / Année B
13/05/2012

  • Mère Teresa racontait que les hindous caractérisaient ainsi les religions présentes à Calcutta : « le bouddhisme est la religion du détachement, l’islam est la religion de l’obéissance, le christianisme est la religion de l’amour ». Bien vu !

Les « gens du dehors » ont souvent de meilleurs yeux pour repérer qui est qui. On se souvient que ce sont des païens qui à Antioche ont donné aux disciples de Jésus le nom de chrétiens qui leur est resté dans l’histoire (Ac 11,19).

Le christianisme est réellement la religion de l’amour. À condition de s’entendre sur ce terme.

La tentation moderne et occidentale serait d’exalter le côté sentimental de la démarche religieuse : avoir de la compassion pour les pauvres, être ému par ceux qui souffrent, être capable d’élans du coeur pour ceux que personne n’aime. Les textes du jour devraient nous éviter une telle méprise. Quand Jésus parle d’amour, il parle de commandement. Or le sentiment ne vient pas sur commande. Il rajoute : « comme je vous ai aimé », ce qui évoque aussi bien les conflits avec les pharisiens que le pardon à ses bourreaux. Nul côté sentimental à cela.

  • Jésus va encore plus loin : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Certes, donner sa vie peut s’accompagner d’intenses sentiments, lorsque par exemple une mère se sacrifie pour son enfant. Mais le Christ lui est mort pour les coupables. Comme le constate Paul : « Christ est mort pour des impies ; à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir; mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » (Rm 5,7-8)
  • Jean quant à lui est sans doute celui qui parle le plus d’amour dans ses écrits (27 usages du mot). Cet amour « vient de Dieu » et non pas de nos seuls élans. Il se traduit chez Dieu par une gratuité antérieure à toutes nos réponses, par une ténacité qui va jusqu’à faire de Jésus une « victimes offerte » pour nous sauver. C’est donc un amour en actes, qui va jusqu’à payer le prix du sang pour faire vivre ce qui pourtant tuent et rejettent.
  • Pierre, dans les Actes des Apôtres, reconnaît lui aussi l’amour de Dieu à ses actes : « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ». L’amour promeut une égalité absolue : pas de préférés, ou plutôt tous et chacun sont préférés.
  • Pendant trois siècles, les martyrs chrétiens ont pratiqué l’amour évangélique au Parlez-moi d'amour, redites-moi des choses dures dans Communauté spirituelle doc8martyrpoint d’aimer leurs ennemis, ceux-là mêmes qui les condamnaient, les jetaient en prison puis aux bêtes dans les arènes du cirque romain. Les premiers chrétiens seront confrontés à ces défis de l’amour au sens évangélique : comment aimer ceux qui ne sont pas aimables ? Ceux qui n’inspirent aucun sentiment de sympathie ni de compassion ? Les dockers de Corinthe, les métèques de Rome, partout les esclaves et souvent les prostituées et les collabos : un tel ramassis de sous-humanité faisait des Églises locales avec très peu de notables au début. Paul le constate : « Aussi bien, frères, considérez votre appel: il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés » (1Co 1,26)

C’est avec ces gens-là, qui ne se sont pas choisis, qui n’inspirent pas d’élan compassionnel, que l’amour fraternel demandé par Jésus a d’abord été vécu.

  • Ce défi reste le nôtre : nos assemblées sont-elles un lieu pour découvrir l’amour mutuel, tels que le Christ l’a commandé ? Si nous reproduisons entre nous les mêmes barrières sociales et les mêmes liens d’attachement que d’habitude, sommes-nous  fidèles au commandement du Christ ? Si un inconnu peut entrer et ressortir de nos assemblées sans que personne ne lui adresse une parole ou un regard, verra-t-il là  un témoignage d’amour fraternel ? Si nos assemblées sont monocolores, si elles choisissent leurs membres à la manière des clubs mondains pour être entre gens  semblables, seront-elles encore chrétiennes ?

Ce sont là des choses dures, contrairement aux choses tendres qu’aurait aimées entendre Lucienne Boyer dans les années 30 en demandant de lui parler d’amour…

  • « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » : c’est sûrement l’une des phrases les plus célèbres de l’humanité, et il faut du temps pour en deviner toute la profondeur. Beaucoup ne connaissent pas cette phrase, et pourtant ils en vivent. Car, comme le constate Jean : « tous ceux qui aiment connaissent Dieu », chrétiens ou non. Décidément, impossible d’enfermer l’Évangile dans une identité particulière !

 

1ère lecture : Les premiers païens baptisés (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine, celui-ci vint à sa rencontre, et se jetant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva et lui dit : « Reste debout. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »
Puis il s’adressa à ceux qui étaient là : « En vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. »
Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint s’empara de tous ceux qui écoutaient la Parole. Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. Car on les entendait dire des paroles mystérieuses et chanter la grandeur de Dieu.
Pierre dit alors : « Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.

 

Psaume : 97, 1, 2-3ab, 3cd-4a.6b

R/ Dieu révèle sa puissance à toutes les nations

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière.
Acclamez votre roi, le Seigneur !

 

2ème lecture : « Dieu est amour » (1Jn 4, 7-10)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour.

Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici à quoi se reconnaît l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils qui est la victime offerte pour nos péchés.

 

Evangile : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 9-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur nous a laissé un commandement nouveau : « Aimez vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie.
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître.
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera.
Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. »
Patrick BRAUD

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