L'homélie du dimanche (prochain)

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16 mai 2014

Le but est déjà dans le chemin

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Le but est déjà dans le chemin

Homélie du 5° dimanche de Pâques / Année A
18/05/2014

Le but est en chemin

« Le but est déjà dans le chemin ».

Le but est déjà dans le chemin dans Communauté spirituelle 201105131641Cette maxime, attribuée tantôt à Nietzsche tantôt à Lao Tseu, ou à d’autres auteurs encore, exprime une vérité qui rejoint celle de notre évangile (Jn 14,1-12).

Dire que le chemin est le but, c’est inverser l’ordre des priorités : il n’y a pas de but transcendant et préexistant, il y a seulement une manière d’avancer qui nous transforme en ce que nous devons devenir.

C’est grâce à Thomas que nous savons que Jésus se pense lui-même comme le chemin pour aller vers Dieu : « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 11). Et c’est grâce à Philippe que nous savons que ce chemin est déjà le but : « qui m’a vu a vu le Père ». Philippe voulait qu’on lui montre le but à atteindre (le Père). Jésus l’oblige à se concentrer sur le chemin pour y aller. S’engager sur ce chemin (le Christ) est déjà ne faire qu’un avec le Père. Comme si le terme de la marche était présent à chaque avancée sur le sentier… Tel le ruban de Möbius qui conduit à lui-même en changeant sans cesse de face, le chemin de la foi au Christ nous transforme en cours de route à l’image de son Père. Cette transformation (transfiguration) n’est pas un but à atteindre : c’est une conséquence du mouvement même qui nous unit au Christ.

La Fontaine avait pressenti quelque chose de cet ordre en écrivant la fable du laboureur et de ses enfants. Le vrai trésor n’est pas ce qui est caché dans le champ, mais le fait même de retourner le champ par un travail acharné. 

200px-La_Fontaine_-_Fables_-_1668 but dans Communauté spirituelleTravaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’août.
Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.

Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.

D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor. 

En termes techniques, certains vous diront qu’on passe alors d’une stratégie prédictive (un but / des moyens) à une stratégie effectuale (des moyens produisent des effets qui deviennent des buts en chemin).

La question n’est plus : à quoi ça sert ? mais : qu’est-ce que je vais faire avec cela ?

Et cela s’applique à bien des domaines de la vie.

- Si par exemple le but d’un couple est dans le chemin qu’il emprunte, et non pas dans un rêve idéalisé, alors c’est le dialogue, l’engagement commun, le respect mutuel qui décideront en chemin de ce que ce couple deviendra et non l’inverse.

- Si en entreprise, le but du management est dans le chemin qu’il parcourt avec les employés, alors il ne peut plus y avoir de stratégie directive pour atteindre des objectifs fixés à l’avance. C’est en cours de route, en pratiquant la co-construction, le collaboratif, qu’émergeront de façon spontanée des buts déjà atteints grâce à ces attitudes où le comment est plus important que le pourquoi.

Dans ces projets managériaux, le résultat économique n’est pas une ambition à atteindre : le résultat devient une résultante, et non pas un objectif.

 

- Si en Église les responsables exercent leur autorité avec simplicité et humilité, fraternellement, alors ils ne décideront pas à la place de leur communauté, mais avec elle. Et surtout ils incarneront eux-mêmes le message qu’ils transmettent. À tel point que leur message sera bien plus leur manière d’être que leurs idées propres. Regardez le pape François : c’est d’abord sa bonté, son accueil des plus petits, sa compassion envers les exclus qui frappent les foules. Et on finit par dire de lui ce qu’on disait autrefois de Jésus : « il parle en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes ». Autrement dit, on ne se souvient guère du contenu de ce que Jésus disait, mais de la manière dont il le disait, qui était beaucoup plus importante.

À tel point que le message de Jésus finissait par ne plus être ses paroles mais Jésus lui-même.

 

Medium is message

 

Un célèbre théoricien des médias – Marshall Mc Luhan – a formulé ainsi cet effet maintenant bien connu : medium is message.

Une autre manière de dire que le but est dans le chemin en somme.

Mc Luhan réfléchit sur l’impact qu’ont les nouveaux médias, siècle après siècle, sur leur environnement. Ils n’apportent pas un message nouveau, mais ils sont en eux-mêmes un rapport nouveau au monde, une nouvelle façon de voir le monde (Weltanschauung). Ainsi Internet révolutionne notre conception du savoir autant que l’imprimerie de Gutenberg au XVIe siècle.

 

675814_2841793 chemin« À l’âge de l’électricité, où notre système nerveux central se prolonge technologiquement au point de nous engager vis-à-vis de l’ensemble de l’humanité et de nous l’associer, nous participons nécessairement et en profondeur aux conséquences de chacune de nos actions. Contracté par l’électricité, notre globe n’est plus qu’un village. (?)

En réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie. 

 Le chemin de fer n’a pas apporté le mouvement, le transport, la roue ni la route aux hommes, mais il a accéléré et amplifié l’échelle des fonctions humaines existantes, créé de nouvelles formes de villes et de nouveaux modes de travail et de loisir. (?). L’avion, lui, en accélérant le rythme du transport, tend à dissoudre la forme « ferroviaire » de la ville, de la politique et de la société, et ce, indifféremment de l’usage qui en est fait. » 

Medium is message.

Reprenez les transpositions évoquées plus haut.

- La manière de vivre à deux compte plus que le rêve commun.

- Le style du management (directif vs collaboratif etc.) compte plus que les objectifs du management.

- Les relations fraternelles en Église sont plus importantes que les idées des dirigeants.

 

Bref : la manière de construire des décisions (en famille, au travail, en Église…) compte plus que les décisions elles-mêmes.

Jésus est plus important que le message qu’il délivre, car le vrai message du Christ, c’est le Christ lui-même.

 

Le pourquoi n’a plus d’importance

Angelus-Silesius-La-Rose-Est-Sans-Pourquoi-Livre-896545290_ML La FontaineVoilà comment Jésus est le chemin qui du coup nous dispense de la question du pourquoi. Les mystiques rhénans du XIV° siècle reviennent sans cesse sur ce détachement nécessaire vis-à-vis du pourquoi :

« La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit,
n’a pour elle-même aucun soin, ? ne demande pas : suis-je regardée ? »

Angélus Silesius et les mystiques rhénans avaient expérimenté que c’est en lâchant prise, loin de tout objectif à atteindre, que l’on accomplit réellement sa vocation. Seul compte le chemin sur lequel nous marchons, tout le reste nous est donné par-dessus le marché, en cours de route.

 

Philippe reste attaché à une logique fin / moyens qui hélas nous colle à la peau : « montre nous le Père (le but), cela nous suffit ». Jésus est obligé de lui faire ce reproche : « tu ne crois pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? » C’est-à-dire : tu n’as pas encore découvert que Dieu se donne en cours de route, et pas à la fin ?

 

Medium is message.

Le but est déjà dans le chemin.

Qu’il s’agisse de notre vie familiale, professionnelle ou ecclésiale, puisse cette vérité nous aider à ne poursuivre aucun but, mais à être extrêmement vigilant sur le chemin que nous suivons.

Si ce chemin est le Christ, alors le but émergera de lui-même : ne faire qu’un avec le Père.

Redécouvrons la vie chrétienne comme un cheminement qui engendre sans cesse de nouveaux possibles, et non pas comme une poursuite inhumaine d’objectifs prédéfinis.

 

 

___________________________________________________________________________

* Marshall Mc Luhan,  Pour comprendre les médias, 1964.

1ère lecture : Les premiers auxiliaires des Apôtres (Ac 6, 1-7)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées.
Les Douze convoquèrent alors l’assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas.
Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche.
Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole. »
La proposition plut à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d’Antioche converti au judaïsme.
On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

La parole du Seigneur était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs accueillaient la foi.

Psaume : Ps 32, 1.2b-3a, 4-5, 18-19

R/ Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi !

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
Chantez-lui le cantique nouveau.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; 
il est fidèle en tout ce qu’il fait. 
Il aime le bon droit et la justice ; 
la terre est remplie de son amour. 

Dieu veille sur ceux qui le craignent, 
qui mettent leur espoir en son amour, 
pour les délivrer de la mort, 
les garder en vie aux jours de famine.

2ème lecture : Le peuple sacerdotal (1 P 2, 4-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur.
Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus.
On lit en effet dans l’Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte.
Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l’Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver.
Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Evangile : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi »(Jn 14, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es le Chemin, la Vérité et la Vie, Jésus, Fils de Dieu. Celui qui croit en toi a reconnu le Père. Alléluia.(cf. Jn 14, 6.9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ?
Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi.
Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres ?uvres.
Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des ?uvres.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes ?uvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père. »
Patrick Braud 

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9 mai 2014

Prenez la porte

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Prenez la porte

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques ? Année A
11/05/2014

Bien dans ses gonds

« Prenez la porte ! »

Cette injonction vous rappellera peut-être quelques souvenirs humiliants du collège ou du lycée. Lorsqu’un professeur excédé en vient à ordonner de prendre la porte, c’est qu’il ne voit plus que l’exclusion du fautif comme remède au désordre. Prendre la porte résonne donc comme une menace, une sanction, qui annonce bien des ennuis à venir (le surveillant général à voir, le mot aux parents, les heures de retenue à la clé…).

Ici, dans l’image prise par Jésus pour parler de son rôle, c’est exactement l’inverse. Quand il dit : « je suis la porte », il invite les mécréants de tout poil à prendre cette porte-là, dans le sens de la communion avec Dieu au lieu de l’exclusion par les hommes. Prenez la porte dans Communauté spirituelle tom-et-jerry-la-porte-fermee-sur-jerryUne entrée au lieu d’une sortie en somme. Voilà peut-être pourquoi les premiers à prendre cette parole au sérieux sont ceux qui se sont déjà pris des portes en pleine figure, qu’on leur a claquées au nez pour leur dire non.

 

Prendre la porte qu’est le Christ, c’est rentrer chez soi en quelque sorte.

C’est découvrir qu’en passant par lui, l’accès au plus intime de nous-mêmes se conjugue avec l’accès à Dieu le tout autre. Car Jésus ne conduit pas à lui-même. Il conduit à un Autre, que nul nom ne peut enfermer. Telle une porte, il ne cesse d’accompagner les hommes dans leur mouvement de découverte d’un plus grand que lui. Comme il ne sort jamais de ses gonds, il ouvre sur l’infini d’un mystère qu’il habite (et qui l’habite) au plus haut point, car une porte fait déjà partie de la pièce sur laquelle elle ouvre.

Charlot et la porte du grenier

GoldRushFiche Christ dans Communauté spirituelleVous connaissez sans doute cette histoire pleine d’humour que Chaplin a merveilleusement jouée : Charlot s’évertue à ouvrir la porte d’un grenier ; il tire, il s’évertue, il tire encore, il transpire. Rien à faire : le verrou semble solide, la poignée tourne dans le vide. Épuisé, Charlot s’affale de tout son long dans le couloir, et là surprise? la porte s’ouvre toute seule, de l’intérieur? 

Il en est de même ici : la porte qu’est le Christ n’est pas un effort  à faire, ce n’est pas une épreuve à passer, c’est au contraire une ouverture à accueillir, laquelle ne nous doit rien, mais se propose à nous gratuitement, sans mérite de notre part, comme la porte du grenier qui s’ouvre d’elle-même, de l’intérieur.

Qu’avez-vous fait, machinalement, pour venir à la messe ce Dimanche ? Vous avez franchi la porte d’une église. Sans vous en rendre compte, vous accomplissez à chaque fois une étape extraordinairement symbolique : franchir la porte. Passer du dehors au-dedans, pour participer à l’eucharistie. D’ailleurs, dans bien des églises médiévales, on accordait tant d’importance à ce passage de la porte qu’on l’entourait d’un narthex, le domaine réservé aux catéchumènes, c’est-à-dire aux non baptisés, pour qu’ils se préparent à entrer un jour dans l’Église par le baptême.

À la fin de la messe, nous franchissons cette porte en sens inverse, pour passer de l’assemblée au monde, du dedans au dehors, suite à l’envoi final : « allez dans la paix du Christ ».

C’est donc que la porte commande la respiration même de notre foi.

On comprend mieux l’enjeu spirituel de l’affirmation étonnante de Jésus dans l’évangile de ce Dimanche : « Je suis la porte ». Le mot porte est répété 4 fois dans ce chapitre 10 de St Jean, comme pour signifier l’universalité de cette porte qu’est le Christ pour tous les peuples, venant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud (4 = les 4 points cardinaux).

 

Le slalom des portes de nos vies 

Du coup, on n’arrête pas de franchir symboliquement des portes tout au long de notre pèlerinage de la foi.

Chaque étape de notre vie, de notre naissance jusqu’à notre mort, nous fait passer d’une porte à l’autre, tels des skieurs qui enchaînent les accélérations et les virages de haut en bas du slalom spécial où ils courent pour la victoire.

 exclusion 

 « Je suis la porte »…

À quels moments de notre existence franchissons-nous cette porte qu’est Jésus lui-même ?

- Souvenez-vous : à chaque baptême, nous accueillons symboliquement l’enfant ou l’adulte sur le seuil de l’église. Par le baptême, accueilli à la porte, chacun est invité à entrer, grâce au Christ et par lui, dans un autre univers.

- Souvenez-vous : à chaque mariage, le prêtre (ou le diacre !) va chercher les fiancés à la porte, pour qu’ils la franchissent avec lui. C’est pour signifier que le mariage est un passage, une Pâque, lorsqu’on se marie « dans le Seigneur ». Et si la mariée est en blanc pour franchir la porte, c’est bien en rappel du baptême, car se marier participe à la mort et à la résurrection du Christ (mourir sans cesse à son égoïsme pour naître sans cesse à la communion avec l’être aimé).

– Souvenez-vous encore : lorsque nous célébrons les obsèques d’un proche, nous accueillons le cercueil à la porte de l’église. Celui qui est uni au Christ traverse la mort comme on passe la porte : simplement?

Ainsi de notre naissance à notre mort en passant par le mariage, tous les évènements de notre existence peuvent devenir à travers le Christ comme des seuils à franchir, des portes qui s’ouvrent sur un au-delà.

En affirmant : « Je suis la porte », Jésus nous invite ainsi à passer par lui pour découvrir la vraie vie, la vie « en abondance ».

Ceux qui ne passent pas par cette porte désignent pour Jésus les pharisiens à qui il adresse cette parole. C’est sans doute sous la plume de Jean les premières sectes soi-disant chrétiennes, gnostiques ou païennes en fait. Confronté à la fin du 1er siècle aux divisions dans les groupes chrétiens, Jean nous donne ainsi par son évangile un critère de discernement précieux. Ceux qui ne passeraient pas Jésus pour sauver l’homme risquent fort de n’être finalement que des bandits et des voleurs.

Hélas, la suite de l’histoire lui a souvent donné raison : les idéologies qui ont voulu se bâtir contre le Christ ou sans lui se sont finalement révélées inhumaines et destructrices. Des grandes hérésies des premiers siècles aux systèmes totalitaires du 20ème siècle, sans oublier les sectes ou les pensées néo-païennes d’aujourd’hui, le refus de passer par la porte qu’est le Christ se retourne contre l’humanité elle-même.

 « Je suis la porte »…

Dans les autres évangiles, Jésus appelle ses disciples à lutter pour entrer par la porte étroite (Lc 13,24).

Si vous avez eu la chance d’aller à Bethléem en pèlerinage, vous avez du vous courber et vous faufiler à travers la porte basse et étroite de la basilique de la Nativité. Ce n’est pas facile de passer par le Christ ! Il nous avertit : parvenir au lieu de notre vraie naissance est exigeant. Mais cette porte étroite débouche réellement sur la naissance de l’homme à la vie de Dieu, comme à Bethléem?

2a8ed538 parabole 

« Je suis la porte »…

Dans le livre de l’Apocalypse, Saint Jean  écrira une variation sur ce thème de la porte. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe, dit le Christ. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi »(Ap 3,20). Et juste après, Jean a la vision d’une « porte ouverte au ciel », avec une voix qui lui dit : « Monte ici » (Ap 4,1).

Ainsi le Christ : il nous ouvre l’accès à nos greniers intérieurs, ces trésors de vie que l’Esprit de Dieu a déposé en nous. C’est par lui, avec lui et en lui, comme nous le chantons au sommet de la prière eucharistique, que nous pouvons avoir accès à nous-mêmes, ou plutôt avoir accès à Dieu en nous, et à nous en Dieu.

C’est cela, « avoir la vie en abondance », une « vie éternelle ».

 « Je suis la porte »…

Comment entendre cette parole aujourd’hui ?  

Eh bien : examinez tous les domaines où vous ne passez pas par le Christ pour faire vos choix.

Visualisez ces moments où le Christ n’est pas la porte de vos décisions, où vous ne voulez pas le mêler à vos affaires importantes : l’argent, la carrière, les loisirs, votre consommation, votre famille?.

C’est là-dessus qu’il vous faut alors travailler.

N’escaladez pas par-dessus, ne fracturez pas d’autres fenêtres : revenez au Christ, entrez par lui dans votre avenir.

 « Je suis la porte »…

Écoutons cette parole : qu’elle travaille en nous toute cette semaine…

 

1ère lecture : Pierre appelle à la conversion, et il baptise les premiers convertis (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d’une voix forte : « Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. »
Ceux qui l’entendaient furent remués jusqu’au fond d’eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? »
Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C’est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. »
Pierre trouva encore beaucoup d’autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés. »

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s’augmenta ce jour-là d’environ trois mille personnes.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Celui qui a souffert pour nous est devenu notre berger (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu.
C’est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice.
Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c’est par ses blessures que vous avez été guéris.
Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Evangile : Jésus est le bon pasteur et la porte des brebis (Jn 10, 1-10)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie.Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus parlait ainsi aux pharisiens :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »

Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis.
Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. »
Patrick Braud

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2 mai 2014

La grâce de l’hospitalité

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La grâce de l’hospitalité

Homélie du 3ème Dimanche de Pâques ? Année A
04/05/2014

La grâce de l'hospitalité dans Communauté spirituelle 51R--B%2BcaqL._Frère Henry Quinson est un moine d’un type nouveau : habitant à 4 dans un HLM des quartiers nord de Marseille, il vit au contact des musulmans et des comoriens, majoritaires dans cette cité Saint Paul. Il raconte qu’après le tremblement de terre en Algérie, l’un des frères vivant dans la banlieue d’Alger (Boudouaou) a vu sa maison s’écrouler, en ruines. Aussitôt et pendant toute une année, ses voisins, musulmans, l’ont hébergé, logé, nourri. L’hospitalité n’est pas un mot vide en Algérie comme d’ailleurs en Afrique ou même chez nous.

Évidement chez nous, depuis qu’il y a des codes pour entrer dans les immeubles, des grilles fermées, et des voisins qui se méfient les uns des autres c’est plus difficile ! C’est moins naturel d’ouvrir sa porte, d’inviter à sa table des inconnus, d’offrir un toit à des gens de passage. Pourtant cela se pratique encore : pensez aux échanges scolaires, aux jumelages? et Frère Henry Quinson raconte tous ces liens d’hospitalité qui se vivent dans sa cité HLM : échanges de gâteaux, de chorbas, de couscous, visites et entraides?

 

Pourrions-nous oublier que l’hospitalité est une attitude du c?ur typiquement biblique ? (depuis la fameuse ‘philoxénie’ d’Abraham = son amour des étrangers, comme en témoigne l’accueil des 3 visiteurs de Gn 18; et d’ailleurs ‘philoxénie’ est le contraire de ‘xénophobie’…)

isaac étranger dans Communauté spirituelle

Avons-nous bien entendu que c’est grâce à l’hospitalité, pressante nous dit le texte, que les disciples d’Emmaüs ont pu reconnaître et accueillir le Ressuscité ?

Saint Grégoire le Grand (Pape de 590 à 604) commente :

« Ils l’invitèrent à partager leur gîte, comme on le fait avec un voyageur. Dirons-nous simplement qu’ils l’invitèrent ? L’Écriture, précise qu’ils le pressèrent. Elle nous montre par cet exemple que lorsque nous invitons des étrangers sous notre toit, notre invitation doit être pressante ».

Et Grégoire insiste sur la fécondité de l’hospitalité, cette ouverture de la maison familiale à l’image de l’ouverture du coeur :

Duccio_di_Buoninsegna_Emaus grâce« Le Seigneur n’a pas été reconnu (par les deux disciples d’Emmaüs) pendant qu’il parlait ; il a daigné se manifester lorsqu’on lui offrit à manger. Aimons donc l’hospitalité, frères très chers. C’est d’elle que Paul nous parle : ?N’oubliez pas l’hospitalité, c’est grâce à elle que quelques uns, à leur insu,  hébergèrent des anges’ (He 13,2). Pierre dit aussi : ‘Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans murmurer’ (1P 4,9). Et la vérité elle-même (le Christ) nous en parle : ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ? (Mt 25,35)’.

Et malgré cela, nous sommes si paresseux devant la grâce de l’hospitalité ! » s’étonnait Grégoire le Grand hier comme il pourrait le faire aujourd’hui.

« Mesurons, mes frères, la grandeur de cette vertu. Recevez le Christ présent dans l’étranger, afin qu’au jugement il ne nous ignore pas comme des étrangers, mais nous reçoive comme des frères dans son royaume ».

Il fallait citer longuement Grégoire le Grand pour redécouvrir le lien entre les disciples d’Emmaüs et l’hospitalité dans nos maisons aujourd’hui.

Où en sommes-nous de cet accueil gratuit chez nous ?

À qui ouvrons-nous notre table ? Qui invitons-nous à dormir, à loger sous notre toit ?  

Celui qui élargit ainsi l’espace de sa maison élargit en même temps ses horizons, sa soif de l’autre, son désir de la rencontre imprévue.

L’évangile de ce Dimanche nous dit même que c’est le Ressuscité en personne qui peut alors se manifester, être accueilli, lorsque nous pratiquons l’hospitalité.

Voilà une belle résolution pour le temps pascal, en famille ou tout seul : quel hôte de passage puis-je nourrir, accueillir, inviter chez moi ? Les amis des enfants ? Un enfant du Secours Catholique qui cherche une famille d’accueil pour les vacances d’été ? Une personne âgée seule chez elle ? Un touriste de passage ?… Un voisin encore inconnu ?

Comment pratiquer plus généreusement l’hospitalité ?

Vos enfants vous remercieront plus tard d’avoir eu une maison ouverte sur les autres?

Et surtout, vous pouvez peut-être « héberger des anges » sans le savoir, comme le dit justement saint Paul.

Vous pourrez même ouvrir les yeux sur la présence du Ressuscité, grâce à l’hospitalité, celle des disciples d’Emmaüs.

Saint Augustin (‘maghrebin’ des années 354-430) osait écrire à propos de cet évangile :

« Retiens l’étranger si tu veux connaître ton Sauveur ».

C’est bien parce que les disciples ont retenu à manger cet étranger de passage qu’ils ont reconnu le vivant.

« L’hospitalité leur a rendu ce que le doute leur avait pris ».

« Pratiquez donc l’hospitalité, sans murmurer » (St Pierre), comme à Emmaüs.

Ceux que vous accueillerez à votre table vous accueilleront auprès de Dieu.

Ceux que vous aurez logés vous introduiront dans la demeure de Dieu.

Et déjà, vous verrez votre regard, votre coeur se dilater jusqu’à des horizons insoupçonnés…

 

1ère lecture : Pierre annonce le Christ ressuscité (Ac 2, 14.22b-33)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d’une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd’hui, écoutez bien ce que je vais vous dire.
Il s’agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien.
Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l’avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens.
Or, Dieu l’a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir.
En effet, c’est de lui que parle le psaume de David : Je regardais le Seigneur sans relâche, s’il est à mon côté, je ne tombe pas.
Oui, mon c?ur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance :
tu ne peux pas m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption.
Tu m’as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu’il est mort, qu’il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous : c’est cela que vous voyez et que vous entendez. »

Psaume : Ps 15, 1-2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11

R/ Tu m’as montré, Seigneur, le chemin de la vie.

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! 
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. » 

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon coeur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable. 

Mon c?ur exulte, mon âme est en fête, 
ma chair elle-même repose en confiance : 
tu ne peux m’abandonner à la mort 
ni laisser ton ami voir la corruption. 

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie ! 
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : Le Christ ressuscité donne à notre vie son vrai sens (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, 
vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu.
Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache.
Dieu l’avait choisi dès avant la création du monde, et il l’a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers.
C’est par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

Evangile : Apparition aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, fais-nous comprendre les Écritures ! Que notre c?ur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.
Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre c?ur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !
Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.
Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre c?ur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
« C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.
Patrick Braud

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25 avril 2014

Que serions-nous sans nos blessures ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Que serions-nous sans nos blessures ?

Homélie du 2° Dimanche de Pâques / Année A
27/04/2014

Que serions-nous sans nos blessures ?

Un corps marqué

Après une blessure, on n’est jamais le même exactement.

Ce que l’on appelle guérison n’est jamais le retour à l’état antérieur purement et simplement.

Prenez une maladie infectieuse : après avoir rencontré le virus pour la première fois, l’organisme a réagi en produisant des anticorps nouveaux. De ce combat il garde le souvenir et la mémoire chimique quelque part, pour pouvoir le déclencher à nouveau si besoin est.

Prenez une coupure : les chairs se referment, mais il y a la cicatrice, qui atteste à jamais de la transformation qu’a subie le corps avec la blessure.

Prenez un chagrin, comme la perte d’un ami ou d’un proche : ?on s’en remet’ comme on dit, mais on n’est plus tout à fait comme avant.

Et il y a des cicatrices intérieures qui mettent plus de temps que d’autres à s’apaiser.

Pourquoi parler cicatrices aujourd’hui alors que la joie du cri de la nuit pascale résonne encore à nos oreilles ? Christ est ressuscité ! Pourquoi revenir sur les traces du passé ?

Pourquoi? ? Justement parce que c’est l’évangile d’après Pâques qui y revient.

Thomas identifie le corps de Jésus aux cicatrices qu’il porte. Ce procédé d’identification nous est sans cesse rappelé par les médias, après un attentat, une catastrophe ou un crime odieux ; on demande aux proches de reconnaître les corps d’un défunt? Ici, ce procédé devient l’identification d’un Vivant !

Celui qui est ressuscité garde sur ses mains la trace des clous, et dans son côté une plaie ouverte par la lance du soldat romain. Il portera toujours les traces de son combat. C’est bien le Crucifié qui est vivant, à la fois le même et pourtant différent. La Résurrection n’est donc pas une opération de chirurgie esthétique où Dieu gommerait comme par magie tout ce qui a fait notre existence pour nous recréer à partir de zéro.

Une petite fille handicapée réfléchissait dans son fauteuil roulant : « à la Résurrection, je pourrai courir et marcher comme si je n’avais rien eu !? Mais non, ce ne serait pas moi ! Je voudrais bien que mon handicap ne soit pas oublié ».

Eh oui : c’est bien moi, marqué et buriné par toutes mes relations humaines, qui vais ressusciter, et pas un autre. L’espérance chrétienne n’est ni la Réincarnation où je deviendrais un autre, ni le Nirvana où l’on pourrait se dissoudre comme une poupée de sel dans l’océan de l’univers. C’est la résurrection de l’être humain tout entier que proclame la fête de Pâques, sans dissocier l’âme du corps ; ce que la Bible et le Credo appellent la « résurrection de la chair ».

Or, la chair d’une existence, qu’est-ce c’est, sinon les traces qu’ont laissées sur nous, comme un fleuve dépose ses alluvions après la crue, nos relations humaines, nos solitudes, nos angoisses et nos amours, nos travaux et nos espoirs ?

Contemplez le visage et le corps d’un vieillard : les rides, les cicatrices, les déformations mêmes parlent ; et jusqu’à l’éclat des yeux, témoin tour à tour des tristesses, des épreuves, des joies, des amertumes, des vrais bonheurs accumulés au coin des paupières, et qu’un sourire suffit à libérer…

Image du Blog mamietitine.centerblog.net

Que serions-nous sans nos blessures ?

 

Pas de remise à zéro

Jesus with doubting Thomas, CaravaggioLe Christ ressuscité demeure blessé à jamais : c’est le mystère de la continuité entre notre vie et la vie autre qui nous attend. C’est donc que cette autre vie est déjà en germe aujourd’hui, pour chacun de nous. Malheureux sommes-nous si nous refusons d’être blessés par amour ! Sous prétexte d’avoir été trahis, par désillusion, ou par cynisme, malheureux sommes-nous si nous avons peur de nous exposer aux blessures de l’amour ! Car ces blessures là, nous les emporterons au Paradis ; ou plutôt, ce sont elles qui nous porteront, et c’est grâce à elles que Dieu nous identifiera et nous reconnaîtra à l’image de son Fils.

Si Thomas n’avait pas été là, nous aurions pu rêver d’un corps refait à neuf, d’une « remise à zéro » totale qui efface le passé. Mais en palpant la marque des clous et le trou de la lance, Thomas nous révèle une espérance bien plus folle encore : puisque le ressuscité est bien le Crucifié, c’est donc que la vie éternelle est déjà commencée pour chacun de nous. À travers les réussites et les échecs qui nous marquent, à travers tous ces liens humains qui nous façonnent, c’est tout notre être qui est travaillé, buriné. C’est cet être là, non pas un autre, cet être là dans toute sa dimension corporelle et spirituelle, c’est cet être là qui va ressusciter avec le Christ, qui va être glorifié comme a été glorifié le corps du Christ.

Que serions-nous sans nos blessures ?

 

Les blessures sociales

Que serions-nous sans nos blessures ? dans Communauté spirituelle 2014_02_25_ukraine_dechiree_entre_europe_et_russieCe qui est vrai d’un corps personnel l’est aussi du corps social. Une société garde longtemps les traces, les cicatrices des combats qui l’ont blessée.

Nos vieilles blessures françaises par exemple, provenant de la guerre d’Algérie, sont toujours enfouies quelque part dans notre mémoire collective : on croyait pouvoir oublier la torture, les exactions commis par chaque camp? Mais pour guérir il faut bien faire mémoire de la vérité de cette sale guerre.

De même pour les atroces méthodes nazies d’extermination des Juifs : l’Europe n’est pas sortie indemne de cette barbarie ; et les drames actuels entre Palestiniens et Israéliens sont toujours des résurgences de cette période, dont le monde n’a pas vraiment guéri?

Dans les troubles actuels qui déchirent l’ancienne Ukraine, il y a sans doute des traces, des séquelles de la période communiste, des dégâts spirituels et sociaux qu’elle a provoquée.

Pourtant, grâce à Thomas, nous savons aujourd’hui que la guérison d’un corps social, d’un peuple, d’un être humain, n’est pas la remise à zéro des compteurs. La véritable guérison n’est pas l’oubli, mais le pardon, pas l’amnésie, mais la vérité sur le passé. La Résurrection n’efface pas la Croix, elle la glorifie.

Que serions-nous sans nos blessures ?

 

C’est parce que nous ne sommes rien sans nos blessures que Dieu nous ressuscite avec elles et grâce à elles.

Voilà de quoi trouver le courage de nous exposer encore et encore, malgré les coups reçus…

 

 

 1ère lecture : La communauté fraternelle des premiers chrétiens (Ac 2, 42-47)

Lecture du livre des Apôtres

Dans les premiers jours de l »Église, les frères étaient fidèles à écouter l’enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les c?urs ; beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les Apôtres.

Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.

Chaque jour, d’un seul c?ur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple. Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.

Psaume : Ps 117, 1.4, 13-14, 19.21, 22-23, 24-25

R/ Éternel est son amour !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ; 
mais le Seigneur m’a défendu. 
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; 
il est pour moi le salut. 

Ouvrez-moi les portes de justice : 
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur. 
Je te rends grâce car tu m’as exaucé : 
tu es pour moi le salut. 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d’angle : 
c’est là l’?uvre du Seigneur, 
la merveille devant nos yeux. 

Voici le jour que fit le Seigneur, 
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! 
Donne, Seigneur, donne le salut ! 
Donne, Seigneur, donne la victoire !

2ème lecture : L’espérance des baptisés (1P 1, 3-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps.
Vous en tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l’or (cet or voué pourtant à disparaître, qu’on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l’aboutissement de votre foi.

Evangile : Apparition du Christ huit jours après Pâques (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Thomas a vu le Seigneur : il a cru. Heureux celui qui croit sans avoir vu ! Alléluia. (cf. Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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