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20 juin 2014

De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine?

Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année A
22/06/2014

Une histoire juive

De quoi l'eucharistie est-elle la madeleine ? dans Communauté spirituelle 1118514_3059804Une histoire juive comme seuls les rabbins peuvent en raconter :

Hitler visite un jour un camp de concentration. Il voit un juif qui réfléchit, couché à même le sol.

- à quoi penses-tu ?

- je réfléchis à des problèmes de cuisine.

- ici, dans un camp de concentration, tu réfléchis à des problèmes de cuisine ?

- je voudrais vous expliquer. Il y a 3500 ans, un pharaon a voulu exterminer le peuple d’Israël. En souvenir de sa défaite, nous mangeons chaque année de la matsa (pain azyme). Il y a 2500 ans, un autre régnait sur 227 états et a voulu nous faire disparaître. Depuis, nous mangeons des beignets appelés « les oreilles de Haman » (amantaschen) lors de la fête de Pourim, en souvenir de sa défaite. Ensuite, il y a eu le roi des Grecs qui a voulu faire pareil, et chaque année, lors de la fête de Hanoukka, nous mangeons des pâtisseries spécialement cuisinées pour commémorer notre survie (soufganiot). Alors je me demandais : quel plat cuisiné va-t-on bien inventer pour fêter la défaite de Hitler qui approche ?…

 

Manger, c’est se souvenir

La tradition juive a toujours associé l’acte de manger et la mémoire. En cette fête du Corps et du Sang du Christ, il est bon de revisiter ce lien fondamental, qui joue toujours pour les chrétiens un rôle structurant (faire mémoire de la mort et de  la résurrection du Christ).

- Dès la Création, Dieu établit un ordre qui émerge du chaos, ordre dont les espèces vivantes doivent témoigner. Sont alors déclarés impurs à la consommation humaine les animaux qui transgressent cet ordre, c’est-à-dire qui ne respectent pas la différenciation originelle : le porc, le chameau, le lièvre, les poissons sans écailles etc. Certains mélanges également sont interdits par la cacherout (code réglementaire pour la nourriture) juive. Il est interdit de manger la viande avec le lait, par exemple. Il est également interdit de consommer le sang des animaux (pas de boudin !) parce que le sang c’est la vie, qui appartient à Dieu seul.

On le voit, ces interdits alimentaires n’ont pas de visées sanitaires ou hygiéniques comme voudraient le croire l’Occident trop rationnel, comme pour se rassurer en se disant qu’il peut s’en passer désormais. Le but est bien théologique : faire mémoire de la Création, qui est apparue grâce à la différenciation, et donc refuser toute confusion qui symboliquement ferait régresser celui qui mange vers l’état du chaos primitif.

 

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Du coup la commensalité (cum-mensa = partager la même table) a pris une importance considérable : manger avec un non-juif, c’est risquer de manger des aliments impurs, et donc c’est interdit. Les musulmans ne feront que reprendre plus tard ce communautarisme alimentaire juif, dont la fonction première est de préserver l’identité du groupe en l’empêchant de se dissoudre par le mélange avec les autres.

On voit mieux ce que l’eucharistie chrétienne a de révolutionnaire par rapport aux repas juifs ou musulmans. En faisant table commune avec les païens, pour le repas ordinaire comme pour le « repas du Seigneur » (1Co 11,20), les premiers chrétiens instaurent une rupture fondatrice : communier avec tous les peuples en s’appuyant sur la mémoire de la mort du Christ « pour la multitude » (Mc 14,24). 

 Paul ‘engueulera’ sérieusement Pierre en public à cause de son hésitation à faire table commune avec des non-circoncis :

« Quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort.  En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis.  Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux.  Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde: « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » » (Ga 2, 11-14)

- D’autres particularismes alimentaires bibliques font le lien entre l’histoire du peuple et sa situation présente.

Depuis son combat contre Dieu lui-même (Gn 32, 22-33), Jacob-Israël ne mange plus de nerf sciatique (il n’y a là rien qui concerne l’hygiène ou la santé !). Car sa hanche a été démise pendant le combat à la hauteur de ce nerf, et il boîte depuis ce temps-là. Cet interdit bizarre (ne pas manger de nerf sciatique) est en fait une mémoire très concrète du combat qu’Israël mène contre Dieu depuis longtemps (en se roulant dans la poussière avec lui, durant la nuit..), et de la bénédiction qui en découle.

 

- Notre histoire juive du début évoque les plats et confiseries spéciales liées à des événements où le peuple a été sauvé de la persécution et du génocide (déjà…) : manger ces beignets, c’est faire mémoire de l’amour de Dieu qui a déjà libéré Israël et le libérera encore.

Le repas le plus sacré de la foi juive, le Seder Pessah (= le rituel du repas pascal) est lui-même une catéchèse alimentaire. L’oeuf signifie à la fois la mort et la vie  qu’a traversées Israël ; l’os grillé rappelle l’agneau de la sortie d’Égypte (« pas un de ses os ne sera brisé » Ex 12,46 ; cf. Jn 19,36) ; les herbes amères sont le symbole de l’amertume de l’esclavage ; la quatrième coupe de vin annonce le retour du prophète Élie etc.

 Bref : le lien entre l’alimentaire et le mémorial est si fort pour un juif que Jésus a instinctivement prolongé cette tradition à travers le pain et le vin de la Cène. Il a chargé ses aliments d’un pouvoir symbolique extraordinairement fort, et en même temps très simple : faire mémoire de son corps livré, de son sang versé, qui nous associent à sa victoire pascale sur la mort.

 

De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?

Le premier événement dont l’eucharistie est la mémoire est bien sûr la résurrection du Christ. C’est essentiel et fondateur.

Pourtant, tant que je n’ai pas mis ma propre chair sur cet événement, tant que je n’ai pas vu mon propre sang couler avec celui du Christ, comment faire mémoire ? Car personne n’a vécu physiquement de ses yeux l’événement pascal, personne après l’Ascension n’a renouvelé l’expérience des Onze ou celle de Thomas mettant ses mains dans les plaies du crucifié ressuscité.

Puis-je faire mémoire de quelque chose que je n’ai pas vécu en direct ? Évidemment oui, si l’on fait confiance aux témoignages de ceux qui y étaient. Pensez aux commémorations du débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 44 : les témoins oculaires se font rares, mais nous les croyons assez pour continuer à faire mémoire des milliers de morts dont le sang a été versé pour notre liberté. Combien plus faisons-nous confiance pour l’eucharistie au témoignage des quatre évangiles et du Nouveau Testament ! Mais cela risque de nous rester extérieur tant que nous en restons là, comme les commémorations militaires dont la ferveur s’émousse avec les siècles. Qui fait encore mémoire de 1871 (guerre franco-allemande), de 1648 (traité de Westphalie), de 313 (édit de Milan) etc. ?

La mémoire eucharistique ne sera vive et vivante que si chacun de nous y associe ses propres souvenirs, les événements de son parcours où quelque chose s’est joué de l’ordre du corps livré, du sang versé, du passage (c’est le sens du mot Pâques) sur une autre rive.

Proust a immortalisé le pouvoir mémoriel d’une simple madeleine.

 madeleine« Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, 1913.

Eh bien : l’eucharistie sera pour nous un vrai trésor personnel si nous en faisons la madeleine de nos passages (Pâques) les plus forts.

Communier peut en effet nous remettre en mémoire les événements pascals qui ont jalonné notre histoire, et nous donner ainsi la force de continuer la route, appuyés sur la fidélité de Dieu à son action pour nous.

Ce sont souvent d’autres eucharisties qui reviennent en mémoire lorsque nous allons communier : celle d’un mariage, de funérailles, ou une messe célébrée autour d’un feu lors d’un camp d’aumônerie, devant une chaîne de montagnes ou dans le cockpit d’un voilier au mouillage…

Ce sont d’autres souvenirs encore que les textes du dimanche peuvent faire remonter à la surface : tel combat dont nous gardons les traces, tel éblouissement qui nous a marqué à tout jamais, telle parole biblique qui a joué un rôle particulier à un moment donné pour nous…

La musique et les chants se chargent de venir compléter cette mobilisation de la mémoire. Claudel lui-même ne sait pas pourquoi il a pleuré en entendant le Magnificat chanté à Notre-Dame de Paris. Mais il est ressorti chrétien de la cathédrale où il était entré athée, et il n’a cessé à chaque eucharistie d’entretenir ce feu intérieur dont il savait qu’il avait pris naissance là, au milieu du chant, derrière ce pilier à Notre-Dame…

Chacun de nous a ses madeleines eucharistiques !

Il suffit de travailler la présence de soi à soi, ou plutôt à son histoire : quels sont les événements de communion/de rupture qui m’ont fait devenir ce que je suis ? quelles sont les personnes qui m’ont donné de prendre de vrais virages, me sauvant  d’une mort certaine ? Quelles sont les paroles qui m’ont fait passer du désespoir à l’envie de vivre ?

Si vous laissez la liturgie eucharistique coudre ces points de suture entre votre passé et votre présent, alors faire mémoire du Christ ressuscité en allant communier deviendra faire mémoire de votre propre résurrection, dès maintenant.

Ainsi, quand bien même un nouvel Hitler s’avancerait, dominateur, pour vous humilier au milieu d’une concentration d’épreuves insupportables, répondez-lui avec humour : quelle nourriture vais-je inventer pour faire mémoire de ta défaite qui approche ?…

 

1ère lecture : Dieu nourrit son peuple (Dt 8, 2-3.14b-16a)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël :
« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire connaître la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le c?ur : est-ce que tu allais garder ses commandements, oui ou non ?
Il t’a fait connaître la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne ? cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue ? pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.
N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.
C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif.
C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne ? cette nourriture inconnue de tes pères. »

Psaume : Ps 147, 12-13, 14-15, 19-20

R/ Peuple de Dieu, célèbre ton Seigneur !

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières, 
et d’un pain de froment te rassasie. 
Il envoie sa parole sur la terre : 
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob, 
ses volontés et ses lois à Israël. 
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ; 
nul autre n’a connu ses volontés.

2ème lecture : Le sacrement de l’unité (1Co 10, 16-17)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
La coupe d’action de grâce que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ?
Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

sequence : La séquence est facultative et ad libitum : ()

Sion, célèbre ton Sauveur,
chante ton chef et ton pasteur
par des hymnes et des chants.

Tant que tu peux, tu dois oser,
car il dépasse tes louanges,
   tu ne peux trop le louer…

Le voici, le pain des anges,
il est le pain de l’homme en route,
le vrai pain des enfants de Dieu,
   qu’on ne peut jeter aux chiens…

Evangile : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde» (Jn 6, 51-58)

Acclamation : Alléluia.Alléluia. Tu es le pain vivant venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivra pour toujours. Alléluia. (cf. Jn 6, 51.58)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait :
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.
Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Patrick BRAUD
 

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6 juin 2014

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie

 

Homélie pour la fête de Pentecôte
08/06/2014

 

Que fête-t-on à Pentecôte ?

- Une fête agraire où on se réjouit des premières gerbes de la moisson ?

C’était le cas il y a des milliers d’années. Et après tout, pourquoi ne pas se réjouir de la générosité de la nature en marquant symboliquement par l’offrande des prémices que c’est elle qui nous nourrit ?

- Le don de la Torah à Israël au Sinaï ?

Sans aucun doute, les chrétiens ne renieront pas cette interprétation historique de l’antique fête rurale. Oui, la sortie d’Égypte est un événement fondateur pour nous tous. Ou ici, le don des tables de la Loi à Moïse au sommet du Sinaï continue à structurer la vie des croyants et plus largement encore.

La Pentecôte chrétienne hérite de la fête juive de Shavouot le rôle central de la Loi dans l’Alliance (mais vécu dans l’Esprit).

 

- Le don de l’Esprit Saint aux disciples ?

Bien sûr, car la venue de l’Esprit Saint sur les Douze (reconstitués grâce à l’élection de Mathias à la place de Judas) marque l’accomplissement de l’Alliance pour les 12 tribus d’Israël, et l’accomplissement de la Loi dans l’amour.

 

Y a-t-il autre chose à fêter à Pentecôte en plus de ces trois dimensions pourtant majeures et monumentales ?

Peut-être…

 

Si on regarde de près le texte des Actes des Apôtres (Ac 2, 12-42), on peut deviner qu’il est en fait la jonction de deux interprétations d’un même événement. Il reste encore les points de suture de la fusion des deux récits.

 

La glossolalie

Un premier récit témoigne de l’effet de la Pentecôte sur les disciples eux-mêmes : des gens qui les entendaient ne les comprenaient pas, et pensaient qu’ils étaient ivres ! « Ils sont pleins de vin doux » raillent-t-il avec cynisme (Ac 2,13).  Et Pierre est obligé de préciser : « Ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez, car c’est la troisième heure du jour (9h du matin) » (Ac 2,15). C’est donc que les Douze  ne parlaient pas dans des langues étrangères, mais dans un méta-langage si l’on peut dire, au-delà des mots. Pour dévaloriser la libre expression des disciples chantant et parlant au-delà de la grammaire et du vocabulaire, on les accuse de délirer ; mais c’est bien une réelle expression de libre louange qui jaillit de la gorge des disciples. C’est le fameux scat de Pentecôte !

Selon ce premier récit, la venue de l’Esprit en nous produit une telle explosion de joie que les mots ne suffisent pas à exprimer cette intense expérience. Alors on se met à prier sans paroles, mais avec jubilation. Comme le jazzman oublie sa partition et se lance dans une brillante improvisation, telle Ella Fitzgerald inventant le scat  avec ses onomatopées célèbres, ou plus simplement comme il vous arrive de fredonner sous la douche ou en voiture un air dont pourtant vous n’avez plus les paroles.

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie dans Communauté spirituelle Pentecostals_PraisingCe phénomène est mieux connu maintenant que des chrétiens protestants américains – qui se sont justement appelés pentecôtistes à cause de cela – ont redécouvert cette effusion de l’Esprit à la fin du XIX° siècle. Le renouveau charismatique a relayé cette expérience à l’intérieur du catholicisme.

Ce phénomène peut légitimement s’appeler glossolalie = parler en langue (au singulier : la langue de l’Esprit Saint, qui ne se réduit à aucune langue particulière).

 

C’est cette glossolalie qu’évoque Paul dans ses lettres aux corinthiens :

« Celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu; personne en effet ne comprend: il dit en esprit des choses mystérieuses.  Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes; il édifie, exhorte, réconforte.  Celui qui parle en langue s’édifie lui-même, celui qui prophétise édifie l’assemblée.  Je voudrais, certes, que vous parliez tous en langues, mais plus encore que vous prophétisiez; car celui qui prophétise l’emporte sur celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’assemblée en tire édification.

 (..) C’est pourquoi celui qui parle en langue doit prier pour pouvoir interpréter.  Car, si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence n’en retire aucun fruit.

  Que faire donc? Je prierai avec l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence. Je dirai un hymne avec l’esprit, mais je le dirai aussi avec l’intelligence.  (?) Si donc l’Église entière se réunit ensemble et que tous parlent en langues, et qu’il entre des non-initiés ou des infidèles, ne diront-ils pas que vous êtes fous?  Mais si tous prophétisent et qu’il entre un infidèle ou un non-initié, le voilà repris par tous, jugé par tous;  les secrets de son coeur sont dévoilés, et ainsi, tombant sur la face, il adorera Dieu, en déclarant que Dieu est réellement parmi vous. » (1 Co 14, 2-24)

Rappelons à nouveau le témoignage de St Augustin sur ce chant au-delà des paroles :

« Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien. Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. [?] Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son c?ur. En effet ceux qui chantent, soit en faisant la moisson, soit en faisant les vendanges, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés par une telle joie qu’ils ne peuvent la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation. [?] Que ton c?ur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien avec des cris de joie. » 

Aujourd’hui encore, la glossolalie de Pentecôte nous livre un message libérateur : n’ayez pas peur de laisser éclater votre joie ; ne vous retenez pas lorsque vous percevez la beauté du monde ou de quelqu’un. Chantez votre bonheur de vivre, fredonnez votre admiration de la nature, « scattez » votre émerveillement devant l’harmonie de l’univers autour de vous et en vous. Improvisez votre louange à partir des belles choses dont vous êtes témoins : cela décuplera votre sentiment de communion, et cela enracinera ses effets au plus intime de vous, pour longtemps.

 

 

La xénolalie

En plus de la glossolalie, un autre phénomène vient se greffer à cette fête de Pentecôte. La seconde version de l’évènement contenue dans notre texte évoque le « parler en d’autres langues » (xéno-lalie) comme un fruit de la venue de l’Esprit Saint sur nous.

« Tous, nous les entendons parler dans notre langue maternelle » (Ac 2,8) : la xénolalie a donc pour but de parler la langue de l’autre, afin de le toucher au coeur, avec sa culture, son histoire, son génie propre. Ce phénomène est quant à lui beaucoup plus rare aujourd’hui ! Et depuis longtemps. À tel point que les Pères de l’Église, constatant sa disparition, l’ont transposé dans la capacité de l’Église à parler  toutes les langues de la Terre, puisqu’elle est catholique (= universelle). Elle s’enracine grâce aux missionnaires dans chaque peuple pour lui traduire l’Évangile et lui parler avec ces mots.

L’intention reste alors très actuelle : l’Esprit nous pousse à apprendre à parler la langue de l’autre, à nous ouvrir à sa culture, à lui annoncer l’Évangile dans sa sagesse spécifique, son vocabulaire, sa grammaire propre.

 

Conjuguer glossolalie et xénolalie

L’enjeu de Pentecôte serait alors de ne plus séparer ce que le texte des Actes a uni : la libre louange au-delà des mots (glossolalie) et l’élan missionnaire avec son exigence d’inculturation (xénolalie).

 

Savoir se réjouir sans aucune honte de le manifester / se décentrer pour parler à l’autre à partir de sa culture : les deux mouvements ne fonctionnent que lorsqu’ils ont leur source dans une vie intérieure, dans une vie spirituelle authentique.

S’émerveiller va de pair avec dialoguer.

Savourer la beauté du monde engage à aller vers l’étranger pour habiter son monde à lui.

Exulter de joie et apprendre la langue de l’autre sont deux mouvements qui s’impliquent mutuellement (pour la présence de Dieu en soi, pour mille autres raisons…)

Bref : l’intériorité maximum et l’altruisme le plus exigeant sont deux faces d’une même monnaie, celle de Pentecôte, celle de l’Esprit en nous.

Comment aller vers l’autre jusqu’à apprendre sa langue si on n’est pas capable de s’émerveiller, de se réjouir de tout ce qu’il y a de vrai, de beau et de bien dans sa culture, son histoire, sa personne ?

Et comment apprécier vraiment le bonheur de vivre si je n’apprends pas à déchiffrer ce monde, à en mesurer la beauté, l’harmonie, la complexité ?

 

Même en entreprise, ce double mouvement est extraordinairement fécond. Lorsqu’on est employé au cadre, apprendre à parler la langue de l’autre est fondamental si on veut travailler ensemble. Cela demande beaucoup de bienveillance, et une grande faculté de se réjouir de ce que l’autre est en lui-même, différent de soi. Celui qui est capable de voir avec bonheur le positif du collègue, du N+1 ou N-1, sera souvent le même qui sait comment s’adresser à lui, comment le respecter dans ce qu’il est tout en lui adressant sa demande et son désir de travailler ensemble.

 

Glossolalie et xénolalie : au-delà de ces termes techniques, ce sont des expériences très concrètes qui sont liées à notre fête de Pentecôte. Porter attention à soi et à l’autre, ou plutôt à la présence de Dieu en soi (effusion de l’Esprit, glossolalie) et à la qualité de ma présence à l’autre (lui parler dans sa culture, xénolalie)…

 

Chantez, fredonnez, scattez comme Ella, tout en traduisant, en bon interprète passionné de la culture de l’autre : que Pentecôte nous s’apprenne à unir la joie intérieure et la communion avec l’étranger…

 

 

 

Messe du jour

1ère lecture : La venue de l’Esprit Saint sur les disciples (Ac 2, 1-11)

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie.
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux.
Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d’eux les entendait parler sa propre langue.
Déconcertés, émerveillés, ils disaient : 
« Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

 

Psaume : Ps 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! 
Quelle profusion dans tes ?uvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, il expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

 

2ème lecture : L’Esprit du Christ fait l’unité de l’Église dans la diversité (1Co 12, 3b-7.12-13)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
sans le Saint-Esprit, personne n’est capable de dire : « Jésus est le Seigneur. »
Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit.
Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur.
Les activités sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous.
Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous.

Prenons une comparaison : notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ.
Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit.

sequence : ()

Viens, Esprit-Saint, en nos c?urs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres.
Viens, dispensateur des dons.
Viens, lumière en nos c?urs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le c?ur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu
donne le salut final
donne la joie éternelle.

Evangile : Jésus ressuscité donne l’Esprit Saint à ses Apôtres(Jn 20, 19-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Pénètre le c?ur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Patrick BRAUD

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30 mai 2014

Dieu est un trou noir

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Dieu est un trou noir

Homélie du 7° Dimanche de Pâques
01/06/2014

Dieu est lourd

On la chante, on lui rend, on l’espère, on la devine parfois sur des visages transfigurés, on l’associe au salut du monde, les jésuites font tout pour elle, les cieux la racontent, … mais qu’est-ce donc au juste que la « gloire de Dieu ? »


« Glorifie ton fils afin que ton fils te glorifie ».

« Donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi ».

« Je trouve ma gloire dans ceux que tu m’as donnés ».

Cette page de l’évangile de Jean déborde de gloire (Jn 17, 1-11). La gloire de Dieu, la glorification du Fils, les hommes qui rendent toute gloire à Dieu. Mais qu’est-ce donc exactement cette gloire dont St Jean nous rebat les oreilles ?

L’analogie physique du « trou noir » peut aider à comprendre… 

Le mot même peut nous aider. En grec, la gloire se dit « doxa« , et c’est la même racine que les mots signifiant « lourd « , « pesant « . Parler de la gloire de Dieu, c’est donc dire que Dieu est lourd, pesant. Non pas qu’il ait besoin de faire un régime ! Mais la lourdeur, la pesanteur de Dieu, c’est une certaine densité d’être qui fait que sa vie a du poids, a de la consistance.


* Prenons une comparaison, une comparaison cosmique.

Les théories physiques actuelles décrivent la présence de « trous noirs » dans l’espace. Un trou noir, c’est un « endroit » de l’espace-temps où il y a une densité de matière et d’énergie quasi-infinie. Un condensé si fort qu’en un « lieu » minuscule il y a une infinité d’étoiles et de galaxies. Un trou noir dans l’espace est tellement dense qu’il attire à lui tout ce qui passe à proximité, et il devient de plus en plus dense. Il est noir parce que même la lumière y est attirée et converge vers lui. On l’appelle un « trou » parce qu’il engloutit et attire toute forme de matière qui passe à côté.

Cette image du trou noir peut nous aider à comprendre ce qu’est la gloire de Dieu. C’est une forme de densité d’énergie et d’être qui est si forte qu’elle attire à elle ceux qui cherchent à vivre une existence pleine, remplie, dense.

Glorifier Dieu, c’est alors en quelque sorte se laisser tomber dans un trou noir?
Rendre gloire à Dieu, c’est découvrir de l’intérieur que la vie en lui et avec lui est dense, infiniment dense ; que la saveur de certains moments de l’existence a un goût d’infini et d’éternité ; que la qualité de certaines relations dans l’amour, le bonheur et même dans l’épreuve, est « grosse » d’infini, comme une femme qui porte en elle une vie naissante.

* Comment exprimer cette densité d’être ? Quand la joie, la gravité ou la communion humaine sont si intenses, comment le dire ? Chacun de nous, nous avons vécu de ces moments extraordinairement forts, où les mots sont trop pauvres pour exprimer ce que l’on ressent. Devant un paysage à couper le souffle, dans une communion d’amour, dans une confidence d’amitié, dans un engagement militant, bref, chaque fois que la profondeur de la vie nous frappe à nouveau de stupeur et d’étonnement, comment parler au-delà des mots ? Comment habiter l’intensité de l’existence, c’est à dire comment rendre gloire à Dieu quand il y a un excès de joie, un excès de profondeur ?

 

La musique, meilleure ambassadrice de la doxa divine


* Et si c’était le rôle de l’art de traduire quelque chose de cet excès de la vie ? Et si 
Dieu est un trou noir dans Communauté spirituelle agneauc’était justement là le rôle de la musique et du chant ? En particulier dans la liturgie. Avez-vous déjà réfléchi au rôle des instruments et des chants dans la liturgie ? Ce n’est pas seulement pour que ce soit plus vivant ou plus beau que la liturgie demande une animation musicale. Mais c’est parce qu’il s’agit de rendre gloire à Dieu, et qu’il y a dans cette expérience de la gloire un surplus, un trop plein, un excès que seul l’art poétique, musical et choral peut porter. Relisez l’Apocalypse : par nature, la liturgie est musicale.

 

St Augustin est lui aussi le témoin de cet excès, de cette densité si forte qu’elle appelle le chant :

« Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien. Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. [?] Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son c?ur. En effet ceux qui chantent, soit en faisant la moisson, soit en faisant les vendanges, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés par une telle joie qu’ils ne peuvent la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation. [?] Que ton c?ur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien avec des cris de joie. »


* Celui qui n’explore jamais la densité de l’univers, la densité de son être, ne peut pas vraiment participer à la liturgie. Et la musique est pour nous une amie, un compagnon dans l’exploration de cette profondeur. Pourquoi, lorsqu’on est triste à pleurer, aime-t-on souvent écouter une musique triste ? Sinon justement parce qu’elle sait dire mieux que nous ce qui se passe à l’intérieur de nous-même ? C’est l’origine du blues et du gospel notamment, nés de l’exploration de la profondeur de la tristesse noire en exil loin de l’Afrique, et en liberté surveillée.
En même temps, la musique est pour nous un mémorial. Elle nous aide à ne pas perdre la mémoire. Car chacun de nous, nous avons en mémoire des musiques qui sont liées à des évènements précis de notre histoire personnelle. Des amoureux qui se sont connus sur un morceau de rock ou un slow ne l’écoutent jamais de la même oreille. Je connais des gens qui ont entendu pour la première fois l’Exultate-Jubilate de Mozart à un enterrement et qui en sont revenus bouleversés. Quand ils réécoutent ce chant, ils réécoutent l’espérance de la Résurrection qui les avait frappés alors.

Avec le temps, nos goûts musicaux changent parfois. Chacun a eu son époque : Charles Trenet pour les anciens, Claude François pour les moyens, Patrick Bruel pour les ados d’avant, et Shakira ou Beyoncé pour ceux d’aujourd’hui. Dans notre histoire personnelle, il y a des époques où l’on aime surtout les variétés, puis le jazz, ou, dans le classique, on évolue, de Mozart à Chostakovitch ou autre, selon les périodes de sa vie. Dans notre histoire collective aussi, la musique change et garde la trace des évènements. La musique flamenco est la mémoire vivante d’une période de paix et de métissage culturel. N’est-elle pas née grâce à l’influence arabe sur la culture hispanique, tout au long de ces 7 siècles, du VIII° au XV°, où le métissage culturel entre cultures arabes et cultures occidentales a produit des splendeurs musicales, architecturales et scientifiques ? Le flamenco nous aide à garder vivante la mémoire de cette fécondité mutuelle où l’ouverture à l’autre, où l’étranger était source de progrès humain et culturel. Les mystérieuses voix bulgares nous rediraient la même chose à partir du métissage entre l’Orient et l’Occident.

 

Et la grâce de la musique, c’est qu’elle nous invite à faire l’expérience de quelque chose comme la gloire de Dieu, dans la jubilation même du chant au-delà des mots.

Pensez au grégorien : les interminables modulations du choeur sur un « a » ou un « e » d’un alléluia font s’arrêter le temps, et éclater la louange au-delà du texte.

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Pensez au « scat » d’Ella Fitzgerald : quand la diva du jazz se laissait aller à jubiler par onomatopées au-delà de la partition, elle était dans la « gloire » et toute sa personne rayonnait de joie !


* Jouer des instruments et chanter, c’est donc l’une des voies les plus privilégiées pour chanter la gloire de Dieu. Il s’agit de se laisser tomber par amour dans les bras de Celui qui nous attire à lui pour nous révéler la vraie densité de l’existence humaine, la vraie profondeur de notre humanité. C’est pourquoi toute l’eucharistie est orientée, aimantée vers la grande doxologie trinitaire que nous chanterons tout à l’heure : « tout honneur et toute gloire par les siècles des siècles ».

 

1ère lecture : Les disciples réunis dans la prière après l’Ascension (Ac 1, 12-14)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n’est pas loin. (La distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.)
Arrivés dans la ville, ils montèrent à l’étage de la maison ; c’est là qu’ils se tenaient tous : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, arthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.
D’un seul coeur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

Psaume : Ps 26, 1, 4abcd, 7-8

R/ Oui, nous verrons la bonté de Dieu sur la terre des vivants.

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur, 
la seule que je cherche : 
habiter la maison du Seigneur 
tous les jours de ma vie.

Écoute, Seigneur, je t’appelle ! 
Pitié ! Réponds-moi ! 
Mon coeur m’a redit ta parole : 
« Cherchez ma face. »

2ème lecture : Bienheureux les persécutés pour le Christ (1P 4, 13-16)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Mes bien-aimés, puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera.
Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous.
Si l’on fait souffrir l’un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur.
Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien.

Evangile : La grande prière de Jésus : « Père, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1-11a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ne vous laisse pas orphelins : il reviendra vers vous, alors votre c?ur connaîtra la joie.Alléluia. (cf. Jn 14, 18; 16, 22)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.
Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
Or, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’oeuvre que tu m’avais confiée.
Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde.
J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole.
Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi,
car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi, et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé. 

Je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »
Patrick BRAUD

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23 mai 2014

Fidélité, identité, ipséité

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Fidélité, identité, ipséité

Homélie du sixième dimanche de Pâques / Année A
25/05/2014

Fidélité, identité, ipséité dans Communauté spirituelle« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »

Cette citation célèbre d’Edgar Faure illustre son parcours pour le moins multi-cartes sous la IV° République, faisant sans cesse des allers-retours entre le centre droit, Mendès France, la présidence du Conseil, jusqu’au gouvernement de Pompidou ensuite !
Être une girouette est devenu synonyme en français de l’infidélité maximum !

 

Que veut dire : demeurer fidèle ?

Comment rester soi-même alors que tout change autour de soi et en soi ?

Qu’est-ce que la fidélité à l’heure où il y a un divorce pour deux mariages, où les politiques semblent incapables de tenir la parole donnée en campagne électorale ?

Comment changer pour demeurer soi-même ? 

Le Christ nous donne dans cet évangile du sixième dimanche de Pâques trois mots qui font système : « si vous m’aimez, vous demeurez fidèles à mes commandements » (cf. Jn 14, 15­­?21).

Chaque mot s’appuie sur les deux autres pour exister.

Que serait une fidélité rigide observant scrupuleusement les commandements sans amour ?

Que serait un amour-girouette obéissant aux seuls sentiments sans tenir compte des grands impératifs de la vie ensemble ?

Et que serait la loi ou l’éthique si elles nous éloignaient de la fidélité pratiquée avec amour ?

ancreflo fidélité dans Communauté spirituelle 

Pour le Christ – et d’abord parce qu’il le vit ainsi lui-même – la fidélité se nourrit de l’amour et du respect des commandements.

 

On a là deux pôles apparemment en tension l’un avec l’autre : les commandements sont réputés immuables, universels (« tu ne tueras pas »…), alors que l’amour est vivant, donc changeant, évolutif, dynamique.

Observer les commandements, c’est jeter une ancre puissante pour stabiliser le navire et l’empêcher de dériver. Mais c’est une ancre flottante, car aimer oblige à passer sans cesse d’une rive à l’autre…

Paul Ricoeur – philosophe façonné par sa tradition protestante – a formulé avec génie cette dialectique du permanent et du changeant qui est en jeu dans la fidélité. Il distingue l’identité de l’ipséité, dans l’accomplissement de la personnalité de celui qui veut tenir parole.

« D’un côté, l’identité comme mêmeté (latin : idem ; anglais : sameness ; allemand : Gleichheit), de l’autre, l’identité comme ipséité (latin : ipse ; anglais : selfhood ; allemand : Selbstheit) » 1.

- L’identité désigne le côté stable, permanent, structurant du caractère et de la personnalité de quelqu’un

- L’ipséité vise plutôt le mouvement réfléchi de celui qui travaille sur soi pour devenir vraiment lui-même. À cause des événements extérieurs, à cause de la maturation intérieure, chacun évolue et prend conscience de façon plus affinée, de façon différente, de son identité profonde.

Il faut donc conjuguer ces deux dimensions, tout au long d’une existence, de façon dialectique. Car la grande question de la fidélité est d’intégrer le temps humain sans se renier 2.

Se figer sur une identité statique (la mêmeté, dit Ricoeur) et immuable peut engendrer tous les intégrismes, tous les communautarismes et rejets de l’autre que nous voyons proliférer.

Se laisser fasciner par l’ipséité, par la possibilité d’engendrement de soi, peut également aboutir à toutes les dérives, de celles de la théorie du genre aux innombrables fidélités successives qui détruisent les couples, les partis politiques, les entreprises… Alain Finkielkraut a essayé ? avec un esprit polémique discutable - de diagnostiquer cette pathologie de « l’identité malheureuse » qui oublie l’enracinement, et engendre « le vertige de la désidentification » 3.

 

Sans vouloir calquer les deux analyses, on peut quand même entendre dans le trio amour/fidélité/commandements un signe annonciateur (ou du moins cohérent avec) de la dialectique entre l’identité et l’ipséité de Ricoeur.

- Les commandements en effet sont plutôt du côté de l’identité-mêmeté. Ils n’ont pas bougé depuis 2000 ans (depuis 5000 ans même si l’on remonte au code d’Hammourabi). Jésus ne veut surtout pas les abolir (cf. « Accomplir, pas abolir« ). L’interdit du meurtre ou de l’inceste sont gravés dans l’inconscient collectif comme des structurants  fondamentaux du vivre ensemble. Et cela ne bougera pas de sitôt !

- L’amour lui est plutôt du côté de l’ipséité. Par amour de l’autre, on se lance dans de nouveaux projets qui changent la vie : acquérir une maison, devenir parent, donner un autre sens à son travail… Par amour d’une idée ou d’une conviction, on peut être amené à faire des choses nouvelles inconcevables auparavant : partir en Afrique, adopter des enfants, changer de métier, accepter des responsabilités, bref être emmené là où vous n’aviez jamais pensé aller.

 

Comment unir les deux ?

Dans la philosophie de Ricoeur – qui veut rester méthodologiquement athée – c’est la personne, le sujet parlant (et voulant tenir sa parole c’est-à-dire être fidèle à la parole donnée) qui fait l’unité entre eux identité et ipséité. Dans la bouche du Christ, nous l’avons entendu, c’est un autre acteur – pourtant très intime - qui fait le lien : « l’Esprit de vérité ». C’est l’Esprit qui nous permet de discerner ce qui est à conserver et ce qui doit évoluer. C’est dans l’Esprit que nous sommes amenés à décider comment être plus fidèle à nous-mêmes. La vie spirituelle est justement cet aller-retour permanent entre ce qui fait notre être profond et les décisions à prendre pour y correspondre pleinement. L’Esprit nous fait naviguer sur de nouveaux horizons sans nous débarrasser de l’ancre flottante des commandements régulant notre allure, surtout par forte houle et tempête…

Du coup, devenir fidèle est très concret.

Prenez la fidélité de l’Église aux commandements juifs. À la lettre, les chrétiens y sont infidèles : nous ne respectons plus le shabbat, ni les 613 commandements très précis encadrant la vie des juifs pratiquants. Pourtant, nous avons l’audace de croire que nous respectons mieux encore l’esprit de ses commandements depuis que le Christ nous a montré comment les accomplir (sans les abolir). L’accomplissement est dans l’amour (de Dieu / de l’autre) : c’est la règle ultime au-dessus de toutes les autres qui permet de les vivre en cohérence avec la présence de Dieu en nous. Au nom de cet accomplissement, le Christ a permis à ses disciples de travailler le jour du shabbat, et lui-même a guéri des malades et handicapés ce jour là. Au nom de l’ipséité pourrait-on dire, l’Église a ensuite permis aux juifs de manger avec les non- juifs, aux païens de ne pas être circoncis pour entrer dans le baptême, aux chrétiens de manger les animaux autrefois déclarés impurs etc.

La vraie fidélité est dynamique, on le voit bien. Pas n’importe quelle dynamique, pas celle de la girouette d’Edgar Faure ! Non : une dynamique pour mieux accomplir les commandements qui structurent notre dignité humaine.

Cette fidélité-là est exigeante : à la fois créatrice et enracinée, souple et avec une forte colonne vertébrale, attentive aux signes des temps et ferme sur ce qui n’est pas négociable.

Cette fidélité-là est féconde : « vous ferez des oeuvres plus grandes que moi » ose dire Jésus (Jn 14,10).

 

« Si vous m’aimez, vous demeurerez fidèles à mes commandements » : examinons les fidélités (ou infidélités) qui ont été / sont les nôtres. Comment peuvent-elles se laisser transformer par ce que le Christ nous en dit aujourd’hui ?

____________________________________________________________________________________________________________

1. Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, coll. Points essais, 1990, p. 140.

2. Dans Temps et récit, Paul Ricoeur avait introduit la notion d’identité narrative à l’occasion d’une discussion sur le sens du temps dans les récits de fiction ; dans Soi-même comme un autre qui porte principalement sur la question de l’identité, il développe à nouveau ce concept en l’explicitant :
« Je me propose de remettre ici en chantier la théorie narrative, non plus dans la perspective de ses rapports avec la constitution du temps humain, comme il a été fait dans Temps et récit, mais de sa contribution à la constitution du soi » ; ibid., p. 138.

3. Alain Finkelkraut, L’identité malheureuse, Stock, 2013.

1ère lecture : Évangélisation de la Samarie (Ac 8, 5-8.14-17)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Philippe, l’un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ.
Les foules, d’un seul c?ur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient.
Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais, qui les quittaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris.
Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils leur envoyèrent Pierre et Jean.
À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent le Saint-Esprit ; en effet, l’Esprit n’était encore venu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus.
Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.

Psaume : Ps 65, 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur !

Acclamez Dieu, toute la terre ; 
fêtez la gloire de son nom, 
glorifiez-le en célébrant sa louange.
Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

Toute la terre se prosterne devant toi, 
elle chante pour toi, elle chante pour ton nom.
Venez et voyez les hauts faits de Dieu, 
ses exploits redoutables pour les fils des hommes. 

Il changea la mer en terre ferme : 
ils passèrent le fleuve à pied sec. 
De là, cette joie qu’il nous donne. 
Il règne à jamais par sa puissance. 

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : 
je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme.
Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, 
ni détourné de moi son amour !

2ème lecture : Soyez les témoins de notre espérance au milieu des hommes (1 P 3, 15-18)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frère,
c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos c?urs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. 
Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ.
Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal.
C’est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie.

Evangile : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 15-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dans l’Esprit Saint, rendez témoignage que Jésus est le Fils de Dieu, car l’Esprit est vérité. Alléluia. (cf. 1 Jn 5, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous.
Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »
Patrick BRAUD

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