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6 novembre 2022

Répliquer aux bourreaux

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Répliquer aux bourreaux

 

Homélie du 33° Dimanche du temps ordinaire / Année C 

13/11/2022 

 

Cf. également :

Il n’en restera pas pierre sur pierre

Nourriture contre travail ?

« Même pas peur »…

La « réserve eschatologique »

Ordinaire ou mortelle, la persécution
Conjuguer le bonheur au présent


L’Esprit Saint est notre avocat

Les catholiques de rite latin aiment bien invoquer Marie dans le Salve Regina en l’appelant : « advocata nostra », notre avocate. En réalité, Marie n’est avocate que par participation, parce qu’elle est remplie de l’Esprit Saint. C’est lui notre Paraclet, mot grec ayant la même signification que le mot latin avocat (para-kletos = ad-vocatus = celui qui est appelé aux côtés de quelqu’un pour le défendre). Jean le décrit ainsi dans son Évangile : 

Répliquer aux bourreaux dans Communauté spirituelle 123391696« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur (Paraclet) qui sera pour toujours avec vous : » (Jn 14,16)

« Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26).

« Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur » (Jn 15,26).

« Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16,7).

Et dans notre lecture de ce dimanche (Lc 21,28), Jésus annonce qu’il sera aux côtés des chrétiens accusés pour leur inspirer leur plaidoirie de défense :

« On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ».

Nous pouvons donc compter sur l’Esprit du Christ pour nous souffler les arguments de notre défense, et pour nous inspirer une plaidoirie étincelante, sans avoir à la préparer à l’avance : elle nous sera donnée au moment où nos accusateurs nous demanderont de parler.

 

Soyons réalistes : les persécutions contre la foi chrétienne n’ont pas cessé depuis les origines. Elles peuvent susciter haine et rancœur chez les baptisés. Heureusement, le double commandement du Christ nous impose d’aimer nos ennemis, et de leur tendre l’autre joue. L’Esprit nous apprend alors à aimer ceux qui font le mal sans être complices du mal commis, et à tendre à nos oppresseurs un autre visage que celui d’une victime apeurée et résignée.

Tendre l'autre joueCar tendre l’autre joue ne veut pas dire se taire et subir en silence, se résigner sans rien faire. Tendre l’autre joue à celui qui nous frappe, c’est refuser d’endosser le rôle de la victime blessée, et lui montrer un autre visage, non tuméfié : le visage de notre dignité intacte d’enfants de Dieu, inaliénable, quoi qu’il nous fasse. En nous aidant à nous défendre, en nous soufflant les arguments et l’éloquence de notre plaidoirie, l’Esprit du Christ nous fait tendre l’autre joue à nos ennemis, la joue intacte, semblable à la sienne, des enfants bien-aimés d’un même Père.

Si tendre l’autre joue signifiait ne pas protester et baisser les yeux devant l’agresseur, comment expliquer la réaction de Jésus devant les gardes qui le frappaient ?

« Un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : ‘C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre !’ Jésus lui répliqua : ‘Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?’ » (Jn 18,22-23).

Inspiré par l’Esprit, sans haine ni colère, Jésus demande la vérité : « pourquoi me frappes-tu ? », et la justice : « je n’ai fait aucun mal ». C’est le fondement de la légitime défense, qui refuse d’être complice du mal commis par l’agresseur et cherche à le détourner de ce mal en nous montrant sous un autre jour. Les Ukrainiens par exemple qui se défendent courageusement pour chasser les envahisseurs de leur pays pourront le faire le cœur en paix, s’ils ne répondent pas à la haine par la haine, ni à l’injustice par d’autres injustices. Se défendre pour se protéger et protéger les siens, et protéger le bourreau de lui-même, est une légitime inspiration, une spirituelle mise en œuvre du commandement évangélique de l’amour de l’autre, fut-il mon ennemi, en lui tendant une autre joue que celle qu’il a frappée.

Le pape François l’affirmait clairement lors de sa visite au Kazakhstan en Septembre sur la nécessité de fournir des armes à Kiev : « C’est une décision politique qui peut être morale, moralement acceptée, si les conditions de moralité sont réunies ». « Mais cela peut être immoral si cela se fait avec l’intention de provoquer plus de guerres ou de vendre plus d’armes, ou se débarrasser des armes qui ne servent plus. La motivation est ce qui qualifie en grande partie la moralité de cet acte », a-t-il ajouté. « Se défendre est aussi une expression d’amour de la patrie ». « Qui ne se défend pas, n’aime pas, mais qui défend, aime », a ajouté François.

 

Quelques répliques de martyrs à leurs bourreaux

- Après Jésus pendant son procès, le premier à avoir expérimenté l’assistance de l’Esprit comme avocat de sa défense est le diacre Étienne (Ac 7). Traîné devant le tribunal juif pour avoir proclamé la résurrection du Christ, Étienne ne se laisse pas faire : il prend la parole et développe une longue relecture de l’histoire d’Israël en guise de plaidoyer pour la messianité de Jésus. Il parle sans papier, sans préparation, sans aide juridique. Il est visiblement inspiré au point que son visage en est transfiguré : 

« Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Étienne, et ils virent que son visage était comme celui d’un ange » (Ac 6,15).

Voilà encore une autre façon de tendre l’autre joue ! L’Esprit le transfigure lorsqu’il contemple celui qu’il va rejoindre bientôt par la lapidation décidée par avance dans cette parodie de justice.

Et c’est le même Esprit qui lui met sur les lèvres les paroles qu’il avait mises sur celle de Jésus devant ses bourreaux : 

« Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : ‘Seigneur Jésus, reçois mon esprit.’ Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : ‘Seigneur, ne leur compte pas ce péché.’ Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort » (Ac 7,59-60).

 

Dans la lignée d’Étienne, de nombreux martyrs des trois siècles suivants laisseront eux aussi l’Esprit du Christ parler et agir devant leurs ennemis cherchant à les humilier, à les éliminer. Parcourons quelques-unes seulement des répliques inspirées à ces témoins de la foi risquant leur vie pour témoigner du Christ [1].

 

Martyrs_Maraval-56d29 AED dans Communauté spirituelle- Vers l’an 107-110, Ignace, premier évêque d’Antioche, est conduit vers son supplice dans l’arène romaine. Il écrit à sa petite communauté quelques mots contenant déjà une théologie de l’eucharistie conçue comme l’offrande de soi, par amour :

« Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu … 

Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ ».

Voilà pourquoi on insère toujours une relique d’un martyr si possible (ou d’un saint) dans l’autel d’une église, car le martyre est la véritable eucharistie : célébrer la Passion du Christ sur l’autel conduit à offrir notre vie, unis à lui, jusqu’à mourir s’il le faut, pour témoigner de la communion au Christ qui nous anime et qui est offerte à tous.

 

- Le vieil évêque de Smyrne, Polycarpe, tient tête au proconsul romain qui mène son interrogatoire en 156. 

Le proconsul demande donc à Polycarpe de simplement dire : « À bas les athées ! ». Polycarpe regarde alors, d’un visage grave, la foule des païens sans loi rassemblée dans le stade, fait un signe de sa main vers eux, puis, en gémissant et levant les yeux vers le ciel, il dit : « À bas les athées ! » »

Cette audace de dire la vérité au prix de sa vie est la marque de l’Esprit, qui « nous conduit vers la vérité tout entière ».

Dans l’arène, avant que les fauves soient lâchés, le proconsul insistait et disait : 

« Jure, et je te laisse aller, maudis le Christ » ; Polycarpe répondit: « Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, et il ne m’a fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon roi qui m’a sauvé ? »

D’où viennent ce courage et ce bon sens (voire cet humour !), sinon de l’Esprit qui le conduit depuis tant d’années ?

 

blandine2 Esprit- En 177, parmi les futurs martyrs de Lyon, une certaine Biblis avait renié sa foi sous la menace (qui d’entre nous n’aurait pas fait comme elle ?). Les Romains veulent l’amener à avouer le soi-disant anthropophagisme des chrétiens. Elle répliqua aux calomniateurs en disant : 

« Mais comment ces gens-là pourraient-ils manger des petits enfants alors qu’ils n’ont même pas le droit de manger le sang des animaux dénués de raison ? (selon la coutume juive de manger casher, que les premiers chrétiens suivaient encore parfois) ». À compter de cet instant, elle s’affirma de nouveau chrétienne et tint ferme. Aussi fut-elle mise au rang des martyrs. 

Ces accusations envers les chrétiens (comme envers les juifs hélas aux temps des pogroms !) sont si ridicules, dangereuses et injustes qu’il faut les réfuter avec force avant qu’elles ne prolifèrent.

 

– En 185, un certain Apollonius refuse également d’adorer les idoles et l’empereur, dénonçant simplement l’inanité du polythéisme romain : 

« Je ne puis honorer les idoles faites de mains d’homme. Aussi n’adorerai-je jamais or, ni argent, bronze ni fer, pas plus que de prétendues divinités de bois ou de pierre, qui ne peuvent ni voir ni entendre, mais sont l’œuvre d’ouvriers, d’orfèvres, de tourneurs ou de ciseleurs et qui n’ont pas de vie ».

Ne pas se prosterner devant les idoles en montrant qu’elles ne sont rien : n’est-ce pas encore aujourd’hui ce que l’Esprit inspire aux chrétiens devant les idoles modernes que sont les puissances de l’argent, du pouvoir, de la folie religieuse etc. ?

 

- En 250, Saint Maxime sait trouver les mots pour proclamer au proconsul sa foi en la vie éternelle :

« - Sacrifie aux dieux.

- Je ne sacrifie qu’à un seul Dieu, à qui je suis heureux d’avoir sacrifié dès l’enfance.

- Sacrifie, et tu seras sauvé ; si tu refuses, je te ferai périr dans les tourments.

Je l’ai toujours désiré : c’est pourquoi je me suis livré afin d’échanger cette vie misérable et courte contre la vie éternelle ». 

Le proconsul le fit battre de verges. Pendant ce supplice, il dit : 

- Sacrifie, Maxime, et tu seras délivré de ces tortures.

- Ce qu’on souffre pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est pas torture mais plaisir. Si je m’éloignais des préceptes de mon Seigneur, que j’ai appris dans son évangile, je n’éviterais pas des tortures, véritables celles-là, et perpétuelles ».

L’Esprit Saint nous apprend à fixer notre regard sur le but ultime de notre vie, ce qui nous donne le courage de relativiser tous les biens périssables au nom desquels on voudrait enchaîner notre liberté de croire.

 

417eIKVMEKL._SX218_BO1,204,203,200_QL40_FMwebp_ martyr- À Nicomédie, pendant l’hiver 250-251, Lucien et Marcien sont interrogés par le proconsul : 

« Qui vous a persuadé de quitter les dieux antiques et véritables qui vous ont été si secourables, et vous ont procuré la faveur populaire, et de vous tourner vers un dieu mort et crucifié, qui n’a pas pu se sauver lui-même ? » 

Marcien : « C’est sa grâce qui a agi, comme pour saint Paul, qui, de persécuteur des églises, en devint, par cette même grâce, le héraut. 

Le proconsul : « Réfléchissez et revenez à votre ancienne piété, afin de vous rendre favorables les dieux antiques et, les princes invincibles, et de sauver votre vie ». 

Lucien : « Tu parles comme un fou; quant à nous, nous rendons grâces à Dieu qui, après nous avoir tirés des ténèbres et de l’ombre de la mort, a daigné nous conduire à cette gloire. 

- C’est ainsi qu’il vous garde, en vous livrant entre mes mains ? Pourquoi n’est-il pas là pour vous sauver de la mort ? Je sais qu’au temps où vous aviez votre bon sens, vous vous rendiez secourables à beaucoup de personnes ». 

 

Ils témoignent de leur conversion, eux qui ont quitté leur réputation et leur statut social pour adhérer au Christ. Ils espèrent la conversion de leurs bourreaux, en souhaitant qu’ils s’ouvrent eux aussi à la vérité :

Lucien : « C’est la gloire des chrétiens, que perdant ce temps que tu crois être la vie, ils obtiennent par leur persévérance la vie véritable et sans fin. Dieu t’accorde cette grâce et cette lumière afin que tu apprennes ce qu’il est et ce qu’il donne à ses fidèles ». 

 

Et enfin ils témoignent de leur espérance en une vie éternelle au-delà de la mort :

Marcien : « Je te le répète, la gloire des chrétiens et la promesse de Dieu consistent en ceci, que celui qui aura méprisé les biens de ce monde et qui aura fidèlement combattu contre le diable, commencera une vie qui n’aura plus de fin ». 

Le proconsul dit : « Commérages que tout cela ! Écoutez-moi et sacrifiez, obéissez aux édits, et craignez que, justement irrité, je ne vous condamne à d’atroces souffrances ». 

Marcien : « Tant qu’il te plaira, nous sommes tout prêts à supporter tous les tourments que tu voudras nous infliger plutôt que de nous jeter, par la négation du Dieu vivant et véritable, dans les ténèbres extérieures et dans le feu éternel que Dieu a préparés au diable et à ses suppôts ». 

Voyant leur attitude, le proconsul prononça la sentence : « Lucien et Marcien, transgresseurs de nos divines lois pour passer à la loi ridicule des chrétiens, après avoir été exhortés par nous à sacrifier afin d’avoir la vie sauve, ont méprisé nos instances. Nous ordonnons qu’ils soient brûlés vifs ». 

 

- En 259, l’évêque de Tarragone, Fructueux (le bien nommé !) console sa communauté déchirée de le voir marcher au supplice :

Comme le moment approchait où le martyr, allait marcher à la gloire plutôt qu’a la souffrance, en présence des frères, sous le regard attentif des soldats qui purent entendre ces paroles dictées par le Saint-Esprit, Fructueux dit : « Vous ne serez pas privés de pasteur, la bonté et la promesse du Seigneur ne vous manqueront pas, ni maintenant ni dans l’avenir.
Ce que vous voyez est la misère d’une heure ».

L’Esprit Saint consolateur relativise jusqu’au drame du déchaînement du mal, en rappelant que le mal ne fait que passer dans l’histoire, alors que l’amour demeure. « Ce que vous voyez est la misère d’une heure… »

 

- En 295, attaché à la non-violence évangélique, Maximilien près de Carthage refuse de prendre les armes et de s’enrôler dans l’armée romaine en tant que soldat de l’empereur :

Le proconsul : « Entre au service, prends la bulle (d’enrôlement dans l’armée), plutôt que de mourir misérablement ».

« - Moi, je ne meurs pas, mon nom est déjà près de Dieu. Je refuse le service ».

« - Pense à ta jeunesse, sois soldat, les armes conviennent bien à ton âge ».

« - Ma milice est celle de Dieu, je ne puis combattre pour le siècle. Je ne cesse de le redire, je suis chrétien ».

« - Dans la garde de nos maîtres Dioclétien et Maximien, Constance et Valère, servent des soldats chrétiens ».

« - C’est leur affaire. Moi je suis chrétien, et je ne sers pas ».

« - Mais les soldats, quel mal font-ils ? »

« - Tu le sais de reste ».

« - Prends du service, sinon je punirai de mort ton mépris pour le métier ».

« - Je ne mourrai pas ; si je sors du monde, mon âme vivra avec le Christ mon Seigneur ».

Contester la légitimité de la violence armée des puissants, jusqu’à l’objection de conscience, est un témoignage rendu au Prince de la paix, jusqu’au martyre s’il le faut. 

Peut-être des soldats russes pourraient-il entendre cet appel… ?

 

250px-Marcellus_Cassian persécution- En 298, près de Tanger, un centurion nommé Marcellus jette publiquement à terre les insignes de son grade pendant une cérémonie en l’honneur de l’Empereur et déclare : « Je suis soldat de Jésus-Christ. Désormais, je ne suis plus au service des empereurs. Je refuse de m’abaisser en adorant vos dieux de bois et de pierre qui sont des idoles sourdes et muettes ». En punition, Marcellus est renvoyé devant le préfet Agricolanus, assisté d’un greffier militaire du nom de Cassianus qui va, avec application, prendre en note l’intégralité des échanges entre le prévenu et le magistrat :

« - Quelle mouche t’a piqué de jeter ainsi tes insignes de commandement et de proférer ces discours insensés ?

- Ceux qui craignent Dieu ne sont pas fous.

- As-tu vraiment dit tout ce qui est consigné dans le rapport te concernant ?

- Oui.

- As-tu vraiment jeté les insignes de ton grade ?

- Oui, car il n’est pas convenable à un chrétien engagé dans les armées du Christ de continuer à servir dans celles de ce monde ».

Le préfet ordonne alors qu’on le passe au fil de l’épée…
L’objection de conscience reste l’honneur des chrétiens aujourd’hui encore, au prix de leur vie. 

 

- En 304, à Rome, la toute jeune Agnès réplique au juge qui voulait la marier de force : 

« Périsse plutôt ce corps que peuvent désirer des yeux que je n’agrée pas ! » 

Recourant alors à une procédure tristement banale, parce qu’il est arrivé que des chrétiennes épouvantées apostasient pour y échapper, le juge la condamne au lupanar. Potius leo quam leno ! « Plutôt le lion que le maquereau ! » dit-on dans la primitive Église en faisant allusion à cette pratique qui condamne les chrétiennes, de préférence des consacrées à la prostitution. À l’énoncé de cette sentence, elle répond :

« Si j’aime le Christ, je suis vierge ». 

À en croire la Tradition, exposée nue dans une maison de passe, l’adolescente en serait ressortie indemne, les clients – écœurés par le procédé – n’ayant pas voulu la toucher. Quoiqu’il en soit, en désespoir de cause et ne parvenant pas à la faire abjurer, il fallut bien se résoudre à la faire périr. On l’égorgea.

Même les enfants trouvent en eux cette audace et ce courage de l’Esprit pour rester fidèles à leur attachement au Christ !

 

Lors de tous ces interrogatoires, l’acte de bravoure suprême, par lequel on scellait son sort, tenait en une phrase : « Je suis chrétien »

 

Une autre réplique inspirée : l’AED, Portes Ouvertes

Ces paroles providentielles venues sur les lèvres des martyrs demandent aujourd’hui à être renforcées par une autre défense, également inspirée par notre Paraclet, notre avocat. Il nous presse de produire une parole publique, collective, pour défendre les croyants. Celle que Mgr Saliège par exemple a su faire lire dans toutes les églises de son diocèse de Toulouse pour défendre les juifs en août 1942 et se faire leur avocat :

« Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier ».

 

Celle encore que des O.N.G. produisent courageusement devant l’opinion publique mondiale. Allez voir par exemple le site de l’association Portes Ouvertes [2], qui enquête avec rigueur sur les persécutions contemporaines. Elle accumule photos, témoignages, documents pour établir ces crimes commis impunément par des régimes inhumains. L’Index mondial de persécution que Portes Ouvertes publie chaque année est l’illustration tristement nécessaire de l’inspiration par l’Esprit de la défense des croyants.

Allez voir également le site de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qui finance de par le monde une multitude d’actions pour soutenir les minorités chrétiennes persécutées [3]. Tel l’avocat-Esprit, elle se bat aux côtés de ceux qui souffrent pour leur foi, afin de soulager leur malheur, de dénoncer l’injustice qui leur est infligée.

AED Liberté religieuse

AED Carte 2022 de la liberté religieuse dans le monde

 

Il y a aujourd’hui une dimension publique, numérique, médiatique, à l’inspiration de l’Esprit Saint dans la défense des chrétiens persécutés. À nous de la faire nôtre, de la diffuser et de lui donner des moyens.

 

« Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer ».

Que ce soit en privé ou en public, personnellement ou à plusieurs, devant les puissants ou devant nos proches, laissons l’Esprit nous inspirer les paroles et les actes qui témoignent du Christ, de son amour plus fort que le mal, que la mort même.

 

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LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Pour vous, le Soleil de justice se lèvera » (Ml 3, 19-20a)

Lecture du livre du prophète Malachie

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9)
R/ Il vient, le Seigneur, gouverner les peuples avec droiture. (cf. Ps 97, 9)

 

Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ;
au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

 

Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ;
que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie.

 

Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre,
pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 7-12)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

 

ÉVANGILE

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (Lc 21, 5-19)
Alléluia. Alléluia. Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia. (Lc 21, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin ». Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ».
Patrick BRAUD

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1 novembre 2022

Vos enfants ou petits-enfants seront-ils des Ginks ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Vos enfants ou petits-enfants seront-ils des Ginks ?

 

Homélie du 32° Dimanche du temps ordinaire / Année C 

06/11/2022 

 

Cf. également :

Mourir pour une côtelette ?

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

Sur quoi fonder le mariage ?

D’Amazonie monte une clameur

 

Les générations childfree

Les mariages de l’été sont de bonnes occasions de discuter avec les jeunes générations. J’ai été surpris de rencontrer au moins quatre trentenaires qui affirmaient catégoriquement : « Je ne ferai pas d’enfant ». Pourquoi ? « Par conviction écologique, car les enfants c’est ce qui fait le plus de mal à la planète ». Le phénomène prend de l’ampleur : la proportion de femmes en âge de procréer ne souhaitant pas avoir d’enfant a triplé en vingt ans : elles étaient 12 % en 2000, elles sont désormais 33 % en 2022 selon l’IFOP !

Les bras m’en tombaient ! La militance écologique pouvait donc conduire à refuser d’être parent ? L’écologiste Yves Cochet soutient même la proposition d’une « allocation familiale inversée », qui diminuerait à chaque enfant supplémentaire…

Il suffit de pianoter rapidement sur Internet pour trouver d’où vient cette conviction étonnante. C’est une étude de l’université suédoise de Lund de 2017, qui classe l’impact carbone de différents actes de la vie quotidienne, depuis l’ampoule LED jusqu’à la voiture ou l’enfant.

Vos enfants ou petits-enfants seront-ils des Ginks ? dans Communauté spirituelleSelon cette étude, avoir un enfant en moins serait 30 fois plus efficace que d’abandonner sa voiture à essence ! Une idée se répand comme une traînée de poudre : ne pas faire d’enfants, c’est sauver la planète ! L’éco-anxiété « engendre » décidément des fruits étonnants…

Aux États-Unis c’est l’université du Michigan qui a publié une autre étude en juin 2021 : « Nous avons découvert que 21,6 % des adultes du Michigan, soit environ 1,7 million de personnes, ne voulaient pas d’enfants. Il s’agit d’un nombre supérieur à la population des neuf plus grandes villes de l’État », mentionne Zachary Neal, professeur associé au département de psychologie de l’université, et coauteur de l’étude. « Les gens prennent la décision d’être sans enfant rapidement dans leur vie, le plus souvent à l’adolescence et au début de la vingtaine. Et ce ne sont pas seulement les jeunes qui affirment ne pas vouloir d’enfants. Les femmes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants, lors de leur adolescence, ont maintenant, en moyenne, près de 40 ans et n’en veulent toujours pas ».

 

Ces jeunes ont même un nom : les « Ginks », pour « Green Inclination, No Kids » (« engagement vert, pas d’enfant »). « Ce monde sera meilleur s’il est moins peuplé », estiment-ils. « Si nous voulons sauver cette planète, nous n’avons pas d’autre choix que d’aborder le problème de la surpopulation humaine », assume Leilani Münter, ex-pilote de course automobile américaine, dont les vidéos sont largement partagées sur les réseaux sociaux. Très active également, l’ONG britannique Population Matters s’est spécialisée dans la promotion d’une vie « sans enfant », ou avec « moins d’enfants ». Malthus ressuscité, en quelque sorte…

 

consumption-co2-per-capita Source : Our World in dataPourtant, ces deux études sont contestables, et contestées. Car elles reposent sur des trains de vie de famille américaine dont l’empreinte carbone est 50 fois supérieure à celles d’une famille africaine par exemple.
En 2019, les USA émettaient environ 30 fois plus de CO2 par habitant que la Côte d’Ivoire; la France ou la Chine 11 fois plus…

Comme le note le démographe Hervé le Bras dans un entretien donné en 2011 à la revue Sciences Humaines : « Les pays développés se servent de l’argument démographique pour rejeter la responsabilité sur des pays peuplés et en croissance démographique comme la Chine ou l’Inde. Entretenir l’angoisse populationnelle est une façon de ne pas remettre en cause la structure de la consommation des pays les plus riches ».

Pour ce démographe et auteur de l’essai « Vie et mort de la population mondiale » (Le Pommier, 2009), le seul moyen de résoudre le problème serait « un changement drastique du type de consommation d’énergie au Nord (de même qu’un changement du type d’alimentation), car alors le Nord pourra dire au Sud: faites comme nous ».

 

Par contre, dire qu’on ne veut pas d’enfant sans raison, la pilule a du mal à passer. Alors le respect de l’environnement, la survie de l’espèce, etc. ne serait-ce pas autant de justifications-alibis pour ces femmes lassées de devoir constamment se justifier ? Toujours est-il que pour Émilie Tixador, ancienne Gink et auteur du blog Green Girl, l’écologie a porté ses fruits. « Je choquais les gens quand je disais que je ne voulais pas d’enfant parce que j’avais envie de m’épanouir dans mon métier. Mais dès que j’ai parlé de limiter la surconsommation et la surpopulation, ma cause est devenue noble aux yeux de tous »… Le greenwashing  peut s’infiltrer là où on ne l’attend pas !

 

Il y a beaucoup d’autres raisons pour lesquelles de jeunes occidentaux ne veulent pas d’enfants. Là encore, on peut trouver des listes pleines d’humour sur le Net, énumérant tous les problèmes qui s’accumulent à partir de la venue d’un enfant :

Pourquoi vaut-il mieux réfléchir avant de dire oui à un enfant ?

1 | Pour rester jeune et cool

2 | Pour préserver ta santé mentale et physique

3 | Parce que tu as déjà un conjoint

4 | Parce que tu ne veux pas devenir n°2

5 | Parce que bébé va te coûter un bras (chaque mois)

6 | Parce que tu aimes le silence

7 | Parce que tu aimes dormir

8 | Parce que le rêve n’a rien à voir avec la réalité 

9 | Parce que toi aussi tu as été enfant puis ado

10 | Parce que tu ne pourras pas l’abandonner sur une aire d’autoroute [1].

 

41a9vIdzBDL._ célibat dans Communauté spirituelleOn appelle childfree (sans enfant, par choix) ce mouvement venu des États-Unis de contestation radicale du devoir de parentalité, pour des questions d’épanouissement personnel, d’intérêt individuel, de combat écologique. 

La chantre du mouvement est Corinne Maier, avec son livre de référence : No Kid, Quarante raisons de ne pas avoir d’enfant, Paris, 2008 [2].

Entre acte écologique et angoisse de l’avenir, ne pas avoir d’enfant – ou n’en avoir qu’un – pour sauver la planète ou pour s’épanouir est un discours qui résonne chez une partie de la jeunesse de plus en plus préoccupée par les questions environnementales. Qu’ils aillent au bout ou non de la démarche, ce questionnement témoigne d’un regard nouveau sur les conséquences de la parentalité.

On a même instauré une Journée Internationale des « non-parents », le 11 Novembre : « single day ». La journée n’a pas été choisie au hasard : 11-11 = 4 fois le chiffre 1. C’est censé représenter “l’individualité heureuse”. Parce que oui, on peut être heureux en étant célibataire. Des études cherchent d’ailleurs à établir que les personnes vivant seules seraient plus épanouies…

 

Jésus était-il childfree ?

711S8XNTvWL childfreeC’est ce que pensent des auteurs proches de l’extrême gauche écologiste. Théophile Giraud par exemple, jeune philosophe belge, a écrit un pamphlet de 65 pages sur l’antinatalisme supposé du christianisme primitif, qu’aurait trahi les Églises ensuite [3] :

« Pas une année ne se passe sans que le pape ou un autre dignitaire chrétien chante les louanges de la fécondité et les vertus de la famille, nombreuse de préférence. Pourtant, la lecture des Évangiles nous fait découvrir un Christ farouchement hostile à la famille biologique et plus encore à la reproduction. Parmi les quelques penseurs qui se sont penchés sur la question, Kierkegaard arrivera à la conclusion que le christianisme visait à « bloquer notre espèce ». Dans le sillage du Christ, qui est resté sans enfant tout en nous exhortant à devenir eunuques pour le Royaume des Cieux, les premiers pères de l’Église glorifieront également la virginité perpétuelle et dénigreront la fertilité charnelle. Saint Augustin a même souhaité que chacun s’abstienne de procréer pour que la fin du monde soit précipitée ! Le natalisme des Églises chrétiennes contemporaines serait-il la plus grande tromperie de tous les temps ? En tout cas, c’est une trahison absolue, qui, en ce siècle de surpopulation mondiale, est encore plus désastreuse que celle de Judas. Le but de cet essai sera de redécouvrir une vérité soigneusement occultée : le christianisme originel était bien un antinatalisme ».

Il s’appuie pour dire cela sur des passages comme l’Évangile de notre dimanche (Lc 20,27-38), où le Christ semble bien prôner le mode de vie des enfants du monde à venir, qui ne prennent ni femme ni mari, et ne font pas enfants :

« Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection ».

Si on ajoute ce passage à ceux où Jésus relativise très fortement les liens du sang, de la famille humaine (cf. Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre), où il prône de devenir « eunuque pour le Royaume » (Mt 19,12), ainsi qu’à ceux où Paul recommande de ne pas se marier (1Co 7,8), le lecteur rapide peut être troublé… 

Comment expliquer cet apparent radicalisme anti-mariage et anti-enfants dans le Nouveau Testament ?

 

L’urgence eschatologique

074_calendrier eschatologieNous l’avons oubliée ! La petite frayeur du passage à l’an 2000 n’était rien comparée à l’effervescence eschatologique qui maintenait la société juive en ébullition au premier siècle. Le peuple était persuadé que le Messie annoncé allait enfin venir les délivrer de toute occupation étrangère. Les faux Messies pullulaient, générant beaucoup d’espérance, de révoltes, de déceptions. En préparation de cette venue, des sectes regroupaient leurs adeptes à l’écart de la société, tels des survivalistes religieux : les Esséniens, la communauté de Massada etc. N’importe quel prédicateur ayant un peu de talent, de charisme, pouvait soulever les foules en leur annonçant l’arrivée imminente du Jour du Seigneur. N’importe quel guérisseur pouvait faire croire qu’avec lui les derniers temps allaient arriver. Pierre se fait l’écho de cette attente : « Le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper » (2P 3,10). Paul également : « Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit » (1Th 5,2).

À tel point que Jésus est obligé de mettre en garde : « On vous dira : ‘Voilà, le Royaume est là-bas !’ ou bien : ‘Voici, il est ici !’ N’y allez pas, n’y courez pas ! » (Lc 17,23). Et Paul alerte les communautés contre les dérives de ces survivalistes du dernier jour : « Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer » (2Th 2,1-2). Comme certains prétextaient de  cette venue imminente pour se la couler douce et se faire entretenir par les autres sans rien faire, Paul réagit : « Quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2Th 3,10).

 

Jésus était pris lui-même dans ce tourbillon eschatologique qui voyait arriver la fin, et l’espérait. Il annonçait le Royaume de Dieu tout proche. Ses guérisons, ses paroles et ses actes étaient autant de signes de sa messianité : c’est donc qu’avec lui « les temps sont accomplis ». Sa mort a semblé mettre en échec la venue du jour ultime. Alors ses disciples ont reporté leur espérance sur sa deuxième venue, à la fin des temps, lorsqu’il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Ainsi, du temps de Jésus ou juste après, on est persuadé de vivre « ces temps qui sont les derniers ». Si donc la fin de l’histoire est pour demain, à quoi bon un accumuler des richesses, se marier, avoir des enfants ? Parce que le Royaume est là avec lui, Jésus choisit de rester célibataire, sans enfant. Car dans le monde de la résurrection qu’il inaugure et qu’il incarne, on n’a plus besoin de faire des enfants pour survivre ! 

Dans le monde d’après, il n’y a plus ni homme ni femme (ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre cf. Ga 3,28), alors à quoi sert de se marier, puisque la différence homme-femme n’est que pour ce monde-ci ? Après la résurrection de Jésus, Paul poursuivra ce raisonnement, en étant persuadé que le retour du Christ est pour demain. « Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons » (1Co 7,29-31).

Si on avait pris au sérieux l’affirmation eschatologique de Paul, on aurait dû abolir l’esclavage beaucoup plus tôt ! Puisqu’il n’y a ni esclave ni homme libre en Christ, on devrait en tirer toutes les conséquences sociales sans atteindre la fin de ce monde !

Ajoutons au passage que les Églises ne sont pas allées jusqu’au bout, à part les protestants, de ce raisonnement eschatologique : s’il n’y a plus la différence homme-femme dans le monde à venir, alors il faudrait en témoigner dès maintenant dans la vie de l’Église, en l’anticipant, en répartissant les ministères, les responsabilités et rôles divers à égalité entre hommes et femmes, puisque cette distinction n’existe pas dans le Royaume de Dieu que l’Église a charge d’anticiper !

Si la fin des temps est pour très bientôt, mieux vaut donc se préparer et ne pas gaspiller le temps qui reste à amasser des fortunes, à se marier ou avoir des enfants.

On le voit : la position de Jésus ou de Paul n’est pas du tout anti-nataliste.

Elle relève de l’anticipation eschatologique. Il s’agit de manifester dès maintenant en ce monde notre espérance en la résurrection qui vient. Évidemment, avec les siècles, on s’est très vite aperçu que cette seconde venue du Christ ne serait pas pour tout de suite… Pierre était déjà obligé de trouver des raisons au retard apparent de cette venue : « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion » (2P 3,9)…

Alors, au lieu de se préparer à l’ultime, on s’est installé dans l’éphémère, et le langage nataliste de co-création de la vie a pris le pas en Église sur l’attestation d’un autre monde.

Pourtant, on a gardé le célibat de quelques-un(e)s comme un signe de l’espérance d’aimer et de donner la vie autrement dans l’au-delà de ce monde. Comme un avertissement de ne pas trop s’installer, car nous ne sommes que de passage. L’Occident fait de ce célibat une obligation pour les prêtres alors que les Églises orientales ont gardé la plus ancienne tradition d’un double clergé marié et célibataire, selon le choix de chacun. Les prêtres catholiques mariés au Liban (maronites) et en Grèce (melkites) rappellent que le célibat ne s’impose pas, mais garde toute sa valeur comme libre attestation prophétique du monde de la résurrection.

 

Le fondement du célibat est donc essentiellement eschatologique.

Vatican II a réaffirmé cet ancrage eschatologique du célibat dans l’Église :

La chasteté « pour le royaume des cieux » Mt 19,12, dont les religieux font profession, doit être regardée comme un grand don de la grâce. Elle libère singulièrement le cœur de l’homme 1Co 7,32-35 pour qu’il brûle de l’amour de Dieu et de tous les hommes; c’est 31GKjJPiNUL Ginkpourquoi elle est un signe particulier des biens célestes, ainsi qu’un moyen très efficace pour les religieux de se consacrer sans réserve au service divin et aux œuvres de l’apostolat. Ils évoquent ainsi aux yeux de tous les fidèles cette admirable union établie par Dieu et qui doit être pleinement manifestée dans le siècle futur, par laquelle l’Église a le Christ comme unique époux.

Décret Perfectae Caritatis n°12, 1965.

 

Paul VI l’a clairement rappelé :

Le célibat comme signe des biens célestes 

Notre Seigneur et Maître a déclaré  » qu’à la résurrection… on ne prendra ni femme ni mari, mais que tous seront comme les anges de Dieu dans le Ciel  » (Mt 22,30). Au milieu du monde tellement engagé dans les tâches terrestres et si souvent dominé par les convoitises de la chair (cf. 1Jn 3,2), le don précieux et divin de la chasteté parfaite en vue du royaume des cieux constitue précisément  » un signe particulier des biens célestes  » ; il proclame la présence parmi nous des temps derniers de l’histoire du salut (cf. 1Co 7,29-31) et l’avènement d’un monde nouveau. Il anticipe en quelque sorte la consommation du royaume en en affirmant les valeurs suprêmes, qui resplendiront un jour en tous les fils de Dieu. Il constitue donc un témoignage de l’aspiration du Peuple de Dieu vers le but dernier de son pèlerinage terrestre, et une invitation pour tous à lever les yeux vers le ciel, là où le Christ siège à la droite de Dieu, là où notre vie est cachée en Dieu avec le Christ, jusqu’à ce qu’elle se manifeste dans la gloire (Col 3,1-4). 

Paul VI, Encyclique Sacerdotalis caelibatus n°34, 1967).

 

Le célibat consacré n’est pas mépris de la chair comme celui des cathares dans le sud de la France à partir de l’an Mil.

Il n’est pas ascétique comme le célibat des ermites hindous ou des moines bouddhistes.

Il n’est pas militant comme le célibat des révolutionnaires tout donnés à leur cause comme Louise Michel ou Arlette Laguiller (ce qui est fort respectable au demeurant !).

Il n’est pas angoissé comme celui des Ginks, ni individualiste comme celui des childfree.

Il n’est pas pastoral comme on le dit trop souvent pour les prêtres : ce n’est pas pour avoir plus de temps disponible pour leurs ouailles (ce qui ne se vérifie guère…) !

 

9782755001655 mariageVoilà pourquoi le célibat évangélique est largement incompréhensible pour nos contemporains : ne croyant plus guère en l’au-delà, ils voient mal pourquoi se priver aujourd’hui au nom d’un hypothétique lendemain…

Ce mépris est d’autant plus paradoxal que suite au veuvage, aux séparations, aux exigences des études et des carrières professionnelles, le célibat a progressé de façon spectaculaire en Occident. On estime que dans les grandes villes comme Paris ou Lille, un logement sur deux au moins est occupé par une personne seule !

 

Le monde de la Résurrection est notre avenir. Nous pouvons en témoigner, en attestant que les liens de parentalité ne disent pas tout de notre vocation humaine. Le célibat consacré est le témoignage prophétique de notre espérance du monde à venir. Il ne disqualifie en rien la générosité et l’amour parental. Donner la vie reste une magnifique participation à l’élan créateur qui vient de Dieu lui-même (cf. Gn 1,28). 

Apprenons à écouter chez les jeunes générations leurs aspirations légitimes à plus d’épanouissement personnel, à plus de respect de la planète. 

Aidons-les à choisir en conscience d’être parent ou non, libre de toute pression idéologique d’un côté ou de l’autre. 

Et accompagnons-les dans leur choix, quel qu’il soit.

___________________________________

[1]. Cf. https://www.je-suis-papa.com/10-bonnes-raisons-de-ne-pas-avoir-enfant/
[2]. Cf. également : Moins nombreux, plus heureux : l’urgence écologique de repenser la démographie, ouvrage collectif dirigé par Michel Sourrouille, Ed. Sang de la Terre, Paris, 2014.

[3]. Théophile de Giraud, The Childfree Christ: Antinatalism in early Christianity (Le Christ sans enfants: l’antinatalisme dans le christianisme primitif), Kindle Edition, 2021.

  

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)

 

Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

 

PSAUME
(Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15)

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

 

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

 

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

 

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

 

ÉVANGILE

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20, 27-38)
Alléluia. Alléluia. Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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30 octobre 2022

Toussaint : j’irai prier sur vos tombes…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toussaint : j’irai prier sur vos tombes…

 

Homélie pour la fête de Toussaint / Année C
01/11/2022

 

Cf. également :

Toussaint : Heureux ceux qui pleurent !

Toussaint : un avenir urbain et unitaire
Toussaint : la mort comme un poème
Toussaint alluvionnaire
Les cimetières de la Toussaint
Tous un : la Toussaint, le cimetière, et l’Église…
Toussaint d’en-haut, Toussaint d’en-bas
Toussaint : le bonheur illucide
Ton absence…

La mort, et après ?

Le train de la vie

 

Toussaint : j'irai prier sur vos tombes… dans Communauté spirituelle 5f9165de380fd_autumn-3853469_1920-5052294La nostalgie semble liée à de la Toussaint de toujours à toujours.
Malgré la belle lumière de l’été indien, et malgré les superbes patchworks pourpre et or dont se revêtent les parcs et les vignes, un je-ne-sais-quoi de tristesse et de mélancolie flotte sur ces deux jours charnière.

 

Autrefois, la visite des cimetières familiaux ritualisait cette angoisse diffuse.

Les grands-parents racontaient devant les tombes quelques anecdotes de la saga familiale à des gamins sages déjà familiers de la mort.

 

Quand la mort ne fait plus partie de la famille, quand le contact physique avec les morts fait désormais horreur, quand la mémoire familiale s’émiette à l’aune des séparations successives, que faire du rappel à la brièveté de la vie que la Toussaint continue de symboliser en France ?

 

La réponse de la majorité d’entre nous sera dans le divertissement (au sens pascalien du terme). On prend le grand pont de la Toussaint, on essaie d’en oublier le contenu pour en profiter comme d’un congé ordinaire. Mais le cœur n’y est jamais tout à fait.

 

Chat La mort  

La minorité chrétienne, attachée au sens religieux de la fête, sait être à contre-courant en voulant regarder la mort en face. Mais nous envisageons la mort à travers le bel Évangile des Béatitudes : le visage du Christ bienheureux dépeint en Mt 5 nous fait voir le visage de nos proches autrement.

Ce texte est un avertissement : ne sont pas heureux ceux qui paraissent l’être ; le résultat d’une existence n’est pas ce qui apparaît aux yeux des hommes.
Il y aura bien des surprises lorsqu’il s’agira enfin de découvrir la vraie richesse de chacun.

Bien des pauvres seront mis à l’honneur.

Des larmes accumulées se transformeront en fontaine de joie.

D’obscurs sacrifiés aux logiques des puissants retrouveront leur splendeur native.

Des témoins désarmés feront éclater au grand jour la puissance finale de la douceur.

Des persécutés ordinaires ou extraordinaires seront rétablis dans leur dignité.

Comme le chantait Marie bien avant les Béatitudes : « Dieu renverse les puissants de leurs trônes. Il élève les humbles. Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1,46-56).

 

Tombe d'un soldat inconnu ("connu de Dieu seul")La tristesse diffuse des bouquets de chrysanthèmes sera alors canalisée : il y a une telle promesse au cœur de cette fête de Toussaint que l’absence des visages aimés en devient la source de renversements inouïs à venir. Bien loin de l’histoire de vengeance raciale aux États-Unis qui a fait le succès du roman noir de Boris Vian, nous n’irons pas cracher sur les tombes, mais prier sur elles, remettant avec confiance nos défunts entre les mains de Dieu, en acceptant de ne pas savoir vraiment ce qu’ils deviennent…

 

J’aime – le jour d’après – parcourir longuement un cimetière si joliment fleuri où je ne connais personne : je m’arrête sur les concessions à l’abandon, ou celles qui n’ont pas eu de visites, et je murmure quelques mots tout en méditant sur la brièveté humaine, celle des autres et la mienne. 

 

Allons donc sur les tombes de nos défunts : nous y avons rendez-vous avec l’au-delà de notre propre existence.

 

 

Poème : Si le froid devait m’emporter

winter-4846638_960_720 cimetière dans Communauté spirituelleSi le froid devait m’emporter
J’assemblerais les fruits
De mes rêves de lune.
Ils seraient eau
Ils seraient feu
Révélant ma présence
Sur un sentier de braise.

Si la nuit devait m’emporter
Je creuserais la terre
Avec des ongles de fer.
Au seul chant de ma voix
Des bêtes approcheraient
Traçant un cercle d’or
Qui protégerait mon corps.

Si le souffle devait m’emporter
Alors je laisserais faire.
Mes paumes s’ouvriraient
À la douceur du vent
Ni la nuque ni le tronc
N’opposerait résistance
À l’appel du passage.

Mais l’heure n’est pas venue.
Près des arbres échevelés
Plusieurs pas dans la neige
Meublent le silence blanc.

Francine Bouchet
Traverse. Et autres poèmes, Labor et Fides, 2022.


LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)

 

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël.
Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

 

PSAUME

(Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6)
 
R/ Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur. (cf. Ps 23, 6)

Au Seigneur, le monde et sa richesse,
la terre et tous ses habitants !
C’est lui qui l’a fondée sur les mers
et la garde inébranlable sur les flots.

 

Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles.

 

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,
et de Dieu son Sauveur, la justice.
Voici le peuple de ceux qui le cherchent !
Voici Jacob qui recherche ta face !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)

 

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

ÉVANGILE
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)
Alléluia. Alléluia. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, dit le Seigneur, et moi, je vous procurerai le repos. Alléluia. (Mt 11, 28)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Patrick BRAUD

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23 octobre 2022

Zachée, ou l’éloge du microscopique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Zachée, ou l’éloge du microscopique

 

Homélie pour le 31° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
30/10/2022

 

Cf. également :

Zachée, ou l’éloge de la curiosité

La puissance, donc la pitié

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue

Un Royaume colibri, papillon, small, not big 

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

 

Le micron

Le pape François a créé le samedi 27 août dernier à Rome vingt nouveaux cardinaux : « Un cardinal aime l’Église », leur a lancé François. « Toujours avec le même feu de l’Esprit. En traitant les grandes questions, comme en s’occupant des petites ; en rencontrant les grands de ce monde, comme les petits, qui sont grands devant Dieu »On retrouve là  l’attachement franciscain du pape François aux petits de tous ordres. Eh bien, Jésus aurait pu être cardinal, car entre lui et les petits c’est une véritable histoire d’amour !

 

Echelle des micronsS’il fallait nous convaincre que les petits se trouvent dans tous les milieux, voici Zachée : le texte de ce dimanche (Lc 19,1-10) ne nous dit pas seulement qu’il est petit, mais mikros = microscopique en grec : ηλικία μικρός = de taille microscopique ! Le mot grec employé par Luc est μικρός (mikros), qui a donné l’unité de mesure du micron fort utile pour les microprocesseurs ou autres travaux de précision : le micron, qui vaut 1/1000 de millimètre (1 μm = 10−6 m). Essayez de couper les cheveux en quatre, et vous serez encore loin du micron… Zachée est donc littéralement microscopique. Physiquement, mais aussi moralement aux yeux de ses concitoyens qui le traitent – à juste titre – de collabo, de voleur, de profiteur  etc. Sa richesse est sale, son autorité de chef de l’administration fiscale romaine est pourrie. Un mélange local de Donald Trump et de Vladimir Poutine pourrait-on dire… 

 

Accueillir comme Rahab et Marthe

Zachée, ou l’éloge du microscopique dans Communauté spirituelle 220px-Tissot_The_Harlot_of_Jericho_and_the_Two_Spies« Vite, Zachée descendit et reçut (ὑποδέχομαι =  hupodechomai) Jésus avec joie » (Lc 19,6). Comme la scène se passe à Jéricho, quand on voit Zachée accueillir Jésus chez lui, on pense irrésistiblement à une autre figure célèbre : Rahab, la prostituée de Jéricho qui a accueilli des explorateurs chez elle, leur a sauvé la vie et leur a ainsi permis de préparer le siège de la ville par les hébreux. Jacques s’en souvient lorsqu’il emploie le même verbe pour la femme de mauvaise vie que Luc pour le collaborateur pourri : « Il en fut de même pour Rahab, la prostituée : n’est-elle pas, elle aussi, devenue juste par ses œuvres, en accueillant (ὑποδέχομαι) les envoyés de Josué et en les faisant repartir par un autre chemin ? » (Jc 2,25). Et Luc a déjà employé ce même verbe, ce qui rapproche Marthe de ce fonctionnaire véreux : « Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut (ὑποδέχομαι) » (Lc 10,38). 

Comme Rahab et Marthe, Zachée trouve en lui le désir d’accueillir, de recevoir. Il n’est pas si comblé qu’il y paraît. Aussi mauvais qu’il soit, chacun de nous peut découvrir en son fonds intérieur cette aspiration à ouvrir la porte de son intimité pour recevoir la parole d’un autre, pour accueillir le don offert. « Voici que je me tiens à la porte et je frappe », dira l’Apocalypse (Ap 3,20) : Zachée retrouve sa dignité d’enfant d’Abraham dès qu’il désire recevoir, lui qui ne cessait de prendre, par les impôts, les taxes, la corruption.
Notons au passage que Jésus ressuscite ainsi la part de féminité de Zachée (accueillir la vie), à l’image de Rahab et Marthe, ce qui va le sauver. Il n’est pas de personnage si tristement ‘viril’ qui ne puisse être révélé à lui-même dans la redécouverte de son anima, comme dirait Jung…

 

Courir en avant de Jésus

Jésus ZachéeCe petit bonhomme est capable d’un courage quasi-apostolique : Luc nous dit qu’il courut en avant (προδραμών = protrecho) : « Il courut en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là » (Lc 19,4).

C’est le même mot que Jean emploie pour nous livrer ce détail étrange où il court en avant lui aussi pour arriver le premier au tombeau : « Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut en avant plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau » (Jn 20,4). Comme Jean a écrit après Luc, on peut imaginer qu’il a vu dans les deux courses l’annonce de la Résurrection à l’œuvre. Dans ce pays très chaud, plein de poussière, courir sur les pistes rouges est rare : il faut une raison précise pour piquer un sprint dans la poussière par 35° à l’ombre… C’est ce courage quasi-apostolique dont Zachée fait preuve pour voir Jésus !

 

On a déjà longuement évoqué ailleurs le symbolisme du sycomore, dont les fruits incisés invitent Zachée à se laisser transpercer lui-même par le regard du Christ (Zachée : le juste, l’incisé et la figue). On a vanté la curiosité de Zachée, qui lui valut d’accueillir son Sauveur (Zachée, ou l’éloge de la curiosité). Ou bien la descente au fond de soi qui caractérise cet accueil : « Zachée, descend vite… » (Zachée-culbuto) Ou bien encore la gratuité du salut qui n’exige pas le remboursement préalable de 4 fois les sommes volées, mais le provoque a posteriori.

Concentrons-nous aujourd’hui sur la petitesse de Zachée. Afin qu’elle devienne la nôtre, et que nous sachions la discerner chez les gens de mauvaise vie autour de nous.

 

Le micro-Évangile

41ult0-sRrL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_FMwebp_ micron dans Communauté spirituelleNotons d’abord que notre première lecture (Sg 11,22–12,2) souligne elle aussi la disproportion entre la grandeur de Dieu et notre petitesse : « Seigneur, le monde entier est devant toi comme un grain sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre ». C’est pour mieux s’émerveiller devant la miséricorde offerte : « Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout ».

Nous ne faisons vraiment pas le poids devant la grandeur de Dieu, tel un grain de sable sur un plateau de balance. Nous sommes une goutte d’eau par rapport à l’océan divin. Mais la grandeur de Dieu est la source de sa miséricorde envers notre petitesse (cf. La puissance, donc la pitié). Notre taille microscopique suscite en Dieu amour et pitié. Car en Dieu la puissance est source de miséricorde, comme elle devrait l’être en nous. Puissant, donc miséricordieux ! Finalement, la violence est l’arme des faibles, la dureté de cœur est la marque des impuissants…

 

Du coup, la prédilection pour les petits en tous genres est l’un des fils les plus solides de la trame évangélique. Parcourons rapidement les usages du mot μικρός (mikros) dans la Bible, pour mesurer quelle devrait être notre conscience d’être microscopique, et quel devrait être notre amour des petits de ce temps.

 

Dieu choisit les petits

Dans l’Ancien Testament, Loth repère une ville petite – si petite ! – pour s’y réfugier échapper au malheur qui vient : « Voici une ville assez proche pour y fuir – elle est si petite ! – Permettez que je me sauve là-bas – elle est si petite ! – afin de rester en vie !’ Ils lui répondirent : ‘Pour te faire plaisir cette fois encore, je ne détruirai pas la ville dont tu parles » (Gn 19,18-21). Comme quoi la taille, la puissance des métropoles n’est pas toujours un atout ! 

Dieu choisit souvent ce qu’il y a de petit pour manifester son amour. Ainsi Samuel choisit Saül, le premier roi d’Israël, parmi la plus petite des tribus : « Saül répondit : ‘Ne suis-je pas un Benjaminite, appartenant à l’une des plus petites tribus d’Israël ? Et ma famille n’est-elle pas la dernière de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? Pourquoi donc me parles-tu ainsi ?’ » (1 S 9,21)

 petitEnsuite, c’est David, le plus petit des sept fils de Jessé, que Samuel choisira. Et en plus il est roux ! « Alors Samuel dit à Jessé : ‘N’as-tu pas d’autres garçons ?’ Jessé répondit : ‘Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau.’ Alors Samuel dit à Jessé : ‘Envoie-le chercher : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé’ » (1S 16,11).

Comme quoi les derniers peuvent devenir premiers… 

Ce même David pourtant enlèvera Bethsabée à son mari, et le prophète Nathan la comparera à une petite brebis volée par un riche sans scrupules : « Nathan dit à David : Le pauvre n’avait rien qu’une brebis, une toute petite, qu’il avait achetée. Il la nourrissait, et elle grandissait chez lui au milieu de ses fils ; elle mangeait de son pain, buvait de sa coupe, elle dormait dans ses bras : elle était comme sa fille » (2 S 12,3). 

Ce sont toujours les petits qui subissent la loi des plus forts, à Jérusalem ou à Kharkiv… Leur plainte parvient aux oreilles de YHWH qui renversera les violents de leur trône pour rendre justice aux petits criant vers lui.

Salomon, fils de David, reconnaîtra lui aussi être un petit d’homme, trop petit normalement pour devenir roi : Dieu continue de choisir les plus humbles pour conduire son peuple. « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, » (1R 3,7)

Les petites choses peuvent être des germes de renouveau, des promesses de renaissance, comme la petite galette de la veuve de Sarepta : « Élie lui dit alors : N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils » (1R 17,13).

Comme le petit nuage que l’on distingue à peine au loin, et qui annonce la grosse pluie salvatrice : « La septième fois, le serviteur annonça : ‘Voilà un petit nuage qui monte de la mer, gros comme le poing.’ Alors Élie dit au serviteur : ‘Va dire au roi Acab : Attelle ton char et descends de la montagne, avant d’être arrêté par la pluie.’ » (1R 18,44).

Comme la petite servante de la femme du général Naaman qui va déclencher la guérison de son ennemi : « Des Araméens, au cours d’une expédition en terre d’Israël, avaient fait prisonnière une petite fille qui fut mise au service de la femme de Naaman » (2R 5,2). Naaman redevient comme un petit enfant comme elle, grâce à elle : « Il descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole de l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! » (2R 5,14).

Comme le petit nombre des hébreux au tout début de leur histoire : « En ces temps-là, on pouvait les compter : c’était une poignée d’immigrants » (1Ch 16,19).

 

Décidément, small is beautiful !

La plupart des commentateurs de l’actualité décrivent ce qui décline, ce qui s’écroule, ce qui s’affaiblit. Il faut avoir l’espérance chevillée au corps pour discerner dans le bruit et la fureur de notre époque la promesse de nouvelles constructions. « Qui donc méprisait le jour des modestes commencements ? Qu’on se réjouisse plutôt en voyant le fil à plomb dans la main de Zorobabel ! » (Za 4,10), raille le prophète Zacharie, se souvenant que presque tous avaient désespéré de voir la reconstruction du Temple de Jérusalem que Zorobabel met pourtant en œuvre.

 

Le Christ et les petits

Une aide-soignante aide une personne âgée à boireDans le Nouveau Testament, les petits de la communauté doivent être particulièrement pris en charge par les autres : « Et quiconque donnera seulement un verre d’eau froide à l’un de ces petits (mikros) parce qu’il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense » (Mt 10,42).

Les mépriser serait mépriser le Christ lui-même : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits (mikros); car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 18,10).

Les faire chuter est un crime : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits (mikros) qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer » (Mt 18,6 ; Mc 9,42 ; Lc 17,2).

Et Dieu les entoure d’un amour de prédilection : « De même, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits (mikros) » (Mt 18,14).

Car le Christ s’identifie à ces petits, que les enfants incarnent avec leur capacité d’accueillir à bras ouverts le cadeau offert : « Jésus leur dit : Quiconque reçoit en mon nom ce petit enfant me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit reçoit celui qui m’a envoyé, Car celui qui est le plus petit (mikros) parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand » (Lc 9,48).

Le fait d’être peu nombreux comme chrétiens dans la société ne doit pas nous décourager : « Ne crains point, petit (mikros) troupeau; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume » (Lc 12,32).

 

Parabole du levain dans la pâteÊtre minoritaires, microscopique pourcentage de pratiquants, n’empêche pas d’être le levain, la petite moisissure qui fait lever toute la pâte, ou les minuscules grains de sel qui donne du goût à la nourriture de tous : « Le royaume de Dieu est semblable à un grain de sénevé, qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite (mikros) de toutes les semences qui sont sur la terre » (Mc 4,31). « C’est la plus petite (mikros) de toutes les semences; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches » (Mt 13,32).

D’autant qu’il suffit de peu pour témoigner du Christ, même dans les persécutions : « Parce que tu as peu (mikros) de puissance, et que tu as gardé ma parole, et que tu n’as pas renié mon nom, j’ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer » (Ap 3,8).

 

Ce rapide survol montre que le micro est très souvent à l’honneur dans la Bible ! 

Là où les hommes ne voient que faiblesse, handicap, impuissance numérique, Dieu discerne des cœurs s’abandonnant à lui pour le laisser agir à travers eux.

Le microscopique Zachée s’inscrit dans cette longue lignée des petites gens qui reconnaissent ne pas pouvoir se sauver eux-mêmes, et qui du coup attendent tout de Dieu, comptent sur lui d’abord et non sur leur mérite, leur fortune, leurs bonnes actions, leur moralité, leur réputation etc.

Notre vie ne mesure que quelques microns – voire quelques angströms ! – dans l’immense univers. Courons donc en avant du Christ pour qu’il nous aperçoive et s’invite chez nous, dans notre fonds le plus intime, là où nous sommes grands à ses yeux…

 

 

 

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)

Lecture du livre de la Sagesse
Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

 

PSAUME
(Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! (Ps 144, 1)

 

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi.je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai.je louerai ton nom toujours et à jamais.

 

Le Seigneur est tendresse et pitié.lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous.sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

 

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne.ils parleront de tes exploits.

 

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit.fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent.il redresse tous les accablés.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

 

ÉVANGILE
« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Alléluia. Alléluia. Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Alléluia. (Jn 3, 16)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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