L'homélie du dimanche (prochain)

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28 août 2022

La vie est courte…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La vie est courte…

Homélie pour le 23° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
04/09/2022

Cf. également :

La docte ignorance
Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?
S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Les cimetières de la Toussaint

Des cailloux sur les tombes

Les dernières images du film « La liste de Schindler » sont belles : on voit les descendants des juifs sauvés par l’industriel allemand Oskar Schindler pendant la seconde guerre mondiale venir lui rendre hommage, en déposant silencieusement chacun une petite pierre sur sa tombe.

À quoi correspond cette coutume ashkénaze ?
Une des réponses possibles est liée au psaume 89 (90) que nous lisons ce dimanche : les hommes sont comme l’herbe des champs. « Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ; dès le matin, c’est une herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée » (Ps 89,5-6).
Pour rappeler cette brièveté de l’existence humaine et la confier à Dieu, les juifs cueillent un peu de l’herbe des champs proche d’une tombe et le cale sur la pierre tombale en le coinçant avec de petits cailloux. Avec le vent et les oiseaux, l’herbe est vite dispersée, et il ne reste plus que les cailloux, témoins muets de l’herbe éphémère [1]. Pour les enfants juifs dont les parents ont été sauvés par Schindler qui les employait dans son usine en tant qu’ouvriers allemands, ces cailloux déposés avec respect étaient un hommage plein de gratitude, et une prière remplie d’espérance : cet homme qui a fait le bien, ce ‘juste parmi les nations’ qui a risqué sa vie pour protéger des innocents est désormais entre les mains de YHWH, capable de faire refleurir l’herbe des champs qu’on croyait desséchée.

 

Méditer sur la brièveté de la vie

Les mélomanes auront reconnu là une puissante inspiration qui a conduit Brahms dans la composition de son Requiem allemand (1868). Le deuxième mouvement de cette œuvre symphonique majestueuse commence par ces mots du psaume 89 (et de Is 40,6 ; 1P 1,24) que le chœur fait gronder comme l’orage qui approche : « car toute chair est comme l’herbe des champs… »

Car toute chair est comme l’herbe,
et toute la gloire de l’homme
comme les fleurs de l’herbe.
L’herbe s’est desséchée et la fleur est tombée.

Denn alles Fleisch ist wie Gras,
und alle Herrlichkeit des Menschen
wie des Grases Blumen.
Das Gras ist verdorret und die Blume abgefallen.
(Texte de Martin Luther)

Plaque en émail Marie Madeleine Vanité - Epoque XVIIIe SiècleLes amateurs de peinture se souviendront quant à eux des ‘vanités’ du XVII° siècle, ces tableaux où la beauté d’une jeune femme côtoyait un miroir et un crâne humain : la beauté est vaine si elle oublie qu’elle ne fait que passer, éphémère herbe des champs.

Les poètes à leur manière suivaient cette méditation universelle sur le caractère éphémère de toutes choses. Par exemple, la charogne que Baudelaire dépeint à son amante au détour du chemin a jadis été pleine de grâce : toute belle mondaine devrait s’en souvenir… « Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, à cette horrible infection, étoile de mes yeux, soleil de ma nature, vous, mon ange et ma passion ! »

La Bible en tout cas reprend souvent l’image de l’herbe des champs pour inviter l’homme à méditer sur la brièveté de son existence :
« Une voix dit : ‘Proclame !’ Et je dis : ‘Que vais-je proclamer ?’ Toute chair est comme l’herbe, toute sa grâce, comme la fleur des champs : l’herbe se dessèche et la fleur se fane quand passe sur elle le souffle du Seigneur. Oui, le peuple est comme l’herbe : l’herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours » (Is 40,6-8).
« L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit : dès que souffle le vent, il n’est plus, même la place où il était l’ignore » (Ps 103,15-16).
Devant ce constat facile à faire par chacun, quelle attitude adopter ? Plusieurs choix sont possibles.

 

1) Vis ta vie comme si tu ne devais jamais mourir

La vie est courte… dans Communauté spirituelle 50227C’est par exemple la position du Marquis De Vauvenargues (artiste, écrivain, moraliste du XVIII° siècle) : « Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir ». Nos contemporains l’utilisent plutôt pour éliminer la mort de leur paysage. Devant le côté désespérant ou terrifiant de cette réalité à laquelle on ne peut rien changer, beaucoup préfèrent en effet oublier la question. Vivre sans penser à la mort devient un comportement assez répandu dans notre culture européenne sécularisée. D’ailleurs, la mort devient de plus en plus virtuelle, car 90 % des décès se font à l’hôpital, loin des familles, des collègues, des amis. L’historien Philippe Ariès constate ainsi que la mort est devenue un tabou [2], comme l’était le sexe autrefois : on la cache, on n’en parle pas, on ne montre pas son deuil, on doit très vite reprendre la vie comme avant, comme si de rien n’était.

Malgré tout, les médias, l’actualité, voire les jeux vidéo ultraviolents nous informent régulièrement des vies écourtées en Ukraine, en Syrie, dans telle catastrophe ou tel fait divers. Mais c’est une perspective virtuelle, désincarnée. À tel point que nombre de jeunes adultes n’ont jamais ni vu ni touché un cadavre jusqu’au décès d’un parent, et encore ! Pour oublier que la vie est courte, il faut alors se noyer dans l’action (le boulot, une œuvre) ou dans ce que Pascal appelait à juste titre le divertissement (s’étourdir dans les plaisirs, les loisirs, les ivresses en tous genres).

Les avantages de ce choix sont apparemment séduisants : plus besoin de se torturer sur ce qu’est la mort ou ce qu’il y a après (« on verra bien ! ») ; plus besoin d’avoir peur du lendemain, puisqu’on n’y pense pas. Du coup, on peut concentrer son énergie sur le présent, et le vivre pour lui-même. Et on peut s’engager dans un travail de longue haleine, sur des années, sans être paralysé par l’incertitude de la durée. Ne pas se poser de questions sur le caractère éphémère de toutes choses permet d’en jouir comme si elles étaient éternelles.

Les inconvénients de ce choix sont en nombreux. On peut y voir une certaine lobotomisation à l’œuvre, car la conscience d’être mortel est ce qui nous humanise. C’est elle qui nous a fait émerger de l’animalité : les rites funéraires sont une des marques distinctives très nettes entre notre espèce et les autres. Nous savoir éphémères nous grandit ; l’oublier nous ravale au rang d’insectes ou de robots écervelés programmés pour consommer et travailler, s’étourdir et disparaître. Et puis, dès que la maladie grave survient, ou l’handicap de la vieillesse, ou la mort des proches, nous sommes démunis devant cette perspective de la fin que nous n’avions pas envisagée…

Ne pas se poser de questions sur la durée et la fin fait de nous des sujets dociles, voyageant à la surface de nous-mêmes dans le flux des divertissements de ce siècle.

 

2) Vis comme si tu devais mourir demain

 herbe dans Communauté spirituelleCette citation est extraite de la Bhagavad-Gîtâ ; elle a été traduite et commentée par Gandhi.

a) puisque tout passe si vite, profitons de l’instant présent car demain il sera peut-être trop tard. Cela peut prendre la forme du divertissement pascalien comme plus haut, mais également d’un certain hédonisme où seul le présent compte puisque demain je ne serai plus. Carpe diem, vous répéteront inlassablement tous ceux qui ont conscience de n’être que de passage sans autre avenir que de disparaître.

b) puisque la vie est courte, essayons d’en faire quelque chose de grand qui nous survivra. Celui qui sait devoir mourir bientôt voudra laisser une trace derrière lui, dans laquelle il aura l’impression de survivre (alors qu’en fait seul son souvenir perdurera, pour très peu de temps, chez ceux qui verront cette trace). Cette trace peut être une famille, une descendance, une œuvre, une renommée, une gloire réputée impérissable. Des pyramides de Gizeh aux 8000 soldats de terre cuite du premier empereur de Chine Qin Shi Huang, des opéras de Mozart aux conquêtes de Gengis Khan, chacun veut laisser quelque chose derrière lui qui maintiendra un reflet de lui pour ceux qui restent. Double illusion ! Ces traces s’effaceront très vite à l’échelle de l’histoire de l’univers (13,5 milliards d’années !) ; et elles ne pourront en aucun cas assurer l’immortalité à leur auteur !

Jésus contestait radicalement cette pathétique frénésie de survie, en restant lui-même célibataire, sans famille derrière lui, en n’écrivant aucun livre sacré, en ne possédant aucune richesse matérielle à léguer en héritage. Pire encore : en mourant comme le dernier des esclaves, en subissant l’infamie et la malédiction juive liée au gibet de la croix (Dt 21,23 ; Ga 3,13), Jésus à 33 ans meurt sans aucune assurance, dans un grand cri de déréliction qui déchire toujours les voiles de tous les sanctuaires : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?… »

 

3) Fais Téchouva

41dZI2eqiGL._SX362_BO1,204,203,200_ mortUn troisième choix devant l’éphémère de l’existence est ce que la Bible et la tradition judaïque appellent « faire Téchouva », c’est-à-dire retourner vers Dieu, se convertir (se tourner vers lui), revenir à lui. Chaque année, lors des 7 jours de la fête de Yom Kippour, chaque juif est invité à faire Téchouva en confessant ses péchés, en les regrettant, en s’engageant à lutter contre leur répétition, et à réparer les torts commis. Or c’est ce verbe revenir à Dieu (שׁוּב = shuv en hébreu) que notre psaume 89 met sur les lèvres de YHWH lorsqu’il voit l’éphémère humain : Ps 89,3. La plupart des traductions interprètent le texte comme un rappel de Gn 3,19 : « C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes (שׁוּב) à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras (שׁוּב) ». Elles y lisent donc le rappel de notre finitude voulue par Dieu : « Tu fais retourner l’homme à la poussière ; tu as dit : ‘Retournez, fils d’Adam !’ » (Ps 89,3).

C’est dommage, car c’est faire de l’éphémère humain une volonté (un peu sadique !) d’un Dieu jaloux. Alors que ce n’est qu’une condition de la Création : créer, c’est faire du  différent (sinon c’est de l’émanation). Si Dieu crée, il crée du non-Dieu : la mort n’est pas une punition ou un décret jaloux, c’est la condition même de l’altérité homme–Dieu, notre condition de créatures. Et cela s’impose à Dieu lui-même !

Le texte hébreu ne dit pas que Dieu fait retourner l’homme à la poussière. Il ne parle pas de poussière (le mot עָפָר = aphar n’y est pas), mais de retour (שׁוּב = shuv en hébreu), donc de Téchouva. Loin d’être une condamnation à l’éphémère, notre psaume est une promesse divine : « revenez à moi et vous vivrez ». D’ailleurs, le terme traduit par poussière en grec est ταπείνωσις (tapeinōsis), ce qui en fait désigne la pauvreté, l’humiliation, la misère, comme celle de Marie déshonorée aux yeux de la société de son époque : « YHWH a jeté les yeux sur la bassesse (ταπείνωσις) de sa servante (Lc 1,48).

D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde,
de toujours à toujours, toi, tu es Dieu.
Tu fais retourner [שׁוּב (shuv)] l’homme [texte grec : ‘à la poussière’ (ταπείνωσις ; tapeinōsis)];
tu as dit : « Retournez [שׁוּב (shuv)], fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.
Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ; dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée.

La version grecque de la LXX de notre verset 3 s’éloigne ainsi fortement du texte hébreu : « revenez à Dieu » (shuv, Téchouva) est remplacé par « retournez à la poussière », ce qui plaît davantage au sens tragique de la dramaturgie grecque, mais qui met en scène un Dieu punitif conduisant à la mort, au lieu de YHWH promettant la vie en communion avec lui ! « Tu reviendras (שׁוּבau) au Seigneur ton Dieu, toi et tes fils, tu écouteras sa voix de tout ton cœur et de toute ton âme, tu observeras tout ce que je te commande aujourd’hui. Alors le Seigneur changera ton sort, il te montrera sa tendresse, et il te rassemblera de nouveau du milieu de tous les peuples où il t’aura dispersé » (Dt 30,2-3).
Comme quoi traduire, c’est bien souvent trahir…

Ceux qui lisent dans le psaume 89 un appel à revenir à Dieu découvrent dans la brièveté de la vie sur terre un chemin pour être en communion avec lui, sur qui l’éphémère n’a pas de prise, en qui intensité et durée sont intimement mêlées.

Téchouva

 

Méditer sur notre éphémère nous rend courageux et libres

Terminons avec une note très politique : prendre conscience que nous sommes éphémères est une source de courage pour lutter contre toutes les injustices. Car les tyrans, les oppresseurs eux aussi sont éphémères ! Ils ne font que passer dans l’histoire, et leur tyrannie est comme l’herbe des champs…

staline-300x197 psaumeLe communisme n’a fleuri que 70 ans en Russie, il s’est écroulé sur lui-même. Tôt ou tard, Poutine lui aussi mourra et son despotisme n’est pas éternel. Il y aura un lendemain sans Poutine et son impérialisme nostalgique d’une grande Russie fantasmée. De même pour les anciennes tyrannies : la domination sumérienne est passée ; les pharaons d’Égypte ne sont plus des rois-dieux ; la décadence de l’empire romain a provoqué sa chute ; les sacrifices sanglants des Aztèques ont cessé ; et même Hitler se sera fané en une décennie : son Reich de 1000 ans s’est évaporé plus vite que le brouillard du matin…

Certes les tyrans provoquent le malheur et l’injustice parmi les peuples, mais tôt ou tard ils passeront : lutter pour préparer l’après est un combat gagné d’avance si l’on y réfléchit bien !
Les méchants, les violents, les injustes n’auront pas le dernier mot. C’est pour nous une source de courage afin de résister, une source de liberté afin de dire non.

Là encore, les citations bibliques sont nombreuses pour encourager le peuple à résister aux méchants qui ne font que passer dans l’histoire :
84986237-paysage-d-hiver-avec-chardon-fan%C3%A9-dans-un-champ-d-herbe-gel%C3%A9e Schindler
« C’est moi, c’est moi qui vous console. Qui es-tu pour craindre l’homme qui doit mourir, un fils d’homme périssable comme l’herbe ? » (Is 51,12)
« Leurs habitants (des villes puissantes comme l’Égypte) ont la main trop courte, ils sont effrayés, confondus ; ils ressemblent à l’herbe des champs, à la verdure des prés, à l’herbe des toits et au blé qui se consume avant d’avoir levé » (2R 19,26 ; Is 37,27).
« Le jonc croît-il sans marais ? Le roseau croît-il sans humidité ? Encore vert et sans qu’on le coupe, il sèche plus vite que toutes les herbes. Ainsi arrive-t-il à tous ceux qui oublient Dieu, et l’espérance de l’impie périra » (Jb 8,11-13).
« Ne t’irrite pas contre les méchants, N’envie pas ceux qui font le mal. Car ils sont fauchés aussi vite que l’herbe, Et ils se flétrissent comme le gazon vert » (Ps 37,1-2).
« Qu’ils soient tous humiliés, rejetés, les ennemis de Sion ! Qu’ils deviennent comme l’herbe des toits, aussitôt desséchée ! Les moissonneurs n’en font pas une poignée, ni les lieurs une gerbe » (Ps 129,5-7).
« Que le frère de condition humble se glorifie de son élévation. Que le riche, au contraire, se glorifie de son humiliation (ταπείνωσις = tapeinōsis) ; car il passera comme la fleur de l’herbe » (Jc 1,9-10).

D’ailleurs, de la même manière que Dieu est capable de faire fleurir à nouveau l’herbe des champs, il saura également nous redonner un « corps » glorieux adapté au monde de la Résurrection : « nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres (ταπείνωσις tapeinōsis) corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir » (Ph 3,20-21). L’herbe des champs devient ainsi une métaphore de la Résurrection à venir…

Relisons cette semaine le psaume 89 en entier, à tête reposée : quelles conséquences l’éphémère de mon existence peut-il avoir sur moi ?

 


[1]. Autre explication : selon Gn 35, Rachel mourut en mettant au monde Benjamin, son onzième enfant sur le chemin d’Éfrath. Jacob, son mari, érigea sur sa tombe un monument fait de pierres. Ce monument devait servir de signe de reconnaissance aux enfants d’Israël sur le chemin de l’exil. Le tombeau de Rachel est aujourd’hui un rocher surmonté de onze pierres symbolisant ses onze enfants. Il est situé à côté de Bethléem sur le territoire biblique de Judée, en actuelle Cisjordanie. Mettre une pierre sur une tombe est donc faire ce que Jacob a fait pour sa bien-aimée Rachel.

[2]. Philippe Ariès, Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours, Seuil, 1974.


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13-18)

Lecture du livre de la Sagesse
Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

PSAUME
(Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc)
R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.
 (Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

DEUXIÈME LECTURE
« Accueille-le, non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé » (Phm 9b-10.12-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon
Bien-aimé, moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus, j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ. Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur. Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile. Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers. S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur. Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c’était moi.

ÉVANGILE
« Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 25-33)
Alléluia. Alléluia. 
Pour ton serviteur, que ton visage s’illumine : apprends-moi tes commandements.
Alléluia. (Ps 118, 135)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’ Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix. Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Patrick BRAUD

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31 juillet 2022

Par la foi…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Par la foi…

Homélie pour le 19° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
07/08/2022

Cf. également :

Avec le temps…
La sobriété heureuse en mode Jésus
Restez en tenue de service
Agents de service
Manager en servant-leader
Jesus as a servant leader
Aimer Dieu comme on aime une vache ?

De nuit

Par la foi… dans Communauté spirituelle image-434x500Avez-vous déjà navigué de nuit ? Les ‘voileux’ connaissent bien cette sensation étrange, lorsque le ciel et la mer se mélangent, lorsque les étoiles emballent le voilier dans un somptueux écrin-cadeau, lorsque le chuintement de l’écume le long de l’étrave dans le silence de la nuit est à la fois inquiétant et familier, lorsque l’œil humain a perdu tout repère apparent pour savoir où aller. Dans ces nuits-là, surtout si le vent a forci, après la fatigue des veilles et les dangers des navigations risquées, la moindre lueur à l’horizon est guettée avec avidité. « Là : un éclat ! » Le bateau peut être à des dizaines de milles nautiques de son port d’arrivée, mais il suffit du scintillement d’une bouée cardinale ou d’un éclat blafard à peine perceptible pour que le capitaine vérifie sa route : le port d’arrivée sera en vue tôt ou tard.

 

La foi des Hébreux

L’auteur de la Lettre aux Hébreux a-t-il traversé la Méditerranée ? Sa description de la foi dans notre lecture de ce dimanche (He 11,1-2.8-19) rejoint en tout cas l’expérience d’une navigation de nuit :
« Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. (…) C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs ».

GaliléeC’est un critère facile pour distinguer science et foi : la science n’espère rien, elle cherche à expliquer ; la foi espère tout, et anticipe sur ce qu’elle espère. Ceux qui cherchent des ‘preuves’ de l’existence de Dieu se trompent de quête : Dieu est quelqu’un en qui croire, et non un savoir à apprendre. Démontrer Dieu serait éteindre la foi. Il faudrait se plier à la vérité objective qui s’imposerait alors à nous. Comme dit Paul, « voir ce qu’on espère ce n’est plus espérer » (Rm 8,24). Le navigateur dans la nuit espère le port, il ne le voit pas. La lueur du phare soutient cette espérance en lui permettant de croire qu’il est en bonne voie.

La confusion entre foi et science est hélas courante aujourd’hui : des fondamentalistes chrétiens ou musulmans veulent à tout prix faire concorder les résultats des sciences actuelles avec ceux de leur lecture de la Bible ou du Coran. Ce concordisme a maintes  fois été dénoncé par l’Église comme illusoire et dangereux. Illusoire car ce que la science dit aujourd’hui peut être contredit demain par de nouvelles découvertes et théories, et celui qui aura fondé sa foi sur la science d’hier sera alors bien orphelin. Dangereux, car appuyer sa foi sur la science revient inéluctablement à vouloir l’imposer aux autres, par la force s’il le faut, car la vérité ne peut être l’objet d’un choix personnel. Le système soviétique a voulu imposer la vérité « scientifique » du communisme comme l’unique voie de salut pour les pauvres. Les politiques libérales prétendent s’appuyer sur une « science économique »  indiscutable, et cela pour disqualifier les autres choix possibles.

Les médecines soi-disant alternatives ou les méthodes soi-disant éprouvés des thérapies en tous genres s’appuient sur des théories fausses suffisamment complexes pour bluffer leurs clients et créer une soumission aveugle. Qu’on pense par exemple à la fameuse dianétique de Ron Hubbard, fondateur de l’Église de scientologie : un best-seller (plus de 250 millions d’exemplaires vendus !) de fausses vérités habillées d’un appareil pseudo-scientifique qui serait risible s’il n’était aussi dangereusement sectaire…

La science peut aider la foi en contredisant de fausses lectures des textes (sur l’évolution par exemple). La foi peut favoriser la science en l’aidant à ne pas sortir de son champ d’investigation (ce que font tous les scientismes) et en l’ouvrant à d’autres perspectives.

Tous ceux qui dès lors veulent imposer leur foi aux autres sous prétexte de révélation supérieure font mentir la Lettre aux Hébreux.
Enlever à la foi son caractère ‘nocturne’ conduit à toutes les dictatures pseudo-religieuses ou pseudo-scientifiques…

 

Par la foi

"C'est par la foi..."Vient ensuite dans le texte du chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux une longue énumération de personnages bibliques, qui opère en fait une relecture croyante des périodes de l’histoire d’Israël. Cette litanie est rythmée par le leitmotiv : par la foi… L’auteur balaie ainsi des siècles d’évènements bibliques, avec une première liste depuis la Création jusqu’à Sara, puis une deuxième liste depuis Abraham jusqu’à Rahab. Tiens ! On a donc deux listes (cela nous rappelle les généalogies de Jésus en Mt 1 et Lc 3) qui chacune se termine avec une femme [1], ce qui est déjà une petite provocation dans le monde juif où les femmes n’ont pas le droit de témoigner ; or là elles sont deux femmes à témoigner de la puissance de la foi, et en plus leur statut social les range plutôt du côté des méprisés : Sara est stérile, Rahab est prostituée. La foi culmine souvent en ceux et celles que la société traite comme des moins-que-rien !

Deuxième caractéristique de cette longue et double liste (dont notre lecture liturgique ne donne qu’un extrait) : tous ceux qui sont cités ne sont pas épargnés, au contraire ! Pour le dire autrement : la foi ne les a pas protégés comme par miracle, elle les a au contraire largement exposés à l’épreuve, à la persécution, au malheur innocent :
« Certains autres ont été torturés et n’ont pas accepté la libération qui leur était proposée, car ils voulaient obtenir une meilleure résurrection. D’autres ont subi l’épreuve des moqueries et des coups de fouet, des chaînes et de la prison. Ils furent lapidés, sciés en deux, massacrés à coups d’épée. Ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de moutons ou de toisons de chèvres, manquant de tout, harcelés et maltraités » (He 11,35–37).
Bigre : pas très réjouissant tous ces supplices ! Si c’est ça le bénéfice de croire, beaucoup vont se découvrir athées ! Ou du moins idolâtres : car les païens demandent à leurs idoles de les protéger des épreuves, alors que les chrétiens s’appuient sur leur foi pour continuer à aimer et croire à travers l’épreuve. Les Égyptiens suppliaient leurs dieux de leur envoyer des crues abondantes du Nil. Les idolâtres d’aujourd’hui multiplient les cierges, génuflexions, les pèlerinages et les neuvaines pour échapper au cancer, avoir des enfants, réussir un examen ou s’enrichir… Il n’y a guère de différence entre le culte d’Amon pour obtenir de bonnes récoltes et le rabâchage de prières magiques pour obtenir la santé, l’amour ou la richesse !

 

La foi n’est pas un parapluie

05c4ddc9 foi dans Communauté spirituelleLa foi juive et la foi chrétienne ne protègent pas des épreuves, elles permettent de les traverser sans cesser d’espérer. Elles n’ont rien d’un parapluie qui nous mettrait à l’abri ; elles nous exposent aux persécutions, au mépris des puissants, jusqu’à devenir « le rebut de l’humanité, l’ordure du monde » (1Co 4,13). Pire encore, la foi biblique ne nous garantit pas la réalisation de la promesse de notre vivant ! « Et, bien que, par leur foi, ils aient tous reçu le témoignage de Dieu, ils n’ont pas obtenu la réalisation de la promesse » (He 11,39).
Joseph n’a pas vécu la Pâque ni l’Exode ; Moïse n’est pas entré en Terre promise ; Jésus lui-même est mort lamentablement abandonné de tous, même de son Père.
Si votre foi n’a pour but que de vous procurer un mieux-être personnel ici-bas, vous serez inévitablement déçus par la foi chrétienne ! Instrumentaliser la foi pour mieux vivre, c’est de l’utilitarisme idolâtre !
Malheureusement, ce qui intéresse la plupart des gens n’est pas Dieu en lui-même, mais ce que Dieu peut leur apporter. Ils aiment Dieu comme on aime une vache, disait Maître Eckhart : pour sa viande, son lait, son cuir, mais pas pour elle-même.

La foi n’est pas un parapluie anti-épreuves de la vie ! Au contraire, elle fait prendre des risques, faire des choix à contre-courant, elle suscite l’hostilité car elle dérange le marchandage avec les idoles. Elle nous expose, au lieu de nous mettre à l’abri.
« Choisissant d’être maltraité avec le peuple de Dieu plutôt que de connaître une éphémère jouissance du péché, Moïse considéra l’humiliation subie par le Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte : en effet, il regardait plus loin… » (He 11,25–26).

Serions-nous plus grands que Moïse qui, par la foi, navigua ainsi de nuit jusqu’à apercevoir le but sans pouvoir l’atteindre ?
Serions-nous plus forts que le Christ qui à Gethsémani lutta par la foi contre la tentation d’instrumentaliser Dieu : « Père, que ta volonté soit faite et non la mienne » ?
Le malheur innocent nous frappera, comme Job. Sa foi n’a pas vacillé alors qu’il était dépouillé de tout (santé, famille, richesses). Il a continué d’interroger Dieu sans rompre la relation avec lui, et sa foi devint une lutte comme celle de Jacob avec l’ange, se roulant dans la poussière jusqu’à être béni (Gn 32).

 

Comme s’il voyait l’invisible

51oNKTrhf3L._SX344_BO1,204,203,200_ nuitNotre lecture emploie cette belle formule paradoxale à propos de la foi de Moïse : « Grâce à la foi, Moïse quitta l’Égypte sans craindre la colère du roi ; il tint ferme, comme s’il voyait Celui qui est invisible » (He 11,27).
C’est aussi le titre d’un livre célèbre en son temps (1964), écrit par un prêtre-ouvrier, Jacques Loew, docker à Marseille à partir des années 40. Il s’y exerçait à la même relecture historique croyante que celle de la Lettre aux Hébreux, en discernant dans l’histoire des ouvriers qu’il côtoyait des éléments de foi et d’espérance témoignant du travail de l’Esprit en eux. Ce qui lui a permis de tenir en milieu largement anticlérical !

Comme s’il voyait l’invisible, Jacques Loew a cru en la proximité de ces rudes dockers avec l’Évangile.
Comme s’il voyait l’invisible, Moïse a quitté ses privilèges de la cour de Pharaon pour aller vers un pays lointain qu’il ne connaissait pas et dans lequel il n’est pas entré.
Comme s’il voyait l’invisible, Jésus de Nazareth a subi l’humiliation de la croix s’appuyant sur sa confiance en celui qu’il appelait Abba, et il mourut sans voir se réaliser la promesse d’un royaume de Dieu vainqueur du mal.

 

Alors nous aussi, comme si nous voyions l’invisible, avançons dans la foi, naviguons chacun dans notre nuit sans quitter des yeux la lumière qui, là-bas, nourrit notre espérance…

 


[1]. 1° liste : Création, Abel, Hénoch, Noé, Abraham, Sara ; 2° liste : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Israël, Rahab.



Lectures de la messe

Première lecture
« En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire » (Sg 18, 6-9)

Lecture du livre de la Sagesse
La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie. Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire. Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Psaume
(Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22)
R/ Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu.
 (Ps 32, 12a)

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine !

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture
« Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur et l’architecte » (He 11, 1-2.8-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi.
Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.
Grâce à la foi, il vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.
Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.
C’est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu’ils sont tous morts ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient songé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Aussi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une ville.
Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts ; c’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une préfiguration.

Évangile
« Vous aussi, tenez-vous prêts » (Lc 12, 32-48)
Alléluia. Alléluia. 
Veillez, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra. Alléluia. (cf. Mt 24, 42a.44)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens. Mais si le serviteur se dit en lui-même : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
Patrick BRAUD

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3 juillet 2022

Elle est tout près de toi, cette Parole…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Elle est tout près de toi, cette Parole…

Homélie pour le 15° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
10/07/2022

Cf. également :

Les multiples interprétations du Bon Samaritain
Conjuguer le verbe aimer à l’impératif
J’ai trois amours
Aime ton Samaritain !
Réintroduisons le long-terme dans nos critères de choix
Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures
L’amour du prochain et le « care »
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?

Un sans-abri patiente sur les marches de la cathédrale

Une bible pour SDF

Des protestants (l’Alliance biblique française) vont mener à bien une initiative singulière : distribuer gratuitement en 2023 des Bibles aux sans-abri, des Bibles adaptées à leur mode de vie et à leurs caractéristiques sociales. En effet, « bien souvent, lorsqu’on leur en distribue, on leur en offre une bon marché. Le problème, avec ces bibles, c’est qu’elles utilisent une langue compliquée, alors que le français n’est pas la langue natale de nombreux SDF, résume Gilles Boucomont, le président de la Mission évangélique parmi les sans-logis à Paris. Régulièrement, la taille des caractères est trop petite, et ils sont imprimés à l’encre grise sur du papier recyclé souvent de mauvaise qualité qui se déchire facilement ». Le projet a pris corps à partir de ce constat.

Distribuer des Bibles aux SDF ! Une variante des Restos du cœur ? Pas faux ! Quelle idée bizarre quand même aux yeux de nos contemporains pour qui l’humanitaire prime sur tout ! Distribuer des paniers repas, des tentes, des douches, oui, mais des Bibles ! ?
Donner des Bibles accessibles à chacun relève d’une triple conviction :
– l’être humain n’a pas faim que de sandwiches, mais aussi de paroles qui ont du sens
– les pauvres tout particulièrement sont en résonance assez immédiate avec les récits bibliques
– la Bible possède en elle-même assez de force pour toucher le cœur de lecteurs apparemment dénués de tout, pourvu qu’on leur en facilite l’accès.

Ce genre de convictions poussèrent les évangélistes à distribuer clandestinement des Bibles dans l’empire soviétique, au temps où cela valait des années de prison. Ils continuent actuellement, sous le manteau malgré les menaces, en Chine toujours communiste, dans les pays musulmans, en Corée du Nord, partout où le seul fait de posséder une bible est passible de condamnation pénale.
Malgré de louables efforts de vulgarisation et de diffusion biblique, il faut reconnaître que les catholiques sont encore loin d’un tel amour biblique…

La première lecture de ce dimanche devrait pourtant nous réveiller. Le Deutéronome nous rappelle que la Parole de Dieu n’est ni compliquée ni lointaine, ni réservée à quelques happy few :
« Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : ‘Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique ».

 

décrocher la lune

Le ciel est vide

Comme en écho de l’Ascension où les apôtres étaient invités à revenir sur terre au lieu de rester là à fixer le ciel, hébétés, sidérés, voilà donc que le Deutéronome déclare lui aussi que les cieux sont vides, et que ce n’est surtout pas là qu’il faut chercher la Parole :
« Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ ».
Les gourous de tous bords nous font croire que eux – eux seuls – sont allés décrocher la lune pour nous ramener des révélations sensationnelles. Les clercs de tous bords nous font croire qu’eux – eux seuls – savent correctement interpréter les écrits sacrés soi-disant venus d’ailleurs.

La Bible, elle, répète inlassablement que c’est en descendant en lui-même que l’être humain entendra Dieu lui parler. C’est en écoutant battre le meilleur de notre cœur que nous entendrons battre le cœur de Dieu. C’est en allant au plus intime de nous-mêmes que nous découvrirons la vérité de notre être. Car, par l’Esprit qui se moque des frontières religieuses, Dieu habite en chacun : il est plus intime à moi-même que moi-même (Augustin). C’est donc en me re-cueillant, par le silence, l’étude, la prière, la contemplation, que je pourrai laisser jaillir la source divine intérieure.

Descendre en soi est le plus sûr chemin pour écouter ce que Dieu veut me dire. C’est également une voie de salut, pour me réconcilier avec moi-même, et trouver l’unité fondamentale qui me fait vivre en communion avec le monde. L’intériorité est ainsi un chemin de guérison très sûr. Une amie m’en témoignait récemment avec enthousiasme :
« Suite à un stage que je viens de faire dans un lieu sympa mais plus encore avec des personnes hors du lot, psycho énergéticiennes incroyables, je suis toute retournée. Dans la hutte de sudation amérindienne, j’ai lâché des poids, je me suis allégée et mon mal de dos, c’est à dire mon psoas, muscle de l’âme s’est relâché d’un seul coup ! Je te raconte ça car c’est une expérience extraordinaire ».
Évidemment, je suis un peu méfiant et sceptique sur le vocabulaire et l’appareil théorique qui prétend expliquer ce genre d’expérience. Mais la qualité de l’expérience spirituelle paraît bien là. Revenir à soi nous rapproche de Dieu, tout proche. Et même si certains en rendent compte avec des théories un peu délirantes, cela ne supprime pas la force de l’expérience intérieure à la base de toute guérison spirituelle. Ce n’est pas parce que Christophe Colomb raconte avoir découvert les Indes qu’il n’a rien découvert du tout…

 

La source d’eau, le quatrième signe de Lourdes

Aller à la source intérieure

Le livre du Deutéronome nous renvoie donc à notre profondeur personnelle. Ceux qui vivent à la surface d’eux-mêmes auront du mal à entendre cet appel. Ils s’étourdissent dans l’action ; la poursuite des hochets (argent, gloire, puissance, plaisir) calment leur faim au lieu de la creuser. Pour entendre la Parole, il nous faut être attentifs à la soif la plus vraie qui nous habite, au désir le plus exigeant qui nous anime. Telle une baguette de sourcier, la lecture de la Bible nous fait alors vibrer à l’approche de la source en nous. Telle Bernadette Soubirous grattant la boue de la ‘tutte aux cochons’ de Massabielle, la lecture intime de la Bible dégage au plus profond de notre être un filet d’eau d’abord trouble, puis de plus en plus clair, jusqu’à devenir parfois gave impétueux qui emporte tout !

N’avez-vous jamais pleuré en lisant tel verset, tel passage ? Comme si cette parole n’avait été écrite que pour vous, tellement elle vous révèle à vous-même à cet instant précis de votre trajectoire.
N’avez-vous jamais bondi de joie en découvrant telle perle dans la Bible ?
N’avez-vous jamais chanté les psaumes comme si vous veniez de les composer pour votre détresse ou votre allégresse ?
N’avez-vous jamais été ébloui devant la beauté de l’être humain qui se révèle dans un texte ? Ou fasciné par la complexité de ce même humain à l’œuvre entre les lignes ?

La proximité de la Parole de Dieu est pleinement réalisée depuis Pentecôte, où la promesse du prophète Joël est accomplie en plénitude :
« Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes » (Jl 2,26 ; Ac 2, 16-17)

Depuis Pentecôte, la Parole n’est plus à l’extérieur de nous-mêmes. Cela ne signifie pas que nous n’ayons plus besoin de maîtres, de guides pour descendre en nous écouter cette Parole. Cela signifie que ces maîtres, ces guides devront respecter la localisation intime du trésor de la Parole, et qu’ils ne devront jamais se substituer à mon appropriation personnelle, en conscience.

Rappelons que chez les juifs encore aujourd’hui la tradition orale est aussi importante que l’écrite. Il y a deux Torah : la Torah orale s’appuie sur la Torah écrite pour lui donner toute sa saveur personnelle et mystique, comme pour l’actualiser sans cesse dans les nouveaux contextes politiques et sociaux.

En christianisme, c’est l’Esprit de Pentecôte qui assure ce passage de l’extérieur à l’intérieur, de l’objectif à l’intime, de la norme au désir, de la loi à l’esprit. C’est l’Esprit qui fait du texte lu, médité, entendu, une parole pour moi, maintenant.

La vie spirituelle – c’est-à-dire la vie dans l’Esprit, selon l’Esprit – est une itinérance d’intimité avec soi où Dieu se fait tout proche, où sa Parole devient notre parole et réciproquement.

 

Une soif infinie

Quant à la soif de cette Parole que la lecture de la Bible a pour but de creuser et d’accroître à l’infini, laissons le diacre syriaque Éphrem (IV° siècle) nous la décrire mieux que quiconque :

Ephrem le syriaque« Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons ; comme des gens assoiffés qui boivent à une source. Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite. […]

Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu’il y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu’il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu’il a été capable d’y découvrir une seule chose parmi bien d’autres. Enrichi par la parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie ; incapable de l’épuiser, qu’il rende grâce pour sa richesse. Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t’attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source.

Que la source apaise ta soif, sans que ta soif épuise la source.
Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.

Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois ; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu ».

 


Lectures de la messe

Première lecture
« Elle est tout près de toi, cette Parole, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30, 10-14)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : ‘Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ?’ Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »

Psaume
(Ps 68, 14, 17, 30-31, 33-34, 36ab.37)
R/ Cherchez Dieu, vous les humbles et votre cœur vivra.

Moi, je te prie, Seigneur :
c’est l’heure de ta grâce ;
dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi,
par ta vérité sauve-moi.

Réponds-moi, Seigneur,
car il est bon, ton amour ;
dans ta grande tendresse,
regarde-moi.

Et moi, humilié, meurtri,
que ton salut, Dieu, me redresse.
Et je louerai le nom de Dieu par un cantique,
je vais le magnifier, lui rendre grâce.

Les pauvres l’ont vu, ils sont en fête :
« Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! »
Car le Seigneur écoute les humbles,
il n’oublie pas les siens emprisonnés.

Car Dieu viendra sauver Sion
et rebâtir les villes de Juda.
patrimoine pour les descendants de ses serviteurs,
demeure pour ceux qui aiment son nom.

Deuxième lecture
« Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 15-20)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens
Le Christ Jésus est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.
Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

Évangile
« Qui est mon prochain ? » (Lc 10, 25-37)
Alléluia. Alléluia. 
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? » Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : ‘Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.’ Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »
Patrick BRAUD

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26 juin 2022

Voyagez léger et court-vêtu !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Voyagez léger et court-vêtu !

Homélie pour le 14° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
03/07/2022

Cf. également :

Secouez la poussière de vos pieds
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »
Je voyais Satan tomber comme l’éclair
Les 72
Briefer et débriefer à la manière du Christ
Qu’est-ce qui peut nous réjouir ?

La politique bagage d’EasyJet

Voyagez léger et court-vêtu ! dans Communauté spirituelleIl y a quelques mois, la compagnie aérienne low-cost EasyJet a revu sa politique bagages à la baisse. Désormais, seul un minuscule bagage de cabine est compris avec le billet d’avion : au maximum 45 x 36 x 20 cm (poignées ou roues comprises). Mesurez : ce sont les dimensions d’une mini valise, ou un sac à dos ordinaire, pas plus ! Du coup, comme le supplément pour un bagage en soute est presque aussi cher que le billet, beaucoup de voyageurs optimisent leurs affaires pour qu’elles tiennent dans le volume autorisé. En outre, ils découvrent qu’ils gagnent ainsi du temps, car l’enregistrement des bagages en soute et leur récupération à l’aéroport à l’arrivée sont très longs.

On voit depuis à Roissy Charles-de-Gaulle des foules de voyageurs avec pour seul équipement un sac à dos : pas seulement des jeunes routards habitués à crapahuter de par le monde avec juste le nécessaire dans le dos, mais également des seniors, des parents, qui se disent qu’après tout la famille, les amis ou l’hôtel là-bas auront largement tout ce qu’il faut.

En les voyant ainsi libérés de leurs habituelles valises pesantes et encombrantes, je pensais aux vers de la fable de La Fontaine décrivant la paysanne Perrette et son pot-au-lait  marchant avec allégresse vers ses rêves de réussite (« veau, vache, cochon, couvée ») :

Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là pour être plus agile
Petite jupe simple, et souliers plats.

Perrette a trébuché et tous ses rêves se sont renversés avec son pot-au-lait, mais elle avait raison de voyager légère et court-vêtue pour aller de l’avant !

 

L’évangile zéro bagage

EnvoiMission de Foucauld dans Communauté spirituelleJésus n’avait pas lu La Fontaine, mais il était arrivé aux mêmes conclusions qu’EasyJet et Perrette : pour voyager mieux et loin, il ne faut pas emporter trop de bagages. L’évangile de ce dimanche (Lc 10, 1-12.17-20) le recommande fortement à ceux qui sont envoyés en mission : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin ».

Au fil des siècles, les Églises se sont alourdies et leurs bagages sont devenus si imposants qu’ils les immobilisent et les empêchent d’être agiles, mobiles, souples et réactives. Le patrimoine foncier de l’Église catholique en France est encore gigantesque, ses œuvres d’art inestimables, ses possessions complexes à gérer. Même ses œuvres de charité (écoles, hôpitaux, institutions, organismes de solidarité etc.) l’étouffent en faisant d’elle une machine administrative rigide et peu transparente. Saint Martin évangélisa la Gaule au IV° siècle avec un cheval et son manteau coupé en deux. Quelques siècles plus tard, l’Église croulait sous la richesse accumulée… Comment s’étonner dès lors, à la lumière de la parole de Jésus liant dépouillement et agilité missionnaire, que cette Église soit devenue si peu évangélisatrice ?

Si l’apôtre s’embarrasse de sac, de bourse ou de tunique de rechange, il marchera moins vite, moins loin, et surtout il ne comptera que sur ses seules ressources au lieu de compter sur la générosité de ceux vers qui il est envoyé.

 

Charles de Jésus : le voyageur sans bagages

image%2F0564407%2F20211116%2Fob_97e781_foucauld-une-tentation-dans-le-desert missionDimanche 15 mai dernier, le pape François a canonisé à Rome Charles de Foucauld pour sa présence et son témoignage au milieu des Touaregs. Sous-officier de l’armée coloniale, il avait appris très tôt que voyager au Maroc demandait de ne pas emporter grand-chose. Se faisant passer pour un rabbin afin de ne pas avoir d’ennuis, il a expérimenté, bien avant sa conversion, que se mélanger au peuple ordinaire d’un pays étranger demande beaucoup de discrétion, de simplicité, sans s’encombrer plus que nécessaire. Quand il reviendra, une fois ordonné prêtre, au Maghreb, il n’emportera matériellement rien avec lui de ce que son statut aurait pu lui octroyer. Sur le plateau de l’Assekrem au milieu du désert du Hoggar dans le Sahara, son ermitage de pierres sèches n’aura rien du confort occidental. Sa gandoura le rendra semblable aux nomades du désert. Même son capital social dû à sa noblesse, il le laissera en France, ne voulant plus se faire appeler que Charles de Jésus et non plus de Foucauld. Se dépouillant matériellement pour mieux rencontrer les Touaregs, Charles découvre alors qu’il lui faut encore se dévêtir spirituellement, culturellement, afin de devenir le frère universel qu’il souhaite être pour les Touaregs.

« Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu : c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu (…). C’est dans la solitude, dans cette vie seule avec Dieu seul (…) que Dieu se donne tout entier à celui qui se donne aussi tout entier à lui ».

« Il faut briser tout ce qui n’est pas moi », fait-il dire à Jésus.

Charles devra même abandonner la perspective de baptiser qui que ce soit, et se contenter d’être là, gratuitement, sans autre but que le témoignage fraternel. Le 7 septembre 1915, il écrit :

« Il y aura demain 10 ans que je dis la messe à Tamanrasset et pas un seul converti ! Il faut prier, travailler et patienter ».

Sa prière d’abandon, reprise chaque jour par les Petites Sœurs et Petit Frères de Jésus se réclamant de lui, exprime ce désir d’union qui fait passer par-dessus bord tout ce qui alourdit, ralentit ou empêche le mouvement d’amour envers l’autre :

1024px-%D8%A7%D8%B3%D9%83%D8%B1%D8%A7%D9%85_2_-_%D8%AA%D9%85%D9%86%D8%B1%D8%A7%D8%B3%D8%AA sobriété« Mon Père,
Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père ».

Le dépouillement ultime serait pour lui le martyre, qu’il désire de façon sincère et non morbide, pour aller au bout du don de lui-même à son Dieu et à ce pays qu’il aime :

« Vivre comme si je devais mourir aujourd’hui martyr. À toute minute, vivre aujourd’hui comme devant mourir ce soir martyr ».
« Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu à terre, nu, méconnaissable, couvert de sang et de blessures, violemment et douloureusement tué… et désire que ce soit aujourd’hui ».
« Pense souvent à cette mort, pour s’y préparer et juger les choses à leur vraie valeur ».

Son assassinat exaucera ce vœu : le 1er décembre 1916, un brigand rebelle sénoussiste lui tire dessus, plus ou moins accidentellement, devant la porte du fortin de Tamanrasset où il s’était réfugié.

Le seul bagage que Charles n’a finalement pas laissé de côté est son bagage intellectuel. Les Touaregs n’ayant pas de culture de l’écrit, il travaille avec acharnement à transcrire cette langue, en rédigeant une grammaire, et des dictionnaires français-touareg et touareg-français. Car devenir frère, c’est promouvoir la langue, la culture, la sagesse, le génie de l’autre. Ne rien emporter pour la route de la mission implique par contre de faire fructifier ses talents d’intelligence, d’écoute, de compréhension au service de l’autre. Cyrille et Méthode ont fait ainsi en inventant un alphabet pour transcrire les langues slaves. Mattéo Ricci l’a fait en traduisant la liturgie en chinois. Les Pères Blancs l’on fait avec les langues et les cultures d’Afrique de l’Ouest etc.

Reste que ne rien emporter pour la route est la marque de l’apôtre authentique. François d’Assise s’est dépouillé de la richesse paternelle jusqu’à se réfugier nu dans les bras de son évêque. Mère Teresa a quitté le confort de son école pour enfants riches de Calcutta, avec pour seul équipement un sceau et un sari.

Les missionnaires les plus féconds voyagent légers et court-vêtus !

 

Alléger notre train de vie

‘Je ne suis pas missionnaire’, objecterez-vous peut-être. Pas faux, pas tout à fait exact non plus. Car tout baptisé est envoyé auprès de sa famille, ses amis, ses voisins, ses collègues, son quartier, ses cercles associatifs.

Se désencombrer de l'inutile eBook by Rosette Poletti,Barbara DobbsQuel sera votre témoignage si vous êtes trop installé dans la vie ?
Quelle liberté aurez-vous pour répondre à un appel si mille contraintes vous obligent déjà ?
Quelle souplesse d’esprit aurez-vous si la gestion de ce que vous possédez vous accapare et formate votre façon de penser ? On dit à juste titre que le plus souvent, nous ne possédons pas des biens, mais que nos biens nous possèdent…

À force d’accumuler, de calculer, de vouloir tout maîtriser, il n’y a plus de place pour l’évènement, l’imprévu, le différent. En allant ‘léger et court-vêtu’ sur les chemins de Palestine, Jésus a pu devenir le frère universel accessible à tous. En demandant à ses apôtres la même sobriété de possession et de mode de vie, le Christ initie son Église à la vraie disponibilité du cœur, celle qui ne s’encombre pas d’imposants bagages en soute, afin de se laisser conduire avec souplesse là où l’Esprit l’emmène.

Puissions-nous écouter cet appel du Christ à simplifier notre train de vie, pour mieux témoigner de l’Évangile à ceux qui ne le connaissent pas !
Parmi mes bagages, lesquels sont devenus trop lourds ?
Quelles possessions sont trop encombrantes ?
Comment voyager léger et court-vêtu vers ceux qui attendent une espérance ?

 

 

 Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve » (Is 66, 10-14c)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez !
Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. » Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs.

Psaume
(Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20)
R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur !
 (cf. Ps 65, 1)

Acclamez Dieu, toute la terre ;
fêtez la gloire de son nom,
glorifiez-le en célébrant sa louange.

Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »
Toute la terre se prosterne devant toi,
elle chante pour toi, elle chante pour ton nom

Venez et voyez les hauts faits de Dieu,
ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

Il changea la mer en terre ferme :
ils passèrent le fleuve à pied sec.
De là, cette joie qu’il nous donne.
Il règne à jamais par sa puissance.

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu :
je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme ;
Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière,
ni détourné de moi son amour !

Deuxième lecture
« Je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus » (Ga 6, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères, pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle. Pour tous ceux qui marchent selon cette règle de vie et pour l’Israël de Dieu, paix et miséricorde. Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter, car je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus. Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen.

Évangile
« Votre paix ira reposer sur lui » (Lc 10, 1-12.17-20)
Alléluia. Alléluia. 
Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ ; que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse. Alléluia. (Col 3, 15a.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : ‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ » Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.’ Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »
Les 72 disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »
Patrick BRAUD

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