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29 juin 2013

Exigeante et efficace : la non-violence

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Exigeante et efficace : la non-violence

 

Homélie du 13e dimanche du temps ordinaire/ Année C
30/06/013

Les affrontements politiques à l’occasion de la loi sur le « mariage pour tous » ont mis en lumière deux façons de combattre pour ses idées.

L’une, faite de convictions, de drapeaux, de pancartes et de familles en cortège paisible, et l’autre, en marge de cette foule, faite de vitrines brisées, de provocations à la bagarre, se terminant en jets de cocktails Molotov et charges musclées des CRS. Hélas, cette deuxième forme de militance peut aller jusqu’à tuer. La mort de Clément Méric début juin rappelle que la violence des extrêmes devient vite meurtrière.

Pourtant, dans l’entreprise comme en politique, beaucoup vous diront qu’il faut rendre coup pour coup. Qu’on n’est pas dans le monde des Bisounours. Que tendre l’autre joue fait encore plus mal et n’arrête pas l’injustice.

Bref : que les cathos sont de doux rêveurs à parler de non-violence et d’amour des ennemis.

Regardons-y de plus près.

 

Éliminer ses ennemis ?

« Veux-tu que nous fassions tomber sur eux le feu du ciel ? » demandent Jacques et Jean en désignant leurs adversaires. C’est donc que l’évangélisation suscite toujours hostilité et opposition farouche. Faut-il répondre aux violents avec leurs propres armes ? La tentation séduit les disciples. Après tout, persuadés qu’ils sont d’être dans la vérité, pourquoi ne pas l’imposer par la force ?

C’est le piège dans lequel est tombé Mohamed lors de sa reconquête de la Mecque et de l’Arabie tout entière. C’est l’erreur fatale de l’Inquisition, du stalinisme ou de tout autre idéologie sûre d’elle-même.

Le Christ réfute vigoureusement ce remède pire que le mal : répondre à la violence par la violence n’engendre qu’un cycle infernal de vengeance et de représailles, dans chaque camp alternativement.

La seule exception tolérée ensuite à ce principe non-violent est celle de la légitime défense : devant Hitler envahissant la Pologne ou déportant les juifs, il est légitime de recourir à la violence pour arrêter la barbarie. À condition toutefois de n’avoir pas la haine au coeur, fut-ce contre Eichmann ou Goebbels, mais la volonté de sauver les plus faibles. Car la haine nous fait ressembler aux bourreaux que nous détestons. Car la vengeance nous ravale au rang des criminels dont nous dénonçons les actes, pas la personne.

Ne pas confondre une personne avec ses actes ? quels qu’ils soient – reste en effet le socle de l’éthique chrétienne. Jésus a cru en l’autre quoi qu’il fasse. C’est pourquoi il pardonne à ceux qui le condamnent et le crucifient. C’est pourquoi nous sommes contre la peine de mort. C’est pourquoi nous croyons que la rédemption d’un être est toujours possible.

 

Le Christ ne veut pas utiliser la puissance pour s’imposer.

Lors de son arrestation, il dit à Pierre qui veut s’y opposer par la force : « Rengaine ton glaive; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? » (Mt 26,52-53). Dans l’évangile aujourd’hui, il refuse de faire tomber le feu du ciel, le « feu de Dieu », sur ses ennemis. Il sait qu’il s’expose ainsi à être lui-même broyé par la violence qu’il refuse d’utiliser. Mais c’est en allant jusqu’au bout de sa non-violence que le Christ pourra nous libérer de l’emprise que la violence exerce sur nous dès l’origine (cf. le premier homicide d’Abel par Caïn).

 

Une non-violence terriblement exigeante.

Exigeante et efficace : la non-violence dans Communauté spirituelle Rajneesh-Osho-Viens-Suis-Moi-Livre-864529556_MLReste que le Christ n’est pas tendre avec ceux qui veulent le suivre. Il place la barre très haut. Il est presque plus exigeant avec ses amis que ses ennemis ! C’est que combattre la violence à l’extérieur de soi commence par la débusquer d’abord en soi. Elle provient d’attachements trop exclusifs, d’identités trop marquées, de racines culturelles ou familiales trop exclusives et donc jalouses.

Trop ou mal à posséder empêchent d’être non-violent : « le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ».

Trop ou mal honorer sa famille empêche d’être libre, détaché : « laisse les morts enterrer leurs morts ».

Trop ou mal s’attacher à son passé empêche d’être disponible à l’avenir de l’autre : « celui qui regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu ».

Ces paroles sont dures, et il ne faut surtout pas en émousser l’exigence.

La non-violence du Christ est d’abord un combat intérieur, pour éliminer non pas ses ennemis du dehors, mais ces adhérences du dedans qui nous maintiennent complices de la violence passée ou possible.

 

Une non-violence terriblement efficace.

Ce combat intérieur vaut la peine. Car au bout de ce pèlerinage intime il y a la terrible efficacité de la non-violence.

La pression que Gandhi et Martin Luther King ont su mettre sur leurs adversaires a changé le cours de l’histoire : en émancipant une société coloniale, en réformant des lois raciales injustes.

La lutte non violente du syndicat Solidarnosc en Pologne (1981 – 1989) est exemplaire. Qui pouvait imaginer dans ces années 80 que le communisme – si meurtrier, si inhumain – pourrait tomber autrement que sous les obus et les missiles de l’Ouest ? Pourtant, comme l’écrivait Jean Paul II, acteur essentiel de ce bouleversement :

« Parmi les nombreux facteurs de la chute des régimes oppressifs, certains méritent d’être rappelés d’une façon particulière. Le facteur décisif qui a mis en route les changements est assurément la violation des droits du travail. On ne saurait oublier que la crise fondamentale des systèmes qui se prétendent l’expression du gouvernement et même de la dictature des ouvriers commence par les grands mouvements survenus en Pologne au nom de la solidarité. Les foules ouvrières elles-mêmes ôtent sa légitimité à l’idéologie qui prétend parler en leur nom, et elles retrouvent, elles redécouvrent presque, à partir de l’expérience vécue et difficile du travail et de l’oppression, des expressions et des principes de la doctrine sociale de l’Église.

Un autre fait mérite d’être souligné : à peu près partout, on est arrivé à faire tomber un tel « bloc », un tel empire, par une lutte pacifique, qui a utilisé les seules armes de la vérité et de la justice. Alors que, selon le marxisme, ce n’est qu’en poussant à l’extrême les contradictions sociales que l’on pouvait les résoudre dans un affrontement violent, les luttes qui ont amené l’écroulement du marxisme persistent avec ténacité à essayer toutes les voies de la négociation, du dialogue, du témoignage de la vérité, faisant appel à la conscience de l’adversaire et cherchant à réveiller en lui le sens commun de la dignité humaine.

Apparemment, l’ordre européen issu de la deuxième guerre mondiale et consacré par les Accords de Yalta ne pouvait être ébranlé que par une autre guerre. Et pourtant, il s’est trouvé dépassé par l’action non violente d’hommes qui, alors qu’ils avaient toujours refusé de céder au pouvoir de la force, ont su trouver dans chaque cas la manière efficace de rendre témoignage à la vérité. Cela a désarmé l’adversaire, car la violence a toujours besoin de se légitimer par le mensonge, de se donner l’air, même si c’est faux, de défendre un droit ou de répondre à une menace d’autrui. Encore une fois, nous rendons grâce à Dieu qui a soutenu le coeur des hommes au temps de la difficile épreuve, et nous prions pour qu’un tel exemple serve en d’autres lieux et en d’autres circonstances. Puissent les hommes apprendre à lutter sans violence pour la justice, en renonçant à la lutte des classes dans les controverses internes et à la guerre dans les controverses internationales ! » (Centesimus Annus n° 23)

La liste est longue de ces campagnes de non-violence qui ont abouti à rétablir l’être humain dans sa dignité :

- les ‘folles de la place de mai’ en Argentine dans les années 70

- le ‘people power’ aux Philippines contre le règne du dictateur Marcos en 1986

- la longue traversée du désert de Nelson Mandela (27 ans de prison !) aboutissant au pardon et à une réconciliation au-delà de l’apartheid.

- la ‘révolution de velours’ avec Waclav Havel en Tchécoslovaquie et RDA en 1989

- le mouvement du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi en Birmanie

- les printemps arabes récents (dont le combat n’est pas terminé hélas)

- etc.

 

Ne laissons plus dire que la non-violence est faite pour les doux rêveurs dans un monde de Bisounours !

C’est au contraire l’arme la mieux adaptée à l’éradication du mal et non de ceux qui le commettent.

C’est la seule stratégie qui combat la cause et non pas les symptômes.

C’est l’attitude qui peut changer le coeur du bourreau et l’aider à se détourner de la violence commise.

 

Appliquez-la au couple ou à l’entreprise, et vous verrez que, alliée au pardon - cas de légitime défense mise à part - elle est largement plus efficace que la revanche ou la stricte justice.

 

« Veux-tu que nous fassions tomber sur eux le feu du ciel ? »

Laissons le Christ nous interpeller vivement lorsque cette tentation sauvage de détruire l’autre résonnera à nos oreilles…

 

 

 

 

1ère lecture : Élisée abandonne tout pour suivre Élie (1R 19, 16b.19-21)
Lecture du premier livre des Rois

Le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafate, comme prophète pour te succéder. » 
Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafate, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau.
Alors Élisée quitta ses boeufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. »
Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de boeufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

Psaume : Ps 15, 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b-11

R/ Dieu, mon bonheur et ma joie !

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon c?ur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon c?ur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : L’Esprit s’oppose à la chair et nous rend libres(Ga 5, 1.13-18)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, 
si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage.
Vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.
Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 
Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres.
Je vous le dis : vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu ; alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair.
Car les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez.
Mais en vous laissant conduire par l’Esprit, vous n’êtes plus sujets de la Loi.

Evangile : Suivre Jésus sans condition sur la route de la Croix(Lc 9, 51-62)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui le Seigneur nous appelle. Suivons-le sur les chemins de l’Évangile. Alléluia. (cf. 1 S 3, 9 ; Lc 9, 59)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem.
Il envoya des messagers devant lui ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? »
Mais Jésus se retourna et les interpella vivement.
Et ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu. » Patrick Braud

29 décembre 2012

La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat

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La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat

Homélie pour la fête de la Sainte Famille, Année C
30/12/12

Chaque année, juste après Noël, l’Église nous invite à contempler cette famille atypique formée de Marie, Joseph et leur enfant à nul autre pareil.

Au même moment, le débat fait rage en France sur le mariage homosexuel. Beaucoup de catholiques préparent activement la manifestation du 13 Janvier 2013 à Paris pour protester contre le projet de loi appelé « mariage pour tous ».

L’Église catholique s’est clairement prononcée contre, ainsi que les responsables juifs et musulmans.

L’analyse la plus pertinente est sans doute celle du grand rabbin de France, Gilles Bernheim, qui a développé sa critique dans un texte [1] fortement argumenté dans  la philosophie, l’anthropologie et la Bible.

Déjà, en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Joseph Ratzinger avait signé en Juin 2003 le texte « Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles » dont la conclusion est la suivante :

« L’Église enseigne que le respect envers les personnes homosexuelles ne peut en aucune façon conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles. Le bien commun exige que les lois reconnaissent, favorisent et protègent l’union matrimoniale comme base de la famille, cellule primordiale de la société. Reconnaître légalement les unions homosexuelles ou les assimiler au mariage, signifierait non seulement approuver un comportement déviant, et par conséquent en faire un modèle dans la société actuelle, mais aussi masquer des valeurs fondamentales qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité. L’Église ne peut pas ne pas défendre de telles valeurs pour le bien des hommes et de toute la société. » [2]

Récemment, au cours de la visite des évêques français ad limina (Septembre 2012), il avait réaffirmé nettement son opposition au projet de loi, en citant longuement le grand rabbin de France Gilles Bernheim, et l’intérêt de l’enfant : 

« L’enfant a perdu la place qui lui revenait »

Si jusqu’ici nous avons vu comme cause de la crise de la famille un malentendu sur l’essence de la liberté humaine, il devient clair maintenant qu’ici est en jeu la vision de l’être même, de ce que signifie en réalité le fait d’être une personne humaine ».

« L’enfant, a poursuivi le pape, a perdu la place qui lui revenait jusqu’à maintenant et la dignité particulière qui lui est propre. Bernheim montre comment, de sujet juridique indépendant en soi, il devient maintenant nécessairement un objet, auquel on a droit et que, comme objet d’un droit, on peut se procurer. » Dans ce discours traditionnellement important où il expose les préoccupations principales de l’Église, le pape a aussi dénoncé la « profonde fausseté de la théorie et de la révolution anthropologique » du « gender », qui estime que la société et l’éducation déterminent le vrai sexe d’une personne. [3]

Même Lionel Jospin, lorsqu’il était premier ministre en 2004, déclarait avec justesse :

« Nous sommes dans un temps où l’on souligne en permanence la crise des institutions - l’État, l’école, les Églises, la famille – et la perte des repères qu’elle entraînerait. De fait, les institutions ont été créées pour fonder et étayer les sociétés. On peut les défendre, on peut les contester – c’est aussi une façon de se structurer – on peut les réformer. Je ne crois pas qu’il soit pertinent d’en dénier le sens. Le mariage est, dans son principe et comme institution, « l’union d’un homme et d’une femme ». Cette définition n’est pas due au hasard. Elle renvoie non pas d’abord à une inclination sexuelle, mais à la dualité des sexes qui caractérise notre existence et qui est la condition de la procréation et donc de la continuation de l’humanité. [...] Quant à l’enfant, il n’est pas un bien que peut se procurer un couple hétérosexuel ou homosexuel, il est une personne née de l’union – quelle que soit la modalité – d’un homme et d’une femme. Et c’est à cela que renvoient le mariage et aussi l’adoption. Aux caractères du mariage, on peut préférer le célibat, le concubinage et désormais le pacte civil de solidarité (Pacs), que mon gouvernement a instauré. On peut respecter la préférence amoureuse de chacun, sans automatiquement institutionnaliser les m?urs ».

Pour aller chercher un peu de profondeur supplémentaire, et nourrir ce débat d’arguments mesurés, il n’est  pas inutile de revenir à celui qui fut le moraliste chrétien le plus éclairé de sa génération, Xavier Thévenot (+ 2004).

 Citons in extenso un interview de lui en 2002, particulièrement équilibré, qui ose aborder la question pas seulement à partir du « droit à l’enfant », mais à partir de la relation elle-même entre deux conjoints.

Entretien avec Xavier Lacroix, docteur en théologie et doyen de la faculté de Théologie de Lyon [4].

Une réflexion éthique sur l’homosexualité en particulier
et la sexualité en général.

Comment aborder la question de l’homosexualité ?

Xavier Lacroix : Le terme homosexualité est un terme vaste qui amalgame des choses La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat dans Communauté spirituelle 9782204081009différentes. Il peut s’agir d’attirances, de gestes corporels qui peuvent être eux-mêmes très variés, de véritables conduites à long terme, de structures profondes quasi définitives ou au contraire de désirs passagers. On parle même d’homosexualité apparente. Par exemple, il faut distinguer  » l’homo-affectivité  » de  » l’homo-érotisme  » et de  » l’homo-sociabilité « .

On a souvent vite fait de cataloguer telle ou telle personne.

X. L. : Il faut éviter d’enfermer. Quelqu’un disait :  » Nommer, c’est enfermer « . Dire quelqu’un est homosexuel, c’est trop rapidement l’enfermer dans une catégorie et une catégorie qui est trop rapidement jugée comme définitive. Si l’homosexualité peut être définitive – et l’est dans un grand nombre de cas ce que l’on appelle l’homosexualité structurelle -, il faut savoir aussi que parfois ces troubles, ces comportements sont passagers. Ne pas trop vite considérer que quelqu’un, qui a eu des émotions ou des désirs homosexuels, soit définitivement pour toute sa vie une personne homosexuelle. Comme le disait un psychologue, la première question à poser à quelqu’un qui vous dit  » je suis homosexuel « , est  » Êtes-vous bien ce que vous croyez être ? « . Parce que des troubles, des fantasmes, des rêves, des désirs même des passages à l’acte, passagers, ne sont pas suffisants pour déterminer une structure homosexuelle.

Avec cette condition, comment peut-on, entre adultes, parler de l’homosexualité ?

X. L. : Il faut se demander quel est l’objet de la parole. Il me semble qu’il y a trois niveaux d’objet d’attention à propos de l’homosexualité.

- Il y a donc les tendances elles-mêmes ou la structure affective, ce que certains appellent parfois la condition homosexuelle, c’est-à-dire le fait d’être attiré par les personnes du même sexe.

- Il y a les conduites, les actes qui posent des questions différentes car une conduite, un acte est toujours susceptible d’une évaluation éthique alors qu’une attirance, qu’une tendance en tant que telle, n’est pas éthique ou non-éthique en elle-même.

- Et en troisième lieu, réfléchir sur le discours que l’on tient sur l’homosexualité, discours dont on est encore plus responsable que les conduites. Il s’agit de ne pas confondre ces trois niveaux.

Il n’est pas aisé de cerner les enjeux de cette responsabilité par rapport au discours que l’on peut tenir sur l’homosexualité.

X. L. : Deux écueils sont à éviter : soit le langage de rejet, d’ostracisme, d’exclusion, soit la banalisation, l’assimilation, l’indifférence même c’est-à-dire l’affirmation que les tendances, les conduites homosexuelles sont équivalentes aux conduites hétérosexuelles. Il s’agirait d’une simple alternative, d’un choix comme on dit parfois, ce que je contesterai. Voilà le cadre général de la parole.

Pourtant, c’est ce que l’on aurait spontanément tendance à répondre à quelqu’un qui confie son homosexualité :  » Chacun est libre de choisir « .

X. L. : Ce qui me paraît trompeur. Dans la mesure où il peut apparaître que son orientation n’est pas définitive, ou dans la mesure où il n’est pas encore sûr que son orientation est définitive. On peut lui laisser entendre qu’il est appelé à mieux, à plus, qu’il y a plus dans l’hétérosexualité que dans l’homosexualité, que la sexualité humaine trouve son sens plénier dans ce que j’appelle le passage à l’autre sexe, le franchissement de la différence entre les sexes qui oblige à dépasser le narcissisme. Toutes les analyses psychologiques le confirment, la relation homosexuelle est fortement imprégnée de narcissisme. Un psychanalyste disait :  » Le désir homosexuel, c’est vouloir être ce que l’autre est  ». Vouloir être ce que l’autre est. Non seulement le posséder, ce qui est le cas dans le désir hétérosexuel, mais s’identifier à lui, c’est un désir qui est à base d’identification.

Un désir d’identification qui n’existe pas dans la relation hétérosexuelle ?

X. L. : Si, mais il ne peut en être la clé. Dans l’accès à l’hétérosexualité, il y a un plus, le franchissement de la différence des sexes qui est la principale marque de l’altérité. Marc Oraison disait :  » La femme est pour l’homme l’autre le plus autre « . Et on peut inverser l’homme est pour la femme l’autre le plus autre. Celui de l’autre sexe est deux fois autre pour moi, premièrement en étant autre, deuxièmement en appartenant à l’autre sexe. C’est un signe de maturité de l’affectivité que d’accéder à l’hétérosexualité.

Et si la personne a des raisons de penser que son homosexualité est irréversible ?

X. L. : S’il s’avère que son homosexualité est définitive ou que son orientation sexuelle est exclusive, parce qu’il y a aussi la bisexualité, voir avec elle si elle ne peut pas vivre les valeurs de  » l’homo-affectivité  » sans passer à  » l’homo-érotisme « . Les tendances sexuelles peuvent être sublimées dans une relation plus spirituelle, et la continence cela existe. Et même si la moitié environ des sujets homosexuels ne peut pas vivre la continence ou la vit très mal, cela signifie que l’autre moitié peut la vivre ; cette voie n’est pas à exclure d’emblée. Des relations d’amitié chastes sont donc une voie qui est la plus claire, la moins trouble. Le problème est que le passage à l’acte érotique est particulièrement trouble quant à son sens.

Il apparaît que rien n’est plus difficile que d’oser une parole sur l’homosexualité.

X. L. : Une parole sur l’homosexualité doit se faire en trois temps.

- Premièrement, l’affirmation de l’égalité de toutes les personnes et donc la reconnaissance de leurs pleins droits en matière de logement et de travail par exemple. Refuser tout ostracisme.

- Deuxièmement, l’affirmation globale d’une non-équivalence entre homosexualité et hétérosexualité, que la société a des raisons de préférer la valorisation de l’hétérosexualité. D’une part, parce que c’est une forme d’affectivité qui est plus mûre, plus mature et qui intègre mieux la différence. D’autre part, parce qu’elle débouche sur la fécondité et que du point de vue de l’enfant, être éduqué par un père et une mère, par deux êtres de sexes différents est non seulement un bienfait, mais un droit.

- Troisièmement, une parole éducatrice, une parole éthique – car c’est en tant qu’éthicien que je parle ici – se doit de proposer des valeurs, des repères éthiques aux personnes hétérosexuelles comme aux personnes homosexuelles.

Mariage pour tous: pas une priorité pour les Français 

Et dans  » L’amour du semblable  », vous dites que les valeurs éthiques sont les mêmes pour les personnes homosexuelles que pour les personnes hétérosexuelles.

X. L. : Je les résume en trois grandes rubriques : les vertus de l’amour et de l’amitié. Et il y aurait beaucoup à dire sur toutes les valeurs éthiques interpersonnelles que l’amour et l’amitié peuvent développer, en insistant plus sur le pôle amitié pour les personnes homosexuelles. La valeur chasteté, qui est «  la maîtrise libérante des pulsions  », est une valeur très globale plus large que la continence et l’humilité, à ne pas confondre avec l’humiliation. Reconnaître ses manques, ses carences. Personnellement, l’homosexualité me paraît moins poser de problèmes quand elle est vécue sur la base de la reconnaissance du manque, du manque du désir de l’autre sexe.

Inversement, en tant qu’éthicien, le moment où elle me pose le plus problème, c’est quand elle s’accompagne de revendications et de justifications, quand il n’y a pas la reconnaissance de l’importance de la différence sexuelle.

La parole du moraliste dérange et rassure.

X. L. : Le  » b, a, ba  » de la morale sexuelle, c’est que chacun se débrouille comme il peut dans la vie. Cela doit aller de paire avec l’affirmation d’une normativité, c’est-à-dire l’affirmation que le meilleur pour le couple, c’est l’alliance de l’homme et de la femme. Chacun ne vit pas le meilleur, chacun est apte à reconnaître qu’il ne vit pas le meilleur, qu’il ne vit pas la sexualité la plus parfaite. Chacun est renvoyé à ses fragilités, à ses faiblesses en matière de sexualité. L’homosexualité en est une, même si peuvent y être vécues des valeurs comme celles que j’ai évoquées.

____________________________________________

[1]Mariage homosexuel, Homoparentalité et adoption : ce que l’on oublie souvent de dire. Essai de Gilles Bernheim, grand rabbin de France, 2012-12-21
http://www.grandrabbindefrance.com/mariage-homosexuel-homoparentalit%C3%A9-et-adoption-ce-que-l%E2%80%99-oublie-souvent-de-dire-essai-de-gilles-bern

[2]. Cf. http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20030731_homosexual-unions_fr.html

[3]. Cf. http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Discours-de-Benoit-XVI-lors-des-vaeux-de-la-Curie-romaine-_NG_-2012-12-21-890542

[4] Cf. http://www.aep.cef.fr/spip.php?article306

Lectures de la Fête de la Sainte Famille

1ère lecture : L’enfant donné par le Seigneur (1 S 1, 20-22.24-28)

Lecture du premier livre de Samuel

Le temps venu, Anne conçut et mit au monde un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l’ai demandé au Seigneur. »
Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice habituel et celui du v?u pour la naissance de l’enfant.
Anne, elle, n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. »
Lorsque Samuel eut été sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; elle avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin.
On offrit le taureau en sacrifice, et on présenta l’enfant au prêtre Éli.
Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi en priant le Seigneur.
C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande.
À mon tour je le donne au Seigneur. Il demeurera donné au Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

Psaume : 83, 3, 4, 5-6, 9-10

R/ Seigneur, en ta demeure, toute paix, toute joie !

Mon âme s’épuise à désirer
les parvis du Seigneur ;
mon c?ur et ma chair sont un cri
vers le Dieu vivant ! 

L’oiseau lui-même s’est trouvé une maison,
et l’hirondelle, un nid :
tes autels, Seigneur de l’univers,
mon Roi et mon Dieu !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur c?ur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

2ème lecture : Dieu fait de nous ses enfants (1 Jn 3, 1-2.21-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu ? et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.
Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.

Mes bien-aimés, si notre c?ur ne nous accuse pas, nous nous tenons avec assurance devant Dieu.
Tout ce que nous demandons à Dieu, il nous l’accorde, parce que nous sommes fidèles à ses commandements, et que nous faisons ce qui lui plaît.
Or, voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé.
Et celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit.

Evangile : Les parents de Jésus le retrouvent chez son Père (Lc 2, 41-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu parmi les hommes, Jésus, Sauveur ! Alléluia. (cf. Is 45, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume.
Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent.
Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.
Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions,
et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! »
Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. »
Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements.
Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes.
Patrick Braud

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22 décembre 2012

Noël : croyance dure ou croyance molle ?

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Noël : croyance dure ou croyance molle ?

Homélie pour la nuit de Noël 2012

L’éditorial du mensuel Philosophie Magazine de décembre 2012 résonne comme un avertissement au milieu de ce mois consacré à la préparation de Noël.

Alexandre Lacroix, rédacteur en chef, s’y étonne à juste titre de ce que certains chrétiens aujourd’hui osent croire à des perspectives aussi radicales que la vie au-delà de la mort, le jugement dernier ou la résurrection:

 » C’est peu dire que nous vivons une époque de croyances molles. Par stratégie, par lassitude, par manque de ferveur parfois, les croyants tendent à revoir au rabais les dogmes, à polir les angles de leurs articles de foi. Ils s’en remettent ainsi à des positions vagues et consensuelles avec lesquelles l’athée, à moins d’avoir grandi dans la marmite chaude bouillante de l’anticléricalisme d’il y a un siècle, ne peut que tomber d’accord : « notre existence sur cette planète cache un mystère »; « la science n’explique pas tout »; « l’amour est impossible si l’on ne croit pas en quelque chose qui nous dépasse » Telles sont aujourd’hui les positions soft, les phrases passe-partout de ce bréviaire mou. On en oublie presque qu’il y a, dans la foi authentique, un scandale pour la raison, et dans l’idée de Dieu elle-même, un principe d’excès faisant éclater toutes les catégories de la logique ordinaire.

Personnellement, je suis toujours très sensible à ces rares moments où l’on entend le témoignage des croyances dures. Je ne pense pas, ici, aux manifestations inquiétantes du fanatisme, mais à des échappées sincères, qui signalent une adhésion libre autant qu’intime à une idée surnaturelle. Par exemple, il y a un an, j’étais en train de dîner avec un philosophe tout ce qu’il y a de plus sain d’esprit, lorsqu’il s’est écrié, au milieu d’un plat: « Tout de même, il faut essayer de s’imaginer la résurrection des corps. Quel spectacle ce sera !
Comment ça, tu y crois vraiment??

Mais bien sûr. Sans cela, je ne vois pas l’intérêt d’être chrétien. »

Dans le même genre, mais sur un ton plus macabre, je parlais il y a quelques années avec un religieux qui glissa dans la conversation, dans une sorte de soupir : « Quand même, j’ai hâte que tout cela soit fini, dépassé » Et il balaya d’un grand revers de la manche le jardin, les bâtiments, les promeneurs qui nous entouraient.? Comment ça va ??? Bah, a-t-il ajouté, parfois je suis impatient qu’on soit dans l’autre monde. Ceci n’est qu’un brouillon pénible, non ?? »

Dernier souvenir, un ami d’une cinquantaine d’années m’a dit, un soir : « Dieu, je ne sais pas ce que c’est. Mais je crois au Jugement dernier. » Aussi invraisemblable que cela pût paraître, il avait la conviction, pas du tout feinte – même s’il m’en a fait la confidence après quelques verres de vin – que, juste après le trépas, chacun de nous comparaîtrait devant un tribunal où il devrait répondre de ses moindres actions et pensées. Lui-même tentait de régler sa conduite selon cette perspective.

En fait, en tant qu’athée, je crois que j’aime mieux rencontrer la croyance dure que molle. Parce que la croyance molle est un coussin qu’on se met sous la tête pour mieux dormir. La croyance dure, elle, ose un saut hors du monde. Elle a quelque chose de stupéfiant, d’injustifiable et, par là même, de courageux. Comment ? nous vivons à la même époque, nous avons à peu près les mêmes connaissances générales en cosmologie, en médecine, en théorie de l’évolution, que sais-je ?? et pourtant, certains croient encore à la résurrection, à la félicité éternelle ou au Jugement dernier ?? Voilà qui est encore plus mystérieux, en un sens, que l’idée de Dieu elle-même.  »

En tant qu’athée, il exprime clairement sa préférence pour les croyants qui font ainsi « un saut hors du monde », au lieu de se cantonner à des consensus mous.

Appliquez cela à Noël, et vous aurez sans doute moins envie de sacrifier aux rites habituels qui entourent cette fête.

 

Noël façon croyance molle

Selon cette ligne de force, majoritaire et socialement bien installée, Noël est par exemple la fête des enfants. Les familles prennent prétexte du bébé de la crèche pour tout organiser autour des enfants, depuis les cadeaux jusqu’au Père Noël, quitte à le faire deux fois lorsque les parents sont séparés. Nulle célébration d’une espérance à venir dans ce déferlement d’argent pour les petits ! C’est bien plutôt une immense nostalgie de l’enfance qui saisit tout d’un coup la société, conférant au passage aux célibataires et aux autres adultes sans enfants le statut d’handicapés un peu marginaux.

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Une autre croyance molle au sujet de Noël est de le noyer dans ce qu’il est convenu d’appeler les fêtes de fin d’année. Sans doute une vieille reviviscence du solstice d’hiver, et de cette vague intuition cosmique que la lumière finira par gagner sur les ténèbres. Les deux réveillons du 24 et du 31 décembre permettent de rassembler autour du concept flou de fin d’année : le premier traditionnellement consacré à la famille, le second aux amis (ou à des mondanités du style rallye versaillais, night-club alcoolisé ou repas très chic).

Noël couplé aux 31 décembre devient alors la fête des excès culinaires, nourriture et boisson mêlées, comme pour trouver le courage de reprendre une vie sans excès après…

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Il existe bien d’autres façons d’énerver Noël de sa veine radicale : la fête des lumières, la fête de l’espérance, la fête de la générosité (façon Restos du coeur ou Téléthon) etc.

À chaque fois, c’est comme si on dépeçait l’événement de la Nativité du Christ pour n’en garder que ce qui est « commercialisable » dans les mentalités actuelles. Toute référence au transcendant sera soigneusement évitée pour ne choquer personne. La messe de minuit par exemple sera célébrée à 18 heures pour ne pas perturber le reste de la famille qui n’y va pas. Et on s’abstiendra soigneusement de faire référence à autre chose qu’à la joie d’être ensemble (ce qui n’est déjà pas si mal).

 

Noël façon croyance dure

Alexandre Lacroix devrait pouvoir rencontrer des chrétiens lui disant : « à Noël, l’éternité est entrée dans le temps. Dieu a pleinement habité un être de chair. Je crois que Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu (cf. saint Irénée de Lyon) et que depuis Noël la justice de Dieu est à l’oeuvre (« il renverse les  puissants de leur trône, il élève des humbles »). »

C’est le genre de conviction qui tranche, et qui ne s’aligne pas sur la majorité mais sur une certaine conception de la vérité ; pas sur le consensus mais sur des paroles ou des actes prophétiques.

Cette ligne plaît visiblement à saint Jean qui fait dire au Christ dans son Apocalypse :

« Je connais ta conduite: tu n’es ni froid ni chaud. Que n’es-tu l’un ou l’autre ! Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. » (Ap 3,15-16)

Selon cette ligne « dure », fêter Noël ne passe pas par les réveillons, ni par l’exaltation de l’enfance, ni par la ruée commerciale, ni même par l’invitation à une vague générosité.

Un Noël façon croyance dure serait plutôt :

- participer à une messe de la nuit, et rejoindre ensuite un foyer de SDF, de personnes âgées ou de malades mentaux qui seraient seuls autrement.

- rester volontairement sobre dans le choix des cadeaux et de la nourriture

- rechercher la solitude des abbayes

- proclamer la folle nouvelle de l’Incarnation divine à qui veut l’entendre.

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Déjà, notre France multiculturelle, beaucoup de nos concitoyens fêtent Noël autrement :

- des musulmans et des athées refusent de se plier aux coutumes d’origine chrétienne, et encore davantage aux coutumes païennes (le Père Noël, les réveillons).

- des esseulés, des séparés, des oubliés se mettent en apnée sociale, pour ne  réapparaître qu’après ces festivités obligatoires en mode famille impératif.

 

Autre conséquence de l’amollissement des croyances des uns et du durcissement des autres : pourquoi continuer à imposer à toute la population des jours fériés qui sont spécifiquement chrétiens ?

Ainsi l’ANDRH (Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines) a évoqué l’idée en Juin dernier que trois jours fériés annuels (la Pentecôte, l’Ascension, et l’Assomption) pourraient devenir des jours banalisés, pour que les salariés désirant célébrer des fêtes non chrétiennes puissent les prendre à d’autres moments de l’année. Cette idée, avancée en présence du ministre du travail Michel Sapin, vise avant tous les travailleurs musulmans, qui en entreprise demandent de plus en plus à pouvoir s’absenter pour fêter l’Aïd El Kébir, l’Aïd El Fitr ou autres fêtes musulmanes.

Viendra le temps où Noël, même vidé de sa substance chrétienne, ne fera plus l’unanimité dans une société multiconfessionnelle où les chrétiens ne représentent déjà plus que 6 % de la population (nombre de pratiquants réguliers, sondage du journal La Croix du 11/10/2012 ; 6 % seulement des enfants se font confirmer alors que 35 % des enfants d’une classe d’âge sont baptisés).

Il faudra alors avoir la foi chevillée au corps, comme dans l’empire soviétique autrefois, en Chine ou dans les pays musulmans aujourd’hui, pour oser célébrer Noël en vérité.

Et pourquoi pas ?

Alors, pourquoi ne pas inventer de nouvelles et radicales Nativités, remplies de convictions fortes et de comportements différents ?

Allez-vous fêter Noël façon croyance molle ou croyance dure ?

 

 

Messe de la nuit

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a.c

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né :
c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. ?
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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29 septembre 2012

Contre tout sectarisme

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Contre tout sectarisme

 

Homélie du 26° Dimanche ordinaire

Année B 30/09/2012

 

Les sectaires ne sont pas toujours là où l’on pense

Imaginez un mormon à la Maison-Blanche ! Pour beaucoup d’Américains d’origine protestante (les WASP = white anglo saxon protestant), cette idée a quelque chose de très choquant. La candidature de Mitt Romney mettant en scène cette éventualité, ils vont partout clamant que l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (les mormons) est une secte ; qu’ils pratiquaient la polygamie jusqu’au XIXe siècle ; qu’ils ont l’argent facile et facilement corrompu (cf. les jeux olympiques de Salt Lake City), et que leurs groupes religieux n’a rien de chrétien en définitive.

Contre tout sectarisme dans Communauté spirituelle Mormon-Moment

On entend dans leurs critiques l’écho de l’indignation qu’avait suscitée l’élection du très catholique John Fitzgerald Kennedy - être catholique est à un handicap aux yeux des WASP - ou de cet « homme de couleur » qu’est Barak Obama (dont on a utilisé le prénom pour faire croire qu’il est musulman !).

Bref, le sectarisme religieux (avec ici ses conséquences politiques) est aussi vivace à notre époque qu’au temps de Jésus ou de Moïse. L’épisode de Eldad et Médad prophétisants dans le désert sans faire partie des 70 « officiels » avait déjà manifesté que le sectarisme ronge Israël dès ses débuts, comme tout peuple. Heureusement, Moïse avait vertement tancé les jaloux qui voulaient se garder pour eux l’effusion de l’Esprit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! ».

Au passage, c’est bien la jalousie qui est à la racine du sectarisme, qu’il soit religieux, politique ou autre. Au lieu de se réjouir que Dieu se donne au-delà des frontières visibles d’Israël ou d’une Église chrétienne, la jalousie suscite le soupçon, le rejet, la fermeture d’esprit.

 

Le même sectarisme travaille le coeur de Jean – le magnifique, le si noble saint Jean l’évangéliste ! – : il veut empêcher ceux qui ne font pas partie de son groupe de pratiquer des exorcismes au nom de Jésus. Un peu comme si les catholiques voulaient dénier aux évangéliques le droit d’imposer les mains au nom du Christ, ou comme si des baptistes refusaient aux catholiques la vérité des baptêmes des petits-enfants… (ce qui hélas arrive trop souvent)

tranquille25 dans Communauté spirituelle

« Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous » : la règle énoncée par le Christ devrait régir les relations entre Églises chrétiennes. L’oecuménisme qui a porté le concile Vatican II est presque allé jusque-là. Au lieu de préconiser « la conversion des hérétiques » (les intégristes en sont toujours là), l’Église catholique reconnaît maintenant officiellement qu’il y a bien des germes de vérité et de sanctification dans les autres Églises. Elle prône non pas « un oecuménisme du retour », mais une « diversité réconciliée ». Les accords de Balamand  en 1993 l’engagent officiellement et irréversiblement sur cette voie.

10. Progressivement, l’action missionnaire tendit à inscrire parmi ses priorités l’effort de conversion des autres chrétiens, individuellement ou en groupe, pour les faire «retourner» à sa propre Église. Pour légitimer cette tendance, source de prosélytisme, l’Église catholique développa la vision théologique selon laquelle elle se présentait elle-même comme l’unique dépositaire de salut. Par réaction, l’Église orthodoxe, à son tour, en vint à épouser la même vision selon laquelle chez elle seule se trouvait le salut. Pour assurer le salut des «frères séparés», il arrivait même qu’on rebaptisât des chrétiens, et qu’on oubliât les exigences de la liberté religieuse des personnes et de leur acte de foi, perspective à laquelle l’époque était peu sensible. 

11. D’un autre côté, certaines autorités civiles ont fait des tentatives pour ramener des catholiques orientaux dans l’Église de leurs pères. À cette fin, elles n’hésitaient pas, si l’occasion s’en présentait, à utiliser des moyens inacceptables. 

12. À cause de la manière dont catholiques et orthodoxes se considèrent à nouveau dans leur rapport au mystère de l’Église et se redécouvrent comme Églises s?urs, cette forme «d’apostolat missionnaire», décrite ci-dessus, et qui a été appelée «uniatisme», ne peut plus être acceptée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par nos l’Églises. 

13. En effet, surtout depuis les conférences pan-orthodoxes et le deuxième Concile du Vatican, la redécouverte et la remise en valeur tant par les orthodoxes que par les catholiques, de l’Église comme communion, ont changé radicalement les perspectives et donc les attitudes.

De part et d’autre, on reconnaît que ce que le Christ a confié à son Église ? profession de la foi apostolique, participation aux mêmes sacrements, surtout à l’unique sacerdoce célébrant l’unique sacrifice du Christ, succession apostolique des évêques ? ne peut être considéré comme la propriété exclusive d’une de nos Églises. Dans ce contexte, il est évident que tout re-baptême est exclu. 

14. C’est la raison pour laquelle l’Église catholique et l’Église orthodoxe se reconnaissent mutuellement comme Églises s?urs, responsables ensemble du maintien de l’Église de Dieu dans la fidélité au dessein divin, tout spécialement en ce qui concerne l’unité. Selon les paroles du Pape Jean-Paul II, l’effort ?cuménique des Églises s?urs d’Orient et d’Occident, fondé dans le dialogue et la prière, recherche une communion parfaite et totale qui ne soit ni absorption ni fusion, mais rencontre dans la vérité et l’amour (cf. Slavorum Apostolin. 27). 

Quelle est la différence entre les deux ?

Justement le sectarisme dénoncé par Jésus.

Au lieu de vouloir que les orthodoxes « retournent » dans le patriarcat romain (ce qui est une erreur historique, car Constantinople dès le début était la nouvelle Rome pour les byzantins), l’Église catholique romaine accepte que les orthodoxes aient leurs propres traditions, liturgies, disciplines ecclésiastiques (ordination d’hommes mariés par exemple) sans y voir une contradiction avec ses propres choix. L’important est d’accepter la diversité, en vérifiant ensemble que cette diversité peut être comprise par l’autre et ne dévalorise pas sa propre manière de croire.

Ça, c’est pour le sectarisme au sommet. Mais cette diable de jalousie se niche à tous les étages de notre vie.

Le sectarisme au travail, c’est l’attitude navrante de ceux pour qui seuls les titres, les diplômes, les réseaux ou les grades sont garants de la valeur de chacun.

Le sectarisme dans une association, c’est la volonté de garder ses prérogatives de petit chef (ex : c’est à moi de faire les comptes ou d’organiser ce voyage, pas à lui !), et la fierté débordante d’appartenir au meilleur groupe qui soit.

Le sectarisme dans un quartier, c’est l’arrogance des natifs ou des vieux habitants qui ont du mal à accepter l’arrivée et les suggestions des nouveaux.

Le sectarisme en famille, c’est un certain mépris ou indifférence pour les pièces rapportées (on préfère du coup dire : « valeurs ajoutées » dans ma famille…), et un manque d’humilité flagrant pour admettre les limites du clan familial.

On peut continuer la liste !

L’important est de se souvenir du diagnostic de Moïse : « Serais-tu jaloux pour moi ? » et de l’antidote de Jésus : « Ne l’empêchez pas (?) celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».

Le sectarisme s’enracine dans la jalousie et se guérit dans la louange.

schism_paul-athenagorasSavoir s’émerveiller de ce que les autres font, de ce que Dieu fait en eux ; admirer la générosité de Dieu qui n’est pas prisonnier des labels rouges, des marques déposées et autres appellations contrôlées : voilà une pauvreté en esprit qui se réjouit de la richesse de l’autre !

 

Au sommet des Églises, le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras nous avaient déjà donné un signe éblouissant : la levée mutuelle des excommunications entre orthodoxes et catholiques en 1965, le baiser fraternel entre les deux ennemis d’hier, l’humble agenouillement de Paul VI devant Athénagoras, tout cela avait bouleversé le coeur de tous, et tracé le seul vrai chemin de réconciliation : la louange pour la richesse de l’autre, et non la jalousie du sectarisme.

 

Puissions nous en inspirer chaque fois que reviendra en nous la tentation de ce murmure scandalisé : « mais il n’est pas des nôtres celui-là ! »

 


[1]. Cf. « L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion », Déclaration de Balamand (Liban), 23 Juin 1993,

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/ch_orthodox_docs/rc_pc_chrstuni_doc_19930624_lebanon_fr.html

 

 

1ère lecture : L’Esprit de Dieu souffle où il veut (Nb 11, 25-29)
Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur descendit dans la nuée pour s’entretenir avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les soixante-dix anciens du peuple. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.

Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; bien que n’étant pas venus à la tente de la Rencontre, ils comptaient parmi les anciens qui avaient été choisis, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser.
Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! »
Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! »

Psaume : 18, 8, 10, 12-13, 14

R/ La loi du Seigneur est joie pour le c?ur.

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure, 
elle est là pour toujours ; 
les décisions du Seigneur sont justes 
et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ;
à les garder, il trouve son profit. 
Qui peut discerner ses erreurs ? 
Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil : 
qu’il n’ait sur moi aucune emprise. 
Alors je serai sans reproche, 
pur d’un grand péché.

2ème lecture : Contre la richesse (Jc 5, 1-6)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Écoutez-moi, vous, les gens riches ! Pleurez, lamentez-vous, car des malheurs vous attendent.
Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille vous accusera, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé de l’argent, alors que nous sommes dans les derniers temps !
Des travailleurs ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l’univers.
Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe, et vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens.
Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous résiste.

Evangile : Contre le sectarisme et contre le scandale (Mc 9, 38-43.45.47-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Ta parole, Seigneur, est vérité : dans cette vérité, consacre-nous. Alléluia. (cf. Jn 17, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
Si ton ?il t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »
Patrick Braud

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