L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : homelie discernement

13 mars 2020

Macron, la crise, le coronavirus : quelques enjeux spirituels

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 17 h 23 min

Macron, la crise, le coronavirus : quelques enjeux spirituels

Hier soir (12/03/2020), le président Macron a prononcé une allocution solennelle suivie par plus de 25 millions de Français (un record).

Macron Coronavirus 120320Quand on fait un nuage de mots à partir du texte prononcé (cf. image ci-contre), on constate que c’est autant un discours sur l’Europe (18 fois) que sur le virus (17 fois), que l’enjeu central est la crise (10 fois) avec les mesures (12 fois) à prendre pour protéger (11 fois) la santé (12 fois) de tous, et continuer (10 fois) à vivre.

·      La référence constante à l’Europe montre à l’évidence que l’angle d’attaque était d’abord politique, ce qui après tout convient bien à la parole d’un président.

·      Le mot virus, évidemment incontournable, a quant à lui une connotation médicale, mais pas uniquement. En latin, virus signifie : suc, jus, poison. C’est une substance qui s’écoule insidieusement et qui peut compromettre la santé, autre mot-clé qui vient du latin sanus (sain) – sanitas (santé). Parler de virus implique donc que rode un danger sournois menaçant notre intégrité physique, qui nous empêche d’être sains. Impossible d’être un optimiste béat devant la nature lorsqu’on traque ces bêtes minuscules au microscope : la nature est pour une part hostile à l’homme. Nous l’avions oublié avec le progrès technique triomphant ou l’écologie mettant Gaïa avant l’homme. Ce monde nous est donné comme un lieu de combat contre la maladie et la mort. Nous n’y sommes les bienvenus qu’en restant sur nos gardes, notre intelligence en éveil pour déjouer les pièges de nos prédateurs petits et grands.

La pénibilité de l’existence nous revient soudain en pleine figure. Un récit de la Genèse évoque la peine qui traverse notre être-au-monde, depuis qu’Adam et Ève ont été symboliquement expulsés du jardin d’Éden (Gn 3, 23-24). Gagner son pain à la sueur de son front et accoucher dans la douleur sont deux figures bibliques que nous appellerions aujourd’hui fragilité et finitude de l’humanité. Comme la peste noire du XIV° siècle ou la grippe espagnole de 1918 avant lui, le coronavirus nous rappelle que nous sommes fragiles, mortels, vulnérables à ces poisons qui circulent entre nous à notre insu.

Il y a une dimension spirituelle à se souvenir de ce « fauve qui rôde, cherchant qui dévorer » (1P 5,8). Le virus est en ce sens une allégorie du péché – ce vieux mot que les économistes ou les politiques voudraient obsolète – capable de compromettre la santé spirituelle de chacun et de tous. Essayez d’effacer le péché de notre horizon nous condamne à le voir revenir plus fort encore, à l’image des sept démons dont parle Jésus (Mt 12, 43-45). La mobilisation générale antivirus nous redit l’importance et l’urgence du combat contre le péché, sans qu’il y ait aucun lien de causalité entre les deux, bien sûr. Vaincre le mal sous toutes ses formes est un enjeu de survie physique, morale et spirituelle.

·      D’ailleurs, l’usage des mots protéger et continuer par le Président de la République disent bien que persévérer dans l’être (comme dirait Heidegger) n’est pas automatique et ne se fera pas sans notre volonté, notre courage, notre intelligence.

Protéger sa santé pour continuer à vivre : voilà également un programme à tonalité très spirituelle ! Parce que nous minimisons les menaces qui pèsent sur notre vie spirituelle, nous nous exposons à être emportés très vite à tous les vents des modes qui nous éloignent de Dieu. Le Carême est là pour nous inviter à prendre des mesures, tout aussi drastiques que celle du gouvernement en période de pandémie, pour préserver et sanctuariser ce qui nous fait vivre : la Bible, les relations fraternelles, la faim et la soif de Dieu…

·      Un autre mot présidentiel résonne très fort dans la culture chrétienne : crise. On connaît les deux significations du mot en grec krisis : jugement, et discernement (tamis). Pour les Pères de l’Église, la croix du Christ est la crise révélant le cœur et les pensées, la droiture de chacun, avec des surprises comme le bon larron ou le centurion romain se rangeant du côté du crucifié, et au contraire Pilate et la foule hostiles. La crise du coronavirus sert de révélateur de l’envers de la mondialisation à marche forcée, de l’importance du sain, du local dans notre alimentation, et remet en cause les dogmes de Maastricht sur les 3 % du déficit budgétaire. Un moment de crise dévoile ainsi des ressorts cachés, des conséquences oubliées. En ce sens une crise est toujours spirituelle pour partie : elle permet de passer au tamis les croyances de son temps, de ne retenir que ce qui est bon et de laisser tomber ce qui paraît corrompu ou futile à la lumière des événements. Si la crise du coronavirus peut nous aider à changer nos habitudes de consommation, de déplacement, de production alors elle n’aura pas été inutile. La crise peut déclencher une conversion des mœurs, des habitudes, des pensées, et toute conversion a une dimension spirituelle.

·      Discerner avec sagesse ce qui est sain de ce qui ne l’est pas a bien quelque chose à voir avec la sagesse du roi Salomon, ou la capacité de discernement que donne l’Esprit de Dieu. Ce n’est pas seulement un acte économique ou logistique, c’est un choix, à la lumière de la crise, qui n’est pas sans rappeler le choix fondamental que Dieu met devant Israël : « j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Dt 30,19). Choisir de délocaliser ou non des productions vitales, choisir de privilégier ou non des circuits courts, choisir ou non de voyager autrement, parler comme Emmanuel Macron de souveraineté, d’autres échanges, d’indépendance nationale : tous ces choix que nous évaluons à nouveau en pleine conscience grâce à la crise relèvent de notre désir de bonne santé pour l’homme, tout l’homme, tous les hommes (selon la belle expression de Paul VI).

« Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. Comme l’a fort justement souligné un éminent expert : « Nous n’acceptons pas de séparer l’économique de l’humain, le développement des civilisations où il s’inscrit. Ce qui compte pour nous, c’est l’homme, chaque homme, chaque groupement d’hommes, jusqu’à l’humanité tout entière ».
C’est un humanisme plénier qu’il faut promouvoir.
Qu’est-ce à dire, sinon le développement intégral de tout l’homme et de tous les hommes ?» (Popularum Progressio n° 14. 44.45, 1967).

·      Il manque un mot important dans le discours présidentiel. Un mot qui fait peur mais qui est pourtant à la une en Chine et en Italie depuis des semaines. C’est le mot confinement. On était habitué à l’utiliser pour le nucléaire,  car l’enceinte de confinement d’un réacteur nucléaire est le bâtiment étanche entourant complètement le réacteur. Ici, le confinement est une mesure spectaculaire qui oblige des millions de Chinois et d’Italiens à vivre dans quelques mètres carrés sans sortir ni voir d’autres personnes pendant 14 jours au moins. Confinement vient du latin cum = avec et finis = limites (confins), ce qui signifie « à l’intérieur des limites connues », au sein des frontières. Vivre aux confins du monde connu était autrefois ce qui a donné son nom au Finistère (la terre de la fin)… Être confiné dans son logement, c’est redécouvrir qu’il y a des frontières salutaires, des solitudes nécessaire, des barrières à ne pas franchir. Parce que le confinement est difficile à supporter, il nous fait ressentir en creux combien nous sommes faits pour l’échange, la relation, le dialogue en face-à-face réel. Parce que le confinement est salutaire, il nous ramène également à l’intériorité, à la capacité d’habiter nos solitudes, à accepter nos limites, nos frontières, notre finitude. Si le confinement devient une purge des toxines d’une mondialisation débridée, s’il limite notre surconsommation de tout, alors un autre capitalisme pourra peut-être voir le jour après la crise. On pense au jeûne du Carême, salutaire pour la vie spirituelle. On pense aux retraites dans le cloître d’un monastère : se restreindre volontairement quelques jours permet de retrouver entre ses murs une respiration et une liberté intérieure sans égales. Le confinement dans un cluster ou un pays entier demande à chacun, chaque famille, chaque ville ou région non de se replier sur soi mais de retrouver la joie de vivre avec soi-même sans tout demander aux autres, sans s’épuiser à accumuler des choses, sans se disperser en mille soi-disant relations, en vérité très futiles, superficielles et légères…
« Il faut cultiver notre jardin », écrivait Voltaire.
Et Blaise Pascal diagnostiquait avec finesse : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »


Si la quarantaine peut nous tourner vers notre jardin intérieur, pourquoi ne pas l’accueillir avec joie ?

·      Crise, virus, santé, protéger, continuer, confiner : ces mots de la période actuelle peuvent – malgré les souffrances et les morts des victimes du coronavirus – réveiller notre soif d’être au monde autrement que comme consommateurs et prédateurs. Et cela, c’est un combat authentiquement spirituel…

Mots-clés : , ,

8 décembre 2019

Le doute de Jean-Baptiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le doute de Jean-Baptiste

Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année A
15/12/2019

Cf. également :

Dieu est un chauffeur de taxi brousse
L’Église est comme un hôpital de campagne !
Du goudron et des carottes râpées
Que demander dans la prière ? 

Les religieuses ‘Missionnaires de la charité’ en restaient bouche bée : le Père Kolodiejchuk  venait de leur lire une lettre de Mère Teresa, leur fondatrice, décédée en 1991, dans laquelle elle montrait un tout autre visage que son éternel sourire accroché à son sari bleu et blanc :

« Jésus a un amour tout particulier pour vous. Pour moi, le silence et le vide sont si importants que je regarde et ne vois pas, que j’écoute et n’entends pas », a-t-elle écrit en 1979 à un confident, le pasteur Michael Van Der Peet.
Dans plus de 40 lettres rédigées au cours de 66 années, la religieuse catholique d’origine albanaise, qui s’est consacrée à l’aide aux pauvres et aux mourants dans les bidonvilles de Calcutta en Inde, écrit sur « l’obscurité », la « solitude » et la « torture » qu’elle traverse.
« Où est ma foi – tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité – mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n’ai pas la foi », a-t-elle écrit dans une lettre non datée adressée à Jésus.
En 1962, la religieuse écrivait: « Si un jour, je deviens une Sainte, je serai sûrement celle des ‘ténèbres’, je serai continuellement absente du Paradis ».

La célèbre sainte de Calcutta traversait donc d’intenses moments de doute, et personne ne le voyait, pas même ses sœurs !
Pourtant, la plupart des gens pense que le doute et la foi s’excluent mutuellement : douter empêcherait de faire confiance, croire éliminerait le doute. Et voilà que Jean-Baptiste dans notre Évangile (Mt 11, 2-11) se pose comme Mère Teresa des questions essentielles, irrésolues. Il ne sait quoi penser de son cousin, Jésus de Nazareth : « es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

jean-baptiste-en-prison

Celui qui doit venir, c’est Élie, le grand prophète dont le retour signifierait la venue des temps messianiques, où il n’y aurait enfin plus de guerre ni d’injustice, mais l’Alliance intégralement vécue avec Dieu et partagée entre tous les hommes : « Souvenez-vous de la Loi de Moïse, mon serviteur, à qui j’ai donné, à l’Horeb, des lois et des coutumes pour tout Israël. Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que ne vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, celui des fils vers leurs pères pour que je ne vienne pas frapper la terre d’interdit » (Ml 3,22–24).

Devant ce portrait décrit par Malachie, Jean-Baptiste doute : ‘ça ne colle pas. La loi de Moïse ? Jésus semble prendre des libertés avec elle, guérissant le jour du sabbat alors que tout travail est interdit, s’invitant à la table des pécheurs alors que la Loi les déclare impurs, mangeant ce que la cacherout interdit, faisant bon accueil aux étrangers jusqu’à proclamer qu’un centurion romain a plus de foi que tout Israël… non, ça ne colle pas exactement à l’idée que je me faisais du Messie’, se dit Jean-Baptiste. Du fond de sa prison où il est détenu par Hérode depuis plus d’un an, les actes et la prédication de Jésus ne lui parviennent que de manière étouffée, indirecte. Il l’avait désigné comme l’Agneau de Dieu au bord du Jourdain, mais est-ce la même chose que le Messie ?

Nos propres doutes s’enracinent souvent dans un pareil éloignement du Christ. Lorsque nous ne le fréquentons plus dans la lecture des Écritures, lorsque nous ne l’entendons plus prêcher le dimanche, soigner et guérir dans nos associations caritatives, lorsque nous ne nous confrontons plus à son absence dans la prière, alors il peut nous sembler comme à Jean-Baptiste très loin du portrait-robot dont nous aurions envie.

Jean-Baptiste « avait entendu parler des œuvres du Christ réalisées par le Christ » mais par ouï-dire, indirectement. La rumeur se déforme davantage encore en traversant les murs de sa prison. Sa prison est la conséquence de son courage éthique – pourrait-on dire – car il a dénoncé publiquement la forfaiture d’Hérode couchant avec la femme de son frère. Notre prison à nous, c’est parfois la conséquence d’engagements très forts, très exigeants, dont les contraintes nous gardent le nez dans l’action, un peu comme Mère Teresa le seau à la main auprès des mourants de Calcutta. Ayant pris des risques pour le Christ, nous pourrions espérer que tout serait limpide, qu’il serait ostensiblement présent à nos côtés, dissipant toujours les doutes et les obstacles. C’est là qu’il se dérobe à nous, alors que nous avons déjà parié gros sur lui. Un flot de questions nous assaille : n’était-ce qu’un mirage ? pourquoi suis-je déçu ? cela en valait-il la peine ?

Jean-Baptiste a pressenti quelque chose de la grandeur du Christ au Jourdain, mais là il ne comprend pas pourquoi tout ne se passe pas comme Malachie l’annonçait, pour Israël qui ne reconnaît pas son Messie, comme pour lui Jean-Baptiste qui croupit en prison sans que Jésus fasse quelque chose en sa faveur. Comment cela se fait-il ?

Le doute de Jean-Baptiste – comme les nôtres – se nourrit donc d’un éloignement déformant la réalité, et d’une déception de ne pas voir nos attentes se réaliser.

Si nous croyons que Dieu nous doit la santé, nous serons dans le doute avec la maladie.
Si nous croyons que Dieu nous doit la prospérité, nous serons dans le doute si nous sommes au chômage ou dans la pauvreté.
Si nous croyons que Dieu nous doit l’amitié des autres, nous serons dans le doute si nous nous trouvons isolés.
Si nous croyons que Dieu nous doit des émotions paisibles, nous serons dans le doute si nous nous trouvons en proie à l’anxiété ou la colère.

La réponse de Jésus aux envoyés de Jean-Baptiste vaut également pour nous :
« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ».
C’est une réponse en actes, et non une idée, une théorie, un raisonnement ou une leçon de morale. Luc d’ailleurs donne une version encore plus réaliste que Matthieu :
« A l’heure même, Jésus guérit plusieurs personnes de maladies, d’infirmités et d’esprits mauvais, et il rendit la vue à de nombreux aveugles » (Lc 7, 20-21).
C’est la praxis qui compte, aurait écrit Marx (ou Ludwig von Mises, auteur d’un traité de praxéologie devenu un classique en économie : L’Action humaine, 1949). Autrement dit : mettez de côté vos a priori, vos préjugés, vos prétextes, et regardez les faits tels qu’ils sont. Si les boiteux marchent, votre conception du Messie doit marcher avec eux ; si les lépreux sont guéris, votre déception sera guérie avec eux ; si les aveugles voient, c’est que vous pouvez ouvrir les yeux avec eux sur la vraie nature du Christ. Si la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, c’est donc que ce prophète, si surprenant et dérangeant qu’il soit, est bien « celui qui doit venir ».

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le prix Nobel d’économie a été attribué en 2019 à trois économistes (Michael Kremer, Abhijit Banerjee et Esther Duflo) s’inspirant de cette attitude mettant de côté les idéologies pour juger d’après les faits. Ils ont par exemple observé à quelles conditions l’aide au développement pouvait être efficace, en constituant deux groupes similaires à qui ils appliquaient des politiques différentes (comme on le fait pour tester l’efficacité d’un médicament), pour constater de la façon la plus objective possible quels sont les leviers économiques et politiques qui peuvent aider à sortir de la misère. Leur approche basée sur les expérimentations (et non sur les théories) a transformé l’économie du développement.

Traverser nos doutes demande donc de revenir à la réalité des événements de notre vie, sans le prisme déformant de nos projections sur Dieu ou sur nous-mêmes. Quels sont les signes qui accompagnent notre histoire ? Quelles sont les visages qui nous ont parlé de Dieu ? Quels textes ou œuvres d’art nous ont bouleversés ? Quelle proximité d’avec les pauvres nous a touché au plus intime ?

La foi n’est pas sans le doute, elle serait plutôt au prix du doute : en le traversant, elle est purifiée, transformée, pour accueillir ce que nous n’attendions pas, car nous ne savons pas ce qui est bon pour nous… Jésus à Gethsémani en fait l’expérience la plus déchirante : il éprouve de l’angoisse, de l’effroi devant sa Passion imminente et se demande si c’est bien là le chemin à emprunter. Il pourrait encore s’échapper. Ce dilemme le déchire intérieurement au point d’en suer « comme des gouttes de sang » nous dit Luc. Comment la volonté du Père pourrait-elle se réaliser si tout cela finit aussi lamentablement sur la croix ? « Père, si cela est possible, que cette coupe s’éloigne de moi. Cependant, que ta volonté soit faite et non la mienne » (Lc 23,42).

Se laisser conduire au moment où le déroulement des événements nous fait douter de la promesse divine est notre combat pour devenir fils dans le fils.

Pierre Chrysologue, un théologien du VI° siècle, écrit dans son Sermon 79 : « Il doute profondément, celui dont la foi est plus profonde. Il ne peut pas être trompé, celui qui n’est pas enclin à accepter des ouï-dire. Adam, sans expérience, est tombé rapidement en croyant rapidement ». Il n’y a donc pas de foi sans discernement, sans questionnement, sans doute.

Saint Augustin écrit dans son livre sur la Trinité, au chapitre 10 : « si l’homme doute, il comprend. S’il doute, il veut  être certain ; s’il doute, il pense ; s’il doute, il juge qu’il ne doit pas donner son assentiment à la légère ».

Le romancier Georges Bernanos avait cette formule lapidaire : « La foi, c’est 24 heures de doute moins une minute d’espérance ».

Le théologien jésuite Joseph Moingt  écrit : « le doute est partie intégrante de toute recherche de vérité et de toute relation humaine ; tantôt, on le laisse suivre son chemin, si troublant qu’il soit, car on sent qu’il conduit au vrai ; tantôt, on le bouscule et on l’écarte de sa route, car il empêche d’avancer » [1].

Il y a assez de lumière dans la foi pour croire et assez d’obscurité pour douter.

 « Es-tu celui qui doit venir ou dois-je en attendre un autre ? »
Faisons nôtre le doute de Jean-Baptiste, pour qu’il fasse grandir notre foi et la purifie de toute attente qui ne viendrait pas de Dieu.

 


[1]. Joseph Moingt, Croire quand même : Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, Flammarion, coll. Essais, 2013

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Dieu vient lui-même et va vous sauver » (Is 35, 1-6a.10) 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

PSAUME

(Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a)
R/ Viens, Seigneur, et sauve-nous ! ou : Alléluia ! (cf. Is 35, 4)

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain,
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Tenez ferme vos cœurs car la venue du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-10)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, en attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. Prenez patience, vous aussi, et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, ainsi vous ne serez pas jugés. Voyez : le Juge est à notre porte. Frères, prenez pour modèles d’endurance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.

ÉVANGILE
« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 2-11)
Alléluia. Alléluia.L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : ,

1 décembre 2019

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A
08/12/2019

Cf. également :

Isaïe, Marx, et le vol de bois mort
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Une foi historique 

Engeance de vipères et larmes de crocodile

Ils étaient venus – intrigués – dans le désert, attirés par la rumeur qui disait que le prophète Élie était de retour (Mt 3, 1-12). De quoi aller voir ça de près. Et de fait, on reconnaissait bien Élie de loin grâce à son pagne de peaux de bêtes et sa ceinture de cuir comme autrefois [1]. Alors les Pharisiens et Sadducéens s’approchent, se glissent dans la file des pénitents, qui chantaient peut-être « Down in the river to pray » comme dans le film O’brother. Mais voilà que Jean-Baptiste les pointe du doigt, et les insulte publiquement en tonnant : « engeance de vipères ! » Bigre ! Il va faire fuir tous ses clients s’il les apostrophe ainsi… Il faut dire que Pharisiens et Sadducéens étaient là pour voir, comme on  dirait au poker, pour ne pas rater les soldes de l’opération miséricorde dont ils ont entendu parler. Le Black Friday de la pénitence en quelque sorte. Le risque est grand alors que leurs larmes de soi-disant repentance soient des larmes de crocodile. Et Jean-Baptiste le sait bien. Il n’a pas peur de leur puissance religieuse. Il dénonce avec force leur hypocrisie : comment osent-t-ils venir se faire baptiser dans le Jourdain et reprendre leur vie après comme si de rien n’était ? Le baptême de repentance exige de changer de vie de retour chez soi. Tricher avec cette exigence, c’est creuser soi-même sa tombe…

 

Quelle belle engueulade !

En digne cousin de Jean-Baptiste, Jésus lui aussi par deux fois utilisera cette insulte contre les pharisiens et les scribes. La première fois, c’est pour disqualifier les paroles des pharisiens qui l’accusent d’appartenir à Belzéboul parce qu’il guérit un sourd-muet : « Engeance de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, alors que vous êtes mauvais ? Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur »(Mt 12,34). La deuxième fois, c’est pour les menacer de la géhenne, car ils assassinent les prophètes comme leurs pères le faisaient avant eux : « vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien ! Vous comblez la mesure de vos pères ! Serpents, engeance de vipères, comment pourriez-vous échapper au châtiment de la géhenne ? »(Mt 23,33). Ce sont là les trois seules occurrences de cette expression dans toute la Bible : c’est donc une marque de fabrique du christianisme, un peu oubliée à force d’adoucir le visage du Christ à l’excès.

Comment interpréter cette apostrophe ? Pourquoi Jean-Baptiste et Jésus l’utilisent-ils, sachant bien qu’ils vont insulter et blesser les notables religieux à qui elle s’adresse ?

Parler de vipères et de serpents renvoie inévitablement à « l’animal le plus rusé de tous les animaux des champs », le fameux serpent de Gn 3,1 qui a induit Ève et Adam en tentation. Comment a-t-il réussi ? Par le mensonge. Le serpent falsifie la parole de Dieu : il la tord en la généralisant, puis en avançant que la raison de l’interdit est la jalousie de Dieu et non le suicide spirituel dont Dieu les avait avertis. Car vouloir être comme des dieux par ses seules forces (supposées décuplées par le fruit défendu) au lieu de recevoir cette divinisation de la main de Dieu lui-même relève du suicide.

Prendre au lieu de recevoir : le mensonge du serpent s’ingénie sans cesse à détourner l’humanité de l’accueil vers la prédation. Il est bien le « Père du mensonge » comme l’écrira Jean : « Vous, vous êtes du diable, c’est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s’est pas tenu dans la vérité, parce qu’il n’y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu’il est menteur et père du mensonge »(Jn 8,44).

Appartenir à une engeance de vipères, c’est participer depuis des générations à la prolifération du mensonge, pour continuer de prendre, d’accumuler, de rivaliser avec Dieu. Les pharisiens convergeant vers Jean-Baptiste au Jourdain font semblant de se repentir, en adoptant les signes extérieurs des pénitents. Mais Jean-Baptiste sait bien qu’ils sont hypocrites : ils se revendiqueront de lui uniquement pour exercer du pouvoir et de l’influence sur les autres, sans rien changer à leur mode de vie. Jésus, qui « sait ce qu’il y a dans l’homme » [2], prévient également que les pharisiens venus à lui soi-disant pour en savoir plus en fait veulent le piéger, et bientôt l’éliminer, comme ils l’ont fait pour Zacharie et presque tous les prophètes. Ou bien ils font semblant de s’intéresser à une des guérisons opérées par lui, mais c’est pour le traiter de démon, de dément.

Traiter quelqu’un d’engeance de vipères, c’est d’abord dénoncer le mensonge dont il s’habille pour paraître respectable. C’est révéler la logique meurtrière qu’engendre ce mensonge. Cette insulte relève du devoir d’appeler mal ce qui est mal, et bien ce qui est bien, loin des consensus mous et relativistes de la morale démocratique… Cela relève également du devoir de correction fraternelle (Mt 18, 15-18) : avertir l’autre de son erreur avant qu’il ne soit trop tard pour lui, réveiller sa conscience hypnotisée par le mensonge ambiant dans lequel il baigne, en lui collant une claque magistrale. L’assoupissement de la conscience est si fort qu’il faut comme une gifle pour secouer le dormeur : le choc de ces mots « engeance de vipères » va produire un électrochoc salutaire si du coup la vipère renonce à mordre. Nous devons parfois adopter cette violence de l’apostrophe pour ouvrir les yeux de ceux qui sont habitués, addicts aux mensonges au point de ne plus les voir. Voilà pourquoi« ce sont les violents qui s’emparent du Royaume de Dieu »(Mt 11,12) à la manière de Jésus.

Le mensonge se transmet, quelquefois sur plusieurs générations (pensez à l’idéologie communiste en URSS de 1917 à 1989… !). Il finit par cristalliser, par se coaguler en entités autonomes et indépendantes qui asservissent les nouveaux venus. Jean-Paul II appelait fort justement structure de péché cette gangue de mensonge qui finit par envelopper quelqu’un au point de l’étouffer. Pensez à la corruption dans certains pays ou activités, si difficile à casser lorsqu’une entreprise veut pénétrer un marché en demeurant intègre ! C’est une sorte de calcul rénal, qu’on ne peut éliminer que par des ultrasons ultra-violents qui vont briser et désagréger ces bouchons calcaires si dangereux pour notre santé. « Engeance de vipères » est la thérapie de choc que Jésus et Jean-Baptiste ont trouvé, faute de mieux, pour libérer les gens très religieux de leurs superstitions et autres croyances mensongères.

S’il n’y avait que cette pédagogie brutale dans les Évangiles, on pourrait s’en inquiéter ! Mais pour quelques belles engueulades, combien trouve-t-on de patience, de pardon, d’amour inconditionnel sur les lèvres et dans les actes de Jésus ! ? Simplement, notre épisode de ce dimanche, ultra minoritaire, nous oblige à ne pas réduire la pédagogie du Christ à ses seuls aspects de douceur et de compassion. Elle comporte également de la violence et de la dureté, au service du salut de l’autre.

 

Souvenons-nous de Folcoche et Brasse-Bouillon !

Terminons par le symbolisme de la vipère.

Langue de vipère ...On pense immédiatement à son venin, dont la transposition allégorique évoque l’empoisonnement des relations humaines dû au mensonge, à la calomnie, ce que le Moyen Âge appelait le péché de la langue. D’autant que cette langue est bifide, comme celle de tous les serpents : elle se divise en deux pour mieux appréhender son environnement et ses proies. Or le diable est étymologiquement celui qui divise : en grec, dia-bolos = jeter de manière séparée (vs syn-balein = symbole = mettre ensemble). On voit ce que le serpent a de diabolique : sa langue… Dire de quelqu’un que c’est ‘une langue de vipère’ s’appuie sur ce symbolisme. C’est par sa langue que le serpent de la Genèse sépare Ève et Adam de Dieu, en tordant la parole divine, en insinuant que Dieu serait jaloux de l’homme s’il parvenait tout seul à être « comme des dieux ».

Appartenir à une engeance de vipères, c’est donc continuer à répandre le mensonge, la convoitise, la rivalité mimétique (René Girard), comme avant nous l’ont fait ceux qui ont réussi socialement grâce à leur habilité ‘diabolique’.

Parler de vipères fera peut-être remonter vos souvenirs de lycée, où vous avez lu des classiques qui en parlent. Ainsi le vers célèbre de Racine : pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? nous met immédiatement en présence de l’animal dangereux se dressant pour nous hypnotiser tel Kaa dans le Livre de la jungle, et nous mordre à mort.

La répétition des trois sons « s » (allitération) imite le sifflement mortel des serpents sifflant avant d’attaquer leur victime. Cette expression en français vient de la tragédie ‘Andromaque’ composée en 1667 par Racine. On y voit Oreste : seul à n’être pas aimé d’amour par Hermione, il devient fou. Il a des hallucinations où Hermione le persécute, accompagnée des Erynies, déesses de l’enfer dont les cheveux sont des serpents :

Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi !
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?
Eh bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
(Andromaque acte V scène 5)

La chevelure de la Méduse dans le mythe transmis par Homère, Pindare et Euripide (V° siècle av. J.-C.) était également composée d’un enlacement inextricable de serpents au pouvoir hypnotique fascinant et au venin mortel.

Dans notre première lecture (Is 11, 1-10), Isaïe promet que la venue du Messie désarmera cobras et vipères enfin réconciliés avec l’homme : quand le Seigneur règnera, « le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main ».

Le Noeud de vipères par MauriacFrançois Mauriac a immortalisé cette ambiance malsaine entretenant la méchanceté commune, ce nœud de vipères où chacun s’enroule au mensonge de l’autre en y rajoutant son propre venin. Pire qu’un panier de crabes, ce nœud de vipères représente une famille, un clan, voire une nation solidaire dans le mal et l’empoisonnement des relations humaines.

Dans « Le Nœud de vipères », la confession est celle de Louis : le vieil homme rédige une lettre à sa femme – et à ses enfants -, chargée de rancune. Il abhorre cette « engeance de vipères », une meute soudée contre lui, aux basques de sa fortune. Son unique plaisir devient donc celui de déjouer les complots de la famille et de manœuvrer pour les déshériter : « Et moi, témoin de cette lutte que j’étais seul à savoir inutile et vaine, je me sentis comme un dieu, prêt à briser ces frêles insectes dans ma main puissante, à écraser du talon ces vipères emmêlées, et je riais. » (Le Nœud de vipères‎, ‎Paris, Grasset, 1932.
Qu’est-ce qu’un nœud de vipères, sinon un endroit déconseillé à tout ce qui n’est pas vipère, personne médisante ou malfaisante, qui ne vit que par la critique et le venin ?

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? dans Communauté spirituelle 915734254Un autre roman, d’une terrible puissance évocatrice, nous décrit la mise en place d’un cercle infernal de violence d’une mère à son fils. Dans « Vipère au poing » (1948), Hervé Bazin décrit l’enfance et l’adolescence du narrateur, Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon. Ce dernier décrit ses rapports avec sa famille, et notamment sa mère Paule Rezeau, née Pluvignec, dite Folcoche, une marâtre cruelle et peu aimante. Ce roman est un huis clos entre la mère indigne, les trois enfants martyrisés, le père lâche et un précepteur changeant. « Vipère au poing », c’est le combat impitoyable livré par les enfants à leur mère, une femme odieuse, qu’ils ont surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d’Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d’emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.

Au début du livre le jeune Rezeau jouait avec une vipère dans « La belle angerie » leur maison ; à mesure qu’elle s’enroulait sur son poignet il était déterminé à serrer jusque mort s’en suive. En regardant ses yeux (à la vipère) pleins de haine il ne pouvait s’empêcher de la comparer à Folcoche sa mère. « Elle avait de jolis yeux, vous savez, cette vipère, non pas des yeux de saphir comme les vipères de bracelets, je le répète, mais des yeux de topaze brûlée, piqués noir au centre et tout pétillants d’une lumière que je saurais plus tard s’appeler la haine et que je retrouverais dans les prunelles de Folcoche ».

On rêverait d’un homme politique assez courageux pour aller crier : « engeance de vipères ! » aux menteurs et aux violents d’aujourd’hui ! Les nœuds de vipères actuels pullulent, sous prétexte d’islam, de libéralisme ou de politiquement correct etc… Commençons nous-mêmes par discerner les venins et les divisions dont nous sommes complices, parfois ‘à l’insu de notre plein gré’ : alors nous pourrons crier avec Jésus leurs quatre vérités aux hypocrites et aux menteurs de tous bords !

 


[1]. Le roi leur dit : « Comment était cet homme qui est monté à votre rencontre et qui vous a dit ces paroles ? » Ils lui répondirent : « C’était un homme qui portait un vêtement de poils et un pagne de peau autour des reins. » Alors il dit : « C’est Élie le Tishbite ! » (2 R 1, 2-8)
[2]. « Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2,24-25).

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10)

Lecture du livre du prophète Isaïe

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.
Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

 

PSAUME

(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17)
R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !

 

DEUXIÈME LECTURE
Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations,je chanterai ton nom.

 

ÉVANGILE

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
 Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,

18 août 2019

Maigrir pour la porte étroite

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Maigrir pour la porte étroite

Homélie pour le 21° Dimanche du temps ordinaire / Année C
25/08/2019

Cf. également :

Qui aime bien châtie bien ?
Dieu aime les païens
Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Prenez la porte
Le berger et la porte

Bethléem ou la loge

Maigrir pour la porte étroite dans Communauté spirituelle Porte-dentrC3A9e-de-la-Basilique-de-la-NativitC3A9-C3A0-BethlC3A9emSi vous avez un jour le bonheur d’aller à Bethléem, vous verrez l’étrange entrée de la basilique de la Nativité : une porte si basse qu’il faut se courber – voire se casser en deux pour les plus grands – si on veut la passer. C’est bien sûr un écho de notre parabole d’aujourd’hui (Lc 13, 22-30), qui appelle à l’humilité pour entrer dans le royaume des cieux :

Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »
Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas.

Ainsi, qu’on soit prince ou qu’on soit gueux, la condition est la même pour entrer : se faire tout petit. L’effort sera plus important pour les « grands de ce monde », alors que les « petites gens » se faufileront aisément. Ce symbole est d’ailleurs repris dans le rite d’entrée dans la plupart des loges maçonniques. Pour les francs-maçons, la porte basse signifie qu’il faut demander à entrer dans la loge, demander d’acquérir le savoir et la sagesse, accepter d’être guidé pour progresser. Le glossaire général du symbolisme maçonnique nous indique que la « Porte du temple », placée entre les deux Colonnes, est un symbole particulièrement parlant et que, pour subir son Initiation, le Profane pénètre dans la Loge par la « Porte basse ». Le rituel maçonnique veut en effet que le candidat à l’Initiation soit obligé de se courber lors de sa première entrée dans la Loge. Bien que cette attitude puisse inciter à faire preuve d’humilité, il ne s’agit pas d’humilier le candidat, mais de lui signifier qu’il meurt à la vie profane pour renaître à une vie nouvelle.

 

Porte basse ou porte étroite ?

gros étroit dans Communauté spirituelleÀ vrai dire, le texte de Luc ne parle pas de porte basse, mais étroite.
Il n’y a que trois usages du mot « stenos »  (qui a donné sténodactylo etc.) = « étroit » dans toute la Bible, et c’est pour notre parabole (Mt 7,13.14 ; Lc 13,24). Cela ne contredit nullement l’humilité évoquée plus haut. Mais si franchir une porte basse demande se faire petit, passer une porte étroite demande de se faire… maigre ! Ce n’est pas tout à fait la même chose !

En fait, le gras dans la Bible a deux fonctions :

- sur les animaux offerts en sacrifice, il symbolise la part qui revient à Dieu. Comme la graisse fond sur l’autel brûlant pour couler dans le feu et finalement s’élever vers le ciel en fumée, ainsi une part de ce que nous possédons et consommons doit revenir à Dieu pour que nos biens ne nous empoisonnent pas, pour que nos possessions ne nous possèdent pas.

Dans le sacrifice de communion, on met à part la graisse des animaux offerts à Dieu. (Si 47,2)
Toute graisse revient au Seigneur. (Lévitique 3,16)

- sur les humains, le gras au contraire est signe d’idolâtrie, d’alourdissement du cœur, de domination des pauvres :

Dans mon peuple se trouvent des coupables aux aguets comme l’oiseleur accroupi, ils dressent des pièges et ils attrapent… des hommes. Tel un panier plein d’oiseaux, leurs maisons sont pleines de rapines : c’est ainsi qu’ils deviennent grands et riches, gras et reluisants. Ils battent le record du mal, ils ne respectent plus le droit, le droit de l’orphelin; et ils réussissent. Ils ne prennent pas en main la cause des pauvres. (Jérémie 5, 26-27)

Voici : pendant toute sa vie, le méchant se tourmente. […] C’est qu’il a levé la main contre Dieu, et qu’il a bravé le Puissant. C’est que la graisse a empâté son visage et le lard a alourdi ses reins. (Job 15, 20-27)

Le chapitre 3 du livre des Juges nous raconte que le roi de Moab asservit Israël pendant 18 ans. « C’était un homme très gros », précise le texte. Ehoud, de la tribu de Benjamin, se fit un poignard long de 50 cm environ pour pouvoir percer la graisse du tyran :

Ehoud dit:  » J’ai une parole de Dieu pour toi « , et le roi se leva de son siège. Ehoud étendit la main gauche, prit le poignard sur sa cuisse droite et l’enfonça dans le ventre du roi. Même la poignée entra après la lame et la graisse se referma sur la lame, car Ehoud n’avait pas retiré le poignard du ventre du roi;

Les psaumes relaient cette méfiance envers les gens dont la grasse opulence est suspecte :

Garde-moi comme la prunelle de l’œil, cache-moi à l’ombre de tes ailes, loin des méchants qui m’ont pillé et des ennemis mortels qui me cernent. Ils sont bouffis de graisse, leur bouche parle avec arrogance. (Ps 17, 8-10)

Des orgueilleux m’ont sali de leurs mensonges, moi, de tout cœur, j’observe tes préceptes. Leur cœur s’est figé comme de la graisse; moi, je me délecte de ta Loi. (Ps 119, 69-70)

De toute façon, il nous faut nous délester de la graisse qui nous empêcherait de passer la porte étroite ! On imagine mal Obélix ou Hercule Poirot réussir à passer une porte étroite comme une meurtrière…

 

Simplicité volontaire

L'ABC de la simplicité volontaire par BoisvertQue faut-il faire pour devenir aussi étroit que ce passage ? Un courant de pensée actuellement très vigoureux semble avoir entendu cet appel sur le plan de nos modes de vie. On l’appelle sobriété heureuse, frugalité, simplicité volontaire [1]. La simplicité volontaire est un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation, ainsi que les impacts (sociaux, écologiques, personnels et collectifs…) de cette dernière.

Évidemment elle s’inscrit à contre-courant de l’économie libérale pour qui l’accumulation des biens, la course au ‘toujours plus’ est le fondement de la prospérité ! Réfréner son désir de posséder, réduire sa consommation pour ne pas s’épuiser dans une course sans fin ni épuiser la planète en la pillant toujours davantage : la simplicité volontaire cherche à rendre compatibles nos biens et le bien de tous (dont les générations futures), en essentialisant nos besoins, en respectant les équilibres naturels. Les chrétiens pourront s’intéresser à ces recherches nouvelles, car elles sont comme une harmonique de la porte étroite de ce dimanche.

 

Maigrir spirituellement

Porte étroiteUn peu comme la simplicité volontaire infléchit l’économie, l’image de la porte étroite peut infléchir notre vie spirituelle. Il s’agit bien de faire fondre nos excès comme la graisse des holocaustes. Il s’agit bien de nous délester de ce qui nous alourdit dans notre marche vers Dieu. Maigrir spirituellement pour passer la porte étroite nous appelle des conversions multiples :

 

- Nous libérer des ambitions dévorantes.

Le gras qui viendra obstruer le passage, c’est d’abord la convoitise, la boulimie. Que  chacun s’examine : quelles sont parmi mes ambitions celles qui m’épuisent parce qu’elles ne me correspondent pas vraiment ? Quels sont les rêves de réussite qui me font faire des folies ? qui sollicitent de moi une énergie au-delà du raisonnable ? qui atrophient mes autres réussites ? Quelle démesure (la fameuse hybris des Grecs) rend tel ou tel de mes projets insensé ?

Mais où s'arrêtera-t-il ?Nous connaissons tous des personnes qui deviennent amères ou frustrées à force de convoiter une promotion professionnelle, une réussite sociale, un niveau de vie qu’elles  n’atteindront jamais. Et il ne s’agit pas que de convoitises matérielles : même dans l’Église, certains ont des ambitions dévorantes (devenir évêque, cardinal, responsable de ceci ou de cela…) qui les corrompt et les épuise.

L’antidote est la simplicité du cœur prôné par les psaumes : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux. Je ne poursuis ni grand dessein ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse, comme un petit enfant tout contre sa mère » (Ps30). Thérèse de Lisieux a écrit des lignes extraordinaires sur cette « petite voie » de l’enfance spirituelle.

Car l’ambition mal placée est un Moloch qui dévore ses enfants. L’ambition authentiquement spirituelle serait plutôt du côté de l’aspiration à la sainteté, qui par définition s’accueille (Dieu seul est saint) et ne se conquiert pas

Cette libération des idoles vers lesquelles tout le monde se rue (Ps 15) est une affaire individuelle, et en même temps un enjeu de société : la course au PIB, à l’armement, au gaspillage énergétique, à l’individualisme forcené etc. font partie de cette graisse collective qui empêche une société de passer la porte étroite d’une vie commune respectueuse de chacun, de tous, de la planète, de l’avenir.

 

- M’accepter joyeusement tel que je suis.

s'accepter potentiel-infini.beAyant ainsi renoncé à la poursuite de chimères destructrices, je peux me réconcilier avec moi-même. Pas besoin de me rêver autre que ce que je suis (même si cela ne me dispense pas de travailler sur moi-même). Consentir à soi est la base de la sagesse. C’est le fameux « comme toi-même » de l’impératif du Lévitique (et du Christ) : « aime ton prochain comme toi-même ». Si je ne suis pas en paix avec moi-même, mon histoire, ma famille, mon corps, mes capacités de tous ordres, comment pourrais-je accepter l’autre en tant qu’autre ? Je reprocherai chez lui ce que je n’accepte pas chez moi. Un peu comme Cahuzac se voulait chevalier blanc de la fraude fiscale alors qu’il la pratiquait allègrement pour son propre compte… Un peu comme la grenouille de La Fontaine qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, et enfle jusqu’à éclater de convoitise !

Une certaine acceptation de soi, sans complaisance, nous permet de dégonfler les baudruches spirituelles autrement trop envahissantes.

 

- Nous délester du superflu, chacun et ensemble.

se-lib%C3%A9rer-du-superflu frugalitéIl n’y a rien de plus matériel que le spirituel ! Car la justesse de la relation à Dieu (dans son Esprit) va de pair avec une autre relation aux biens matériels. L’obésité de richesse a des conséquences spirituelles, et réciproquement. François d’Assise l’avait bien compris, qui demandait à ses frères d’épouser « Dame Pauvreté », afin d’être libres pour la mission (cf. Mt 10 : « n’emportez ni tunique, ni sandale de rechange… »). Dans les béguinages du nord de l’Europe, des milliers de femmes depuis le XII° siècle ont choisi un mode de vie communautaire remarquable, sobre et simple, chacune ayant sa maison, travaillant souvent à l’extérieur, partageant leurs biens ainsi que les prières et la vie fraternelle. Les oasis de paix au cœur des villes qu’elles ont construit se visitent toujours avec émotion et bonheur.

Au minimum, chacun aujourd’hui pourrait se poser les questions suivantes : qu’ai-je en trop ? De quoi ne me suis-je pas servi ou si peu depuis un an ? Pourrai-je le vendre, le louer, le partager, le donner ? Comment réduire mon empreinte carbone (transports, nourriture, énergie…) ? Qu’ai-je vraiment besoin de posséder en propre ?

Se délester du superflu est libératoire (et jubilatoire !) : l’énergie ainsi rendue disponible sera orientée vers d’autres buts bien plus humanisants.

Le superflu peut également relever de l’utilisation du temps : combien d’heures devant un écran chaque jour ? Combien de réunions professionnelles ou associatives inutiles ? Tout en laissant des plages de temps pour le repos et le ressourcement, quel est le superflu qui me distrait d’avoir le temps pour l’essentiel ?

On le voit : faire fondre ses graisses matérielles, temporelles et spirituelles demande un grand art du discernement, pour savoir distinguer l’essentiel du superflu, et trouver le courage de diminuer le second au profit du premier.

 

- Simplifier sa foi, sa prière, sa charité.

Jésus pouvait essentialiser les 613 commandements juifs en les ramenant à un seul. Paul limitait à trois les vertus importantes. Et les Pères de l’Église fondaient leur morale chrétienne sur la seule règle d’or (« Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, car c’est là tout l’enseignement de la Loi et des prophètes » Mt 7,12).

Plus on avance vers la porte étroite, plus la foi se simplifie : loin des constructions alambiquées et obscures des théologiens scolastiques, à mille lieues des pensées ésotériques encombrées de symboles et de personnages imaginaires, la foi chrétienne tient en quelques convictions fortes. D’ailleurs la vérité en christianisme n’est pas un système d’énoncés ou de propositions à croire, mais c’est quelqu’un - le Vivant – en qui faire confiance.

Du coup la prière également se simplifie en avançant vers la porte étroite : pas besoin de rites compliqués, de liturgies hyper chargées, de mystérieux mantras à rabâcher, de longues retraites avec des gourous aux mille concepts. La relation de confiance à la source de tout amour engendre une prière toute simple : merci, pardon, s’il te plaît… Les psaumes en sont une belle école.

La charité n’a elle aussi pas besoin de s’enfler d’orgueil ou de calcul : se faufiler à travers l’étroit passage demandent d’abandonner aux autres ce qui nous empêche, et nous le faisons alors avec joie, sans avoir besoin de faire sonner de la trompette.

Me libérer des ambitions dévorantes, me délester de mon superflu, m’accepter joyeusement tel que je suis, simplifier ma foi /prière /charité : voilà au moins quatre pistes très concrètes, un quasi régime alimentaire pour maigrir spirituellement et devenir capable de se faufiler à travers la porte étroite.

Que vais-je choisir pour commencer cette semaine ?

Quel « régime » spirituel sur l’année à venir ?

 


[1]. On peut en trouver la trace dans les écrits de Léon Tolstoï, de John Ruskin (Unto This Last), Henry David Thoreau (Walden). Ce mode de vie est représenté, par exemple, par les abbayes contemplatives, par les franciscains ou encore les Communautés de l’Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi, lui-même inspiré par Thoreau et Ruskin. On le retrouve aussi au Québec sous l’influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété.

 


Lectures de la messe

Première lecture
« De toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères » (Is 66, 18-21)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : connaissant leurs actions et leurs pensées, moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, – dit le Seigneur. On les portera comme l’offrande qu’apportent les fils d’Israël, dans des vases purs, à la maison du Seigneur. Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux, – dit le Seigneur.

Psaume
(Ps 116 (117), 1, 2)
R/ Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile. ou : Alléluia !
(Mc 16, 15)

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

Deuxième lecture
« Quand Dieu aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons » (He 12, 5-7.11-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice. C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri.

Évangile

« On viendra de l’orient et de l’occident prendre place au festin dans le royaume de Dieu » (Lc 13, 22-30)
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’ Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,
1...34567...18