L'homélie du dimanche (prochain)

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12 décembre 2021

Bethléem : le pain et la fécondité

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Bethléem : le pain et la fécondité

Homélie du 4° Dimanche de l’Avent  / Année C
19/12/2021

Cf. également :

Marie, vierge et mère
Just visiting
Visiter l’autre
Enfanter le Verbe en nous…
Maigrir pour la porte étroite

Le sceau de l’histoire

Cette piece en argile etait utilisee pour apposer un sceau sur des documents. Le nom de Bethleem y est inscrit en ancien hebreu.En 2012, des archéologues ont découvert un petit sceau en argile sur lequel figurait le nom « Bethléem » et qui pourrait constituer la preuve de l’existence de cette localité à l’époque biblique. « Ce premier objet ancien qui constitue la preuve tangible de l’existence de la cité de Bethléem, qui est mentionnée dans la Bible, a été découvert récemment à Jérusalem », a précisé l’Autorité israélienne des antiquités dans un communiqué. L’objet, une pièce en argile utilisée pour apposer un sceau sur les documents ou d’autres objets, est connu. Il a été mis au jour durant des travaux d’excavation sur le site dit de la Cité de David situé en contrebas des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem. Sur le sceau, qui mesure environ 1,5 cm, le nom de Bethléem est inscrit en ancien hébreu. « C’est la première fois que le nom de la cité apparaît en dehors de la Bible dans une inscription datant du premier Temple juif, ce qui prouve que Bethléem était bien une localité du royaume de Juda, voire d’une période antérieure », a affirmé Elik Shukron, directeur des fouilles de l’Autorité. Selon lui, ce sceau fait partie de documents fiscaux de Bethléem envoyés au roi de Jérusalem, dans le cadre d’un système de taxation utilisé dans ce royaume aux VIII° et VII° siècles avant notre ère [1].

Voilà donc établie l’existence historique – dont certains doutaient – de cette petite ville de notre première lecture (Mi 5, 1-4), aujourd’hui célèbre dans le monde entier pour la Nativité de Jésus. Elle est mentionnée 41 fois dans la Bible, signe de son importance. Michée prophétise qu’elle verra naître un chef d’envergure :

Bethléem : le pain et la fécondité dans Communauté spirituelle palestine« Et toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, à l’aube des siècles… » Une prophétie que viendra compléter Isaïe au siècle suivant en ces termes : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur ».
Et bien sûr, Matthieu et Luc y feront naître Jésus, quitte à inventer un recensement soi-disant universel obligeant Joseph à voyager de Nazareth à Bethléem. C’est peu vraisemblable historiquement, car les romains ne pratiquèrent aucun recensement universel. Le recensement effectué par Quirinus, probablement pour établir l’impôt, ne nécessitait aucun déplacement familial et eut lieu en l’an 6, soit 10 ans après la date maintenant retenue de la naissance de Jésus (-4). Mais cela montre l’importance théologique de Bethléem pour les judéo-chrétiens du premier siècle. Il fallait que Jésus y naisse ! Comme l’écrit Jean : « L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? » (Jn 7,42).

Pour Marc et Jean, il n’est pourtant pas essentiel de relier Jésus à Bethléem, car leurs lecteurs ne connaissent pas ces vieux textes hébreux et les événements qu’ils situent dans cette bourgade. On pardonnera à Matthieu et Luc ces entorses historiques si on sait que leur but était de montrer qui était véritablement Jésus, et non pas de faire un reportage journalistique pour un documentaire sur Arte (d’ailleurs, ces documentaires-là sont très construits, et veulent démontrer toujours quelque chose !).

 

Bethléem, ou la féminité de Jésus

Rattachant Jésus à Bethléem, Matthieu le relie à deux femmes, deux immenses figures d’Israël : Rachel et Ruth. Avant même de détailler le symbolisme de chacune, il nous faut relever l’impact considérable de ce détour par Bethléem : Jésus ne peut se comprendre sans se référer à deux femmes immensément aimées en Israël, ayant une place de choix dans la vocation du peuple. Ainsi apparaît en filigrane la féminité de Jésus dès avant sa naissance. L’ombre majestueuse de Rachel et de Ruth plane sur la mangeoire de Bethléem, et l’enfant boira leur histoire avec le lait de sa mère. C’est fou ce que Jésus doit aux femmes ! Impossible de l’oublier en fêtant Noël à Bethléem.

 

Jésus Rachel : la fécondité malgré tout

le tombeau de rachel  marc chagallLa première des 41 occurrences du nom Bethléem dans la Bible est pour raconter la mort de Rachel. Elle est enceinte, sur la route avec son mari Jacob, et s’arrête à Bethléem pour accoucher. La similitude avec Marie et Joseph n’est pas fortuite. Hélas, l’accouchement se passe mal et Rachel meurt dans les bras de Jacob pendant qu’elle donne vie à son deuxième fils. Fou de douleur, Jacob l’enterre à Bethléem, où son tombeau devient vite un lieu de pèlerinage très populaire (c’est toujours actuellement le 3° lieu saint du judaïsme). « Rachel mourut et on l’enterra sur la route d’Ephrata, c’est-à-dire Bethléem » (Gn 35,19 ; 48,7). Rachel symbolise dès lors la fécondité de l’amour prêt à donner sa vie s’il le faut pour que l’autre naisse. Jésus, nouvelle Rachel, donnera lui aussi sa vie en affrontant sa propre mort pour que naisse à la vie éternelle tous les enfants de Dieu qui acceptent de recevoir ce don d’une vie nouvelle, le premier étant le criminel à sa droite sur la croix. D’ailleurs, le fils né de Rachel à Bethléem s’appelle Ben-jamin, ce qui peut vouloir dire « fils de la droite » en hébreu, c’est-à-dire celui qui reçoit la bénédiction paternelle par l’imposition de la main droite sur sa tête (Gn 48,14.17.18). Dans son dernier souffle, Rachel exprime le souhait de l’appeler Ben-Oni, c’est-à-dire « fils de la douleur », car elle a accouché au prix d’une douleur mortelle (Gn 35,18). Mais Jacob n’a pas voulu que ce fils vive avec ce poids sur les épaules, et l’a appelé Benjamin, ce qui peut encore signifier « fils de la félicité » en hébreu. À Bethléem, la douleur est donc changée en félicité, la malédiction en bénédiction, Ben-Oni en Ben-jamin : comment ne pas y voir la clé pour déchiffrer la Passion de Jésus, véritable douleur d’enfantement, transformation de la malédiction de la croix en promesse de bonheur pour tous les peuples ?

Parce qu’il est symboliquement né là où Rachel est enterrée, là où Benjamin a vu le jour grâce au sacrifice de Rachel, Jésus va pouvoir incarner le don de soi pour l’autre, et l’inversion du malheur. C’est à Rachel qu’il le doit.

 

Jésus Ruth : l’amie prodigieuse

RuthLa deuxième femme dont le nom brille de mille feux à l’évocation de Bethléem est une étrangère : Ruth la Moabite. Un livre entier de la Bible lui est consacré : c’est dire combien Israël aime cette femme qui vient « d’ailleurs » pour aider le Messie à naître ! En effet, veuve sans enfants (double malédiction) Ruth suit sa belle-mère qui revient dans son pays d’origine, Bethléem. Elle est recueillie par un juif, Booz, qui la voit glaner des épis d’orge dans les champs autour de Bethléem. Ruth l’épouse, se convertit au judaïsme, et devient l’arrière-grand-mère du grand roi David. Cette irruption féminine étrangère dans la préparation de la venue du roi-Messie est si frappante que Matthieu prendra bien soin de la mentionner dans sa généalogie de Jésus. Ruth l’étrangère est l’une des 5 femmes apparaissant dans l’arbre généalogique du Messie-Jésus (Mt 1, 1-17) avec Tamar, coupable  d’inceste, Rahab la prostituée, la femme d’Uri – Bethsabée - victime d’adultère, de viol et de l’assassinat de son mari par David !, et bien sûr Marie.

Intégrer Ruth dans l’ascendance du Messie, voilà qui est légèrement scandaleux pour les juifs, puisqu’elle est d’origine étrangère et païenne. Mais, par amour, en se convertissant, elle annonce le rayonnement universel de la foi juive que Jésus va porter à son apogée. Faisant naître Jésus à Bethléem, ville de Ruth, Matthieu veut montrer la messianité royale de Jésus, lui qui vient d’ailleurs, pour étendre la royauté divine à tout l’univers. Si en plus on se souvient que Ruth signifie l’amie en hébreu, on mesure tout ce que Jésus doit à Ruth, l’amie prodigieuse par qui le fils de David fera entrer toutes les nations dans la nouvelle Alliance. Ruth – dont le nom signifie brebis – est l’universalisation de la messianité du fils de David, rassemblant tous les peuples en un seul troupeau.

 

Le Messie-prêtre vient de Bethléem

EphodUn épisode peu connu (Jg 17) raconte comment un lévite de Bethléem devient en quelque sorte le premier grand prêtre, en recevant l’éphod (le pectoral constitué des 12 pierres des 12 tribus) des mains d’un certain Mika. Les racines sacerdotales du Messie viennent de Bethléem ! Rappelons que le rôle du grand prêtre était d’offrir des sacrifices d’animaux pour le peuple, ce que Jésus accomplira au plus haut point en s’offrant lui-même au lieu des animaux, pour le salut du monde. Cette dimension sacerdotale de la messianité de Jésus est fortement soulignée dans notre deuxième lecture (He 10, 5-10) : « Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors, je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c’est bien de moi que parle l’Écriture ».
Après le Messie-roi donné ou peuple à travers Rachel et Ruth, voici donc le Messie-prêtre annoncé par l’éphod de Bethléem.

 

L’onction messianique de David à Bethléem

Onction de David par Samuel à BethléemBethléem est devenu bien plus célèbre encore à cause de l’onction de David comme Messie-roi sur Israël par le prophète Samuel. L’épisode est frappant (1S 16). Dieu demande à Samuel d’aller choisir un roi pour Israël parmi les fils d’un certain Isaï à Bethléem. Isaï a  8 fils - les premiers sont magnifiques et forts - et Samuel demande à les voir un par un. Dieu va choisir le premier fils, l’aîné, beau et déjà renommé, se dit Samuel. Eh bien non ! Alors le deuxième ? Pas davantage. Samuel passe en revue les 7 premiers fils sans qu’aucun ne trouve grâce aux yeux de YHWH. Il demande alors de faire venir le dernier, le 8e, qui est aux champs en train de garder les troupeaux autour de Bethléem. C’est donc le plus petit. Mais c’est le 8e, et 8 est le chiffre messianique par excellence : le jour de la nouvelle création après les 7 premiers jours, le jour où le Messie viendra, le jour de la résurrection du Christ un dimanche matin (donc le 8e jour de la semaine juive qui commence le samedi soir).

David est roux. Ce qui devrait l’éloigner du trône, car on a peur des roux à l’époque, suspects de porter le feu de la malédiction divine. C’est pourtant lui que YHWH choisit, car « il élève les humbles et renverse les puissants de leur trône » comme le chantera Marie dans son Magnificat. À Bethléem, Samuel prend donc une corne d’huile et la verse sur la tête de David : par cette onction, David devient Messie (massiah = oint en hébreu) sur Israël, héritant de la puissance prophétique de Samuel pour exercer sa future fonction royale.

Naître à Bethléem fait de Jésus un nouveau David, Messie prophète et roi surgit parmi les humbles de la terre pour établir son peuple dans un royaume de justice et de paix.

Au final, quand on rassemble les références à Rachel, Ruth, le lévite à l’éphod, Samuel et David, le seul nom de Bethléem indique que Jésus est le Messie-prêtre-prophète-roi que le peuple attendait.

 

Beth-léem, « maison du pain »

Pain et féconditéC’est l’étymologie courante du nom Bethléem en hébreu. Jean dira de Jésus qu’il est « le pain vivant descendu du ciel »(Jn 6,51). Les synoptiques décriront deux multiplications des pains dont la tonalité eucharistique est évidente. La naissance à Bethléem annonce que cet enfant est la vraie nourriture des croyants, le pain vivant donné par Dieu lui-même pour faire grandir dans la vie divine. Ce pain est d’abord la parole du Christ, lui qui est le Verbe de Dieu. Ce pain est ensuite l’eucharistie, vraie nourriture pour ne pas défaillir en chemin. Ce symbolisme du pain à Bethléem est renforcé par le fait que Marie couche son nouveau-né dans une mangeoire, ce qui le désigne justement comme « à manger », comme on dit d’un bébé qu’il est à croquer !

 

Ephrata, lieu de la fécondité

Ephrata, le deuxième nom de Bethléem (« et toi Bethléem Ephrata … ») est beaucoup moins connu, son étymologie également. C’est bien dans ce « lieu de la fécondité » que Jésus est né, rejoignant ainsi le don de soi pour donner la vie que rappelle le tombeau de Rachel à Bethléem. Et aussi la fécondité de Ruth l’étrangère qui va engendrer l’ascendance de David, et donc du fils de David qu’est Jésus.

Naître à Bethléem traduit l’extraordinaire fécondité de la mission de cet enfant. Il donnera vie à tous ceux qui s’approchent de lui - fût-ce au prix de la sienne - et cette vie comme son royaume n’aura pas de fin.

 

Le pain et la fécondité : en devenant des Christs par le baptême, nous naissons tous et chacun à Bethléem, appelés à donner la vie autour de nous, et à nourrir ceux que nous engendrons ainsi à la vie nouvelle.

Par le baptême, nous sommes oints de l’Esprit qui fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois comme le Messie de Bethléem.
Entraînons-nous à naître à Bethléem, jour après jour…

 


1ère lecture : Le Messie viendra de Bethléem (Mi 5, 1-4)

Lecture du livre de Michée

Parole du Seigneur :
Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, à l’aube des siècles.
Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les enfants d’Israël.
Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu. Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre, et lui-même, il sera la paix !

Psaume : Ps 79, 2.3bc, 15-16a, 18-19

R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés !

Berger d’Israël, écoute,
toi qui conduis ton troupeau, resplendis !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Deu haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

2ème lecture : « Je suis venu pour faire ta volonté » (He 10, 5-10)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit, d’après le Psaume : Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors, je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c’est bien de moi que parle l’Écriture.
Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni accepté les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les expiations pour le péché que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime l’ancien culte pour établir le nouveau. Et c’est par cette volonté de Dieu que nous sommes sanctifiés, grâce à l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

Evangile : La Visitation (Lc 1, 39-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Chante et réjouis-toi, Vierge Marie : celui que l’univers ne peut contenir demeure en toi. Alléluia. (cf. So 3, 14.17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Patrick Braud

 

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24 octobre 2021

Sorcières ou ingénieurs ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Sorcières ou ingénieurs ?

Homélie du 31° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
31/10/2021

Cf. également :

Conjuguer le verbe aimer à l’impératif
Simplifier, Aimer, Unir
J’ai trois amours
Aime ton Samaritain !
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Boali, ou l’amour des ennemis
Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Jeter des sorts ou bâtir des EPR ?

« Le monde crève de trop de rationalité, de décisions prises par les ingénieurs. Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR (réacteurs nucléaires) ».
Cette déclaration lapidaire (interview à « Charlie Hebdo » du 25 Août 2021) de Sandrine Rousseau, qui a obtenu 49% à la primaire écologiste pour l’élection présidentielle de 2022, est sans doute révélatrice de notre époque. Mais d’où vient cette référence ? La « sorcière » est devenue une figure populaire dans le féminisme actuel. L’auteure Mona Chollet l’a notamment popularisée dans son livre paru en 2018 : « Sorcières. La puissance invaincue des femmes ». Dans son ouvrage, elle écrit : « La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie ». L’éco-féminisme se veut ici à la pointe de la contestation de la rationalité occidentale.

La magie séduit même les membres du gouvernement. « Lorsque tu vas sur une ligne de production, c’est pas une punition. C’est pour ton pays, c’est pour la magie. » « J’aime l’industrie car c’est l’un des rares endroits au 21° siècle où on trouve encore de la magie », déclarait Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, lors de l’événement BIG 2021 le 7 octobre. « La magie du ballet des robots, du ballet des hommes. La magie de l’atelier où on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier. » Ce lyrisme ensorceleur oublie pourtant que le salaire de l’ouvrier dans l’industrie est la moitié de celui du cadre, avec une espérance de vie de 6 ans de moins, et un travail autrement pénible… L’incantation magique ne supprime pas la dure réalité !

Les Désillusions du progrèsAprès des années d’avancées scientifiques et technologiques ébouriffantes, voilà que ce qui faisait le bonheur des peuples se transforme en une obscure menace. Le climat se réchauffe, les ressources naturelles s’épuisent, la déforestation bat son plein, les inégalités s’accroissent… Raymond Aron avait pointé très tôt - dès 1969 - ce qu’il avait appelé « les désillusions du progrès », dont Sandrine Rousseau témoigne à sa façon. Après un quart de siècle de croissance économique, la société moderne devait dans les années 60  affronter de nouveaux assauts : les uns, disciples fidèles ou infidèles de Marx, dénonçaient ses échecs relatifs ou partiels, les îlots de pauvreté au milieu de la richesse, l’inégalité excessive de la répartition des revenus ; les autres, dont l’inspiration remonte à Jean-Jacques Rousseau, voire aux romantiques, vitupèraient contre la barbarie de la « civilisation industrielle », la dévastation de la nature, la pollution de l’atmosphère, l’aliénation des individus manipulés par les moyens de communication, l’asservissement par une rationalité sans frein ni loi, l’accumulation des biens, la course à la puissance et à la richesse vaine.

Le pessimisme ambiant, diffus à travers l’Occident, accentué en France par le choc des événements de Mai 1968, imprégnait déjà l’analyse de la modernité esquissée dans ce livre de Raymond Aron. Tout se passe comme si les désillusions du Progrès, créées par la dialectique de la société moderne, et, à ce titre, inévitables, étaient éprouvées par la jeune génération des années 60 avec une telle intensité que l’insatisfaction endémique s’exprimait en révolte. Du même coup, l’observateur s’interroge sur le sens de cette explosion, sur la direction dans laquelle la société moderne pourrait répondre aux désirs qu’elle suscite, apaiser la faim, peut-être plus spirituelle que matérielle, qu’elle fait naître.
Les Occidentaux éprouvent-ils une sourde mauvaise conscience pour s’être réservé la meilleure part des profits de la science et de la technique, ou tendent-ils à se renier eux-mêmes, faute de trouver un sens à leurs exploits ? Ce qui est en jeu, c’est le destin d’une civilisation, révoltée contre ses œuvres et rêvant d’un paradis perdu ou à reconquérir. La jeunesse de Mai 68 s’est révoltée contre le rationalisme en rêvant de Mao et en scotchant des posters de Che Guevara dans leur chambre. Les jeunes générations de ce début de siècle protestent en rêvant d’une nature harmonieuse et en affichant Greta Thunberg sur leurs téléphones….

Oui la croissance économique déçoit, parce qu’elle n’est pas régulière ni partagée, parce qu’elle engendre la précarité, ou parce qu’elle détruit la planète.
Oui le progrès se révèle être un mythe hérité du XIX° siècle, avec ses machines à vapeur et ses usines produisant jour et nuit.
Oui l’avenir de l’humanité s’obscurcit, à cause des nuages provoqués par ce qui aurait dû éclairer l’horizon.
Oui les Lumières nous ont menti en caricaturant la nature, le vivant, et en idolâtrant la raison humaine.
Oui l’EPR coûte 3 fois plus cher qu’annoncé, et le problème des déchets n’est pas encore résolu.
Faut-il pour autant jeter le bébé-Raison avec l’eau du bain-crise écologique ? Le remède pourrait bien s’avérer pire que le mal. Jeter des sorts ou revenir à une vision magique du monde ferait renaître la peur de l’invisible et la soumission aveugle aux événements (épidémies, climat, raretés etc.).

Les Ecologistes contre la modernitéUn essai récent (Ferghane Azihari, Les Écologistes contre la modernité. Le procès de Prométhée, Ed. La Cité, 2021) nous met en garde contre cette tentation anti-Lumières, qui deviendrait vite… obscurantiste. Voilà deux siècles que la civilisation industrielle libère les hommes de la misère. Mais les apôtres de l’écologie radicale accusent les sociétés modernes d’avoir acheté leur confort au détriment de l’environnement, quitte à dépeindre le passé comme le paradis perdu qu’il n’a jamais été. Mêlant histoire, philosophie et analyses sociopolitiques, Ferghane Azihari déconstruit les raisonnements de ces antimodernes qui, de Pierre Rabhi à Greta Thunberg en passant par Nicolas Hulot, crient à la catastrophe climatique mais font la guerre aux solutions les plus crédibles aux défis actuels, comme l’énergie nucléaire. Le progrès technique reste pourtant selon l’auteur le moyen le plus juste de sauvegarder notre planète sans renoncer à améliorer le sort de l’humanité. Mais l’écologie politique est-elle encore animée par la philanthropie (l’amour de l’humain) ?

 

Les deux ailes de l’esprit humain

La foi et la raison : lettre encyclique Fides et ratioL’évangile de ce dimanche (Mc 12, 28-34) n’a évidemment pas pour objet de prendre position pour ou contre cette tentation antimoderne ! Pourtant, tous les commentateurs ont remarqué que Marc met sur les lèvres de Jésus un mot de plus que le texte original de du Deutéronome. Dt 6,5 mentionne en effet 3 dimensions de l’amour que nous portons à Dieu : le cœur / l‘âme / la force. Jésus y ajoute librement un 4e terme : l’intelligence (διανοας, dianoia). « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur (καρδας), et de toute ton âme (ψυχς), et de toute ton intelligence (διανοας), et de toute ta force (σχος) ». Il y a une douzaine d’occurrences de ce terme dans le Nouveau Testament, allant dans le même sens du lien foi-intelligence, comme l’écrit par exemple Jean : « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l’intelligence pour que nous connaissions Celui qui est vrai » (1 Jn 5, 20).

Jésus ajoute un nouveau terme, celui de l’intelligence à ce pilier de la religion qu’est le Shema Israël. Jésus fait ainsi de la réflexion personnelle un devoir de base, quotidien, pour toute personne, le devoir d’appliquer son intelligence dans toutes les dimensions de sa vie, à commencer dans sa recherche de Dieu, mais aussi dans sa religion, dans sa façon de faire de la théologie, dans sa façon d’aimer les autres et d’agir. L’intelligence est donc selon Jésus une alliée de la foi, qui n’a rien à craindre de l’intelligence, au contraire. La foi n’a rien à craindre des sciences physiques ou humaines, ni de la recherche biblique, elle n’a rien à craindre des débats philosophiques ou théologiques. Au contraire. Lorsque les religieux ont privilégié l’obéissance aveugle au détriment de la raison, c’était hélas pour servir les intérêts des puissants. Jésus anéantit cette hiérarchie et rend à chacun la liberté de penser par lui-même.
Le philosophe Emmanuel Lévinas a une superbe formule : la lettre est « l’aile repliée de l’Esprit ». Le travail de la pensée sur la Bible contribue à déployer les ailes de la lettre, afin qu’elles nous frôlent et nous inspirent des perspectives sur nous-mêmes.
Au détour de l’un de ses innombrables sermons, Calvin se laisse aller à une affirmation surprenante: « La Bible est une chose morte, sans aucune vigueur ». Ce n’est ni un lapsus, ni un dérapage. Le réformateur considère que, matériellement, la Bible est un livre parmi d’autres, sans plus. Elle ne devient Parole de Dieu que sous l’action du Saint-Esprit. […]
J’en déduis que le Saint-Esprit, ce n’est pas de l’excitation nerveuse mais de la pensée. Notre pensée est rendue amoureuse de Dieu et du coup capable de déployer les ailes de la lettre pour soi et pour autrui.
La Parole de Dieu ne vient pas de façon passive. Elle exige un investissement total de nos forces mentales et intellectuelles. Imaginez que nous ne préparions plus nos cultes, par exemple. Que nous laissions libre cours à la seule spontanéité, au happening, à l’improvisation permanente… Ce serait dramatique. Le Saint-Esprit n’est pas un kit de secours pour les paresseux [1].

Mobiliser son intelligence pour aimer Dieu est donc une composante indispensable de la foi chrétienne. Jean-Paul II écrivait en 1998 une encyclique : Fides et ratio, pour ancrer le nécessaire dialogue entre ce qu’il appelle les deux ailes de l’esprit humain :
« La foi et la raison (fides et ratio) sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ».

Il s’appuie en cela sur une longue tradition philosophique, de saint Augustin à saint Anselme, montrant combien la foi cherche à comprendre, et combien chercher à comprendre est éclairé par la foi.

« ‘Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence’ (Pr 4,5).
Saint Anselme souligne le fait que l’intellect doit se mettre à la recherche de ce qu’il aime: plus il aime, plus il désire connaître. Celui qui vit pour la vérité est tendu vers une forme de connaissance qui s’enflamme toujours davantage d’amour pour ce qu’il connaît, tout en devant admettre qu’il n’a pas encore fait tout ce qu’il désirerait : ‘J’ai été fait pour te voir et je n’ai pas encore fait ce pour quoi j’ai été fait’ » (Fides et ratio n° 42).

Sorcières ou ingénieurs ? dans Communauté spirituelle B_science_cognitive_religionsUne foi purement irrationnelle serait de la superstition, de la magie. Blaise Pascal écrivait en substance : ce n’est pas la raison qui me fait croire, mais ce n’est pas sans raison(s) que je crois. Symétriquement, une raison purement athée se priverait elle-même d’explorer d’autres profondeurs de l’homme et de l’univers. Jean-Paul II employait fort justement le terme de circularité pour parler des relations entre foi et raison :

A la lumière de ces considérations, la relation qui doit opportunément s’instaurer entre la théologie et la philosophie sera placée sous le signe de la circularité. […]
Il est clair que, en se mouvant entre ces deux pôles – la Parole de Dieu et sa meilleure connaissance -, la raison est comme avertie, et en quelque sorte guidée, afin d’éviter des sentiers qui la conduiraient hors de la Vérité révélée et, en définitive, hors de la vérité pure et simple; elle est même invitée à explorer des voies que, seule, elle n’aurait même pas imaginé pouvoir parcourir. De cette relation de circularité avec la Parole de Dieu, la philosophie sort enrichie, parce que la raison découvre des horizons nouveaux et insoupçonnés (n° 73).

Comprendre pour croire, croire pour comprendre ont toujours été les deux mouvements distincts et indissociables de la quête humaine vers Dieu.

« Si tu ne peux comprendre, crois afin de comprendre.
Si tu ne crois pas tu ne pourras pas comprendre.
La foi te purifie, afin qu’il te soit possible d’arriver à la pleine intelligence » [2].

Il nous faut donc cultiver notre intelligence pour aimer Dieu [3]. Et nul doute qu’aimer Dieu peut en retour illuminer notre intelligence.
L’esprit, c’est-à-dire la raison elle-même, devra reconnaître la nécessité de ce dépassement en se désavouant.  Pascal osait le paradoxe :

« Il n’y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison. La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle n’est que faible si elle ne va pas jusque-là. Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ? »

En s’humiliant, la raison triomphe d’elle-même, en se niant elle s’affirme. Cette négation, en effet, n’est pas un reniement. Ce désaveu est l’acte le plus raisonnable qu’elle pouvait réaliser. Car, en reconnaissant qu’elle ne peut rendre raison d’elle-même, elle convient de ce qui la dépasse. Ce dépassement n’est pas destructeur, il s’effectue dans le sens d’une vision contemplative qui est l’œuvre d’une faculté supérieure : le cœur.

 

Mais que veut dire aimer Dieu de toute son intelligence ?

Les fondamentalistes religieux de tous poils ne font pas jouer leur intelligence : ils récitent, ils répètent les textes de façon mécanique, sans les remettre dans leur contexte, sans étudier leurs contradictions internes, sans étudier les manuscrits, les genres littéraires etc. Comment pourraient-ils aimer Dieu, puisqu’ils tuent son Esprit qui fait vivre la lettre ?
Du fait de leur littéralisme, ils en viennent à adopter des croyances parfaitement irrationnelles (Dieu aurait fait un miracle sans aucune médiation) ou des pratiques contraires à la raison (organiser des processions pour faire pleuvoir, lapider les adultères etc.). Comment pourraient-ils aimer l’homme, puisqu’ils éliminent ce qui fait sa dignité ?

Les deux amours sont liés : le respect de l’humain est un critère sur pour discerner si une foi est vécue intelligemment ou non. La bêtise religieuse se traduit toujours hélas par des oppressions humaines.
« Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère » (1 Jn 4, 20 21).
Aimer Dieu de toute son intelligence va de pair avec la promotion de l’homme, tout l’homme, tous les hommes.

L’intelligence que donne la foi s’applique à la foi elle-même : interpréter les Écritures avec sagesse et discernement, expliciter le contenu de la foi en termes clairs et culturellement compréhensibles, mettre la vie de l’Église en cohérence avec l’Évangile etc.

Source : geluck.comUn amour intelligent cherchera donc à utiliser les sciences humaines pour approfondir le mystère de la foi : exégèse, philosophie, théologie, histoire, psychologie, économie, archéologie etc. Au titre du principe de circularité entre foi et raison, ce même amour intelligent laissera la foi éclairer sa compréhension de l’humain et du créé.
D’où une certaine orientation anthropologique, avec une vision de l’être humain fait pour la communion, appelé à être co-créateur de l’univers, à tisser l’unité dans la différence à l’image de Dieu Trinité.
D’où également une certaine orientation économique, qui ne peut réduire l’homme à ses seuls besoins matériels, ni à un individu séparé (néolibéralisme) cherchant à maximiser ses intérêts, ni à collectif mû par le conflit et les rapports de force (socialisme, communisme). Parce que notre foi évoque la dignité humaine à travers le concept de personne (une personne, deux natures / une nature, trois personnes), notre économie aura inévitablement des actions personnalistes, au service de la personnalisation de chacun en société. Elle prendra en charge de façon responsable la gestion de la nature, sans séparer la nature humaine de la nature créée.
Aimer Dieu de toute son intelligence aura encore bien des répercussions dans le domaine de l’art, comme l’ont déjà amplement montré les chefs-d’œuvre des musiciens, sculpteurs, peintres, poètes et autre artistes chrétiens depuis 2000 ans.

Un amour intelligent devra réfuter les visions magiques et superstitieuses du monde qui ressurgissent de toutes parts en ce siècle qui voudrait ré-enchanter l’univers. Il y a plus de 8000 guérisseurs ou charlatans en France à avoir la réputation de soigner sans diplôme ! Le monde est si complexe que beaucoup renoncent à le comprendre, et veulent seulement se concilier des soi-disant forces invisibles pour aller mieux…

L’intelligence demande à la fois de tenir compte de la culture environnante et de la contester. Il s’agit du conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde actuel, car inculturer l’Évangile fait partie de l’Évangile, alors qu’épouser son époque rend très vite veuf… Celui qui s’épuise à courir après les idoles du moment aura toujours une mode de retard. Saint Jean parle de « vaincre le monde », tout en l’aimant au point de lui donner ce qu’on a de plus cher…

Pour aimer Dieu de toute notre intelligence, il nous faudra lire, étudier, faire silence, réfléchir, prier.

Cela ne suffira pas. D’ailleurs, notre passage de ce dimanche nous rappelle au moins trois autres dimensions indispensable pour aimer Dieu : le cœur / l‘âme / la force. Le ‘cœur’ n’est pas ici l’origine des sentiments, mais le lieu des décisions humaines (pour ou contre la justice, pour ou contre Dieu, en faveur des riches ou des pauvres etc.). ‘L’âme’ n’est pas un principe éthéré, mais le souffle de vie (nephesh en hébreu, pyschè en grec) qui anime l’humain jusqu’à en faire une icône divine. La ‘force’ (dynamis en grec) est la puissance dynamique que nous mettons en œuvre pour agir, avancer, grandir, vaincre l’adversité.

C’est donc que l’intelligence seule ne suffit pas pour aimer Dieu en vérité. Impossible normalement de sombrer dans un rationalisme desséché et desséchant si on prend en compte toute la phrase de Mc 12,6. Être intelligent n’implique pas automatiquement d’aimer Dieu en vérité. Par contre aimer Dieu ne peut se faire sans convoquer l’intelligence.

Voilà de quoi préférer les ingénieurs aux jeteurs de sorts, l’interprétation au fondamentalisme, la culture à la soumission docile !

Que chacun d’entre nous s’examine :
Quel rôle joue l’intelligence dans ma foi ?
Comment ma foi éclaire-t-elle mon intelligence ?
Que veut dire aimer Dieu de toute mon intelligence pour moi actuellement ?

 

 


[2]. Saint Augustin, Sur l’évangile de Jean, Tr. 36, n. 7

[3]. « Croire est un acte de l’intellect consentant à la vérité divine par l’ordre de la volonté mue par Dieu par la grâce », St Thomas d’Aquin, Somme Théologique 2-2,2,9.

Lectures de la messe

Première lecture
« Écoute, Israël : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur » (Dt 6, 2-6)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses décrets et ses commandements, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie. Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a dit le Seigneur, le Dieu de tes pères.
Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. »

Psaume
(Ps 17 (18), 2-3, 4, 47.51ab)
R/ Je t’aime, Seigneur, ma force.
(Ps 17, 2a)

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon ro ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu !
Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.
Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !

Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire,
Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie.

Deuxième lecture
« Jésus, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, dans l’ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de rester en fonction. Jésus, lui, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas. C’est pourquoi il est capable de sauver d’une manière définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, car il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur.
C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. La loi de Moïse établit comme grands prêtres des hommes remplis de faiblesse ; mais la parole du serment divin, qui vient après la Loi, établit comme grand prêtre le Fils, conduit pour l’éternité à sa perfection.

Évangile
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. Tu aimeras ton prochain » (Mc 12, 28b-34) Alléluia. Alléluia.

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.
Patrick BRAUD

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3 octobre 2021

Questions d’héritage

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Questions d’héritage

28° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
10/10/2021

Cf. également :
Comme une épée à deux tranchants
Chameau et trou d’aiguille
À quoi servent les riches ?
Plus on possède, moins on est libre
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?
Les sans-dents, pierre angulaire
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie

Pastor et Sarkozy

La une du quotidien "Monaco Matin" le 24 juin 2014L’affaire avait fait grand bruit à l’époque. Le 6 mai 2014, la milliardaire monégasque Hélène Pastor avait été assassinée à Nice, sur ordre de son gendre Wojciech Janowski qui avait commandité ce meurtre à Pascal Dauriac, le coach sportif de Madame Pastor, pour 250 000 €. Motif du crime : capter l’héritage d’Hélène Pastor, soit environ 10 milliards d’euros pour chacun de ses 2 enfants…
Cette affaire nous rappelle que de tout temps, vouloir obtenir l’héritage parental avant le terme implique en réalité de tuer le donateur !

Obtenir l’héritage par avance est cependant devenu presque possible, par petites touches : don manuel, donation simple, donation-partage. Et en 2004, le président Sarkozy a fait voter une disposition pour exonérer d’impôts une donation d’un montant maximum de 20 100 € (porté à 31 865 € en 2005) tous les 15 ans. Les donations Sarkozy permettent ainsi aux enfants des familles riches (familles nombreuses notamment) de bénéficier de substantielles avances sur héritage avant la mort de leurs parents. Le but de ces mesures est très keynésien : recycler dans la consommation et l’investissement des jeunes générations l’argent des seniors qui dort en épargne improductive. Il devient alors très tentant de réclamer sa part d’héritage avant le décès de ses parents !

Les questions d’héritage ont depuis toujours déchiré les familles, suscitant jalousies, haines et violences entre les héritiers…

 

L’héritage n’est pas à prendre

Captation d'héritageÉvidemment, l’homme riche de notre évangile (Mc 10,17–32) est bien loin de Pastor et de Sarkozy ! Mais il court lui aussi (v 17, chose rare dans l’Orient écrasé de chaleur) pour obtenir ce qu’il pense être son héritage : « que dois-je faire pour hériter la vie éternelle » (ou du moins être sûr de l’obtenir) ?

À l’époque, c’est très clair : parler d’héritage trop tôt, c’est vouloir faire mourir le père. Un héritage, ça se reçoit en temps voulu, avec gratitude, car c’est un cadeau et non un dû. C’est d’ailleurs pour cela que nous appelons Testament le recueil de textes dans lesquels nous reconnaissons l’héritage laissé par Jésus. Cet homme (Marc ne dit pas comme Matthieu qu’il est jeune, ni comme Luc que c’est un notable) a déjà de grands biens (v 22), mais il veut davantage.

Captation d’héritage avant terme : le désir de cet homme riche révèle que l’accumulation continuelle est le vrai moteur de sa vie. Certes il observe les commandements de la Torah (v 20) depuis sa jeunesse, mais la suite nous fait comprendre que c’est dans un souci d’accumuler les bonnes œuvres comme il a accumulé de grands biens. Mettre la main sur l’héritage est pour lui le couronnement de cette quête où l’avoir prime sur tout : avoir de grands biens, avoir la vie éternelle. À cette soif de possession, Jésus répond à rebrousse-poil : « vends », « donne », « suis-moi ». Accepte de te dessaisir de ce que tu possèdes – et qui te possède en réalité – pour découvrir que l’héritage n’est pas à prendre, ni à vendre en échange quelques actions méritantes. C’est comme si Jésus lui disait : ‘une seule chose te manque… c’est de savoir manquer !’ Ceux qui ont vendu leurs biens pour suivre Jésus manquent de sécurité, d’argent, de puissance, et c’est cela même le « trésor » qu’ils se constituent alors « dans le ciel » sans le savoir ni le calculer. Envisager d’acquérir la vie éternelle comme on achète des actions dans son PEA est une logique très ‘mondaine’. Ce n’est pas sans raison que Jésus a voulu ne rien posséder dans sa marche sur les chemins de Palestine. En recevant jour après jour, pendant trois ans, le gîte, le couvert, l’argent des mains de ceux qu’il rencontrait, il leur signifiait que le Royaume de Dieu est à recevoir gratuitement, et non à conquérir par la vertu ou la religiosité.

Un héritage ne se négocie pas, et nul ne peut mettre la main dessus avant le terme sans tuer le donateur. Ce n’est que « dans le ciel » que nous découvrirons l’héritage librement accordé par Dieu à chacun. Matthieu promet que les doux auront la terre en héritage (Mt 5,5), ceux qui seront assis à la droite du roi lors du Jugement recevront un royaume en héritage (Mt 25,34), et avec Marc Matthieu annonce que ceux qui auront tout quitté pour Jésus hériteront la vie éternelle dans le monde à venir (Mt 19,29).

D’ailleurs, quand un fils demande trop tôt sa part d’héritage, ça dégénère, comme dans la parabole du fils prodigue (Luc 15,11–32) : « mon fils était mort… », dit le père, constatant que revendiquer trop tôt l’héritage est suicidaire en fait.
De même dans la parabole des vignerons homicides (Mt 21,33–46) : ils tuent le fils pour avoir l’héritage – la vigne – à sa place.
Les apôtres fils de Zébédée veulent savoir à l’avance quels postes ministériels ils obtiendront en partage dans le ‘gouvernement Jésus’ (Mc 10,35–40). Celui-ci leur répond par une fin de non savoir : « Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé ».

 

Faire ou suivre ?

Questions d’héritage dans Communauté spirituelle 1124228013À qui veut déjà hériter, Jésus enjoint de vendre et de donner. À qui veut faire, Jésus demande de suivre. Suivre le Christ est bien autre chose que faire des bonnes actions. Faire relève de ce que les théologiens appellent l’orthopraxie (agir droit). Le judaïsme et l’islam sont des orthopraxies : la seule chose importante est de faire ce que la Loi ou le Prophète commande. À la limite, peu importe ce que vous croyez. Il suffit de respecter le shabbat et la cacherout. Il suffit de réciter la Chahada, comme on énonce que la Terre est ronde ou qu’elle tourne autour du soleil : « il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète ». Nulle profession de foi là-dedans : il n’y a pas de sujet, pas de « je » comme dans le Credo chrétien (« je crois »), mais une récitation impersonnelle, une énonciation qui se veut objective.

Est musulman celui qui observe les cinq piliers de l’islam.
Est juif celui qui observe la Torah et la met en pratique.
Est chrétien par contre celui qui met sa foi en Jésus et le suit avec confiance.
Le christianisme est une orthodoxie (pensée droite) où croire sauve et non pas faire.
Là où le judaïsme et l’islam énumèrent la liste des choses à faire ou ne pas faire, les Évangiles (pas forcement les Églises, hélas !) invitent seulement à suivre Jésus, à chercher avec lui le Royaume de Dieu, « et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché » (Mt 6,33). Car la vie éternelle ne relève pas de l’ordre marchand.

L’homme riche de Mc 10 ne veut pas quitter cet ordre marchand, même si cela le rend tout triste (v 22). Il veut posséder la vie éternelle comme il possède ses terres et sa fortune. Or la vie ne se possède pas, elle se reçoit. Suivre Jésus sur sa route, de Capharnaüm à Jérusalem, est bien plus important que d’accumuler des bons points en cochant toutes les cases des listes de bonnes actions.

 

Qui veut un peu d’éternité ?

Un mot sur l’objet du désir de cet homme riche : la vie éternelle.
L'éternité, c'est long... surtout vers la fin. WOODY ALLEN - Graine d'Eden citation
Le bon mot de Woody Allen est célèbre : ‘l’éternité, c’est long… surtout vers la fin !’.
Qui d’entre vous aujourd’hui court vraiment après ce but ? La plupart des Européens religieux ne veulent pas entendre parler de paradis (ni d’enfer), mais utilisent la religion comme un remède pour mieux vivre ici-bas : santé, richesse amour, harmonie… Bien peu de gens s’interrogent sur l’au-delà. Seul le présent les intéresse. Parler de vie éternelle leur paraît fumeux, sauf quand elle commence tout de suite (ce qui d’ailleurs est bien le cas, mais le présent n’engloutit pas pour autant l’espérance chrétienne en un au-delà de cette vie !).

Qui se pose vraiment la question de son avenir en Dieu, au-delà de sa propre mort ? Pourquoi l’éternité suscite-t-elle si peu d’intérêt, alors que – si elle existe – elle devrait être le souci majeur de l’existence ? Tout se passe comme si, pour la majorité, la religion se réduisait à une technique de développement personnel : aller mieux et bien vivre les quelques décennies que chacun a devant lui.

Où est passée l’inquiétude du « ciel » qui a engendré les grandes figures de notre histoire et fait courir le riche malgré l’écrasante chaleur de Palestine ? Qui se soucie de son après au point de modifier son avant en conséquence ? Même les djihadistes dans leur folle logique meurtrière pour gagner leur paradis supposé sont plus rationnels…

Car c’est folie que réduire notre horizon à ces quelques années de passage sur terre…

Lectures de la messe

Première lecture
« À côté de la sagesse, j’ai tenu pour rien la richesse » (Sg 7, 7-11)

Lecture du livre de la Sagesse

J’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable.

Psaume
(Ps 89 (90), 12-13, 14-15, 16-17)
R/ Rassasie-nous de ton amour, Seigneur : nous serons dans la joie.
(cf. Ps 89, 14)

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment
et les années où nous connaissions le malheur.

Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ; oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

Deuxième lecture
« La parole de Dieu juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Évangile
« Vends ce que tu as et suis-moi » (Mc 10, 17-30) Alléluia. Alléluia.

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit: « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit: « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »
Patrick Braud

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19 septembre 2021

Ma main à couper !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ma main à couper !

26° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
26/09/2021

Cf. également :

Scandale ! Vous avez dit scandale ?
Contre tout sectarisme
La jalousie entre nature et culture
« J’ai renoncé au comparatif »
La nécessaire radicalité chrétienne
Le coup de gueule de saint Jacques
La bande des vautrés n’existera plus
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

L’orteil de Lully

Ma main à couper ! dans Communauté spirituelle tumblr_mk72qyokgO1s56m4jo1_500Au XVII° siècle, sous Louis XIV, Jean-Baptiste Lully était le musicien le plus influent du royaume. Il devint danseur à la cour, surintendant de la musique de chambre du roi, organisateur des ballets et opéras royaux, fondateur de l’Académie royale de musique, compositeur et chef d’orchestre réputé, exerçant un quasi-monopole, immensément riche. Le 8 janvier 1687, il dirige une répétition de son Te Deum qu’il vient de composer. Dans l’église des Feuillants, rue Saint-Honoré à Paris, Lully trouve que l’orchestre traîne et ne respecte pas le tempo indiqué. Le fougueux musicien s’énerve, s’emporte et frappe le sol avec sa lourde canne comme pour imprimer la bonne cadence. Avec violence et colère, Lully frappe par terre pour entraîner l’orchestre. Mais le lourd bâton dévie un peu et heurte méchamment son orteil du pied droit. Il a mal, mais poursuit la répétition stoïquement. Une plaie apparaît, qui bientôt s’infecte. La gangrène se déclare. À l’époque, il n’y a pas d’autres remèdes que l’amputation du membre gangrené. Terrible ! Amputer l’orteil signifierait pour Lully la fin de sa carrière de danseur. Orgueilleux et obstiné, il refuse l’amputation. Les médecins, devant le mal qui progresse, lui conseillent ensuite de couper le pied. Têtu, Lully refuse encore. Il préfère payer fort cher un charlatan dont les emplâtres et potions ne pourront rien contre la fièvre et la septicémie qui se généralise. Lully meurt le 22 mars 1687. En moins de 3 mois, la star royale s’éteint, faute d’avoir accepté l’amputation pour juguler la gangrène. Ironie du sort, son maître Louis XIV mourra lui aussi de la gangrène à la jambe gauche, dans de terribles souffrances, quelques années après, en 1715.

 coran dans Communauté spirituelleAu XVII° siècle, l’anesthésie n’existait pas. On ne pouvait opérer sans l’accord et même la participation du patient. Pour une amputation, l’opéré devait rester immobile malgré la douleur, adopter une position particulière pour la précision du geste, voire stopper sa propre hémorragie. Les récits des guerres napoléoniennes sont remplis de ces cas de soldats aux membres déchiquetés suppliant d’être amputés pour échapper à la gangrène, ou au contraire refusant farouchement l’amputation quitte à risquer l’infection généralisée.

La gangrène existe depuis la nuit des temps. Nul doute que Jésus l’a croisée par dizaines sur les chemins de Palestine où on lui amenait les estropiés, les lépreux, les malades en masse. Il se peut que sa parole dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 9, 38-48) s’enracine d’abord dans cette réalité très physique où l’amputation vaut mieux que l’infection :
« si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »

En français, quand quelqu’un dit : « j’en mettrais ma main à couper ! », il fait référence sans le savoir à ces ordalies anciennes où l’on s’exposait à avoir la main tranchée si on avait menti.

Les commentateurs, effrayés par une telle violence charnelle, préfèrent tous spiritualiser  le plus vite possible ces paroles, en les appliquant à tout ce qu’il nous faut couper de nos relations, de nos mœurs, de nos mauvaises habitudes avant qu’elles ne compromettent notre santé spirituelle globale. Ces interprétations sont certes légitimes, mais elles passent trop rapidement par-dessus le sens littéral.

 

Le châtiment du Coran

Victime des shebab, Saïd Ahmed Hassan a eu la main coupéeL’islam s’en est offusqué, et est revenu quant à lui au premier sens de ce genre de préceptes :
« La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées en diagonale leur main et leur jambe [« opposées» comprendront les juges], ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment.
Le voleur et la voleuse, à tous deux, coupez la main… » (Coran 5,37-38).

Un hadith rapporté par Ibn Taymiyya montre d’ailleurs Mohamed lui-même être contraint d’appliquer strictement cette sentence :
« Safwan Ibn Umaiyya dormait sur son manteau dans la mosquée du Prophète. Survint un voleur qui s’enfuit avec le manteau. Safwan l’arrêta et le mena au Prophète qui ordonna de lui couper la main. « Est-ce pour mon manteau, lui demanda Safwan, que tu lui coupes la main ? Je le lui donne. Que ne l’as-tu fait, répondit le Prophète avant de me l’amener ? » Et Muhammad lui fit couper la main». Selon Ibn Taymiyya, le Prophète voulait dire: « II fallait lui pardonner avant de me l’amener. Mais une fois que tu me l’as amené, il ne m’était plus possible d’arrêter l’application de la peine; ni le pardon, ni l’intercession, ni le don de l’objet volé, plus rien ne pouvait alors suspendre l’application de cette peine ».

Nous redoutons tous de voir à nouveau en Afghanistan les images terribles de voleurs à qui l’on coupe la main pour les punir de leur délit…

 

La radicalité de Jésus

Jésus serait-il du côté de ces fondamentalistes adeptes des châtiments corporels ? Vous avez peut-être noté la différence entre l’Évangile et le Coran sur ce point. Jésus ne veut pas d’une loi extérieure qui s’appliquerait automatiquement : il demande à chacun de pratiquer sur lui-même les amputations nécessaire. Il ne s’agit pas pour lui de fonder un ordre religieux comme la charia imposant des sanctions de l’extérieur. Il en appelle au discernement et à la libre volonté de chacun pour agir sur lui-même avant que le mal ne se généralise.

Mais contrairement aux commentaires spiritualisants, il évoque avec un réalisme bien concret l’amputation sans en masquer la violence (‘arracher’, ‘couper’) sous prétexte de leçon de morale. Consentir ou non au mal est une question de vie ou de mort. On peut affadir, exténuer cet enseignement en le réduisant au rang d’une image pour faire peur. Mais si les martyrs des trois premiers siècles n’avaient pas pris au sérieux ces paroles radicales de Jésus, ils ne seraient jamais allés jusqu’à offrir leurs membres aux dents des fauves, le plus souvent en chantant…

Des siècles de moralisation instrumentalisant le christianisme comme ciment social ont enlevé leur saveur et leur puissance à bon nombre de paroles radicales du Christ comme celles sur l’œil et la main.
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Il est venu jeter un feu sur la terre (Lc 12,49), mais on vous explique que c’est un gentil feu de cheminée qui ronronne doucement pour vous apporter lumière, chaleur et confort.
Il est venu apporter l’épée et non la paix (Mt 10,34), mais on le transforme en doux Jésus, et on caricature sa non-violence en faiblesse presque maladive.
Il prêche la pauvreté radicale (« va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi.’ » Mc 10, 21). Il l’incarne lui-même au point de ne pas avoir de pierre où reposer sa tête (Mt 8,20). Mais son Église s’enrichira de bâtiments somptueux, d’or, d’argent, d’esclaves, au point de ressembler à Babylone la Grande.
Il annonce des châtiments terribles pour ceux qui ne l’ont pas reconnu (« éloignez-vous de moi, maudits… » Mt 25,41). Mais on transformera le Jugement dernier en aimables retrouvailles avec ceux que nous avons aimés.
Il demande de tendre l’autre joue (Mt 5,39), et d’aller au-delà de ce que le méchant exige : « si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5, 41). Mais Thomas d’Aquin adoucira cette exigence en développant le concept de guerre juste qui servira pour les croisades ou les guerres des rois « très chrétiens »…
Jésus questionne radicalement les liens du sang, jusqu’à relativiser la famille humaine au profit de la fraternité spirituelle : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26). « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : ‘Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère.’ » (Mt 12, 48 50) Mais les catéchismes tordront ces paroles pour ériger la famille conventionnelle en modèle absolu.
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Il demande à ses disciples de porter leur croix, littéralement (« celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi (Mt 10,38). Et les prédicateurs demanderont aux pauvres de se résigner à leur humiliation en attendant d’être heureux dans l’au-delà.
Il déclare qu’un regard de convoitise équivaut à un adultère (« Eh bien ! Moi, je vous dis : tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » Mt 5, 28), et nos médias cultivent la convoitise du corps de l’autre tout en s’indignant quand certaines frontières sont franchies.
Il appelle à pardonner 70 fois 7 fois (Mt 18,22) : essayez de comptabiliser vos pardons réels, et vous verrez que votre crédit n’est pas encore épuisé !
Il ordonne d’aimer nos ennemis (Mt 5, 44 45). Mais on nous dit qu’un chrétien est gentil et donc ne doit pas avoir d’ennemis.
Il nous appelle à choisir : « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Mt 5, 44-45). Mais on dira que les deux ne sont pas incompatibles…
Il récuse le culte des morts, fussent-ils des pères (« laisse les morts enterrer leurs morts » Mt 8,22). Mais nous déplaçons le curseur vers la piété filiale traditionnelle, conservatrice.
Il radicalise l’exigence de fidélité dans le couple et interdit le divorce : (« celui qui renvoie sa femme… » Mt 5,32). Mais il faut bien tenir compte de l’évolution des mœurs et oublier cette parole qui ne passe plus.
Il réclame un rôle unique dans l’histoire : « personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6). Et nous laissons le relativisme ambiant nous interdire de hiérarchiser les choix de chacun…

À force de ne pas prendre au sérieux ces paroles paradoxales, on transforme l’Évangile en guimauve bondieusarde, ou - pire encore - en code moral légitimant les intérêts des puissants…

La liste des paroles radicales de Jésus est si longue et si structurante que les enlever des Évangiles fait de nous des invertébrés spirituels, des mollusques sans consistance.

Le christianisme en Occident souffre d’avoir perdu sa radicalité évangélique. Pas celle des talibans ; pas celle des fondamentalistes de tous poils. La radicalité de Jésus, tout simplement, qui envisageait sérieusement de s’arracher un œil ou de se couper une main plutôt que délaisser le mal nous gangréner petit à petit.

Mgr Oscar RomeroLe pape François plaide pour un retour à cette radicalité première. Lors de la messe canonisation de Mgr. Oscar Romero (l’archevêque de San Salvador assassiné alors qu’il célébrait une messe) en 2018, il appelait à retrouver cette puissance que procurent les choix exigeants et sans compromission à la suite du Christ :
« Jésus est radical. Il donne tout et demande tout : il donne un amour total et demande un cœur sans partage. Aujourd’hui également, il se donne à nous comme Pain vivant ; pouvons-nous lui donner en échange des miettes ? À lui qui s’est fait notre serviteur jusqu’à aller sur la croix pour nous, nous ne pouvons pas répondre uniquement par l’observance de quelques préceptes. À lui qui nous offre la vie éternelle, nous ne pouvons pas donner un bout de temps. Jésus ne se contente pas d’un ‘‘pourcentage d’amour’’ : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien ! (…)
Aujourd’hui, Jésus nous invite à retourner aux sources de la joie, qui sont la rencontre avec lui, le choix courageux de prendre des risques pour le suivre, le goût de quitter quelque chose pour embrasser sa vie. Les saints ont parcouru ce chemin. »

Les saints ont fait le choix d’une vie ‘tranchante’. Sinon,  parlerait-on encore d’eux ?

Jésus nous avait avertis : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens » (Mt 5,13). Et l’Apocalypse nous prévient : « Je connais tes œuvres. Je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant ! Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche » (Ap 3, 15-16).

N’affadissons pas la radicalité des exigences évangéliques !

 

 

Lectures de la messe

1ère lecture : L’Esprit de Dieu souffle où il veut (Nb 11, 25-29)
Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur descendit dans la nuée pour s’entretenir avec Moïse. Il prit une part de l’esprit qui reposait sur celui-ci, et le mit sur les soixante-dix anciens du peuple. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser, mais cela ne dura pas.
Or, deux hommes étaient restés dans le camp ; l’un s’appelait Eldad, et l’autre Médad. L’esprit reposa sur eux ; bien que n’étant pas venus à la tente de la Rencontre, ils comptaient parmi les anciens qui avaient été choisis, et c’est dans le camp qu’ils se mirent à prophétiser.
Un jeune homme courut annoncer à Moïse : « Eldad et Médad prophétisent dans le camp ! »
Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole : « Moïse, mon maître, arrête-les ! »
Mais Moïse lui dit : « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! »

Psaume : 18, 8, 10, 12-13, 14

R/ La loi du Seigneur est joie pour le c?ur.

La loi du Seigneur est parfaite,
qui redonne vie ;
la charte du Seigneur est sûre,
qui rend sages les simples.

La crainte qu’il inspire est pure,
elle est là pour toujours ;
les décisions du Seigneur sont justes
et vraiment équitables.

Aussi ton serviteur en est illuminé ;
à les garder, il trouve son profit.
Qui peut discerner ses erreurs ?
Purifie-moi de celles qui m’échappent.

Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil :
qu’il n’ait sur moi aucune emprise.
Alors je serai sans reproche,
pur d’un grand péché.

2ème lecture : Contre la richesse (Jc 5, 1-6)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Écoutez-moi, vous, les gens riches ! Pleurez, lamentez-vous, car des malheurs vous attendent.
Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille vous accusera, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé de l’argent, alors que nous sommes dans les derniers temps !
Des travailleurs ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l’univers.
Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe, et vous avez fait bombance pendant qu’on massacrait des gens.
Vous avez condamné le juste et vous l’avez tué, sans qu’il vous résiste.

Evangile : Contre le sectarisme et contre le scandale (Mc 9, 38-43.45.47-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Ta parole, Seigneur, est vérité : dans cette vérité, consacre-nous. Alléluia. (cf. Jn 17, 17)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. »
Jésus répondit : « Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.
Et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer.
Et si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s’éteint pas.
Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.
Si ton oeil t’entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,
là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. »
Patrick Braud

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