L'homélie du dimanche (prochain)

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22 septembre 2012

Jesus as a servant leader

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Jesus as a servant leader

Homélie du 25° Dimanche ordinaire / Année B
23/09/2012

Connaissez-vous ce terme « servant leader » (serviteur-chef pourrait-on traduire, maladroitement), issu des sciences du management ?

En 1970, le Président de AT&T Robert K. Greenleaf (1904-1990) a inventé le terme dans un court essai intitulé : « The servant As Leader ».

« Le leader-serviteur est d’abord un serviteur. Cela commence par le sentiment naturel de quelqu’un qui veut servir, d’abord servir. Alors le choix conscient amène la personne à aspirer devenir un leader. » 

 

Visiblement, cette vision de l’exercice des responsabilités en entreprise s’inspire dans notre évangile (Mc 9, 30-37) : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

Lire dans les évangiles un modèle managérial en surprendra plus d’un ! Pourtant, il n’y a rien d’humain que le Christ ne soit venu accomplir. La manière dont Jésus de Nazareth exerce son autorité peut devenir une source d’inspiration pour les leaders d’aujourd’hui, son étrange comportement de chef des Douze peut transformer l’exercice du pouvoir des chefs actuels. Comment ?

En plaçant l’attitude de serviteur en amont, en premier, à la racine de toutes les autres fonctions exercées.  « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

St Jean l’exprime dans le geste symbolique du lavement des pieds, qui est l’enracinement le plus profond de la capacité de Jésus à conduire (to lead en anglais) d’autres êtres : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13,13-15)

Le servant leader est d’abord un serviteur. L’inverse serait dangereux : un leader servant ne verrait dans le service qu’une manière de mieux faire réussir son leadership.

Pour aller au bout de son service, le servant leader aspire à exercer le pouvoir et l’autorité, mais un pouvoir-pour-les-autres : le pouvoir de libérer, de rendre l’autre à lui-même. Et finalement – pour le Christ en plénitude – le pouvoir de donner la vie, jusqu’à ressusciter l’autre à travers la mort. Prétention devant laquelle s’inclinent évidemment les servant leaders modernes ! Quoique donner la vie se fasse de multiples manières, en attendant l’ultime…

Greenleaf précisait :

« Le servant leader est vraiment très différent de la personne qui est d’abord un leader, peut-être en raison de la nécessité, pour ce dernier, de satisfaire un besoin de pouvoir particulier ou de posséder des biens matériels. Pour ceux-ci, ce sera un choix postérieur que de servir – après que le leadership ait été établi. Le leader d’abord et le serviteur d’abord sont deux types extrêmes. Entre les deux il y a des nuances et des mélanges qui font partie de la variété infinie de la nature humaine. 

La différence se manifeste dans le soin pris par le « serviteur d’abord » pour s’assurer que chez les autres les besoins prioritaires les plus élevés des personnes soient servis. Le meilleur test, et difficile à observer, est : est-ce que les personnes servies se développent en tant que personnes ; deviennent-elles, tout en étant servies, plus saines, plus sages, plus libres, plus autonomes, plus proches d’elles-mêmes pour devenir à leur tour serviteurs ? Et, quel en est l’effet sur les moins privilégiés dans la société ; en bénéficient-ils, ou, au moins, n’en sont-ils pas encore plus privés ?

On le voit : pour cette théorie managériale, le critère de réussite du servant leader est la réussite de ses collaborateurs. Plus encore, Greenleaf modère cette ambition par le critère de l’option préférentielle pour les pauvres pour l’exprimer selon les termes de la Doctrine sociale de l’Église. La réussite professionnelle ne doit pas se faire au détriment des plus défavorisés de la société. On pourrait même ajouter : la vraie réussite d’une équipe professionnelle se mesure au progrès qu’elle permet d’apporter aux plus pauvres.

 

La théorie du servant leader est donc tout entière commandée par ces deux principes :

- promouvoir l’épanouissement et la réussite se personnelle de chacun et de tous dans l’équipe

- apporter un réel progrès pour les plus défavorisés de la société.

 

On devine aisément que ce crible de discernement reste très sévère envers certaines « réussites » professionnelles. Augmenter le chiffre d’affaires d’une société vendant tabac et cigarettes, exporter plus d’armes de guerre, devenir la première banque dans des opérations immobilières obscures, rafler le leadership dans des commerces mafieux : la liste est longue des premières places qui ne résistent pas à l’examen évangélique du servant leader !

Les deux principes du servant leader sont indissociables : faire réussir une équipe sans vérifier qu’elle est au service du bien commun est typique de la dérive mafieuse ; sacrifier l’épanouissement des siens à un objectif même très noble est typique de la dérive utilitariste.

Goldman & Sachs par exemple ont privilégié le premier au détriment du second ; et Apple a bien souvent privilégié le second au détriment du premier.

 

Greenleaf a identifié 10 attitudes caractéristiques du servant leader :

- l’écoute : savoir attentivement écouter la voix des autres et sa propre voix intérieure.

- l’empathie : se laisser toucher par le bonheur et le malheur des autres, chercher à les comprendre, à les reconnaître.

- la guérison : la capacité de guérir l’autre pour lui permettre de s’intégrer de se transformer.

- la conscience de soi.

- la persuasion, plutôt que la contrainte ou la domination.

- la conceptualisation : la capacité d’imaginer, de penser au-delà du seul présent.

- la clairvoyance : comprendre les leçons du passé, les réalités du présent, prévoir les conséquences probables des décisions.

- l’esprit d’équipe.

- l’engagement dans l’évolution des personnes.

- l’engagement communautaire : savoir construire une communauté, tisser des liens, renforcer le sentiment d’appartenance.

 

À ces 10 attitudes, dont on retrouve sans peine l’enracinement dans l’attitude de Jésus lui-même, il faut ajouter une autre en amont, plus fondamentale encore : le désir de donner sa vie pour les autres, la capacité de faire de sa vie une offrande, un don pour les autres.

Car c’est lorsque Jésus vient d’annoncer sa Passion que Marc place le passage sur le servant leader. Les disciples discutaient entre eux pour savoir « qui est le plus grand ». À l’inverse, la passion du Christ va le mettre au plus bas, au dernier rang social et religieux. Le servant leader découvre tôt ou tard le prix à payer pour devenir fidèle à son désir de servir : lui aussi sera « livré » d’une manière ou d’une autre ; lui aussi devra faire l’expérience d’une mort à soi-même (à son succès immédiat, à des richesses faciles, à des honneurs trompeurs…). « Le bon berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11), dira Jésus par expérience. Seuls les servant leaders prêts à payer un certain prix peuvent réellement transformer l’entreprise, l’équipe, le milieu professionnel où ils désirent servir. À trop faire silence sur cette dimension sacrificielle de ce type de leadership, on risque d’engendrer désillusions et amertumes chez ceux qui croiraient trop facilement qu’il suffit de vouloir servir pour être reconnus comme tels.

Reste que ce concept de servant leader est très puissant : à l’opposé d’un gouvernement top-down hiérarchique, il suscite la collaboration, l’identification, le déploiement des talents des collaborateurs, et la fidélité du consommateur, avec des résultats économiques meilleurs en finale que des systèmes autoritaires.

Le servant leader dans un groupe n’est pas toujours le chef, mais celui sans lequel le groupe perd sa cohésion et son état d’esprit de service mutuel et de service du client .

Nul doute que Jésus incarne au plus haut point, du lavement des pieds à la Passion, ce désir profond de servir d’abord qui caractérise les vrais leaders : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».

 

À nous de nous en inspirer pour l’exercice de nos responsabilités ordinaires.

 


[1]L’idée de l’essai de Greenleaf, «The Servant as a leader », est sorti de la lecture de Hermann Hesse : Voyage vers l’Est. C’est l’histoire d’un groupe lors d’un voyage exceptionnel mythique. Le personnage principal de cette histoire est Léo. Léo est le compagnon et le serviteur du groupe, il les soutient de son charisme et de son esprit, il leur donne le bien-être. Tout allait bien jusqu’à ce que Léo disparaisse. Depuis, le groupe se désagrége et le voyage doit être interrompu prématurément. Le groupe ne peut pas exister plus longtemps sans leur Léo serviteur. Après avoir lu cette histoire Greenleaf en vint à la conclusion qu’un bon leader est avant tout un serviteur. Ensuite, il écrivit son essai «The Servant as a leader », qui s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires. 

 


1ère lecture : Les méchants complotent la mort du juste (Sg 2, 12.17-20)

Lecture du livre de la Sagesse

Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à notre conduite, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’abandonner nos traditions.
Voyons si ses paroles sont vraies, regardons où il aboutira.
Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires.
Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience.
Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un veillera sur lui. »

Psaume : 53, 3-4, 5.7b, 6.8

R/ Seigneur, à mon aide, mon secours et mon sauveur !

Par ton nom, Dieu, sauve-moi,
par ta puissance rends-moi justice ;
Dieu, entends ma prière,
écoute les paroles de ma bouche.

Des étrangers se sont levés contre moi, 
des puissants cherchent ma perte : 
ils n’ont pas souci de Dieu.
Par ta vérité, Seigneur, détruis-les !

Mais voici que Dieu vient à mon aide, 
le Seigneur est mon appui entre tous.
De grand c?ur, je t’offrirai le sacrifice, 
je rendrai grâce à ton nom, car il est bon !

2ème lecture : D’où viennent la paix et la guerre (Jc 3, 16-18 ; 4, 1-3)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Frères, la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes.
Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d’abord droiture, et par suite elle est paix, tolérance, compréhension ; elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie.
C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix. D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-mêmes ?
Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre.
Vous n’obtenez rien parce que vous ne priez pas ; vous priez, mais vous ne recevez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts.

Évangile : Deuxième annonce de la Passion et appel au service (Mc 9, 30-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Par l’annonce de la Bonne Nouvelle, Dieu nous appelle à partager la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Alléluia. (cf. 2 Th 2, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache.
Car il les instruisait en disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.

Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit :
« Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé. »
Patrick Braud

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15 septembre 2012

Croire ou agir ? La foi ou les oeuvres ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Croire ou agir ? La foi ou les oeuvres ?

 

Homélie du 24° dimanche ordinaire / année B

16/09/2012

 

La foi où les oeuvres ?

Qu’est-ce qui est le plus important : croire, ou faire des choses bien ?

Sommes-nous sauvés en adhérant au Christ ou en faisant ce qu’il dit ?

Cette dialectique de la foi et des oeuvres est au coeur de la lettre de saint Jacques : « celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : « Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi. »

Cette question a provoqué le déchirement de l’Europe au XVI° siècle, car c’est sur ce débat – qui a passionné les foules – que Luther et les réformateurs ont engagé un bras de fer avec Rome.

Leur raisonnement, toujours actuel, est très cohérent. Résumons-le : le salut est gratuit. Nul ne peut prétendre mériter l’amour offert par Dieu en Jésus-Christ. Prétendre que c’est grâce à nos bonnes actions que nous sommes dignes du salut serait contredire la gratuité absolue de l’amour divin.

Le raisonnement des catholiques n’est pas moins cohérent. En suivant saint Jacques, ils insistent sur la nécessaire coopération de l’homme au salut offert : la foi est morte si elle ne produit pas des oeuvres bonnes, et il est donc légitime de chercher à traduire en actes le désir d’être sauvé. Dieu ne veut pas sauver l’homme malgré lui, sans l’associer à cette transformation.

Les oppositions entre catholiques et protestants découlent de cette dispute centrale.

- Si la gratuité est absolue, alors l’homme n’y est pour rien, et ce serait folie que de compter sur ses bonnes oeuvres, sur l’intercession des saints ou sur le ministère des prêtres pour s’assurer du salut.

- Si la liberté de l’homme est réelle, alors il peut collaborer à l’oeuvre de Dieu en lui : Marie en est la preuve en personne, ainsi que la communion des saints les sacrements reçus activement, et les mérites de chacun.

 

On a peine à imaginer aujourd’hui que des familles ont éclaté à cause de ces questions théologiques, que des pays ont expulsé une partie des leurs, que l’Église d’Occident a donné naissance à une multitude de confessions plus ou moins étrangères les unes aux autres, tantôt violemment opposées, tantôt juxtaposées dans l’indifférence mutuelle…

Alors : croire ou agir ? La foi ou les oeuvres ?

L’Europe du Nord a choisi la première réponse. L’Europe du Sud s’est plutôt ralliée à la deuxième. Après des milliers de morts, des exils, des persécutions de chaque camp sur l’autre, on a vaguement trouvé  au XV° siècle un principe pacificateur : cujus regio, ejus religio. Chacun devait adopter la religion de sa région : en Bavière on était catholique, en Saxe protestant. Mais ce n’était qu’un pis-aller.

Il faut saluer l’énorme travail de dialogue et de réconciliation accompli par nos Églises depuis plus d’un siècle. Comme la déchirure était d’abord théologique, il fallait commencer par résoudre le dilemme proprement théologique qui a provoqué ces fractures. Croire ou agir ? La foi ou les oeuvres ? dans Communauté spirituelle doctrine-justifCela a été formellement accompli lors de la publication commune du document sur la justification par la foi 1 en 1999 par les Églises catholique et luthériennes, puis signé également par les Églises méthodistes. C’est finalement la position équilibrée de Saint-Jacques qui est la clé de cette réconciliation : oui le salut est gratuit, oui l’homme y est associé et doit collaborer à l’oeuvre de Dieu en lui et autour de lui.

« Nous confessons ensemble que la personne humaine est, pour son salut, entièrement dépendante de la grâce salvatrice de Dieu. »

« Lorsque les catholiques affirment que, lors de la préparation en vue de la justification et de son acceptation, la personne humaine ?coopère? par son approbation à l’agir justifiant de Dieu, ils considèrent une telle approbation personnelle comme étant une action de la grâce et non pas le résultat d’une action dont la personne humaine serait capable. »

La levée des excommunications mutuelles du XVIe siècle qui a eu lieu dans la foulée de la publication de ce document est un événement majeur pour nos sociétés européennes, et pour tous celles vers qui elles ont exporté leurs divisions (Afrique, Amérique latine notamment).

Croire ou agir ? La foi où les oeuvres ?

Que retenir de ce long conflit à notre échelle individuelle ?

Pouvons-nous par exemple réfléchir à l’interaction entre la foi et les oeuvres dans notre vie ?

Croire et agir font système. Cela a des conséquences pour chacun de nous.

- Croire sans agir pousse à se réfugier dans le culte, la prière « magique », le repli identitaire dans de petits groupes fortement marqués. C’est une tentation proche du traditionalisme.

- Agir sans croire pousse à se perdre dans le militantisme (politique, humanitaire, ecclésial…) sans autre horizon que l’efficacité. C’est une tentation activiste très populaire. La plupart des non-pratiquants s’appuient sur ce genre de raisonnement pour justifier leur absence à l’Église : faire du bien autour de soi vaut mieux que la participation à une assemblée. Position presque trop « catholique » dans la mesure où elle survalorise l’action au détriment de la foi, l’éthique au détriment de la métaphysique.

Or croire et agir font système.

Croire pour agir, agir pour croire…

Même dans la vie professionnelle, on retrouve cette dialectique et les dérives de ceux qui en absolutisent un des termes.

- Certains sont si attachés aux résultats que seule l’action compte ; peu importe la vision de l’homme, et d’ailleurs ils n’ont ni le temps ni l’intérêt pour se poser des questions sur le sens de leur travail.

- D’autres seront à l’inverse d’éternels penseurs, volontiers critiques sur l’action des autres, mais ne descendant jamais dans l’arène.

Mettre en oeuvre des stratégies industrielles ou commerciales demande de rendre compte des finalités poursuivies, des valeurs auxquelles on croit, d’une certaine vision de l’homme qui anime cette action.

Et symétriquement, avoir des convictions et des valeurs oblige à prendre des risques pour les incarner dans des décisions professionnelles.

 

Le vieux débat entre la foi et les oeuvres ne devrait-il pas finalement rester vivant en chacun de nous ? Sans lui donner de solution stable et définitive, le questionnement issu de saint Jacques aurait le mérite : – si nous l’alimentons sans cesse – de nous maintenir dans une dynamique de conversion permanente.

 

Nul n’est si croyant qu’il puisse se passer d’agir.

Nul n’est si efficace qu’il puisse se passer de croire.

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1. La Doctrine de la justification, Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et de l’Église catholique romaine, Cerf, Paris, 1999.

1ère lecture : Prophétie du Serviteur souffrant (Is 50, 5-9a)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Serviteur de Dieu : Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.
Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
Il est proche, celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble. Quelqu’un a-t-il une accusation à porter contre moi ? Qu’il s’avance !
Voici le Seigneur Dieu qui vient prendre ma défense : qui donc me condamnera ?

Psaume : 114, 1-2, 3ac-4, 5-6, 8ac-9

R/ Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants.

J’aime le Seigneur :
il entend le cri de ma prière ;
il incline vers moi son oreille :
toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort,
j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ;
j’ai invoqué le nom du Seigneur : 
« Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié, 
notre Dieu est tendresse.
Le Seigneur défend les petits : 
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort,
gardé mes pieds du faux pas.
Je marcherai en présence du Seigneur 
sur la terre des vivants.

2ème lecture : Pas de vraie foi sans les actes (Jc 2, 14-18)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, alors qu’il n’agit pas, à quoi cela sert-il ? Cet homme-là peut-il être sauvé par sa foi ?
Supposons que l’un de nos frères ou l’une de nos s?urs n’aient pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Rentrez tranquillement chez vous ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » et si vous ne leur donnez pas ce que réclame leur corps, à quoi cela sert-il ?
Ainsi donc, celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : « Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n’agit pas ; moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi. »

Evangile : Confession de foi de saint Pierre et première annonce de la Passion (Mc 8, 27-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Notre seule fierté, c’est la croix du Seigneur ! En lui, le monde est crucifié à nos yeux, et nous, aux yeux du monde. Alléluia. (cf. Ga 6, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : « Pour les gens, qui suis-je ? »
Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »
Il les interrogeait de nouveau : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prend la parole et répond : « Tu es le Messie. »
Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne.
Et, pour la première fois, il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. »
Patrick Braud

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8 septembre 2012

Effata : la Forteresse vide

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Effata : la Forteresse vide

Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire / Année B
09/09/12

La forteresse vide par BettelheimMalgré les excès du tout-psychologique dans lesquels il est lui-même tombé, il faut relire Bruno Bettelheim, psychanalyste américain. Et notamment son livre-phare : « La Forteresse vide » où il raconte la renaissance lente et laborieuse d’une enfant nommée Marcia.
Marcia était arrivée dans le centre spécialisé tenu par Bettelheim alors qu’elle était autiste, c’est-à-dire gravement murée en elle-même, ne faisant pas la différence entre les choses et les gens autour d’elle, ne pouvant ni écouter, ni parler. Un petit animal en somme, incapable d’entrer en relation humaine avec d’autres êtres humains. En fait, une personnalité blessée qui s’était construite des remparts pour ne pas vivre ; une forteresse vide. Et puis, peu à peu, grâce à beaucoup d’amour et de confiance, à beaucoup de compétences aussi, ces défenses, ces murailles sont tombées quand elle a commencé à mimer, à gestuer les évènements de sa vie qui l’avaient blessée. Et puis la parole est venue, signe d’une guérison profonde, d’une renaissance étonnante.

N’allez pas vous rassurer trop vite en vous disant que ce n’est qu’un cas extrême, un cas particulier ! Non : la folie de quelques uns nous révèle des tendances inconscientes qui nous habitent tous. Les statistiques nous apprennent que bientôt en Occident 1/3 des hospitalisations seront des hospitalisations pour raisons mentales. En suivant des amis en dépression, en allant rendre visite à d’autres amis en hôpital psychiatrique, chacun de nous sera un jour ou l’autre impressionné et effrayé par ce nouveau cancer, plus terrible encore que les maladies physiques. À la racine de ces maladies mentales, il y a souvent des difficultés de la relation : pouvoir entendre, pouvoir parler, être écouté.

Pouvoir parler, pouvoir écouter la parole d’un Autre : voilà ce qui est au centre de l’Évangile d’aujourd’hui.

C’est bien plus qu’une guérison physique que Jésus opère en rendant au sourd-muet la capacité d’écouter et de parler. Cette guérison est le signe que la foi chrétienne est l’invitation à vivre au maximum, à être au maximum ouvert aux autres, et d’abord à Dieu, le Tout-Autre, en écoutant sa Parole et en annonçant la Bonne Nouvelle. En plaçant ce signe en pleine Décapole, c’est-à-dire en territoire grec, païen, l’évangéliste Marc préfigure l’ouverture des cultures païennes à l’annonce de l’Évangile lorsque plus tard Paul et les autres apôtres sillonneront la Méditerranée.

Pour nous la guérison physique du sourd-muet est l’image de la guérison la plus profonde du handicap intérieur qui gangrène l’Occident : ne plus savoir écouter, ne plus savoir parler. La fermeture de l’esprit, du coeur, de la conscience, de l’action. La sagesse populaire sait bien qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Nous sommes handicapés quand – aveugles - le succès nous éblouit, ou quand la colère ou la mauvaise foi nous aveuglent. Nous sommes sourds quand nous n’écoutons que les mêmes personnes, les mêmes journaux, ou quand nous n’entendons pas le cri des pauvres. Nous sommes muets quand nous refusons d’encourager, de consoler, de défendre, quand nous taisons la difficile vérité. Le monde peut être aveugle à la misère du Tiers-Monde, sourds à ses appels à l’aide. L’Église elle-même, comme nous le rappelait la lettre de St Jacques, peut être muette quand elle ne dénonce pas les injustices sociales ou qu’elle privilégie les riches au détriment des pauvres.

Autour de nous, combien de gens souffrent de la solitude : serons-nous sourds à leurs cris de détresse, à leurs appels au secours ? Chaque été en France, des gens meurent seuls chez eux ; parfois leur corps n’est découvert que bien longtemps après. Une telle solitude est-elle humaine ? Et nous-mêmes, avons-nous la simplicité d’appeler au secours, de demander à d’autres frères chrétiens de nous écouter, de nous aider à parler, à dire notre souffrance ? Nos communautés chrétiennes, nos équipes, nos assemblées du Dimanche devraient être ces lieux où Jésus ressuscité continue de guérir les sourds et les muets que nous sommes.

Oui, créer des lieux fraternels où l’on puisse vraiment communiquer, parler et s’écouter, voilà à quoi nous provoque aujourd’hui cette guérison du sourd-muet : nous sommes le Corps du Christ ; le souffle de l’Esprit habite en nous. Il veut que par nos mains, son Église continue de guérir toutes les formes de surdité et de mutisme qui défigurent nos lieux de vie : école, lycée, quartier, bureau, usine, famille ?

 

Effata : ouvre-toi ! Parole transmise en araméen pour mieux lui conserver sa force originelle.

Effata : ouvre-toi ! Ne cessez pas de communiquer entre vous, par la parole, l’action, les gestes, les regards.

Effata : ouvre-toi ! Manifeste ton amour, manifeste aussi ta souffrance, car une blessure qui ne se dit pas est pire que la mort. Trouver les mots pour la dire est déjà l’amorce de la guérison intérieure, pour peu que le cri soit écouté.

Effata : ouvre-toi ! Ne cessez jamais de vous ouvrir l’un à l’autre, de vous accueillir, d’accueillir vos enfants, vos amis, vos parents ; car le visage aimé est d’une telle profondeur que la plus grande joie est justement de ne jamais épuiser son mystère.

Effata : ouvre-toi ! Sors de toi-même pour accueillir l’autre, le Tout-Autre. Brise la coquille de ton narcissisme qui te fait habiter à l’ombre de la mort.

Le Christ lui est le Verbe de Dieu : Parole faite chair pour que notre chair puisse parler. Par lui, avec lui et en lui, en entrant dans son eucharistie, ouvre-toi, quitte ta surdité et ton mutisme.

Ouvre-toi, sors des forteresses vides qui sont en toi, et deviens à l’image du Christ une table offerte à tous où il fait bon s’écouter et parler ensemble.

 

 

1ère lecture : Les merveilles du salut à venir (Is 35, 4-7a)
Lecture du livre d’Isaïe

Dites aux gens qui s’affolent : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-mêmeet va vous sauver. »
Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds.
Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. L’eau jaillira dans le désert, des torrents dans les terres arides.
Le pays torride se changera en lac ; la terre de la soif en eaux jaillissantes.

Psaume : 145, 7, 8, 9ab.10b

R/ Je te chanterai, Seigneur, tant que je vivrai.

Le Seigneur fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger.
Il soutient la veuve et l’orphelin.

Le Seigneur est ton Dieu pour toujours !

2ème lecture : La dignité des pauvres dans l’Église (Jc 2, 1-5)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, ne mêlez pas des considérations de personnes avec la foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire.
Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme aux vêtements rutilants, portant des bagues en or, et un homme pauvre aux vêtements sales.
Vous vous tournez vers l’homme qui porte des vêtements rutilants et vous lui dites : « Prends ce siège, et installe-toi bien » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi par terre à mes pieds ».
Agir ainsi, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon des valeurs fausses ?
Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? Il les a faits riches de la foi, il les a faits héritiers du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’auront aimé.

Evangile : Guérison d’un sourd-muet (Mc 7, 31-37)
Acclamation :
 Alléluia. Alléluia. Jésus proclamai la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissait son peuple de toute maladie. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus quitta la région de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.
On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus leur recommanda de n’en rien dire à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient.
Très vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu’il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Patrick Braud

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25 août 2012

La liberté de partir ou de rester

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La liberté de partir ou de rester

Homélie du 21° dimanche ordinaire / année B
26 août 1012

Il y a comme un paradoxe dans la juxtaposition des lectures de ce dimanche. La première lecture (Jo 24,1-18) met en scène le choix libre des tribus d’Israël.

- « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ».

- « Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu ».

Le peuple aurait pu retourner à ses anciennes idoles : il en avait la possibilité. Josué (dont le nom a la même racine que Jésus = Dieu sauve) laisse donc à Israël le libre choix de rester dans l’Alliance ou de la quitter.

Jésus sera dans la droite ligne de Josué dans l’évangile : « voulez-vous partir vous aussi ? » Il s’expose ainsi à la libre réponse, positive ou négative, des Douze. Dans une secte, il est très difficile de quitter le groupe. Jésus a voulu qu’il soit très facile de quitter son Eglise… Ses disciples peuvent le quitter à ce moment-là, sans que Jésus les retienne de force.

Mais, au milieu de ces deux textes prônant la liberté de rester ou de partir, on lit le fameux passage fondateur du mariage chrétien (Ep 5,31-37) : « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un », à la manière de l’union du Christ et de l’Église : indissoluble.

Là, une fois engagé dans l’alliance, la liberté est de rester, pas de partir…

Comment résoudre cette contradiction apparente : servir Dieu, suivre le Christ  relève d’une libre décision qui a souvent besoin d’être réitérée alors que s’allier à son  mari / à sa femme relève d’une décision irrévocable?

On pourrait objecter que le mariage est à part, et que les cas de divorce si nombreux dans la vie conjugale n’ont guère de chance de se produire avec le Christ ! Pourtant, Jean prend bien soin de décrire la « scène de ménage » entre les disciples de Jésus et leurs maîtres. « Ce qu’il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ». C’est le même malentendu qui brise bien des couples : ce que dit l’un n’est plus compris par l’autre, et plus rien ne devient audible dans ce contexte d’incompréhension. Jésus le voit bien : « cela vous heurte ? » Et pourtant il en rajoute : « qu’est-ce que ce sera lorsque vous me verrez suspendu au bois de la croix, puis élevé dans la gloire ? » Un vrai divorce s’amorce entre Jésus et ses disciples, qui préfèrent le quitter sur la pointe des pieds. Judas, qui n’usera pas de cette liberté, sera tellement déçu par la suite qu’il livrera Jésus pour 30 pièces d’argent : il eût mieux valu qu’il parte à ce moment-là !

Dans tous les évangiles, ce divorce semble même aller grandissant : les chefs du peuple veulent éliminer Jésus, les romains s’en lavent les mains, les foules lui jettent des pierres et veulent le lapider, puis bientôt le crucifier.

Décidément, rechoisir régulièrement de rester ou de partir semble être une attitude de sagesse voulue par Dieu lui-même. Alors, pourquoi pas pour le couple ?

La réponse est peut-être dans la comparaison que Paul fait entre la relation mari / femme et la relation Christ / Église. « Ce mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin = sacrement) est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église ».

 

Dans le texte de Paul, c’est une identité de rapport, et pas une identité terme à terme. Souvenez-vous des fractions lors de vos découvertes algébriques en classe de troisième : a/b = c/d, mais a est différent de c, et b est différent de d !

Christ/Église = mari/femme, mais le mari n’est pas le Christ et la femme n’est pas l’Église ! Redisons-le c’est une identité de relation et non pas une identité terme à terme. Autrement dit : la relation entre un homme et une femme est élevée à une intensité si grande dans le sacrement de mariage qu’elle devient un signe, un sacrement de la relation Christ – Église.

La liberté de partir ou de rester dans Communauté spirituelle mariage

Dans l’histoire, souvent l’Eglise a « trompé » le Christ : en s’égarant à la recherche du pouvoir politique ou financier, en enfouissant ses trésors culturels par peur de déplaire etc. Les Pères de l’Église la décrivait comme une prostituée, capable de se vendre à ceux qui lui promettaient le plus… mais une « prostituée que le Christ ré- épouse tous les jours ».

La relation Christ – Église est réellement indissoluble, parce que sans cesse Dieu vient séduire et reconquérir l’humanité tentée par les idoles. « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2Ti 2,12)
Comment un homme et une femme pourrait-il devenir le sacrement vivant de cette Alliance s’ils la réduisaient à un CDD non reconductible ?

 

« Si c’est ainsi, il n’y a pas d’avantage à se marier » (Mt 19,10) osent dire les disciples en entendant Jésus rappeler cette exigence d’indissolubilité. C’est la même réponse, somme toute logique et libre celle-là, que font bon nombre de couples aujourd’hui. À quoi bon se marier à l’église si je veux rester libre de partir quand il n’y aura plus d’amour ? De fait, il est plus logique qu’aujourd’hui très peu se marient religieusement, car comment porter cette symbolique de la relation Christ/Église s’il l’on n’est pas soi-même un disciple du Christ, si l’on n’a pas fait le libre choix de l’adopter comme clé de voûte de tous ses amours ? Le mariage chrétien suppose la foi (et la nourrit en retour). Sinon, c’est comme demander à un sportif de porter une ceinture de sumo sans savoir à quoi il s’expose dans le cercle des combats à venir…

D’ailleurs, Jésus répond à l’objection de ses disciples sans baisser la garde de son exigence : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné ». Le tout, c’est de s’ouvrir à ce qui est donné…

Le libre choix de partir ou de rester est d’abord vis-à-vis du Christ. Les chrétiens, minoritaires de fait en France aujourd’hui, expérimentent à nouveau la liberté de choisir sur quoi, sur qui construire leur vie. Devenir chrétien n’est plus automatique comme autrefois, et c’est tant mieux. Ce n’est plus une identité héritée, mais librement choisie, assumée, portée par une communauté.

La liberté de choix la plus fondamentale est bien ici : « choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ». Une fois cette base solidement posée, le reste de l’édifice s’élève en cohérence avec ces fondations. Choisir son conjoint « pour la vie » s’appuie sur ce choix initial. Sinon, effectivement, il vaut mieux ne pas se marier pour pouvoir partir quand cela devient « intolérable » comme le dit Saint-Jean.

Paul a raison finalement de dire que le mariage est un mystère, c’est-à-dire une réalité si riche qu’elle brille de la réalité divine elle-même. Il rajoute : « ce mystère est grand ; je le dit en pensant au Christ et à l’Église ».

 

Quelle est notre liberté de partir/de rester (dans le couple, dans le travail, dans nos amitiés, nos engagements divers…) ?
Comment en faisons-nous usage ?
Sur quoi fondons-nous nos choix d’arrêter ou de durer ?

 

1ère lecture : Fidélité des tribus au Dieu unique (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)
Lecture du livre de Josué

Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les commissaires ; ensemble ils se présentèrent devant Dieu.
Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. »
Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a opéré tous ces grands prodiges et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume : 33, 2-3, 16-17, 20-21, 22-23
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes, 
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants 
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste, 
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os : 
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ; 
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs : 
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

2ème lecture : Le grand mystère du Christ, époux de son Église (Ep 5, 21-32)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères,
par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ;
car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps.
Eh bien ! si l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ;
il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ;
il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable.
C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même.
Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture :
À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.
Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église.

Evangile : Fidélité des Douze et confession de foi de Simon-Pierre (Jn 6, 60-69)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tes paroles, Seigneur, sont pour nous l’esprit et la vie. Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63.68)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s’écrièrent : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter ! »

Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ?…
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.
Patrick Braud

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