L'homélie du dimanche (prochain)

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15 décembre 2012

La joie parfaite, et pérenne

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La joie parfaite, et pérenne

 

Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année C
16/12/2012

 

Ce troisième dimanche de l’Avent est appelé le dimanche de la joie (du Gaudete = réjouis-toi en latin).

Patrick BraudÀ cause bien sûr de l’appel de Sophonie à Jérusalem : « pousse des cris de joie ! ». Et à cause de Paul qui surenchérit : « soyez toujours dans la joie du Seigneur ».

 

Il y a des moments où la joie nous est naturelle et facile. Un succès, une rencontre, une musique… : la liste est longue des événements qui peuvent déclencher en nous cette sérénité joyeuse qui nous transporte ailleurs.

Mais Paul parle de la joie « du Seigneur », et pas de la seule joie humaine. Il conjugue cette joie-là avec l’adverbe toujours : en tout temps, en tout lieu ; même lorsqu’il n’y a pas ces événements sources de joie ordinaire ; même lorsqu’il y a d’autres événements apportant le malheur avec eux. D’ailleurs, au moment où Paul écrit ces mots, il est « dans les chaînes » de sa prison (Ph 1,1-15), et aurait toutes les raisons de désespérer car il sait bien que le pouvoir romain ne va pas le laisser en vie.

 

Comment peut-on rester ancré dans la joie lorsque tout va mal ? ou lorsque tout va gris ?

Comment distinguer la joie humaine – déjà bonne en elle-même – de la joie de Dieu, la joie parfaite (Jn 16,24).

 

Voilà ce que François d’Assise a répondu à son compagnon, frère Léon, qui lui posait en substance la même question.

Patrick Braud« Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu’il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu’il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d’injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous persistons à frapper, et qu’il sorte en colère, et qu’il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d’ici misérables petits voleurs, allez à l’hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l’amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu’il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s’il sort avec un bâton noueux, et qu’il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les noeuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite.

 

Selon François d’Assise, la vraie joie et donc d’être identifié au Christ lorsque, bafoué et rejeté par les siens, il trouve encore la force de ne pas haïr.

 

Qui peut souhaiter d’en arriver à cet extrême ?

La joie en DieuParfois cela arrive, et c’est alors qu’il faut se souvenir de la joie parfaite selon François.

Le plus souvent, ce n’est pas une telle humiliation, mais les contrariétés habituelles qui nous empêchent d’être « toujours dans la joie ». Là, se souvenir que la joie vient de Dieu plus que de l’homme sera utile : la joie de Dieu vient de sa promesse, la joie de l’homme vient de ses oeuvres.

L’une reflue de la fin pour irriguer le présent, en étant toujours disponible ; l’autre célèbre ce qui est, et manque lorsqu’il n’y a rien à célébrer.

La première est eschatologique, comme une ancre jetée dans les cieux (He 6,17). La seconde est existentielle, basée sur nos réussites.

La joie de Dieu est permanente car enracinée en lui. La joie humaine est fragile et éphémère, car soumise aux aléas de la fortune.

 

L’appel de ce dimanche nous invite à unir les deux : savourer les cadeaux de la vie sans perdre de vue le cadeau ultime qui donne sens à tous les autres.

Si nous faisons ainsi, nous réjouirons Dieu de notre joie, ainsi qu’il est écrit dans le livre de Sophonie : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »

 

Cette inhabitation mutuelle de Dieu en nous et de nous en Dieu est le secret de la pérennité de notre joie. Elle nous est donnée dans la surprise, surabondance de joie que nous n’osions désirer ; elle a un goût pascal parce qu’elle sait ce que traverser la mort signifie ; elle est joie partagée avec l’autre, joie de l’autre, de cet autre en qui est le tout-Autre, infiniment proche…

Que l’Esprit du Christ vienne nous ancrer dans cette sérénité dont Paul souhaite qu’elle soit connue de tous les hommes.

 

 

1ère lecture : « Fille de Sion, réjouis-toi, car le Seigneur est en toi » (So 3, 14-18)
Lecture du livre de Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a écarté tes accusateurs, il a fait rebrousser chemin à ton ennemi. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »

Psaume : Is 12, 2, 4bcde, 5-6

R/ Laissons éclater notre joie : Dieu est au milieur de nous.
Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur,
car il a fait des prodiges que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : Soyez dans la joie : le Seigneur est proche (Ph 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul aux Philippiens

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie.
Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.
Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre c?ur et votre intelligence dans le Christ Jésus.

Evangile : Jean Baptiste prépare les foules à la venue du Messie (Lc 3, 10-18)

Acclamation : Alléluia, alléluia. Prophète du Très-Haut, Jean est venu préparez la route devant le Seigneur et porter témoignage à la Lumière.Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »
Des publicains (collecteurs d’impôts) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
À leur tour, des soldats lui demandaient : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde. »
Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »
Par ces exhortations et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick Braud

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8 décembre 2012

Le Verbe et la voix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le Verbe et la voix

Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année C
09/12/12

Vois  la voix 

Le Verbe et la voix dans Communauté spirituelle 37453235Le Christ est le Verbe de Dieu (Jn 1,1). Jean-Baptiste en est la voix, qui crie pour préparer sa venue. Même si elle crie dans le désert, cette voix est indispensable pour que Jésus soit plongé dans le Jourdain, pour que le Verbe de Dieu soit baptisé dans notre humanité.

C’est donc qu’aujourd’hui encore, dans la nouvelle évangélisation de l’Europe particulièrement, une voix est nécessaire avant l’annonce explicite, pour que l’Évangile soit manifesté.

Comme toujours le génial St Augustin nous met sur la voie? de la voix en l’occurrence ! (sermon 288)

« Cherchons donc ce qui fait la différence entre voix et parole. Cherchons avec attention, car c’est important, il faut nous y arrêter.
Voici donc deux choses : la voix et la parole. Qu’est-ce qu’une voix ? Qu’est-ce qu’une parole » »

« ‘Je suis la voix qui crie dans le désert’.
Par cette parole, Jean se déclare la voix.  Jean est la voix.
Et qu’est le Christ, sinon la Parole ?
La voix doit d’abord se faire entendre pour qu’ensuite la parole soit comprise.

Mais de quelle parole s’agit-il ?
Écoute, il te le montre clairement : « Au commencement était la Parole et la Parole était près de Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout fut par elle et sans elle rien ne fut ». Tout a été fait par la Parole, et Jean aussi. Quoi d’étonnant si la Parole se soit fait une voix ! Regarde : vois sur les rives du fleuve la Voix et la Parole : la Voix, c’est Jean, la Parole c’est le Christ.»


Voix, cri, parole : il y a dans ces distinctions un enjeu capital pour l’évangélisation aujourd’hui.

Comment entendre la Parole (qu’est le Christ) si elle n’est pas précédée par la voix (qu’est Jean-Baptiste) ?

pour-comprendre-les-media_150 Avent dans Communauté spirituelleLe médium est aussi important que le message : medium is message (Mac Luhan). La façon de dire quelque chose est aussi importante que le contenu de ce qui est dit. Par exemple, dire « je t’aime » sur l’air de « passe-moi le sel » garantit un effet de doute. Alors que la formule « engeance de vipères » va bien avec un Jean Baptiste hirsute maigre et couvert de peaux de bêtes.

La voix qui porte la parole crée un climat de communication ou d’hostilité.
L’empreinte vocale de quelqu’un dépasse d’ailleurs la seule voix : l’apparence et le comportement physique de quelqu’un peut devenir une petite musique qui porte son message avant même les mots.
Le bon pape Jean XXIII, rien qu’en apparaissant, respirait la bonté de Dieu, grâce à ses rondeurs mises au service de l’Évangile.
Jean Paul 1° avait pour lui son sourire qui faisait la conquête les foules avant même de parler.
Pour Jean-Paul II, c’était son allure d’athlète de Dieu, défiant tous les pouvoirs totalitaires.
Benoît XVI quant à lui est handicapé par son air timide d’intellectuel peu à l’aise devant les foules.

Medium is message : l’important est de retenir que, quelque soit votre morphologie, vous pouvez en faire une « voix de l’Évangile » !

 

Qu’est-ce donc que la voix, sans laquelle la parole ne peut exister ?

a) Nous l’avons en commun avec tous les animaux, qui sont parvenus au seuil du langage, sans franchir cette frontière avec l’humain.

9782251334318 Jean BaptisteOn a inventé un tas de mots pour qualifier la diversité de ces voix animales.
Par exemple : « l’oiseau crie, siffle, babille, caquette, chuchote, vocalise, hulule, gazouille, murmure, pépie, gringotte, jabote, cacarde, jase, piaille, piaule, jacasse, ramage »  1.

Pourquoi ne jouerions-nous pas de toute cette gamme de nuances pour porter la parole de l’Évangile ?


b) les caractéristiques de la voix de quelqu’un sont en lien avec sa personnalité profonde.
Elles dépendent beaucoup de son état affectif.
Quand on téléphone à un proche, rien qu’à entendre sa voix quand il décroche, on peut deviner si son moral est bon, moyen ou mauvais?
Certains ont une voix de poitrine, ou de fausset, d’autres des voix de tête?

- La fréquence d’une voix, mesurée en hertz, traduit la tonalité moyenne de la voix. Parler en basse fréquence ou en haute fréquence n’est pas du tout pareil (pensez à votre poste FM : modulation de fréquence, pour capter toutes les stations).

- L’intensité d’une voix, mesurée en décibels, traduit la force de la relation, depuis le murmure jusqu’au cri inaudible. Timidité ou affirmation de soi jouent de l’intensité de la voix?

- Le timbre de la voix est sans doute le facteur le plus personnel, non mesurable. La voix chaude de Jean Rochefort, nasillarde de Claude Piéplu dans les shaddocks, ou la voie suave et sensuelle des hôtesses d’aéroport nous marquent plus qu’on ne le pense?

Comment travaillons-nous notre « voix de l’Évangile » en jouant de tous ces registres ?

- Calons-nous notre fréquence sur celle que peut recevoir notre auditeur ? (fréquence art / fréquence sport / fréquence humanité?).

- Adaptons-nous l’intensité de notre annonce à la situation du moment ? (cf. les évêques haussant le ton pour appeler à un débat social sur le ‘mariage pour tous’)

- Choisissons-nous le timbre de notre voix pour annoncer l’Évangile : chaleureux ou grave s’il le faut, frais et joyeux à un autre moment etc ??


Vous voyez : la voix est une médiation entre le corps et le langage, entre la chair et les sons articulés.
C’est une transition, un « espace transitionnel » (Winnicott) entre une personne et un message.

 

La Parole ne peut se faire chair sans la Voix

Comme Jésus se révèle Parole grâce à Jean Baptiste – la voix dans le désert – la voix n’est pas la parole, mais sans elle pas de parole.

« La voix est ce par où le corps franchit sa limite pour devenir progressivement langage » 2. Depuis le premier cri du nourrisson sortant des entrailles maternelles jusqu’au chant mystique, la voix est médiatrice entre le corps et le langage.

9782204084543 paroleJean Baptiste dans l’Évangile d’aujourd’hui nous invite à travailler ces médiations: par quelle voix porterons-nous le Christ à nos frères ?

 

La Parole avant la voix

Pour terminer, une petite ouverture, encore plus vertigineuse que le mystère de la voix humaine, pourtant à peine esquissé.

Ce qu’il y a d’original en christianisme, c’est que - en Dieu comme en moi – la Parole précède la voix, à l’inverse du genre humain.

« Au commencement était la Parole «  (Prologue de Jean).

Christ est d’abord au plus intime de notre être, Verbe incarné (c’est cela Noël-pour-moi).
Parole de Dieu enfouie dans ma chair et qui en façonne une voix, un cri.
Si ma voix se nourrit de la présence du Verbe en moi, elle transmettra quelque chose de Dieu aux hommes.
Si ma voix n’a pas d’autre source que l’animal qui est aussi en moi, elle ne sera qu’un « cymbale qui résonne » dans le vide.


Seigneur Jésus, toi la Parole qui demeure près du Père, fais de nous la voix de ton amour, pour crier dans le désert, pour chanter ta venue au coeur de nos villes !

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1. La voix et ses sortilèges, M. Fr Castarède, Ed les Belles Lettres, 1987, p 15.

2. ibid., p 131.

 

1ère lecture : En marche vers la Jérusalem nouvelle (Ba 5, 1-9)

Lecture du livre de Baruc

Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel.
Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu pour toujours te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ».
Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient.
Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal.
Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu.
Sur l’ordre de Dieu, les forêts et leurs arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice.

Psaume : Ps 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Dieu guidera son peuple dans la joie à la lumière de sa gloire

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie. 

Alors on disait parmi les nations : 
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » 

Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête ! 

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.

Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie. 

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes. 

2ème lecture : Marchons sans trébucher vers le jour du Christ(Ph 1, 4-6.8-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est toujours avec joie, à cause de ce que vous avez fait pour l’Évangile en communion avec moi, depuis le premier jour jusqu’à maintenant.
Et puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.
Dieu est témoin de mon attachement pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus.
Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Evangile : Jean Baptiste prépare le chemin du Seigneur (Lc 3, 1-6)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, aplanisez la route : tout homme verra le salut de Dieu. Alléluia. (Cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.
Patrick Braud

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1 décembre 2012

Sous le signe de la promesse

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Sous le signe de la promesse

Homélie du premier dimanche de l’Avent Année C
04/12/2012

Qu’est-ce qui nous fait agir ?
Quel est le moteur de nos efforts, de notre persévérance ?
Qu’est-ce qui nous soutient lorsque les temps sont difficiles ?

Jérémie répond sans hésiter : la promesse.

La promesse que Dieu vous a faite se réalisera, vous pouvez vous appuyer sur cette conviction pour tenir bon.

Six siècles avant Jésus-Christ, alors que le peuple juif est vaincu, exilé à Babylone, alors qu’il a tout perdu : roi, temple, terre, Jérémie lui annonce que la promesse tient toujours, plus que jamais.

« Parole du Seigneur : Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda :
En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai naître chez David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice.
En ces jours-là, Juda sera délivré, Jérusalem habitera en sécurité, et voici le nom qu’on lui donnera: ‘Le-Seigneur-est-notre-justice’ »

Le véritable prophète n’est donc pas un oiseau de mauvaise augure qui se plairait à annoncer des catastrophes. Est prophétique celui qui nous rappelle la promesse qui oriente notre marche.

Certains oracles économiques voudraient nous faire vivre sous le signe de la peur : les ressources seraient limitées au point de menacer notre croissance ; le développement durable ne serait pas un choix mais une condamnation inéluctable ; la mondialisation serait une machine à délocalisation et régression sociale. Ces prophètes de malheur nous ramènent à l’époque où l’économie était une « triste science » 1  placée sous le signe de la menace plus que de la promesse !

 

Or le peuple de la Bible n’a pas traversé les siècles en évitant des catastrophes ou en conjurant les menaces. Il est devenu lui-même en croyant à la promesse que Dieu lui a faite, et en ne cessant de se relever pour marcher vers son accomplissement.
C’est sur une promesse de fécondité qu’Abraham a quitté sa terre natale et ses idoles.
C’est sur une promesse de libération que Moïse a osé faire face à Pharaon.
C’est sur la promesse d’une royauté pour toujours que David est monté sur le trône.
C’est sur la promesse du retour transmise par les prophètes comme Jérémie que le peuple juif a enduré 40 ans d’exil, puis deux millénaires de diaspora :« l’an prochain à Jérusalem ! »
C’est sur la promesse de la venue du Christ et de notre rédemption que les martyrs chrétiens ont fondé leur espérance, que l’Église veille et attend : « Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître debout devant le Fils de l’homme. »

À y réfléchir, que serions-nous sans les promesses qui nous ont mis en mouvement depuis notre naissance ?
Tenues ou pas, ces promesses ont nourri notre envie de vivre, elles ont galvanisé notre énergie.
Le sourire de nos parents nous a fait sortir des vagissements des premiers mois en nous ouvrant au visage de l’autre. Les amitiés d’adolescents ou d’étudiants ont résonné comme des promesses de liens forts où la communion entre les êtres est possible. Pour beaucoup d’entre nous, le mariage est toujours une promesse qui permet de construire ensemble avec confiance : « je te reçois … » Il n’est pas jusqu’à la carrière qui ne soit placée elle aussi sous le signe de la promesse : votre investissement au travail sera récompensé par plus de responsabilités, par une meilleure rémunération, une satisfaction plus grande.

Si ce ressort n’est plus crédible, alors le salarié se méfie de sa direction, l’époux doute de sa relation avec l’épouse, l’ami s’éloigne de l’ami.

Bénéficier d’une promesse est essentiel pour devenir humain.

Il faudrait d’ailleurs inventer un passif au verbe promettre qui n’est pas d’abord un actif quoi qu’on en dise ! C’est Dieu qui prend l’initiative de la promesse, pas Israël. C’est le Christ qui promet son retour, et non l’Église qui l’organise. C’est moi qui suis le bénéficiaire de la promesse, pas son sujet.

« Être promis » renvoie dans notre langue à l’ancienne coutume où les parents promettaient leur enfant en mariage à une autre famille. La promise était la fiancée donnée par l’une à l’autre. Dans la Bible, c’est Dieu lui-même qui est à la fois le promis et la promesse, le don et le donateur, l’horizon et le chemin. Et c’est l’homme, chaque homme, qui « est promis » à Dieu.

La période de l’Avent qui ouvre chaque nouvelle année liturgique nous rappelle que nous vivons sous le signe de la promesse.

Impossible alors de s’endormir en s’installant dans l’ordre actuel des choses.

Impossible de laisser la peur ou la menace miner nos raisons d’agir.

Nos familles n’ont pas à laisser les bouleversements actuels les effrayer : la promesse d’une solidarité entre frères et soeurs, entre générations familiales est si forte que c’est cela qui doit nous mobiliser et pas la peur d’autres modèles.

Notre économie n’a pas à se replier sur elle-même par peur de la mondialisation ou des menaces écologiques : l’invention de nouveaux modes de vie repose sur la conviction que la terre a encore beaucoup à offrir et la vie sociale avec.

Notre travail n’a pas à se résigner à n’être qu’alimentaire en ces temps de précarité : il est le lieu d’une promesse d’épanouissement et de participation un élan commun.

La promesse, c’est les jambes qui nous mettent en mouvement. C’est ce qui nourrit nos espérances. C’est ce qui nous invite à nous battre pour un horizon plutôt que contre les ennemis différents de nous.

Reprenons conscience d’être le peuple de la promesse, « afin de paraître debout devant le Fils de l’Homme ».

 


[1]« L’économie n’est pas une science gaie… Non, c’est une science ennuyeuse, désolante, absolument abjecte et déprimante : on pourrait l’appeler, en somme, ‘la triste science’ »  Thomas Carlyle, 1849.

 

 

1ère lecture : Annonce de la venue du Messie (Jr 33, 14-16)

Lecture du livre de Jérémie

Parole du Seigneur : Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda :
En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai naître chez David un Germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice.
En ces jours-là, Juda sera délivré, Jérusalem habitera en sécurité, et voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice ».

Psaume : Ps 24, 4-5ab, 8-9, 10.14

R/ Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme, vers toi, mon Dieu.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve. 

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Les voies du Seigneur sont amour et vérité
pour qui veille à son alliance et à ses lois.
Le secret du Seigneur est pour ceux qui le craignent ;
à ceux-là, il fait connaître son alliance.

2ème lecture : Comment se préparer pour le jour du Seigneur (1Th 3, 12 — 4, 2)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous.
Et qu’ainsi il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche devant Dieu notre Père, pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints.
Pour le reste, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous en prions, frères, nous vous le demandons dans le Seigneur Jésus. D’ailleurs, vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.

Évangile : L’attente de la venue du Fils de l’homme (Lc 21, 25-28.34-36)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde : fais-nous voir le jour de ton salut. Alléluia. (cf. Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre c?ur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste. Comme un filet, il s’abattra sur tous les hommes de la terre. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître debout devant le Fils de l’homme. »
Patrick Braud

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17 novembre 2012

La destruction créatrice selon l’Évangile

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La destruction créatrice selon l’Évangile

Homélie du 33° Dimanche ordinaire  / Année B
18/11/12

La petite apocalypse de Mc 13,24-32 commence dans un fracas hollywoodien. Visiblement, les images employées ici sont destinées à impressionner : détresse, obscurité, chute des étoiles, puissances célestes ébranlées… Symboliquement, cela signifie que l’homme ne pourra plus se rassurer par lui-même, que ce qui l’éclairait jusqu’à présent (la raison, la science, la sagesse, la coutume…) ne brillera plus pour lui ; que ce qui était élevé va être abaissé, que ce qui paraissait puissant va bientôt être profondément bouleversé.

Les premiers chrétiens étaient persuadés que les temps troublés qu’ils vivaient étaient annonciateurs du retour imminent du Christ : persécutions, révolte contre Rome, destruction du temple de Jérusalem… Au moment où Marc écrit, l’attente du retour du Christ devient une espérance tangible : c’est pour demain ! Peut-être Jésus lui-même a-t-il cru en cette imminence de son retour ? Heureusement, Marc précise que le Fils lui-même ne sait pas quand cela arrivera pour de bon, ce qui évite de spéculer sur la fin du monde à la manière des Témoins de Jéhovah ou des oracles du 21 décembre 2012.

Reste que la venue du Fils de l’homme à notre porte s’accompagne dans un premier temps de chute, de fracas, de destruction.

Qui n’a jamais vu s’écrouler en quelques instants quelque chose ou quelqu’un de très cher ne sait pas de quoi il est question ici.

Est-il privilégié ? Oui parce qu’il évite la douleur de la perte et la morsure de la détresse. Non s’il passe à cause de cela à côté des signes qui annoncent un vrai renouvellement de son existence.

Car la destruction qui accompagne la venue du Fils de l’homme en nos vies se conjugue aussitôt avec une incroyable puissance de résurrection : les branches du figuier deviennent tendres, les feuilles sortent, l’été se rapproche. Il y a ce qui s’écroule et qui fait grand bruit. Il y a ce qui naît en silence. Comme le dit un proverbe africain : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. ».

La venue du Christ en nous s’accompagne selon Marc (et aussi Daniel 12,1-3) d’un double mouvement : chute/relèvement ; obscurité/éveil ; détresse/unité ; bouleversements/puissance.

C’est donc il y a des choses qui s’effacent et d’autres qui naissent, des déclins et des surgissements, des destructions et des re-créations. Le Christ vient à nous sur ces lignes de crête.

 

Schumpeter et la destruction créatrice

Afficher l'image d'origineUn économiste du XXe siècle, Joseph Schumpeter, avait diagnostiqué une réalité semblable en économie. Il l’a formalisé dans le célèbre concept de « destruction créatrice », dans lequel il constate que tout progrès économique, toute innovation majeure s’accompagne d’abord d’une destruction d’emplois et de richesse due à l’obsolescence de la technique et des modes de production antérieurs.

« L’impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle ? tous éléments créés par l’initiative capitaliste. [...] L’histoire de l’équipement productif d’énergie, depuis la roue hydraulique jusqu’à la turbine moderne, ou l’histoire des transports, depuis la diligence jusqu’à l’avion., l’ouverture de nouveaux marchés nationaux ou extérieurs et le développement des organisations productives, depuis l’atelier artisanal et la manufacture jusqu’aux entreprises amalgamées telles que l’U.S. Steel, constituent d’autres exemples du même processus de mutation industrielle ? si l’on me passe cette expression biologique ? qui révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s’y adapter. » 

Joseph Schumpeter, 1943 (Traduction française de 1951) Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Payot, p.106 et 107.

La destruction créatrice selon l'Évangile dans Communauté spirituelle cit-schumpeter 

Lorsque les métiers à tisser Jacquard vinrent révolutionner l’industrie textile au XIX° siècle, on a cru que c’était la fin du monde pour les canuts de Lyon. Mais ce que les métiers à tisser ont détruit d’emplois s’est réinvesti ailleurs, ou autrement, dans de nouveaux métiers inexistants auparavant. Lorsque l’électricité a concurrencé la vapeur, nombres d’emplois ont dû se transformer et se reconvertir. Lorsque le télégraphe est apparu, les diligences et les compagnies postales se sont écroulées. Aujourd’hui, le tout numérique menace les emplois dédiés au papier et à l’analogique, et en même temps cela crée des dizaines de métiers inconnus jusque-là.

Bref, l’innovation technologique bouleverse, renverse un ordre établi en même temps qu’elle en annonce un autre.

 

Thomas Kühn et le changement de paradigme

Afficher l'image d'origineCe double mouvement de destruction créatrice semble également vrai dans la logique de la découverte scientifique. C’est ce que Thomas Kühn appelle le changement de paradigme. Un paradigme, c’est l’ensemble des hypothèses et des interprétations qui permettent d’avoir une vision relativement cohérente du monde.  C’est une certaine manière de voir le monde (une Weltanschauung dirait Max Weber). C?est  l’ensemble des croyances, valeurs et techniques qui sont partagées par les membres d’une communauté scientifique, au cours d’une période de consensus théorique.

Avec Newton et Galilée, on vivait sous le paradigme d’une mécanique céleste bien huilée et bien ordonnée. Avec Einstein, on est passé à une vision du monde où les anciennes certitudes vacillaient : la masse n’est plus constante, la vitesse dépend de la position d’observateur, l’énergie n’est plus différente fondamentalement de la matière. Avec Planck, Schrödinger et la mécanique quantique, on a basculé dans un monde encore plus troublant et incertain, où on ne sait même plus mesurer la masse et la vitesse d’une particule en même temps. Avec Prigogine et Gleick, on aborde avec étonnement un monde où le chaos fait surgir des formes, où la matière s’organise d’elles-mêmes pour faire émerger de la vie nouvelle.

La lecture pascale des événements

Pourquoi insister longuement sur cette destruction créatrice en économie et autre lettre-aux-catholiques-de-france Apocalypse dans Communauté spirituellechangement de paradigme en sciences ? Parce que ces concepts nous disent tous à leur manière ce que l’Évangile nous exprime dans le langage de son temps : la venue du divin en nous se situe dans les fractures, entre ce qui s’écroule et ce qui naît.

La Lettre aux catholiques de France des évêques en 1996 diagnostiquait elle aussi que pour comprendre ce qui nous arrive, il faut se placer dans la perspective de la destruction créatrice :

« La crise que traverse l’Église aujourd’hui est due, dans une large mesure, à la répercussion, dans l’Église elle-même et dans la vie de ses membres, d’un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes et qui ont une dimension mondiale.

Nous sommes en train de changer de monde et de société. Un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe aucun modèle préétabli pour sa construction. Des équilibres anciens sont en train de disparaître, et les équilibres nouveaux ont du mal à se constituer. Or, par toute son histoire, spécialement en Europe, l’Église se trouve assez profondément solidaire des équilibres anciens et de la figure du monde qui s’efface. Non seulement elle y était bien insérée, mais elle avait largement contribué à sa constitution, tandis que la figure du monde qu’il s’agit de construire nous échappe ».

La Lettre continue en invitant les catholiques à pratiquer une « lecture pascale » des évènements, c’est-à-dire à percevoir l’annonce de la Résurrection à travers les effondrements actuels, ce qui est finalement assez proche de la destruction créatrice.

« Nous devons apprendre à pratiquer davantage cette lecture pascale de tous les événements de notre existence et de notre histoire. Si nous ouvrons les Écritures, comme Jésus le fait avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,27), c’est pour comprendre comment dans les souffrances du temps présent se prépare la gloire qui doit se révéler un jour. »

C’est vrai que beaucoup d’indicateurs sont au rouge pour l’Église en France : à peine 6 % de pratiquants, un taux de catéchisation en chute libre, moins de 100 ordinations sacerdotales par an, des finances en péril etc… On peut (et on doit) allonger cette liste des signes du déclin : ce n’est pas en niant la chute qu’on la conjure. Ce n’est pas en se bouchant les oreilles devant le fracas de ce qui s’écroule qu’on va entendre ce qui naît. Ce n’est pas par des discours lénifiants et moralisants qu’on va éviter l’effondrement de ce qui doit mourir. Rien ne sert non plus rejeter la faute à la société environnante : ce serait se mettre hors jeu du renouvellement contenu en germe dans l’effondrement actuel.

Mieux vaut courageusement prendre acte de ce qui meure, et se rendre disponible pour ce qui naît. « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, suis-moi. »

Mieux vaut scruter attentivement la flore environnante pour y reconnaître les jeunes pousses pleines de promesses, les tendres branches du figuier à côté des tiges desséchées.

 

Nos propres fins d’un monde

Ce qui est vrai de l’économie et de la science ou de l’Église l’est bien sûr de notre vie personnelle.

Celui qui passera par un écroulement complet de sa puissance d’autrefois pourra l’interpréter à la manière du Christ comme l’annonce d’une sur-venue, d’une refondation, d’une fécondité nouvelle. Que ce soit à cause d’un cancer, d’un licenciement, d’une séparation ou d’un deuil, le disciple du Christ pourra finalement entendre dans le fracas de la chute la promesse d’une visite. Il pourra déchiffrer dans ce qui s’efface ainsi l’expérience de ce qui peut en surgir, « à la fin ». Il verra dans les destructions qui frappent son histoire non pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, qui n’avait pas les promesses de la vie éternelle. Il recevra d’au-delà de lui-même la force de ne pas se laisser détruire, mais de quitter le vieux monde qui s’en va en lambeaux pour aller vers le nouveau. Avec la sagesse du serpent qui se frotte entre deux pierres aiguisées pour se débarrasser de sa vieille peau, il secouera lui aussi la poussière de ses pieds pour quitter ce qui ne peut plus désormais que mourir, ce qui ne peut plus exprimer son identité profonde.

Puisse l’Esprit du Christ à nous apprendre à lire les signes des temps, pour la société, pour l’Église et pour nous-mêmes, afin d’accueillir les événements qui nous bouleversent de fond en comble comme autant de destructions créatrices où Dieu lui-même se faufile jusqu’en nous.

 

 

1ère lecture : La résurrection des morts (Dn 12, 1-3)
Lecture du livre de Daniel
Moi, Daniel, j’ai entendu cette parole de la part du Seigneur :
« En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui veille sur ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent. Mais en ce temps-là viendra le salut de ton peuple, de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu.
Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront : les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles.
Les sages brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles. »

Psaume : 15, 5.8, 9-10, 1b.11

R/ Garde-moi, Seigneur mon Dieu, toi, mon seul espoir !

Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon coeur exulte, mon âme est en fête, 
ma chair elle-même repose en confiance : 
tu ne peux m’abandonner à la mort 
ni laisser ton ami voir la corruption.

Mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge.
Tu m’apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie ! 
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : Le sacrifice unique (He 10, 11-14.18)
Lecture de la lettre aux Hébreux
Dans l’ancienne Alliance, les prêtres étaient debout dans le Temple pour célébrer une liturgie quotidienne, et pour offrir à plusieurs reprises les mêmes sacrifices, qui n’ont jamais pu enlever les péchés.
Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds.Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté.
Quand le pardon est accordé, on n’offre plus le sacrifice pour les péchés.

Evangile : La venue du Fils de l’homme (Mc 13, 24-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l’homme. Alléluia. (Lc 21, 36)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel.
Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. »
Patrick Braud

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