L'homélie du dimanche (prochain)

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7 août 2022

La foi divise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

La foi divise

Homélie pour le 20° Dimanche du temps ordinaire / Année C
14/08/2022

Cf. également :

N’arrêtez pas vos jérémiades !
De l’art du renoncement
Les trois vertus trinitaires
Les djihadistes n’ont pas lu St Paul !

La foi : combien de divisions ?

Vous aurez reconnu la transposition de la célèbre réplique de Staline en 1935 répondant à Pierre Laval qui lui demandait de respecter les libertés religieuses en URSS : « le Vatican, combien de divisions ? ». On sait combien l’avenir lui donnera tort.
« La foi : combien de divisions ? » : l’Évangile de ce dimanche (Lc 12, 49-53) permet cet autre jeu de mots associant foi et divisions non pas militaires mais sociales, car le Christ semble bien lier les deux de manière assez perturbante :

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Voilà des versets dangereux dans la bouche d’un autre que Jésus. En leur nom, les Témoins de Jéhovah par exemple justifient la coupure familiale qu’ils imposent aux nouveaux convertis. Isoler des disciples de leurs proches pour mieux les retourner est une technique sectaire de manipulation mentale vieille comme le monde. Sous prétexte d’aller au bout de ses convictions politiques, religieuses ou autres, combien ont coupé les ponts d’avec leurs amis d’avant, leurs frères et sœurs, leurs proches ? Autrefois, les idéalistes rêvant de révolution plaquaient tout pour partir à Cuba (comme Régis Debray), Katmandou, Woodstock ou le Larzac. Maintenant, ils partent faire la guerre en Syrie pour Daesh, refusent de manger à la même table que les carnivores et militent à L214, vont rejoindre des groupes écologistes extrémistes avec des choix de vie les coupant radicalement des autres.

Bref, de tout temps, la foi divise.
La foi, ou les convictions fortes, si l’on préfère cette équivalence sécularisée. Ce qui peut nous rendre méfiants envers les gens ayant des idées très arrêtées…

La foi divise dans Communauté spirituelle v4-728px-Clean-Rainbow-Sandals-Step-2-Version-2À première lecture, on pourrait utiliser Jésus pour prêcher une telle radicalité. Les versets d’aujourd’hui annoncent la division familiale comme conséquence de la foi au Christ. Mais ailleurs, Jésus n’est pas plus tendre : « qui n’est pas avec moi est contre moi ». « Qui me préfère à son père, sa mère, ses frères et sœurs n’est pas digne de moi ». « Ne va pas enterrer ton père : laisse les morts enterrer leurs morts ». « Qui sont ma mère, mes frères et mes sœurs ? Ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (sous-entendu : les autres ne font pas partie de ma vraie famille). « Si on ne vous accueille pas dans un village, secouez la poussière de vos pieds et partez ailleurs ». Etc.

Ceux qui veulent sélectionner dans le Nouveau Testament des paroles justifiant leur coupure d’avec les autres pourront en trouver une liste assez solide pour impressionner les nouveaux convertis.

 

D’abord un constat

Alors, la foi est-elle un facteur de division ?
On peut tenter d’apporter une réponse en plusieurs temps.

- Il est essentiel de lire le Nouveau Testament dans sa globalité, sans isoler les versets dangereux de leur contexte et du reste.
Car, hors la liste évoquée ci-dessus, l’ensemble du Nouveau Testament plaide courageusement pour ce qu’on appellerait aujourd’hui un vivre ensemble apaisé. L’amour des ennemis, la volonté tenace de Jésus de se mélanger aux impurs, aux catégories socialement méprisées, aux romains idolâtres lui a attiré les foudres des « purs », des pharisiens notamment dont le nom signifie justement « séparés » parce qu’ils habitent, mangent, s’habillent et prient à l’écart des autres. Il s’est battu pour réintégrer les lépreux, les aveugles, les handicapés de toutes sortes alors que la superstition religieuse voulait les garder hors du contact des autres. Ses paroles dures sont souvent contrebalancées par des paroles différentes : « Qui n’est pas contre moi est avec moi ». « Ne faites pas tomber le feu du ciel sur ceux qui ne vous accueillent pas ». « Honore ton père et ta mère ». « Laissez pousser ensemble le bon grain et l’ivraie » etc. Et plus tard, les apôtres exhorteront les chrétiens à vivre en paix avec tous, en respectant les autorités légitimes, sans causer d’autres troubles que l’annonce de la résurrection.

Les sectaires pratiquent toujours une lecture fondamentaliste et sélective de la Bible. C’est ainsi par exemple que des Églises réformées ont pu justifier bibliquement l’apartheid en Afrique du Sud pendant des décennies ! Fondamentalistes, ils prennent un verset au pied de la lettre, sans le situer dans son contexte. Sélectifs, ils rabâchent quelques versets seulement, qu’ils isolent du reste pour justifier leur idéologie.

Il nous revient de ne pas sélectionner dans les Écritures ce qui va dans notre sens seulement, ce qui nous conforte dans nos convictions préétablies.

Il nous revient également de toujours situer un verset dans un ensemble, son contexte historique, social, les particularités de sa langue d’écriture, sous peine d’incohérence.

Un professeur d’exégèse aimait répéter : le plus important dans la Bible, c’est la reliure…

006_C charité dans Communauté spirituelleAinsi nos versets ‘dangereux’ sont nettement plus compréhensibles quand on se souvient qu’ils ont été écrits dans les années 70 après Jésus-Christ : à ce moment-là, les persécutions juives et romaines battaient déjà leur plein, et menaçaient les fragiles communautés naissantes. Sous la pression de l’occupant romain, cherchant à éradiquer ce nouveau groupe juif un peu trop gênant, des pères dénonçaient des fils, des frères livraient des sœurs aux autorités, des amis se divisaient sur la résurrection de Jésus, avec des conséquences terribles car la prison et les fauves n’étaient jamais bien loin.

Dire que la foi chrétienne divise n’était pas alors un projet social ou politique, mais un constat historique douloureux. Jésus ne dit pas à ses disciples d’être des facteurs de division ; il les avertit qu’ils seront soumis à la division à cause de lui. C’est fort différent !

Et ce constat est toujours le nôtre : des minorités chrétiennes sont persécutées et ghettoïsées en ce siècle à cause de leur foi un peu partout dans le monde, particulièrement  dans les pays fortement religieux, où la religion majoritaire ne tolère pas d’autres convictions que les siennes (ce que les Églises chrétiennes ont été capables de faire par le passé, hélas).

En France, malgré un certain bashing antichrétien (surtout parmi les gens des médias et de l’intelligentsia) la situation est plus paisible. Reste que la messe de minuit à Noël est devenue un facteur de discorde car elle divise la table familiale (quand autrefois tout le monde y allait en bloc, croyant ou non). Reste que des jeunes se voient mettre quasiment à la porte de chez eux lorsqu’ils disent demander le baptême, ou entrer au séminaire, ou vouloir devenir religieuse… La solitude des croyants au cœur de leur famille est réelle. Je connais un père de famille qui tous les dimanches matins depuis 40 ans va seul à l’église du quartier, parce que sa femme et ses enfants n’épousent pas ses convictions chrétiennes…

 

C’est la foi sans l’amour et sans l’espérance qui divise

La foi divise donc : c’est un constat. Amer et douloureux.
Mais il faut tout de suite préciser : du côté des chrétiens au moins, la foi divise quand elle reste seule. Si l’on reste sur le seul registre des convictions, et si ces convictions sont assez fortes pour accepter de mourir pour elles, alors la vie commune avec ceux qui ne les partagent pas devient très difficile.

L'essence du ChristianismeFeuerbach avait déjà dénoncé au XIX° siècle le pouvoir clivant de la foi seule. Dans L’essence du christianisme (1841), il explicite les fondements de l’humanisme moderne, qui dénonce la foi en Dieu comme source d’intolérance. Son raisonnement est rigoureux, et hante encore aujourd’hui l’inconscient collectif européen : la foi seule est meurtrière. Car elle sépare les hommes en croyants et mécréants : divisions et conflits sont inéluctablement engendrés par les religions. L’athéisme pratique des européens puise ses racines dans cette méfiance envers la violence inhérente à la foi :

« La foi porte nécessairement à la haine, la haine à la persécution, dès que la puissance de la foi ne trouve pas de résistance, ne se brise pas contre une puissance étrangère, celle de l’amour, de l’humanité, du sentiment du droit. La foi, par elle-même, s’élève au-dessus des lois de la morale naturelle ; sa doctrine est la doctrine des devoirs envers Dieu, et le premier devoir est la foi. Autant Dieu est au-dessus de l’homme, autant les devoirs envers Dieu sont au-dessus des devoirs envers l’homme, et ces devoirs entrent nécessairement en collision les uns avec les autres. »

- C’est là qu’intervient pour les chrétiens le triptyque : foi/amour/espérance.
Car la foi sans amour n’est qu’idéologie. Avec l’amour, la foi permet de prier pour ceux qui nous font du mal, de ne pas rendre le mal pour le mal, de bénir ceux qui nous maudissent, et de considérer l’autre comme supérieur à soi. L’amour ne demande pas de se couper des autres, mais de les accepter tels qu’ils sont, comme je m’accepte tel que je suis. « Aime ton prochain comme toi-même » en quelque sorte !

Conjuguer foi et amour tempère l’ardeur des convictions pour l’ouvrir à l’accueil de l’autre, et structure le sentiment d’amitié/amour pour lui donner un contenu solide.

foi-espoir-amour-vinyle-autocollant-autocollant division

- Cela ne suffit cependant pas encore… Car les choses pourraient sembler figées : le croyant / le mécréant d’un côté, le fanatique / le raisonnable de l’autre. C’est là que l’espérance entre en jeu : elle fait bouger les lignes, elle introduit des degrés de liberté, elle dévoile de l’inachevé. Car l’espérance nous dit que rien n’est jamais figé, que la fin de l’histoire n’est pas écrite, que l’avenir – et notamment l’avenir en Dieu – nous réserve bien des surprises. Comment avoir un jugement définitif sur l’autre si j’espère qu’un jour « Dieu sera tout en tous » ? Comment camper sur mes positions si j’attends de « connaître comme je suis connu », confessant par là-même un non-savoir radical ? Comment exclure au nom de mes opinions si un verre d’eau fraîche donnée par le pire d’entre nous peut le sauver au Jugement dernier mieux que mes idées droites ? Comment rêver de vivre entre « purs » alors que Jésus sur la croix est assimilé aux bandits qui l’entourent, et promet à l’un d’entre eux le paradis ?

Avec l’espérance, la foi et l’amour ne voient pas le monde à partir des catégories humaines qui divisent et séparent, mais à partir de Dieu qui appelle l’humanité à la communion trinitaire, en formant une seule famille unie dans la diversité. Au regard de Dieu, nulle opposition ne peut se prétendre définitive ou radicale, nulle division n’est insurmontable, nulle partition n’a les promesses de l’éternité…

Pères de l'EgliseEpitre à DiognèteDans les premiers siècles, les chrétiens ont pratiqué joyeusement l’amour des ennemis alors qu’on les pourchassait. Ils ne se sont pas regroupés entre eux, ils n’ont pas exclu leur famille même si leur famille les excluait. Écoutons pour terminer ce que la célèbre Lettre à Diognète (II° siècle) disait de la fraternité qui unissait les premiers chrétiens aux autres citoyens, sans rien renier pourtant de leur conviction, jusqu’au martyre s’il le fallait :

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.
Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.
Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie.

Que dépend-il de nous pour que la foi ne soit pas une source de division autour de nous ?

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays » (cf. Jr 15, 10) (Jr 38, 4-6.8-10)

Lecture du livre du prophète Jérémie
En ces jours-là, pendant le siège de Jérusalem, les princes qui tenaient Jérémie en prison dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattant dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur. » Le roi Sédécias répondit : « Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! » Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim car on n’a plus de pain dans la ville ! » Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »

Psaume
(Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18)
R/ Seigneur, viens vite à mon secours !
(Ps 39, 14b)

D’un grand espoir,
j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
pour entendre mon cri.

Il m’a tiré de l’horreur du gouffre,
de la vase et de la boue ;
il m’a fait reprendre pied sur le roc,
il a raffermi mes pas.

Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.
Beaucoup d’hommes verront, ils craindront,
ils auront foi dans le Seigneur.

Je suis pauvre et malheureux,
mais le Seigneur pense à moi.
Tu es mon secours, mon libérateur :
mon Dieu, ne tarde pas !

Deuxième lecture
« Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » (He 12, 1-4)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, nous qui sommes entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.

Évangile
« Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)Alléluia. Alléluia. Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Patrick BRAUD

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19 juin 2022

La loi, l’amour, l’épikie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La loi, l’amour, l’épikie

 Homélie pour le 13° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
26/06/2022

Cf. également :

Quelles sont vos vraies urgences ?
Traverser la dépression : le chemin d’Elie

Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre
Sans condition, ni délai
Exigeante et efficace : la non-violence
Du feu de Dieu !

Quand voler n’est pas voler

Un fait divers était à la Une des médias en ce mois de juin 2012.
Laissons le quotidien Ouest-France raconter :

La loi, l’amour, l’épikie dans Communauté spirituelle photo-d-illustration-julio-pelaez-1646135561Hier, une femme de 47 ans, mère de trois enfants, a été jugée par le tribunal correctionnel de Rennes, pour vol en réunion. Le 11 juillet, cette mère, d’origine arménienne, s’est rendue au Carrefour de Fougères avec son fils. Elle prend de la viande et du beurre qu’elle cache dans son sac. Elle dissimule aussi du fil de pêche et un bouchon. Elle se fait repérer aux caisses. Une plainte est déposée. Le préjudice est estimé à 54 €.
À l’audience, hier, cette femme est présente. Accompagnée d’une traductrice, elle explique le vol : « J’étais demandeuse d’asile et j’avais 160 € pour faire vivre cinq personnes. Les Restos du cœur sont fermés l’été, je ne pouvais pas acheter. Le fil et le bouchon, c’était pour que mon fils puisse pêcher avec ses copains. » La procureure requiert huit jours de prison avec sursis. L’avocate de la défense plaide pour une dispense de peine car « le magasin ne s’est pas constitué partie civile et a donné les aliments à ma cliente nécessiteuse ». La juge a averti la prévenue. Celle-ci est déclarée coupable mais dispensée de peine. (Ouest France, 06/06/2012)

À la lumière de ce vol qui n’en était pas un, la France redécouvrait que l’application stricte de la loi n’était pas toujours juste, ni même légale ! À vrai dire, un autre fait divers semblable avait déjà fait évoluer la jurisprudence au XIX° siècle. Il s’agit de la célèbre affaire Louise Ménard. Louise Ménard naît à Paris en 1875. En 1898, elle vit à Charly-sur-Marne avec sa mère et son fils, âgé de deux ans, né de père inconnu. La mère et la fille sont sans travail et vivent des allocations que leur verse le bureau de bienfaisance de la commune. Mais, elles ne sont pas suffisantes pour nourrir trois personnes. Le 22 février 1898, alors que Louise, sa mère et son fils n’ont pas mangé depuis 36 heures, elle vole, à la devanture d’une boulangerie, un pain de trois kilos. Le boulanger, qui n’est autre que son cousin, porte plainte pour vol. Les gendarmes transmettent la plainte au parquet et Louise est convoquée au tribunal de Château-Thierry le 4 mars 1898 pour répondre du délit de « vol simple ». Elle n’a pas d’avocat, comme la plupart des pauvres de cette époque.

Malgré le réquisitoire du procureur Vialatte, le tribunal relaxe l’accusée. Le « bon juge » Magnaud présente en effet Louise comme une bonne mère de famille, laborieuse, décrit la misère dans laquelle elle se trouve et rejette la responsabilité du vol sur la mauvaise organisation de la société. L’excuse reconnue à Louise relève de la force majeure, de l’« état de nécessité ». Cette notion sera reprise ensuite par de nombreux juristes, mais ce n’est qu’un siècle plus tard, le 1er mars 1994, qu’elle sera inscrite dans les textes.

Il y a donc des circonstances où voler n’est pas voler, car il y va de la survie de quelqu’un ou de ses proches.

 

Paul, l’amour, la Loi

Ces deux faits divers illustrent la position de Paul dans notre 2e lecture :

coeur-ouvert-1024x682 amour dans Communauté spirituelleToute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

L’apôtre est connu pour ses binômes de choc : la lettre/l’Esprit ; les mérites/la grâce ; les œuvres/la foi ; la chair/l’Esprit etc.
La Loi/l’amour : le binôme de notre lecture met en tension la Loi et l’amour, non pour les opposer mais pour dialectiquement les conjuguer afin de manifester clairement que l’amour est l’accomplissement de la Loi. Condamner une femme pauvre qui vole pour nourrir les siens est peut-être légal, mais profondément immoral, et en tout cas contraire à l’amour-solidarité qu’elle est en droit d’attendre de la société. Ainsi Paul met-il la vie humaine au-dessus des principes, la liberté inspirée par l’amour plus haut que l’obligation prescrite par la Loi. Il est circoncis, reconnaît la valeur de la circoncision pour les juifs, mais ne veut pas l’imposer aux païens. Il comprend bien que manger des viandes consacrées aux idoles fait horreur aux juifs, mais se sent libre de passer outre ces interdits obsolètes, sauf si cela scandalise des frères d’origine juive. Il sait combien les juifs répugnent à s’asseoir à la table des païens, mais réprimande Pierre lorsque celui-ci n’ose plus le faire en présence des chrétiens venus de Jérusalem. Il est l’élève de Gamaliel, donc un expert en Torah, mais voit en Jésus condamné par cette même Torah la subversion des règles pharisiennes.

Bref, Paul considère que l’amour (agapè) tel que Jésus l’a vécu, tel que l’Esprit nous souffle d’agir aujourd’hui, est le critère ultime d’interprétation de la Loi.

 

Nécessité fait loi

DSCN1716Omnia1-1024x768 AugustinQue voulait le législateur au moment où il a promulgué telle loi ? Que ferait-il maintenant dans une situation nouvelle que la loi n’avait pas prévue ?
C’est ce raisonnement qui a ensuite conduit les Pères de l’Église à relativiser par exemple le droit à la propriété privée. Certes, chacun peut posséder des biens en propre, ce qui lui donne une sécurité et une liberté inaliénables. Mais les Pères forgèrent un adage qui est passé en latin dans notre jurisprudence proverbiale : in necessitate sunt omnia communia = en cas de nécessité, toutes choses sont communes.

Saint Thomas d’Aquin a repris cet argument patristique dans sa Somme théologique, pour démontrer justement que l’amour concret pour l’autre prime sur la stricte application du droit :

Somme théologique, IIa IIae Q66. art.7
QUESTION 66: LE VOL ET LA RAPINE
ARTICLE 7: Est-il permis de voler en cas de nécessité ?
Dans la nécessité tous les biens sont communs [1]. Il n’y a donc pas péché si quelqu’un prend le bien d’autrui, puisque la nécessité en a fait pour lui un bien commun.
Réponse: Ce qui est de droit humain ne saurait déroger au droit naturel ou au droit divin. Or, selon l’ordre naturel établi par la providence divine, les être inférieurs sont destinés à subvenir aux nécessités de l’homme. C’est pourquoi leur division et leur appropriation, œuvre du droit humain, n’empêchent pas de s’en servir pour subvenir aux nécessités de l’homme. Voilà pourquoi les biens que certains possèdent en surabondance sont dus, de droit naturel, à l’alimentation des pauvres; ce qui fait dire à S. Ambroise et ses paroles sont reproduites dans les Décrets: « C’est le pain des affamés que tu détiens; c’est le vêtement de ceux qui sont nus que tu renfermes; ton argent, c’est le rachat et la délivrance des miséreux, et tu l’enfouis dans la terre. » Toutefois, comme il y a beaucoup de miséreux et qu’une fortune privée ne peut venir au secours de tous, c’est à l’initiative de chacun qu’est laissé le soin de disposer de ses biens de manière à venir au secours des pauvres.
Si cependant la nécessité est tellement urgente et évidente que manifestement il faille secourir ce besoin pressant avec les biens que l’on rencontre – par exemple, lorsqu’un péril menace une personne et qu’on ne peut autrement la sauver -, alors quelqu’un peut licitement subvenir à sa propre nécessité avec le bien d’autrui, repris ouvertement ou en secret. Il n’y a là ni vol ni rapine à proprement parler.

Solutions :
1. La décrétale citée ne vise pas le cas d’urgente nécessité.
2. Se servir du bien d’autrui que l’on a dérobé en secret dans un cas d’extrême nécessité n’est pas un vol à proprement parler, car, du fait de cette nécessité, ce que nous prenons pour conserver notre propre vie devient nôtre.
3. Cette même nécessité fait que l’on peut aussi prendre subrepticement le bien d’autrui pour aider le prochain dans la misère.

Il prend plus loin l’exemple d’un prêteur sur gages qui auraient reçu une épée en dépôt. Normalement il doit la rendre à son propriétaire si celui-ci paye la somme requise. Mais supposons qu’il soit devenu fou furieux et réclame son épée pour trucider son paisible voisin : que doit faire le prêteur ? Respecter les termes du contrat de gage et mettre indirectement la vie du voisin en danger ? Ou résister à cette obligation en différant de rendre l’arme tant que le fou furieux n’est pas calmé ?

Une version hélas très actuelle de cet exemple se joue avec le gaz russe : doit-on honorer les contrats avec Gazprom au risque de verser chaque jour 700 millions d’euros à la Russie de Poutine, finançant ainsi son effort de guerre contre l’Ukraine ? Ou doit-on au contraire dénoncer ces contrats, quitte à en payer le prix chez nous ?

« Le législateur, ne pouvant envisager tous les cas particuliers, rédige la loi en fonction de ce qui se présente le plus souvent, portant son intention sur l’utilité commune. C’est pourquoi, s’il surgit un cas où l’observation de telle loi soit préjudiciable au salut commun, celle-ci ne doit plus être observée. Ainsi, à supposer que dans une ville assiégée on promulgue la loi que les portes doivent demeurer closes, c’est évidemment utile au salut commun en règle générale; mais s’il arrive que les ennemis poursuivent des citoyens dont dépend la survie de la cité, il serait très préjudiciable cette ville de ne pas leur ouvrir ses portes. C’est pourquoi, en ce cas, il faudrait ouvrir ses portes contre la lettre de la loi, afin de sauvegarder l’intérêt général que le législateur avait en vue. […]
Si le danger est pressant, ne souffrant pas assez de délai pour qu’on puisse recourir au supérieur, la nécessité même entraîne avec elle la dispense; car nécessité n’a pas de loi » [2].

Les exemples bibliques de ce genre d’exceptions abondent : David mangea les pains de proposition quand il eut faim (1 Sa 21,6) alors que c’était interdit par la Loi écrite dans l’Ancien Testament ; les disciples de Jésus arrachent des épis un jour de sabbat, transgressant l’interdit du repos hebdomadaire, et Jésus désobéit ensuite à la Loi en guérissant la main desséchée d’un homme dans la synagogue ce même jour du sabbat (Mt 12,1-14). Il sera à nouveau coupable de cette transgression en guérissant le jour du sabbat une femme possédée par un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser (Lc 13,10-17) etc.

Nécessité fait loi : les arguments des Pères de l’Église de Saint Thomas d’Aquin se sont profondément inscrits dans la philosophie occidentale du droit et de la justice. En cas de nécessité, il y a des situations où voler n’est pas voler, rendre sa parole n’est pas mentir, gracier n’est pas être laxiste, guérir n’est pas profaner le sabbat.

 

L’épikie

img_3843 droitLes Anciens [3] avaient un mot pour ce genre d’attitude où il faut ponctuellement et provisoirement suspendre l’application de la loi qui doit ici souffrir une exception : ἐπιεικής = épikie. Ce mot grec vient peut-être de έπί-δίκαιονselon selon saint Thomas qui en fait du coup un équivalent de l’équité latine : « ce mot vient de έπί qui signifie au-dessus et de δίκαιον qui veut dire juste » [4]. Cela renvoie à l’idée d’être juste au-delà de la loi, dans certaines situations particulières de vie, qui n’ont pas été prévues par la lettre de la loi. L’épikie est modératrice à l’égard de l’observance littérale de la loi. Elle fait appel au bon jugement. Il s’agit d’une interprétation équitable et modérée non de la loi elle-même, mais de l’intention du législateur, qui est présumé dans un certain cas particulier extraordinaire suspendre l’application de la loi parce que de sa stricte observance résulterait quelque chose de nuisible ou trop onéreux. Par exemple, en général il est interdit de mentir. Mais si un criminel me demande si mon fils est à la maison pour le tuer, là il faut lui mentir !

Saint Thomas précise :

« Les actes humains que les lois règlent consistant dans des choses contingentes qui peuvent varier d’une infinité de manières, il n’a pas été possible d’établir une règle légale qui ne fût défectueuse dans aucun cas. Les législateurs considèrent ce qui arrive le plus souvent, et d’après cela ils portent leur loi. Cependant l’observation de la loi peut être, dans certains cas, contraire à l’égalité de la justice et au bien commun que le législateur se propose. Ainsi la loi décide que l’on doit rendre les dépôts, parce que c’est une chose juste ordinairement. Néanmoins il arrive quelquefois que ce serait nuisible ; comme si un furieux qui a mis un glaive en dépôt le redemandait au moment où il est en furie, ou bien si on redemandait un dépôt pour combattre sa patrie. Dans ces circonstances et dans d’autres semblables, c’est un mal de suivre la loi établie. Par conséquent, en mettant de côté les paroles de la loi, c’est un bien de suivre ce que demande la raison de la justice et l’utilité commune ; et c’est là le but de l’épikie, à laquelle nous donnons le nom d’équité. Il est donc évident qu’elle est une vertu ».

Il est cependant plus vraisemblable qu’épikie vienne de ἐπι (épi)-εικής (eikon, qui a donné icône) : au-dessus-ressembler = ressembler à l’intention première, au-dessus de la lettre de la loi.

L’épikie est ce qui au-dessus de la loi nous fait ressembler à Dieu lui-même, dans sa justice bienveillante. Elle est beaucoup plus qu’une forme d’équité : elle est le point d’orgue où culmine l’effort humain pour rendre la justice. Elle est ce qu’il y a au-dessus (ἐπι) de la lettre de la loi, faisant de nous une icône (εικής) de la bienveillance divine.

Les dictionnaires actuels donneront la définition suivante :

Épikie = vertu morale qui donne le sens du juste ; elle préside aux principes du droit canonique comme aux principes moraux de la personne et permet de décider en conscience de ne pas suivre une loi ou de lui en substituer une autre afin d’éviter une injustice.

Le terme épikie apparaît 5 fois dans la Bible grecque, dans le nouveau Testament uniquement. Louis Segond traduit ce mot pas douceur (Ph 4,5 ; 1P 2,18), indulgence (1Tim 3,3), modération (Ti 3,2) ; Jc 3,17). La traduction liturgique remplace à chaque fois épikie par bienveillance.
C’est donc une manière d’appliquer la loi avec humanité et bonté, si bien que l’intention du législateur en est bien plus respectée que par une application brutale au pied de la lettre.

La première épikie biblique est celle dont Dieu fait preuve à l’égard de son peuple rebelle. Envers Israël à la nuque raide, Dieu aurait été dans son droit de le rayer de la carte, de le punir à jamais, ou de l’abandonner pour un autre. Le livre de la Sagesse (Sg 11) fait ainsi une longue relecture de l’histoire d’Israël en reconnaissant que Dieu aurait pu se montrer rigoureux au lieu d’être si bienveillant :

« Ta main toute-puissante, qui a créé le monde à partir d’une matière informe, aurait pu envoyer contre eux une bande d’ours ou de lions féroces […]. Non seulement leurs ravages auraient pu les anéantir, mais leur vision déjà les aurait fait périr d’effroi. D’ailleurs, il aurait suffi d’un souffle pour qu’ils soient renversés, chassés par la Justice, dispersés en tous sens par le souffle de ta puissance. Mais toi, Seigneur, tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids. Car ta grande puissance est toujours à ton service, et qui peut résister à la force de ton bras ? Le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres […] Tu les as traités avec ménagement parce qu’ils étaient des êtres humains. Tu n’as envoyé contre eux, en avant-coureurs de ton armée, que des frelons, ces insectes dangereux, pour ne pas hâter leur extermination. Tu aurais bien pu livrer ces impies aux mains des justes, dans une bataille rangée, ou les anéantir d’un coup par des fauves redoutables ou une parole tranchante, mais en exerçant ta justice sans hâte, tu leur offrais l’occasion du repentir. […] Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. Les ennemis de tes enfants, tu les as punis avec un grand souci d’indulgence alors qu’ils méritaient la mort, tu leur as donné le temps et l’occasion de renoncer au mal. Mais tes fils, avec combien plus de scrupules les as-tu jugés, toi qui avais fait en faveur de leurs pères des serments et des alliances : magnifiques promesses ! Ainsi, tu modères le châtiment de nos ennemis, pour nous apprendre à méditer ta bonté lorsque nous jugeons, et à compter sur ta miséricorde lorsque nous sommes jugés ».

La pratique de l’épikie nous fait ressembler à Dieu, au sens où elle nous fait relativiser nos droits propres pour faire vivre celui qui en est dénué.

 

Aime et fais ce que tu veux

Aime et fais ce que tu veuxSi l’amour est l’accomplissement ultime de la Loi, alors celui qui aime vraiment, sans mélange, n’a plus besoin de loi. Il l’a intériorisée, au sens où il est capable de discerner en chaque situation quelle était l’intention du législateur et quelle serait sa décision en ce cas spécifique.
Le génial Augustin a formulé ce sens de l’épikie en une formule devenue célèbre : « dilige, et quod vis fac [5] » = « aime, et fais ce que tu veux ». Le mot latin dilige, traduit par aime, évoque les mouvements pleins d’attention qui nous poussent vers l’autre avec diligence, pour en faire l’objet de notre dilection, et même de notre prédilection.

 

« Ce court précepte t’est donné une fois pour toutes : Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par Amour, si tu parles, parle par Amour, si tu corriges, corrige par Amour, si tu pardonnes, pardonne par Amour. Aie au fond du cœur la racine de l’Amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Voici ce qu’est l’Amour ! Voici comment s’est manifesté l’Amour de Dieu pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. Voici ce qu’est l’Amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 9-10). Ce n’est pas nous qui L’avons aimé les premiers, mais Il nous a aimés, afin que nous L’aimions. Ainsi soit-il ! »

Pour Augustin comme pour Paul, toute la Loi se trouve résumée dans le double précepte de la charité, non parce que la charité dispense de pratiquer les autres commandements, mais parce qu’elle en est la plénitude et qu’elle en assure l’accomplissement. La vraie liberté ne consiste pas à suivre ses caprices et ses instincts, mais à  être affranchi par grâce de la tyrannie des passions et à ne dépendre que de Dieu, comme l’exprime Augustin dans cette autre formule concise :

« Eris liber, si fueris servus : liber peccatus, servus justitiae » =
« Tu seras libre si tu es devenu serviteur : libéré du péché, au service de la justice ».

D’ailleurs, la formule comprise dans son contexte, loin d’encourager une indulgence excessive, justifie les rigueurs et les exigences du véritable amour. Saint Augustin lui-même illustre ce qu’il veut dire en donnant un exemple :

« Un père fouette son garçon, alors qu’un kidnappeur le caresse. Si on vous donne le choix entre les coups et les caresses, ne choisiriez-vous pas les caresses et n’éviteriez-vous pas les coups ? Mais si l’on considère ceux qui sont à l’origine des actions on comprend que c’est l’amour qui fouette, et la méchanceté qui caresse. C’est ce à quoi j’insiste: les actions humaines ne peuvent être comprises que par leur racine dans l’amour. Toutes sortes d’actions peuvent sembler bonnes sans nécessairement procéder de l’amour ».

L’idée sous-jacente, c’est qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale entre la Loi (les règles données par Moïse à Israël 1500 ans plus tôt) et l’amour. Au contraire, aimer c’est vouloir le bien de l’autre – pas seulement le bien-être ! – le bien, ce qui est juste et bénéfique pour l’autre. Quand on agit avec amour, c’est, pour Paul, forcément en accord avec les règles éthiques : on ne trichera pas, on ne manipulera pas un ami, on n’ira pas le voler, et encore moins le tuer ! La loi, qui avait pour objet de réglementer les relations sociales pour éviter la vendetta, protège l’autre – et l’amour fait mieux encore.

Entre rigorisme et laxisme, entre rigidité et mollesse, la dilection nous rend libre pour appliquer l’esprit de la loi dans le sens de l’amour, cet amour divin qui pardonne, relève et ressuscite. Ce n’est pas l’absence de loi, mais la loi portée à son incandescence : faire vivre.

 

Conclusion

« Toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. […]
Si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi »
 : que l’Esprit du Christ nous aide à discerner comment pratiquer l’épikie dans toutes nos responsabilités !

 


[1]. Argument repris dans la question 187, Art. 4 : « Quant à ce qui nous est dû, cela peut l’être à deux titres différents. Celui, d’abord, de la nécessité qui, d’après S. Ambroise fait toutes choses communes […].

[2]. Somme Théologique, 1a 2ae, Ch. 96 art. 6

[3]. Dans le livre V de l’Éthique à Nicomaque (l 137a31-b13), ayant commencé avec la justice générale ou légale, Aristote poursuit avec la justice particulière et finit avec la notion de l’« épikie» (έπιείκεια), qui est traduite par aequitas en latin. La vertu de l’épikie se manifeste comme une forme supérieure de justice, nécessaire dans ces cas spéciaux où, en raison de sa généralité, la loi ne peut pas s’appliquer.

[4]. Somme Théologique, 2a 2ae, Question 120 : De l’épikie ou de l’équité.

[5]. La phrase latine est tirée du Iohannis Epistulam ad Parthos tractatus decem, traité VII, 8. Saint Augustin y commente un passage de la première lettre de saint Jean : 1Jn 4,4-12.

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Élisée se leva et partit à la suite d’Élie » (1 R 19, 16b.19-21)

Lecture du premier livre des Rois
En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder. » Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

Psaume
(Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11)
R/ Dieu, mon bonheur et ma joie !
 (cf. Ps 15, 2.11)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

Deuxième lecture
« Vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 1.13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates
Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

Évangile
« Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem » « Je te suivrai partout où tu iras » (Lc 9, 51-62)
Alléluia. Alléluia. 
Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ; Tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. 1 S 3,9 ; Jn 6, 68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Patrick BRAUD

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14 avril 2022

La danse pascale du labyrinthe

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 35 min

La danse pascale du labyrinthe

 Homélie du Dimanche de Pâques / Année C
17/04/2022

Cf. également :

Conjuguer Pâques au passif
Incroyable !
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Pâques : Courir plus vite que Pierre
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La chorégraphie de Chartres

La danse pascale du labyrinthe dans Communauté spirituelle 3921168_origSi vous avez déjà visité la somptueuse cathédrale de Chartres, vous vous souvenez sans doute de ses deux flèches guidant les pèlerins de très loin dans la plaine, du célèbre bleu de ses vitraux admirables, de ses proportions imposantes etc. Vous souvenez-vous également du labyrinthe qui est dessiné depuis l’an 1200 environ sur le pavement ? De l’extérieur, vous entrez en traversant la nef, et pour aller vers l’autel vous êtes obligés de traverser ce labyrinthe étrange. Car à bien y regarder, ce n’est pas un labyrinthe en réalité, mais un long chemin sinueux dont les circonvolutions conduisent très sûrement au motif floral du centre. Ce n’est donc pas un dédale où se perdre, mais un chemin à parcourir pour aller au centre. Certains le suivront précieusement, parcourant les 261,55 m des volutes serrées les unes contre les autres comme s’ils parcouraient les années de leur existence humaine, à la manière d’un mandala nous ramenant à notre centre de gravité intérieur. D’autres y devineront, à juste titre, un cheminement de type catéchuménal, où le futur baptisé passe de la nef à l’autel en étant initié aux mystères du Christ.

En fait, sans le savoir, vous êtes là… sur une piste de danse !
On a retrouvé un vieux texte qui décrit un usage liturgique étonnant à nos yeux mais assez courant au Moyen Âge [1]. Il date du 13 avril 1396, est rédigé à l’initiative du chapitre de la cathédrale d’Auxerre et s’intitule ‘Ordinatio de pila facienda’ (‘Règlement du jeu de balle’). Il concerne le lundi de Pâques. On en connait l’essentiel par un article consacré à Auxerre dans le Mercure de France et paru en mai 1726 :

« Ayant reçu la pelote d’un prosélyte ou chanoine nommé récemment, le doyen, ou quelqu’un d’autre le remplaçant, portant son aumusse et les autres pareillement entonnait la prose prévue pour le jour de la fête de Pâques, qui commence par ‘Victimae paschali laudes‘ : alors bloquant contre lui la pelote de sa main gauche, il emprunte un pas à trois temps (tripudium), sur les sons répétés de la prose chantée, les autres se prenant la main, menant une danse autour du dédale. Pendant ce temps et par différentes fois, la pelote est transmise ou jetée à un ou plusieurs des choristes. Il est joué, le rythme aussi donné par l’orgue. Le chœur après cette danse, prose et bond étant achevés, se dépêche d’aller manger ».

Le labyrinthe de la cathédrale de ChartresOn sait même que la pelote, au vu d’une délibération de 1412, était de couleur jaune, ne devait pas dépasser la mesure raisonnable, pourtant assez volumineuse pour ne pouvoir être tenue d’une seule main. La meilleure confirmation provient des archives de la cathédrale de Sens, en date du mercredi 14 avril 1443, puisqu’un décret du chapitre précise à propos du labyrinthe « qu’on y jouerait à volonté pendant la cérémonie de Pâques ».
On sait que de tels jeux de balle pouvaient aussi avoir lieu en dehors de la cathédrale, dans les bâtiments canoniaux ou épiscopaux [2]. C’est ce que dit Sicard de Crémone, qui l’appelle jeu de chorea (danse ronde) ou de la pelote – ludus chorae vel pilae, les deux aspects (cercle et balle) étant liés.
Une ordonnance de 1366 précise d’ailleurs, suite à des débordements répétitifs lors de la ‘fête des fous’, que celle-ci est expressément supprimée. « On ne conservera, est-il ajouté, que le jeu de l’évêque des enfants d’aube, auquel les enfants seuls prendront part, et le chant que l’on appelle Chorea, chant accoutumé au temps pascal. Et encore ces deux usages, le chapitre les tolérera tant qu’il les jugera bon » [3].

Le lien avec notre dimanche de Pâques est évident, puisque le chant qui servait à jouer à la pelote autour du labyrinthe était la séquence pascale qui introduit l’alléluia de Pâques avant l’Évangile de ce jour. Ce chant, dérivé du grégorien, a été composé au XI° siècle pour être mémorisé facilement, notamment grâce à son rythme très sautillant (la consigne d’interprétation indique : molto ritmico), à ses reprises musicales, à ses jeux de mots et ses rimes. Il servait ainsi de comptine aux enfants ou aux paysans qui la danseraient pour mimer Pâques.

Le symbolisme est clair : le labyrinthe représente la Passion-Résurrection du Christ qui, tel Thésée combattant le Minotaure tapi au fond du labyrinthe, descend aux enfers pour combattre la mort et sortir vainqueur au matin pascal. Le doyen qui tient la pelote jaune (couleur du soleil)  représente le Christ ressuscité (soleil levant) qui le premier parcourt ce chemin, du Vendredi saint au dimanche de Pâques, et ensuite appelle chacun de nous à marcher à sa suite. C’est pourquoi il lance sa pelote à chacun à tour de rôle, pelote jaune dont la forme et la couleur rappelait le « soleil invaincu » qui triomphe des ténèbres, et dont le fil qui le relie à lui est le nouveau fil d’Ariane permettant de ne pas se perdre en cours de route.

Gilles Fresson, attaché de coordination du rectorat de la Cathédrale de Chartres – qui a étudié en détail le symbolisme de ce labyrinthe – en conclut fort justement :
« Derrière l’impression d’un ‘jeu’, était en réalité représentée – symboliquement – l’une des vérités essentielles de la foi chrétienne : le Christ ressuscité ».
« Dans la chorégraphie qui avait lieu au Moyen Âge, le Christ (Thésée) traverse les enfers (le labyrinthe), affronte Satan (le minotaure), triomphe des puissances de la mort, offrant sa lumière (jaune) à tous ceux qui sont prêts à la recevoir : soit un chemin sûr (le fil de la la pelote) vers la vie éternelle. Le Christ, à Pâques, devient le premier né d’entre les morts. Tous les hommes et femmes, au fil de l’année, sont invités à le suivre » [4].

Tout cela se faisait dans une atmosphère de joie et de danse, dans les chants et les rires, qui évoque bien sûr la joie choquante du roi David dansant devant l’arche d’alliance : « comme l’arche du Seigneur entrait dans la Cité de David, Mikal, fille de Saül, se pencha par la fenêtre : elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur » (2S 6,16). Ce que les textes de Chartres appellent chorea est donc une véritable chorégraphie pascale, dont l’enjeu est d’éprouver corporellement l’ivresse de la Résurrection, et pas seulement intellectuellement par la lecture du texte liturgique.
Belle intuition : pour que Pâques devienne une fête populaire, il faut qu’elle passe par le corps. La quête des œufs de Pâques dans le jardin par les enfants répond à ce même besoin. Et quoi de mieux que la danse pour vivre Pâques comme un élan, une dynamique, une joie de tout l’être ?

Bien sûr, les autorités ecclésiastiques finirent par se méfier de ces danses dans les églises… David le premier n’avait-il pas suscité moqueries et réprobations lorsqu’il dansait à demi dévêtu devant l’Arche ?

« Or, comme l’arche du Seigneur entrait dans la Cité de David, Mikal, fille de Saül, se pencha par la fenêtre : elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur. Dans son cœur, elle le méprisa. […] Mikal, fille de Saül, sortit à sa rencontre et dit : ‘Comme il s’est honoré aujourd’hui, le roi d’Israël ! Lui qui s’est découvert aux yeux des servantes de ses esclaves comme se découvrirait un homme de rien !’ David dit à Mikal : ‘Devant le Seigneur, lui qui m’a choisi de préférence à ton père et à toute sa maison pour m’instituer chef sur Israël, sur le peuple du Seigneur, oui, je danserai devant le Seigneur. Je me déshonorerai encore plus que cela, et je serai abaissé à mes propres yeux, mais auprès des servantes dont tu parles, auprès d’elles je serai honoré’ » (2S 6,16-22).

849_big Chartres dans Communauté spirituelle

Chartres - rosaceDavid sait bien que ce sont les petits, les servantes, les moins-que-rien qui comprennent le sens de sa danse devant YHWH, pas les puissants…
Alors, malheureusement, cette danse pascale du labyrinthe a progressivement disparu, le plus souvent interdite par les clercs, si bien que le dessin sur le sol de la cathédrale de Chartres est aujourd’hui une énigme aux yeux des visiteurs se demandant pourquoi reproduire en faux le labyrinthe du Minotaure dans un tel édifice !

Ce symbolisme christique est renforcé par le lien du labyrinthe avec la rosace de la cathédrale. Cette majestueuse verrière montre le Fils de l’homme venant sur les nuées (vaguelettes blanches) à la fin des temps (Mt 24,30). Le Christ central, inscrit dans un quadrilobe sur fond rouge, est représenté assis, dans la gloire de sa résurrection, montrant les cinq plaies de la Passion. Or, quand on projette cette rosace sur le pavement, elle correspond exactement au cercle du labyrinthe, et le centre de la rosace où apparaît le Christ en majesté se superpose exactement au centre du labyrinthe ! C’est donc la projection sur terre de l’itinéraire du Christ que le labyrinthe matérialise : nous mettons nos pas dans ses pas, et cela nous conduira à travers sa Passion à partager la gloire de sa Résurrection au plus haut des cieux.
Comme quoi un peu de géométrie symbolique ne nuit pas pour déchiffrer l’essentiel…

 

La structure de la séquence

Heureusement, si la liturgie a oublié la danse, elle a au moins conservé la comptine !
Le terme séquence signifiant « suite »», en toute rigueur l’on devrait parler de « prose » lorsque ce chant précède l’Alléluia et de « séquence » lorsqu’il le suit. Pourtant, dans la liturgie actuelle, le Victimae, quoiqu’appelé séquence, précède l’Alléluia (l’inversion date du concile de Trente).
Regardons sa structure. Elle est composée de trois parties : une invitation faite à l’assemblée / le dialogue entre les apôtres et Marie Madeleine / la proclamation finale du chœur.

Latin Français
Victimae paschali laudes immolent Christiani
Agnus redemit oves:
Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.

Mors et vita duello conflixere mirando,
Dux vitae mortuus, regnat vivus.

Dic nobis Maria, quid vidisti in via?
Sepulcrum Christi viventis,
et gloriam vidi resurgentis:

Angelicos testes, sudarium et vestes.
Surrexit Christus spes mea:
praecedet suos in Galilaeam.

Credendum est magis soli Mariae veraci quam Judaeorum turbae fallaci.
Scimus Christum surrexisse a mortuis vere:
Tu nobis, victor Rex, miserere.

Amen.
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis;
le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne.

« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité!
Il vous précédera en Galilée ».
Il faut plus croire la seule Marie disant la vérité que la foule des Juifs perfides
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié!
Amen.

 

La structure dialogale de la séquence

art3 danseLa séquence est chantée sur une musique syllabique, c’est-à-dire qui fait correspondre à chaque syllabe une note, principe largement utilisé par Bach dans ses chorals liturgiques pour qu’ils soient plus facilement repris par la foule. Comme en plus il y a des rimes à chaque demi-verset, il est ainsi facile d’apprendre cette séquence par cœur pour pouvoir la chanter en jouant, sans partition.

D’emblée, il est frappant de constater que c’est une structure dialogale, faite de questions–réponses, d’alternances de prises de parole qui se répondent. C’est donc qu’entrer dans le mystère pascal se fait par le dialogue : poser des questions, y répondre, se parler. Les catéchumènes étaient formés selon cette pédagogie tout au long du Carême autrefois, jusqu’au dialogue ultime de leur baptême : « Crois-tu en Dieu… ? » / « Oui je crois » (credo). Rappelons qu’en islam par exemple, la profession de foi (la Chahada) n’est pas dialoguée : elle est énoncée sous forme d’un constat impersonnel (« il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah… ») d’où le « Je » est banni. Tiens donc : il y aurait peut-être un lien entre le jeu de la pelote christique et le Je du croyant…
Rappelons que par contre dans le repas pascal juif, les enfants doivent poser quatre questions en dialogue avec les adultes : la structure dialogale de la liturgie pascale  vient de loin !
C’est en jouant avec les paroles de la séquence comme avec la pelote que le sujet chrétien se constitue. 

La foi pascale n’est pas une vérité objective qui s’impose de l’extérieur et à laquelle il faudrait se soumettre (comme en islam). C’est un dialogue, que la séquence met en scène entre le célébrant et l’assemblée, entre les apôtres et Marie Madeleine, comme la pelote jaune qui fait la navette entre le doyen et les fidèles autour du labyrinthe pour les y faire entrer.

 

Les 3 parties de la séquence

Première partie

On ne sait pas trop qui prononce les trois premiers versets qui constituent la première partie de la séquence, mais en tout cas il s’adresse à tous les chrétiens et plus précisément à ceux  qui sont rassemblés là : « À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange ».

Invitation leur est faite d’immoler non pas un animal ou une autre victime – car le Christ et lui seul, une fois pour toutes, a accompli ce sacrifice sanglant – mais un sacrifice de louange : « que les chrétiens immolent leur louange ». Le vrai sens de la danse du labyrinthe pascal est bien la louange, admiration joyeuse de l’œuvre accomplie par le Christ en notre faveur. Car le vrai sacrifice est la louange de nos lèvres.
Le 2° verset reprend la théologie traditionnelle de la rédemption des pécheurs par le Juste, des brebis par l’Agneau. Les deux couples forment des jeux de mots faciles à mémoriser, et scandés par le rythme musical : agnus-oves / Christus-peccatores.
Le 3° verset met en scène un duel presque manichéen entre la mort et la vie, d’où le Maître de la vie sort vainqueur.

Ces trois versets plantent le décor en quelque sorte, à la manière d’une tragédie grecque : voilà le drame qui s’est joué lors de la Passion de Jésus, et voilà la source de la joie des chrétiens aujourd’hui.

 

Deuxième partie

Les versets suivants rompent le style du début, en introduisant un autre dialogue au cœur de la séquence. Il s’agit du dialogue entre les apôtres et Marie Madeleine, que nous avons vue dans l’Évangile de ce dimanche courir vers Pierre et Jean (Jn 20,1-9). D’après la séquence, c’est « en chemin » que Marie a vu les signes de la Résurrection, et non au tombeau vide, car c’est bien du chemin du labyrinthe dont il s’agit : « Dis-nous Marie, qu’as-tu vu en chemin ? » Indice précieux : c’est le témoignage de ceux qui ont déjà parcouru le chemin catéchuménal qui éclairera les futurs baptisés. Marie parle de sépulture, d’anges, du suaire, des vêtements. Et nous, qu’allons-nous répondre à ceux qui nous demanderont, curieux de notre parcours et inquiets du leur : « Dis-nous, qu’as-tu vu en chemin ? » Cette interrogation est également celle de nos contemporains, et nous leur devons une réponse. Cette réponse n’est pas une vérité à apprendre ou imposer, c’est un témoignage qui appelle les autres à s’engager eux aussi sur le chemin pascal, fut-il long et sinueux comme le labyrinthe de Chartres.

 

Un mot sur Marie-Madeleine

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On sait que dans la tradition judaïque, il faut deux témoins au minimum pour qu’un témoignage soit recevable devant un tribunal. Et deux hommes de préférence… Ici nous n’avons qu’un seul témoin et non deux. Et quel témoin ! Une femme, et non un homme – or le témoignage féminin a peu de valeur en ce temps-là – et en plus une ex-prostituée ! C’était tellement choquant que la séquence comportait autrefois un verset justifiant ce choix étonnant par Dieu d’un seul témoin peu qualifié aux yeux des juifs :
« Credendum est magis soli Mariae veraci quam Judaeorum turbae fallaci ».
« Il faut plus croire la seule Marie disant la vérité que la foule des Juifs perfides ».
La mention des « juifs perfides (fallacieux) » était certes malheureuse, et on a eu raison de supprimer cet ancien verset en 1570 dans le Missel Romain découlant du Concile de Trente (1545–1563). Reste que le fragile témoignage de Marie-Madeleine, disqualifié aux yeux de la Loi et de la culture de son époque, est la première manifestation de la gloire du Ressuscité dans l’Évangile de Jean ! Ne désespérons donc pas, nous autres pauvres Madeleines, de rendre au Christ le plus beau des témoignages devant l’Église et devant le monde !

 

Troisième partie

La fin de la séquence est chantée par le chœur : « Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts ».
Elle reprend peut-être la coutume du matin de Pâques encore pratiquées par nos frères orthodoxes : se saluer non pas par un « bonjour » mais par un dialogue (là encore) : « Christ est ressuscité », dit le premier qui salue / « il est vraiment ressuscité », répond le second.
Et la dernière phrase : « Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! » est peut-être un écho de la prière du cœur chère aux orthodoxes, qui fait prier comme un mantra sur le souffle de la respiration l’invocation suivante : « Seigneur Jésus, fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ».
Le chœur peut alors enchaîner avec l’Alléluia pascal qui introduit la lecture de l’Évangile de Jean.

 

La postérité musicale de la séquence

Innombrables sont les compositions musicales qui s’inspirent du Victimae  paschali ! Les plus anciennes remontent au XIV° siècle (Guillaume Dufay) ; les plus récentes au XX° (Laurent Perosi) [5]. Signalons l’harmonisation de Jehan Revert, enregistrée à Notre-Dame de Paris en 2009 sous forme de dialogue (encore !) entre le grand orgue et le chœur. Le caractère rythmé, joyeux et dansant de la séquence y apparaît clairement.

N’oublions pas la célébrissime cantate BWV 4 intitulée « Christ lag in Todesbanden » de Jean-Sébastien Bach. La mélodie qu’il emprunte à Luther est fondée sur un ancien hymne pascal du XI° siècle, « Christ ist erstanden », qui reprend le texte et la mélodie de notre séquence « Victimae paschali laudes ». En voici le texte, proche du nôtre :

Christ lag in Todesbanden / Christ gisait dans les liens de la mort
Für unsre Sünd gegeben / Sacrifié pour nos péchés,
Er ist wieder erstanden / Il est ressuscité
Und hat uns bracht das Leben / Et nous a apporté la vie ;
Des wir sollen fröhlich sein / Nous devons nous réjouir,
Gott loben und ihm dankbar sein / Louer Dieu et lui être reconnaissants
Und singen hallelujah / Et chanter Alléluia
Halleluja ! / Alléluia !


Conclusion : Pâques est à danser !

Comme David devant l’Arche, comme les catéchumènes du labyrinthe de Chartres, dansons la joie immense de ce jour sans pareil !
Que tout notre corps exulte !
Que le plaisir du jeu de la pelote christique nous entraîne sur son chemin de vie !

 


[1]. Voir l’article de référence de Gilles Fresson : https://www.cathedrale-chartres.org/cathedrale/monument/le-labyrinthe/le-labyrinthe-enfin-devoile/ à qui j’emprunte l’essentiel de sa documentation et de son interprétation.

[2]. « Aussi étonnant que cela paraisse, il existait encore une survivance folklorique de ce rituel dans le sud de la France au début du XIX° siècle, que l’on appelait « danse candiote » ou « danse crétoise des grecs » (sic). Sa date ordinaire était le mardi gras, mais on l’utilisait pour d’autres fêtes. Des danses labyrinthiques de Pâques existaient encore récemment dans certains villages de Haute-Corse, où elles se déroulaient durant la soirée du vendredi saint. Les processionnaires s’y enroulaient selon des volutes successives, les plus serrées possibles, le centre de la danse figurant à l’évidence le Christ-roi descendu aux enfers. On note qu’une cérémonie assez identique avait lieu jusqu’au XX° siècle en Calabre, dans le bourg de Caulonia » (ibid.).

[3]. Jean Beleth, dans son Rationale divinorum officiorum (vers 1155) mentionne de semblables jeux de balle, organisés au temps de Pâques, à Amiens et à Reims. L’usage est attesté par Guillaume Durand pour l’archevêché de Vienne, selon lequel une partie de pelote se tenait à l’issue d’un repas pris au lundi de Pâques, auquel participaient tous les chanoines. L’archevêque, éventuellement représenté, prenait traditionnellement part à ce jeu dans une salle de l’archevêché, ce qui ne manque pas d’offusquer le prélat de Mende. Plus tardivement, en 1582, les mêmes coutumes sont attestées à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Besançon, dans le cloître – à défaut dans l’église en cas d’intempérie. Sans doute faut-il établir un lien avec deux petits labyrinthes, datables de la fin du XIV° siècle, faits en carreaux vernissés, qui existaient dans les bâtiments monastiques de Saint-Étienne de Caen, où il a disparu et dans les bâtiments canoniaux de la cathédrale de Bayeux, où il est encore visible actuellement » (idid.).

[4]. Gilles Fresson, ibid.

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

1ère lecture : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés.  

Psaume : Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

2ème lecture : « Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

Séquence :
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié !
Amen.

Evangile : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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24 octobre 2021

Sorcières ou ingénieurs ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Sorcières ou ingénieurs ?

Homélie du 31° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
31/10/2021

Cf. également :

Conjuguer le verbe aimer à l’impératif
Simplifier, Aimer, Unir
J’ai trois amours
Aime ton Samaritain !
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Boali, ou l’amour des ennemis
Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde

Jeter des sorts ou bâtir des EPR ?

« Le monde crève de trop de rationalité, de décisions prises par les ingénieurs. Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR (réacteurs nucléaires) ».
Cette déclaration lapidaire (interview à « Charlie Hebdo » du 25 Août 2021) de Sandrine Rousseau, qui a obtenu 49% à la primaire écologiste pour l’élection présidentielle de 2022, est sans doute révélatrice de notre époque. Mais d’où vient cette référence ? La « sorcière » est devenue une figure populaire dans le féminisme actuel. L’auteure Mona Chollet l’a notamment popularisée dans son livre paru en 2018 : « Sorcières. La puissance invaincue des femmes ». Dans son ouvrage, elle écrit : « La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie ». L’éco-féminisme se veut ici à la pointe de la contestation de la rationalité occidentale.

La magie séduit même les membres du gouvernement. « Lorsque tu vas sur une ligne de production, c’est pas une punition. C’est pour ton pays, c’est pour la magie. » « J’aime l’industrie car c’est l’un des rares endroits au 21° siècle où on trouve encore de la magie », déclarait Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, lors de l’événement BIG 2021 le 7 octobre. « La magie du ballet des robots, du ballet des hommes. La magie de l’atelier où on ne distingue pas le cadre de l’ouvrier. » Ce lyrisme ensorceleur oublie pourtant que le salaire de l’ouvrier dans l’industrie est la moitié de celui du cadre, avec une espérance de vie de 6 ans de moins, et un travail autrement pénible… L’incantation magique ne supprime pas la dure réalité !

Les Désillusions du progrèsAprès des années d’avancées scientifiques et technologiques ébouriffantes, voilà que ce qui faisait le bonheur des peuples se transforme en une obscure menace. Le climat se réchauffe, les ressources naturelles s’épuisent, la déforestation bat son plein, les inégalités s’accroissent… Raymond Aron avait pointé très tôt - dès 1969 - ce qu’il avait appelé « les désillusions du progrès », dont Sandrine Rousseau témoigne à sa façon. Après un quart de siècle de croissance économique, la société moderne devait dans les années 60  affronter de nouveaux assauts : les uns, disciples fidèles ou infidèles de Marx, dénonçaient ses échecs relatifs ou partiels, les îlots de pauvreté au milieu de la richesse, l’inégalité excessive de la répartition des revenus ; les autres, dont l’inspiration remonte à Jean-Jacques Rousseau, voire aux romantiques, vitupèraient contre la barbarie de la « civilisation industrielle », la dévastation de la nature, la pollution de l’atmosphère, l’aliénation des individus manipulés par les moyens de communication, l’asservissement par une rationalité sans frein ni loi, l’accumulation des biens, la course à la puissance et à la richesse vaine.

Le pessimisme ambiant, diffus à travers l’Occident, accentué en France par le choc des événements de Mai 1968, imprégnait déjà l’analyse de la modernité esquissée dans ce livre de Raymond Aron. Tout se passe comme si les désillusions du Progrès, créées par la dialectique de la société moderne, et, à ce titre, inévitables, étaient éprouvées par la jeune génération des années 60 avec une telle intensité que l’insatisfaction endémique s’exprimait en révolte. Du même coup, l’observateur s’interroge sur le sens de cette explosion, sur la direction dans laquelle la société moderne pourrait répondre aux désirs qu’elle suscite, apaiser la faim, peut-être plus spirituelle que matérielle, qu’elle fait naître.
Les Occidentaux éprouvent-ils une sourde mauvaise conscience pour s’être réservé la meilleure part des profits de la science et de la technique, ou tendent-ils à se renier eux-mêmes, faute de trouver un sens à leurs exploits ? Ce qui est en jeu, c’est le destin d’une civilisation, révoltée contre ses œuvres et rêvant d’un paradis perdu ou à reconquérir. La jeunesse de Mai 68 s’est révoltée contre le rationalisme en rêvant de Mao et en scotchant des posters de Che Guevara dans leur chambre. Les jeunes générations de ce début de siècle protestent en rêvant d’une nature harmonieuse et en affichant Greta Thunberg sur leurs téléphones….

Oui la croissance économique déçoit, parce qu’elle n’est pas régulière ni partagée, parce qu’elle engendre la précarité, ou parce qu’elle détruit la planète.
Oui le progrès se révèle être un mythe hérité du XIX° siècle, avec ses machines à vapeur et ses usines produisant jour et nuit.
Oui l’avenir de l’humanité s’obscurcit, à cause des nuages provoqués par ce qui aurait dû éclairer l’horizon.
Oui les Lumières nous ont menti en caricaturant la nature, le vivant, et en idolâtrant la raison humaine.
Oui l’EPR coûte 3 fois plus cher qu’annoncé, et le problème des déchets n’est pas encore résolu.
Faut-il pour autant jeter le bébé-Raison avec l’eau du bain-crise écologique ? Le remède pourrait bien s’avérer pire que le mal. Jeter des sorts ou revenir à une vision magique du monde ferait renaître la peur de l’invisible et la soumission aveugle aux événements (épidémies, climat, raretés etc.).

Les Ecologistes contre la modernitéUn essai récent (Ferghane Azihari, Les Écologistes contre la modernité. Le procès de Prométhée, Ed. La Cité, 2021) nous met en garde contre cette tentation anti-Lumières, qui deviendrait vite… obscurantiste. Voilà deux siècles que la civilisation industrielle libère les hommes de la misère. Mais les apôtres de l’écologie radicale accusent les sociétés modernes d’avoir acheté leur confort au détriment de l’environnement, quitte à dépeindre le passé comme le paradis perdu qu’il n’a jamais été. Mêlant histoire, philosophie et analyses sociopolitiques, Ferghane Azihari déconstruit les raisonnements de ces antimodernes qui, de Pierre Rabhi à Greta Thunberg en passant par Nicolas Hulot, crient à la catastrophe climatique mais font la guerre aux solutions les plus crédibles aux défis actuels, comme l’énergie nucléaire. Le progrès technique reste pourtant selon l’auteur le moyen le plus juste de sauvegarder notre planète sans renoncer à améliorer le sort de l’humanité. Mais l’écologie politique est-elle encore animée par la philanthropie (l’amour de l’humain) ?

 

Les deux ailes de l’esprit humain

La foi et la raison : lettre encyclique Fides et ratioL’évangile de ce dimanche (Mc 12, 28-34) n’a évidemment pas pour objet de prendre position pour ou contre cette tentation antimoderne ! Pourtant, tous les commentateurs ont remarqué que Marc met sur les lèvres de Jésus un mot de plus que le texte original de du Deutéronome. Dt 6,5 mentionne en effet 3 dimensions de l’amour que nous portons à Dieu : le cœur / l‘âme / la force. Jésus y ajoute librement un 4e terme : l’intelligence (διανοας, dianoia). « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur (καρδας), et de toute ton âme (ψυχς), et de toute ton intelligence (διανοας), et de toute ta force (σχος) ». Il y a une douzaine d’occurrences de ce terme dans le Nouveau Testament, allant dans le même sens du lien foi-intelligence, comme l’écrit par exemple Jean : « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l’intelligence pour que nous connaissions Celui qui est vrai » (1 Jn 5, 20).

Jésus ajoute un nouveau terme, celui de l’intelligence à ce pilier de la religion qu’est le Shema Israël. Jésus fait ainsi de la réflexion personnelle un devoir de base, quotidien, pour toute personne, le devoir d’appliquer son intelligence dans toutes les dimensions de sa vie, à commencer dans sa recherche de Dieu, mais aussi dans sa religion, dans sa façon de faire de la théologie, dans sa façon d’aimer les autres et d’agir. L’intelligence est donc selon Jésus une alliée de la foi, qui n’a rien à craindre de l’intelligence, au contraire. La foi n’a rien à craindre des sciences physiques ou humaines, ni de la recherche biblique, elle n’a rien à craindre des débats philosophiques ou théologiques. Au contraire. Lorsque les religieux ont privilégié l’obéissance aveugle au détriment de la raison, c’était hélas pour servir les intérêts des puissants. Jésus anéantit cette hiérarchie et rend à chacun la liberté de penser par lui-même.
Le philosophe Emmanuel Lévinas a une superbe formule : la lettre est « l’aile repliée de l’Esprit ». Le travail de la pensée sur la Bible contribue à déployer les ailes de la lettre, afin qu’elles nous frôlent et nous inspirent des perspectives sur nous-mêmes.
Au détour de l’un de ses innombrables sermons, Calvin se laisse aller à une affirmation surprenante: « La Bible est une chose morte, sans aucune vigueur ». Ce n’est ni un lapsus, ni un dérapage. Le réformateur considère que, matériellement, la Bible est un livre parmi d’autres, sans plus. Elle ne devient Parole de Dieu que sous l’action du Saint-Esprit. […]
J’en déduis que le Saint-Esprit, ce n’est pas de l’excitation nerveuse mais de la pensée. Notre pensée est rendue amoureuse de Dieu et du coup capable de déployer les ailes de la lettre pour soi et pour autrui.
La Parole de Dieu ne vient pas de façon passive. Elle exige un investissement total de nos forces mentales et intellectuelles. Imaginez que nous ne préparions plus nos cultes, par exemple. Que nous laissions libre cours à la seule spontanéité, au happening, à l’improvisation permanente… Ce serait dramatique. Le Saint-Esprit n’est pas un kit de secours pour les paresseux [1].

Mobiliser son intelligence pour aimer Dieu est donc une composante indispensable de la foi chrétienne. Jean-Paul II écrivait en 1998 une encyclique : Fides et ratio, pour ancrer le nécessaire dialogue entre ce qu’il appelle les deux ailes de l’esprit humain :
« La foi et la raison (fides et ratio) sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ».

Il s’appuie en cela sur une longue tradition philosophique, de saint Augustin à saint Anselme, montrant combien la foi cherche à comprendre, et combien chercher à comprendre est éclairé par la foi.

« ‘Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence’ (Pr 4,5).
Saint Anselme souligne le fait que l’intellect doit se mettre à la recherche de ce qu’il aime: plus il aime, plus il désire connaître. Celui qui vit pour la vérité est tendu vers une forme de connaissance qui s’enflamme toujours davantage d’amour pour ce qu’il connaît, tout en devant admettre qu’il n’a pas encore fait tout ce qu’il désirerait : ‘J’ai été fait pour te voir et je n’ai pas encore fait ce pour quoi j’ai été fait’ » (Fides et ratio n° 42).

Sorcières ou ingénieurs ? dans Communauté spirituelle B_science_cognitive_religionsUne foi purement irrationnelle serait de la superstition, de la magie. Blaise Pascal écrivait en substance : ce n’est pas la raison qui me fait croire, mais ce n’est pas sans raison(s) que je crois. Symétriquement, une raison purement athée se priverait elle-même d’explorer d’autres profondeurs de l’homme et de l’univers. Jean-Paul II employait fort justement le terme de circularité pour parler des relations entre foi et raison :

A la lumière de ces considérations, la relation qui doit opportunément s’instaurer entre la théologie et la philosophie sera placée sous le signe de la circularité. […]
Il est clair que, en se mouvant entre ces deux pôles – la Parole de Dieu et sa meilleure connaissance -, la raison est comme avertie, et en quelque sorte guidée, afin d’éviter des sentiers qui la conduiraient hors de la Vérité révélée et, en définitive, hors de la vérité pure et simple; elle est même invitée à explorer des voies que, seule, elle n’aurait même pas imaginé pouvoir parcourir. De cette relation de circularité avec la Parole de Dieu, la philosophie sort enrichie, parce que la raison découvre des horizons nouveaux et insoupçonnés (n° 73).

Comprendre pour croire, croire pour comprendre ont toujours été les deux mouvements distincts et indissociables de la quête humaine vers Dieu.

« Si tu ne peux comprendre, crois afin de comprendre.
Si tu ne crois pas tu ne pourras pas comprendre.
La foi te purifie, afin qu’il te soit possible d’arriver à la pleine intelligence » [2].

Il nous faut donc cultiver notre intelligence pour aimer Dieu [3]. Et nul doute qu’aimer Dieu peut en retour illuminer notre intelligence.
L’esprit, c’est-à-dire la raison elle-même, devra reconnaître la nécessité de ce dépassement en se désavouant.  Pascal osait le paradoxe :

« Il n’y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison. La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent. Elle n’est que faible si elle ne va pas jusque-là. Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ? »

En s’humiliant, la raison triomphe d’elle-même, en se niant elle s’affirme. Cette négation, en effet, n’est pas un reniement. Ce désaveu est l’acte le plus raisonnable qu’elle pouvait réaliser. Car, en reconnaissant qu’elle ne peut rendre raison d’elle-même, elle convient de ce qui la dépasse. Ce dépassement n’est pas destructeur, il s’effectue dans le sens d’une vision contemplative qui est l’œuvre d’une faculté supérieure : le cœur.

 

Mais que veut dire aimer Dieu de toute son intelligence ?

Les fondamentalistes religieux de tous poils ne font pas jouer leur intelligence : ils récitent, ils répètent les textes de façon mécanique, sans les remettre dans leur contexte, sans étudier leurs contradictions internes, sans étudier les manuscrits, les genres littéraires etc. Comment pourraient-ils aimer Dieu, puisqu’ils tuent son Esprit qui fait vivre la lettre ?
Du fait de leur littéralisme, ils en viennent à adopter des croyances parfaitement irrationnelles (Dieu aurait fait un miracle sans aucune médiation) ou des pratiques contraires à la raison (organiser des processions pour faire pleuvoir, lapider les adultères etc.). Comment pourraient-ils aimer l’homme, puisqu’ils éliminent ce qui fait sa dignité ?

Les deux amours sont liés : le respect de l’humain est un critère sur pour discerner si une foi est vécue intelligemment ou non. La bêtise religieuse se traduit toujours hélas par des oppressions humaines.
« Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère » (1 Jn 4, 20 21).
Aimer Dieu de toute son intelligence va de pair avec la promotion de l’homme, tout l’homme, tous les hommes.

L’intelligence que donne la foi s’applique à la foi elle-même : interpréter les Écritures avec sagesse et discernement, expliciter le contenu de la foi en termes clairs et culturellement compréhensibles, mettre la vie de l’Église en cohérence avec l’Évangile etc.

Source : geluck.comUn amour intelligent cherchera donc à utiliser les sciences humaines pour approfondir le mystère de la foi : exégèse, philosophie, théologie, histoire, psychologie, économie, archéologie etc. Au titre du principe de circularité entre foi et raison, ce même amour intelligent laissera la foi éclairer sa compréhension de l’humain et du créé.
D’où une certaine orientation anthropologique, avec une vision de l’être humain fait pour la communion, appelé à être co-créateur de l’univers, à tisser l’unité dans la différence à l’image de Dieu Trinité.
D’où également une certaine orientation économique, qui ne peut réduire l’homme à ses seuls besoins matériels, ni à un individu séparé (néolibéralisme) cherchant à maximiser ses intérêts, ni à collectif mû par le conflit et les rapports de force (socialisme, communisme). Parce que notre foi évoque la dignité humaine à travers le concept de personne (une personne, deux natures / une nature, trois personnes), notre économie aura inévitablement des actions personnalistes, au service de la personnalisation de chacun en société. Elle prendra en charge de façon responsable la gestion de la nature, sans séparer la nature humaine de la nature créée.
Aimer Dieu de toute son intelligence aura encore bien des répercussions dans le domaine de l’art, comme l’ont déjà amplement montré les chefs-d’œuvre des musiciens, sculpteurs, peintres, poètes et autre artistes chrétiens depuis 2000 ans.

Un amour intelligent devra réfuter les visions magiques et superstitieuses du monde qui ressurgissent de toutes parts en ce siècle qui voudrait ré-enchanter l’univers. Il y a plus de 8000 guérisseurs ou charlatans en France à avoir la réputation de soigner sans diplôme ! Le monde est si complexe que beaucoup renoncent à le comprendre, et veulent seulement se concilier des soi-disant forces invisibles pour aller mieux…

L’intelligence demande à la fois de tenir compte de la culture environnante et de la contester. Il s’agit du conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde actuel, car inculturer l’Évangile fait partie de l’Évangile, alors qu’épouser son époque rend très vite veuf… Celui qui s’épuise à courir après les idoles du moment aura toujours une mode de retard. Saint Jean parle de « vaincre le monde », tout en l’aimant au point de lui donner ce qu’on a de plus cher…

Pour aimer Dieu de toute notre intelligence, il nous faudra lire, étudier, faire silence, réfléchir, prier.

Cela ne suffira pas. D’ailleurs, notre passage de ce dimanche nous rappelle au moins trois autres dimensions indispensable pour aimer Dieu : le cœur / l‘âme / la force. Le ‘cœur’ n’est pas ici l’origine des sentiments, mais le lieu des décisions humaines (pour ou contre la justice, pour ou contre Dieu, en faveur des riches ou des pauvres etc.). ‘L’âme’ n’est pas un principe éthéré, mais le souffle de vie (nephesh en hébreu, pyschè en grec) qui anime l’humain jusqu’à en faire une icône divine. La ‘force’ (dynamis en grec) est la puissance dynamique que nous mettons en œuvre pour agir, avancer, grandir, vaincre l’adversité.

C’est donc que l’intelligence seule ne suffit pas pour aimer Dieu en vérité. Impossible normalement de sombrer dans un rationalisme desséché et desséchant si on prend en compte toute la phrase de Mc 12,6. Être intelligent n’implique pas automatiquement d’aimer Dieu en vérité. Par contre aimer Dieu ne peut se faire sans convoquer l’intelligence.

Voilà de quoi préférer les ingénieurs aux jeteurs de sorts, l’interprétation au fondamentalisme, la culture à la soumission docile !

Que chacun d’entre nous s’examine :
Quel rôle joue l’intelligence dans ma foi ?
Comment ma foi éclaire-t-elle mon intelligence ?
Que veut dire aimer Dieu de toute mon intelligence pour moi actuellement ?

 

 


[2]. Saint Augustin, Sur l’évangile de Jean, Tr. 36, n. 7

[3]. « Croire est un acte de l’intellect consentant à la vérité divine par l’ordre de la volonté mue par Dieu par la grâce », St Thomas d’Aquin, Somme Théologique 2-2,2,9.

Lectures de la messe

Première lecture
« Écoute, Israël : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur » (Dt 6, 2-6)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses décrets et ses commandements, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie. Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a dit le Seigneur, le Dieu de tes pères.
Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.
Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. »

Psaume
(Ps 17 (18), 2-3, 4, 47.51ab)
R/ Je t’aime, Seigneur, ma force.
(Ps 17, 2a)

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon ro ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu !
Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.
Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !

Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire,
Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie.

Deuxième lecture
« Jésus, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, dans l’ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de rester en fonction. Jésus, lui, parce qu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas. C’est pourquoi il est capable de sauver d’une manière définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, car il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur.
C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. La loi de Moïse établit comme grands prêtres des hommes remplis de faiblesse ; mais la parole du serment divin, qui vient après la Loi, établit comme grand prêtre le Fils, conduit pour l’éternité à sa perfection.

Évangile
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. Tu aimeras ton prochain » (Mc 12, 28b-34) Alléluia. Alléluia.

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.
Patrick BRAUD

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