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1 avril 2021

Le grand silence du Samedi Saint

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le grand silence du Samedi Saint

cf. également :

Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir
Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La Passion du Christ selon Mel Gibson


Voilà, c’est fini.

Tout est accompli.

Après le dernier cri effrayant du condamné, on a descendu son cadavre de la croix. En toute hâte à cause du shabbat qui commence au coucher du soleil ce vendredi-là, Joseph d’Arimathie a improvisé un enterrement en stockant le corps dans un tombeau neuf qui n’était pas destiné à cela. Il a juste eu le temps de l’envelopper dans un linceul à la manière juive. Pas de préparation funéraire, pas d’aromates, pas d’embaumement : tous ces travaux sont interdits pendant le shabbat. La grosse pierre d’entrée du sépulcre a été roulée. Maintenant, il n’y a plus rien à faire. Il n’y a plus qu’à attendre. Mais Dieu sait quoi… !

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Les femmes dont Marie-Madeleine attendent d’aller faire la toilette et les rites funéraires sur le corps du mort dès que cela sera possible, dimanche matin. Les autres… où sont-ils les autres ? Dispersés comme des fétus de paille dès l’arrestation de Jésus. Et maintenant cœurs et portes verrouillées au Cénacle. Tétanisés de peur, sidérés par l’événement du Golgotha, ne sachant quoi penser ou croire…

En ce vendredi soir qui est le début du samedi juif, un grand silence s’installe autour de la dépouille du crucifié au tombeau. Un grand silence enveloppe ses disciples, éperdus et abattus.

En ce jour, pas de geste sacramentel comme au Jeudi Saint, pas de vénération comme au Vendredi Saint, pas de procession, pas de longues lectures. Les autels sont nus. Les crucifix et statues sont voilés. C’est un jour en creux. Ce n’est pas le moment pour des répétitions au presbytère ou des achats de dernière minute. Dans l’église, le dépouillement dispose au recueillement de l’oraison contemplative. Le tabernacle est ouvert, il n’y a plus rien, sauf l’attente de l’aube bienheureuse.

En ce jour de repos, le fidèle est invité à descendre dans sa « cellule intérieure », comme disait Catherine de Sienne, pour vivre un cœur à cœur amoureux avec le Christ en prolongeant sa prière d’offrande au Père.

Le seul geste qui reste à l’Église c’est le chant. Le chant des psaumes particulièrement.

Et puis, par-dessus tout, il y a le silence de Jésus, le silence du 7ème jour, quand « Tout est accompli ».

L’office des Lectures du Samedi Saint nous fait lire chaque année à ce moment-là une homélie du IV° siècle attribuée à Saint Épiphane de Salamine :

Homélie ancienne pour le grand et Saint Samedi
Éveille-toi, ô toi qui dors !

« Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler ».

Ce silence immense nous étreint, nous bouleverse. Il rejoint tous les silences de ces entre-deux qui jalonnent notre route. L’entre-deux qui marque le début d’un deuil. L’entre-deux après un éblouissement intense d’où il faut bien redescendre ensuite. L’entre-deux de nos périodes de calme plat, dont nos confinements sanitaires successifs nous ont donné une idée. L’entre-deux du Vendredi saint à Pâques est ce moment-là où il ne se passe plus rien.

On peut conjurer l’angoisse de ce presque-rien en le reliant tout de suite à Pâques. C’est ce que font les anglais par exemple en l’appelant Good Friday (le bon vendredi), ou les suédois en l’appelant Påskaftonen, littéralement « la veille de Pâques ». Mais les Allemands préfèrent insister sur le drame, en le nommant Der Karsamstag  (kara = lamentation, chagrin, deuil), le samedi de la lamentation.

Lors d’une exposition du suaire de Turin en 2010, Benoît XVI avait longuement médité sur ce silence du Samedi Saint, qui dans son caractère obscur parle particulièrement à nos contemporains : « L’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l’homme contemporain (…) comme un vide dans le cœur qui s’élargit toujours plus ».

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En rigueur de termes, le silence ce Samedi Saint est celui du néant. Puisque Jésus a réellement connu la mort, il n’y a plus de « Je » dans le sépulcre pour éprouver quoi que ce soit. Il n’y a plus ni l’angoisse, ni la solitude, puisqu’il n’y a plus personne pour les éprouver derrière la pierre roulée. Au séjour des morts, par définition, il n’y a que le néant. Comme le disait Épicure, la mort n’existe pas puisque je suis là quand elle n’est pas, et quand elle est là je ne suis plus. Un peu comme avant notre naissance…

Le néant est pire que tout, puisqu’il n’est rien. Peut-on imaginer que Jésus ait connu ce néant-là ? Contradiction indépassable…

Les silences qui nous effraient annoncent celui qui nous attend dans notre mort, incomparablement plus dense. Les solitudes qui nous angoissent annoncent celle, absolue, de l’absence de tout lien avec quiconque, fut-ce avec soi-même.

Ce silence du Samedi Saint est indicible. Il renvoie à une réalité inconnaissable, même dans la mort. Les protestants soutiennent qu’il annonce l’entre-deux entre mort individuelle et résurrection générale, qu’ils appellent « le sommeil des morts ».

Quoiqu’il en soit, nos silences éperdus d’angoisse trouvent en celui d’aujourd’hui un archétype.
Nos solitudes les plus terribles s’enracinent dans cette expérience ineffable où le Verbe de Dieu est coupé de tous.
Nos frayeurs les plus irrationnelles annoncent cet instant où – comme Jésus au tombeau – nous ne serons plus rien.

Apparemment, aux yeux de la foule du Calvaire, cet ensevelissement hâtif et le silence qui s’ensuit résonnent comme la dissipation définitive d’une illusion. Ce soi-disant Messie a échoué ; ce faux prophète est démasqué ; celui qui disait « Je suis » n’est plus.

Ce sentiment que notre foi pourrait bien n’être en définitive qu’une illusion – utile certes, mais une illusion quand même – peut nous traverser, nous tenailler. Comment peut-on l’éviter, sauf à célébrer Pâque trop vite ?

Entre vendredi et dimanche c’est le no man’s land de nos silences pleins de doutes et d’interrogations. Comme un brouillard en montagne : si épais qu’il empêche de voir à un mètre. Le plus prudent est alors de ne pas bouger. Surtout ne pas explorer d’autres chemins. Juste tenir bon et patienter, jusqu’à ce que le brouillard se lève. La foi revêt souvent cette opacité du brouillard dissimulant tout à notre regard. Elle est alors  cette humble ténacité à rester là, sans savoir, sans paroles, sans rien.

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Bien sûr, par anticipation pascale, ce silence peut être celui du repos en Dieu, comme nous y invitent les psaumes de notre office des Lectures :
« Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors,  car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance »» (Ps 4, 9).
« Tu ne peux m’abandonner à la mort  ni laisser ton ami voir la corruption » (Ps 16, 10)
Et le Cantique des cantiques dit : « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles, par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas l’Amour, avant qu’il le veuille » (Ct 2, 7).

Mais cela ne supprime en rien le tragique de ce silence du Samedi Saint où tout se dissout dans le néant, ce vide qui s’élargit toujours davantage.

« Jésus ne descend pas seulement chez les morts ; il descend dans sa mort ; il descend dans l’état de mort et il l’habite. Il l’habite longuement, posément, gravement ; ainsi lorsque nous serons nous-même en cet état, nous n’y serons pas seuls : nous le trouverons déjà habité et réchauffé par lui ; Jésus s’y sera allongé, déjà, à notre place » [1].

 


[1]. François Cassingena-Trévedy, Étincelles, Ed. Ad Solem, 2004, p. 61

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28 mars 2021

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds

Jeudi Saint / Année B
01/04/2021

Cf. également :

Jeudi saint : les réticences de Pierre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Jeudi Saint : pourquoi azyme ?
La commensalité du Jeudi saint
Le Jeudi saint de Pierre
Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
Je suis ce que je mange
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint
De l’achat au don
Pâques : les 4 nuits

Comment s’habituer au choix étonnant de la liturgie en ce Jeudi Saint ? Au lieu de nous faire lire le récit de l’institution de l’eucharistie en Marc, Matthieu ou Luc, elle choisit de nous faire entendre Jn 13, où il n’est pas question d’eucharistie, mais de lavement des pieds ! Quitte à choisir l’Évangile de Jean, elle aurait dû nous faire lire le fameux discours sur le pain de vie (Jn 6), qui – lui – est bien eucharistique…
Alors, comment interpréter cette substitution lavement des pieds/eucharistie ?
Parcourons pour cela quelques interprétations de ce geste si symbolique.

 

1. Un condensé de la kénose du Christ

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds dans Communauté spirituelle parabole-philippiensLe plus frappant (et la réaction de Pierre l’atteste) est sans doute de voir Jésus se mettre à genoux devant ses disciples, s’abaisser à ce rôle d’esclave lavant les pieds des hôtes de la maison. Cet abaissement n’est pas feint : aucune hypocrisie dans le geste de Jésus pour déposer sa tunique et nettoyer les pieds salis par la poussière des chemins. Notons d’ailleurs que les pieds des Douze devaient être fort sales, ce qui confère au geste une connotation répugnante (c’est pour cela qu’on s’en décharge sur les esclaves, et que Pierre s’est regimbé). Ne sublimons pas trop vite ce geste donc !

En réalité, Jésus exprime ici qui il est, au plus intime : celui qui se vide de lui-même pour servir les autres. Cet abaissement christique – à contre-courant de toutes les représentations messianiques – a été chanté très tôt dans une vieille hymne rapportée par Paul : « Le christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix… »(Ph 2, 6 11).

Le verbe grec utilisé pour décrire le fait de se dépouiller de sa divinité  (tunique enlevée) pour se faire serviteur (laver les pieds) a donné en français le mot kénose (se vider de soi-même). La kénose du Christ, c’est son être même et celui de Dieu [1] : être tendu vers l’autre – que ce soit son Père ou ses frères – pour ne plus faire qu’un avec lui/eux dans une communion d’amour que le service exprime et réalise. La liturgie du Jeudi Saint nous livre ainsi la dimension christique de l’eucharistie : communier, c’est s’engager avec le Christ, par lui et en lui, dans sa kénose pour les autres.

Communier sans désirer participer à cette kénose du Christ, voilà qui serait une hypocrisie plus redoutable que tous les sacrilèges !

 

2. Un signe d’hospitalité

La phyloxénie d'Abraham (Chagall)Cette signification du lavement des pieds est bien connue. En signe de bienvenue, les esclaves purifiaient les pieds des invités. Ce geste leur assurait en actes qu’ils étaient attendus, désirés, respectés. Paul en fait l’un des critères pour admettre une femme dans le groupe des veuves de la communauté : « Une femme ne sera inscrite au groupe des veuves que si elle est âgée d’au moins soixante ans et n’a eu qu’un mari. Il faut qu’elle soit connue pour ses belles œuvres : qu’elle ait élevé des enfants, exercé l’hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les affligés, qu’elle se soit appliquée à toute œuvre bonne » (1 Tm 5, 9-10). Critère diaconal en quelque sorte, visiblement très féminin  aux débuts de l’Église….

Le lien eucharistie–hospitalité est donc naturel dans l’évangile de Jean.

On se souvient d’Abraham offrant l’hospitalité à trois voyageurs, organisant leur lavement des pieds, les nourrissant, pour découvrir après coup que c’était Dieu (en personnes, pourrait-on dire !) qui le visitait (Gn 18, 1-15). L’eucharistie et l’hospitalité d’Abraham sont symboliquement réunies dans l’icône de la Trinité de Roublev. Elles doivent l’être existentiellement dans nos pratiques domestiques ordinaires.

Comment communier sans accueillir des invités chez vous ? des réfugiés dans un pays ? sans nous laisser nous-mêmes inviter ailleurs ?

 

3. Un acte de charité

Pope-Francis-Muslim-Christian-Hindu-refugees-Castelnuovo-di-Porto-Rome-Italy-Maudy-Thursday-2016 culte dans Communauté spirituelleLes Anglais ont appelé le Jeudi Saint : Maundy Thursday. Cela vient du latin mandatum  = commandement (mandat), en référence au commandement nouveau de l’amour dont Jésus fait la clé de voûte de son message et de son être : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres »(Jn 13, 34) … 

Les célébrations du Jeudi Saint au Royaume-Uni (également appelé Royal Maundy) impliquent que le monarque offre des aumônes aux personnes âgées méritantes – un homme et une femme pour chaque année de l’âge du souverain. Ces pièces, connues sous le nom de monnaie Maundy ou Royal Maundy, étaient distribuées dans des sacs à main rouges et blancs, selon une coutume datant du roi Édouard Ier. Le sac à main rouge contenait de la monnaie ordinaire, la bourse blanche avait de l’argent au montant d’un sou pour chaque année de l’âge du souverain.

Laver les pieds de l’autre – alors qu’ils sont sales – relève de la charité qui a toujours inspiré les paroles et les actes du Christ. Il s’agit de redonner à l’autre sa beauté, sa pureté, son parfum, de le restaurer dans sa dignité d’ami et de familier. Voilà pourquoi le pape choisit souvent des prisonniers, des personnes handicapées, des victimes, des malades du sida, des réfugiés, pour obéir au commandement du Maundy Thursday en leur lavant les pieds devant tous. 

Communier, c’est puiser en Christ la force d’obéir à son commandement nouveau de charité envers tous, jusqu’à se livrer sa vie s’il le faut.

 

4. Une signification sacramentelle

Comment réconcilier les jeunes avec la confession ?Les réticences de Pierre à se laisser toucher et laver par Jésus donnent lieu au développement du texte sur la nécessité de renouveler régulièrement cette purification partielle, alors que le reste du corps n’en a pas besoin. La Tradition unanime y a vu l’annonce de l’importance de la confession des péchés, hygiène spirituelle à pratiquer après le baptême. Le baptême est donné une fois pour toutes, et avec lui le pardon fondamental. La confession des péchés est rendue nécessaire par la marche poussiéreuse sur les chemins de la vie, où inévitablement la saleté s’accumule sur les sandales et sur les pieds, ternissant ainsi la propreté des pieds seulement.

Sacramentelle chez les catholiques et les orthodoxes, spirituelle chez les protestants, cette confession régulière des péchés permet de ne pas perdre la grâce fondamentale du baptême, de l’entretenir en quelque sorte par ce toilettage fréquent.

Communier pour être pardonné (des inévitables manquements commis au cours de route) ; être pardonné pour communier : ce lien sacramentel est fort ! L’Occident l’avait durci en une obligation décourageante (c’est pourquoi les chrétiens ne communiaient autrefois qu’une fois l’an, pour être ‘en état de grâce’ et ‘faire ses Pâques’). Nous pourrions aujourd’hui redécouvrir ce lien plus positivement : Pierre a bien accepté d’être lavé/pardonné malgré ses réticences, pourquoi pas nous ?

 

5. Une signification éthique

Pour une éthique sociale universelle : la proposition catholiqueLe fait que Jean ait volontairement remplacé le récit de la Cène (alors qu’il y était !) par le lavement des pieds (alors qu’il connaissait les trois autres versions du dernier repas de Jésus écrites avant la sienne) montre assez le lien qu’il a voulu établir entre les deux. En termes contemporains, on pourrait traduire cela dans la formule : pas de culte sans éthique, pas d’éthique son culte.

Le discours sur le pain de vie (Jn 6, dimension cultuelle) culmine dans le geste du lavement des pieds (Jn 13, dimension éthique). Servir ses frères exprime la vérité de l’eucharistie. Voilà pourquoi le ministère diaconal est si essentiel à l’Église.

Dans le Moyen-Orient ultra-religieux de l’époque, cet accomplissement n’allait pas de soi (comme pour l’islam ou l’hindouisme etc.) : les droits de Dieu étaient largement supérieurs aux droits des hommes, et le crime de blasphème pour lequel Jésus a été condamné était le pire de tous. À l’heure des fanatismes musulmans et religieux de tous poils, il est vital de rappeler inlassablement, avec les prophètes de la première Alliance, que le culte sans éthique n’est qu’une vaste supercherie, une hypocrisie dangereuse, une instrumentalisation blasphématoire du Nom de Dieu.

À l’inverse, en Occident notamment, la réciproque mériterait d’être valorisée. Car l’humanitaire se dégrade vite en alibi sans une vision transcendante de l’homme. La poursuite de la solidarité s’abîme en assistance humiliante si l’on ne voit que les besoins économiques. L’action politique se noie dans le cynisme s’il n’y a pas de bien commun supérieur. Les enfants des militants chrétiens des années 60 ont pris leur éthique, mais sans la foi au Christ. Cette rupture entre les deux compromet la réussite de l’une et de l’autre…

Célébrer et servir sont les deux faces de la médaille chrétienne de l’eucharistie. Jamais l’une sans l’autre.

 

6. Une signification ecclésiale

schema_robbes autoritéLa finale de notre évangile résonne comme une invitation à convertir notre exercice du pouvoir et de l’autorité : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres… »

Cette conversion de l’autorité est d’abord à vivre en Église, pour qu’elle soit sacrement (=  signe et moyen) de ce qu’elle annonce (cf. Vatican II).

Or là, il faut bien avouer que la réforme de l’Église que cela implique est immense, inachevée et permanente. Dans l’Église catholique, l’autorité est encore confisquée – en théorie et en pratique – par une pyramide très hiérarchique, dont les femmes sont très largement absentes. Tant que les réformes pour vivre le pouvoir dans l’esprit du lavement des pieds resteront aussi timides et anecdotiques qu’aujourd’hui, on peut craindre pour l’avenir de notre Église, si peu à la hauteur – ou plutôt si peu à la bassesse – de Celui qu’elle annonce, et de sa kénose.

L’argument vaut d’ailleurs pour toutes les Églises…

De la Curie romaine au conseil pastoral de paroisse, nos institutions et fonctionnements  devraient régulièrement se soumettre ou lavement par le Christ, afin d’être débarrassées de leurs souillures, acquises au fil des siècles.

Communier, c’est s’engager à réformer l’Église pour qu’elle soit davantage fidèle à l’Esprit du serviteur de Jn 13.

 

7. Un signe pascal

Jésus mains tenant jarre d'eau prêt à laver les pieds de ses disciples Banque d'images - 47035301À la fin du lavement des pieds, Jésus reprend sa tunique : geste symbolique à forte connotation pascale. Se dépouiller de sa tunique, c’est la kénose du Christ, de son incarnation jusqu’à sa mort. Reprendre sa tunique, c’est se relever d’entre les morts, être à nouveau revêtu de la splendeur de cette divinité. La traduction liturgique privilégie d’ailleurs le sens de « recevoir » pour l’autre usage du verbe λαβεῖν (labein = prendre/recevoir) : « ma vie, nul la prend, mais c’est moi qui la donne. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai le pouvoir de la recevoir (labein) à nouveau » (Jn 10, 18).
La résurrection d’entre les morts est en œuvre en filigrane dans le rituel du Prince se faisant esclave par amour, et ainsi couronné de gloire par son Père.

Communier à la messe, c’est participer dès maintenant à ce mouvement pascal qui nous entraîne nous aussi à déposer nos signes de richesse pour revêtir la dignité pascale des baptisés en Christ.

 

Impossible de vivre ces sept significations eucharistiques à soi tout seul, et tout le temps. Il nous faut nous y tenir ensemble, en Église, en vivant intensément la dimension qui est la nôtre actuellement, sans oublier celles que nous pourrons honorer plus tard.

 

 


[1]. « L’être de Dieu correspond à son apparaître dans  le Christ.  Jésus  ne  nous  dit  pas  seulement  comment  l’homme  doit aimer,  mais  aussi  et  d’abord  comment  Dieu  aime.  S’il  y  a  une  kénose  du  Christ,  c’est  que Dieu, Père,  Fils,  Esprit, est  éternellement  en  kénose,  c’est-à-dire  en  acte  de  livraison sacrificielle de soi. Point n’est besoin d’être chrétien pour savoir que nul n’entre dans la joie d’aimer  sans  entrer  d’un  même  mouvement  dans  la  souffrance  d’aimer.  Mais  le  chrétien fonde  en  Dieu  même  cette  réciprocité,  j’allais  dire  cette  identité.  Dieu  est  ce  qu’il  devient dans le Christ. Il n’y aurait pas une kénose du Verbe incarné si la Trinité –et non seulement le Verbe –n’était en elle-même Puissance et Acte de kénose. [...] La forme d’existence du Fils est d’être Image, donc pôle d’accueil, d’humilité et de pauvreté dans la Trinité. Il est kénose en tant qu’Image du Père, mais c’est d’une kénose qu’il est l’image. Il ne serait pas en kénose si le Père n’y était pas ». François VARILLON, L’humilité de Dieu, Paris, Le Centurion, 1974, p. 127-128.

 

 

MESSE DU SOIR

PREMIÈRE LECTURE
Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)
R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

ÉVANGILE
« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick BRAUD

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14 mars 2021

Va te faire voir chez les Grecs !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Va te faire voir chez les Grecs !

Homélie pour le 5° Dimanche de Carême / Année B
21/03/2021

Cf. également :

Grain de blé d’amour…
La corde à nœuds…
Qui veut voir un grain de blé ?
Le jeu du qui-perd-gagne
Quels sont ces serpents de bronze ?

Va te faire voir chez les Grecs ! dans Communauté spirituelle B00YYEZ3H8.01._SCLZZZZZZZ_SX500_Évidemment, un tel titre est un peu choquant pour un commentaire d’évangile ! Cette insulte vulgaire est devenue l’expression d’un rejet méprisant, les Grecs étant réputés pour leurs mœurs douteuses dans l’Antiquité. Mais dans l’Évangile de ce dimanche (Jn 12, 20-33), les Grecs présents à Jérusalem pour la fête de la Pâque sont les déclencheurs de la célèbre parole de Jésus sur le grain de blé, annonçant sa Passion et sa mort.
Quel lien entre les Grecs et le grain de blé ? entre le désir de « voir Jésus » et l’heure de la glorification qu’il annonce ? Quel rôle jouent Philippe et André dans cette version de Gethsémani si particulière à Jean ?
L’enjeu n’est pas que scripturaire. Il concerne le lien que nous avons à faire aujourd’hui entre notre universalisme chrétien et le caractère pascal de notre foi. Voyons comment.

 

Nous voudrions voir Jésus

 blé dans Communauté spirituelleTout part de là, de ce désir de quelques prosélytes grecs qui ont fait le voyage pour fêter la Pâque à Jérusalem. Ils sont à eux seuls témoins de l’ouverture du judaïsme à d’autres peuples, à d’autres cultures déjà. En exprimant leur volonté de « voir Jésus », ils vont déclencher en lui ce rappel à l’universel qu’il a peu à peu apprivoisé sur les chemins de Palestine. Avec cette demande, la finalité de sa mission s’impose à lui avec évidence : « j’attirerai à moi tous les hommes ». Tant qu’il demeure un obscur prophète juif, Jésus ne peut prétendre toucher le cœur d’étrangers comme ces Grecs. S’il veut accéder à leur désir de se faire voir d’eux, il faudra qu’il se dépouille de ce que sa condition juive a de trop particulier, pour s’ouvrir à d’autres langues, à d’autres façons de voir le monde. D’ailleurs, les Grecs demandent de « voir » là où les juifs commencent par écouter. La prière du Shema Israël (Écoute Israël !) récitée trois fois par jour leur redit que Dieu est à entendre, pas à voir. Car vouloir voir la divinité génère des idoles, des veaux d’or, alors que l’écoute engendre la Loi et son application.

Aller se faire voir chez les Grecs relève donc pour Jésus d’une double crise : passer de l’écoute à la vue, de la culture de Jérusalem à celle d’Athènes. Les conciles des cinq premiers siècles iront jusqu’au bout de cette transformation révolutionnaire, en adoptant la philosophie grecque comme véhicule du Credo, et en reconnaissant cinq villes de cultures  si différentes, cinq Églises locales égales entre elles, comme un modèle de la communion ecclésiale : Jérusalem, Rome, Constantinople, Antioche, Alexandrie (même si Rome avait une primauté d’honneur, primus inter pares). Elles constituaient ce qu’on appelle la pentarchie.

L’ouverture aux autres nations qu’Israël est donc un chemin pascal : c’est en mourant à une certaine particularité juive (la circoncision, la cacherout, l’hébreu…) que le christianisme pourra renaître à universalisme ne reniant rien de ses origines (par l’inculturation).
Jésus parcourt d’abord ce chemin dans sa chair, pour que nous nous y engagions à sa suite, en son corps qui est l’Église.

La demande des Grecs lui fait pressentir que c’est maintenant le moment de passer à la vitesse supérieure si l’on peut dire, ce que seule sa Passion–Résurrection pourra accomplir. Les Grecs prosélytes étaient venus pour la Pâque juive ; ils provoquent avec leur désir de « voir Jésus » sa Pâques et celle de l’Église.

Voilà un premier lien entre les Grecs et le grain de blé : pour se faire voir d’eux, Jésus sent bien qu’il va devoir mourir à lui-même. Nous le pressentons également, chaque fois qu’une demande étrange nous fait sortir de nous-mêmes, de notre zone de confort, pour nous risquer à nous faire voir à d’autres.

 

Le rôle de Philippe et André

35040757-2 GethsémaniVisiblement, les Grecs prosélytes n’osent pas demander directement à Jésus de les rencontrer. Sans doute sont-ils impressionnés par sa réputation ; peut-être se sentent-ils trop étrangers pour aller solliciter une entrevue avec un juif. Aujourd’hui encore, beaucoup n’osent pas demander à l’Église, se croyant trop loin d’elle. Alors, ces Grecs passent par Philippe, dont le nom grec (phil-hippos = qui aime les chevaux) atteste de sa proximité culturelle avec eux. D’ailleurs, en précisant que Philippe est de Bethsaïde, Jean souligne cette proximité, puisque le roi de Judée Hérode Philippe II a justement donné le titre de polis (cité grecque) à cette ville qu’il a fait construire.

Grec, Philippe l’est jusqu’au bout des ongles. Il invite Nathanaël qui doute à vérifier par lui-même, en venant voir Jésus : « viens et vois » (Jn 1,46). Il proteste avec raison   rationnellement dirait-on   contre l’ordre de Jésus de donner à manger à la foule affamée : « le salaire de deux cents journées ne suffirait pas… » (Jn 6,7). Il se montre fidèle à la culture grecque et au désir de voir qui la caractérise en s’énervant contre Jésus qui parle beaucoup : « montre-nous le Père, cela ne nous suffit » (Jn 14,8). En Philippe, les Grecs ont donc bien choisi leur allié pour être leur ambassadeur auprès de Jésus : lui sait les comprendre, il sait ce qui est important à leurs yeux, il sera leur interprète. Pour avoir plus de poids, Philippe s’adjoint André dont le nom est lui aussi d’origine grecque (aner, andr = l’humain). À deux, comme le veut la loi juive qui exige deux témoins pour qu’une affaire soit crédible, ils auront plus de chances d’être pris au sérieux par Jésus. Et voilà comment Philippe en vient à transmettre cette demande à Jésus, en lui disant littéralement : va te faire voir chez les Grecs, c’est-à-dire : accepte de passer sur cette autre rive culturelle où ils t’attendent.

Qui sont les Philippe et André du XXI° siècle ? Qui avertit l’Église que d’autres cultures, d’autres peuples, d’autres histoires singulières attendent d’elle une révélation ajustée à leur propre sagesse ? Si nous ne tirons jamais la manche des responsables ecclésiaux en leur disant : ‘il y a aux marges de notre société des gens qui voudraient voir Jésus ; allez les rencontrer’, qui le fera ? Si nous n’attirons jamais l’attention des catéchistes, des prêtres, évêques et religieuses etc. sur la soif de sens qui attend une source, pourquoi s’étonner que notre Église reste seule et porte peu de fruits, puisque ne voulant pas s’enfouir en terre étrangère ?

 

Le Gethsémani johannique

Gros plan d’une fissure verticale dans un vieux mur de Pierre - Photo de A l'abandon libre de droitsDire que passer aux Grecs est un chemin pascal implique d’expérimenter l’angoisse et la perte de la Passion en cours de route. Là encore, Jésus le vit dans sa chair pour que nous puissions le vivre ensuite en son corps. Jean a transposé ici dans notre épisode du grain de blé ce que les trois autres évangélistes avaient situé à Gethsémani : « mon âme est bouleversée ; Père sauve-moi de cette heure. Mais non !… » Le débat intérieur qui déchire ici Jésus est bien celui de Gethsémani, mais finalisé par l’ouverture aux Grecs (à l’universel, à « tous les hommes ») et non par son identité filiale comme pour les synoptiques. La voix du ciel qui se manifeste (comme à la Transfiguration) n’est pas pour les disciples, mais pour « la foule qui se tenait là ». C’est « pour vous » que l’annonce de la glorification par Dieu est manifestée : n’oubliez jamais qu’attirer au Christ tous les hommes est un chemin pascal, où la glorification est donnée en traversant la défiguration de la Passion. Le fruit du grain de blé lui est donné lorsqu’il consent à pourrir en terre avant de lever. Le Gethsémani johannique est tout entier orienté vers la mission universelle, vers le salut à apporter à tous, vers la vie éternelle offerte à la multitude.

Et nous qui souhaitons que notre vieille Église soit à nouveau lourde d’épis, n’espérons pas engranger la moisson sans nous engager dans cette dynamique pascale où nos Gethsémani seront aussi bouleversants que celui du grain de blé…

 

Élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes

Christ RédempteurUn mot pour terminer, au sujet de la réalisation de la demande des Grecs. Comment vont-ils voir Jésus ? En levant les yeux vers celui qui a été crucifié (cf. le serpent de bronze de dimanche dernier : Quels sont ces serpents de bronze ?), selon l’invitation du ressuscité : « élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». Voir Jésus ne sera alors pas de la curiosité, ni de la magie, ni de la superstition : c’est regarder le mal en face, ce mal vaincu par la croix du Christ dans le pardon et l’amour. S’ils veulent vraiment voir Jésus, les Grecs d’aujourd’hui n’économiseront pas non plus une démarche de vérité sur leur existence, sur le mal commis et le mal subi, sur la vie plus forte que la mort.

Les Grecs étaient montés à Jérusalem pour la Pâque. Ils monteront encore plus haut en eux-mêmes en levant les yeux pour se laisser attirer par le Christ glorifié. Ils contempleront en lui - crucifié vainqueur - la révélation qu’ils cherchaient sur « les choses cachées depuis la fondation du monde » (Mt 13,35)…

 

Tantôt Grecs prosélytes à Jérusalem, tantôt Philippe et André en ambassadeurs, comment allons-nous faire remonter au Christ nos désirs et nos attentes ? et ceux de nos contemporains si loin du Christ en apparence ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je conclurai une alliance nouvelle et je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 31-34)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur.
Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés.

 

PSAUME
(50 (51), 3-4, 12-13, 14-15)
R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (50, 12a)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il a appris l’obéissance et est devenu la cause du salut éternel » (He 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

ÉVANGILE
« Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 20-33)
Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi.Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive, dit le Seigneur ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi. (Jn 12, 26)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par-là de quel genre de mort il allait mourir.
 Patrick BRAUD

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7 mars 2021

Quels sont ces serpents de bronze ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quels sont ces serpents de bronze ? 

Homélie pour le 4° Dimanche de Carême / Année B
14/03/2021

Cf. également :

À chacun son Cyrus !
Démêler le fil du pêcheur
L’identité narrative : relire son histoire
Le chien retourne toujours à son vomi
La soumission consentie

En bon juif nourri de la Torah avec le lait de sa mère, Jésus puise dans les écrits de l’Alliance de quoi déchiffrer son identité et sa mission. Ce dimanche (Jn 3, 14-21), il se souvient de l’épisode du serpent de bronze de Moïse, et s’identifie au salut ainsi offert pendant l’Exode au désert : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle ». La scène des serpents est encore dans toutes les mémoires. Relisons-la pas à pas, pour voir comment Jésus se l’est appropriée, et comment nous pouvons nous-mêmes en faire notre miel.

 

1. Le venin de la tentation

Serpent Serpent Bronze Illustration Vecteur PremiumTout commence par les murmures du peuple contre Moïse. Les esclaves en fuite ont chaud, soif et faim dans le désert effrayant, « chaos de hurlements sauvages » (Dt 32,10). Ils en deviennent nostalgiques de la période de leur esclavage où il y avait des marmites de viande et une sécurité relative. La Boétie soulignera plus tard que la soumission ne dure que si elle est volontaire, intérieurement acceptée et normalisée par ceux qui en sont victimes. Et Marx remarquera que la plupart des esclaves aiment leurs chaînes, les opprimés leurs oppresseurs. Alors, cette horde de fuyards se rebelle contre celui qui les a conduits jusqu’ici, au milieu des cailloux rouges, poussiéreux et desséchés. La tentation refait surface : pourquoi prendre tous ces risques sous prétexte d’être libres ? Et si l’eau venait à manquer ? Et si tout cela n’en valait pas la peine ? Et si la terre promise n’était qu’un mythe ? Et s’il valait mieux retourner en Égypte malgré le châtiment qui nous y attend ?
« En chemin, le peuple récrimina contre Dieu et contre Moïse : “Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable !” Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. Le peuple vint vers Moïse et dit : “Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents.” Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : “Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront !” Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! Les fils d’Israël partirent et campèrent à Oboth » (Nb 21, 5 10).

Cette tentation est la nôtre : préférer revenir à nos anciens esclavages plutôt que de prendre le risque de la liberté, préférer la servitude (de pharaon) au service (de YHWH). Un proverbe biblique le constatait avec cynisme : « le chien retourne toujours à son vomi » (Pr 26,11 ; 2P 2,22)…

Cette tentation est un venin qui se répand dans le peuple, empoisonne sa marche, pollue son espérance. Le texte biblique raconte que des serpents brûlants se faufilaient alors dans le désert pour mordre les hébreux rebelles. En fait, c’est le remords qui les empoisonne. Ils se font du mal à eux-mêmes en se détournant du but promis. Ils s’empoisonnent en regardant en arrière. Ils s’enfièvrent de passions brûlantes au lieu de faire confiance et de se laisser conduire.

La punition des serpents peut être une référence au serpent qui a tenté le premier couple humain. Il a en effet utilisé la calomnie pour arriver à ses fins en faisant croire que Dieu était un Dieu jaloux qui ne voulait pas que l’humain devienne semblable à lui (Gn 3,4-5).

Moïse fait le bon diagnostic : le venin qui enfièvre le peuple est bien celui du consentement à son esclavage. Il réagit aussitôt, avec un fort sens du symbolisme.

 

2. Figer en bronze le serpent

Quels sont ces serpents de bronze ? dans Communauté spirituelle france-doubs-labergement-sainte-marie-fonderie-cloches-charles-obertino-coule-bronze-fusion-moulesC’est Dieu qui souffle à Moïse le chemin de guérison : « fais-toi un serpent », et Moïse l’interprète en fondant un serpent de bronze. Symboliquement, ce serpent est l’antidote de ceux qui se sont faufilés au milieu du peuple : il était brûlant (le bronze en fusion) et le voilà froid, figé. Il se glissait parmi les pierres et maintenant il est immobile. Il mordait et il est inactif. Bref : ce serpent est bien semblable à ceux qui décimaient les hébreux, et pourtant il est neutralisé, inoffensif.

Figer en bronze le serpent de notre tentation reste un chemin de guérison pour nous aujourd’hui : avoir le courage de saisir à pleines mains le mal qui nous ronge, lui faire cracher son venin, le rendre inoffensif au point qu’il ne bougera plus de là… Traiter la tentation comme une chose à modeler au lieu de subir son emprise en la considérant comme un être vivant. La force de la tentation réside dans la capacité du tenté à lui donner vie, à lui accorder du pouvoir. La nommer, la figer en bronze, c’est lui ôté la possibilité de nuire.

En s’identifiant au serpent de bronze, Jésus comprend qu’il va de devenir l’image-même du péché aux yeux de ses contemporains. Sur la croix, il subira la vieille malédiction du Deutéronome (Dt 21,23 : « maudit soit qui pend au bois du gibet ! »).

Il incarnera celui qui est abandonné de Dieu et des hommes. Il sera défiguré au point de ne plus voir en lui que le péché dévorant chacun de nous jusqu’à sa perte. « Il a été fait péché  pour nous », dira Paul (2 Co 5,21), effrayé et admiratif. Mais dans sa Passion, Jésus était en train de figer en bronze le mal se déferlant sur lui. En aimant ses bourreaux, en pardonnant à ceux qui le clouaient, en répondant au mal par le bien, en ouvrant le ciel au criminel à sa droite, Jésus refaisait ce qui a permis à Moïse de sauver le peuple des morsures brûlantes des serpents : il endosse le mal pour lui ôter toute puissance, il saisit la haine à bras-le-corps pour la désarmer, il fait cracher à la haine son venin pour qu’elle devienne inoffensive.

 

3. Élever le serpent de bronze

91868669-serpent-en-bronze-de-mo%C3%AFse-mont-n%C3%A9bo croix dans Communauté spirituelleAprès avoir fondu le serpent en bronze, Dieu demande à Moïse de l’élever au plus haut, sur un mât. Ce geste d’élévation est là aussi éminemment symbolique. Celui qui ne pouvait que ramper à l’horizontale sur le sol se retrouve ainsi au-dessus, à la verticale du peuple. La tentation de l’immanence est retournée comme un gant : la verticalité du mât marque la transcendance de Dieu qui ouvre le peuple à de nouveaux horizons de liberté. Prendre de la hauteur à la manière de YHWH est donc le remède pour ne pas ramper comme des reptiles ! Le peuple murmurait contre Moïse car il ne pensait qu’à ses besoins immédiats : boire et manger. Le serpent de bronze dressé à la verticale va les obliger à décoller leur regard de la poussière de leur quotidien à court-terme.

On comprend que Jean ait vu en Jésus crucifié celui qui rétablissait l’accès au Dieu transcendant. Élevé sur la croix, Jésus conteste nos enfermements trop horizontaux. Exalté dans sa résurrection, il ouvre le regard à chercher plus haut. Glorifié dans son Ascension, il nous oblige à lever les yeux et à espérer plus grand.

« Élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32) : cette promesse de Jésus s’accomplit actuellement, depuis que le gibet de la croix est devenu le signe paradoxal de notre espérance.

 

4. Regarder vers le serpent de bronze

qiafkvkb0oMtMcCAKyfu-Mzm5-U@500x707 JésusCar le serpent de bronze ainsi dressé par Moïse dans le désert ou par Dieu sur la croix attire à lui tous les regards. Il s’agit bien de regarder le mal en face, figé désormais par le pardon, rendu inoffensif par l’amour de celui qu’il voulait empoisonner. Lever les yeux pour reconnaître la morsure du mal et implorer pitié a sauvé les hébreux au désert : « Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! ».

Lever les yeux vers le Christ en croix en reconnaissant notre péché et en implorant son pardon nous sauve bien plus encore du venin de nos tentations intimes. « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé », prophétisait Zacharie (Za 12,10). Jésus en fait même le signe de sa divinité : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS » (Jn 8,28).

Nommer le mal, le regarder en face, croire que tout pouvoir de nuire peut lui être enlevé fait partie de l’expérience du salut chrétien.

C’est ce qu’a voulu faire Nelson Mandela en sortant de prison, avec la commission Vérité et Réconciliation pour sortir de l’apartheid. C’est ce que veut faire encore le Rwanda avec le génocide de 1994 qui a fait un million de morts. C’est ce que les Alliés ont voulu faire à Nuremberg avec le procès des chefs nazis responsables de la ‘solution finale’. C’est ce que veut faire l’Église catholique en France comme ailleurs pour guérir les blessures des affaires de pédocriminalité et empêcher que cela revienne. C’est l’apaisement que cherche le Président Macron en reconnaissant la torture pratiquée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie (on souhaiterait la réciproque du côté algérien…). C’est ce qu’a exprimé le Pape François avec sa visite en Irak ce week-end, célébrant la messe à Mossoul au milieu d’une église réduite à des ruines par la folie de Daesh…

Regarder le mal en face et lui ôter son pouvoir : le combat des chrétiens est non-violent, mais intransigeant sur la vérité du mal infligé.

 

5. Une vis sans fin

Fer d’autel - serpent fetiche Bitis - Gan - Burkina Faso - FersUne fois guéris des morsures des serpents brûlants, les Hébreux ont quasiment idolâtré ce serpent de bronze élevé par Moïse. À tel point que le roi Ézéchias dans sa réforme religieuse du retour d’Exil a jugé bon de le détruire, car la magie remplaçait la foi : le peuple avait finir par invoquer un totem, une amulette, là où leurs ancêtres confessaient leur péché et se convertissaient.
« Ézéchias supprima les lieux sacrés, brisa les stèles, coupa le Poteau sacré et mit en pièces le serpent de bronze que Moïse avait fabriqué ; car jusqu’à ces jours-là les fils d’Israël brûlaient de l’encens devant lui ; on l’appelait Nehoushtane » (2 R 18, 4).

Avertissement sans frais : exorciser nos démons intérieurs n’est jamais fini… ! Celui qui croirait que le mal n’a plus aucune emprise sur lui se retrouverait vite en train de brûler de l’encens devant son serpent de bronze !

 

Regarder vers nos serpents brûlants vaincus par la vérité, le pardon et l’amour de Dieu, c’est faire l’expérience du salut gratuit que Paul garantissait aux Éphésiens dans notre deuxième lecture (Ep 2, 4-10) : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil ».

Alors, quels sont ces serpents que nous devons figer en bronze ? Comment les élever – rendus ainsi inoffensifs - au-dessus de nos préoccupations habituelles ?
En ce temps de Carême, allons chercher les vrais antidotes aux morsures brûlantes des venins qui empoisonnent notre marche…

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
La colère et la miséricorde du Seigneur manifestées par l’exil et la délivrance du peuple (2 Ch 36, 14-16.19-23)

Lecture du deuxième livre des Chroniques

En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabuchodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposeradurant 70 ans,jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repostous les sabbats profanés.
Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit – : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! »

PSAUME
(136 (137), 1-2, 3, 4-5, 6)
R/ Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir ! (cf. 136, 6a)

Au bord des fleuves de Babylone
nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.

C’est là que nos vainqueurs
nous demandèrent des chansons,
et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur
sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem,
que ma main droite m’oublie !

Je veux que ma langue s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem
au sommet de ma joie.

DEUXIÈME LECTURE
« Morts par suite des fautes, c’est bien par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 4-10)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

 

ÉVANGILE
« Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 14-21)

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »
 Patrick BRAUD

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