L'homélie du dimanche (prochain)

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8 mars 2020

Augustin commente la Samaritaine

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Augustin commente la Samaritaine

Homélie du 3° dimanche de Carême / Année A
15/03/2020

Cf. également :

Le chien retourne toujours à son vomi
Leurre de la cruche…
Les trois soifs dont Dieu a soif


Je veux éclairer quelqu’un, mais ce quelqu’un me manque

Une fois n’est pas coutume, laissons la parole à Saint Augustin lorsqu’il commente (15° Traité) l’Évangile de Jean, et particulièrement notre épisode de la Samaritaine de ce Dimanche  (Jn 4, 5-42). Les Pères de l’Église comme saint Augustin pratiquent une exégèse très souvent allégorique : ils voient en chacun des personnages ou objets d’une scène d’évangile la figure de personnes ou de traits de caractère qui parleront à leurs auditeurs.

Suivons quelques extraits du commentaire de l’évangile selon saint Jean par St Augustin, afin de nous familiariser avec ce type de lecture, et pourquoi pas de la pratiquer encore pour nous aujourd’hui.

Le texte dit que Jésus fatigué s’assit au bord de la route. Augustin commente :

Augustin commente la Samaritaine dans Communauté spirituelle 41WD87u0I9L._SX332_BO1,204,203,200_N° 6. C’est pour toi, mon frère, que Jésus est fatigué du chemin. Nous voyons en Jésus, et la force et la faiblesse : il nous apparaît tout à la fois puissant et anéanti.
N° 7. Jésus-Christ s’est fait infirme pour nourrir des infirmes, pareil en cela à la poule qui nourrit ses poussins.
Voilà l’image de l’infirmité de Jésus fatigué par le chemin. Son chemin, c’est la chair qu’il a prise pour notre amour. […] Puisqu’il a daigné venir parmi nous en prenant un corps, en se montrant dans la forme de serviteur, son incarnation est donc son chemin. C’est pourquoi « la fatigue qu’il a ressentie du chemin » n’est autre chose que la fatigue résultant pour lui de son Incarnation. L’infirmité de Jésus-Christ vient donc de son humanité; mais ne t’affaiblis pas toi-même. Que l’infirmité de Jésus-Christ soit ta force ; car ce qui est faiblesse en Dieu est plus fort que tous les hommes.

Le chemin emprunté par Jésus sur lequel il fatigue devient pour Augustin l’incarnation du Verbe de Dieu dans laquelle il assume toutes nos faiblesses et nos fatigues. C’est donc que nous devons nous aussi assumer les peines et les fatigues, « les joies et les espoirs, les angoisses et les tristesses des hommes de ce temps » (Vatican II, Gaudium et Spes) avec qui nous faisons route. Jean-Paul II disait avec force : « l’homme est la route de l’Église » (Centesimus Annus, ch. 6, 1991). Annoncer l’Évangile demande donc de cheminer, faire route avec, jusqu’à éprouver les mêmes peines, les mêmes difficultés et épreuves de ceux vers qui nous somme envoyés. Impossible d’évangéliser ‘de l’extérieur’ : c’est en chemin que surviennent les rencontres où le Christ partage en plénitude l’eau véritable : l’Esprit Saint, et la vraie nourriture : la parole de Dieu. La catéchèse dite « de cheminement » trouve là ses lettres de noblesse [1].

Le texte continue : « vers la sixième heure ».

Augustin commente :

Sandro Botticelli 050.jpgN° 9. Mais pourquoi la sixième heure ? Parce que c’était le sixième âge du monde. Dans le langage de l’Évangile, on doit regarder comme une heure le premier âge qui va d’Adam à Noé, le second qui va de Noé à Abraham, le troisième qui va d’Abraham à David, le quatrième qui va de David à la capitale de Babylone, le cinquième qui va de la captivité de Babylone au baptême de Jean; le sixième enfin, qui a cours maintenant. Y a-t-il en cela de quoi t’étonner? Jésus est venu, il est venu près d’un puits, c’est-à-dire qu’il s’est humilié; il s’est fatigué à venir, parce qu’il s’est chargé du poids de notre faible humanité. Il est venu à la sixième heure, parce que c’était le sixième âge du monde. Il est venu près d’un puits, parce qu’il est descendu jusque dans l’abîme qui faisait notre demeure. C’est pourquoi il est écrit au psaume: « Du fond de l’abîme, Seigneur, j’ai crié vers toi ». Enfin il s’est assis près d’un puits, car je l’ai dit déjà, il s’est humilié.

Cette interprétation sur les six âges du monde nous laisse aujourd’hui un peu sceptiques il faut l’avouer. C’est pourtant une manière d’évoquer la patience et la pédagogie de Dieu envers l’humanité, envers tous et chacun. Car nous avons nous aussi notre sixième âge, c’est-à-dire la période de notre vie où enfin nous sommes plus disponibles pour écouter, recevoir, nous laisser guider.
Signalons également que cette lecture allégorique des six âges du monde rend l’Église indissociablement solidaire de l’histoire juive, de la « préparation évangélique » dont les prophètes, les sages et les grands rois ont été les auteurs. Ce qui d’une part devrait nourrir notre amour de l’Ancien Testament, et d’autre part nous éviter toute forme d’antisémitisme, au contraire !

 

N° 10. « Vint une femme ». Figure de l’Église non encore justifiée, mais déjà sur le point de le devenir, car cette justification est l’œuvre de la parole. Elle vient dans l’ignorance de ce qu’était Jésus ; elle le trouve, il entre en conversation avec elle.

Instinctivement, Augustin identifie la femme de Samarie avec l’Église, qui porte en elle la soif des peuples et la conduit au Christ. Ce n’est pas elle qui a l’initiative, mais le Messie qui entre en conversation avec elle. Entrer en conversation avec l’autre est dès lors le type même de la mission chrétienne. Le pape Paul VI l’écrivait dans son encyclique Ecclesiam Suam (n° 67, 1964) : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation. ». Nous l’avons peut-être trop oublié en cette période où les crises médiatiques et le repli identitaire sur des communautés minoritaires risquent de nous éloigner de la passion de la conversation qui animait le Christ.

ob_79a809_90073826-o Augustin dans Communauté spirituelleN° 16. Qu’est-ce à dire : « Celui qui boira de cette eau aura encore soif ? » Parole véritable, si on l’applique à cette eau véritable encore, si un l’applique à ce dont elle était la figure. L’eau, au fond de ce puits, c’est la volupté du siècle dans sa ténébreuse profondeur. La cupidité des hommes, voilà le vase qui leur sert à y puiser. Leur cupidité les fait pencher vers ces profondeurs jusqu’à ce qu’ils en touchent le fond et y puisent le plaisir; mais toujours la cupidité marche et précède. Car celui qui ne fait pas d’abord marcher la cupidité ne peut arriver au plaisir. Supposez donc que la cupidité est le vase avec lequel on puise, et que l’eau que l’on doit tirer du puits c’est le plaisir lui-même, et le plaisir mondain que l’on goûte, c’est le boire, le manger, le bain, les spectacles, l’impureté ; celui qui s’y adonne n’en sera-t-il plus désormais altéré ? Donc Jésus dit avec raison : « Celui qui boira de cette eau aura encore soif ».

Augustin voit dans l’eau du puits le plaisir mondain, que l’humanité va puiser avec cupidité, figurée par la cruche de la Samaritaine. Courir après les honneurs, la gloire, l’argent, tout cela épuise le désir véritable de l’homme qui se trompe ainsi de cible, n’est jamais étanché, et devient addict à cette eau pourtant croupie et stagnante, au point de répéter sans cesse les mêmes dérives frénétiques. Poursuivre des objectifs trop matériels devient une drogue dure, et celui qui s’y adonne ne se rend même plus compte de l’état de dépendance dans lequel il est tombé. Il gaspille son argent, son énergie, ses talents à reproduire sans cesse les mêmes comportements pourtant déshumanisants et incapables de satisfaire son désir le plus vrai.

N° 17. Ce que promettait donc Notre-Seigneur, c’était la plénitude et la satiété dont le Saint-Esprit est l’auteur.

Pour Augustin comme pour toute la tradition chrétienne, le seul bien véritable est l’Esprit Saint, la seule sagesse est spirituelle, le vrai trésor est celui de la communion avec Dieu qui est la marque de l’Esprit en nous. Notre prière de demande culmine et se résume finalement à celle que Salomon faisait à YHWH : « Donne-moi la sagesse assise près de toi », et ici la sagesse c’est l’Esprit en personne.

Une lecture « pertinente » du dialogue de Jésus et de la Samaritaine ( Jean 4, 1-42 )N° 18. Donc, mes frères, prêtons l’oreille et tâchons de comprendre ce que Notre-Seigneur dit à cette femme : « Appelle ton mari ». Ce mari de notre âme, cherchons à le connaître. Pourquoi Jésus ne serait-il pas le véritable époux de notre âme ? Puissiez-vous me bien comprendre ! Car ce que j’ai à dire ne peut être compris, même par les personnes attentives, que dans une faible mesure. Puissiez-vous me comprendre et l’intelligence de mes paroles sera peut-être l’époux de vos âmes.

L’identification du mari au Christ, époux de l’âme, est déjà classique au IV° siècle. Augustin la reprend sans s’y attarder. C’est néanmoins une voie mystique toujours féconde : « épouser » le Christ, en faire notre compagnon, notre frère, notre inspiration.


N° 19. Cette lumière, c’était le Christ, cette lumière s’entretenait avec la Samaritaine, mais cette femme était absente par son entendement; son intelligence ne pouvait être éclairée par cette lumière ; elle était incapable, non pas d’en recevoir les rayons, mais de les percevoir. Aussi, comme pour lui dire : je veux éclairer quelqu’un, mais ce quelqu’un me manque, il lui adresse ces paroles: « Appelle ton mari », appelle ton entendement afin qu’il t’instruise et te gouverne. Représente-toi donc l’âme séparée de l’entendement sous l’emblème d’une femme, et l’entendement sous l’emblème de son mari.

L’interprétation d’Augustin est assez étonnante pour nous : il considère que cette femme a perdu l’entendement en se perdant à la recherche du plaisir des cinq sens ; le Christ la tire de cette fascination en lui rappelant que son vrai mari est la raison éclairée par l’Esprit. Il lui demande de retrouver toute sa tête en quelque sorte, c’est-à-dire de faire appel à son intelligence (de la tête et du cœur) pour ouvrir les yeux sur sa condition d’esclave, écouter la parole libératrice l’appelant à devenir tout elle-même et pas seulement ses 5 sens.

N° 21. Plusieurs ont cru, non sans fondement et même avec une certaine probabilité, voir dans les cinq maris de cette femme les cinq livres de Moïse. En effet, ils étaient reçus des Samaritains et formaient leur loi comme celle des Juifs : voilà sans doute pourquoi la circoncision était en usage chez ces deux peuples ; mais à cause de la difficulté que présentent les paroles suivantes : « Et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari », nous pouvons plus aisément comprendre, ce me semble, que, sous l’emblème des cinq premiers maris, les cinq sens du corps sont désignés comme les époux de l’âme. […]

C’est Dieu qui les a formés, c’est Dieu qui les a donnés à l’âme. Elle est infirme tant qu’elle demeure sous la loi des sens et qu’elle agit sous l’autorité de ces cinq maris ; mais aussitôt que le temps est venu de délivrer la raison de leur influence, si l’âme se laisse diriger par une règle de conduite supérieure, et par les leçons de la sagesse, alors succèdent à l’empire et à l’influence des sens l’empire et l’influence d’un seul véritable et légitime mari, meilleur que les autres; et ce mari la gouverne mieux, la dirige, la cultive, la prépare dans le sens de l’éternité.

Les cinq premiers maris auxquels cette femme s’est donnée, et qui n’en étaient pas vraiment, sont donc pour Augustin les 5 sens qui ont gouverné sa vie déréglée jusqu’à présent. Il mentionne quand même une autre interprétation très courante où les cinq maris représentent la Torah juive, c’est-à-dire le régime de la Loi sous lequel les juifs ont vécu jusqu’à présent, mais qui avec le Christ va être accompli dans le régime de l’Esprit. Les  deux interprétations bien sûr ne s’excluent nullement. Mais on voit qu’ici Augustin s’adapte à son auditoire et tente d’appuyer son annonce de l’Évangile sur une anthropologie très parlante pour ses contemporains, beaucoup plus que sur une histoire juive inconnue et peu parlante pour ses concitoyens de Carthage en Afrique du Nord. À nous également d’aller puiser dans la culture de nos auditeurs ce qui pourra faire écho à l’Évangile et réciproquement, pour que chacun entende l’Évangile dans sa langue maternelle, comme à Pentecôte.

goulet-vase-pot-cruche-terre-egypte-ancienne-antique- eauN° 30. « Cette femme donc laissa là sa cruche ». Après avoir entendu ces paroles : « Moi qui te parle, je suis le Christ », et reçu dans son cœur le Christ Notre-Seigneur, qu’avait-elle de plus à faire qu’à laisser là sa cruche et à courir annoncer qu’il était venu ? Elle se débarrasse au plus vite de sa cupidité, elle se hâte d’aller annoncer la vérité : grande leçon pour ceux qui veulent annoncer l’Évangile ! Qu’ils laissent là leur cruche. Rappelez-vous ce que je vous ai précédemment dit sur cet objet. C’était un vase destiné à puiser l’eau; il tire son nom du grec hydria, parce que dans cette langue le mot udor signifie eau ; c’est donc comme si l’on disait : réservoir d’eau. Elle laisse là sa cruche qui, loin de lui être utile, devient pour elle un fardeau; car elle n’a plus qu’un désir, celui de boire à longs traits l’eau dont lui a parlé le Christ.

La cruche figure pour Augustin la cupidité, c’est-à-dire la convoitise, avec sa répétition convulsive de l’acte de prendre au lieu de recevoir. L’abandon de la cruche est donc pour lui ce que nous appellerions aujourd’hui en termes psychanalytiques le passage du besoin au désir, de l’imaginaire au symbolique. La cruche, dont les anses et la courbure figurent bien les hanches caractéristiques de la féminité dans l’antiquité, est abandonnée par la femme, qui donc va rechercher d’autres étreintes, d’autres communions que celles qui se succédaient auparavant pour elle avec un goût amer. L’eau vive ne s’enferme pas dans un vase, elle se déverse en torrents sur nos têtes, mieux elle coule en source inépuisable au-dedans de nous. Ainsi est l’Esprit Saint dont Jésus nous révèle la présence intérieure, à la manière de Bernadette Soubirous grattant le sol de la tutte aux cochons pour laisser sourdre l’eau du Gave, fraiche, limpide et pure.

Ces quelques extraits du commentaire de Saint Augustin ne peuvent évidemment pas épuiser la richesse de toutes les significations cachées dans cet épisode de la Samaritaine. Ils peuvent néanmoins nous donner le goût de pratiquer nous aussi une telle exégèse symbolique. Le trésor caché au creux des versets évangéliques est multiple, polysémique. Chaque âge de l’humanité peut y puiser pour faire du neuf avec de l’ancien, et convertir les soifs de nos contemporains, celles qui leur laissent comme à la Samaritaine un goût amer dans la bouche après y avoir goûté…


[1]. Cf. Luc Aerens, Catéchèse de cheminement. Pédagogie pastorale pour mener la transition en paroisse, Ed. Lumen vitae, 2003.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

 

PSAUME

(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

 

DEUXIÈME LECTURE

« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

 

ÉVANGILE

« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)
Gloire au Christ,Sagesse éternelle du Dieu vivant.Gloire à toi, Seigneur.Tu es vraiment le Sauveur du monde, Seigneur ! Donne-moi de l’eau vive : que je n’aie plus soif. Gloire au Christ,Sagesse éternelle du Dieu vivant.Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
 Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
 Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD

 

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1 mars 2020

Abraham, comme un caillou dans l’eau

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Abraham, comme un caillou dans l’eau

Homélie du 2° dimanche de Carême / Année A
08/03/2020

Cf. également :

Transfiguration : le phare dans la nuit
Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne
Leikh leikha : Va vers toi !
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
Bénir en tout temps en tout lieu

Splash sur la surface de l'eau 3d réaliste. couronne liquide bleue, mouvement figé avec des gouttelettes et des vagues Vecteur gratuitAvez-vous déjà observé une pierre tombant dans une eau calme et lisse ? Oui, sans aucun doute ! Vous avez vu alors le point d’impact de la pierre en être bouleversé : un cratère se forme et des gouttelettes d’eau jaillissent en couronne perlée tout autour. Et très vite, des ondes apparaissent, concentriques, se propageant à partir du point d’impact jusqu’à faire rouler les algues et ce qui flotte tout autour. La physique nous a appris que ce n’est pas l’eau qui se déplace en cercles de plus en plus grands, c’est chaque gouttelette d’eau qui est prise dans un mouvement vertical, oscillant de haut en bas jusqu’à ce que l’inertie de l’eau amortisse ce mouvement périodique. Les premiers cercles autour du point de chute paraissent des tsunamis à leur échelle, et transmettent leur énergie de plus en plus loin, de moins en moins haut…

Il y a quelque chose de cette chute d’une pierre dans l’eau avec la promesse que Dieu fait à Abraham dans notre première lecture (Gn 12, 1-4). Chouraqui traduit ainsi :
« Je fais de toi une grande nation. Je te bénis, je grandis ton nom : sois bénédiction. Je bénis tes bénisseurs, ton maudisseur, je le honnirai. Ils sont bénis en toi, tous les clans de la glèbe. »
Le point d’impact, c’est Abraham recevant la bénédiction de Dieu. Les cercles concentriques seront plus tard les 12 tribus issues de lui, puis toutes les nations éclairées par la révélation confiée à Israël. Le Christ ne revendique rien d’autre que d’accomplir pleinement la promesse faite à Abraham d’étendre la bénédiction de Dieu à toutes les nations, par la résurrection offerte à tous.

 

Sois bénédiction

Il y a donc comme une transitivité de la bénédiction : Dieu bénit Abraham qui bénit les nations, en commençant par sa famille, son clan qu’il emmène avec lui vers le mystérieux pays inconnu où Dieu le conduit.
On a longuement développé – à raison – la signification bouleversante (comme la pierre tombant dans l’eau) de l’injonction faite à Abraham : « va vers toi ! » L’appel de Dieu à devenir soi-même est peut-être sa bénédiction la plus intense. Dieu dit du bien (bene–dicere latin) d’Abraham en lui révélant la grandeur de sa vocation : un pays nouveau, un rayonnement universel. En même temps que cet appel à aller vers soi, Dieu formule l’autre appel, symétrique : « sois bénédiction ». Ce que tu as reçu gratuitement, donne-le gratuitement à ton tour. Dis du bien de ceux que tu rencontreras, c’est-à-dire révèle-leur leur dignité, la grandeur de leur qualité d’êtres humains, la beauté qu’ils portent en eux…

Puisque nous sommes enfants d’Abraham et que nous avons part à son héritage (cf. Rm 4), nous recevons nous aussi cet appel à devenir une bénédiction pour tous ceux que nous rencontrons. « Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un. Si vous lui appartenez, vous êtes la descendance d’Abraham et donc, aussi, les héritiers des biens que Dieu a promis à Abraham » (Ga 3, 29).

Que peut signifier concrètement : sois une bénédiction pour chacun d’entre nous ?

L’étymologie nous met sur une première piste : être une bénédiction ambulante, c’est être capable de dire du bien de l’autre. Ce qui demande d’avoir la passion de discerner chez lui ce qui est vrai, beau et grand. Autrement dit, cela demande de la bienveillance (bene -videre en latin) : bénédiction et bienveillances vont bien ensemble ! Or il faut parfois une sacrée dose de patience et de foi pour dénicher en quelqu’un son étincelle divine, alors qu’apparemment il n’est pas aimable, voire repoussant ou haïssable. Mais les éducateurs savent bien que les gamins les plus difficiles sont ceux qui attendent un regard de bienveillance, des paroles de bénédiction, pour découvrir en eux-mêmes une aptitude à la bonté qu’ils ne soupçonnaient pas.

Bénir est donc l’inverse de maudire : dire du mal de l’autre est destructeur, même si le mal constaté est réel, tant que cela n’est pas accompagné par dire du bien. Exercez-vous avec vos enfants, votre conjoint, vos collègues : obligez-vous à ne dire du mal de quelqu’un que si vous êtes capable auparavant d’en dire du bien ! Cherchez une qualité à valoriser, une prédisposition positive à mettre en avant, un effort à saluer, un apport à féliciter. Ensuite vous pourrez reprocher, car alors ce reproche sera perçu sur fond de bénédiction comme un désir de se rapprocher, en justice et en vérité. Devenir une bénédiction ambulante à la manière d’Abraham demande cette acuité du regard et de la parole pour ouvrir à l’autre un chemin de croissance à partir de ce qu’il porte en lui, sans jamais l’enfermer dans le mal commis.

La prière de louange – la plus belle de toutes les prières, celle qui ne finira jamais – nous éduque à cet art de la bénédiction et nous habitue à voir et dire le bien en premier. Celui qui respire au rythme de la louange – celle des psaumes par excellence – s’habitue à espérer en l’autre comme Dieu espère en lui. Sa parole devient constructive, réconfortante tout en étant exigeante, source de courage pour « devenir soi-même ».

 

Bénir, pas bannir ni médire

Abraham, comme un caillou dans l’eau dans Communauté spirituelle NDN-4-B%C3%A9nir-un-objet-e1519336659354

En ce sens, ne pas bénir, c’est bannir. La proximité phonétique en français nous donne à penser que ne jamais dire du bien de quelqu’un c’est l’effacer de la vie commune, c’est l’exclure de la reconnaissance accordée aux autres, c’est le frapper de non-existence puisqu’il est non-dit. À l’inverse, bénir c’est ne pas bannir. Ne jamais tirer un trait sur l’autre pour le rayer de sa famille, de sa communauté, de la société au nom du tort qu’il aurait commis. Si Jésus demande de visiter les prisonniers, ce n’est pas parce qu’ils seraient innocents, c’est pour les assurer de leur appartenance au monde des vivants, pour maintenir en eux la possibilité d’une communion authentiquement humaine : pour les bénir. Sans le savoir, les bénévoles des maraudes du SAMU social, des Blouses roses dans les hôpitaux, des Petits Frères des Pauvres auprès des personnes âgées etc. sont des bénédictions ambulantes qui redisent à chaque banni (SDF, malade, vieillard) qu’il est béni. Ils le disent en actes et en paroles, avec des fleurs et avec du pain. Ils retissent patiemment et indéfiniment les liens d’humanité abîmés ou cassés par les événements de la vie de chacun.

Bien sûr, la bénédiction transmise en Abraham a une consistance encore plus dense que cet humanisme pourtant indispensable et déjà salutaire. Car le pays nouveau indiqué à Abraham est finalement le pays de la Résurrection inauguré en Jésus de Nazareth. Transmettre sa bénédiction est donc ouvrir à l’autre la possibilité d’une vie éternelle, partagée en Dieu et à partir de lui. Principal impact de la chute divine (kénose) dans notre humanité, la résurrection du Christ se propage par cercles concentriques à ceux qui se laissent joyeusement bouleverser par cette onde si puissante que rien cette fois-ci n’épuisera son énergie, pas même la mort. De cela nous somme les vecteurs, les transmetteurs, greffés sur Abraham et sur le Christ.

 

Pour toutes les nations

 Abraham dans Communauté spirituelleUn mot enfin sur la destination universelle de cette bénédiction abrahamique. Elle n’est pas la propriété d’Israël. Israël en est au contraire le serviteur. Elle n’est pas destinée aux seuls chrétiens : au contraire, les chrétiens et l’Église reconnaissent que la grâce déborde leurs frontières, et que « l’Esprit souffle où il veut ». Elle est la nappe d’eau disponible à tous les animaux assoiffés du désert. Elle concerne mon ennemi autant que moi. Elle atteint ceux que je ne connais pas, ceux que je ne peux pas atteindre. Elle est pour tous, alors que moi dans ma finitude je ne peux être que pour quelques-uns. Par là-même, elle m’oblige à ne jamais me satisfaire des premiers cercles concentriques auxquels je me limite naturellement. Par là-même, elle m’invite à agir avec d’autres pour démultiplier ensemble notre force de frappe en la matière, notre puissance de bénédiction. La bénédiction papale  « Urbi et Orbi » (à la ville = Rome et au monde) est l’expression spectaculaire de cette responsabilité de l’Église envers tous les peuples : les bénir sans conditions.

Le repli sur soi et sur ses proches est incompatible avec la vocation reçue en Abraham. D’ailleurs, l’Église ne serait pas l’Église si elle n’était pas catholique (du grec kat-olon = selon le tout, la totalité), ouvrant à tous la totalité de la bénédiction se propageant d’Abraham à Jésus puis à nous aujourd’hui. Catholique et bénédiction sont donc indissociables, sous peine de se transformer en club privé, très vite privé de Dieu lui-même…

Devenir bénédiction nous appelle à discerner le travail de l’Esprit dans d’autres cultures, religions, manières de vivre, pour en dire du bien et les inclure ainsi dans l’héritage d’Abraham.

Sois bénédiction, pour tous : comment allons-nous traduire en actes et en paroles cet appel qui depuis Abraham nous met en mouvement vers un pays inconnu ?

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Vocation d’Abraham, père du peuple de Dieu (Gn 12, 1-4a)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui.

PSAUME

(Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22)

R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi ! (Ps 32, 22)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

DEUXIÈME LECTURE

Dieu nous appelle et nous éclaire (2 Tm 1, 8b-10)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile.

 

ÉVANGILE

« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)

Gloire au Christ,Parole éternelle du Dieu vivant.Gloire à toi, Seigneur.De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ,Parole éternelle du Dieu vivant.Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »
Patrick BRAUD

 

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26 février 2020

Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge

Homélie du 1° dimanche de Carême / Année A
01/03/2020

Cf. également :

Brûlez vos idoles !
Un méridien décide de la vérité ?
L’île de la tentation
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…
Les trois tentations du Christ en croix

8 janvier 2020 : un Boeing 737 ukrainien s’écrase quelques minutes après son décollage de l’aéroport de Téhéran, faisant 176 victimes civiles. Après l’assassinat par Donald Trump du général iranien Qassem Soleimani le 3 janvier, le monde entier soupçonne des représailles se trompant de cible. Malgré les preuves s’accumulant dès le 8 janvier, les officiels et la télévision iranienne persistent pendant plusieurs jours à nier l’évidence et à affirmer n’y être pour rien. Les boîtes noires une fois retrouvées, devant la perspective d’une commission d’enquête internationale, le régime est obligé de céder et de reconnaître que ce sont bien des missiles iraniens qui ont abattu – par erreur – l’avion. Trois présentatrices-vedette des chaînes de télévision d’État démissionnèrent pour avoir soutenu l’inverse avec assurance. L’une d’elle (Golare Jabbari), très populaire en Iran, a été encore plus explicite en avouant : « Ce fut pour moi très dur d’admettre que notre propre peuple a été tué […]. Pardonnez-moi de l’avoir su si tard. Et pardonnez-moi de vous avoir menti pendant 13 ans », a-t-elle écrit sur Instagram, le réseau préféré des Iraniens. Aussitôt, le peuple descendit dans la rue, les étudiants en tête, pour dénoncer ce régime autoritaire basé sur le mensonge. Des centaines de milliers de manifestants réclamèrent la destitution des mollahs au pouvoir. Les journaux du monde entier titrèrent :
« Iran. La République islamique ou l’empire du mensonge ».
« L’Iran en révolte contre le mensonge ».
« La légitimité perdue des mollahs » etc.

De tout temps, le mensonge est la base de l’oppression. Les textes de ce dimanche y insistent : le serpent de la Genèse ment pour instaurer une rivalité entre l’humanité et Dieu ; le diable au désert ment à Jésus pour essayer de le détourner de sa vocation de fils unique du Père.
Voyons comment, et comment ce mensonge continue de courir dans nos tentations d’aujourd’hui.

 

Le mensonge des origines

Rusé, le serpent de la Genèse sait bien qu’il suffit de tordre légèrement une parole pour lui donner une tout autre signification, comme quelques dixièmes de degré d’écart dans la trajectoire d’une balle la font dévier de plusieurs mètres. Aussi, au lieu de rappeler fidèlement les mots mêmes de Dieu : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir (Gn 2,17) », il les transforme presque imperceptiblement : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? ».Mais la différence est grande. L’interdit sur un arbre n’est pas l’interdit sur tous les arbres. Et cet interdit n’est pas castrateur contrairement aux apparences : il fonde au contraire la relation au monde et aux autres en posant une limite salutaire. Comme le soulignait Lacan, l’interdit en français est ce qui est dit entre deux sujets (inter-dit), et donc ce qui fonde la parole, le dialogue, la communion entre les deux en respectant une certaine distance. Lorsque cet interdit est transgressé (interdit de l’inceste, du meurtre, du vol…), il y a effectivement des morts physiques, psychologiques ou spirituelles. C’est le sens de l’avertissement divin : si vous mangez de ce fruit-là (les autres sont possibles) vous mourrez. Non pas par suite d’un quelconque châtiment divin, mais par conséquence de votre déni de relations. L’interdit de YHWH au jardin d’Éden était une mise en garde paternelle : attention, ce fruit est mortel, n’y touchez pas ! Un peu comme on avertit des ramasseurs de champignons de ne pas cueillir d’amanites phalloïdes… Le serpent transforme cet interdit salutaire en censure générale : aucun fruit ! Et il sous-entend que Dieu ferait périr les transgresseurs, alors que la transgression porte en elle-même son fruit de mort.

Le deuxième mensonge vient d’Ève, à son insu semble-t-il. Troublée et déstabilisée par les insinuations du serpent, elle défend Dieu en rappelant qu’un seul arbre est interdit, mais elle se trompe d’arbre : « pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas » ». Or l’arbre hors d’atteinte n’était pas celui-ci ! Au milieu du jardin est l’arbre de la vie, alors que Dieu désigne l’arbre de la connaissance du bien et du mal comme mortel. Non seulement la vie n’est pas interdite comme semble le dire Ève, mais elle est abondamment disponible et offerte au milieu de ce jardin. Par contre, connaître le bien et le mal, décider à la place de Dieu ce qui est bien et ce qui est mal, voilà qui est suicidaire et dont nous devons nous abstenir sous peine de nous faire périr nous-mêmes. Le serpent exploite à fond cette confusion d’Ève : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». Ce mensonge est ici proprement diabolique, puisque le but est vrai (devenir participant de la nature divine cf. 2P 1,4) mais le chemin pour y arriver est mensonger (prendre au lieu de recevoir, rivalité mimétique au lieu de communion gracieuse). Notons que ce n’est pas la connaissance en général qui est inter-dite, mais la connaissance du bien et du mal. Nous sommes les acteurs de la connaissance (par la sagesse, les arts, les techniques et les sciences) mais pas les auteurs de la délimitation entre bien et mal (malgré le mensonge démocratique qui veut nous faire croire que ce que pense la majorité est forcément bien).

La conséquence de ce double mensonge partagé avec Adam sera l’obligation de se dissimuler sans cesse : « Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes » (Gn 3,7). Impossible désormais d’être « nu » l’un devant l’autre en vérité, car le mensonge est venu s’insérer dans le regard, en y introduisant la convoitise, la rivalité, le mimétisme, l’envie de prendre et la violence qui l’accompagne. Le rêve rousseauiste des naturistes ne peut se vivre qu’en pointillé, de façon exceptionnelle et clôturée, sans que la nudité physique soit garante des autres nudités tout aussi importantes (de sentiment, d’intelligence, de pensée etc.).

Le diable des 40 jours

Dans l’Évangile, le diable recourt à la même ruse du mensonge que le serpent de la Genèse. Par trois fois, il essaiera de s’appuyer sur la dignité de « Fils de Dieu », sur une citation de l’Écriture (partielle, voire tronquée) ou sur la gloire de Dieu pour leur faire dire l’inverse de leur intention originelle. Le diable fait mentir l’Écriture en suggérant à Jésus qu’elle l’autoriserait à assouvir sa convoitise de nourriture (« si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains »), de pouvoir miraculeux (« si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre »), de gloire universelle (« Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi »).

Par trois fois Jésus dé-tord cet usage malhonnête de la parole de Dieu en appliquant ce qu’on appellerait aujourd’hui un principe de cohérence : on ne peut pas faire dire à un verset ou un concept quelque chose qui contrarierait gravement l’ensemble des Écritures. Car pour l’ensemble de la Bible, la faim spirituelle est plus fondamentale que la faim physique. Le pouvoir miraculeux est pour guérir et sauver les faibles et non pour un intérêt égoïste. La gloire universelle est donnée par Dieu et non conquise par l’homme se prosternant devant des idoles.

Les tentations de ce premier dimanche de Carême reposent sur le mensonge. D’où l’intérêt de discerner les mensonges qui irriguent actuellement notre vie personnelle et collective.

 

Les mensonges collectifs récents

Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge dans Communauté spirituelle alexsolCollectivement, on a déjà cité les régimes islamiques fondés sur le mensonge permanent. Pas simplement le mensonge d’État comme pour le Boeing abattu, mais un mensonge sur l’homme, bien plus profond et difficile à éradiquer. Ce mensonge islamique a pris le relais du mensonge communiste à l’Est pendant le XX° siècle. Soljenitsyne avait averti ses concitoyens que l’État soviétique mentait sur pratiquement tout : les goulags, les résultats économiques, les succès sportifs (dopage institutionnalisé), la liberté religieuse, la pauvreté, les libertés individuelles… Dans tous ces domaines, une propagande officielle aveuglait jusqu’à l’intelligentsia occidentale fascinée par l’utopie égalitaire qui semblait réussir à l’Est.
Jusqu’aux chars du Printemps de Prague, jusqu’aux témoignages des déportés, jusqu’à l’ouverture des archives sur les famines, les tortures, les millions de morts, jusqu’aux grèves de Gdansk ou de RDA, nul ne pouvait imaginer avant 1989 que le colosse communiste avait des pieds d’argile et allait bientôt s’écrouler lorsque ses mensonges seraient dévoilés. Il en sera de même pour tous les régimes actuels fondés sur le mensonge.
La chute du régime soviétique n’exonère pas pour autant les sociétés occidentales, elles aussi minées de l’intérieur par un certain mensonge sur l’homme. Car la personne humaine dont la Bible fonde la dignité n’est pas l’individu néolibéral dont les puissances d’argent cherchent à nous convaincre. Le corps humain n’est pas une marchandise à disposition, de la conception à la fin de vie. Devenir sans cesse plus riche n’est pas un objectif. Réussir dans la vie n’est pas la même chose que réussir sa vie. Accumuler sans cesse ne rend pas plus heureux. La croissance économique n’est pas innocente de la dégradation de la planète. Faire passer le droit avant le bien est fondamentalement injuste. La démocratie représentative n’est pas l’ultime système politique. Etc.

Tous ces mensonges génèrent une violence sociale, sourde et imperceptible au début, mais qui finissent par déferler comme en 1981… L’Église elle-même n’est pas exempte des mensonges – nombreux et graves – qui parsèment son histoire hélas.

 

Les mensonges de chacun

Dans nos vies personnelles également le mensonge est à l’œuvre. Nous nous y sommes tellement habitués qu’il faut un choc extérieur pour en prendre conscience. Une lecture (biblique notamment) peut nous dévoiler nos petits arrangements avec la vérité, comme Jean-Baptiste reprochant à Hérode d’avoir pris la femme de son frère, ou comme le prophète Nathan reprochant à David d’avoir pris Bethsabée à son mari qu’il a fait tuer à la guerre. Une rencontre peut nous ouvrir les yeux sur les faux discours dont nous couvrons nos intérêts, comme le lépreux pour François d’Assise ou le mendiant en haillons pour saint Martin. Une discussion avec des gens d’opinions différentes peut nous inviter à relativiser nos affirmations trop péremptoires. Le témoignage de rescapés des ‘camps de la mort’ d’aujourd’hui (bidonvilles, migrants, travail des enfants, eugénisme…) peut nous presser de nous engager au lieu de fermer les yeux etc.

Les insinuations du serpent de la Genèse peuvent prendre tant de visages ! Les déformations de la vérité par le diable des 40 jours de Jésus au désert peuvent nous paraître si appétissantes ! Difficile de résister aux mensonges sans se faire aider : un accompagnement spirituel délicat, de vrais amis osant dire les choses, une exigence intellectuelle et spirituelle à partager avec d’autres…

Le contraire de la vérité n’est pas l’erreur, mais le mensonge, proprement diabolique au sens où il divise (dia-balein en grec = jeter en dispersant) les humains entre eux et d’avec Dieu.

Pendant ces 40 jours, asseyons-nous et relisons tranquillement les grandes convictions qui animent notre course : où le mensonge pourrait-il s’y nicher, consciemment ou non ? Qui pourrait m’aider à y voir plus clair ? Suis-je résolu à ne jamais m’habituer à « vivre dans le mensonge » [1] comme l’écrivait Soljenitsyne ?

 


[1]. Soljenitsyne, « Ne pas vivre dans le mensonge », dernier texte publié en URSS en 1974, en samizdat (article clandestin), juste avant son expulsion.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Création et péché de nos premiers parents (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)

Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

PSAUME

(Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)
R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. Ps 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir. Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus : d’une part, en effet, pour la faute d’un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d’autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

ÉVANGILE
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Patrick Braud

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23 février 2020

Mercredi des Cendres

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Mercredi des Cendres

cf. :

Cendres : une conversion en 3D
Cendres : soyons des justes illucides
Mercredi des Cendres : le lien aumône-prière-jeûne
Déchirez vos cœurs et non vos vêtements
Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile
La radieuse tristesse du Carême
Carême : quand le secret humanise
Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner
Le symbolisme des cendres

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