L'homélie du dimanche (prochain)

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20 mars 2022

Une parabole contre le séparatisme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Une parabole contre le séparatisme

Homélie du 4° Dimanche de Carême / Année C
27/03/2022

Cf. également :
Souper avec les putains
Servir les prodigues
Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale
Ressusciter, respirer, se nourrir…
Changer de regard sur ceux qui disent non
Fréquenter les infréquentables
La commensalité du Jeudi saint

Zone interdite

Le documentaire de M6 le 23 janvier 2022 sur l’islamisme radical a fait grand bruit. À cause notamment de deux reportages à Marseille et à Roubaix, dans des quartiers où le séparatisme musulman se fait conquérant et dominateur. Comme toujours, les réactions à ces reportages oscillent entre deux extrêmes :

- le déni.
Il s’exprime par des protestations indignées : le vrai problème est d’abord la pauvreté, la concentration de logements sociaux, le chômage, la discrimination sociale etc. Il n’y aurait pas de problème de séparatisme islamique, mais des questions sociales à l’abandon. Consciemment ou non, ces arguments relèvent d’une analyse marxiste, où le religieux n’est qu’une superstructure déterminée par des fondamentaux relevant de l’économie et du politique. Or bien des minorités subissent ces discriminations sans tomber dans le séparatisme. Nier qu’il existe des dérives d’ordre essentiellement religieux, c’est être aveugle, au nom d’une idéologie qui empêche de voir que l’islam rigoriste isole et replie ses fidèles sur leur communauté, qu’il cherche à étendre géographiquement et démographiquement.

- l’instrumentalisation.
Ce deuxième excès veut à l’inverse faire peur, en généralisant à outrance les dérives de quelques-uns, en diabolisant toute affirmation d’identité religieuse. Or instrumentaliser l’islam rigoriste c’est presque lui rendre service en lui donnant plus de force qu’il en a réellement, et en le posant comme alternative crédible au mode de vie occidental. C’est le biais de ce genre de documentaire : ne rechercher que ce qui va dans le sens du séparatisme, en oubliant de décrire tout le reste, tout le positif de ces quartiers de Marseille ou de Roubaix en matière de vie associative, culturelle et sociale où la fraternité entre origines différentes est vécue avec bonheur.

Reste que l’islam radical existe bel et bien, et tente d’imposer dès qu’il le peut ses mœurs et ses coutumes autour de lui. Ces musulmans ne font d’ailleurs que reproduire sans le savoir l’intégralisme juif, qui pousse les juifs ultras (les hassidim) à se regrouper dans le quartier de Mea Shéarim à Jérusalem par exemple pour y imposer leurs coutumes. Car la Torah juive et le Coran avec la charia ont en commun d’être d’abord une orthopraxie et non une orthodoxie : ce qui compte, c’est la pratique, la soumission à la loi religieuse et non ce que vous pensez ou croyez. Ne pas manger de porc, voiler les femmes et les filles, ne pas mélanger hommes et femmes, faire ses prières, laissez pousser la barbe ou porter des pantalons courts, manger uniquement casher ou halal, ne pas contracter d’impureté rituelle en fréquentant ceux qui sont dans le péché, jouer avec des poupées sans visage… : la liste est longue de ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour être un bon juif ou un bon musulman. Alors qu’être chrétien est d’abord croire, pas faire. Le pape François a raison de rappeler qu’il faut remettre la morale à sa « juste place » : « L’annonce de l’amour salvifique de Dieu est première par rapport à l’obligation morale et religieuse. Aujourd’hui, il semble parfois que prévaut l’ordre inverse ».

« C’est péché » (haram) est le refrain des musulmans qui ne veulent pas boire d’alcool, manger de porc, toucher ou voir le corps des femmes, jouer avec des poupées à visage humain. Et logiquement, il leur faut donc ne pas se joindre à ceux – les pécheurs, les infidèles – qui s’adonnent à ce type de pratiques, sous peine de devenir impurs. Répétons-le : les interdits alimentaires, vestimentaires ou culturels islamiques ou juifs ne sont pas hygiéniques, mais religieux. Il s’agit d’obéir à la Loi (charia), d’être un bon musulman en étant soumis au Coran, à ses obligations et ses interdits qui concernent tous les domaines de la vie de chacun.

En abolissant la circoncision, les interdits alimentaires et autres obligations de la loi de Moïse, le christianisme est devenu la seule religion des trois monothéismes à abolir le séparatisme dans ses textes (pas toujours dans son histoire hélas !).

 

L’enjeu de la parabole de ce Dimanche

Une parabole contre le séparatisme dans Communauté spirituelleC’est bien l’enjeu de la parabole du fils prodigue de ce dimanche (Lc 15, 1-3.11-32). On en fait trop souvent une parabole de la miséricorde, alors que c’est d’abord une parabole de la fraternité religieuse. Pourquoi en effet Jésus invente-t-il cette histoire des 2 fils ? Parce que les pharisiens – l’équivalent des hassidim ou des salafistes d’aujourd’hui – lui reprochent de se mélanger avec tout le monde, même les pécheurs scandaleusement connus comme tels : « cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et va manger avec eux ! » Les pharisiens – dont le nom signifie séparés - sont ainsi dénommés parce qu’ils se coupent des autres et vivent entre eux au nom de la pureté rituelle. Luc alignera trois paraboles de suite (la brebis perdue, la pièce d’argent perdue, le fils perdu) pour justifier ce scandale de la fréquentation des pécheurs ! C’est donc que c’était un gros morceau, difficile à faire avaler aux gens religieux de l’époque…

Fréquenter les pécheurs est encore le reproche de Simon le pharisien à Jésus invité à manger chez lui. Une prostituée ose s’approcher de Jésus en plein repas, pire encore : lui laver les pieds avec ses larmes et les essuyer de ses cheveux. Le bon accueil fait par Jésus à cette putain notoire scandalise les pharisiens : « En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : ‘Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse’ » (Lc 7,39)… 

Dans notre parabole, le repas est révélateur de la fracture opérée par le fils aîné : il refuse de se mettre à table avec son frère pécheur, et se scandalise que le veau gras soit offert au rebelle, revenu par intérêt, et non au fils fidèle. Comme quoi la pureté religieuse tue la convivialité, et l’observance de la Loi nous prive des repas les plus fraternels…

Voilà bien le scandale : Jésus ose se mettre à table avec les mauvais juifs, avec les païens, les voleurs, les collabos et les prostituées ! Or, pour les juifs comme pour les musulmans, on ne peut se mettre à table qu’avec ceux qui observent la Loi, on ne doit pas être vu en mauvaise compagnie sinon on devient impur. Exactement le contraire de ce que fait Jésus ostensiblement ! Il suffit de feuilleter l’Évangile de Luc pour voir ce singulier prophète en compagnie de bergers, de mauvaise réputation, avec des mages – des païens idolâtres venus d’Orient - dès sa naissance. Question séparatisme, ça commence mal aux yeux des pharisiens… Ça finira encore plus mal avec l’accueil inconditionnel que le crucifié offrira à son compagnon d’infortune criminelle maudit par la Loi juive : « ce soir, tu seras avec moi en paradis ». Drôle de compagnon au ciel ! Le paradis de Jésus est peuplé de pécheurs repentis, là où le paradis du Coran est réservé aux croyants obéissants…

Entre naissance et crucifixion, le Messie d’Israël ne va pas cesser de faire bon accueil aux pécheurs. Dans l’ordre mentionné par Luc, on le voit fréquenter des possédés, des lépreux, des paralysés, des collabos comme Lévi ou Zachée, des centurions romains, on le voit toucher un cadavre (le fils de la veuve de Naïn) ou se laisser toucher par une prostituée (avec son flacon de parfum), une femme hémorroïsse, des samaritains, des pauvres invités au festin des noces, des aveugles, etc. Souper avec les putains (selon la formule du dominicain Jacques Pohier) semble être le passe-temps favori de cet homme de Dieu ! Pas étonnant que les pharisiens voient les chrétiens comme des transgresseurs de la Loi, et que les Romains voient l’Église naissante comme un ramassis d’esclaves et de moins que rien !

Mais voilà, Jésus n’en démord pas : « je suis venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». Et malheureux sont ceux qui se croient sauvés par eux-mêmes : ils se privent de la compagnie du Christ !

Faire bon accueil aux pécheurs, c’est ne pas juger l’autre sur son avis, sa nourriture ou sa prière. C’est se mélanger avec tous, sans ostracisme, sans prosélytisme non plus (Jésus a toujours laissé libre de le suivre ou non). C’est ne pas pratiquer l’entre-soi, que ce soit au club de golf, au Rotary, à Auteuil ou à Barbès, dans les commerces musulmans de la rue de Lannoy ou dans le quartier cossu de Barbieux à Roubaix… Car le séparatisme n’est pas que religieux : les riches notamment savent depuis longtemps se regrouper à l’écart des pauvres, souvent à l’ouest des villes, dans des quartiers sécurisés où le mètre carré est trop cher pour y croiser des familles différentes…

 

La commensalité nourrit la convivialité

 islam dans Communauté spirituelleUn des signes emblématiques de ce mélange – ou du refus du mélange – social est le repas. En français, se mettre à table, c’est quelque chose ! C’est le lieu de la convivialité, puisque justement nous devenons convives dès lors que nous acceptons de manger ensemble. C’est le lien de la commensalité (cum mensa = table commune en latin), dont la communion eucharistique est l’accomplissement : nous communions au même corps du Christ autour de la même table de l’hôtel eucharistique. Dieu est d’ailleurs le premier à se mélanger à notre humanité, comme l’eau se mélange au vin dans le calice de la messe (rite de l’immixtion). « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité » : comment mieux exprimer que le Dieu de Jésus ne vit pas séparé, mais en communion ?!
Et Saint Jean Chrysostome a raison de prier ainsi au moment de recevoir la communion :
« Seigneur mon Dieu ! […] De même que Tu as bien voulu entrer et manger avec les pécheurs dans la maison de Simon le Lépreux, daigne entrer dans la maison de mon âme, lépreuse et pécheresse. De même que Tu n’as pas rejeté celle qui était semblable à moi, la courtisane et la pécheresse, quand elle s’approcha de Toi et Te toucha, de même sois-moi miséricordieux, à moi pécheur qui m’approche et qui Te touche… »

 

Le coup de gueule de Paul contre Pierre

 JésusCe mélange à table est l’objet d’une dispute célèbre entre Paul et Pierre. Malgré l’épisode à Joppé où l’Esprit Saint a montré à Pierre qu’aucune nourriture n’est impure et qu’il peut donc aller manger chez le centurion Corneille sans pécher (Ac 10), Pierre reste un juif un peu scrupuleux. Aussi, lorsque des juifs de Jérusalem liés à Jacques viennent visiter les disciples d’Antioche, Pierre s’autocensure en quelque sorte, puisqu’il arrête de manger avec les païens de sa communauté par peur du regard des judéo-chrétiens : « En effet, avant l’arrivée de quelques personnes de l’entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d’origine païenne. Mais après leur arrivée, il prit l’habitude de se retirer et de se tenir à l’écart, par crainte de ceux qui étaient d’origine juive. Tous les autres fidèles d’origine juive jouèrent la même comédie que lui, si bien que Barnabé lui-même se laissa entraîner dans ce jeu. Mais quand je vis que ceux-ci ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Pierre devant tout le monde : ‘Si toi qui es juif, tu vis à la manière des païens et non des Juifs, pourquoi obliges-tu les païens à suivre les coutumes juives ?’ » (Ga 2,12–14).
On réalise combien fut difficile pour Pierre et les premiers chrétiens – qui étaient juifs – d’abandonner le séparatisme religieux lié à l’observation de la Torah ! Paul a courageusement et publiquement dénoncé cette régression : refuser de se mélanger à table, c’est mettre la Loi au-dessus de la grâce, c’est faire comme si le Christ était mort pour rien (Ga 2,21) puisqu’il n’aurait pas fait tomber les murs séparant les hommes.

On le voit : il y a dans le séparatisme juif ou musulman une dimension proprement religieuse – et pas seulement sociale ou économique – qui tient aux textes fondateurs ou du moins à leurs interprétations actuelles, sans qu’on sache très bien si cette impossibilité est structurelle ou pourra évoluer avec le temps.

 

Les murs murent les murmures

Critique-Comme-un-murmure paraboleHabilement, Luc a recours à l’Écriture pour disqualifier la protestation pharisienne. En effet, il emploie à dessein le verbe murmurer pour décrire les pharisiens en train de s’indigner contre Jésus ami des pécheurs. Or ce verbe murmurer (διαγογγζω = diagonguzō en grec, לוּן = lun en hébreu) est celui que l’Ancien Testament utilise de très nombreuses fois pour fustiger les rébellions des hébreux au désert, « peuple à la nuque raide » qui refuse de se laisser conduire par un Dieu qui n’agit pas comme les hommes, fussent-ils les plus religieux du monde : « Et le peuple murmura contre Moïse… » (Ex 15,24). Ce terme murmurer est repris une vingtaine de fois [1] dans ce sens de rébellion contre un Dieu qui n’agit pas selon nos représentations : « ils murmurent sous leurs tentes sans écouter la voix du Seigneur » (Ps 106,25). En disant que les pharisiens murmurent contre Jésus, Luc en fait les dignes héritiers de la génération du désert qui a résisté à Dieu pendant 40 ans, se privant ainsi d’entrer en Terre promise.

Isaïe nous avertit : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées » (Is 55, 8-9). En Jésus, Dieu se montre aussi libre de se mêler aux pécheurs que YHWH de se manifester au désert comme il le voulait ! « N’ai-je pas le droit de disposer de mon argent comme je le veux ? », dira le patron de la parabole des ouvriers de la 11° heure à ceux qui s’indignent de sa libéralité envers les derniers arrivés.
Et Luc emploie 3 fois ce terme murmurer pour qualifier l’attitude des pharisiens refusant la fraternité avec les pécheurs : lors du grand festin donné par le collecteur d’impôts romains Levi après son appel par Jésus (Lc 5,30) ; ici dans notre parabole des deux fils ; et enfin lorsque Jésus s’invite chez le riche Zachée, lui aussi collabo (Lc 19,7).

Bref, murmurer contre Jésus parce qu’il fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux, c’est projeter sur Dieu nos images de ce que devrait être la pureté, la justice, la religion, au lieu de laisser Dieu se révéler tout autre que nos représentations humaines, trop humaines. Le peuple à la nuque raide pourrait bien être aujourd’hui tous ces ultras religieux de tous bords qui s’indignent et protestent contre ceux qui abattent les murs entre les gens.

 

Quant à nous, suivons le Christ en nous réjouissant que le veau gras soit offert aux prodigues en tous genres, dont nous sommes !
Faisons bon accueil aux pécheurs de ce temps, et mangeons avec eux, loin de tout séparatisme.

 


[1]. Ex 15,24 ; 16,2.7.8.9.12 ; 17,3 ; Nb 11,1 ; 13,30 ; 14,2.27.29.36. ; 16,11.41 ; 17,5.10 ; Dt 1,27 ; Jo 9,18 ; Ps 59,15 ; 106,25

 

Vidéo du Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR)
cf.  https://www.cipdr.gouv.fr/

 

LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué
En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué :
« Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. »
Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

2ème lecture : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Evangile : « Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

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13 mars 2022

Dieu au détour

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Dieu au détour

Homélie du 3° Dimanche de Carême / Année C
20/03/2022

Cf. également :

À quoi bon ?
Le malheur innocent
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent
Les résistances de Moïse… et les nôtres

La DCC - Délégation Catholique Pour la Coopération

1. Le détour par l’autre

« Ces 13 mois sont passés à une vitesse folle. Rien ne s’est déroulé comme je l’avais imaginé. J’ai géré de ‘l’imprévu’ (pénurie d’eau, panne d’ordinateurs, conflits entre les jeunes etc.) quotidiennement. J’ai surtout été bousculée positivement dans mes habitudes de vie, de penser et de travailler. Dans les moments de doute, j’ai trouvé l’énergie et le réconfort en partie grâce aux jeunes que j’accompagnais. Frappée par leur capacité de résilience, émue et fière de leurs progrès fulgurants, ce sont elles qui ont été mes professeures de vie ! J’ai souvent été surprise de recevoir dans des moments où je m’y attendais le moins. J’ai appris à me satisfaire des plaisirs simples. D’ailleurs, mes plus beaux souvenirs resteront ceux passés à rire, en partageant un chai (thé indien) à leurs côtés. J’étais convaincue que le volontariat ne serait qu’une parenthèse, aujourd’hui je réalise qu’il s’agit plutôt d’une transition vers un autre chemin de vie » (Aurélie, volontaire à Bangalore, en Inde, Délégation Catholique à la Coopération).
Presque tous les coopérants pourraient écrire un témoignage comme celui-là ! Le choc de la rencontre d’une autre culture, radicalement différente ; la découverte d’autres manières de s’habiller, de se nourrir, de penser le monde ; la pratique d’autres langues véhiculant des sagesses si étrangères… : le dépaysement de celui qui quitte sa patrie pour aller voir ailleurs n’est pas que géographique !

C’est donc que le détour par l’autre peut nous enrichir. Et, comme un choc en retour, nous prenons conscience avec plus d’acuité de notre identité particulière lorsque nous la confrontons à celle des autres. Un occidental ne connaît pas l’Occident tant qu’il n’a pas rencontré l’Afrique ou l’Asie. Il faut faire l’éloge du détour par l’autre (son pays, sa cuisine, sa langue…) qui nous révèle à nous-mêmes.

Mieux encore : faire ce détour peut nous révéler Dieu le Tout-Autre, comme l’écrivait si bien le Père Varillon : « Il est possible, à partir de l’autre relativement autre que nous voyons, de pressentir l’Autre absolument autre que nous ne voyons pas et appelons Dieu » [1].

On écoute alors notre première lecture (Ex 3,1-15) avec plus d’attention : lorsque Moïse fait un détour pour voir ce buisson étrange, nous devinons que c’est bien des détours de notre propre parcours qu’il s’agit. Lorsque Dieu valide ce déroutement de Moïse pour lui faire découvrir son Nom ineffable YHWH (« Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela… »), nous devinons également que c’est là un encouragement divin à chercher dans nos détours la révélation de lui-même qu’il veut nous y communiquer.

Quel est le buisson ardent qui nous fait signe à l’écart ?

Même si notre route actuelle semble bien tracée, quels phénomènes bizarres ou gens étranges nous font signe sur le côté pour nous détourner un instant, pour dé-railler (sortir des rails) comme Moïse au désert ?

 

2. Le détour par le désert

Dieu au détour dans Communauté spirituelle carte-moise-sinai-canaanLe deuxième détour célèbre dans la Bible est celui du peuple en route vers Canaan. Au lieu de foncer tout droit vers la Terre promise en sortant d’Égypte, il lambine, traînasse, zigzague comme la Seine autour de Paris. « Dieu fit donc faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux » (Ex 13,18).

Les méandres des Hébreux pendant 40 ans au désert toujours étonné les rabbins. Ils y ont vu là encore la marque de la pédagogie divine : faire un détour par le Sinaï obligeait ce peuple à mûrir, à se déprendre de ses idoles, à compter sur Dieu d’abord et non sur ses propres forces. En s’éloignant de la mer, ils évitaient ainsi les dangereux Philistins du littoral, mais surtout ils apprenaient à quitter l’Égypte - son esclavage, son idolâtrie - dans leur cœur après l’avoir quittée à pied. Or cet affranchissement demande du temps : on ne rompt pas les anciens liens en claquant des doigts ! Un peu comme une cure de désintoxication,…

Ce détour par les cailloux, la soif, la faim, le froid permettra à Israël de découvrir la manne, les cailles, les tables de la Loi, l’Arche d’Alliance.

Qui serions-nous pour nous plaindre de ces détours imposés ou choisis ? Pourquoi ne pas y voir des opportunités pour grandir, tel Israël dé-routé par le désert ?


3. Le détour de Dieu par notre humanité

Fichier:Hieronymus Bosch - The Garden of Earthly Delights - The Earthly Paradise (Garden of Eden).jpgDieu est le premier à pratiquer ce détour hors de lui-même. Il aurait pu se suffire à lui-même, de toute éternité, en restant seul. La Création est ce premier risque divin, car quelque chose qui n’est pas Dieu sort de Dieu, sans aucune nécessité. Puis l’émergence de l’humanité au sein de cette Création redouble son altérité : voilà qu’il y a un sujet parlant face au ‘Je’ divin ! Et Dieu fera souvent le détour par cette humanité, comme il se promenait dans le jardin de la Genèse pour aller voir où en était Adam. « Qui donc aura compassion de toi, Jérusalem ? Qui aura pour toi un geste de pitié ? Qui fera un détour pour demander de tes nouvelles ? » (Jr 15,5).

Le détour suprême fut l’Incarnation. Dieu sortit de lui-même pour prendre chair de notre chair : sacré détour ! C’est vraiment ce qui s’appelle sortir de ses rails, emprunter une autre route que celle qui était prévue et qui semblait naturelle.

Si Dieu le premier s’est appliqué cette pédagogie du détour, comment pourrions-nous refuser de la pratiquer ? Sortir un instant de son rôle social pour aller voir l’autre à égalité. Découvrir un milieu associatif inconnu et s’efforcer de le comprendre de l’intérieur. Partager un repas avec des artistes, des traders ou des SDF… Plusieurs patrons ou hauts responsables racontent avoir voulu sentir l’atmosphère de leur entreprise en se faisant embaucher incognito au bas de l’échelle. En quelques mois ou semaines, ce détour par la condition ordinaire leur en avait appris sur l’entreprise plus que bien des réunions empesées au plus haut niveau !

Oui, le détour est une pédagogie divine, au sens premier du terme pédagogue : celui qui conduit l’enfant sur le chemin. Nous sommes l’enfant que Dieu guide en lui faisant changer de chemin pour un moment, afin qu’il revienne grandi et transformé, comme Moïse deviendra le libérateur de son peuple après avoir fait ce crochet par le buisson ardent. Cela vaut bien le détour ..


4. Le détour du samaritain

1148059317 buisson dans Communauté spirituelleDans le Nouveau Testament, il y a également quelques détours célèbres, dont celui du samaritain de la parabole (Lc 10,25-37) pour dévier de sa route un instant et prendre soin d’un blessé laissé pour mort. Il fait un crochet là où les autres continuent tout droit sans s’arrêter. Il suspend son voyage le temps de trouver une auberge à qui confier le malheureux. Puis il reprend sa route, sans savoir que ce geste l’a irréversiblement transformé en juste, lui l’hérétique interdit de Temple à Jérusalem.

Refuser de faire un détour, à l’image du prêtre et du lévite de la parabole, c’est être tellement devenu l’homme (ou la femme !) de l’institution que les gens hors-normes en deviennent invisibles. Refuser de se laisser dérouter, ne serait-ce qu’un instant, pour aller voir de près ce blessé–buisson-ardent, c’est suivre sa propre logique imperturbablement (logique professionnelle, conjugale, associative, amicale, ecclésiale) sans jamais dévier. Refusé de dérailler opportunément, c’est se priver de découvertes enrichissantes, de l’imprévu novateur ; c’est prendre le Transsibérien sans descendre aux escales…

Le détour du samaritain par le blessé sur la route sera doublement salutaire : l’homme à terre sera relevé, l’hérétique sera justifié. Et qui peut dire qu’il n’est pas l’hérétique de quelqu’un d’autre ?


5. Le détour de Paul à Athènes

7483947-0000001.paul_athen_.w1024 CarêmeL’éloge de la pédagogie du détour vaut également pour la stratégie missionnaire. Si l’apôtre ne se laisse étonner par rien chez ceux vers qui il est envoyé, comment pourrait-il leur annoncer le Christ ? Suivez Paul débarquant à Athènes (Ac 17). Il connaît mal cette culture grecque, lui le citoyen romain d’un coin perdu de l’Empire. Alors avant de prêcher, il se tait et regarde. Il prend le temps de se promener parmi les monuments d’Athènes (il a de quoi visiter !). Il se renseigne sur les coutumes, les croyances, les penseurs, les attentes de ce peuple si fier de sa démocratie. Il cherche les braises sur lesquels souffler pour que la ville grecque devienne un buisson ardent qui brûle d’ardeur pour le Christ sans se consumer. Et il va trouver : une statue au Dieu inconnu témoigne de la curiosité des Grecs pour ce qui leur échappe. Grâce à ce détour par leur culture, dont témoignent ses citations de philosophes, Paul va pouvoir appuyer sa prédication (son kérygme) sur la soif des Grecs à apprendre du neuf sur Dieu ! Au-delà du demi-échec apparent de cette approche, Paul aura planté la graine qui s’épanouira dans l’orthodoxie grecque, si féconde au cours des siècles et encore actuellement.

La pédagogie du détour est pour le missionnaire un non-chemin (puisqu’il s’agit de se laisser dé-router !) indispensable pour que l’évangélisation parle au cœur. Sans détour, la mission n’est plus qu’une conquête, une tactique, un plan à exécuter, hélas.


6. Éloge de la curiosité

Pas de détour sans curiosité ! Si Moïse n’avait pas été intrigué par le buisson en flammes, il aurait continué son chemin sans rien changer. Mais il est curieux, intrigué, interrogé par ce qu’il perçoit et ne comprend pas. Savoir se poser des questions est le propre de l’homme.

« Les maîtres du judaïsme explicitent ce rapport en expliquant que l’homme est un être potentiel, inachevé, qui va se construire, s’épanouir, exactement comme une graine que l’on plante dans la terre. L’humain signifie terre car il est le lieu de sa propre germination. En hébreu, Adam a pour valeur numérique 45 qui se lit Mah qui veut dire « Quoi ? ». L’homme est une question perpétuelle. Question sur soi, sur son passé et son avenir. Le questionnement est la parole fondamentale de l’humain, mise en question de la conscience » [2].

Moise-- détourSavoir se laisser étonner est pour nous un grand défi. Avec l’âge c’est bien connu on devient blasé, on croit avoir tout vu. Ou bien au jeune âge, on croit voir clairement la ligne à suivre radicalement sans dévier. La maturité pourrait bien être quelque part entre les deux : avoir certes une ligne de vie bien tracée (pour éviter l’éparpillement, l’incohérence, la dispersion, la vanité de bien des parcours), mais se laisser détourner de temps à autre, en acceptant de ne pas maîtriser ce que cela va changer après. 

On en revient à nos coopérants du début. Ils retournent en Europe pour la plupart, et reprendront une trajectoire assez semblable aux autres. Mais ces quelques mois ailleurs les auront marqués au fer rouge. Loin d’être une parenthèse, ils s’y référeront longtemps pour contester ou relativiser leur mode de vie ici, les évidences de la culture d’ici, et finalement habiter autrement le rôle social qu’on veut leur faire jouer ici. D’où l’importance spirituelle des détours comme Erasmus, la coopération, un stage ouvrier, un service civique, une maraude avec Médecins du Monde, le Volontariat International en Entreprise etc. De grosses entreprises organisent des « vis ma vie » entre leurs différents métiers pour donner des envies d’évolution et éveiller des talents : elles ont raison ! D’autres organisent des visites d’entreprises avec leurs équipes pour aller voir ailleurs comment ils produisent, avec quel type de management etc. Et elles ont raison !

Le détour de Moïse par le buisson ardent peut prendre aujourd’hui tant de formes et se traduire par tant d’expériences innovantes ! Cultivons donc la pédagogie du détour de YHWH au désert, pour nous-mêmes, pour ceux dont nous sommes chargés : il y a sûrement un buisson qui nous attend quelque part, flambant neuf, qui mérite le détour ! Ce pourrait bien être le sens de la parole énigmatique de Jésus : « si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui » (Mt 5,41)…

 


[1]. VARILLON F., L’humilité de Dieu, Le Centurion, Paris, 1974, p. 39.

[2]. Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer, Le livre des prénoms bibliques et hébraïques, Albin Michel, 2000, p.64.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis » (Ex 3, 1-8a.10.13-15)

Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Moïse répondit à Dieu : « J’irai donc trouver les fils d’Israël, et je leur dirai : ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.’ Ils vont me demander quel est son nom ; que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis’. » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’. C’est là mon nom pour toujours, c’est par lui que vous ferez mémoire de moi, d’âge en d’âge. »

Psaume
(Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.11)
R/ Le Seigneur est tendresse et pitié.
 (Ps 102, 8a)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur fait œuvre de justice,
il défend le droit des opprimés.
Il révèle ses desseins à Moïse,
aux enfants d’Israël ses hauts faits.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint.

Deuxième lecture
La vie de Moïse avec le peuple au désert, l’Écriture l’a racontée pour nous avertir (1 Co 10, 1-6.10-12)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer que, lors de la sortie d’Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée, et que tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ. Cependant, la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. Ces événements devaient nous servir d’exemple, pour nous empêcher de désirer ce qui est mal comme l’ont fait ces gens-là. Cessez de récriminer comme l’ont fait certains d’entre eux : ils ont été exterminés. Ce qui leur est arrivé devait servir d’exemple, et l’Écriture l’a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps. Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber.

Évangile
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » (Lc 13, 1-9)
Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Convertissez-vous, dit le Seigneur, car le royaume des Cieux est tout proche. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (Mt 4, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ‘Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?’ Mais le vigneron lui répondit : ‘Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.’ »
Patrick BRAUD

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6 mars 2022

Transfiguration : Soukkot au Mont Thabor

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 9 h 15 min

Transfiguration : Soukkot au Mont Thabor

Homélie du 2° Dimanche de Carême / Année C
13/03/2022

Cf. également :

Compagnons d’éblouissement
Abraham, comme un caillou dans l’eau
Transfiguration : le phare dans la nuit

Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne
Leikh leikha : Va vers toi !
Le sacrifice interdit
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures

Akirov Towers in North Tel Aviv Exclusive Neighbourhoods

Drôles de balcons !

Dans les quartiers modernes de Jérusalem, vous pourrez remarquer d’étranges immeubles : les balcons sont disposés de façon asymétrique pour que chaque appartement puisse avoir un balcon à ciel ouvert. Coquetterie d’architecte ? Non : nécessité religieuse ! Car la fête des Tentes, l’une des plus grandes fêtes juives – la plus populaire sans doute – demande que chaque famille construise une sorte de hutte, une cabane avec un toit de branchages qui doit laisser voir le ciel et les étoiles la nuit, pour y habiter pendant une semaine. Les balcons asymétriques de ces tours permettent ainsi aux résidents de bâtir leur cabane pour la semaine de la fête des Tentes selon les règles, en leur évitant de descendre dans la rue.

 

Soukkot au Thabor

Pierre au sommet du Mont Thabor semble se préoccuper lui aussi d’une fête des Tentes à organiser : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes… » Pourquoi diable parler tentes alors qu’il est témoin d’une scène extraordinaire qui devrait l’absorber tout entier ? C’est que Pierre se souvient que, lorsque les cabanes de la semaine des Tentes sont construites, les juifs doivent inviter symboliquement les grands personnages de leur histoire à y entrer pour se réjouir avec eux en famille. Or il y a là Moïse et Élie en plus de Jésus ! C’est donc qu’ils demandent à célébrer la fête des Tentes, selon l’Écriture : « Vous habiterez sept jours dans des huttes. Tous les israélites de souche habiteront dans des huttes » (Lv 23,42).
Le prophète Malachie avait annoncé que Moïse et Élie marqueraient la venue du Jour ultime : « Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur, à qui j’ai prescrit, sur l’Horeb, décrets et ordonnances pour tout Israël. Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Ml 3, 22-23).

Transfiguration : Soukkot au Mont Thabor dans Communauté spirituelle souccot-measharimIl faut alors en toute hâte improviser ces tentes où les trois plus grandes figures du judaïsme (aux yeux de Pierre) vont pouvoir manifester à tous l’Alliance renouvelée en Jésus. D’ailleurs, Luc est le seul à mentionner au début de son Évangile de la Transfiguration le détail du 8° jour : « environ 8 jours après ces paroles… » (Lc 9,28). Le texte liturgique omet cette mention : dommage ! Car ces 8 jours ne sont pas là par hasard. Matthieu et Marc disent : « 6 jours après » (Mt 17,1 ; Mc 9,2), ce qui leur permettra de placer la Transfiguration au 7° jour de la fête, comme à la fin de la 1° Création. Le 8° jour pour Luc a peut-être une connotation eschatologique, 8 étant le chiffre messianique : « Sept jours durant, on célébra la fête. Le huitième jour eut lieu, selon la coutume, la clôture de la fête » (Ne 8,18).

Dans le monde nouveau inauguré par le Christ dans sa Passion, toutes les nations, tous les peuples seront invités à se réjouir avec Israël des fiançailles de YHWH avec l’humanité, comme au temps du désert. Le prophète Zacharie (l’un des derniers de la Bible) avait entrevu cet élargissement de la fête des Tentes à toutes les nations : « Alors tous les survivants des nations qui auront marché contre Jérusalem monteront année après année se prosterner devant le Roi Seigneur de l’univers, et célébrer la fête des Tentes. Mais pour les familles de la terre qui ne monteront pas se prosterner à Jérusalem devant le Roi Seigneur de l’univers, la pluie ne tombera pas. Et si la famille d’Égypte ne veut pas monter, si elle ne vient pas, alors fondra sur elle le fléau dont le Seigneur frappera les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes. Tel sera le châtiment de l’Égypte et le châtiment de toutes les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes » (Za 14, 16-19).

Jean dans son Évangile y fera allusion, en liant la fête des Tentes à laquelle Jésus doit participer à Jérusalem à la manifestation de Jésus au monde entier : « Après cela, Jésus parcourait la Galilée, car il ne voulait pas séjourner en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir. Or, la fête des Juifs (Soukkot), la fête des Tabernacles (Tentes), était proche. Et ses frères lui dirent : Pars d’ici, et va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Personne n’agit en secret, lorsqu’il désire paraître : si tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde » (Jn 7, 1–4). La fête des Tentes va ainsi manifester Jésus au monde.

Esdras lisant la Loi- Un dernier sens de la fête des Tentes s’est superposé à tous ceux-là lors du retour de l’Exil à Babylone, lorsque la fête des Tentes se conjugua avec la lecture de la Loi en continu dans la langue du peuple pendant 7 jours, le 8° jour étant la clôture de la fête.
« Dans la Loi que le Seigneur avait prescrite par l’intermédiaire de Moïse, ils trouvèrent écrit que les fils d’Israël devaient habiter dans des huttes durant la fête du septième mois, et qu’ils devaient l’annoncer et le faire publier dans toutes leurs villes et à Jérusalem, en ces termes : ‘Sortez dans la montagne et rapportez des rameaux d’olivier, d’olivier sauvage, de myrte, de palmier et d’autres arbres touffus, pour faire des huttes, comme il est écrit.’ Le peuple sortit donc : ils rapportèrent des rameaux et se firent des huttes, chacun sur son toit, dans leurs propres cours, dans les cours de la Maison de Dieu, ainsi que sur la place de la porte des Eaux et sur la place de la Porte d’Éphraïm. Toute l’assemblée – ceux qui étaient revenus de la captivité – fit donc des huttes et habita dans ces huttes. Les fils d’Israël n’avaient rien fait de tel depuis les jours de Josué, fils de Noun, jusqu’à ce jour. Ce fut une très grande joie. On lut dans le livre de la loi de Dieu chaque jour, depuis le premier jour jusqu’au dernier. Sept jours durant, on célébra la fête. Le huitième jour eut lieu, selon la coutume, la clôture de la fête » (Ne 8,14-18).
Dresser trois tentes, c’est donc pour Pierre se mettre à l’écoute de la Loi de Moïse et en reconnaître l’accomplissement en Jésus.

On comprend mieux le réflexe de Pierre d’associer la présence de Moïse et d’Élie à la construction des Tentes pour la fête ultime, la fête eschatologique où la gloire de Dieu qui émane du Christ sera partagée à tous, juifs et païens ! Contrairement à ce qu’a rajouté le rédacteur du texte (« il ne savait pas ce qu’il disait ») sans doute peu connaisseur des fêtes juives, Pierre savait très bien ce qu’il disait, et cela avait grand sens pour lui… D’ailleurs, remarquez que Jésus ne le contredit pas, et ne disqualifie pas sa demande comme il le fait ailleurs. Au contraire, il semblerait que la théophanie qui suit aille dans le sens de Pierre en faisant venir la nuée divine et sa voix mystérieuse au-dessus de Jésus comme lors de l’Exode au désert : « Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente de la Rencontre, car la nuée y demeurait et la gloire du Seigneur remplissait la Demeure » Ex 40,35 ; cf. Nb 9–10). La vraie Tente, non faite de main d’homme, est la gloire de Dieu habitant corporellement en cet homme Jésus. Grégoire de Nysse, dans son homélie de la Nativité, écrivait : « nous fêtons aujourd’hui le mystère de la véritable construction des Tentes ».

Voilà la vraie demeure pour l’Alliance que la tente de l’Arche au désert préfigurait. La Transfiguration est l’accomplissement de Soukkot (la fête des Tentes) et désigne Jésus comme notre nouvelle demeure où Dieu nous fiance à lui dans l’amour et la justice.

 

La fête des Tentes transfigurée

À l’origine, la fête des Tentes était une fête agricole célébrant la fin des récoltes, et c’est de là sans doute que vient la tradition des cabanes : lors des vendanges, on dressait dans les vignes des petites cabanes, des huttes de branchages, dans lesquelles les vendangeurs résidaient le temps des récoltes (Jb 27,18 ; Is 1,8). Avec le temps, la fête a été historicisée, c’est-à-dire qu’elle a été rattachée à un épisode de l’histoire des Hébreux, en l’occurrence la sortie d’Égypte. Les cabanes érigées lors de la fête servirent alors à rappeler les tentes qu’avaient dressées les Hébreux dans le désert (Lv 23,42-43).

Selon l’historien juif Flavius Josèphe, qui vécut au I° siècle de notre ère, il s’agit de « la fête la plus sainte et la plus grande chez les Hébreux » (Antiquités juives 8,100).

Soukkot– La joie de la fête est d’abord celle des récoltes, des moissons et des vendanges. « La fête des Tentes, tu la célébreras pendant sept jours, lorsque tu auras rentré le produit de ton aire à grain et de ton pressoir » (Dt 16,13). Le peuple rend grâce en fin de saison pour l’abondance de ses champs et de ses vignes. Après la fin du cycle agricole de l’année, il se prépare au nouveau cycle qui commence.
Au Thabor, Pierre se réjouit du Christ comme incarnant la vendange ultime de l’humanité pour la vie éternelle en Dieu.

– La joie de la fête des Tentes est ensuite la joie des fiançailles de Yahvé avec son peuple, comme l’écrit Jérémie : « Va proclamer aux oreilles de Jérusalem : Ainsi parle le Seigneur : Je me souviens de la tendresse de tes jeunes années, ton amour de jeune mariée, lorsque tu me suivais au désert, dans une terre inculte » (Jr 2,2).
C’est la nouvelle Alliance inaugurée par le don que fait Jésus de lui-même à travers sa Passion que Soukkot annonçait, et que la Transfiguration réalise. Demeurer sous la tente avec le Christ, en écoutant sa parole et en le suivant dans sa Passion, est la vraie vie en abondance que cherchait le peuple au désert.

un-vecteur-illustration-page-a-colorier-d-une-soukkah-decoree-avec-des-ornements-pour-la-fete-juive-de-souccot-f5yxgh Pierre dans Communauté spirituelle– La précarité des Tentes rappelle au peuple qu’il ne faut pas s’installer ‘dans le dur’. Contrairement aux commentaires habituels qui soupçonnent Pierre de vouloir s’installer au du Thabor, à l’écart, le désir de bâtir trois tentes est ici l’acceptation et l’annonce de la faiblesse à venir, celle de la Passion et de la croix. Pierre se rappelle qu’entrer dans l’Alliance demande à sortir de ses résidences habituelles, de ses esclavages, de son confort, pour suivre le Christ pauvre et désarmé.

– La fête des Tentes est destinée à tous, pas seulement aux juifs. Pierre croit à juste titre que la Transfiguration accomplit la prophétie de Zacharie. En fêtant la Transfiguration, nous sortons sur nos balcons intérieurs pour y construire la cabane provisoire qui laissera filtrer la gloire de Dieu irradiant du Christ à travers ses branchages (l’Église, nouvelle Tente de la Rencontre, imparfaite mais laissant entrevoir la beauté divine), même si c’est de nuit (la nuit de nos Passions).

– Paul personnalise cette attente eschatologique en promettant à chacun une résurrection sur le mode de la fête des Tentes célébrée au Thabor : « Nous le savons, en effet, même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre, est détruit, nous avons un édifice construit par Dieu, une demeure éternelle dans les cieux qui n’est pas l’œuvre des hommes. En effet, actuellement nous gémissons dans l’ardent désir de revêtir notre demeure céleste par-dessus l’autre » (2Co 5,1–2).
Le corps humain est d’ores et déjà habité par cette beauté qui le transfigurera au dernier jour. C’est la grandeur du corps, Temple de l’Esprit, Tente de la rencontre avec Dieu et avec les autres. Chaque corps humain, qu’il corresponde ou non aux canons (très changeants !) de la mode de son époque, peut à certains moments irradier la beauté secrète qui l’habite.

– Luc emploie le même mot Tentes (σκηνς, skenas) qu’au Thabor pour désigner les demeures éternelles qui attendent des justes qui auront su remettre les dettes aux autres comme l’intendant licencié pour prodigalité (« Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les tabernacles (σκηνς) éternels » cf. Lc 16,1–9). Dresser la Tente du royaume de Dieu, c’est donc convertir nos mœurs à celles du royaume, notamment l’usage de l’argent, pour que nos demeures ici-bas reflètent quelque chose des « tentes éternelles » promises.

 

Tabernacle !

Cette curieuse traduction de la parabole de Luc nous met d’ailleurs sur une autre piste, que la traduction anglaise évoque également en employant le mot tabernacle pour traduire le grec σκηνς : « let us make three tabernacles… »
Photo-tabernacle Soukkot
La Transfiguration serait donc une affaire de tabernacle ? !

Tabarnak !,’ s’exclameraient les Québécois avec un de leurs ‘sacres’ (jurons) préférés !
Le mot latin tabernaculum (diminutif de taberna = taverne) signifie en effet : hutte, tente, et a fini par désigner la petite boîte dans laquelle les catholiques conservent les hosties consacrées pour les distribuer aux absents, aux malades. Le tabernacle dans l’église renvoie donc à la fête des Tentes telle que Pierre l’a vécue au Mont Thabor ! Le pain consacré demeure dans cette petite taverne où à la lampe rouge signale sa présence (qu’on pense aux lampes non équivoques du « red light district » d’Amsterdam !)… Cette boîte reprend tout le symbolisme de Soukkot pour l’appliquer au Christ eucharistique, lui qui établit sa demeure parmi nous afin de nous faire demeurer en Dieu.
Lui qui nous fiance à nouveau dans la nouvelle Alliance de son sang en chaque eucharistie.
Lui qui se présente sous la forme du ‘pain de misère’ de la Pâque juive, fragile et dérisoire hostie comme est fragile et dérisoire la tente de Soukkot sur le balcon, nourrissant notre marche vers Dieu dans les déserts qui sont les nôtres.
Lui qui invite tous les peuples au banquet des noces comme l’annonçait Zacharie pour la fête des tentes.
Lui qui a vaincu la mort pour nous dresser une tente éternelle, non faite de main d’homme.

Habiter le Christ eucharistique sous cette tente nous met devant lui comme Pierre au Thabor, ébloui par sa beauté et sa gloire, adorant sa divinité, voyant en lui l’accomplissement de la Loi et des prophètes, Moïse et Élie lui rendant témoignage.

Dresser les tentes pour fêter le Christ transfiguré, c’est un peu abriter soigneusement le reste des hosties consacrées dans le tabernacle après la communion : le pain transfiguré nous parle de notre propre transfiguration à venir, déjà à l’œuvre…

Fêtons donc Soukkot au Mont Thabor ; rendons grâce pour les belles réussites de notre vie ; éprouvons à nouveau la joie des fiançailles et le rappel de notre précarité. Invitons tous les peuples à cette communion d’amour inaugurée en Christ. Prenons courage en contemplant le tabernacle, pour redescendre ensuite affronter nos Passions les plus terribles. Car, comme le disait Origène pour toute l’Écriture : « Ne crois pas que ces événements ont eu lieu il y a longtemps, mais qu’il ne se passera rien de semblable à vous qui écoutez aujourd’hui. Tout est fait en vous, spirituellement … »

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant (Gn 15, 5-12.17-18)

Lecture du livre de la Genèse
En ces jours-là, le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t’ai fait sortir d’Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que je l’ai en héritage ? » Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate. »

Psaume
(Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14)
R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut.
 (Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère :
tu restes mon secours.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. »

Deuxième lecture
« Le Christ transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 17 – 4, 1)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens
Frères, ensemble imitez-moi, et regardez bien ceux qui se conduisent selon l’exemple que nous vous donnons. Car je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ainsi, mes frères bien-aimés pour qui j’ai tant d’affection, vous, ma joie et ma couronne, tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés.

Évangile
« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre » (Lc 9, 28b-36)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
 De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.
Patrick BRAUD

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2 mars 2022

Carême : le détox spirituel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Carême : le détox spirituel

Homélie du 1° Dimanche de Carême / Année C
06/03/2022

Cf. également :

Brûlez vos idoles !
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’île de la tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…
Une recette cocktail pour nos alliances
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Poussés par l’Esprit

Détox, vous avez dit détox ?

Cures de jus détoxLes boissons et autres produits détox sont en plein boom. Jus de fruits et de légumes pressés à froid, shots pour démarrer la journée, eaux végétales : de nouvelles marques investissent le créneau des petites bouteilles pour se faire du bien. Cette tendance liée au bien-être n’est pas près de s’arrêter. « On met de la pomme granit car c’est la moins sucrée, la plus acide. On met du gingembre, qui va faciliter la digestion, des graines de lin moulues qui vont aussi nettoyer l’intestin et du céleri qui est riche en potassium. C’est un jus qui va détoxifier, activer la digestion et qui est riche en fibres », explique Jérémie Halimi, manager « We are Juice » [1]. À entendre parler ce représentant d’une grande marque de compléments alimentaires, on se dit qu’il y a là un marché en pleine expansion !

Le détox tient son nom de son action supposée : éliminer les toxines qui polluent à longueur d’année nos organes. Il y a des tisanes, des jus, des régimes détox qui vantent leurs bienfaits en se parant des étiquettes aujourd’hui incontournables : bio, local, vegan, sain… On les trouve dans les magasins spécialisés en produits naturels, biologiques, circuits courts, en hypermarchés également car leur croissance est prometteuse ! Le marché du détox est devenu un véritable phénomène de société. Il a ainsi connu une flambée de + 82,2% de chiffre d’affaire et de 76,9% en volume de Janvier à Décembre 2018 par rapport à la même péCarême : le détox spirituel dans Communauté spirituelle moine-priantriode sur l’année 2017. C’est un marché « juteux » : la marge sur facture est autour de 30% en moyenne ! 

Les pratiques détox sont souvent associées au jeûne, censé nettoyer le corps de ces substances nocives. Nulle expérimentation scientifique n’a pu jusqu’à présent prouver les bienfaits du jeûne sur la santé, mais il est très populaire dans les milieux alternatifs en matière de soins et de nutrition. On devine que si on n’y prend pas garde les détox peuvent rimer avec intox assez souvent…

À y réfléchir, ce n’est finalement que la forme sécularisée de pratiques spirituelles très anciennes, connues notamment dans la Palestine de Jésus, mais aussi dans tout l’Orient ancien, en Inde, et dans toute l’Asie en général. L’Occident fait mine de redécouvrir ces traditions, mais les vide de leur substance en en faisant des thérapies personnelles ou des traitements hygiénistes. Or le jeûne de Jésus au désert de ce dimanche comme celui des ascètes hindous n’a pas pour but de désintoxiquer le corps, mais l’âme et l’esprit ! Ce qui change tout…

C’est vrai que la vie telle un fleuve charrie sans cesse des pollutions spirituelles qui nous rendent aussi peu perméables à la grâce qu’un filtre à café bouché : les écrans manipulent notre désir, l’abondance nourrit une obésité qui n’est pas que physique, nos habitudes nous replient sur un univers relativement étriqué (et l’épidémie de Covid n’arrange rien, avec des réflexes d’auto-confinement dangereux à terme).

Jeûner, c’est pour les chrétiens pratiquer sur l’âme ce que le détox est supposé accomplir sur le corps : éliminer les toxines spirituelles qui nous éloignent de Dieu, retrouver le fonctionnement normal de notre soif d’exister.

 

Desert_JC-265x300 40 dans Communauté spirituelle

Récollection au désert 

Pour Jésus – qui lui n’a pas besoin de désintoxication ! – jeûner c’est se centrer sur le cœur de sa mission et de son être : vivre en authentique fils de Dieu. Juste avant de commencer sa vie publique, il a besoin de cette ré-collection au désert, au sens premier du mot : collecter à nouveau en un seul bouquet toutes les composantes de son être, pour les rassembler, les unifier, afin de plonger dans sa vie publique comme il vient de le faire dans le fleuve Jourdain. C’est le deuxième sens du jeûne spirituel du Carême : après le détox de nos pollutions spirituelles, le jeûne a pour fonction de nous ramener à notre centre de gravité intérieur. Le jeûne de Jésus ressemble à une concentration de lumière qui regroupe le faisceau de lumière naturelle pour le concentrer en seul seul rayon de lumière laser cohérente et infiniment puissante (portée, énergie, précision), L’enjeu du jeûne est alors : trouver notre cohérence intérieure en rassemblant nos énergies dispersées, agrandir notre faim de l’unique nécessaire, rester centré sur l’essentiel avant de plonger dans l’action.

 

Les 40 jours

À ce titre, la durée symbolique des 40 jours de Jésus au désert est éloquente.

1645984970 Carême- On y lit d’abord une allusion aux 40 jours de déluge s’abattant sur la terre du temps de Noé (Gn 7). Jésus - nouveau Noé – voit la terre submergée par le péché et va sauver l’Arche-Église de ce désastre annoncé.

- Les juifs pensent immédiatement aux 40 jours de Moïse sur la montagne (Ex 24,18 ; Dt 9) par deux fois pour recevoir la Torah de la main de Dieu. Le combat spirituel de Jésus au désert s’appuie sur la Torah de Moïse, et annonce la nouvelle Alliance, la nouvelle Loi (l’Esprit) qui va guider les croyants vers la nouvelle terre promise (le royaume de Dieu).

- On peut également penser aux 40 jours d’embaumement du corps de Jacob par son fils Joseph (Gn 50,3) : c’est la durée nécessaire pour préparer le mort à sa traversée vers l’au-delà. Le désert est peut-être pour Jésus le temps de l’embaumement de sa vie de Nazareth, fils de Joseph, pour renaître à sa mission publique de fils de David, fils de Jacob.

- 40 jours fut également la durée de l’exploration du pays de Canaan avant sa conquête par Josué (Nb 13,25). En priant 40 jours au désert, Jésus prend le temps par avance de visualiser les combats qui seront les siens dans les trois années à venir. Il l’expliquera dans une parabole qui conseille de s’asseoir et calculer avant de se lancer dans une entreprise risquée et dangereuse (Lc 14, 28-29).

- Symboliquement, 40 jours est encore le temps pendant lequel le prophète Ézéchiel doit porter la faute de Jérusalem afin qu’elle soit expiée (Ez 4,6) comme le peuple au désert avait porté ses fautes pendant 40 ans avant de pouvoir entrer en Canaan (Nb 14,34). Jésus, qui vient d’être désigné comme l’Agneau de Dieu par Jean-Baptiste au Jourdain, prend 40 jours au désert pour prendre la mesure du péché du monde et l’empêcher de nuire en le jetant hors de portée de l’homme.

- 40 jours est encore le délai annoncé par Jonas à l’immense ville de Ninive (Jon 3,4) pour qu’elle se convertisse. Et elle l’a fait ! C’est notre conversion que Jésus portait en jeûnant tout ce temps, pour nous avertir de nous détourner du mal comme Ninive.

- Élie a marché 40 jours vers le Mont Horeb (1R 19,8), où l’attendait la révélation de Dieu dans le souffle de la brise légère. Jésus marche 40 jours au désert, vers le Golgotha, et Dieu se révélera dans le silence du vendredi Saint.

Toutes ces harmoniques bibliques des 40 jours nous mettent devant une scène savamment construite : après Pâques, les évangélistes se sont souvenus de ce passage de Jésus au désert, et l’ont chargé de toutes les significations antérieures, portées en Jésus à leur accomplissement.
Chacune de ces harmoniques nous concerne également chacun et tous : il y va de nos combats, de notre identité et de notre mission.

 

Alors, quel jeûne allez-vous choisir pour le Carême ?

Le détox spirituel pourrait bien vous inviter à vous sevrer de vos addictions les plus nocives, pour restaurer davantage de liberté intérieure. Et les addictions modernes ne manquent pas : écrans, univers virtuels, pouvoir dominateur, âpreté au gain, tyrannie du corps, tabac ou drogues…

En vous lançant dans ces 40 jours de détox spirituel, choisissez l’une des figures de l’Ancien Testament qui les a parcourus, pour devenir vous-même Noé, Joseph, Josué, Moïse, Jonas ou Ézéchiel. Relisez le cycle de sa vie dans la Bible. Laissez-le vous inspirer une marche de 40 jours actualisant et accomplissant la sienne.


Lectures de la messe

Première lecture
La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume
(Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab)
R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

Deuxième lecture
La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Évangile
« Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »
Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »
Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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