L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : homelie dim 29

15 mars 2026

Lazare, ou le retard de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Lazare, ou le retard de Dieu

 

Homélie pour le 5° Dimanche de Carême / Année A
22/03/26

Cf. également :

Déliez-le, et laissez-le aller
Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue
Reprocher pour se rapprocher
Et Jésus pleura
Une puanteur de 4 jours
Marthe + Marie = Lydie !

 

1. À St Lazare, Dieu est en retard

À quoi joues-tu, Jésus ?

Lazare, ou le retard de Dieu dans Communauté spirituelle ob_00453f_m-retard-sncf« Celui que tu aimes est malade » : tu es averti à temps de la maladie de Lazare, ton soi-disant cher ami. Mais tu restes pourtant deux jours de plus à l’endroit où tu te trouves avant de te mettre en route. Si bien qu’en arrivant à Béthanie, Lazare est mort depuis quatre jours déjà. Et, détail cruel soulignant l’énormité de ton retard, « il sent déjà ». La puanteur du cadavre devient synonyme de ton désintérêt ; la pierre refermée sur le tombeau scelle ton indifférence.

Ton retard est inexcusable : « Seigneur, si tu avais été là… »

Grégoire le Grand (VI° siècle) ose nommer ce que Marthe et Marie pensent : « Dieu semble parfois manquer le rendez-vous l’urgence humaine ».

 

Or ton retard et voulu. Il n’est pas accidentel. Il correspond à une intention qui apparaîtra ensuite : « Le Seigneur diffère son secours, non pour refuser sa grâce, mais pour l’augmenter », écrit Grégoire.

 

Voilà ce qui nous trouble : le retard de Dieu est voulu. 

Lui n’est pas pressé par ce qui nous presse. 

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre.

Alors, comment comprendre ces quatre jours de retard ? Comment déchiffrer tous les retards, les absences de Dieu au moment où nous aurions besoin de lui ?

Explorons quelques pistes…

 

2. Le retard de Dieu purifie notre demande : « passe du don au donateur »

Nous demandons à Dieu d’intervenir quand tout s’effondre. Mais lui attend souvent que toute illusion de maîtrise soit tombée.

il_1140xN.3462848607_20z7 Béthanie dans Communauté spirituelleTant que Lazare est malade, on peut encore espérer une guérison. On peut encore prier pour que « ça s’arrange ». Mais quand Lazare est mort depuis quatre jours, il n’y a plus rien à négocier. Saint Grégoire observe : « Tant que l’homme peut encore espérer par lui-même, il ne s’abandonne pas entièrement à la puissance de Dieu ». Le retard de Dieu fait mourir nos fausses sécurités. Non pour nous punir, mais pour nous rendre capables d’accueillir un don plus grand. 

« La foi qui s’attache aux œuvres de Dieu est encore imparfaite ; parfaite est celle qui s’attache à Dieu lui-même ». Le retard oblige à choisir : croire non pas seulement à ce que Dieu fera, mais à ce qu’il est, même quand rien ne bouge.

 

Les maîtres de la mystique rhénane du XIV° siècle (Maître Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso) y voient une purification de notre demande. Dans un sermon célèbre (n° 5), Eckhart écrit : « Dieu se retire souvent pour que l’homme apprenne à le désirer sans pourquoi »

Le retard de Dieu nous apprend à désirer le donateur plus que le don. S’il répondait trop vite, nous chercherions toujours à obtenir des effets tangibles, en restant tournés vers les œuvres de Dieu et non vers Dieu lui-même.

Eckhart écrit, non sans humour : « Beaucoup de gens aiment Dieu comme on aime une vache : pour son lait, pour sa viande, pas pour elle-même ». « Si tu demandes la guérison à Dieu, c’est que tu aimes la santé plus que Dieu ».

Jean Tauler commente : « Dieu se cache non pour nous perdre, mais pour nous purifier de nous-mêmes ». Tant que Dieu arrive “à temps”, l’âme reste immature, tel un gamin qui préfère le jouet à ses parents.

En différant son intervention, Jésus initie Marthe et Marie à cette purification intérieure : croire sans appui, désirer la présence de Jésus plus que ses miracles, aimer sans pourquoi, sans calcul ni intérêt.

 

Dans le Livre de la Vérité, Henri Suso fait parler la Sagesse divine : « Je tarde, non parce que je t’ai oublié, mais parce que je veux être aimée pour moi-même ». Pour Suso, le retard de Dieu révèle ce que nous aimons réellement : Dieu ou ses dons, sa présence ou notre consolation. Tant que Dieu répond vite, l’amour reste intéressé. Quand Dieu tarde, l’amour est purifié. C’est pourquoi Suso peut écrire : « L’ami véritable demeure fidèle même quand Dieu se tait »

Dieu tarde quand l’âme veut encore quelque chose de lui. 

Il se donne quand l’âme ne veut plus que lui.

Grégoire développe : « La foi qui s’attache aux œuvres de Dieu est encore imparfaite ; parfaite est celle qui s’attache à Dieu lui-même ».

Le retard oblige à choisir : croire non pas seulement à ce que Dieu fera, mais à ce qu’il est, même quand rien ne bouge.

 

3. Le retard de Dieu est une pédagogie pascale : « meurs à tes idoles »

Quand Jésus arrive enfin, il n’y a plus de malade à guérir. Il n’y a qu’un tombeau fermé. Grégoire le Grand écrit : « Le Seigneur ne guérit pas ce qui peut encore se sauver ; il ressuscite ce qui est perdu ».

Le veau d'orDieu arrive souvent là où nous n’attendons plus rien. Non pour réparer ce qui est cassé, mais pour donner une vie nouvelle. Ce retard annonce déjà la Pâque : Jésus arrivera « trop tard » pour éviter la croix, « trop tard » pour empêcher la mort, et pourtant, c’est par là que passera la vie. Le retard de Béthanie est un avant-goût du samedi saint : ce temps où Dieu se tait, mais où la résurrection se prépare. Grégoire le dit ainsi : « Dieu diffère la consolation pour rendre la résurrection plus certaine »

Il s’agit donc de mourir à nos représentations naïves, ou magiques, ou intéressées, d’un Dieu qui serait une amulette ou un marchand.
Mourir à nos idoles en somme !


La mort de Lazare doit devenir la nôtre : tant qu’il est malade, Marthe et Marie pensent que c’est encore « réparable ». Quand Lazare meurt, elles perdent tout espoir de guérison. Quand son tombeau se referme, elles habitent le néant de l’absence, la nuit de la foi.

Eckhart dirait : Dieu attend que l’âme cesse de vouloir être vivante par elle-même. Ce n’est qu’alors que peut avoir lieu ce qu’il appelle la naissance de Dieu dans l’âme« Là où l’homme est le plus mort à lui-même, là Dieu est le plus vivant ».

 

La foi pascale n’est pas dans l’urgence exaucée, mais dans le délai des jours au tombeau, où les disciples meurent alors à leurs représentations trop humaines du Messie d’Israël.

Le retard de Dieu nous fait mourir à notre désir de maîtrise et nous rend capables d’humilité : je ne comprends pas, je ne maîtrise pas, j’accepte de dépendre.

Le retard de Dieu nous fait mourir au calcul et nous initie à la gratuité : je pleure sans calcul, je prie sans stratégie, je crois sans garantie.

Le retard de Dieu nous enlève nos appuis, pour nous faire tenir debout sans béquilles. Non plus : ‘je crois parce que Dieu agit’, mais : ‘je crois même quand Dieu semble absent’.

Grégoire en conclut que « la foi éprouvée par l’attente devient plus solide que celle retenue par les miracles »« Tant que l’homme peut encore espérer par lui-même, il ne s’abandonne pas entièrement à la puissance de Dieu ».

 

4. Le retard de Dieu nous initie au détachement : « laisse Dieu être Dieu »

Allons plus loin encore, en suivant le fil d’Ariane de la mystique rhénane du XIV° siècle. Le point le plus radical est celui-ci : Dieu ne tarde pas — c’est nous qui sommes encore dans le temps. Eckhart affirme : « En Dieu, il n’y a ni avant ni après ».

71MCtA2qggL._SL1319_ EckhartLorsque l’âme est encore dans le désir, elle perçoit Dieu comme tardant. Mais lorsqu’elle entre dans le détachement (Abgeschiedenheit), elle découvre que Dieu est déjà là, au fond d’elle-même.

Le retard est donc une illusion spirituelle nécessaire : elle dure jusqu’à ce que l’âme renonce à mesurer Dieu.

Le retard du Christ à Béthanie peut se relire ainsi :

Jésus tarde  Dieu se retire

Lazare meurt  l’âme perd toute maîtrise

Le tombeau est fermé  l’âme est plongée dans le néant

Jésus crie  Dieu engendre la vie depuis le fond de l’âme

Dieu ne ressuscite pas ce qui vit encore par soi-même, mais ce qui repose entièrement en lui. 

Le cri : « Lazare, viens dehors ! » n’est pas un rattrapage tardif, mais l’irruption de l’éternel dans le temps, au moment où l’âme enfin ne résiste plus.

Le retard de Dieu n’est donc pas un refus, ni une épreuve punitive, ni même une stratégie pédagogique au sens moral, mais une désappropriation radicale. 

Dieu tarde pour que l’âme cesse d’attendre, et qu’elle devienne disponible à ce qui est déjà là.

 

Dieu tarde tant que l’âme veut encore quelque chose de lui.

Il se donne quand l’âme ne veut plus que lui.

 

Lazare malade est la figure de l’âme humaine blessée mais qui peut encore espérer s’en sortir par des moyens connus. La demande de Marthe et Marie n’est pas une soif de vie nouvelle, seulement d’une vie ‘réparée’. Ce n’est pas encore le détachement radical, celui que Maître Eckhart appelait Abgeschiedenheit : se détacher de soi, de sa volonté propre, de ses représentations de Dieu. « L’homme vraiment détaché n’est attaché ni à ce que Dieu lui donne, ni à ce que Dieu lui refuse ». Il faut passer par cette mort intérieure, figurée par le tombeau de Lazare, pour accéder réellement au détachement de qui aime Dieu pour lui-même.

 

Après cette étape, vient le temps du laisser-être, de l’abandon spirituel, que Maître Eckhart désigne par Abgelassenheit. Ce n’est pas une passivité facile, mais le consentement profond et actif à laisser Dieu être Dieu, à se laisser travailler par lui sans résistance : « Laisse Dieu agir en toi, et ne lui prescris ni lieu ni temps ».

Voilà pourquoi Jésus n’intervient pas tout de suite : l’âme est encore trop pleine d’elle-même.

 

44-47_TSM-698_01_02600-02655u-700x520 Lazare« Lazare est mort » :

C’est le moment clé. Spirituellement, l’âme ne peut plus rien espérer, ni agir, ni comprendre. 

« Dieu ne peut rien faire dans l’âme tant qu’elle n’est pas devenue rien ».

« Lazare est mort » signifie que l’âme est réduite au néant spirituel. Ce n’est pas une punition, mais la condition pour accueillir Dieu lui-même.


« Il y avait une pierre sur le tombeau »
.

Le tombeau scellé est une image saisissante de l’abandon à Dieu : l’âme ne bouge plus, ne demande plus, ne résiste plus. Tauler écrit : « Quand l’homme ne veut plus rien, Dieu veut tout en lui ». La pierre est là ; l’âme ne se défend plus contre Dieu. Elle est livrée.


« Ôtez la pierre »
 : c’est le dernier acte du détachement. Ce commandement peut sembler paradoxal : si tout est abandon, pourquoi agir encore ? Mais, chez Eckhart, le détachement n’exclut pas l’acte, un acte sans appropriation. Ôter la pierre, c’est consentir à l’ouverture, sans savoir ce qui va suivre, sans exiger le résultat. C’est le laisser-faire (Gelassenheit) actif : faire ce qui est demandé, sans vouloir maîtriser ce qui adviendra.

 

Le cri de Jésus : « Lazare, viens dehors ! », résonne ensuite comme la naissance de Dieu dans l’âme. Eckhart est formel : la vie divine ne naît pas progressivement, elle jaillit. « Dieu engendre son Fils dans l’âme en un instant ». Le cri n’est pas un rattrapage tardif, mais l’irruption de l’éternité dans le temps. Lazare ne coopère pas. Il est appelé depuis son néant. C’est la pure grâce, rendue possible par le détachement.

 

Les bandelettes sont le symbole de la liberté encore à apprendre : « Déliez-le, et laissez-le aller ». Même après la naissance de la vie, l’âme doit apprendre à marcher.

Tauler écrit : « Beaucoup ont reçu Dieu, mais peu lui ont laissé toute la place »

Laisser Dieu être Dieu est un cheminement, pas un état magique.

 

Pour ne pas conclure

Si Dieu semble en retard dans nos vies, ce n’est pas qu’il nous a oubliés. C’est qu’il attend peut-être que nous lâchions prise, que nous cessions de lui prescrire le moment, la manière, et le résultat. Dieu ne ressuscite pas ce qui veut encore se sauver par lui-même. Il appelle à la vie ce qui repose entièrement en lui. Et peut-être que, dans le silence, au fond de nos tombeaux intérieurs, une voix attend d’être entendue : « Viens dehors ».

 

Faisons nôtre cette prière en ruminant cette semaine le retard du Christ à Béthanie :

Les mystiques rhénans - Anthologie - M.-A. VannierSeigneur,

Délivre-nous du désir de te posséder,
du besoin de comprendre avant de consentir,
de la peur du vide où tu viens demeurer.

 

Apprends-nous à te laisser être Dieu en nous,
sans pourquoi,
sans délai,
sans condition.

 

Quand tout semble fermé,
sois la vie qui appelle du fond de la mort.
Quand nous n’avons plus rien à offrir,
sois tout en nous.

Fais-nous sortir de nos tombeaux intérieurs,
libres de nous-mêmes,
pour vivre de ta vie seule.

Amen.

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37, 12-14)

 

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

 

PSAUME

(Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)
R/ Près du Seigneur est l’amour, près de lui abonde le rachat. (Ps 129, 7bc)

 

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

 

Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.

 

J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.

 

Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

 

DEUXIÈME LECTURE

« L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous » (Rm 8, 8-11)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

 

ÉVANGILE

« Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 1-45)
Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. Moi, je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. (cf. Jn 11, 25a.26)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Patrick Braud

Mots-clés : , , ,

1 mars 2026

Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus

 

Homélie pour le 3° Dimanche de Carême / Année A
08/03/26

Cf. également :

Le rocher frappé
Augustin commente la Samaritaine
Le chien retourne toujours à son vomi
Leurre de la cruche…
Les trois soifs dont Dieu a soif
Passons aux Samaritains !
La soumission consentie

 

Comment dire à quelqu’un « ses quatre vérités » ?

Samaritaine : dire la vérité à la manière de Jésus dans Communauté spirituelleSi on ne l’aime pas, on aura tendance à l’écraser sous le poids d’accusations morales et de jugements définitifs.

Si on l’aime, on aura peur de casser la relation et du coup on risque de se taire.

La question n’est pas seulement : comment ? Mais également : quand ? Si je dis la vérité trop tôt, elle n’est pas comprise. Trop tard, elle est inefficace pour empêcher le mal.

Et puis, je peux encore m’interroger : pourquoi veux-je dire la vérité ? Quelle force intérieure me pousse à parler ? La colère, la soif de vengeance, l’amertume, le désir de justice, mon envie d’avoir raison, de me justifier… ?

Ajoutons à cette série d’interrogations celle sur le prix à payer : qu’est-ce que je risque à dire cela ? Être mal compris ? Rompre une paix apparente ? Suis-je prêt à accepter les conséquences de cette opération-vérité ?

 

Dans notre évangile – dit de la Samaritaine (Jn 4,4–42) – Jésus révèle la vérité de la vie amoureuse de cette femme, de la vie religieuse des samaritains, de son identité messianique ;  le tout grâce à un dialogue empli de patience, de respect, de discernement, d’espérance. 

Ce dialogue peut devenir pour nous l’archétype du cheminement spirituel pour accompagner quelqu’un vers davantage de vérité (car la vérité est un horizon inatteignable !).

 

Essayons une lecture continue de cet échange auprès du puits de Sykar, avec comme fil d’Ariane notre responsabilité de dire à l’autre la vérité que nous lui devons (et devons à nous-même).

 

1. Prends conscience de ta propre vulnérabilité, et accepte-la avant de parler

 Jésus dans Communauté spirituelle« Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi » (Jn 4,6). 

Avant toute parole, Jésus reconnaît sa fatigue, son humanité limitée. Il est exténué : après une longue marche sous la chaleur de Samarie, en plein cagnard de midi, Jésus ressent le besoin de se reposer et de boire pour refaire ses forces. Il ne va alors pas aborder cette femme en surplomb, à partir d’un statut social ou physique supérieur.

 

Avant de reprocher, commence par prendre conscience de tes limites. 

Accepte de ne pas être le puissant qui en remontre aux faibles. 

Accepte de ne pas parler en surplomb, mais avec humilité. 

Car toi aussi tu es un être humain avec ses limites.

 

2. Crée d’abord un espace de confiance, où tu reçois avant de donner

« Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : “Donne-moi à boire” » (Jn 4,7).

Jésus reconnaît qu’il est habité par un manque-à-être – ici la soif – qui le rend dépendant d’autrui. Il commence par établir une relation où il va humblement recevoir avant de donner. Dès la première parole, la femme voit qu’il a confiance en elle, puisqu’il reconnaît devant elle son dénuement et lui demande de l’aide. Jésus ne se présente pas en maître (il l’est pourtant) mais en homme qui a soif. Il se reconnaît dépendant. En transgressant les interdits (homme/femme ; juifs/samaritains), il exprime à cette femme son attente confiante.

Voit-on jamais un juge qui commence par demander secours à celle qu’il va condamner ? Autrement dit : la vérité évangélique est relationnelle. Elle se dira au creux d’une relation mutuelle, où chacun pourra reconnaître avoir besoin de l’autre. Elle n’est pas d’abord une liste de chefs d’accusation, mais un lien de parole confiante où chacun accepte de recevoir et de demander : « Donne-moi à boire ».

 

Tu ne peux dire une vérité difficile qu’à partir d’une humanité partagée, non d’une supériorité morale.
La vérité évangélique vient après la relation, pas avant.

 

3. Éveille le désir de l’autre

 samaritaine« Jésus lui répondit : “Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive.” » (Jn 4,10)

Jésus ne parle pas encore de la vie de cette femme. Il parle de don, d’eau vive, d’un désir plus profond que la soif immédiate et matérielle. C’est un appel d’air, l’expression d’un manque plus vaste.
Jeu du taquinC’est toute l’importance de ménager une case vide dans le jeu du taquin : impossible de faire bouger les lettres s’il n’y a pas une case où la lettre manque. Grâce à ce manque, grâce à ce vide, les autres cases peuvent être déplacées, et peu à peu apparaît un mot illisible auparavant. C’est ce manque fondamental qui crée le jeu, qui ‘donne du mou’, diraient les marins qui ont l’habitude d’amarrer les bateaux en fonction du marnage. 

C’est seulement sur fond du désir de l’eau vive que la femme acceptera de faire la vérité sur sa vie amoureuse, sur le mont Garizim, sur Jésus.

 

Commence par éveiller le désir de l’autre.
« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose…
Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer » (Antoine de Saint-Exupéry)

 

4. Appelle l’autre à dire vrai, au lieu de lui dire sa vérité

« Jésus lui dit : “Va, appelle ton mari, et reviens.” » (Jn 4,16)

Celui qui fait la vérité vient à la lumièreJésus sait bien que la prise de conscience est plus forte si elle vient de moi au lieu d’être imposée de l’extérieur. Ainsi il appelle cette femme à confesser par elle-même ou elle en est de ses amours. Il aurait pu lui asséner méchamment : « Tu es une traînée qui collectionne les aventures ». Non : parce qu’il a établi avec elle une relation de confiance ouverte sur un désir plus grand, il lui demande de faire elle-même le point : ‘Que dis-tu de toi-même ?’ Et la femme se prête au jeu (taquin !) : « Je n’ai pas de mari ». C’est d’elle-même qu’elle va avouer, car elle sait bien que tout autre mensonge figerait sa course naissante vers l’eau vive maintenant désirée plus ardemment que son ancienne vie. Jésus invite la Samaritaine à se situer elle-même, à s’auto-évaluer.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3,21) : Jésus est convaincu que la vérité « se fait » par l’intéressé lui-même, au cours d’un cheminement où un accompagnateur peut être précieux s’il ne se substitue pas à celui qui doit faire la vérité sur lui-même.

 

Appelle l’autre à faire la vérité par lui-même plutôt que de la lui imposer.

 

5. Dis la vérité sans jugement, mais sans mensonge

« La femme répliqua : “Je n’ai pas de mari.” Jésus reprit : “Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai.” » (Jn 4,17–18)

163769152-broken-gold-wedding-rings-as-divorce-symbol-isolated-on-white-background-3d-render véritéJésus entérine l’aveu de la Samaritaine. Il confirme ce qui est vrai. Il nomme les faits, sans  les atténuer ni les diminuer. Il n’en minimise pas la portée (‘ce n’est pas grave’) ; il ne pratique pas la culture de l’excuse (‘ce n’est pas de ta faute’). Par contre, il ne lui dit pas non plus : « tu es une adultère », mais : « c’est bien là ton histoire ». Il ne réduit pas cette femme à ses actes, il ne l’identifie pas à son passé, il ne la marque pas au fer rouge en la réduisant à son immoralité d’avant. Puisqu’elle a reconnu ne pas avoir de mari, la Samaritaine est prête à entendre Jésus confirmer la réalité et la gravité de ses désordre amoureux, car elle sait qu’il ne va pas en rester là : l’eau vive n’est pas loin qui chante déjà à ses oreilles, et cet homme semble pouvoir l’y conduire…

Dire la vérité, c’est donc ouvrir un avenir, nommer le réel sans enfermer quiconque dans le passé, sans réduire l’autre à ses actes. C’est qualifier honnêtement les faits, en refusant d’essentialiser leur auteur. C’est pourquoi un pédagogue préférera dire à un enfant : « tu as volé », plutôt que : « tu es un voleur ».

 

Aie le courage de dire la vérité, sans juger ni mentir.

 

6. L’effet paradoxal : la vérité selon Jésus révèle, elle ne détruit pas

« La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète !… » (Jn 4,19)

Voilà un critère précieux pour discerner si notre intervention est fidèle à l’Esprit de Jésus : la vérité est meurtrière si elle est dite sans amour ; elle est évangélique si elle ouvre à une vision nouvelle. La femme ne se ferme pas au constat énoncé par Jésus ; elle ne se défend pas pour le récuser. Elle s’élève dans le niveau de la conversation, et commença regarder vers Jésus comme elle n’avait jamais regardé vers aucun homme auparavant : « tu es un prophète ». C’est-à-dire : tu me révèles qui je suis, ta parole est divine au sens où elle me permet d’être enfin moi-même, en arrêtant de courir après les leurres de mes passions, car maintenant j’espère le véritable amour. Cette femme ne se laisse pas souiller par le mal qu’elle a commis : il est désormais derrière elle. Elle laisse le scalpel de la parole du Christ la détacher de ce qui proliférait en elle et l’alourdissait.

 

Si ta vérité écrase, elle n’est pas évangélique. 

Vérifie que ta parole ouvre l’autre à une prise de conscience plus grande.

 

7. La vérité est un feu de brousse

« Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » (Jn 4,20)

018032013064257000000eubrousenagaolokAprès le domaine de ses amours, la Samaritaine en vient à désirer faire la vérité dans le domaine religieux : qui a raison, les juifs ou les samaritains ? Garizim ou Jérusalem ?

Jésus là encore ne se dérobe pas. Il constate – sans doute avec joie – que l’opération-vérité commencée en elle est contagieuse, et s’étend désormais aux sujets les plus importants pour elle. Il accueille ce feu de brousse qui s’étend comme le signe d’une transformation intérieure profonde. C’est à cette intériorité qu’il renvoie la femme : « ne cherche pas à l’extérieur, montagne ou une autre ; l’adoration véritable est en Esprit et en vérité, à l’intérieur de toi… »

 

Entretiens en l’autre le feu de la vérité allumé, afin qu’il se propage à toute la brousse de son existence.

 

8. La vérité ultime révèle qui est le Christ

« La femme lui dit : “Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses.” Jésus lui dit : “Je le suis, moi qui te parle.” » (Jn 4,25-26)

Finalement, la vérité la plus profonde n’est pas celle sur la femme, mais celle sur l’identité de Jésus. La vérité sur soi pourra être portée et supportée parce qu’elle est enveloppée dans une révélation bien plus grande sur Jésus. En révélant être le Christ, le Messie, Jésus ne laisse pas cette femme seule avec son passé : il lui offre sa présence, il va la conduire à la source d’eau vive.

 

Que ta parole de vérité aille jusqu’à l’annonce explicite de Jésus comme Messie.

 

9. La vérité devient mission

« La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ?” » (Jn 4,28-29)

250px-Herode-le-grand-provincesLa Samaritaine devient auprès des habitants de son village une témoin du Christ, une passeuse de parole, une missionnaire qui invite à son tour à faire la rencontre de Jésus : « venez voir ! ». Elle laisse sa cruche, symbole de son ancien désir maintenant sans objet. Elle atteste que la vérité l’a rendue libre de désirer autre chose, maintenant libérée de son passé. « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». Elle invite les autres à faire eux  aussi leur propre parcours de vérité, à leur manière, et les appelle à se prononcer : « ne serait-il pas le Christ ? »

Le signe ultime de la justesse d’une parole de vérité est qu’elle rend l’autre acteur et non soumis, missionnaire et non cloîtré.

 

Vérifie que ta parole de vérité rend l’autre témoin et acteur.

 

Synthèse :

À la manière de Jésus, dire une vérité difficile suppose de :

  • partir d’une vulnérabilité partagée
  • créer une relation avant de nommer le réel
  • éveiller le désir avant de révéler la faille
  • appeler l’autre à faire la vérité par lui-même plutôt que de la lui imposer
  • nommer les faits sans figer l’identité
  • étendre et propager la quête de vérité
  • envelopper toute vérité sur l’autre d’une révélation plus grande
  • vérifier que la parole rend l’autre libre et fécond.

Qu’à cela l’Esprit du Christ nous aide !

 

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE

« Donne-nous de l’eau à boire » (Ex 17, 3-7)

 

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, le peuple, manquant d’eau, souffrit de la soif. Il récrimina contre Moïse et dit : « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? » Moïse cria vers le Seigneur : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil, et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël.
Il donna à ce lieu le nom de Massa (c’est-à-dire : Épreuve) et Mériba (c’est-à-dire : Querelle), parce que les fils d’Israël avaient cherché querelle au Seigneur, et parce qu’ils l’avaient mis à l’épreuve, en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

 

PSAUME

(Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9)
R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! (cf. Ps 94, 8a.7d)

 

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

 

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

 

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

 

DEUXIÈME LECTURE

« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

 

ÉVANGILE

« Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 5-42)
Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. Tu es vraiment le Sauveur du monde, Seigneur ! Donne-moi de l’eau vive : que je n’aie plus soif. Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Jn 4, 42.15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.
Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,

22 février 2026

Transfiguration : le secret messianique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Transfiguration : le secret messianique

 

Homélie pour le 2° Dimanche de Carême / Année A
01/03/26

Cf. également :

En descendant de la montagne…
Abraham, comme un caillou dans l’eau
Transfiguration : le phare dans la nuit
Transfiguration : la métamorphose anti-kafkaïenne
Leikh leikha : Va vers toi !
Dressons trois tentes…
La vraie beauté d’un être humain
Visage exposé, à l’écart, en hauteur
Figurez-vous la figure des figures
Bénir en tout temps en tout lieu

 

1. Le secret messianique

Le plus souvent, les amoureux sont intarissables ! Ils (elles) saoulent leurs amis en décrivant sous tous les angles le ravissement qu’opère cet état sur eux, en parlant sans cesse de l’être aimé… La Transfiguration sur la montagne (Mt 17,1-9) a quelque chose d’un coup de foudre pour Pierre, Jacques et Jean : la splendeur, la beauté, la gloire du visage Cahiers Evangile - numéro 196 Le secret messianique dans l'évangile de Marc. Quel rôle a-t-il danstransfiguré les subjugue, les inonde de bonheur. Ils n’ont qu’une envie : en parler à tous les autres, qui n’étaient pas la ! Et voilà que Jésus leur impose de tenir leur langue, et leur donne un ordre énigmatique : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ».

 

C’est un motif récurrent dans les Évangiles – surtout chez Marc – qu’un exégète allemand a étudié de près il y a plus d’un siècle (Wilhem Wrede en 1901). Il a forgé le concept de « secret messianique » pour cette contradiction apparente : Jésus révèle son identité de Messie et en même temps ordonne le silence à ceux qui pourraient le proclamer. 

Le secret messianique doit être tenu jusqu’à la résurrection de Jésus. Est-ce à dire il n’est plus désormais d’actualité ? Pouvons-nous crier : Jésus est le Messie à voix haute, à n’importe qui, n’importe quand, n’importe comment ? Ou faut-il continuer à pratiquer ce secret adapté à notre temps ?

 

2. Les raisons de faire d’abord silence sur notre foi

 

a) Transfiguration : lier la gloire et la croix

Icône de la Transfiguration de JésusPour Marc et Matthieu, le silence s’impose jusqu’à la résurrection de Jésus : « En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : “Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.” » (Mt 17,9). Luc attribue le silence à la seule initiative des trois témoins, comme s’ils pressentaient en eux-mêmes que le temps n’était pas venu d’en parler : « Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu » (Lc 9,36)

La portée du secret messianique du temps de Jésus est donc claire : on ne comprend rien à son identité de Messie tant qu’il n’a pas été crucifié, tant qu’il n’a pas vécu son exode hors de ce monde grâce à la résurrection prodiguée par son Père. Sans cet éclairage pascal, le danger est grand de réduire sa messianité à une révolution politique, un coup d’État militaire, un enseignement rabbinique ou une libération par les armes.

 

La gloire et la croix sont inséparables : seule la croix dévoile la vraie beauté de l’homme, seule la gloire permet de regarder la croix en face, sans désespérer.

 

On peut objecter : c’était vrai du temps historique où Jésus marchait sur les chemins de Judée. Mais maintenant, Pâques a eu lieu. Pourquoi se taire ?

Pourquoi ? Parce que tant que Pâques n’a pas eu lieu pour moi, je risque de mal interpréter la messianité de Jésus. Tant que j’observe Jésus de l’extérieur, sans le suivre sur son chemin, je projette sur lui mes rêves de gloire, de puissance, de succès, et j’appellerai Messie ces déguisements dont je l’affuble. Tant que je ne me suis pas engagé corps et âme dans mon propre exode pascal, tout ce que je pourrais dire de lui serait au mieux un commentaire, au pire une formule toute faite.

La Transfiguration m’invite à me taire tant que je ne suis pas passé par ma Passion, tant que je ne marche pas sur les routes de mon exode personnel. Et comme seule notre mort physique accomplira ce passage en plénitude, on devine la réserve prudente qui est celle des chrétiens désireux de parler de ce n’est pas encore pleinement là.

La Transfiguration lie la gloire et la croix, pour Jésus comme pour moi.

 

b) Face aux démons : lier le savoir et l’amour

Transfiguration : le secret messianique dans Communauté spirituelleDans les Évangiles, Jésus impose le silence aux démons : « “Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu.” Jésus l’interpella vivement : “Tais-toi ! Sors de cet homme.” » (Mc 1,24–25). Ici, le secret messianique n’est pas lié à Pâques. 

Il s’agit pour Jésus de dénoncer le savoir démoniaque : « Je sais qui tu es ». Car ce savoir n’est pas au service de l’amour.

Piste précieuse : celui qui sait, s’il n’aime pas, qu’il se taise !

 

Vous pouvez savoir beaucoup de choses par exemple sur votre collègue de travail. Si vous nous voulez pas le servir, avec amour, mieux vaut vous taire que de lui dire ses quatre vérités ; et c’est vrai de votre conjoint, de vos enfants, de vos amis… Attendez de l’aimer avant de parler !

 

c) Guérison : la foi n’est ni magique, ni intéressée

guérison de la fille de JaïreLe secret messianique est également imposé par Jésus après des guérisons spectaculaires : un lépreux (Mc 1,43–45), la fille de Jaïre (Mc 5,43), un sourd-muet (Mc 7,36). À chaque fois, Jésus intime cet ordre : « Il leur recommanda de le dire à personne »

Ici, le silence permet de ne pas confondre foi et magie. 

Si vous venez à Jésus pour être guéri, c’est que vous aimez la guérison plus que Jésus. Or la foi chrétienne est gratuite, désintéressée : le Christ ne guérit pas pour engorger les urgences de son Église, mais pour aider à croire en lui. Parler trop vite après de tels signes nous fait courir le danger d’une foi triomphaliste qui voudrait s’imposer à tous par la magie de ses démonstrations de force. Loin de la vantardise de certains évangélistes américains ou africains qui étalent leurs soi-disant miracles sur les réseaux sociaux ou sous les chapiteaux ambulants, la retenue messianique nous oblige à une certaine discrétion, pédagogique pour éduquer au discernement entre foi et magie, spirituelle pour initier à la gratuité et au désintéressement.

 

d) Pierre : la foi est fragile, tant qu’elle n’est pas pascale

Accordons une mention spéciale au secret messianique imposé à Pierre et aux Douze, lors de la confession de foi de Pierre à Césarée : « Pierre, prenant la parole, lui dit : “Tu es le Christ.” Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne » (Mc 8,29-30).

ob_f5962f_738-le-reniement-de-saint-pierre-rober dans Communauté spirituelleS’il est un vantard qui parle trop vite, c’est bien Pierre ! Il jure qu’il suivra le Christ quoiqu’il arrive, et il le reniera juste après devant une servante dans la cour du Grand Prêtre. Il veut dresser trois tentes sur la montagne comme si la Transfiguration était un point d’orgue final, alors qu’il faut descendre et passer par la croix. Il proclame que Jésus est le Messie mais il sort son épée pour le défendre des gardes au jardin de Gethsémani. Plus tard, après Pâques, il proclamera la libération des rites religieux de Moïse, mais il aura peur et honte de s’asseoir à la table des incirconcis…

Bref : l’impétueux Pierre est touchant de naïveté lorsqu’il proclame sa foi messianique ! Il ne sait pas ce qu’il dit, mais il le dit de bon cœur. 

De quoi nous inviter nous-mêmes à tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de parler du Christ, en sachant bien que ce mystère nous dépasse de toutes parts !

 

3. Le secret est le vitrail de notre foi

Dieu ne se révèle qu’à ceux qui consentent à être transformés. Le Christ ne peut être reconnu qu’en renonçant à nos attentes projectives. La vraie confession du Christ passe par l’épreuve, le dépouillement, la croix.

route_du_vitrail_aube-08-769x1024Finalement, il en est du secret messianique comme d’un vitrail. Quand vous passez le long d’une église, à l’extérieur, vous ne voyez que des lignes de plomb et quelques vagues silhouettes grossières dans du verre. Mais si vous passez à l’intérieur par jour de grand soleil, vous découvrez émerveillés que ces puzzles énigmatiques à l’extérieur deviennent à l’intérieur des joyaux d’art et de lumière. 

La croix est laide et absurde pour les juifs, les musulmans ou les athées. Elle brille de mille  feux pour les chrétiens qui sont passés à l’intérieur. À quoi sert de parler de la beauté du vitrail à quelqu’un tant qu’il n’a pas passé la porte de l’église ? Comment décrire ce qui d’abord s’expérimente ? 

Le secret messianique est le vitrail de notre foi. Il ne se dévoile qu’en Christ ressuscité, et demande beaucoup de silence avant qu’une parole naisse de cette rencontre.

 

Concrètement, le respect du secret messianique pourrait nous inviter à quelques attitudes spirituelles – certes à contre-courant en ces temps du christianisme minoritaire et identitaire – empruntes de sagesse :

 

1. Renoncer à l’évidence religieuse

Respecter le secret messianique, aujourd’hui, c’est accepter que le Christ ne s’impose pas dans l’espace public, ne soit pas spontanément reconnu, puisse être ignoré, mal compris ou réduit à une opinion parmi d’autres.

Cela implique pour les chrétiens de renoncer à la nostalgie d’une chrétienté régissant toute la vie sociale, d’accepter que le nom de Jésus ne fasse pas autorité par lui-même, d’habiter une condition minoritaire discrète.

Comme Jésus en Galilée, le chrétien vit dans un monde qui ne sait pas qui il est en train de croiser.

 

2. Refuser le prosélytisme tapageur (mais non le témoignage)

Le secret messianique n’est pas le mutisme, mais le refus de la publicité prématurée.

online.pele-mele.be_2024-02-02_15:45:15Concrètement, il nous demande de ne pas instrumentaliser la foi comme un slogan identitaire, de ne pas confondre évangélisation et conquête, de ne pas plaquer des mots spirituels sur des situations qui ne les demandent pas.

Jésus agit avant d’être nommé.

L’annonce missionnaire passe d’abord par des actes lisibles, avant des discours explicites.

 

Il ne s’agit pas pour autant d’enfouir notre trésor jusqu’à disparaître. Car une Église totalement invisible cesserait d’être signe ! Le secret messianique n’autorise pas l’effacement par peur, la dilution par conformisme, le silence par fatigue. Il appelle une visibilité qualitative, des lieux lisibles de foi (paroisses, communautés, œuvres), des paroles claires quand l’heure est venue (le kérygme).

Il y a ainsi une tension irréductible à tenir pour notre Église : trop de visibilité confond le Christ avec le pouvoir sur la société (cf. la « chrétienté » d’autrefois) ; trop peu de visibilité rend le Christ indétectable.

Le secret messianique n’est pas un point d’équilibre confortable, mais une ligne de crête entre ces deux excès. Il retire à l’Église le droit de se rendre visible autrement que comme le Christ lui-même : humble, vulnérable, situé, offert mais non imposé.

 

3. Accepter d’être incompris — voire contredit

Le secret messianique protège de la tentation de la justification permanente.

Pour un chrétien aujourd’hui, c’est par exemple accepter que certains gestes inspirés par l’Évangile soient interprétés comme de simples choix humanistes ; ne pas chercher à « récupérer » toute bonne action au profit du discours chrétien ; consentir à une forme d’anonymat spirituel etc. « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6,3)

Le Christ agit souvent sans signature apparente, et laisse ses interlocuteurs repartir librement sans jamais les revoir…

 

4. Ne pas séparer la foi de la croix

Dans une culture qui valorise la réussite, la force, la performance, la visibilité, respecter le secret messianique, c’est refuser un christianisme glorieux sans vulnérabilité.

Cela implique de ne pas masquer ses fragilités derrière un discours religieux ; d’accepter que la foi passe par le doute, le silence, la nuit ; de reconnaître que le Christ se donne à voir dans l’épreuve autant que dans le succès.

En France aujourd’hui, le christianisme est crédible quand il accepte de perdre.

 

5. Témoigner « à couvert » : une présence plus qu’un affichage

Dans la vie ordinaire (travail, voisinage, famille), le2662502 chrétien n’est pas appelé à se déclarer comme tel en permanence, mais à être reconnaissable sans se nommer, à laisser surgir la question plutôt que de l’imposer : « Qui es-tu pour vivre ainsi ? »

Lorsque la question vient, la parole peut être donnée, comme une réponse, non comme revendication. C’est une parole seconde, non envahissante.

En paroisse, respecter le secret messianique, c’est accueillir sans immédiatement « récupérer », ne pas faire de l’accueil un sas d’adhésion, laisser chacun venir à son rythme, avec ses zones d’ombre et ses ambiguïtés.

Une paroisse fidèle au secret messianique ne demande pas trop vite : « d’où viens-tu, qu’as-tu fait ? ». Elle accepte des présences intermittentes, ne confond pas ferveur et visibilité, ne force personne, mais accompagne ceux qui le veulent.

Le secret demande encore de renoncer à une liturgie trop « explicative ». Les Pères de l’Église célébraient d’abord, et commentaient ensuite (c’est la catéchèse « mystagogique » = à partir des mystères et non avant). La tentation contemporaine est de tout rendre transparent, pédagogique, justifiable. Le secret messianique invite à laisser à la liturgie sa part d’étrangeté, à respecter le silence, à accepter que tout ne soit pas compris immédiatement.

De même pour notre parole ecclésiale, qui doit devenir plus lente. Dans une société saturée de prises de position, parler moins, mais à bon escient, avec gravité et retenue, est une hygiène spirituelle !

 

6. Attendre l’heure de Dieu

Le secret messianique enseigne une temporalité juste. Tout ne se dit pas à tout le monde, tout de suite, de la même manière.

Pour les chrétiens aujourd’hui il est vital de discerner quand parler et quand se taire, respecter le chemin intérieur de l’autre, faire confiance au travail caché de l’Esprit.

La foi n’est pas un objet à transmettre, mais une naissance à accompagner.

 

Respecter le secret messianique aujourd’hui, c’est vivre de telle manière que le Christ soit présent sans être exhibé, actif sans être revendiqué, reconnaissable seulement à ceux qui consentent à regarder autrement.

Le chrétien n’a pas à imposer le Christ, mais à en témoigner

Le reste vient — ou ne vient pas.

 

Alors, interrogez-vous : comment garder ce secret sans déserter le témoignage ?…

 

 

LECTURES DE LA MESSE 

 

PREMIÈRE LECTURE
Vocation d’Abraham, père du peuple de Dieu (Gn 12, 1-4a)

 

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront ; celui qui te maudira, je le réprouverai. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui.

 

PSAUME
(Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi !
 (Ps 32, 22)

 

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

 

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

 

DEUXIÈME LECTURE
Dieu nous appelle et nous éclaire (2 Tm 1, 8b-10)

 

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile.

 

ÉVANGILE
« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)
Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
De la nuée lumineuse, la voix du Père a retenti : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » Gloire au Christ, Parole éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. (cf. Mt 17, 5)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »
Patrick BRAUD

18 février 2026

Deux arbres, trois tentations

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 00 min

Deux arbres, trois tentations

 

Homélie pour le 1° dimanche du Carême / Année A
22/02/26

Cf. également : 

Trois histoires pour avoir faim d’autre chose
Carême : le détox spirituel
Ne vous habituez pas à vivre dans le mensonge
Poussés par l’Esprit
Un méridien décide de la vérité ?
L’île de la tentation
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…

 

1. Le jardin et le désert

Deux arbres, trois tentations dans Communauté spirituelle 2-the_garden_of_earthly_delights_by_bosch_high_resolution-3 Adam dans Communauté spirituelleLa liturgie de ce premier dimanche de carême nous donne à lire deux textes comme en miroir l’un de l’autre : la tentation d’Adam et Ève (Gn 2,7-9;3,1–7) et les tentations de Jésus (Mt 4,1–11).

La première tentation se situe dans le jardin mythique de la Genèse du monde. Les secondes se déroulent au désert, sans doute près de la Mer Morte. Comme s’il fallait une cure de détox après l’indigestion du paradis perdu…

La tradition chrétienne a très tôt lu ces deux récits ensemble : ce que l’homme perd dans le jardin, le Christ le reconquiert dans le désert.

Notre deuxième lecture (Rm 5,12–19) établit d’ailleurs le parallèle antithétique entre Adam et Jésus.

 

Le jardin imaginaire du début est un domaine d’abondance ; le désert de Jésus est le lieu du manque.
En Adam et Ève se défait humanité naissante ; en Jésus se manifeste l’humanité récapitulée.
La séduction douce du serpent se mue en défi frontal. La désobéissance des enfants est rachetée dans l’obéissance du Fils.

 

Ce rapprochement entre les deux récits peut s’établir à partir des trois qualités que le fruit (il n’est pas une pomme !) revêt aux yeux d’Ève : « La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence » (Gn 3,6).

Les trois traits correspondent précisément aux trois tentations de Jésus. Voyons comment.

 

2. Le fruit et le fils

Reprenons chacune des qualités apparentes du fruit défendu :

 

– savoureux

 désertAujourd’hui encore, ce qui est interdit brille de mille feux dans le regard de celui qui convoite et veut s’approprier ce qu’il y a de mieux. La cocaïne a beau être illicite, le protoxyde d’azote a beau être nocif, les drogués ne résistent pas à consommer ce qu’on leur a interdit ! La convoitise force Adam et Ève à prendre au lieu de recevoir, à cueillir ce fruit au lieu de recueillir les fruits donnés, à s’approprier au lieu de s’abandonner. Se nourrir devient alors vouloir être autonome, absolument, c’est-à-dire en se coupant de toute relation avec le donateur.


Satan propose le même marché à Jésus : prendre au lieu de recevoir. 
« Le tentateur s’approcha et lui dit : “Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.” » (Mt 4,3). Or Jésus reçoit sa nourriture de son Père : il refuse de se la donner à lui-même. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de parole sort de la bouche de Dieu ».

 

agréable à regarder

Pulsion ScopiqueLe fruit est beau, il séduit le regard, il éveille un désir de possession. Mettre la main sur ce  fruit fait flamber le désir de possession, pour s’emparer de tout. Lacan parlait de la « pulsion scopique » par laquelle l’œil nous plonge dans le désir de posséder et de détruire en consommant.


Satan propose Jésus de céder lui aussi à ce désir : 
« Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : “Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi.” » (Mt 4,8-9). Mais, là où Adam et Ève veulent tenir le monde dans leurs mains, Jésus désire servir : « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et lui seul ». Il accepte de ne pas être la source : « Ce n’est pas de ma propre initiative que j’ai parlé : le Père lui-même, qui m’a envoyé, m’a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer ; et je sais que son commandement est vie éternelle. Donc, ce que je déclare, je le déclare comme le Père me l’a dit » (Jn 12,49-50).

 

– désirable, pour acquérir la connaissance du bien et du mal

250px-Jacob_Meydenbach02 fruitC’est finalement la tentation ultime : se donner à soi-même sa propre norme (auto-nomie), définir le bien et le mal par soi-même sans relation avec quiconque. Adam et Ève veulent une autonomie absolue, coupée de sa source, coupée de la responsabilité vis-à-vis d’autrui. Définir tout seul ce qui est bien, ce qui est mal, conduit à tous les relativismes dont nous sommes témoins en ce siècle. Que ce soit pour l’IVG ou l’euthanasie, l’Europe proclame qu’il n’y a pas de loi suprême ; chaque pays et chaque citoyen peut décider de ce qu’est la vie ou la mort.

Dans cette logique d’autonomie, Poutine envahissant l’Ukraine déclare qu’il poursuit le bien de la Sainte Russie. La Chine envahissant bientôt Taiwan dira que c’est pour le bien du peuple. Le Hamas organise le pogrom du 17 octobre pour le bien de la communauté musulmane ; Israël réplique pour le bien de la population juive. Et en capturant Maduro à Caracas Trump dit agir  au nom du bien des Américains…

 

Après trois siècles de guerres ininterrompues (des guerres napoléoniennes aux guerres de décolonisation), l’Europe a voulu remplacer le Bien par le Droit, pour essayer de garantir la paix : droit international, ONU, tribunal international de La Haye, réglementation en tous genres etc. Depuis l’annexion de la Crimée par Poutine en 2014 (mais il y avait déjà eu l’Afghanistan, la Tchétchénie et la Géorgie auparavant), la force a remplacé le droit. Les puissants ne reconnaissent plus aucune norme, à part leurs intérêts. Le Bien avait été effacé par le Droit ; les deux sont maintenant ensevelis sous la force.

 

« Tu ne mettras pas le Seigneur à l’épreuve » : en refusant de se jeter en bas du Temple pour prouver sa divinité, Jésus manifeste sa filiation. Il se reçoit d’un Autre, sans cesse, et le laisse se manifester à travers lui. Il ne décide pas par lui-même de ce qui est bien ou mal : il accueille ce discernement spirituel dans la relation à son Père, ce qui passe par la prière, les Écritures, le silence, l’échange avec ses disciples et les gens rencontrés sur la route (cf. les miettes de la libanaise ! Mt 15,21-28). Il n’instrumentalise pas son identité de Fils de Dieu pour s’imposer : il habite sa filiation divine et se laisse conduire par elle. Il nous invite à aimer le donateur plus que le don, et ainsi à rester à l’écart de toute séduction de puissance.

 

3. Notre fruit défendu

Le parallélisme voulu entre Gn 2 Mt 4 nous montre Jésus dénouant patiemment la désobéissance d’Adam et Ève, en faisant le chemin inverse : du jardin au désert, de la consommation (« savoureux ») au manque, de la convoitise qui prend (« agréable à regarder ») à l’accueil qui reçoit, de l’autonomie sans relation (« connaître le bien et le mal ») à la filiation dans l’amour.

 GneèseAdam et Ève ont voulu vivre sans recevoir ; Jésus accepte de recevoir sans prendre. 

Ils ont voulu être comme des dieux, à la force du poignet ; il nous montre ce que signifie être enfant de Dieu, par grâce et non par mérite.

Tel le pêcheur démêlant une à une les boucles de son filet emmêlé, Jésus dénoue par l’obéissance à son Père ce que la désobéissance d’Adam et Ève avait inexplicablement ligoté.

Paul a raison de s’émerveiller : « Il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ ». Et il ajoute : « par l’obéissance d’un seul, la multitude sera rendue juste ».

 

En écho au fruit de la Genèse, la première tentation du pain nous interroge : de quoi vis-tu ?

La deuxième nous dévoile : qui sers-tu ?

La troisième nous décentre : à qui fais-tu confiance ?

Laquelle de ces trois questions allez-vous ruminer cette semaine pour commencer le carême ?

 

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
Création et péché de nos premiers parents (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)

Lecture du livre de la Genèse
Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.

PSAUME
(Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)
R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. Ps 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde, mais le péché ne peut être imputé à personne tant qu’il n’y a pas de loi. Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la mort a établi son règne, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam. Or, Adam préfigure celui qui devait venir. Mais il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ.
Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus : d’une part, en effet, pour la faute d’un seul, le jugement a conduit à la condamnation ; d’autre part, pour une multitude de fautes, le don gratuit de Dieu conduit à la justification. Si, en effet, à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes.
Bref, de même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

ÉVANGILE
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Patrick Braud

Mots-clés : , , , , ,
12345...150