Lazare, ou le retard de Dieu
Lazare, ou le retard de Dieu
Homélie pour le 5° Dimanche de Carême / Année A
22/03/26
Cf. également :
Déliez-le, et laissez-le aller
Inviter Dieu à visiter ce qui nous tue
Reprocher pour se rapprocher
Et Jésus pleura
Une puanteur de 4 jours
Marthe + Marie = Lydie !
1. À St Lazare, Dieu est en retard
À quoi joues-tu, Jésus ?
« Celui que tu aimes est malade » : tu es averti à temps de la maladie de Lazare, ton soi-disant cher ami. Mais tu restes pourtant deux jours de plus à l’endroit où tu te trouves avant de te mettre en route. Si bien qu’en arrivant à Béthanie, Lazare est mort depuis quatre jours déjà. Et, détail cruel soulignant l’énormité de ton retard, « il sent déjà ». La puanteur du cadavre devient synonyme de ton désintérêt ; la pierre refermée sur le tombeau scelle ton indifférence.
Ton retard est inexcusable : « Seigneur, si tu avais été là… »
Grégoire le Grand (VI° siècle) ose nommer ce que Marthe et Marie pensent : « Dieu semble parfois manquer le rendez-vous l’urgence humaine ».
Or ton retard et voulu. Il n’est pas accidentel. Il correspond à une intention qui apparaîtra ensuite : « Le Seigneur diffère son secours, non pour refuser sa grâce, mais pour l’augmenter », écrit Grégoire.
Voilà ce qui nous trouble : le retard de Dieu est voulu.
Lui n’est pas pressé par ce qui nous presse.
Le temps de Dieu n’est pas le nôtre.
Alors, comment comprendre ces quatre jours de retard ? Comment déchiffrer tous les retards, les absences de Dieu au moment où nous aurions besoin de lui ?
Explorons quelques pistes…
2. Le retard de Dieu purifie notre demande : « passe du don au donateur »
Nous demandons à Dieu d’intervenir quand tout s’effondre. Mais lui attend souvent que toute illusion de maîtrise soit tombée.
Tant que Lazare est malade, on peut encore espérer une guérison. On peut encore prier pour que « ça s’arrange ». Mais quand Lazare est mort depuis quatre jours, il n’y a plus rien à négocier. Saint Grégoire observe : « Tant que l’homme peut encore espérer par lui-même, il ne s’abandonne pas entièrement à la puissance de Dieu ». Le retard de Dieu fait mourir nos fausses sécurités. Non pour nous punir, mais pour nous rendre capables d’accueillir un don plus grand.
« La foi qui s’attache aux œuvres de Dieu est encore imparfaite ; parfaite est celle qui s’attache à Dieu lui-même ». Le retard oblige à choisir : croire non pas seulement à ce que Dieu fera, mais à ce qu’il est, même quand rien ne bouge.
Les maîtres de la mystique rhénane du XIV° siècle (Maître Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso) y voient une purification de notre demande. Dans un sermon célèbre (n° 5), Eckhart écrit : « Dieu se retire souvent pour que l’homme apprenne à le désirer sans pourquoi ».
Le retard de Dieu nous apprend à désirer le donateur plus que le don. S’il répondait trop vite, nous chercherions toujours à obtenir des effets tangibles, en restant tournés vers les œuvres de Dieu et non vers Dieu lui-même.
Eckhart écrit, non sans humour : « Beaucoup de gens aiment Dieu comme on aime une vache : pour son lait, pour sa viande, pas pour elle-même ». « Si tu demandes la guérison à Dieu, c’est que tu aimes la santé plus que Dieu ».
Jean Tauler commente : « Dieu se cache non pour nous perdre, mais pour nous purifier de nous-mêmes ». Tant que Dieu arrive “à temps”, l’âme reste immature, tel un gamin qui préfère le jouet à ses parents.
En différant son intervention, Jésus initie Marthe et Marie à cette purification intérieure : croire sans appui, désirer la présence de Jésus plus que ses miracles, aimer sans pourquoi, sans calcul ni intérêt.
Dans le Livre de la Vérité, Henri Suso fait parler la Sagesse divine : « Je tarde, non parce que je t’ai oublié, mais parce que je veux être aimée pour moi-même ». Pour Suso, le retard de Dieu révèle ce que nous aimons réellement : Dieu ou ses dons, sa présence ou notre consolation. Tant que Dieu répond vite, l’amour reste intéressé. Quand Dieu tarde, l’amour est purifié. C’est pourquoi Suso peut écrire : « L’ami véritable demeure fidèle même quand Dieu se tait ».
Dieu tarde quand l’âme veut encore quelque chose de lui.
Il se donne quand l’âme ne veut plus que lui.
Grégoire développe : « La foi qui s’attache aux œuvres de Dieu est encore imparfaite ; parfaite est celle qui s’attache à Dieu lui-même ».
Le retard oblige à choisir : croire non pas seulement à ce que Dieu fera, mais à ce qu’il est, même quand rien ne bouge.
3. Le retard de Dieu est une pédagogie pascale : « meurs à tes idoles »
Quand Jésus arrive enfin, il n’y a plus de malade à guérir. Il n’y a qu’un tombeau fermé. Grégoire le Grand écrit : « Le Seigneur ne guérit pas ce qui peut encore se sauver ; il ressuscite ce qui est perdu ».
Dieu arrive souvent là où nous n’attendons plus rien. Non pour réparer ce qui est cassé, mais pour donner une vie nouvelle. Ce retard annonce déjà la Pâque : Jésus arrivera « trop tard » pour éviter la croix, « trop tard » pour empêcher la mort, et pourtant, c’est par là que passera la vie. Le retard de Béthanie est un avant-goût du samedi saint : ce temps où Dieu se tait, mais où la résurrection se prépare. Grégoire le dit ainsi : « Dieu diffère la consolation pour rendre la résurrection plus certaine ».
Il s’agit donc de mourir à nos représentations naïves, ou magiques, ou intéressées, d’un Dieu qui serait une amulette ou un marchand.
Mourir à nos idoles en somme !
La mort de Lazare doit devenir la nôtre : tant qu’il est malade, Marthe et Marie pensent que c’est encore « réparable ». Quand Lazare meurt, elles perdent tout espoir de guérison. Quand son tombeau se referme, elles habitent le néant de l’absence, la nuit de la foi.
Eckhart dirait : Dieu attend que l’âme cesse de vouloir être vivante par elle-même. Ce n’est qu’alors que peut avoir lieu ce qu’il appelle la naissance de Dieu dans l’âme. « Là où l’homme est le plus mort à lui-même, là Dieu est le plus vivant ».
La foi pascale n’est pas dans l’urgence exaucée, mais dans le délai des jours au tombeau, où les disciples meurent alors à leurs représentations trop humaines du Messie d’Israël.
Le retard de Dieu nous fait mourir à notre désir de maîtrise et nous rend capables d’humilité : je ne comprends pas, je ne maîtrise pas, j’accepte de dépendre.
Le retard de Dieu nous fait mourir au calcul et nous initie à la gratuité : je pleure sans calcul, je prie sans stratégie, je crois sans garantie.
Le retard de Dieu nous enlève nos appuis, pour nous faire tenir debout sans béquilles. Non plus : ‘je crois parce que Dieu agit’, mais : ‘je crois même quand Dieu semble absent’.
Grégoire en conclut que « la foi éprouvée par l’attente devient plus solide que celle retenue par les miracles ». « Tant que l’homme peut encore espérer par lui-même, il ne s’abandonne pas entièrement à la puissance de Dieu ».
4. Le retard de Dieu nous initie au détachement : « laisse Dieu être Dieu »
Allons plus loin encore, en suivant le fil d’Ariane de la mystique rhénane du XIV° siècle. Le point le plus radical est celui-ci : Dieu ne tarde pas — c’est nous qui sommes encore dans le temps. Eckhart affirme : « En Dieu, il n’y a ni avant ni après ».
Lorsque l’âme est encore dans le désir, elle perçoit Dieu comme tardant. Mais lorsqu’elle entre dans le détachement (Abgeschiedenheit), elle découvre que Dieu est déjà là, au fond d’elle-même.
Le retard est donc une illusion spirituelle nécessaire : elle dure jusqu’à ce que l’âme renonce à mesurer Dieu.
Le retard du Christ à Béthanie peut se relire ainsi :
Jésus tarde → Dieu se retire
Lazare meurt → l’âme perd toute maîtrise
Le tombeau est fermé → l’âme est plongée dans le néant
Jésus crie → Dieu engendre la vie depuis le fond de l’âme
Dieu ne ressuscite pas ce qui vit encore par soi-même, mais ce qui repose entièrement en lui.
Le cri : « Lazare, viens dehors ! » n’est pas un rattrapage tardif, mais l’irruption de l’éternel dans le temps, au moment où l’âme enfin ne résiste plus.
Le retard de Dieu n’est donc pas un refus, ni une épreuve punitive, ni même une stratégie pédagogique au sens moral, mais une désappropriation radicale.
Dieu tarde pour que l’âme cesse d’attendre, et qu’elle devienne disponible à ce qui est déjà là.
Dieu tarde tant que l’âme veut encore quelque chose de lui.
Il se donne quand l’âme ne veut plus que lui.
Lazare malade est la figure de l’âme humaine blessée mais qui peut encore espérer s’en sortir par des moyens connus. La demande de Marthe et Marie n’est pas une soif de vie nouvelle, seulement d’une vie ‘réparée’. Ce n’est pas encore le détachement radical, celui que Maître Eckhart appelait Abgeschiedenheit : se détacher de soi, de sa volonté propre, de ses représentations de Dieu. « L’homme vraiment détaché n’est attaché ni à ce que Dieu lui donne, ni à ce que Dieu lui refuse ». Il faut passer par cette mort intérieure, figurée par le tombeau de Lazare, pour accéder réellement au détachement de qui aime Dieu pour lui-même.
Après cette étape, vient le temps du laisser-être, de l’abandon spirituel, que Maître Eckhart désigne par Abgelassenheit. Ce n’est pas une passivité facile, mais le consentement profond et actif à laisser Dieu être Dieu, à se laisser travailler par lui sans résistance : « Laisse Dieu agir en toi, et ne lui prescris ni lieu ni temps ».
Voilà pourquoi Jésus n’intervient pas tout de suite : l’âme est encore trop pleine d’elle-même.
C’est le moment clé. Spirituellement, l’âme ne peut plus rien espérer, ni agir, ni comprendre.
« Dieu ne peut rien faire dans l’âme tant qu’elle n’est pas devenue rien ».
« Lazare est mort » signifie que l’âme est réduite au néant spirituel. Ce n’est pas une punition, mais la condition pour accueillir Dieu lui-même.
« Il y avait une pierre sur le tombeau ».
Le tombeau scellé est une image saisissante de l’abandon à Dieu : l’âme ne bouge plus, ne demande plus, ne résiste plus. Tauler écrit : « Quand l’homme ne veut plus rien, Dieu veut tout en lui ». La pierre est là ; l’âme ne se défend plus contre Dieu. Elle est livrée.
« Ôtez la pierre » : c’est le dernier acte du détachement. Ce commandement peut sembler paradoxal : si tout est abandon, pourquoi agir encore ? Mais, chez Eckhart, le détachement n’exclut pas l’acte, un acte sans appropriation. Ôter la pierre, c’est consentir à l’ouverture, sans savoir ce qui va suivre, sans exiger le résultat. C’est le laisser-faire (Gelassenheit) actif : faire ce qui est demandé, sans vouloir maîtriser ce qui adviendra.
Le cri de Jésus : « Lazare, viens dehors ! », résonne ensuite comme la naissance de Dieu dans l’âme. Eckhart est formel : la vie divine ne naît pas progressivement, elle jaillit. « Dieu engendre son Fils dans l’âme en un instant ». Le cri n’est pas un rattrapage tardif, mais l’irruption de l’éternité dans le temps. Lazare ne coopère pas. Il est appelé depuis son néant. C’est la pure grâce, rendue possible par le détachement.
Les bandelettes sont le symbole de la liberté encore à apprendre : « Déliez-le, et laissez-le aller ». Même après la naissance de la vie, l’âme doit apprendre à marcher.
Tauler écrit : « Beaucoup ont reçu Dieu, mais peu lui ont laissé toute la place ».
Laisser Dieu être Dieu est un cheminement, pas un état magique.
Pour ne pas conclure
Si Dieu semble en retard dans nos vies, ce n’est pas qu’il nous a oubliés. C’est qu’il attend peut-être que nous lâchions prise, que nous cessions de lui prescrire le moment, la manière, et le résultat. Dieu ne ressuscite pas ce qui veut encore se sauver par lui-même. Il appelle à la vie ce qui repose entièrement en lui. Et peut-être que, dans le silence, au fond de nos tombeaux intérieurs, une voix attend d’être entendue : « Viens dehors ».
Faisons nôtre cette prière en ruminant cette semaine le retard du Christ à Béthanie :
Délivre-nous du désir de te posséder,
du besoin de comprendre avant de consentir,
de la peur du vide où tu viens demeurer.
Apprends-nous à te laisser être Dieu en nous,
sans pourquoi,
sans délai,
sans condition.
Quand tout semble fermé,
sois la vie qui appelle du fond de la mort.
Quand nous n’avons plus rien à offrir,
sois tout en nous.
Fais-nous sortir de nos tombeaux intérieurs,
libres de nous-mêmes,
pour vivre de ta vie seule.
Amen.
LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37, 12-14)
Lecture du livre du prophète Ézékiel
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.
PSAUME
(Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8)
R/ Près du Seigneur est l’amour, près de lui abonde le rachat. (Ps 129, 7bc)
Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !
Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l’homme te craigne.
J’espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l’espère, et j’attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu’un veilleur ne guette l’aurore.
Oui, près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.
DEUXIÈME LECTURE
« L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous » (Rm 8, 8-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
ÉVANGILE
« Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 1-45)
Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. Moi, je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur. Celui qui croit en moi ne mourra jamais. Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. (cf. Jn 11, 25a.26)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.
Patrick Braud





































