L'homélie du dimanche (prochain)

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15 décembre 2012

La joie parfaite, et pérenne

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La joie parfaite, et pérenne

 

Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année C
16/12/2012

 

Ce troisième dimanche de l’Avent est appelé le dimanche de la joie (du Gaudete = réjouis-toi en latin).

Patrick BraudÀ cause bien sûr de l’appel de Sophonie à Jérusalem : « pousse des cris de joie ! ». Et à cause de Paul qui surenchérit : « soyez toujours dans la joie du Seigneur ».

 

Il y a des moments où la joie nous est naturelle et facile. Un succès, une rencontre, une musique… : la liste est longue des événements qui peuvent déclencher en nous cette sérénité joyeuse qui nous transporte ailleurs.

Mais Paul parle de la joie « du Seigneur », et pas de la seule joie humaine. Il conjugue cette joie-là avec l’adverbe toujours : en tout temps, en tout lieu ; même lorsqu’il n’y a pas ces événements sources de joie ordinaire ; même lorsqu’il y a d’autres événements apportant le malheur avec eux. D’ailleurs, au moment où Paul écrit ces mots, il est « dans les chaînes » de sa prison (Ph 1,1-15), et aurait toutes les raisons de désespérer car il sait bien que le pouvoir romain ne va pas le laisser en vie.

 

Comment peut-on rester ancré dans la joie lorsque tout va mal ? ou lorsque tout va gris ?

Comment distinguer la joie humaine – déjà bonne en elle-même – de la joie de Dieu, la joie parfaite (Jn 16,24).

 

Voilà ce que François d’Assise a répondu à son compagnon, frère Léon, qui lui posait en substance la même question.

Patrick Braud« Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu’il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu’il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d’injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous persistons à frapper, et qu’il sorte en colère, et qu’il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d’ici misérables petits voleurs, allez à l’hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l’amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu’il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s’il sort avec un bâton noueux, et qu’il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les noeuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite.

 

Selon François d’Assise, la vraie joie et donc d’être identifié au Christ lorsque, bafoué et rejeté par les siens, il trouve encore la force de ne pas haïr.

 

Qui peut souhaiter d’en arriver à cet extrême ?

La joie en DieuParfois cela arrive, et c’est alors qu’il faut se souvenir de la joie parfaite selon François.

Le plus souvent, ce n’est pas une telle humiliation, mais les contrariétés habituelles qui nous empêchent d’être « toujours dans la joie ». Là, se souvenir que la joie vient de Dieu plus que de l’homme sera utile : la joie de Dieu vient de sa promesse, la joie de l’homme vient de ses oeuvres.

L’une reflue de la fin pour irriguer le présent, en étant toujours disponible ; l’autre célèbre ce qui est, et manque lorsqu’il n’y a rien à célébrer.

La première est eschatologique, comme une ancre jetée dans les cieux (He 6,17). La seconde est existentielle, basée sur nos réussites.

La joie de Dieu est permanente car enracinée en lui. La joie humaine est fragile et éphémère, car soumise aux aléas de la fortune.

 

L’appel de ce dimanche nous invite à unir les deux : savourer les cadeaux de la vie sans perdre de vue le cadeau ultime qui donne sens à tous les autres.

Si nous faisons ainsi, nous réjouirons Dieu de notre joie, ainsi qu’il est écrit dans le livre de Sophonie : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »

 

Cette inhabitation mutuelle de Dieu en nous et de nous en Dieu est le secret de la pérennité de notre joie. Elle nous est donnée dans la surprise, surabondance de joie que nous n’osions désirer ; elle a un goût pascal parce qu’elle sait ce que traverser la mort signifie ; elle est joie partagée avec l’autre, joie de l’autre, de cet autre en qui est le tout-Autre, infiniment proche…

Que l’Esprit du Christ vienne nous ancrer dans cette sérénité dont Paul souhaite qu’elle soit connue de tous les hommes.

 

 

1ère lecture : « Fille de Sion, réjouis-toi, car le Seigneur est en toi » (So 3, 14-18)
Lecture du livre de Sophonie

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem !
Le Seigneur a écarté tes accusateurs, il a fait rebrousser chemin à ton ennemi. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.
Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !
Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête. »

Psaume : Is 12, 2, 4bcde, 5-6

R/ Laissons éclater notre joie : Dieu est au milieur de nous.
Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur,
car il a fait des prodiges que toute la terre connaît.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : Soyez dans la joie : le Seigneur est proche (Ph 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul aux Philippiens

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie.
Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.
Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre c?ur et votre intelligence dans le Christ Jésus.

Evangile : Jean Baptiste prépare les foules à la venue du Messie (Lc 3, 10-18)

Acclamation : Alléluia, alléluia. Prophète du Très-Haut, Jean est venu préparez la route devant le Seigneur et porter témoignage à la Lumière.Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? »
Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »
Des publicains (collecteurs d’impôts) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »
Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
À leur tour, des soldats lui demandaient : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde. »
Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie.
Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu.
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »
Par ces exhortations et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick Braud

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3 novembre 2012

Simplifier, Aimer, Unir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Simplifier, Aimer, Unir

 

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année B
04/11/2012

 

 

Il y a trois appels dans cet évangile.

 Trois appels qui tournent autour de 3 verbes :

 

1) SIMPLIFIER

Le 1er appel, c'est un appel à simplifier.

Simplifier beaucoup de choses dans notre vie.

On pose la question à Jésus : « quel est le plus grand commandement ? »

Vous savez sans doute que pour être juif, il faut respecter 613 commandements à la lettre, et ceci de manière pointilleuse, voire scrupuleuse, au point que çà peut en devenir obsessionnel. Et voilà que Jésus simplifie : au lieu de 613 commandements, il va en donner 2 qui n'en font qu'un.

Je crois que c'est une habitude profondément sage : nous sommes appelés à simplifier votre vie, à simplifier notre manière de pratiquer notre foi.

 

Simplifiez votre vie.
C'est à dire : allez à l'essentiel de ce qui vous unit aux autres, ne vous laissez pas arrêter par ce qui est secondaire, parce ce qui n'est finalement que détail.

Simplifier sa vie, cela peut vouloir dire aussi avoir le courage de mener une vie simple, de refuser une vie qui serait trop superficielle ou trop mondaine, où les facilités financières vous entraîneraient à être loin de vous-mêmes.

Avoir le goût des choses simples et ensemble goûter le bonheur simple que Dieu vous donne.

Cela veut dire aussi simplifier votre relation à Dieu.
La foi chrétienne n'est pas compliquée, elle est très simple. Il s'agit de faire confiance ; lorsqu'on aime quelqu'un, au point de lui donner sa vie dans le mariage, c'est la même chose avec Dieu : on peut lui faire confiance et lui remettre sa vie.

Simplifiez votre relation à Dieu pour qu'elle devienne profonde, moins intellectuelle et plus existentielle, plus personnelle.

Simplifiez aussi les relations entre nos Églises.

Quelquefois, entre les Églises, on se perd dans des détails historiques ou des controverses de points virgules ou de points d'exclamation?.

Il nous faut un tissu conjonctif entre nos Églises, des personnes, des familles qui nous redisent que l'essentiel est d'aimer, ou plutôt que l'essentiel c'est de se laisser aimer par quelqu'un de plus grand que nous.

Nous avons besoin d'avoir des « couples mixtes » comme l'on dit dans notre jargon, pour qu'entre les Églises pentecôtiste et catholique, et aussi les autres Églises protestantes ou orthodoxes nous sachions revenir à l'essentiel et simplifier la foi autour de ce qu'il y a de plus fondamental : le Christ, mort et ressuscité, qui nous aime et qui nous ouvre un chemin de vie.

Voilà le 1er appel qui résonne ce Dimanche.

 

Simplifiez, ne vous laissez pas envahir par ce qui est secondaire, restez attachés à ce qu'il y a de plus important… : cela demande un grand discernement.
Savoir discerner ce qui est le plus important pour savoir faire des choix : choix professionnels, choix de maison, choix d'engagements sociaux ou ecclésiaux…

Gardez au c?ur cet appel du Christ qui passe de 613 à 2, c'est dire qui simplifie la Foi.

 

2) « TU AIMERAS »

Le second appel contenu dans ce texte, c'est l'appel du Christ à l'impératif : « Tu aimeras ».
Patrick BraudCe n'est pas : « si tu ressens quelque chose pour l'autre, alors oui, aime le ! »
Ce n'est pas : « écoute ton c?ur battre, suis ton c?ur qui bat et tu verras bien où il t'emmènera ».
C'est l'impératif qui va jusqu'à dire : « choisis d'aimer, aie en toi la volonté d'aimer »,  et d'aimer l'autre même lorsqu'il ne sera plus aimable?

Car il y a des moments – interrogez les vieux couples – où le conjoint / l'ami n'est pas toujours aimable ! Il y a des moments où le conjoint / l'ami fait souffrir. Il y a des moments où le sentiment seul ne suffit pas, où le sentiment sera peut être un peu loin?..
C'est inévitable sur 50 ans, 60 ans de vie commune ou d'amitié.

Aimer, c'est d'abord vouloir aimer ; à la manière du Christ : vouloir aimer.

Le sentiment est utile mais il ne suffit pas pour construire une vie à deux ou pour tenir dans l'amitié. Il faut s'appuyer sur un projet, une construction. Peut être faut-il avoir la même rigueur dans l'amour / l'amitié que celle que vous avez dans votre vie professionnelle. Pour construire un projet, il faut régulièrement s'appuyer sur des bases solides et objectives sur lesquelles on peut revenir.

Tu aimeras… : et cela ira même jusqu'à aimer ses ennemis : preuve que le sentiment n'est pas l'amour…

 

3) UNIR TROIS AMOURS EN UN SEUL

 Le 3èmeappel qui est contenu dans ce texte, c'est l'appel à unir trois Amours en un seul.

 Les 3 amours dont parle le Christ, vous les avez entendus :
« - Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
- Tu aimeras ton prochain ? comme toi-même ».

Simplifier, Aimer, Unir dans Communauté spirituelle fig5-1C'est donc qu'il y a dans l'ordre : l'amour de Dieu, l'amour de soi et l'amour du prochain.
Les deux premiers sont peut être les plus importants car c'est ceux que l'on oublie avec le temps. Par exemple, on croit qu'on se marie parce qu'on aime l'autre. Or on se marie surtout pour aimer l'autre, pour l'aimer mieux, pour l'aimer davantage. Pourquoi ?

Parce qu'il y a d'abord l'ouverture à l'amour de Dieu lui même, l'ouverture à cet amour infini qui dilate en nous notre capacité de nous laisser aimer par quelqu'un plus grand que nous et qui est à la source de tous nos amours humains, de toutes nos amitiés humaines.

« Tu aimeras ton Seigneur ton Dieu »

Si vous avez cette chance – car je crois que c'est une chance – de partager dans votre couple cet amour de Dieu, cette recherche de Dieu, ce désir de Dieu, alors profitez-en au maximum. C'est une chance car il y a beaucoup de couples où un seul membre partage cette recherche.
Quel bonheur, quelle joie, mais aussi quelle force de se tourner à deux vers celui qui est plus grand que nous et de laisser de la place entre nous pour un ami, un compagnon, un sauveur sur notre route.

S'ouvrir à l'infini de Dieu : voilà pourquoi le premier amour est l'amour de Dieu lui-même. Il conditionne quelque part les autres.


L'amour de soi
Il est la fondation de tous les autres amours et de manière paradoxale du second amourqui vient dans l'évangile : l'amour de soi. Plus je laisse Dieu m'aimer, plus je suis réconcilié avec moi-même. Plus je peux m'accepter moi même en vérité.

Vous avez sûrement déjà fait cette expérience, dans votre couple ou dans l'amitié. Lorsqu'on est aimé par quelqu'un, on commence à pouvoir être en paix avec son passé, avec les blessures de son histoire personnelle, avec les blessures de son histoire familiale (et qui d'entre nous n'en a pas ?). Mais aussi grâce aux grandes rencontres, aux grandes joies, aux grands témoins qui ont balisé notre route.

Être en paix avec soi-même, s'aimer soi-même grâce à l'amour que Dieu, nous porte.

Il est illusoire de croire que l'on peut aimer l'autre si l'on ne peut pas s'aimer soi-même. Vous le savez bien : beaucoup de couples se divisent et se séparent parce qu'ils n'ont pas résolu leurs propres questions personnelles. Ils croyaient utiliser l'autre pour mieux trouver la paix ; et puis l'instrumentalisation de l'autre débouche tôt ou tard sur une déception ou sur une désillusion. Seule la réconciliation avec soi-même permet d'aimer l'autre en vérité. Ce travail n'est pas fini avec le mariage, il continue à partir de là.

 

L'amour du prochain

Et enfin bien sûr, ces deux amours convergent vers l'amour du prochain.
Aimer son prochain surtout quand il n'est pas aimable. Et le prochain est très concrètement celui à côté de qui on vit (quartier, travail, famille) : il est trop facile d'être humaniste pour les grandes causes lointaines et de ne pas voir ceux qui sont à côté.

Aimer son prochain jusqu'au pardon.
Aimer son prochain comme Dieu aime ; et Dieu est sans doute le plus court chemin pour aller vers l'autre.
Aimer à la manière du Christ et nous allons le signifier dans l'eucharistie??
Lui, Il verse son sang pour l'autre ; Lui, il livre son corps pour l'autre.
Vous êtes appelés vous aussi à verser votre sang, à livrer votre corps pour que l'autre vive, pour que l'autre ait en plénitude, la joie promise par le Christ.

 

Simplifiez votre vie, osez conjuguer le verbe aimer à l'impératif et unissez les trois amours : Amour de Dieu, Amour de Soi, Amour de l'Autre.

Par l'eucharistie, le Christ nous donne la force de devenir les témoins de ce que :
- la communion est possible entre nous.
- la communion est possible entre nos Églises, entre religions différentes.
- la communion c'est Dieu lui même qui se donne, dans le respect de la différence et en même temps dans la proximité, pour devenir inséparables.

Puissions-nous devenir ainsi des signes de cet amour finalement trinitaire : être unis tout en respectant les différences.

C'est ce que Dieu vit en lui-même : le Père et le Fils, dans le baiser commun qui est l'Esprit.

 

Puissions-nous aller boire à la source de cet amour et en devenir des signes vivants.

 

1ère lecture : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » 

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël :
« Tu craindras le Seigneur ton Dieu. Tous les jours de ta vie, toi, ainsi que ton fils et le fils de ton fils, tu observeras tous ses commandements et ses ordres, que je te prescris aujourd’hui, et tu auras longue vie.

Israël, tu écouteras, tu veilleras à mettre en pratique ce qui t’apportera bonheur et fécondité, dans un pays où ruissellent le lait et le miel, comme te l’a promis le Seigneur, le Dieu de tes pères.

Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme et de toute ta force.

Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront dans ton c?ur. »

 

Psaume : 118, 97.99, 101-102, 103-104, 105-106

R/ Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, et tu auras la vie.

De quel amour j’aime ta loi :
tout le jour je la médite !
Je surpasse en sagesse tous mes maîtres,
car je médite tes exigences.

Des chemins du mal, je détourne mes pas, 
afin d’observer ta parole. 
De tes décisions, je ne veux pas m’écarter, 
car c’est toi qui m’enseignes. 

Qu’elle est douce à mon palais ta promesse : 
le miel a moins de saveur dans ma bouche ! 
Tes préceptes m’ont donné l’intelligence : 
je hais tout chemin de mensonge. 

Ta parole est la lumière de mes pas, 
la lampe de ma route. 
Je l’ai juré, je tiendrai mon serment, 
j’observerai tes justes décisions.

 

2ème lecture : « Le sacerdoce qui ne passe pas » (He 7, 23-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l’ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de durer toujours.

Jésus, lui, puisqu’il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne passe pas.

C’est pourquoi il est en mesure de sauver d’une manière définitive ceux qui s’avancent vers Dieu grâce à lui, car il vit pour toujours, afin d’intercéder en leur faveur.

C’était bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, sans tache, sans aucune faute ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux.

Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même.

Dans la loi de Moïse, ce sont des hommes remplis de faiblesse qui sont désignés comme grands prêtres. Mais plus tard, quand Dieu s’engage par serment, il désigne son Fils qu’il a pour toujours mené à sa perfection.

 

Evangile : Les trois amours (Mc 12, 28b-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dieu est amour. Celui qui aime est né de Dieu : il connaît Dieu. Alléluia. (1 Jn 4, 8.7)


Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »

Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton c?ur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l’Unique et qu’il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son c?ur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. »

Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger. 

Patrick Braud

27 octobre 2012

Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils

Homélie du 30° dimanche ordinaire Année B
28/10/12

 

Le fils de Timée et le Fils de David

L’épisode de la rencontre de Jésus et de Bartimée à la sortie de Jéricho est célèbre (Mc 10,46-52). On y voit souvent une preuve de la puissance du Christ. Ou son désir de réintégrer socialement tous les exclus qui comme cet aveugle restent au bord de la route au sens propre comme au sens figuré. Ou on y lit avec raison le symbole du baptisé qui quitte ses aveuglement pour suivre Jésus sur la voie de l’évangile.

On peut aussi y voir la rencontre de deux fils, l’un donnant à l’autre d’assumer sa filiation.
Voyons comment.

Les noms bibliques ont une signification.

Ils ne sont jamais là par hasard dans un texte de la Bible, comme les chiffres d’ailleurs.

Bartimée et Jésus : les deux fois deux fils dans Communauté spirituelleJéricho par exemple, vient du nom hébreu : lune (« jareah »). Jéricho est donc la ‘ville de la lune’ en hébreu. Or la lune croît et décroît, elle change sans cesse (par opposition au soleil) : elle est devenue dans le monde de Jésus le symbole de la disparition et du déclin. L’évangéliste Marc précise bien que Jésus sort de Jéricho avec ses disciples : symboliquement c’est l’invitation à sortir de nos déclins, à ne pas se résigner à la disparition.

       Sortir d’une logique dépressive du déclin, c’est par exemple reconnaître que notre Église est bien vivante, et se renouvelle en profondeur. Nous sommes à l’image de cette foule « assez nombreuse » (traduction plus exacte du texte) qui entoure Jésus dans le passage d’aujourd’hui : ni majoritaire, ni marginale. Une foule qui va apprendre à être instrument du salut en transmettant l’appel du Christ à l’aveugle.

         Sortir de Jéricho est aussi l’invitation à quitter nos déclins intérieurs : lorsque décline notre soif de Dieu, notre soif de vivre ; lorsque baisse l’intensité de notre amour pour Dieu, l’intensité de notre amour pour les autres, sortons de ces Jérichos-là avec le Christ ! Quittons nos logiques dépressives…

D’autant plus que Jésus se met en route vers Jérusalem : autre nom symbolique.

Yerou-shalaïm : la ville de la paix (shalom) ou de la plénitude (shelemout). Jésus passe de Jéricho à Jérusalem : il nous fait passer avec lui du déclin à la paix, de la disparition à la plénitude.

       Deux autres noms ont toute leur importance dans ce texte : « Bar-timée » et « fils de David ».

C’est tellement important que Marc précise : « Bar-Timée » c’est le fils de Timée. Or Timée vient d’une racine grecque qui signifie : « châtiment ». Bar-Timée est donc le fils du châtiment ; ce que traduit bien hélas sa condition d’aveugle, puisqu’à l’époque beaucoup croyaient que la cécité était un châtiment de Dieu (ce que Jésus ne cessera de dénoncer).

Le fils de Timée croise le « fils de David ». Et David veut dire : « Bien Aimé ». Voici donc que le fils du châtiment rencontre le fils Bien Aimé !

Choc terrible : qui va l’emporter : la peur du châtiment ou la foi en la puissance de l’amour ?

La peur ou la foi ? : dilemme terriblement actuel !

Lorsque des intégristes religieux de tous bords voudraient revenir à la peur comme moteur de la conversion vers Dieu.

Lorsque les questions de violence sociale (dans nos écoles ou nos cités) risquent d’être instrumentalisées dans les débats politiques.

Les Évêques français appellent depuis longtemps à revaloriser la famille comme lieu primordial  d’éducation à la confiance : « la famille est le premier lieu où les hommes et les femmes apprennent la confiance en eux-mêmes et la confiance dans les autres » (Message du 18/10/2006). On croirait entendre la « foule – Église » de notre évangile, qui finalement transmet au fils de Timée l’appel du Fils de David : « confiance, lève-toi, il t’appelle ».

20030919142921_medium amour dans Communauté spirituelle         La rencontre des 2 fils d’aujourd’hui nous fait passer de la peur du châtiment à la confiance en l’amour : « ta foi t’a sauvé » constate Jésus, dont le nom signifie justement : « Dieu sauve ». A la fin du récit, l’aveugle n’est plus le fils de Timée mendiant assis au bord de la route, mais un homme – enfin ! – qui suit Jésus sur la route. Il a changé de filiation.

         Et vous : êtes-vous fils de Timée ou de David ?

C’est si important de savoir de qui on est le fils / la fille…

Dans la préparation au mariage, c’est toujours une étape capitale du dialogue avec les fiancés : de qui êtes-vous l’enfant ? Comment ces 2 filiations vont-elles pouvoir se rencontrer ? Au prix de quelle conversions personnelles ? Moyennant quelles guérisons du passé familial de chacun ?

Le fils du châtiment croise le fils du Bien Aimé, et la confiance d’emporte alors sur la peur.

Souvenez-vous des 2 autres fils de Mc 10,35-45 (juste avant notre passage sur Bartimée) : les fils de Zébédée, dont le nom signifie « mon cadeau » étaient en train de renier leur père puisque justement ils voulaient s’approprier les 1° places, au lieu de recevoir « comme un cadeau » la place que Jésus leur donnerait.

Que dois-je assumer dans la filiation qui est la mienne, à l’image des fils de Zébédée ?

Quelle guérison y a-t-il à entreprendre dans cette filiation, à l’image du fils de Timée ?

Quelle promesse ma filiation contient-elle, à l’image du Fils de David ?

         Impossible de nous rencontrer en vérité, sans violence, si nous ne savons pas de qui nous sommes le fils / la fille !

         Que l’Esprit du Christ, qui continue d’agir dans son Église comme autrefois dans la foule, nous donne d’entendre chacun personnellement, l’appel du Christ transmis par la foule : « Confiance ! Que tu sois fils de l’amour ou du hasard, de la promesse ou de la peur, confiance, lève-toi, il t’appelle ».

 

 

 

1ère lecture : Retour joyeux des rescapés d’Israël (Jr 31, 7-9)

Lecture du livre de Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »
Voici que je les fais revenir du pays du Nord, et que je les rassemble des extrémités du monde. Il y a même parmi eux l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la jeune accouchée ; c’est une grande assemblée qui revient.
Ils étaient partis dans les larmes, dans les consolations je les ramène ; je vais les conduire aux eaux courantes par un bon chemin où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël, Éphraïm est mon fils aîné. Parole du Seigneur.

Psaume : 125, 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie.

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie ; 

Alors on disait parmi les nations : 
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » 
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : 
nous étions en grande fête ! 

Ramène, Seigneur, nos captifs, 
comme les torrents au désert. 
Qui sème dans les larmes 
moissonne dans la joie. 

Il s’en va, il s’en va en pleurant, 
il jette la semence ; 
il s’en vient, il s’en vient dans la joie, 
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : Jésus, grand prêtre à la manière de Melkisédek (He 5, 1-6)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le grand prêtre est toujours pris parmi les hommes, et chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ; et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. On ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu, comme Aaron.
Il en est bien ainsi pour le Christ : quand il est devenu grand prêtre, ce n’est pas lui-même qui s’est donné cette gloire ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, et qui déclare dans un autre psaume : Tu es prêtre pour toujours selon le sacerdoce de Melkisédek.

Evangile : Guérison d’un aveugle à Jéricho (Mc 10, 46-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le Seigneur notre Dieu : sur ceux qui habitent les ténèbres, il a fait resplendir sa lumière. Alléluia.(cf. Lc 1, 68.79)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route.
Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »
Beaucoup de gens l’interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! »
Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »
L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.
Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ? Rabbouni, que je voie. »
Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.
Patrick Braud

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20 octobre 2012

Donner sens à la souffrance

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Donner sens à la souffrance

Homélie du 29° dimanche ordinaire / Année B
21/10/12

« Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur » (Es 53,10).

Tous ceux qui ont été à un moment donné de leur histoire « broyés par la souffrance » se demanderont comment on peut plaire au Seigneur lorsqu’on est défiguré par la souffrance ! Que ce soit la douleur physique qui tord le corps au plus intime, la souffrance morale de la solitude, de la séparation, ou la déchirure intérieure devant un échec absolu, qui pourrait faire l’éloge de ces moments affreux ?

Le jansénisme du XVI° siècle, le dolorisme du XX° ont bien essayé, mais heureusement nous ne pouvons plus les suivre aujourd’hui.

Prétendre que la souffrance rapproche de Dieu nous révolte ; à juste titre, car le Serviteur en personne  (le servant leader) qu’est Jésus nous révèle justement une autre voie. « En toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché » (He 4,14-16). Ce n’est donc pas l’épreuve qui a de la valeur, mais le fait de ne pas pécher dans l’épreuve.

 

Que serait « pécher dans l’épreuve » ?

Ce n’est pas le combat pour échapper à la souffrance, car le Christ l’a mené, pour soulager celle de ses contemporains (malades, possédés, exclus).

Ce n’est pas le débat intérieur où le doute se mêle à la foi, car le Christ a connu ce débat à Gethsémani (« que cette coupe s’éloigne de moi »).

Ce n’est pas non plus la révolte et l’indignation, du moment qu’elle ne rompt pas le dialogue avec Dieu, car le Christ lui-même a crié sur la croix (« mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »).

Pécher dans l’épreuve serait plutôt se laisser vaincre par elle, c’est-à-dire nous détourner de notre vocation la plus profonde.

L’évangile de ce dimanche nous dit que la vocation du Christ est d’être le Serviteur par excellence (Mc 10,35-45), et lui-même veut nous donner d’avoir part à son service. « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ». La souffrance gagne sur nous lorsqu’elle nous fait croire que nous ne pouvons plus être serviteurs, que nous serions devenus inutiles. « Je ne sers plus à rien » est l’une des plaintes qui traduisent le désespoir des malades.

« La société n’a pas besoin de moi » est l’amer constat des chômeurs ou des exclus. « Plus personne n’attend rien de moi » est le sentiment d’abandon qui engendre tant de solitude chez les personnes âgées.

Ne plus servir à rien est profondément déshumanisant.

Bien sûr, « ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir ». Mais ils ignorent qu’au plus profond d’eux-mêmes existe la soif de servir, plus réelle que les envies de domination qui les tiennent en esclavage.

Si « le Fils de l’homme est venu pour servir et non pour être servi », c’est donc qu’il en est de même pour chacun de nous, créé à son image. Comme l’écrivait si bien le poète hindou Rabrindranath Tagore : « Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie. Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service. Je servis et je compris que le service est joie ».

Or l’épreuve – quelle qu’elle soit – cherche à nous détourner de notre vocation au service. Elle veut nous réduire à n’être plus qu’un ayant-droit : aide médicale, aide sociale, aide compassionnelle… C’est bien ce qu’on commence à reprocher sans oser le dire à des êtres handicapés par exemple : ils n’auraient pas dû naître car ils ne pourront apparemment pas être utiles à la société ; au contraire, ils sont une charge inutile, un fardeau insupportable. Bientôt on le dira aux personnes âgées… C’est du moins ce qu’on voudrait nous faire croire. Car quiconque a eu dans sa famille des enfants handicapés sait quelle saveur d’humanité, quelle lumière nouvelle ils apportent à tous ceux qui les approchent, rien que par leur présence. Cela ne supprime en rien la douleur ou le poids énorme que cet handicap fait peser sur les parents, sur les frères et soeurs. Mais reconnaître aux personnes handicapées la capacité d’être eux aussi des serviteurs transforme ceux qui sont à leur contact.

Un chef d’entreprise – une PME – confiait récemment avoir embauché une personne en fauteuil roulant, pour satisfaire au quota légal de 6% de travailleurs handicapés, afin d’éviter de payer l’amende légale… Quelques mois après, il racontait comment l’accueil de ce salarié pas comme les autres avait transformé l’ambiance au travail dans les équipes. Les collègues devenaient plus attentifs, plus humains, et se mettaient à parler eux-mêmes de leur faiblesse. Bref, il se disait finalement qu’il avait fait une bonne affaire ! En fait, il avait juste rendu à cette personne handicapée son rôle social, dû à chacun : pouvoir être utile à d’autres, apporter sa compétence, son intelligence, et son handicap comme autant de manières d’être au service des autres.

La Bonne Nouvelle est alors d’annoncer à ceux qui sont dans l’épreuve qu’ils peuvent donner un sens à ce qui leur arrive (même s’il faut du temps pour y arriver). La vraie charité n’est pas d’abord de les plaindre, de les aider, mais de leur proposer de devenir utiles autrement, serviteurs à leur manière. On se souvient que lorsqu’un SDF avait demandé de l’aide à l’Abbé Pierre (après une tentative de suicide) au moment où il créait les compagnons d’Emmaüs, l’abbé ne lui avait rien donné mais lui avait dit : « viens me donner un coup de main, on a besoin de toi ».

Les témoignages sont légion de ceux qui, broyés par la souffrance, ont réussi à la traverser en en faisant une source de services des autres.

C’est Martin Gray perdant sa femme et ses enfants dans un incendie et témoignant de son amour de la vie, « au nom de tous les miens ».

C’est tant de parents frappés par le malheur innocent d’un enfant : accident, suicide, drogue, maladie. Au lieu de se laisser anéantir, ils ont réagi en fondant une association pour accompagner et soutenir ceux qui sont confrontés à une épreuve semblable.

C’est le secret des premiers martyrs chrétiens tout au long des trois premiers siècles : ne pas laisser gagner la fureur meurtrière de la foule des jeux du cirque, mais pardonner à ses bourreaux, aimer ses ennemis qui vous traitent moins dignement que leurs bêtes. Les martyrs serviront la société romaine et l’aideront à abandonner son goût pour le meurtre. Etc.

Quand l’épreuve arrive, elle coupe le souffle, elle tétanise, elle fait frôler la mort. Le Christ, en nous associant à son baptême et à sa coupe, nous donne de tenir bon dans l’épreuve, sans nous laisser vaincre par elle. Lui – le Serviteur - ouvre un horizon à notre souffrance. Nous ne savons pas pourquoi l’épreuve arrive, mais nous pouvons deviner vers quoi elle peut nous conduire, pour quoi (en deux mots) elle nous arrive.

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Donner sens à la souffrance permet de ne plus se lamenter en regardant toujours en arrière, pour trouver des coupables ou pour accuser Dieu (qui n’y est pour rien le pauvre !).

Donner sens à la souffrance nous tourne vers demain : que puis-je faire de ce qui en ce moment broie ma vie ?

Le Christ sur la croix lui a donné le sens de l’abandon filial et de l’amour des ennemis. Il a ainsi été le Serviteur, jusqu’au bout. Assimilé à un criminel pour les Romains, à un maudit pour les juifs, il a annoncé à tous les damnés de la terre que leur exclusion n’est pas stérile, qu’ils peuvent faire de leur épreuve un service de toute l’humanité.

Utopique ?

Non : terriblement efficace.

 

À nous d’en témoigner en parole et en actes : la souffrance n’est pas le dernier mot de l’épreuve. Le dernier mot, c’est le service.

Et nul n’est si éprouvé qu’il ne puisse devenir serviteur des autres, pour peu qu’on lui en donne les moyens.

 

 

1ère lecture : « Mon serviteur justifiera les multitudes » (Is 53, 10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. Mais, s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s’accomplira la volonté du Seigneur.
À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

 

Psaume : 32, 4-5, 18-19, 20.22

R/ Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi !

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent, 
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort, 
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur : 
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous 
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : Le grand prêtre compatissant (He 4, 14-16)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi.
En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l’épreuve comme nous, et il n’a pas péché.
Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Evangile : Le Fils de l’homme est venu pour servir (brève : 42-45) (Mc 10, 35-45)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Fils de l’homme est venu pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Alléluia. (Mc 10, 45)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. »
Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? »
Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. »
Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? »
Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m’appartient pas de l’accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées. »
Les dix autres avaient entendu, et ils s’indignaient contre Jacques et Jean.
Jésus les appelle et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur.
Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Patrick Braud

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