L'homélie du dimanche (prochain)

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4 juillet 2014

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

Homélie du XIV° dimanche / Année A
06/07/2014

Le mendiant de Tauler

C'est dans la fournaise qu'on voit l'humble dans Communauté spirituelle mendianIl y avait un célèbre théologien qui demandait à Dieu depuis huit ans, par des prières continuelles, qu’il lui montrât un homme capable de lui enseigner la voie de la vérité. Un jour que ce désir était plus vif en lui que de coutume, il entendit une voix du ciel qui lui dit : « Sors, et va à la porte de l’église, tu y trouveras l’homme que tu cherches. » Étant sorti, il rencontra un mendiant dont les pieds étaient tout salis par la boue, et dont les habits ne valaient pas trois oboles. Il le salua en ces termes :

 - Bonjour, mon ami.
 - Le mendiant : Je ne me souviens pas d’avoir eu un seul jour mauvais dans ma vie.
 - Le docteur : Que Dieu te donne la prospérité.
 - Le mendiant : Je ne sais ce que c’est que l’adversité.
 - Le docteur : Eh bien ! que Dieu te rende heureux.
 - Le mendiant : Je n’ai jamais été malheureux.
- Le docteur : Eh bien ! que Dieu te sauve : parle plus clairement, je ne comprends pas ce que tu dis.
- Le mendiant : Volontiers.
Vous m’avez souhaité le bonjour, et je vous ai répondu que je n’en ai jamais eu de mauvais. En effet, quand j’ai faim, je loue Dieu ; si j’ai froid, s’il fait de la grêle, de la neige ou de la pluie ; que l’air soit pur ou troublé, je loue Dieu ; si je suis malheureux ou méprisé, je le loue également, et c’est pour cela que n’ai jamais vu de mauvais jours.

Vous m’avez souhaité la prospérité, et je vous ai répondu que je n’avais jamais connu l’adversité ; car je sais vivre avec Dieu, et je suis certain que tout ce qu’il fait ne peut être que très bon. Aussi tout ce qui m’est arrivé d’agréable ou de contraire, de doux ou d’amer, je l’ai reçu de lui comme étant très bon pour moi. Je n’ai donc jamais été dans l’adversité.

Vous m’avez souhaité le bonheur, et je vous ai répondu que je n’avais jamais été malheureux ; car j’ai résolu de ne m’attacher qu’à la volonté divine, de sorte que je veux tout ce que Dieu veut.

- Le docteur : Mais que dirais-tu si Dieu voulait te précipiter en enfer ?
- Le mendiant : Me précipiter en enfer ? S’il le faisait, je l’embrasserais de mes deux bras. Avec le bras de l’humilité j’embrasserais son humanité sacrée, et sa divinité avec le bras de la charité, et je le forcerais à descendre avec moi en enfer. Or l’enfer avec lui me serait plus agréable que le ciel sans lui.

Le docteur comprit par là que la résignation, jointe à une humilité profonde, est la voie la plus courte pour aller à Dieu.

Jean Tauler (1300-1361)

Consentir au réel

Selon Tauler, la véritable humilité est donc de consentir au réel. Non pas sous la forme une quelconque résignation (mektoub !), ni d’une soumission fataliste à la soi-disant volonté de Dieu. Mais bien plutôt sous la forme d’une joyeuse acceptation de l’évènement = ce qui vient d’ailleurs, ce qui advient. Notre mendiant imite saint Paul, qui sait être à l’aise aussi bien dans l’indigence que dans l’abondance.

Au lieu de se plaindre de ce qui est, il accueille la tonalité du jour comme ce qui va lui permettre d’être lui-même. Cette humilité colle au réel, comme les pieds du paysan collent à l’humus (=> humilité), au terreau de son champ.

 

humus-550 fournaise dans Communauté spirituelle

Est humble selon Tauler celui qui ne vit pas ailleurs que dans sa propre existence, et qui accueille ce qui est (la maladie ou la santé, l’argent ou la pauvreté), dans une égalité intérieure qui lui permet d’en tirer profit.

La sagesse des psaumes le sait depuis longtemps : « je ne poursuis ni grand dessein ni merveilles qui me dépasse. Non mais je tiens mon âme égale silencieuse au fond de moi, comme un petit enfant tout contre sa mère ».

 

Cela ressemble à la sainte indifférence ignatienne :

« L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.

D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin

Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre et qui ne lui est pas défendu ;

de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. »

Principe et Fondement, Ignace de Loyola, 1491-1156

 

Cela ressemble encore à la sagesse de Salomon : « je ne cherche pas tant la richesse ou la santé ou la réussite ou la victoire, mais la sagesse qui vient de toi », dit en  substance Salomon dans sa prière (cf. 1R 8, 5-15).

Consentir au réel, accueillir ce qui vient, savourer ce que chaque moment possède en lui-même, libre de toute comparaison, envie ou jalousie : l’humilité est un chemin de sagesse pour jouir de ce qui est, simplement.

 

Moïse, le plus humble

Après Jésus, la Bible nous dit que l’homme le plus humble que la terre ait porté est Moïse (Nb 12,3). Pourquoi ? Justement parce qu’il a su consentir au réel et ainsi le transformer.

d01 humilitéIl a commencé par se révolter de sa propre initiative devant l’esclavage de ses frères hébreux. Cela l’a conduit au meurtre, et à une fuite stérile. Puis il a accepté que Dieu lui-même vienne le chercher au buisson ardent, à sa manière. Et lui n’aurait pas agi ainsi ; lui n’aurait pas fait errer son peuple 40 ans au désert. Mais parce qu’il était humble, Moïse se laissait faire par un plus grand que lui. Il avait une conscience aiguë de qui il était vraiment, c’est pourquoi il ne revendiquait pas d’être un autre.

Un exemple frappant de l’humilité de Moïse est son réalisme face à son handicap. Il est bègue, et ne pas savoir parler en public est un sacré handicap pour un leader politique ! Le film « Le discours d’un roi » montre à quel point le roi d’Angleterre George VI a dû travailler cette faiblesse pour remplir son rôle. Eh bien : Moïse sait qu’il a ce handicap, et il a l’humilité de le reconnaître devant Dieu et devant les autres. Du coup, il demande à Dieu un porte-parole, une voix à ses côtés capable de nourrir le peuple, ce qu’il ne peut pas faire. Ce sera Aaron, fidèle compagnon d’exode, qui par sa seule présence rappellera à Moïse qu’il n’est pas tout-puissant, qu’il a besoin de l’autre (cf. Ex 4, 10-17).

 

 

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

Quand Jésus déclare qu’il est humble de coeur, nul doute qu’il épouse ce consentement au réel, cet acquiescement au désir de son Père qu’il déchiffre à travers les événements de sa vie. Le sommet de cette humilité est peut-être l’agonie de Gethsémani : la croix se profile, et Jésus ne le voulait pas ainsi. Il se bat contre le désir d’indépendance qui fait partie de la nature humaine, et il sort épuisé de ce combat : « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». L’humble est celui qui, à l’image du Christ, finit par compter sur Dieu avant soi-même, surtout dans l’épreuve où la tentation de ne compter que sur soi est terrible.

3HebreuxF kénoseL’expression humble de coeur n’est employée qu’une seule fois dans le Nouveau Testament, ici en Mt 11, 25-30, et une seule fois également dans l’Ancien Testament, en Dn 3,87. Il s’agit de l’épisode célèbre de trois enfants dans la fournaise. En pleine persécution, Ananias, Azarias et Misaël préfèrent être jetés dans le feu plutôt que de renier leur foi.

Et voilà qu’au milieu de la fournaise, le roi persécuteur Darius voit ces trois enfants avec un homme qui mystérieusement va et vient librement dans cet enfer.

Et voilà que la puissance de la louange de ces trois enfants plongés dans l’épreuve va les libérer de la mort et convertir le tyran, impressionné par leur résilience en quelque sorte.

Le cantique des trois enfants (Dn 3) que nous chantons chaque dimanche matin à l’Office des laudes proclame la fécondité de cette humilité : compter sur Dieu, et non sur ses propres forces, surtout au coeur de la fournaise. « Et vous les humbles de coeur, bénissez le Seigneur ! »

41xIDdc7upL leaderVoilà sans doute pourquoi Jésus emploie cette expression unique (c’est un hapax = usage unique, disent les spécialistes) de l’Ancien Testament : humble de coeur. Jésus s’identifie à Ananias, Azarias et Misaël pour déchiffrer la fournaise de la Passion qui approche. Au plus fort de l’épreuve, la tentation serait de se replier sur soi : « il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même ! » raillent les cyniques par trois fois au pied de la croix, comme en écho aux trois tentations au désert.

Parce qu’il est humble, Jésus refuse d’être indépendant.

Parce qu’il est humble de coeur, il accepte de plonger dans l’horreur du procès et de la croix, en comptant sur son Père.

 

Plus humble de coeur encore qu’Ananias, Azarias et Misaël, Jésus ne verra pas d’homme libre habiter sa fournaise. Il s’exposera pourtant à l’horrible sentiment de solitude qui va déchirer son coeur : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Il ne comprend pas pourquoi Dieu le conduit ici et de cette manière, mais ils crie vers lui, jusqu’à l’extrême, son désir d’être fils, de se recevoir de lui quoi qu’il arrive.

 

De même que l’expression pauvre en esprit évite de réduire la pauvreté à son aspect matériel, humble de coeur permet de dessiner une humilité plus profonde que la seule perception commune. C’est bien au livre de Daniel que Jésus pense lorsqu’il parle de lui comme humble de coeur. C’est ce qui va lui permettre d’être broyé mais pas anéanti par la croix.

 

Dieu élève les humbles

Car la promesse faite aux humbles est bien celle que chante Marie dans son Magnificat : « il élève les humbles ! »

En cela, Marie est la fille des psaumes qui ne cessent de cantiller ce salut jour et nuit offert à ceux qui comptent sur Dieu plus que sur eux-mêmes (Ps 10,17 ; 18,28 ; 29,23 ; 37,11 ; 69,33 ; 76,10 ; 138,6 ; 147,6 ; 149,4).

Elle est également la fille des prophètes qui annonçaient que cette résilience des pauvres, des petits, serait plus efficace que la domination des orgueilleux (Job 34,28 ; Judith 9,11 ; 16,11 ; 2Samuel 22,28 Esther 1,10 1Macchabées 14,14 Sophonie 3,12…).

Alors, quel chemin avons-nous à parcourir pour devenir davantage un humble de coeur, uni au Christ ?

Relisez les différentes fournaises qui ont jalonné votre histoire : comment les avez-vous traversées ? Vous ont-elles appris à compter sur un autre que vous-même ? À consentir au réel ? À devenir plus interdépendant (et non indépendant) ?

Relisez l’histoire du mendiant de Tauler : pouvez-vous dire vous aussi que vous voulez tout ce que Dieu veut ?

 

 1ère lecture : Le Messie qui vient est un roi humble (Za 9, 9-10)

Lecture du livre de Zacharie

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune.

Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays.

 

Psaume : Ps 144, 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Béni sois-tu à jamais, Seigneur, Dieu de l’univers !

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi ;
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour,
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres.

Que tes ?uvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

 

2ème lecture : L’Esprit du Christ est en nous, et il nous ressuscitera (Rm 8, 9.11-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.
Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais ce n’est pas envers la chair : nous n’avons pas à vivre sous l’emprise de la chair.
Car si vous vivez sous l’emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les désordres de l’homme pécheur, vous vivrez.

Evangile : « Je suis doux et humble de c?ur » (Mt 11, 25-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Dieu notre Père, Seigneur de l’univers, toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume !Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.
Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de c?ur, et vous trouverez le repos.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick BRAUD

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27 juin 2014

Jésus évalué à 360°

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Jésus évalué à 360°

Homélie pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul / Année A
29/06/2014

 

Recevoir son identité

Connaissez-vous cette pratique managériale qu’on appelle l’évaluation à 360° ?

D’habitude, en entreprise, un salarié est évalué une fois l’an par son responsable direct. Cet entretien d’évaluation conditionne souvent une augmentation de salaire ou une évolution de carrière. Mais certaines entreprises se sont aperçues que se limiter au seul N+1 introduit un biais dans l’évaluation. D’où l’idée de demander à tous les collègues du salarié, voire à ses clients, ses fournisseurs, de contribuer eux aussi à cette évaluation. Un salarié est ainsi jaugé (dans la confidentialité, l’anonymat et si possible la bienveillance !) par ses pairs, ses N+1, ses N-1… à 360° donc.

Jésus aurait-il appris cette technique managériale à l’école de commerce de Nazareth ? L’épisode de ce dimanche (Mt 16, 13-19) nous met en tout cas en présence d’une pratique de cet ordre, transposée sur le plan spirituel.

En effet, en posant la question : « pour vous qui suis-je ? », Jésus demande à ses amis de l’aider à faire le point sur lui-même.

S’il avait voulu faire une interrogation orale à la manière d’un examen dont il connaîtrait les bonnes réponses, il aurait tout de suite rectifié les ?fausses’ identités proposées par les disciples. Non : il est à un moment stratégique de sa vie, et il a besoin du discernement de ceux qui le connaissent pour avancer. Répondre « Jean-Baptiste ressuscité » ou « Élie qui doit venir » le met déjà sur la voie. Car Jean-Baptiste est bien le prophète le plus proche du Messie, « le plus grand des enfants des hommes ». Et Élie est bien celui dont le retour annoncerait les temps messianiques.

Pourquoi a-t-il besoin de consulter ainsi ses amis ? N’est-il pas le fils de Dieu ? Il devrait le savoir mieux que les autres !

Jésus évalué à 360° dans Communauté spirituelle 51FQVJFQ0HL._SY300_Pourtant, dans son humanité, Jésus hésite. Avant de prendre avec courage la route de Jérusalem, dont il devine qu’elle lui sera fatale, Jésus a besoin qu’on lui dise qui il est vraiment. Dans son humanité, Jésus s’interroge ici sur son identité (va-t-il jusqu’à douter ?…), comme il questionne la volonté de son Père à Gethsémani sans pour autant la contester, au contraire. L’évaluation à 360° à laquelle il procède avec les Douze va l’aider à discerner ce pour quoi il est fait.

Ce faisant, il est profondément fidèle à sa double identité de fils (de Dieu, de l’homme). Être fils, c’est se recevoir d’un autre, accepter de ne pas être à soi-même sa propre origine. Fils de l’homme, Jésus se reçoit des hommes : il a besoin de recevoir son identité de ses compagnons de route aussi, comme il la reçoit de son Père.

 

Aussi, lorsque Pierre risque sa propre réponse (et non plus celle des autres), Jésus reconnaît en lui un message de Dieu lui-même : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Dieu est donc capable de parler à travers les autres pour nous révéler qui nous sommes !

D’où l’importance pour nous aussi d’oser poser la question à nos compagnons de route : pour vous qui suis-je ?

D’où l’intérêt d’écouter attentivement les avis des autres sur notre action, notre personnalité.

Retour d’image

Lorsque c’est trop compliqué d’organiser une évaluation à 360° avec beaucoup de collaborateurs à consulter, on peut également procéder à un « retour d’image ». En individuel, quelqu’un demande alors à un collègue (ou client, ou N-1?) de lui dire quelle image il se fait de lui. L’entretien est plus qualitatif, et donne lieu à plus d’approfondissement des situations perçues  positivement ou négativement.

La Bible connaît de tels retours d’image, et notablement ceux que prodiguent les prophètes ? sans qu’on leur ait demandé ! ? à l’encontre de puissants de ce monde. Le plus célèbre est sans doute le retour d?image que le prophète Nathan donne au roi David, avec tact, pédagogie et grande fermeté, pour lui faire comprendre qui il est (suite à son adultère avec Bethsabée, la femme de son général d’armée, Urie, qu’il a en plus envoyé se faire tuer au front !) 

« Yahvé envoya le prophète Nathan vers David. Il entra chez lui et lui dit :
Il y avait deux hommes dans la même ville, l’un riche et l’autre pauvre. Le riche avait petit et gros bétail en très grande abondance. Le pauvre n’avait rien du tout qu’une brebis, une seule petite qu’il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein: c’était comme sa fille. Un hôte se présenta chez l’homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l’homme pauvre et l’apprêta pour son visiteur. »
David entra en grande colère contre cette homme et dit à Nathan: « Aussi vrai que Yahvé est vivant, l’homme qui a fait cela est passible de mort ! Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n’avoir pas eu de pitié. »
Nathan dit alors à David: « Cet homme, c’est toi!
Ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël: Je t’ai oint comme roi d’Israël, je t’ai sauvé de la main de Saül, je t’ai livré la maison de ton maître, j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas assez, j’ajouterai pour toi n’importe quoi. Pourquoi as-tu méprisé Yahvé et fait ce qui lui déplaît ? Tu as frappé par l’épée Urie le Hittite, sa femme tu l’as prise pour ta femme, lui tu l’as fait périr par l’épée des Ammonites. Maintenant l’épée ne se détournera plus jamais de ta maison, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Urie le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. » (2S 12, 1-10)

« Cet homme, c’est toi ! » 

On connaît tous des patrons, des hommes de pouvoir, des responsables d’Église ou d’associations qui sont sourds à l’avis des autres sur eux-mêmes. Ils ne pratiqueront jamais l’évaluation à 360°… alors qu’ils se permettent de juger leurs subordonnés, de les muter ailleurs, de les promouvoir ou de les sanctionner.

Le Christ, « doux et humble de coeur », s’est soumis à cette évaluation à 360°, car il savait en avoir besoin pour assumer son identité messianique.

Qui serions-nous pour refuser cette évaluation et nous priver du pouvoir révélateur qu’elle véhicule ?

 

Effet boomerang

La suite de cet entretien est tout aussi étonnante. Simon a contribué à révéler à Jésus qu’il est vraiment le Messie, et Jésus en retour lui révèle qu’il est Pierre et pas seulement Simon. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Déjà, il avait reconnu en lui le « fils de Yonas », saluant ainsi en Simon quelqu’un qui lui aussi se reçoit d’un autre. Et quel autre ! Yonas est en effet le prénom du fameux prophète à la baleine, destiné à élargir le salut aux non-juifs (cf. le livre de Jonas), ce que fera effectivement Pierre avec le centurion Corneille plus tard (Ac 10).

En complément de cette révélation qui va marquer la mission de Simon, Jésus lui révèle encore plus : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Jésus, qui est la pierre bientôt rejetée par les bâtisseurs mais bientôt élevée par Dieu en pierre d’angle, donne à Simon la mission d’être la pierre de fondation de son Église.

 

Deux enseignements peuvent être tirés de cet échange d’évaluations croisées :

- dire à l’autre qui il est m’aide à savoir qui je suis moi-même.

Au lieu de se taire par peur du responsable hiérarchique, ou par pudeur devant ses pairs, prendre la parole pour dire à l’autre ce que je perçois de lui (avec bienveillance et esprit constructif !) me permet de recevoir en retour des éléments sur ma propre identité.

- « seul le Christ manifeste pleinement l’homme à lui-même ». Cette phrase de Vatican II (GS 12) convient parfaitement à l’expérience de Pierre à Césarée de Philippe. Elle nous convient également parfaitement. Plus nous scrutons les Écritures, plus nous persévérons dans la prière, et plus nous découvrons qui nous sommes.

Le détour par Dieu est le plus court chemin vers soi-même !

Cette expérience est ancienne. Elle est aux origines du peuple d’Israël. « Je ne te lâcherai pas que tu ne m’aies béni » insistait Jacob se battant contre Dieu. Et voilà que son adversaire lui révèle (comme à Pierre) qui il est vraiment : Israël (le fort contre Dieu), source de bénédiction pour tous les peuples. (Gn 32).

En ce sens, la Bible est beaucoup moins une révélation sur Dieu (qui est toujours plus grand que ce qu’on dit de lui) que sur l’homme, déchiffrant à travers les événements quelle est sa dignité, sa grandeur, sa vocation.

 

Pratiquons donc entre nous l’évaluation à 360°, avec humilité et bienveillance.

Recevons des autres notre identité.

Battons-nous avec Dieu jusqu’à ce qu’il nous éclaire sur nous-mêmes.

Faisons le détour par le Christ pour qu’il nous manifeste pleinement à nous-mêmes.

 

 

Messe du jour

 1ère lecture : Pierre est délivré de prison par le Seigneur (Ac 12, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

À cette époque, le roi Hérode Agrippa se mit à maltraiter certains membres de l’Église. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter. Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs, il décida une nouvelle arrestation, celle de Pierre. On était dans la semaine de la Pâque. Il le fit saisir, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il avait l’intention de le faire comparaître en présence du peuple après la fête. Tandis que Pierre était ainsi détenu, l’Église priait pour lui devant Dieu avec insistance. Hérode allait le faire comparaître ; la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats, il était attaché avec deux chaînes et, devant sa porte, des sentinelles montaient la garde.
Tout à coup surgit l’ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L’ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains. Alors l’ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l’ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. » Il sortit derrière lui, mais, ce qui lui arrivait grâce à l’ange, il ne se rendait pas compte que c’était vrai, il s’imaginait que c’était une vision. Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville. Elle s’ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue, puis, brusquement, l’ange le quitta. Alors Pierre revint à lui, et il dit : « Maintenant je me rends compte que c’est vrai : le Seigneur a envoyé son ange, et il m’a arraché aux mains d’Hérode et au sort que me souhaitait le peuple juif. »

Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ De toutes leurs épreuves, Dieu délivre ses amis.

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe à l’entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

2ème lecture : Confiance de Paul au soir de sa vie (2Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Thimothée

Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu’au bout l’Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J’ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Confession de foi de Pierre (Mt 16, 13-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n’auront sur elle aucun pouvoir.Alléluia. (cf. Mt 16, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Patrick BRAUD

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6 juin 2014

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie

 

Homélie pour la fête de Pentecôte
08/06/2014

 

Que fête-t-on à Pentecôte ?

- Une fête agraire où on se réjouit des premières gerbes de la moisson ?

C’était le cas il y a des milliers d’années. Et après tout, pourquoi ne pas se réjouir de la générosité de la nature en marquant symboliquement par l’offrande des prémices que c’est elle qui nous nourrit ?

- Le don de la Torah à Israël au Sinaï ?

Sans aucun doute, les chrétiens ne renieront pas cette interprétation historique de l’antique fête rurale. Oui, la sortie d’Égypte est un événement fondateur pour nous tous. Ou ici, le don des tables de la Loi à Moïse au sommet du Sinaï continue à structurer la vie des croyants et plus largement encore.

La Pentecôte chrétienne hérite de la fête juive de Shavouot le rôle central de la Loi dans l’Alliance (mais vécu dans l’Esprit).

 

- Le don de l’Esprit Saint aux disciples ?

Bien sûr, car la venue de l’Esprit Saint sur les Douze (reconstitués grâce à l’élection de Mathias à la place de Judas) marque l’accomplissement de l’Alliance pour les 12 tribus d’Israël, et l’accomplissement de la Loi dans l’amour.

 

Y a-t-il autre chose à fêter à Pentecôte en plus de ces trois dimensions pourtant majeures et monumentales ?

Peut-être…

 

Si on regarde de près le texte des Actes des Apôtres (Ac 2, 12-42), on peut deviner qu’il est en fait la jonction de deux interprétations d’un même événement. Il reste encore les points de suture de la fusion des deux récits.

 

La glossolalie

Un premier récit témoigne de l’effet de la Pentecôte sur les disciples eux-mêmes : des gens qui les entendaient ne les comprenaient pas, et pensaient qu’ils étaient ivres ! « Ils sont pleins de vin doux » raillent-t-il avec cynisme (Ac 2,13).  Et Pierre est obligé de préciser : « Ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez, car c’est la troisième heure du jour (9h du matin) » (Ac 2,15). C’est donc que les Douze  ne parlaient pas dans des langues étrangères, mais dans un méta-langage si l’on peut dire, au-delà des mots. Pour dévaloriser la libre expression des disciples chantant et parlant au-delà de la grammaire et du vocabulaire, on les accuse de délirer ; mais c’est bien une réelle expression de libre louange qui jaillit de la gorge des disciples. C’est le fameux scat de Pentecôte !

Selon ce premier récit, la venue de l’Esprit en nous produit une telle explosion de joie que les mots ne suffisent pas à exprimer cette intense expérience. Alors on se met à prier sans paroles, mais avec jubilation. Comme le jazzman oublie sa partition et se lance dans une brillante improvisation, telle Ella Fitzgerald inventant le scat  avec ses onomatopées célèbres, ou plus simplement comme il vous arrive de fredonner sous la douche ou en voiture un air dont pourtant vous n’avez plus les paroles.

Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie dans Communauté spirituelle Pentecostals_PraisingCe phénomène est mieux connu maintenant que des chrétiens protestants américains – qui se sont justement appelés pentecôtistes à cause de cela – ont redécouvert cette effusion de l’Esprit à la fin du XIX° siècle. Le renouveau charismatique a relayé cette expérience à l’intérieur du catholicisme.

Ce phénomène peut légitimement s’appeler glossolalie = parler en langue (au singulier : la langue de l’Esprit Saint, qui ne se réduit à aucune langue particulière).

 

C’est cette glossolalie qu’évoque Paul dans ses lettres aux corinthiens :

« Celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu; personne en effet ne comprend: il dit en esprit des choses mystérieuses.  Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes; il édifie, exhorte, réconforte.  Celui qui parle en langue s’édifie lui-même, celui qui prophétise édifie l’assemblée.  Je voudrais, certes, que vous parliez tous en langues, mais plus encore que vous prophétisiez; car celui qui prophétise l’emporte sur celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’assemblée en tire édification.

 (..) C’est pourquoi celui qui parle en langue doit prier pour pouvoir interpréter.  Car, si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence n’en retire aucun fruit.

  Que faire donc? Je prierai avec l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence. Je dirai un hymne avec l’esprit, mais je le dirai aussi avec l’intelligence.  (?) Si donc l’Église entière se réunit ensemble et que tous parlent en langues, et qu’il entre des non-initiés ou des infidèles, ne diront-ils pas que vous êtes fous?  Mais si tous prophétisent et qu’il entre un infidèle ou un non-initié, le voilà repris par tous, jugé par tous;  les secrets de son coeur sont dévoilés, et ainsi, tombant sur la face, il adorera Dieu, en déclarant que Dieu est réellement parmi vous. » (1 Co 14, 2-24)

Rappelons à nouveau le témoignage de St Augustin sur ce chant au-delà des paroles :

« Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien. Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. [?] Eh bien, il te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son c?ur. En effet ceux qui chantent, soit en faisant la moisson, soit en faisant les vendanges, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés par une telle joie qu’ils ne peuvent la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation. [?] Que ton c?ur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes. Chantez bien avec des cris de joie. » 

Aujourd’hui encore, la glossolalie de Pentecôte nous livre un message libérateur : n’ayez pas peur de laisser éclater votre joie ; ne vous retenez pas lorsque vous percevez la beauté du monde ou de quelqu’un. Chantez votre bonheur de vivre, fredonnez votre admiration de la nature, « scattez » votre émerveillement devant l’harmonie de l’univers autour de vous et en vous. Improvisez votre louange à partir des belles choses dont vous êtes témoins : cela décuplera votre sentiment de communion, et cela enracinera ses effets au plus intime de vous, pour longtemps.

 

 

La xénolalie

En plus de la glossolalie, un autre phénomène vient se greffer à cette fête de Pentecôte. La seconde version de l’évènement contenue dans notre texte évoque le « parler en d’autres langues » (xéno-lalie) comme un fruit de la venue de l’Esprit Saint sur nous.

« Tous, nous les entendons parler dans notre langue maternelle » (Ac 2,8) : la xénolalie a donc pour but de parler la langue de l’autre, afin de le toucher au coeur, avec sa culture, son histoire, son génie propre. Ce phénomène est quant à lui beaucoup plus rare aujourd’hui ! Et depuis longtemps. À tel point que les Pères de l’Église, constatant sa disparition, l’ont transposé dans la capacité de l’Église à parler  toutes les langues de la Terre, puisqu’elle est catholique (= universelle). Elle s’enracine grâce aux missionnaires dans chaque peuple pour lui traduire l’Évangile et lui parler avec ces mots.

L’intention reste alors très actuelle : l’Esprit nous pousse à apprendre à parler la langue de l’autre, à nous ouvrir à sa culture, à lui annoncer l’Évangile dans sa sagesse spécifique, son vocabulaire, sa grammaire propre.

 

Conjuguer glossolalie et xénolalie

L’enjeu de Pentecôte serait alors de ne plus séparer ce que le texte des Actes a uni : la libre louange au-delà des mots (glossolalie) et l’élan missionnaire avec son exigence d’inculturation (xénolalie).

 

Savoir se réjouir sans aucune honte de le manifester / se décentrer pour parler à l’autre à partir de sa culture : les deux mouvements ne fonctionnent que lorsqu’ils ont leur source dans une vie intérieure, dans une vie spirituelle authentique.

S’émerveiller va de pair avec dialoguer.

Savourer la beauté du monde engage à aller vers l’étranger pour habiter son monde à lui.

Exulter de joie et apprendre la langue de l’autre sont deux mouvements qui s’impliquent mutuellement (pour la présence de Dieu en soi, pour mille autres raisons…)

Bref : l’intériorité maximum et l’altruisme le plus exigeant sont deux faces d’une même monnaie, celle de Pentecôte, celle de l’Esprit en nous.

Comment aller vers l’autre jusqu’à apprendre sa langue si on n’est pas capable de s’émerveiller, de se réjouir de tout ce qu’il y a de vrai, de beau et de bien dans sa culture, son histoire, sa personne ?

Et comment apprécier vraiment le bonheur de vivre si je n’apprends pas à déchiffrer ce monde, à en mesurer la beauté, l’harmonie, la complexité ?

 

Même en entreprise, ce double mouvement est extraordinairement fécond. Lorsqu’on est employé au cadre, apprendre à parler la langue de l’autre est fondamental si on veut travailler ensemble. Cela demande beaucoup de bienveillance, et une grande faculté de se réjouir de ce que l’autre est en lui-même, différent de soi. Celui qui est capable de voir avec bonheur le positif du collègue, du N+1 ou N-1, sera souvent le même qui sait comment s’adresser à lui, comment le respecter dans ce qu’il est tout en lui adressant sa demande et son désir de travailler ensemble.

 

Glossolalie et xénolalie : au-delà de ces termes techniques, ce sont des expériences très concrètes qui sont liées à notre fête de Pentecôte. Porter attention à soi et à l’autre, ou plutôt à la présence de Dieu en soi (effusion de l’Esprit, glossolalie) et à la qualité de ma présence à l’autre (lui parler dans sa culture, xénolalie)…

 

Chantez, fredonnez, scattez comme Ella, tout en traduisant, en bon interprète passionné de la culture de l’autre : que Pentecôte nous s’apprenne à unir la joie intérieure et la communion avec l’étranger…

 

 

 

Messe du jour

1ère lecture : La venue de l’Esprit Saint sur les disciples (Ac 2, 1-11)

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie.
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux.
Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d’eux les entendait parler sa propre langue.
Déconcertés, émerveillés, ils disaient : 
« Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d’Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

 

Psaume : Ps 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34

R/ O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! 
Quelle profusion dans tes ?uvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, il expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses oeuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

 

2ème lecture : L’Esprit du Christ fait l’unité de l’Église dans la diversité (1Co 12, 3b-7.12-13)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
sans le Saint-Esprit, personne n’est capable de dire : « Jésus est le Seigneur. »
Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit.
Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur.
Les activités sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous.
Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous.

Prenons une comparaison : notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ.
Tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit.

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Viens, Esprit-Saint, en nos c?urs,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres.
Viens, dispensateur des dons.
Viens, lumière en nos c?urs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ;
dans la fièvre, la fraîcheur ;
dans les pleurs, le réconfort.

O lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le c?ur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu
donne le salut final
donne la joie éternelle.

Evangile : Jésus ressuscité donne l’Esprit Saint à ses Apôtres(Jn 20, 19-23)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Viens, Esprit Saint ! Pénètre le c?ur de tes fidèles ! Qu’ils soient brûlés au feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Patrick BRAUD

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23 mai 2014

Fidélité, identité, ipséité

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Fidélité, identité, ipséité

Homélie du sixième dimanche de Pâques / Année A
25/05/2014

Fidélité, identité, ipséité dans Communauté spirituelle« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »

Cette citation célèbre d’Edgar Faure illustre son parcours pour le moins multi-cartes sous la IV° République, faisant sans cesse des allers-retours entre le centre droit, Mendès France, la présidence du Conseil, jusqu’au gouvernement de Pompidou ensuite !
Être une girouette est devenu synonyme en français de l’infidélité maximum !

 

Que veut dire : demeurer fidèle ?

Comment rester soi-même alors que tout change autour de soi et en soi ?

Qu’est-ce que la fidélité à l’heure où il y a un divorce pour deux mariages, où les politiques semblent incapables de tenir la parole donnée en campagne électorale ?

Comment changer pour demeurer soi-même ? 

Le Christ nous donne dans cet évangile du sixième dimanche de Pâques trois mots qui font système : « si vous m’aimez, vous demeurez fidèles à mes commandements » (cf. Jn 14, 15­­?21).

Chaque mot s’appuie sur les deux autres pour exister.

Que serait une fidélité rigide observant scrupuleusement les commandements sans amour ?

Que serait un amour-girouette obéissant aux seuls sentiments sans tenir compte des grands impératifs de la vie ensemble ?

Et que serait la loi ou l’éthique si elles nous éloignaient de la fidélité pratiquée avec amour ?

ancreflo fidélité dans Communauté spirituelle 

Pour le Christ – et d’abord parce qu’il le vit ainsi lui-même – la fidélité se nourrit de l’amour et du respect des commandements.

 

On a là deux pôles apparemment en tension l’un avec l’autre : les commandements sont réputés immuables, universels (« tu ne tueras pas »…), alors que l’amour est vivant, donc changeant, évolutif, dynamique.

Observer les commandements, c’est jeter une ancre puissante pour stabiliser le navire et l’empêcher de dériver. Mais c’est une ancre flottante, car aimer oblige à passer sans cesse d’une rive à l’autre…

Paul Ricoeur – philosophe façonné par sa tradition protestante – a formulé avec génie cette dialectique du permanent et du changeant qui est en jeu dans la fidélité. Il distingue l’identité de l’ipséité, dans l’accomplissement de la personnalité de celui qui veut tenir parole.

« D’un côté, l’identité comme mêmeté (latin : idem ; anglais : sameness ; allemand : Gleichheit), de l’autre, l’identité comme ipséité (latin : ipse ; anglais : selfhood ; allemand : Selbstheit) » 1.

- L’identité désigne le côté stable, permanent, structurant du caractère et de la personnalité de quelqu’un

- L’ipséité vise plutôt le mouvement réfléchi de celui qui travaille sur soi pour devenir vraiment lui-même. À cause des événements extérieurs, à cause de la maturation intérieure, chacun évolue et prend conscience de façon plus affinée, de façon différente, de son identité profonde.

Il faut donc conjuguer ces deux dimensions, tout au long d’une existence, de façon dialectique. Car la grande question de la fidélité est d’intégrer le temps humain sans se renier 2.

Se figer sur une identité statique (la mêmeté, dit Ricoeur) et immuable peut engendrer tous les intégrismes, tous les communautarismes et rejets de l’autre que nous voyons proliférer.

Se laisser fasciner par l’ipséité, par la possibilité d’engendrement de soi, peut également aboutir à toutes les dérives, de celles de la théorie du genre aux innombrables fidélités successives qui détruisent les couples, les partis politiques, les entreprises… Alain Finkielkraut a essayé ? avec un esprit polémique discutable - de diagnostiquer cette pathologie de « l’identité malheureuse » qui oublie l’enracinement, et engendre « le vertige de la désidentification » 3.

 

Sans vouloir calquer les deux analyses, on peut quand même entendre dans le trio amour/fidélité/commandements un signe annonciateur (ou du moins cohérent avec) de la dialectique entre l’identité et l’ipséité de Ricoeur.

- Les commandements en effet sont plutôt du côté de l’identité-mêmeté. Ils n’ont pas bougé depuis 2000 ans (depuis 5000 ans même si l’on remonte au code d’Hammourabi). Jésus ne veut surtout pas les abolir (cf. « Accomplir, pas abolir« ). L’interdit du meurtre ou de l’inceste sont gravés dans l’inconscient collectif comme des structurants  fondamentaux du vivre ensemble. Et cela ne bougera pas de sitôt !

- L’amour lui est plutôt du côté de l’ipséité. Par amour de l’autre, on se lance dans de nouveaux projets qui changent la vie : acquérir une maison, devenir parent, donner un autre sens à son travail… Par amour d’une idée ou d’une conviction, on peut être amené à faire des choses nouvelles inconcevables auparavant : partir en Afrique, adopter des enfants, changer de métier, accepter des responsabilités, bref être emmené là où vous n’aviez jamais pensé aller.

 

Comment unir les deux ?

Dans la philosophie de Ricoeur – qui veut rester méthodologiquement athée – c’est la personne, le sujet parlant (et voulant tenir sa parole c’est-à-dire être fidèle à la parole donnée) qui fait l’unité entre eux identité et ipséité. Dans la bouche du Christ, nous l’avons entendu, c’est un autre acteur – pourtant très intime - qui fait le lien : « l’Esprit de vérité ». C’est l’Esprit qui nous permet de discerner ce qui est à conserver et ce qui doit évoluer. C’est dans l’Esprit que nous sommes amenés à décider comment être plus fidèle à nous-mêmes. La vie spirituelle est justement cet aller-retour permanent entre ce qui fait notre être profond et les décisions à prendre pour y correspondre pleinement. L’Esprit nous fait naviguer sur de nouveaux horizons sans nous débarrasser de l’ancre flottante des commandements régulant notre allure, surtout par forte houle et tempête…

Du coup, devenir fidèle est très concret.

Prenez la fidélité de l’Église aux commandements juifs. À la lettre, les chrétiens y sont infidèles : nous ne respectons plus le shabbat, ni les 613 commandements très précis encadrant la vie des juifs pratiquants. Pourtant, nous avons l’audace de croire que nous respectons mieux encore l’esprit de ses commandements depuis que le Christ nous a montré comment les accomplir (sans les abolir). L’accomplissement est dans l’amour (de Dieu / de l’autre) : c’est la règle ultime au-dessus de toutes les autres qui permet de les vivre en cohérence avec la présence de Dieu en nous. Au nom de cet accomplissement, le Christ a permis à ses disciples de travailler le jour du shabbat, et lui-même a guéri des malades et handicapés ce jour là. Au nom de l’ipséité pourrait-on dire, l’Église a ensuite permis aux juifs de manger avec les non- juifs, aux païens de ne pas être circoncis pour entrer dans le baptême, aux chrétiens de manger les animaux autrefois déclarés impurs etc.

La vraie fidélité est dynamique, on le voit bien. Pas n’importe quelle dynamique, pas celle de la girouette d’Edgar Faure ! Non : une dynamique pour mieux accomplir les commandements qui structurent notre dignité humaine.

Cette fidélité-là est exigeante : à la fois créatrice et enracinée, souple et avec une forte colonne vertébrale, attentive aux signes des temps et ferme sur ce qui n’est pas négociable.

Cette fidélité-là est féconde : « vous ferez des oeuvres plus grandes que moi » ose dire Jésus (Jn 14,10).

 

« Si vous m’aimez, vous demeurerez fidèles à mes commandements » : examinons les fidélités (ou infidélités) qui ont été / sont les nôtres. Comment peuvent-elles se laisser transformer par ce que le Christ nous en dit aujourd’hui ?

____________________________________________________________________________________________________________

1. Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, coll. Points essais, 1990, p. 140.

2. Dans Temps et récit, Paul Ricoeur avait introduit la notion d’identité narrative à l’occasion d’une discussion sur le sens du temps dans les récits de fiction ; dans Soi-même comme un autre qui porte principalement sur la question de l’identité, il développe à nouveau ce concept en l’explicitant :
« Je me propose de remettre ici en chantier la théorie narrative, non plus dans la perspective de ses rapports avec la constitution du temps humain, comme il a été fait dans Temps et récit, mais de sa contribution à la constitution du soi » ; ibid., p. 138.

3. Alain Finkelkraut, L’identité malheureuse, Stock, 2013.

1ère lecture : Évangélisation de la Samarie (Ac 8, 5-8.14-17)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Philippe, l’un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ.
Les foules, d’un seul c?ur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient.
Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais, qui les quittaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris.
Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils leur envoyèrent Pierre et Jean.
À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent le Saint-Esprit ; en effet, l’Esprit n’était encore venu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus.
Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.

Psaume : Ps 65, 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur !

Acclamez Dieu, toute la terre ; 
fêtez la gloire de son nom, 
glorifiez-le en célébrant sa louange.
Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

Toute la terre se prosterne devant toi, 
elle chante pour toi, elle chante pour ton nom.
Venez et voyez les hauts faits de Dieu, 
ses exploits redoutables pour les fils des hommes. 

Il changea la mer en terre ferme : 
ils passèrent le fleuve à pied sec. 
De là, cette joie qu’il nous donne. 
Il règne à jamais par sa puissance. 

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : 
je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme.
Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, 
ni détourné de moi son amour !

2ème lecture : Soyez les témoins de notre espérance au milieu des hommes (1 P 3, 15-18)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frère,
c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos c?urs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. 
Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ.
Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal.
C’est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie.

Evangile : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 15-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dans l’Esprit Saint, rendez témoignage que Jésus est le Fils de Dieu, car l’Esprit est vérité. Alléluia. (cf. 1 Jn 5, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous.
Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »
Patrick BRAUD

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