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13 novembre 2014

Entre dans la joie de ton maître

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Entre dans la joie de ton maître


Homélie du 33° Dimanche du temps ordinaire / Année A

16/11/14

 

Entre dans la joie de ton maître dans Communauté spirituelle« Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie.
Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service.
Je servis et je compris que le service est joie. »

Cette belle évocation poétique de Rabindranàth Tagore sur le lien entre la joie et le service est très célèbre. Elle a le mérite d’honorer la quête de la joie comme le rêve de toute une vie, et de ramener à la réalité de l’humble service quotidien.

La parabole des talents fait elle aussi le lien entre le service et la joie. Les serviteurs qui auront fait fructifier leur capital découvriront eux aussi que la joie est liée à ce service.

La parabole est juste un peu plus discrète – ou réaliste c’est selon – sur le moment où cette jonction joie/service sera manifeste. Ce n’est qu’à la fin – c’est-à-dire au commencement d’un monde nouveau inauguré par la deuxième venue du Christ – que la joie sera évidente. D’ici là, on ne sait pas. Les serviteurs s’activent, font leur devoir, et on ne sait pas trop ce qu’ils ressentent.

Par contre on sait que celui qui enfouit son talent vit dans la peur, et donc sans joie.

 

Servir procure-t-il la joie ?

La vision optimiste de Tagore peut se révéler fragile lorsque le serviteur d’une juste cause est persécuté, emprisonné, torturé et finalement éliminé par ceux qu’il dérange. Promettre des lendemains qui chantent et une joie facile pour inviter les hommes à devenir serviteurs peut se révéler très décevant, et frustrant. Car le service, s’il est authentique, rencontrera tôt ou tard la question des sacrifices à faire pour y être fidèle, l’énigme du mal qui se déchaîne contre ceux qui font le bien. Les vrais serviteurs rencontrent inévitablement la souffrance sur leur route, bien loin d’une joie immédiate et facile. La figure du serviteur heureux a quelque chose d’illusoire si elle ne s’affronte pas au drame du mal qui veut la détruire.

Le marathonien épuisé meurt en remplissant fidèlement son devoir de messager. Spartacus est pourchassé et crucifié pour avoir voulu servir la cause des esclaves de Rome. Jérémie vit un enfer à cause de sa qualité de prophète, serviteur de la parole de Dieu. Israël est déporté plusieurs fois dans son histoire, en lien étroit avec sa particularité de service du Nom unique. Mandela a moisi pendant près de 30 ans dans les geôles de l’apartheid. Et Jésus a incarné au plus haut point la figure du serviteur souffrant annoncé par Isaïe.

quote-i-stand-here-before-you-not-as-a-prophet-but-as-a-humble-servant-of-you-the-people-your-tireless-nelson-mandela-249552 Jésus dans Communauté spirituelle


La joie et le service ne font pas toujours bon ménage au même instant…

 

La réponse franciscaine

François d’Assise a peut-être résolu cette aporie. Avec ce qu’il appelle la « joie parfaite ». La joie parfaite franciscaine, c’est celle du serviteur fidèle, pourtant battu, méprisé et rejeté par les siens. Car il est ainsi configuré au Christ, serviteur par excellence qui est désintéressé de sa joie même.

41RTW739SEL._SY300_ joie« Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu’il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu’il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d’injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous persistons à frapper, et qu’il sorte en colère, et qu’il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d’ici misérables petits voleurs, allez à l’hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l’amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu’il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s’il sort avec un bâton noueux, et qu’il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les nœuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite.

 

Que répondrez-vous à Bernard Pivot ?

Mais la pointe de la parabole des talents ne porte pas sur le serviteur heureux ou souffrant, bien plutôt sur la promesse faite à celui qui tiendra bon jusqu’au bout : « entre dans la joie de ton maître ».

Il y avait une question rituelle de Bernard Pivot à la fin de son émission télévisée Bouillon de culture avec des auteurs célèbres : « Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ? » On se souvient notamment de la réponse de François Mitterrand en 1995 : « Enfin, tu sais….». Et il complétait : «J’espère qu’il ajoutera : Sois le bienvenu ».

1995-229-221 martyr

Notre évangile répond quant à lui : « entre dans la joie de ton maître ».

À travers cette parabole le Christ fait donc une promesse : le serviteur qui développe ses talents pour les autres partage la joie divine elle-même.

La réponse des martyrs chrétiens

Les martyrs chrétiens (rien à voir avec les soi-disant martyrs djihadistes qui sont en fait des kamikazes et non des martyrs) s’appuient sur cette promesse pour aller vers les fauves de l’arène en chantant. Ils anticipent en quelque sorte la joie promise pour qu’elle reflue sur la souffrance à traverser. Voilà une autre réponse à l’énigme du mal que la joie parfaite de François d’Assise : la joie anticipée des martyrs.

 paraboleLa bienheureuse Blandine, la dernière de tous, comme une noble mère qui, après avoir encouragé ses enfants, les a envoyés en avant victorieux vers le Roi, subissait à son tour la rigueur de tous les combats soutenus par ses enfants. Maintenant elle se hâtait de les rejoindre, heureuse et rayonnante de joie à cause de ce départ, comme si elle était conviée â un repas de noces et non pas livrée aux bêtes. Après les fouets, après les bêtes, après le gril, on finit par la jeter dans un filet et l’exposer ainsi à un taureau. Bien des fois projetée en l’air par cet animal, elle ne s’apercevait même plus de ce qui lui arrivait, absorbée qu’elle était dans l’espérance et l’attente de sa foi, et dans son entretien avec le Christ. On l’égorgea, elle aussi, et les païens eux-mêmes reconnaissaient que jamais chez eux une femme n’avait supporté autant de pareils tourments.

Lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères d’Asie et de Phrygie (177)

 

Et cela est possible pour chacun de nous. Puisque c’est l’après qui fonde le présent et non l’inverse, appuyons-nous sur la joie promise pour la laisser dès maintenant transformer ce que nous avons à traverser.

Il ‘suffit’ de vivre l’instant comme étant celui de la venue du Christ pour s’entendre dire : « entre dans la joie de ton maître » (Mt 25, 14-30). Alors on comprend que les pires persécutions, les prisons et les humiliations ne peuvent finalement pas empêcher les serviteurs fidèles d’entrer dès maintenant dans la joie promise.

La liturgie est le lieu par excellence où nous pouvons ainsi nous recevoir de l’avenir. Dans l’eucharistie, nous « faisons le plein » en quelque sorte de cette joie promise pour qu’elle puisse refluer sur toute la semaine à venir. Alors la conviction de saint Paul peut nous habiter, quoi qu’il arrive : « rien ne pourra nos séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » (Rm 8).

« Entre dans la joie de ton maître » : cette promesse ne se réalisera en plénitude que lors du retour du Christ en gloire.
Mais d’ici là, nous pouvons l’anticiper, la laisser irradier à travers nous et la laisser transformer notre présent à l’image de ce qu’elle sera enfin en Christ.

Et la voie la plus sûre pour cela est bien celle de la parabole : servir, inlassablement, en développant nos talents reçus.

 

 

1ère lecture : La femme vaillante fait fructifier ses talents (Pr 31, 10-13.19-20.30-31)

Lecture du livre des Proverbes

La femme vaillante, qui donc peut la trouver ? Elle est infiniment plus précieuse que les perles. Son mari peut avoir confiance en elle : au lieu de lui coûter, elle l’enrichira. Tous les jours de sa vie, elle lui épargne le malheur et lui donne le bonheur. Elle a fait provision de laine et de lin, et ses mains travaillent avec entrain. Sa main saisit la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau. Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux.

Décevante est la grâce, et vaine la beauté ; la femme qui craint le Seigneur est seule digne de louange. Reconnaissez les fruits de son travail : sur la place publique, on fera l’éloge de son activité.

Psaume : 127, 1-2, 3, 4.5c.6a

R/ Heureux le serviteur fidèle : Dieu lui confie sa maison !

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le Seigneur.
Que le Seigneur te bénisse tous les jours de ta vie,
et tu verras les fils de tes fils

2ème lecture : Soyons vigilants pour attendre la venue du Seigneur (1Th 5, 1-6)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères,

au sujet de la venue du Seigneur, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates. Vous savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront : « Quelle paix ! quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.

Evangile : La venue du Fils de l’homme. Faire fructifier les dons du Seigneur (brève : 14-15.19-21) (Mt 25, 14-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici qu’il vient sans tarder, le Seigneur : il apporte avec lui le salaire, pour donner à chacun selon ce qu’il aura fait. Alléluia. (cf. Ap 22, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : « Un homme, qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.

Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un creusa la terre et enfouit l’argent de son maître.

Longtemps après, leur maître revient et il leur demande des comptes. Celui qui avait reçu les cinq talents s’avança en apportant cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres. — Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.’

Celui qui avait reçu deux talents s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres. — Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.’

Celui qui avait reçu un seul talent s’avança ensuite et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’

Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »
Patrick BRAUD

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23 octobre 2014

Le cognac de la foi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le cognac de la foi

Homélie du 30° dimanche du temps ordinaire
26/10/14

La légende du chevalier de la Croix Maron

On raconte qu’un jour, au XVII° siècle, près de Segonzac en Charente, le chevalier de la Croix Maron fit un rêve étrange. Il se voyait Le cognac de la foi dans Communauté spirituelle alambic_eclatemourir, puis emporté en enfer pour y expier ses fautes en brûlant dans un grand feu. Mais comme cela ne suffisait pas – vue l’énormité de ses fautes ! – le diable le tirait hors du chaudron et le faisait entrer une deuxième fois dans la fournaise. Se réveillant en sueur, il se dit : mais voilà ce qu’il faut que je fasse avec mon vin ! Le distiller deux fois et non une seule… !

La double distillation était née, qui allait permettre aux vignes de la région de Cognac de produire le nectar mondialement connu. Car il faut d’abord distiller une première fois le moût de raisin pour obtenir une première eau-de-vie titrant 70° à 80°, imbuvable. De cette distillation on élimine la tête et la queue (le début et la fin), pour ne garder que le cœur. Et c’est ce cœur que l’on distille une deuxième fois pour obtenir la véritable eau-de-vie, qui deviendra du cognac en se mariant avec les tanins du bois de chêne des fûts de la forêt du Tronçay.

La double distillation, c’est donc l’art de garder l’essentiel, le cœur du cœur du fruit de la vigne, d’en extraire la quintessence en quelque sorte.

 

L’essentiel de la foi

C’est exactement ce que fait Jésus avec les commandements de la loi juive !

Il y en a 613, que normalement tout juif pratiquant doit respecter à la lettre, de la nuit à la nuit. Il couvre tous les domaines de la vie quotidienne, depuis la  bénédiction en allant aux toilettes jusqu’à la manière de faire la cuisine, en passant par les pratiques financières ou la vie intime du couple. À tel point que l’on peut légitimement se sentir un peu perdu devant un tel foisonnement d’exigences.

Pourquoi 613 d’ailleurs ? C’est la somme de 248 et de 365. Or 248 était le nombre de membres du corps humain connus à l’époque, et 365 le nombre de jours de l’année évidemment. Ce sont donc des commandements qui concernent la totalité de l’être humain, tous les jours de sa vie.

Dans ces 613, quels sont les plus importants ? Lesquels faut-il absolument respecter en priorité ?
La question adressée à Jésus est légitime. Sa réponse vaut tout autant pour son contenu que par sa méthode.
       Le contenu : l’amour au centre de tout.
       La méthode : simplifier, simplifier et simplifier encore.

 

Le choc de la simplification

Arrêtons-nous sur la méthode de la réponse du Christ, parce que c’est peut-être ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui. Au lieu de perdre ses auditeurs dans le maquis des prescriptions et des interdits juridiques, Jésus va à l’essentiel. Tel le viticulteur charentais devant son alambic, il distille par deux fois la foi juive, et de ce travail de simplification coule le vrai nectar de la foi chrétienne : l’amour de Dieu, de l’autre, de soi, liés à la manière d’un nœud borroméen en trois exigences équivalentes.

Dans son discours, la seule chose alambiquée est son art d’aller à l’essentiel !

Or l’essentiel n’est pas de savoir bien mettre son tallit ou ses tephillim, ce n’est pas de savoir distinguer le cacher du non casher, ce n’est pas de connaître les règles du shabbat ou de Pessah, non le cognac de la foi c’est ce triple amour qui n’en fait qu’un.

 

La simplification dans l’histoire

Cette capacité à simplifier la foi chrétienne pour la rendre accessible à tous fait partie de l’ADN de l’Église.

- Les apôtres annonçaient essentiellement la résurrection de Jésus crucifié (c’est le kérygme). Le reste (baptême, éthique, vie ecclésiale…) ne venait qu’après, dans la foulée, comme des conséquences logiques.

- Pendant les trois premiers siècles, les martyrs chrétiens concentraient leur témoignage sur l’espérance d’une résurrection avec le Christ, et sur l’amour des ennemis, ceux-là mêmes qui les suppliciaient avec les bêtes, les glaives et le feu dans les arènes romaines.

- Après l’édit de Constantin (313), l’Église s’est focalisée sur la gestion de la cité et de l’empire. Les Pères de l’Église insistaient sur la défense des plus faibles (ce qu’on a appelé plus tard l’option préférentielle pour les pauvres) parce que c’était l’urgence du moment.

Ensuite, les réformateurs sont à chaque fois revenus au cœur de la foi, tel que leur époque le réclamait.

- François d’Assise a remis la pauvreté, l’égalité et la simplicité évangélique au cœur de la vie fraternelle.

- Saint Dominique a rétabli la prédication comme activité première de l’Église.

- Martin Luther a retrouvé la première place de l’Écriture…

- Plus tard, Vincent de Paul a simplifié l’exubérance du catéchisme pour le recentrer sur la charité en actes.

- Plus près de nous, Jean-Paul II a distillé le plus attendu de la foi pour la fin du XX° siècle, à travers son fameux : « n’ayez pas peur ! »

- Et notre pape François a été élu homme de l’année 2013 par Times Magazine à cause de son style de management, très franciscain, qu’on souhaiterait voir chez nos responsables économiques et politiques…

 

Bref, à chaque période de l’histoire ont surgi de grandes figures qui ont su extraire de la foi chrétienne le cœur du cœur, l’essentiel attendu par leurs contemporains. Et cela s’est toujours fait à travers une simplification désarmante.

À quoi sert d’emberlificoter les non-chrétiens avec des arguties sur le chapelet, les méthodes naturelles, ‘l’obligation’ de la messe ou même le mariage, si le cœur de la foi n’est pas d’abord annoncé, en des termes clairs, vitaux, simples ?

Tout le reste est second (sinon secondaire).

Mais quel est donc le premier qui est annoncé aujourd’hui dans notre culture française ? Quelle est la substantifique moelle du christianisme qu’il nous faut proposer de toute urgence autour de nous ?

Suffirait-il de reprendre à la lettre ce que nos grands réformateurs ont formulé en leur temps ? Ne faudrait-il pas plutôt refaire le travail de simplification qu’eux-mêmes ont accompli dans leur culture pour résumer l’Évangile en quelques mots simples et bouleversants ?

Quels pourraient être ces mots aujourd’hui ?

J’aurais personnellement tendance à penser qu’ils tourneraient autour du respect de toute personne humaine, du début à la fin de sa vie. Et autour d’une invincible espérance en l’amour plus fort que la mort.

Mais chacun doit faire ce travail de simplification – qui est en même temps un travail d’unification – pour lui-même d’abord, pour ses proches ensuite.

 cognac dans Communauté spirituelle

Les gouvernements successifs nous promettent tous un choc de simplification administrative, économique… Mais les lois ne cessent de s’ajouter aux lois, les articles du code du travail s’empilent jusqu’à se contredire, les réglementations prolifèrent comme un cancer incontrôlable.

Retrouvons l’art de distiller le cœur de la foi chrétienne en quelques paroles simples.

Distillons – deux fois si nécessaire – cet essentiel de la foi pour qu’il soit facile et clair d’y entrer.

Après tout, croire n’est pas compliqué ! Au contraire c’est ce qui simplifie la vie, au sens premier du terme.

 distillation 

Et vous donc, quel sera donc votre cognac de la foi ?

 

1ère lecture : Dieu exige qu’on aime les pauvres (Ex 22, 20-26)

Lecture du livre de l’Exode
Quand Moïse transmettait au peuple les lois du Seigneur, il disait : « Tu ne maltraiteras point l’immigré qui réside chez toi, tu ne l’opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

Psaume : 17, 2-3, 4.20, 47.51ab

R/ Je t’aime, Seigneur, Dieu qui me rends fort !

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire ! 

Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.
Et lui m’a dégagé, mis au large,
il m’a libéré, car il m’aime.

Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !
Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire,
Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie pour toujours.

2ème lecture : L’annonce de l’Évangile et la conversion (1Th 1, 5-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 

Frères,
vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien. Et vous, vous avez commencé à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint. Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de toute la Grèce. Et ce n’est pas seulement en Macédoine et dans toute la Grèce qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout que nous n’avons plus rien à en dire. En effet, quand les gens parlent de nous, ils racontent l’accueil que vous nous avez fait ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

Evangile : Amour de Dieu et amour du prochain (Mt 22, 34-40)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dieu est amour. Celui qui aime est né de Dieu : il connait Dieu. Alléluia. (1 Jn, 8.7)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 

Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Écriture — dans la Loi et les Prophètes — dépend de ces deux commandements. »
Patrick BRAUD

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16 octobre 2014

Refusez la pression fiscale !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 02 min

Refusez la pression fiscale !

Homélie du 29° dimanche du temps ordinaire
19/10/2014

Une histoire d’impôt

Nous croyons être les seuls ou les premiers à souffrir des prélèvements fiscaux imposés par un État endetté au-delà du raisonnable. L’évangile de ce dimanche (Mt 22,15-21) nous invite à relativiser : il y a 2000 ans – déjà ! – César faisait lourdement peser sur ses provinces conquises au loin le poids de sa domination militaire. Pour financer les combats de ses légions aux frontières de l’empire, pour payer les fonctionnaires de l’administration romaine, et tout simplement pour enrichir Rome qui finira par sombrer devant les Barbares à cause de tant de luxe et d’opulence récoltée sur le dos des vaincus.

Hier comme aujourd’hui, l’impôt payé à Rome n’était pas très populaire ! Doublement même à l’époque de Jésus, car il était le symbole de l’occupation militaire d’Israël.

« Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à l’empereur ? » est donc une question piège. S’il répond non, Jésus se rallie les faveurs du peuple, mais passe pour un dangereux rebelle politique aux yeux des Romains. S’il dit oui, il échappe à la force romaine, mais passe pour un collaborateur aux yeux des juifs.

Sa réponse énigmatique nous met sur la voie d’une double sagesse toujours actuelle :

- refusez de vous laisser enfermer dans des pièges binaires.

- refusez de laisser l’argent vous détourner de votre chemin intérieur.

 

1. Refusez de vous laisser enfermer dans des pièges binaires

Le numérique nous a fait passer à l’ère du binaire, du moins en première approximation. En informatique, tout est 0 ou 1. Le reste n’est que combinaisons et enchaînements logiques.

Le risque est grand de plaquer cette logique binaire sur les émotions, les sentiments, les réalités sociales, économiques et politiques…

« Est-il permis, oui ou non, de… » :

- se séparer de son conjoint quand il n’y a plus rien en commun ?
- interrompre la vie dans le ventre d’une mère ?
- mettre fin à une vie végétative ou indigne ?
- taxer les plus riches pour entretenir les plus pauvres ?
- exploiter le gaz de schiste pour sortir du chômage massif ?
- bombarder les djihadistes après avoir déstabilisé tout le Moyen-Orient ?…
Et vous pouvez vous-même allonger la liste.

Beaucoup voudraient des réponses claires, rapides, univoques.
Oui/non. Blanc/noir. L’axe du bien/l’axe du mal.

Pourtant, même les vieux westerns savaient introduire des nuances : les bandits n’étaient pas toujours ceux qu’on aurait pu croire, les Indiens n’étaient pas tous si sauvages !

Jésus va plus loin. Il récuse la logique binaire de ses adversaires ; il ne se lance pas non plus dans de subtiles arguties à l’infini pour noyer le poisson. Il répond à cette question par une autre question, et par une énigme. Autrement dit, il retourne à  l’envoyeur le constat à faire, et l’oblige ensuite à réfléchir par lui-même. Car les pharisiens et les hérodiens attendaient une solution simple qui les déchargerait de leur responsabilité. « Puisque tu es un maître, parle et nous t’obéirons » semblent-ils dire avec hypocrisie.

Comme si le rôle d’un maître spirituel était de décider pour ses disciples !

Jésus les renvoie à leur responsabilité, à leur liberté, à la capacité à discerner par  eux-mêmes ce qui est juste. « Vous voyez l’effigie de César sur la pièce de monnaie. Vous avez en vous l’image de Dieu dont vous êtes l’effigie vivante. Alors réfléchissez et faites vous-mêmes la part des choses ».

Dans le même état d’esprit, ailleurs, Jésus dira : « qui m’a établi juge pour juger de vos affaires ? » (Lc 12,14)

L’énigme de sa réponse sur la pièce de monnaie lui permet de ne pas se laisser enfermer dans une fausse alternative oui/non. Les intégrismes – dont le djihad aujourd’hui nous montre hélas une résurgence – veulent répondre à la place de leurs fidèles, et par des réponses ultra-simplistes : oui/non. C’est paradoxalement ce qui fait leur force : dans un monde complexe où les questions sont complexes, dans une culture qui prône l’individualisme mais laisse l’individu seul pour décider, la tentation existe de s’en remettre à quelqu’un d’autre pour savoir quoi faire. Et les jeunes acquiescent facilement à cette forme de radicalisme : une cause simple pour laquelle se sacrifier, quelqu’un qui a des solutions simples sur les questions actuelles, une exigence forte et claire. Autrefois, ces générations étaient séduites par le marxisme, Che Guevara ou Mao. Puis ce fut le mouvement hippie qui cherchait à revenir à l’essentiel. Puis la génération de l’humanitaire et les remèdes simples aux problèmes compliqués du sous-développement…

Maintenant, ceux que l’Occident insupportent (et il y a de quoi parfois) découvrent le discours djihadiste qui leur propose une vision du monde en blanc et noir, en oui/non, et il est logique hélas qu’ils soient tentés.

Refuser les logiques binaires est donc un vrai enseignement de sagesse de Jésus, pertinent à toute époque.

 

2. Refusez de laisser l’argent vous détourner de votre chemin intérieur

C’est le deuxième piège de la question du jour. Car c’est bien d’argent qu’il s’agit. Doit-il faire de nous des alliés de César, ou des résistants (qui rétabliront le shekel en 1948 comme monnaie nationale lors du retour en Israël !) ?

La pression fiscale est telle qu’on ne peut y échapper (même ceux qui souffrent de ‘phobie administrative’ finissent par être rattrapés par le fisc !).

Refusez la pression fiscale ! dans Communauté spirituelle StatereJésus lui-même s’est astucieusement débrouillé pour que cette question de l’impôt ne le détourne pas de sa mission essentielle. On connaît peu ce passage étrange de l’évangile de Matthieu où l’on raconte que Jésus a littéralement sorti de l’eau son prélèvement fiscal :

Comme ils étaient venus à Capharnaüm, les collecteurs du didrachme s’approchèrent de Pierre et lui dirent: « Est-ce que votre maître ne paie pas le didrachme »  « Mais si », dit-il. Quand il fut arrivé à la maison, Jésus devança ses paroles en lui disant: « Qu’en penses-tu, Simon? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes ou impôts? De leurs fils ou des étrangers? »  Et comme il répondait: « Des étrangers », Jésus lui dit: « Par conséquent, les fils sont exempts.  Cependant, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui montera, et ouvre-lui la bouche: tu y trouveras un statère; prends-le et donne-le leur, pour moi et pour toi. » (Mt 17, 24-27)

Peut-être est-ce une allusion à la contribution que les chrétiens, symbolisés par le fameux symbole du poisson (ictus) ont apporté aux finances de Jésus et de ses disciples ? Quoi qu’il en soit, là encore Jésus s’en tire avec élégance : il honore l’obligation de l’impôt sans se laisser détourner de sa route pour autant.

Et c’est bien cela notre enjeu à nouveau aujourd’hui : refuser que l’impôt nous écrase injustement tout en honorant ce qu’il représente d’obligation solidaire. Assumer le rôle de l’argent à travers ce partage forcé, sans pour autant que l’argent devienne une obsession, un petit dieu qui nous détourne de notre chemin intérieur.

On croyait autrefois qu’une saignée était le meilleur remède aux maladies mystérieuses. Nous pouvons redécouvrir que les prélèvements sur nos richesses constituent effectivement un rappel salutaire pour ne pas absolutiser l’accumulation matérielle. Et en même temps, la liberté du Christ face à César nous invite à résister à ce qu’une politique fiscale peut avoir d’injuste et de dangereux.

 

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Cette réponse énigmatique de Jésus nous libère des fausses logiques binaires, et de la déification de l’argent ou du politique.

À nous de discerner comment la laisser faire son chemin en nous…

 

1ère lecture : Les empires sont dans la main de Dieu (Is 45, 1.4-6a)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu’il a consacré, qu’il a pris par la main, pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : « À cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai décerné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre : en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. »

Psaume : 95, 1a.3, 4.5b, 7-8a, 9a.10ac

R/ Au Seigneur notre Dieu, tout honneur et toute gloire

Chantez au Seigneur un chant nouveau, 
racontez à tous les peuples sa gloire, 
à toutes les nations ses merveilles !

Il est grand, le Seigneur, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
lui, le Seigneur, a fait les cieux. 

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.

2ème lecture : La foi, l’espérance et la charité de la communauté (1Th 1, 1-5b)

Commencement de la lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Nous, Paul, Silvain et Timothée, nous nous adressons à vous, l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur. Que la grâce et la paix soient avec vous.
À tout instant, nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous, en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile chez vous n’a pas été simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, certitude absolue.

Evangile : À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Rendez au Seigneur, vous les dieux, rendez au Seigneur gloire et puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom. Alléluia. (cf. Ps 28, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? – De l’empereur César », répondirent-ils.
Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Patrick BRAUD

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9 octobre 2014

Tenue de soirée exigée…

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Tenue de soirée exigée…

Homélie du 28° Dimanche du temps ordinaire Année A
12/10/2014

 

Tenue de soirée exigée… dans Communauté spirituelle menu

         Reines de l’océan en Belle-Vue
         Turbot au chablis
         Veau braisé soubise
         Poulardes truffées
         Salade mimosa
         Fromages
         Bavaroise
         Fruits – Café                 

Ça vous met l’eau à la bouche !

 

J’avais retrouvé ce menu d’un repas de noces dans ma famille, d’un mariage célébré en 1945 ! À écouter un tel menu de noces, on se demande pourquoi il y en a qui refuseraient de s’asseoir à la table ! Et pourtant, la parabole de ce Dimanche nous rappelle que ce refus est toujours possible, et que Jésus s’y est exposé, jusqu’à la Croix.

« Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils ».

Quand Jésus évoque le Royaume des cieux, il prend l’une des plus vieilles réalités humaines : les noces.

C’est lui le Fils qui célèbre ses épousailles avec l’humanité.

Et chacun de nous est demandé en mariage aujourd’hui par le Fils de Dieu lui-même !

C’est la grandeur et la dignité du mariage, et c’est pour cela que le mariage est pour nous un sacrement. En regardant vivre les gens mariés, on devrait pouvoir deviner combien le Christ désire épouser chacun. D’où la responsabilité particulière des couples mariés à l’église : témoigner des noces que Dieu célèbre pour son fils avec tout être humain, toute l’humanité. Heureux les invités à ce repas de noces où le Christ lui-même dresse la table de l’eucharistie, nouvelle Alliance !

Or certains refusent de venir.

1nouve12 César dans Communauté spirituelle

La violence meurtrière

Et nous sommes parfois de ceux-là qui ne tiennent aucun compte de cette invitation, à cause de fausses bonnes raisons : un champ à cultiver, un commerce à faire tourner – comme dans la parabole -, c’est-à-dire une vie professionnelle qui devient envahissante, une vie trop remplie de choses à faire pour entendre l’invitation. Pire encore, le Christ sait qu’il s’expose à la violence, alors même qu’il est porteur d’une invitation d’amour. L’homme est ainsi fait qu’il peut choisir de répondre par la violence à une invitation d’amour.

Il peut saccager ce qu’il a de plus cher.

Là encore, reprenez l’image-sacrement du couple : la violence peut répondre à l’amour ; c’est un constat, malheureusement.

Dieu, lui, envoie son invitation sans se lasser. Dans un couple, on se lasse vite de la violence de l’autre, et on n’accepte que difficilement d’être la bête grasse égorgée pour lui ou pour elle ! Dieu dénonce cette violence, qui se retourne d’ailleurs contre ceux qui la commettent : ils s’y détruisent, en refusant d’être aimés…

La violence peut répondre à l’amour. La Croix en est le signe.

L’indifférence suicidaire

La violence ou, pire encore, l’indifférence.
« Ils n’en tirent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce. »
Regardez les dégâts que peut provoquer l’indifférence dans un couple : lorsque s’installe silencieusement la juxtaposition et non la communion, lorsque chacun s’investit dans son champ, son commerce – comme dit la parabole – sans tenir compte de l’autre. L’indifférence est peut-être le plus grand péché contre l’Amour. C’est elle qui nous rend imperméable aux appels de nos frères, aux appels de Dieu.

 

Le silence incompréhensible

Un dernier mot enfin sur les pleurs et les grincements de dents qui attendent l’invité qui n’a pas revêtu son vêtement de noces. Cela fait penser aux bristols très officiels à la carte d’invitation précise : « Tenue de soirée exigée ! ».

Que signifie ce vêtement de noces ?

On peut penser à la robe de baptême. Il ne suffit pas d’être invité, encore faut-il se laisser revêtir de cette robe baptismale.

Le plus dur dans l’amour, ce n’est pas aimer, c’est d’accepter d’être aimé, et d’accepter que cet amour nous change. « Dépouillez-vous du vieil homme et revêtez l’homme nouveau » disait St Paul en évoquant lui aussi ce vêtement de noces.

Reprenez l’image-sacrement de l’amour humain : revêtir la robe de l’amour mutuel, c’est laisser l’être aimé me dépouiller de mon égoïsme, faire tomber mes blocages, mes défenses, mes forteresses intérieures…

En cela, le mariage est dans le droit fil du baptême, et la mariée a raison d’être en blanc ! Car se marier est un chemin pour mourir à soi-même et renaître à l’autre, comme le Christ est mort et ressuscité pour nous. Alors, celui qui est dans la salle de noces, dans l’Église, et fait semblant d’être chrétien alors que sa vie n’est pas en accord avec ce qu’il croit, celui-là abîme le témoignage de l’Église. Dieu l’interroge : « Mon ami – car il est toujours son ami à ce stade – comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? »

Mais le silence répond à l’amour. « L’autre garda le silence ».

 

Après l’indifférence ou la violence, voilà maintenant le silence, la non communication, le non-dit, ce que l’on cache, le refus d’entrer en dialogue.

Demandez aux couples en difficulté combien cette non-communication est la pire des épreuves ! Se taire alors qu’il y a des contradictions à lever, fuir alors que Dieu nous propose la confiance et le dialogue, c’est finalement suicidaire. Cela n’engendre que des pleurs et des grincements de dents.

Heureusement, l’invitation au repas des noces reste la plus forte : Dieu fait le nécessaire pour remplir la salle des noces avec les mauvais et les bons que nous sommes tous. À nous de nous laisser transformer de fond en comble par notre présence ici, pour revêtir « la tenue de soirée » qui va avec.

Que ce banquet de l’eucharistie nous rappelle la grandeur et l’exigence de notre baptême.
Que ce festin des noces renouvelle pour les époux la grâce de leur mariage.
Que cette invitation à nous laisser aimer par le Christ ne rencontre en nous ni indifférence, ni violence, ni silence coupable.

 

 

1ère lecture : Le festin messianique (Is 25, 6-9)

Lecture du livre d’Isaïe

Ce jour-là, le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations. Il détruira la mort pour toujours. Le Seigneur essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple ; c’est lui qui l’a promis.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »

Psaume : 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

 R/ Près de toi, Seigneur, sans fin nous vivrons.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : La vraie richesse dans le Christ (Ph 4, 12-14.19-20)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi avoir tout ce qu’il me faut. Être rassasié et avoir faim, avoir tout ce qu’il me faut et manquer de tout, j’ai appris cela de toutes les façons. Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de m’aider tous ensemble quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse, dans le Christ Jésus.
Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Parabole des invités au festin (brève : 1-10) (Mt 22, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici la Pâque du Seigneur au milieu de son peuple. Heureux les invités au festin du Royaume ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait en paraboles : « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez au repas de noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.’
Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. »
Patrick BRAUD

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