L'homelie du dimanche

20 juin 2021

Toucher les tsitsits de Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Toucher les tsitsits de Jésus

Homélie pour le 13° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
27/06/2021

Cf. également :

La générosité de Dieu est la nôtre
Les matriochkas du 12

Patience ! N’allez pas vous imaginer n’importe quoi sur un tel titre ! L’explication en vient bientôt…

Concentrons-nous d’abord sur la femme de l’Évangile de ce dimanche (Mc 5, 21-43). On a déjà étudié ailleurs son lien avec la fillette de 12 ans dans ce récit bâti en poupées russes (cf. Les matriochkas du 12). Regardons-la maintenant pour elle-même. On la dit hémorroïsse. Vous devinez que ce n’est pas d’un simple saignement de nez dont il s’agit ! Non : cette femme est atteinte de ce qu’on appelle aujourd’hui une ménorragie chronique, perte de sang due à des règles anormalement longues et abondantes. Et cette maladie a des conséquences multiples sur sa vie, dans lesquelles nous pouvons peut-être nous reconnaître, au moins partiellement.

 

- Elle souffre beaucoup, continûment

Catacombes de RomeCe saignement anormal et constant provoque gènes et douleurs incessantes. Si vous avez déjà connu de telles périodes, vous savez ce qu’elle éprouve. Une arthrose chronique, une déformation qui s’installe, un cancer qui se généralise… et la douleur devient une présence lancinante, épuisante, physiquement et moralement.

Cette femme est anonyme, et au fond elle peut prendre le nom de chacun d’entre nous lorsque nous souffrons trop, trop souvent, trop longtemps, sans trêve. L’Évangile précise que cela fait 12 ans qu’elle se traîne ainsi, douloureuse, de médecins en charlatans, de gourous en guérisseurs. Et là encore nous nous reconnaissons : épuisé par la persistance du mal, nous devenons prêt à tout pour obtenir le moindre répit. Les plus rationnels courent de spécialistes en chirurgiens, plus pointus les uns que les autres. La majorité essaye tous les remèdes que le bouche-à-oreille leur suggère, et finissent souvent dans les griffes de soi-disant thérapeutes aggravant leur état, comme l’indique malicieusement notre récit. C’est bien ce qui nous arrive : sur le plan de notre santé, lorsque nous avalons tous les remèdes et théories censées nous guérir ; sur le plan spirituel, lorsque la douleur de vivre nous fait essayer les communautés religieuses les plus sectaires ou délirantes ; sur le plan professionnel, lorsque la souffrance au travail devient telle qu’on envisage le pire etc.

 

- Elle souffre depuis longtemps

Le texte précise : 12 ans qu’elle court de médecin en médecin ! Évidemment, 12 est symbolique d’Israël (les 12 tribus) capable de se remettre entre les mains des dieux étrangers pour obtenir davantage. Mais c’est également une durée si longue qu’on ne voit plus le bout du tunnel, que l’espoir d’aller mieux s’est amenuisé au point de disparaître. Lorsque nous souffrons, le temps nous use aussi sûrement que les cailloux brassés par le flot dans une marmite de géant.
Peut-être y a-t-il là un avertissement : n’attendez pas 12 ans avant de réagir ! Ne vous habituez pas à souffrir. Ne vous résignez pas devant ce qu’on présente comme inéluctable, inguérissable.

 

- Elle perd beaucoup d’argent pour se soigner

Eh oui : pas de Sécurité Sociale à l’époque de Jésus ! Se soigner est toujours onéreux, aujourd’hui encore. Bien des soins, accessoires, interventions chirurgicales, matériels médicaux etc. ne sont pas remboursés à 100 %. Faites le calcul : en 12 ans de rendez-vous et actes médicaux en tous genres avec des spécialistes, la facture s’alourdit très vite. À tel point que bon nombre de SDF par exemple renoncent à se soigner. Ils ont mal aux dents - encore une douleur lancinante –, ils ont des problèmes de marche, d’audition, de vue, mais ne peuvent pas en pratique accéder aux soins nécessaires. Il faut les minibus ambulants d’associations de médecins bénévoles pour aller dans les quartiers apporter gratuitement un peu de soulagement aux populations trop désargentées ou trop décalées culturellement pour entamer un parcours de soins.

Il y a peut-être une allusion dans le texte au parallélisme entre le sang et l’argent, qui en hébreu sont désignés par le même mot : damim. La femme perd son sang et son argent en même temps : les deux flux, les deux appauvrissements semblent se nourrir l’un de l’autre. Dès que nous dépensons de manière trop importante, il y a là un flux sortant aussi grave qu’une hémorragie interne. Cela devrait nous alerter, servir de symptôme pour diagnostiquer une pathologie spirituelle grave avant qu’elle ne dégénère. Faites donc attention aux grosses dépenses récurrentes de votre budget ! Elles en disent beaucoup sur vous… Ainsi l’addiction au pari sportif pendant l’Euro 2020 a été mise en lumière par les médias,  montrant des milliers de gens dépensant leur argent sur des pronostics de matchs.

 

- Elle est blessée dans sa féminité

Toucher les tsitsits de Jésus dans Communauté spirituelleSon cycle menstruel n’existe plus, ou plutôt est permanent. Comment espérer avoir des relations sexuelles normales avec un tel flux de sang permanent ? Comment espérer avoir une vie sentimentale même ? Comment espérer avoir un enfant lorsque l’infertilité devient permanente ? La gêne des règles devient quotidienne, insupportable. Et sa féminité en est défigurée. L’identité féminine/masculine peut ainsi être aussi perturbée à tel point que le sujet ne sait plus comment s’en sortir.


- Elle se vide de son sang

Littéralement. Physiquement. Et cela nous fait penser à toutes les façons que nous avons de nous vider de notre sang. Spirituellement : le doute se fiche en nous, nourrit des questions sans réponse, et détruit peu à peu notre confiance en Dieu. Moralement : un peuple se vide de son sang lorsqu’il admet l’inadmissible, s’habitue au déni, laisse partir ses valeurs à vau-l’eau, élimine les plus petits sans état d’âme…
Se vider de son sang, c’est encore l’exténuation progressive de notre joie de vivre, dévorée par un souci continuel, une angoisse perpétuelle etc.
De quel sang est-ce que je me vide en ce moment ?

 

- Impure, elle est mise à l’écart

Illustration de couverture par Catel Muller du livre d’Elise Thiébaut, Ceci est mon sang, éditions La Découverte.La Torah est très claire sur ce point (heureusement que les chrétiens n’obéissent plus à ces commandements d’un autre âge !) :

« Lorsqu’une femme a un écoulement, que du sang s’écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans sa souillure. Quiconque la touchera sera impur jusqu’au soir. Toute couche sur laquelle elle s’étendra durant ses règles sera impure ; tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur. Quiconque touchera son lit devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Quiconque touchera quelque objet sur lequel elle se sera assise, devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir. Si quelqu’un touche ce qui se trouve sur le lit ou ce sur quoi elle s’est assise, il sera impur jusqu’au soir. Si un homme couche avec elle, la souillure de ses règles l’atteindra. Il sera impur pendant sept jours, et tout lit sur lequel il se couchera sera impur. Lorsqu’une femme aura un écoulement de sang pendant plusieurs jours, hors de la période de ses règles, ou si elle a un écoulement qui se prolonge au-delà de la période de ses règles, elle sera impure tant que durera cet écoulement, de la même manière que pendant ses règles. Tant que durera cet écoulement, tout lit sur lequel elle se couchera sera impur comme il en est pour son lit pendant ses règles, et tout ce sur quoi elle s’assiéra sera impur comme pendant ses règles. Quiconque les touchera sera impur, il devra laver ses vêtements et se baigner dans l’eau ; il restera impur jusqu’au soir. Lorsque la femme sera délivrée de son écoulement, elle comptera sept jours : alors elle sera pure. Le huitième jour, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons qu’elle apportera au prêtre, à l’entrée de la tente de la Rencontre. De l’un des oiseaux le prêtre fera un sacrifice pour la faute, et de l’autre un holocauste. Le prêtre accomplira ainsi sur elle le rite d’expiation, devant le Seigneur, pour l’écoulement qui la rendait impure. [ch.18] Tu ne t’approcheras pas d’une femme dans la souillure de ses règles pour découvrir sa nudité. [ch.20] Quand un homme couche avec une femme pendant ses règles et découvre sa nudité, il met à nu la source du sang, et la femme dévoile cette source : tous deux seront retranchés du milieu de leur peuple. » (Lv 15, 19 30 ; 18, 19 ; 20, 18)

Ces textes ont donné lieu à un ensemble de lois religieuses juives appelées taharat hamishpa’ha, c’est-à-dire des lois de pureté familiale. Le principe en est que la femme mariée est considérée comme rituellement (indépendamment de la morale) impure pendant la période de ses règles et cela implique une séparation physique temporaire du couple. La visée positive de ces commandements écartant les femmes de la vie sociale, religieuse, conjugale pendant leurs règles est connue : attention religieuse portée au corps féminin, développement d’une relation affective détachée de la sexualité entre les conjoints, renouvellement du désir chez les époux, ‘retrouvailles’ sexuelles du couple rendues plus intenses par la séparation.
Dans les mentalités anciennes, l’expulsion des traces de l’œuf non fécondé était signe d’échec et de mort : la fécondation n’a pas eu lieu ou elle n’a pas réussi, la vie n’a pas pu s’accrocher au ventre de la femme qui en expulse les restes, inutiles. Le bain rituel (mikvé) de la femme après ces règles vient alors la restaurer dans sa féminité pour la préparer au cycle suivant. Rien d’hygiénique ni de sanitaire dans cette ablution du mikvé : c’est le bain lavant la blessure symbolique, marquant rituellement le renouveau du corps prêt à donner la vie.

Avec son flux de sang continuel, la femme de l’Évangile était impure, tout le temps. Donc mise à l’écart. Donc condamnée à ne pas avoir de vie sentimentale ou sexuelle. Donc méprisée car ne pouvant devenir mère. Encore une fois, la rencontre de Jésus va vaincre cette impureté rituelle désignée par la Loi juive. Mais les chrétiens feront bien mieux : à la manière du Christ, ils aboliront cette distinction entre le pur et l’impur qui gangrène encore le statut des femmes dans le judaïsme, dans l’islam et dans bien d’autres religions. En christianisme, est impur ce qui sort du cœur de l’homme, pas ce qui sort de son corps : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt 15, 11). Révolution subvertissant le pur et l’impur, toujours actuelle !

 

Toucher les franges du vêtement de Jésus

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Voilà donc quelle est la femme oppressée par la foule sur le chemin de Jésus : en souffrance depuis longtemps, appauvrie, se vidant de son sang, déclarée impure et mise à l’écart. C’est elle qui a l’idée de toucher Jésus ou au moins son vêtement. Elle est prête à tout tenter pour aller mieux : qu’a-t-elle à perdre à essayer ce prophète itinérant ? Jésus – lui - ne la voit pas, entouré par la foule. Mais il sent une force qui sort de lui, ‘à l’insu de son plein gré’ pourrait-on dire avec humour. Au flux de sang qui sort du corps de la femme répond le flux de force qui sort du corps de Jésus… et, telle une marée qui s’inverse, le deuxième flot l’emporte sur le premier, le faisant refluer jusqu’à l’obliger à reprendre son rythme normal.

Comment s’opère cette guérison ? Par le contact du corps de Jésus ? Non. Bien des auteurs chrétiens ont glosé sur le contact avec le corps du Christ pour évoquer la puissance de guérison qui lui est liée. Contact avec son corps ecclésial (entrée dans l’Église par le baptême), contact avec son corps eucharistique (par la communion, la bénédiction du Saint-Sacrement)… Mais notre texte ne dit pas cela. Il précise bien que la femme touche seulement la frange du vêtement de Jésus. La frange. Jésus, comme tout juif pratiquant, porte sans aucun doute sur lui un talit court (qatan), sorte de tunique en forme de poncho rectangulaire, ou bien un châle de prière sur sa tête. Ce vêtement obligatoire (talit) doit comporter 4 franges très spéciales aux 4 coins de sa toile : les tsitsits. Ces commandements vestimentaires sont toujours respectés par les juifs portant un talit  court dans leur pantalon, avec les 4 franges (tsitsits) qui en dépassent aux 4 coins, ou sur leur tête à la synagogue (ou au Mur occidental du Temple de Jérusalem actuellement) comme un châle de prière.

La Torah explique le sens de ces obligations vestimentaires :

« Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : Parle aux fils d’Israël. Tu leur diras qu’ils se fassent une frange aux pans de leurs vêtements, et ceci d’âge en âge, et qu’ils placent sur la frange du pan de leur vêtement un cordon de pourpre violette. Vous aurez donc une frange ; chaque fois que vous la regarderez, vous vous rappellerez tous les commandements du Seigneur et vous les mettrez en pratique ; vous ne vous laisserez pas entraîner, comme les explorateurs, par vos cœurs et vos yeux qui vous mèneraient à l’infidélité » (Nb 15, 37 39).
« Tu mettras des franges aux quatre côtés du vêtement dont tu te couvriras. » (Dt 22, 12)

La femme touche donc les franges (tsitsits) du châle (talit) de Jésus, et c’est ce contact qui la guérit Or que représente ces franges symboliquement ? L’amour de la Loi.

Selon la Kabbale, les cinq nœuds du tsitsit correspondent aux cinq premiers mots du Shema Israël, qui dans la religion juive est la « confession de foi » essentielle. La femme exprime sa foi en s’accrochant eux tsitsits de Jésus.
Ces franges sont enroulées et nouées de manière à nous rappeler toutes les mitsvot (commandements). La valeur numérique des lettres hébraïques qui forment le mot tsitsit donne une somme de 600. Ajoutez-y les 8 fils et les 5 nœuds de chaque tsitsit, et le total est 613, ce qui est le nombre de commandements à respecter dans la Loi juive. Laisser pendre les tsitsits à la ceinture, de manière visible est ainsi un rappel tangible des mitsvot  qui renforcent notre capacité à contrôler les élans de notre cœur.

Cette femme que la Loi met à l’écart veut vénérer cette Loi et croire que, revêtue par Jésus, la Loi la transformera à son contact. Elle en qui la vie refuse de s’accrocher à chaque cycle, elle s’accroche aux 613 commandements pour qu’enfin la vie réussisse en elle. S’accrocher à la Loi est source de vie, selon le mot du rabbin Nahman de Bratslav (XVIII°-XIX°) : « celui qui se tourne (teshouva = conversion) vers Dieu mérite de s’accrocher à Lui, tout comme les tsitsits s’accrochent à un vêtement » (Likutey Moharan I, 8:9). Les autres nombres impliqués dans la confection des tsitsits sont abondamment commentés par la Kabbale et la mystique juive [1]

Normalement, les femmes sont dispensées de porter les tsitsits, justement à cause de leur rapport au temps différent de celui des hommes, que leurs règles expriment. L’hémorroïsse – « déréglée » – renoue par son geste de toucher les tsitsits de Jésus avec l’obligation de la Loi de se rappeler les commandements en toute circonstance.

Tsitsit femmeToucher les tsitsits de Jésus, c’est pour cette femme accomplir la Loi et croire que la manière dont Jésus la porte, l’incarne, sera sa source de salut, de santé.

D’ailleurs, la surprise de Jésus devant la force qui est sortie de lui le conduit à faire ce constat étonnant : « ta foi t’a sauvée ». Il aurait pu dire : « reconnais en moi le Messie qui t’a sauvé ». Mais non ! C’est comme s’il disait : ‘ce n’est pas moi qui t’ai guéri, c’est toi qui as été l’auteure de ton salut (santé) en faisant confiance à la puissance de la Loi telle que je la porte et l’incarne. Je n’y suis pas pour grand-chose. Bravo : tu as su trouver en toi la source de ta guérison !’

« Ta foi t’a sauvée ». Jésus refera ce même constat 7 fois dans les Évangiles :
3 fois pour la femme hémorroïsse (Mt 9,22 ; Mc 5,34 ; Lc 8,48)
2 fois pour l’aveugle Bartimée (Mc 10, 52; Lc 18,42)
1 fois pour la femme de l’onction à Béthanie (Lc 7,50)
1 fois pour le seul lépreux reconnaissant parmi les dix guéris (Lc 17,19).
Ces gens ont été les auteurs de leur salut, par la puissance de leur foi en actes.

Par contre, de retour dans son pays natal de Nazareth, Jésus constatera, navré, que le manque de foi de ses compatriotes les empêche d’accéder aux miracles : « Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi » (Mc 6, 5 6).

Aujourd’hui encore, la foi sauve.
Dès lors que nous retrouvons la confiance en la puissance vitale qui est en nous.
Dès lors que nous exprimons notre adhésion au triple commandement de l’amour (aimer Dieu / soi-même / le prochain), auquel nous nous accrochons comme à des tsitsits chrétiens.
Dès lors que nous recevons du Christ la juste compréhension de l’Écriture pour notre situation personnelle, pour notre siècle.
Une telle foi–confiance fait des miracles et guérit l’inguérissable.

« Ta foi t’a sauvée ». Lorsque nous sommes cette femme exténuée de se vider de son sang, rappelons-nous son geste : toucher les tsitsits de Jésus, s’accrocher au triple commandement de l’amour, croire que sa Parole peut en nous beaucoup plus que ce que nous n’oserions imaginer.

 


[1].  « Quel que soit le niveau que nous atteignons, Dieu sera toujours infiniment plus saint et transcendant que ses créatures. Il est le Talit qui nous entoure. Mais, dans une autre perspective, quel que soit le niveau de bassesse dans lequel on peut tomber, Dieu ‘’descend‘’ vers nous. Dieu est, pour ainsi dire, ces Tsitsit que l’on saisit et embrasse avec tendresse.
Les 4 tsitsits contiennent 32 fils. En hébreu le chiffre 32 s’écrit au moyen de deux lettres : lamed (30) et beth (2). Ces deux lettres, formant le mot Lev ( » cœur « ), pour insister sur le fait que notre relation à D.ieu et aux hommes implique une attitude où le cœur a une place centrale.
Le double nœud que nous faisons aux franges représente notre union permanente avec D.ieu par un double pacte d’alliance. D.ieu ne nous abandonnera jamais, et nous non plus nous n’abandonnerons jamais D.ieu.
Les 7 « anneaux » dans la partie supérieure des 4 fils symbolisent les 7 jours de la semaine. Nous pensons à D.ieu tout au long des sept jours de la semaine.
Les « 8 anneaux » de la seconde partie des fils des tsitsits nous rappellent (en plus des ‘7  cieux ‘’ auxquels s’ajoute la terre) la Mitsvah de Mila, la circoncision, opérée le huitième jour.
Les 11 « anneaux » de la troisième partie symbolisent les 5 parties du Pentateuque et les 6 traités de la Michna, c’est- à dire la Tora Ecrite et la Tora Orale.
Les 13 « anneaux » de la quatrième partie symbolisent l’Unité de D.ieu, car le mot hébraïque E’hade (« un ») a la valeur numerique de 13. Treize est également une allusion aux 13  attributs de la miséricorde divine.
Les trois premières parties des tsitsit totalisent donc « 26″, qui est égal à la valeur numérique du Nom de D.ieu, et toutes les quatre parties forment un total de 39, égalant la valeur numérique de l’expression HaChem E’hade ( » D.ieu est Un « ). »
Cf. https://www.aish.fr/sp/ph/Le-talit-Des-fils-de-lumiere.html

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24)

Lecture du livre de la Sagesse

Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la Mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle.
Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui.

 

PSAUME
(29 (30), 2.4, 5-6ab, 6cd.12, 13)
R/ Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. (29, 2a)

Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

Fêtez le Seigneur, vous, ses fidèles,
rendez grâce en rappelant son nom très saint.
Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté, toute la vie.

Avec le soir, viennent les larmes,
mais au matin, les cris de joie.
Tu as changé mon deuil en une danse,
mes habits funèbres en parure de joie.

Que mon cœur ne se taise pas,
qu’il soit en fête pour toi,
et que sans fin, Seigneur, mon Dieu,
je te rende grâce !

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres » (2Co 8, 7.9.13-15)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, puisque vous avez tout en abondance, la foi, la Parole, la connaissance de Dieu, toute sorte d’empressement et l’amour qui vous vient de nous, qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. Dans la circonstance présente, ce que vous avez en abondance comblera leurs besoins, afin que, réciproquement, ce qu’ils ont en abondance puisse combler vos besoins, et cela fera l’égalité, comme dit l’Écriture à propos de la manne : Celui qui en avait ramassé beaucoupn’eut rien de trop,celui qui en avait ramassé peune manqua de rien.

 

ÉVANGILE
« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » (Mc 5, 21-43)
Alléluia. Alléluia.Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort ; il a fait resplendir la vie par l’Évangile. Alléluia. (2 Tm 1, 10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
.Patrick Braud

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13 juin 2021

Jesus, don’t you care ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 10 h 30 min

Jesus, don’t you care ?

 Homélie pour le 12° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
20/06/2021

Cf. également :

Qui a piqué mon fromage ?
L’amour du prochain et le « care »
La croissance illucide

Seigneur, cela ne te fait rien que 800 000 Tutsis aient été massacrés lors du génocide de 1994 ? La terre rwandaise s’est rougie sans que tu t’en émeuves.
Seigneur, cela ne te fait rien que des milliers d’enfants travaillent encore aujourd’hui dans des mines de cobalt ou de cuivre dans des conditions pires qu’au XIX° siècle ? Ils sont exténués de labeur dès l’âge de 13 ans, et tu ne dis rien [1].
Seigneur, cela ne te fait rien que les ultra-riches deviennent plus riches encore et les pauvres plus miséreux ? Les injustices prolifèrent, et toi tu ne fais rien.
Te sens-tu concerné par notre détresse ?
Serais-tu indifférent aux malheurs de ceux que tu appelles tes enfants ?
Finalement, tu n’en as peut-être ‘rien à foutre’, comme on dit vulgairement. Si c’est le cas, tu comprendras qu’on t’envoie balader toi aussi en retour lorsque tes représentants nous vantent ton soi-disant amour pour nous.

Jesus, don’t you care ? dans Communauté spirituelleLa non-intervention de Dieu dans le cours des choses est le scandale qui éloigne infailliblement les hommes de lui. Ce reproche de non-intervention, de non-assistance à personne en danger est sur les lèvres des disciples dans la barque ballottée par les vagues au milieu du lac ce dimanche (Mc 4, 35-41) : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » On y perçoit l’inquiétude, la colère, le reproche, le sentiment d’abandon de ceux qui sont déçus de ne pas avoir en Jésus une baguette magique pour résoudre leurs difficultés. Avouons que chacun de nous a pu prononcer ces mots un jour ou l’autre, en les criant ou en les murmurant : « cela ne te fait rien que… ? »

La traduction anglaise de notre passage de la tempête apaisée nous met sur une piste intéressante, très contemporaine, celle du care : « Teacher, don’t you care that we are perishing ? »
Les théories du care sont apparues avec des études féministes sur les différences de réaction entre hommes et femmes devant les besoins d’autrui.

Les théories ou philosophies dites « du care » trouvent leur origine dans une étude publiée par Carol Gilligan en 1982 aux États-Unis. Celle-ci met en évidence, à travers une enquête de psychologie morale, que les critères de décision morale ne sont pas les mêmes chez les hommes et chez les femmes. Là où les premiers privilégient une logique de calcul et la référence aux droits, les femmes préfèrent la valeur de la relation, s’orientant d’après ce qui peut conforter les relations interpersonnelles, développer les interactions sociales. C’est à partir de cette observation que Gilligan établit le nouveau paradigme moral du care comme « capacité à prendre soin d’autrui », « souci prioritaire des rapports avec autrui ». Loin de se réduire à une « éthique féminine », la postérité de ce nouveau paradigme a dépassé les frontières des études féministes pour éclairer d’une lumière neuve l’anthropologie morale et l’éthique contemporaines. Notamment en interrogeant l’articulation entre la dimension interpersonnelle de la relation et sa dimension sociale, jusqu’à se demander comment prendre soin de la société et du monde dans lequel nous vivons. C’est ainsi que Joan Tronto, philosophe américaine, en vient à définir le care : « Activité caractéristique de l’espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nos personnes et notre environnement, tout ce que nous cherchons à relier en un réseau complexe en soutien à la vie » [2].

Les disciples font somme toute appel à la part féminine de Jésus : « don’t you care ? » Nous sommes habitués à cette dimension féminine en Dieu depuis que les prophètes parlent de la hesed YHWH, la miséricorde divine comparée à des entrailles maternelles se tordant de douleur et de compassion devant la souffrance de ses enfants. Mais cet appel à la part féminine en Jésus pour qu’il prenne soin de ses amis est intéressante.

Joan Tronto décrit les 4 phases du care [3] qui sont les critères de sa réussite :

Un monde vulnérable - Joan TRONTO– caring about : il s’agit de constater l’existence d’un besoin, de reconnaître la nécessité d’y répondre, et d’évaluer la possibilité d’y apporter une réponse.
Réveillé de force de son sommeil bien calé dans la barque, Jésus n’envoie pas balader ses disciples pour se rendormir. Il entend leur angoisse, il va y répondre.

– to take care of : c’est la prise en charge concrète du besoin d’autrui, le fait d’assumer une responsabilité.
En exorcisant la violence de la mer (« silence, tais-toi ! »), Jésus prend soin des siens, intervient en leur faveur.

caring: c’est la relation directe avec ceux qui sont dans le besoin, pour être à leurs côtés avec compétence, avec efficacité.
Jésus va ainsi faire plus que calmer la tempête : il va appeler ses disciples à grandir dans la foi pour qu’ils n’aient plus besoin de lui la prochaine tempête.

care receiving : il s’agit pour le donneur de voir comment celui qui reçoit réagit au soin. Autrement dit, si le soin produit un résultat.
Après la tempête sur le lac, Jésus conduira ses disciples en terre païenne, les enverra en mission deux par deux, et continuera à les éduquer dans la confiance qui leur permettra à leur tour de faire des miracles.

Comment Jésus prend-il soin de ses disciples en définitive dans la barque ? En les appelant à passer de la peur à la foi : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »
Le contraire de la foi n’est pas l’athéisme, ni l’incroyance : c’est bien la peur. Le mot fides =  foi en latin a forgé le mot confiance (cum-fides = se fier à, comme une confidence), fidélité, fiduciaire. Les Douze ont peur, alors que Jésus demeure dans la confiance en son Père. Ils s’agitent et paniquent devant les vagues et le vent, alors que Jésus repose en confiance, car il sait lui que « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » (Ps 126,2). Il vient en effet de semer la Parole longtemps, longuement, intensément, pour des foules affamées de sens, assoiffées de vérité. Maintenant, il laisse cette Parole se multiplier par elle-même dans les cœurs de ses auditeurs, comme la graine qui pousse toute seule de dimanche dernier (Cf. La croissance illucide) : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4, 26-34).
Il est littéralement vidé après une journée de prédication, et il se repose en Dieu, confiant en la puissance de sa Parole. Son sommeil traduit son abandon à son Père. En dormant, même au milieu de la tempête, il recharge ses batteries spirituelles et physiques, il s’ancre en Dieu pour à nouveau le laisser parler par sa bouche, guérir par ses mains, agir par ses mots.
Réveillé de force, il s’étonne que les disciples n’essaient pas de le suivre sur cette voie de la foi–confiance : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? ».
Ils ont si peur qu’ils s’agitent en tous sens, multipliant sans doute l’instabilité de la barque battue par les vagues.

En calmant la mer avec autorité (« silence, tais-toi ! »), Jésus fait plus que répondre à leur besoin immédiat. Il leur dit et leur montre que son autorité sur les forces du mal lui vient de son repos en Dieu. Il les invite à faire de même : passer de la peur à la foi, de l’agitation fébrile à la force tranquille. Nous savons bien que l’éducation consiste à rendre l’enfant capable d’obtenir par lui-même ce qu’il ne cesse de demander aux adultes. Jésus prend soin de ses disciples en les rendant capables comme lui de commander aux forces du mal, de calmer les vagues et d’apaiser les coups de vent. Au-delà de leur besoin immédiat de sécurité (la tempête), Jésus prend soin de ses disciples en les appelant à passer de la peur à la foi, de l’agitation au repos en Dieu.

Marthe et Marie accueillant Jésus à BéthanieIl y a un autre passage célèbre qui nous vient à l’esprit en entendant ce fameux : « cela ne te fait rien ? » C’est l’épisode avec Marthe et Marie. À Béthanie, Marthe s’agite et s’inquiète comme les disciples dans la barque. Elle a sans doute peur de ne pas arriver toute seule, sans sa sœur, à assumer l’hospitalité envers Jésus et ceux qui le suivent. Elle éprouve surtout un énorme sentiment d’injustice car secrètement elle aimerait bien faire comme Marie : se plonger dans les délices de la Parole qui coule des lèvres de Jésus. Réflexe égalitaire bien connu : elle préférerait que toutes les deux soient privées de cette Parole plutôt qu’elle seule ; au moins trouverait-elle cela ‘juste’. D’où son reproche, identique aux compagnons de la barque : « Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit: Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m’aider » (Lc 10,40). Là encore, Jésus l’invitera à passer de la peur à la confiance (‘le repas se déroulera bien, ne t’en fais pas’), de l’agitation à la tranquillité en Dieu (comme Marie assise aux pieds de Jésus pour l’écouter), de la logorrhée–panique à l’écoute silencieuse. « L’idéal du sage est un cœur qui écoute » (Si 3, 29).
Jésus prend soin de Marthe en l’éduquant à un autre désir…

Le terme grec μλει (melo = prendre soin, s’inquiéter, se soucier de, se préoccuper de, prêter attention, réfléchir à, s’intéresser) utilisé pour exprimer le care de Jésus se retrouve 7 fois dans les Évangiles (hasard ?).

- Deux fois, c’est dans un autre sens : Jésus ne fait pas attention aux apparences humaines, et ne se laisse pas impressionner par le statut social, la richesse, la beauté physique etc. « He doesn’t care about people ». Il ne fait pas de différence entre les hommes (Mt 22,16 ; Mc 12,14). « Maître, nous savons que tu es vrai, et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité, sans t’inquiéter (melo) de personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des hommes ».
Il y a donc des situations où le don’t care est évangélique. Nous n’avons rien à faire des hochets après lesquels courent les puissants : médailles, titres, premières places, étalage de richesse etc. Cela nous est égal. ‘On s’en fout’, dira la sagesse populaire : l’essentiel est la personne en face de moi, pas ses diplômes, son grade, sa position hiérarchique ou la qualité de son costume. Le care évangélique nous rend libres pour ne pas nous laisser impressionner par le clinquant et nous centrer sur la personne au cœur, pas sur son apparence.

colloque-Care-Affiche barque dans Communauté spirituelle– Une autre occurrence du verbe μλει (melo) est affectée… à Judas. En effet, dans la caricature diabolique qu’en dresse Jean, Judas « doesn’t care for poors ». Il ne se soucie pas des pauvres, tout trésorier du groupe des Douze qu’il est. « Il disait cela, non qu’il se mît en peine (melo) des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait » (Jn 12,6).
D’après Jean, seul l’argent l’intéresse. La charge envers Judas est manifeste, mais on apprend au passage que prendre soin a pour complément d’objet direct privilégié : les pauvres. Le care évangélique est orienté structurellement vers les plus vulnérables. D’où « l’option préférentielle pour les pauvres » inscrite au cœur de la Doctrine sociale de l’Église, et de l’action de tant de pionniers chrétiens en matière sociale (hospices, orphelinats, écoles, entraide, dispensaires etc.).
Est Judas celui qui ne se soucie pas des pauvres. Le traître à la foi est celui qui n’a que faire du sort des perdants de la mondialisation, des oubliés de la croissance, des exclus de nos systèmes sociaux.

– Une autre occurrence vient confirmer cette dimension du care : celle où le mercenaire est désigné par deux fois comme celui qui ne prend pas soin des brebis. « Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met (melo) point en peine (melo) des brebis » (Jn 10.13).
En se sauvant au lieu de les défendre, en préférant tirer son épingle du jeu tout seul devant les loups plutôt que de risquer sa vie pour les brebis, il montre l’exact envers du care. Prendre soin de l’autre, c’est faire face aux dangers qui le menacent (les loups), s’y  exposer, jusqu’à prendre le risque de perdre sa vie pour sauver celle de l’autre. Les justes qui ont caché des juifs pendant l’Occupation nazie incarnent au plus haut point le care du bon Berger. Les délateurs qui ont dénoncé les juifs à leurs bourreaux sont les mercenaires du XX° siècle. Et il y en a eu tant d’autres hélas : la nomenklatura communiste qui a déporté et massacré par millions pour préserver ses intérêts ; les spéculateurs de toutes les crises financières qui ont préféré le gain court terme au logement des modestes, aux emplois à long terme etc.

- Les 2 autres occurrences du verbe μλει (melo) sont celle de Marthe et Marie, et de notre épisode de la tempête apaisée ce dimanche.

 

Prenons donc soin les uns des autres, comme Jésus a su le faire pour ses disciples au milieu de la tempête : en nous aidant mutuellement à passer de la peur à la foi, en nous ancrant dans la confiance en Dieu plus que dans l’agitation volontariste. Car Dieu le premier pratique le care à notre égard : « déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin (melo) de vous » (1P. 5-7).

 

__________________________________________________________________________________

[1] Début 2020, avant la pandémie de Covid-19, 160 millions d’enfants étaient forcés de travailler, soit 8,4 millions de plus qu’en 2016, dévoile un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’Unicef.

[2] Cf. https://www.cairn.info/journal-etudes-2010-12-page-631.htm

[3]. Cf. Joan Tronto, Un Monde vulnérable. Pour une politique du care, Éditions La Découverte, 2009.

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » (Jb 38, 1.8-11)

Lecture du livre de Job

Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial ; quand je lui mis pour vêtement la nuée, en guise de langes le
nuage sombre ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : “Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !” »

 

PSAUME
(106 (107), 21a.22a.24, 25-26a.27b, 28-29, 30-31)
R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !Éternel est son amour !ou : Alléluia ! (106, 1)

Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
qu’ils offrent des sacrifices d’action de grâce,
ceux qui ont vu les œuvres du Seigneur
et ses merveilles parmi les océans.

Il parle, et provoque la tempête,
un vent qui soulève les vagues :
portés jusqu’au ciel, retombant aux abîmes,
leur sagesse était engloutie.

Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur,
et lui les a tirés de la détresse,
réduisant la tempête au silence,
faisant taire les vagues.

Ils se réjouissent de les voir s’apaiser,
d’être conduits au port qu’ils désiraient.
Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
de ses merveilles pour les hommes.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5, 14-17)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né.

 

ÉVANGILE
« Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Mc 4, 35-41)
Alléluia. Alléluia.Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule. Le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
.Patrick Braud

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6 juin 2021

La croissance illucide

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

La croissance illucide

Homélie pour le 11° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
13/06/2021

Cf. également :

Un Royaume colibri, papillon, small, not big
Le management du non-agirL’ « effet papillon » de la foi
Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires
Le pourquoi et le comment

La croissance illucide dans Communauté spirituelle le-bonheur-illucide--homlies-2009-10--anne-cIllucide : nous avons déjà utilisé ce néologisme pour évoquer le bonheur de la Toussaint (Toussaint : le bonheur illucide), ou la justice du Carême (Cendres : soyons des justes illucides). Et voilà que notre évangile de ce dimanche (Mc 4, 26-34) le remet à nouveau au premier plan de la vie spirituelle : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ».
L’adjectif lucide vient du latin lux, lucis = lumière. Est lucide celui qui voit les choses en pleine lumière, conscient de ce qui se passe. Est illucide celui qui ne sait pas comment les choses arrivent, ni même ce qui arrive.
Le bonheur de la Toussaint est illucide car nous ignorons la vraie valeur de nos actes : nous avons heureusement oublié le verre d’eau accordé à l’assoiffé. La justice du Carême est illucide car c’est « en secret » que tout se joue, et Dieu seul voit réellement le secret de chacun, car lui seul sonde les reins et les cœurs (Jr 17,10 ; Rm 8,27), nos passions et nos amours.

La tradition catholique – légèrement volontariste ! – a su valoriser la lucidité comme objectif spirituel. Sans doute parce que la lucidité et le mérite sont liés : si je suis lucide sur le bien que j’ai fait, sur ma valeur personnelle, alors je peux m’en attribuer le mérite, la récompense de mes actes, et me glorifier de mes efforts. D’ailleurs, le Christ n’a-t-il pas dit : « celui qui fait la vérité vient à la lumière » ? Préférer l’obscurité à la clarté, n’est-ce pas le signe que nous nous habituons à notre péché et que nous avons peur qu’il soit dévoilé ?
Soit. Mais l’orgueil n’est jamais loin quand je peux faire la liste de tout ce que j’ai fait de bien, tel le pharisien au Temple alors que le publicain, lui, n’a rien à présenter. À force de croire que je peux voir clair entièrement en moi ou chez les autres, je passe à côté de la complexité des choses et des êtres…

La-Docte-Ignorance Esprit dans Communauté spirituelleHeureusement, les mystiques ont toujours contesté ce volontarisme très catholique.
Marie la première confesse ne pas savoir comment l’Esprit pourrait susciter la vie en elle : « comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » En acceptant de ne pas savoir, elle engendre un être unique, plus grand qu’elle.
D’ailleurs, dès le commencement, « ne pas savoir comment » préside au surgissement de l’autre : la mystérieuse torpeur qui s’empare d’Adam lorsque Dieu façonne Ève de son flanc (Gn 2,21) garantit le mystère de la relation homme-femme, son infinie profondeur et dignité, car Adam ne sait pas comment Ève a surgi face à lui.
Les Pères du désert parlaient de repos en Dieu (hésychie), au-delà du bien et du mal, où le seul désir est de laisser agir l’Esprit en nous, sans savoir comment il agit.
Les mystiques rhénans (Tauler, Eckhart, Suso) traitent de ‘pauvres fous’ les gens pieux qui comptabilisent leurs bonnes actions pour aller au ciel. Ils prêchent l’abandon (Abgeschiedenheit), le détachement, la dépossession, le non-savoir.
Nicolas de Cues chantait la « docte ignorance », ce fruit de l’Esprit qui nous libère de toute mainmise sur nos œuvres.
Et Jeanne d’Arc, à qui l’évêque demandait si elle était en état de grâce, savait répondre, illucide : « si je n’y suis pas, Dieu m’y mette. Si j’y suis, Dieu m’y garde ». Autrement dit : ‘il ne m’appartient pas de savoir si je suis en état de grâce ou non ; c’est le travail de Dieu en moi, et prétendre connaître la réponse – positive ou négative – l’annulerait par là-même’.
Saint Jean de la Croix chante quant à lui « la nuit obscure » où la bien-aimée (l’âme humaine) cherche son bien-aimé (le Christ), car elle ne sait pas où il est. Et c’est « en secret » que Dieu prépare son cœur à la rencontre, sans qu’elle sache comment.

Être illucide ne signifie donc pas être inconscient – au sens psychologique du terme – ni inactif. C’est plutôt le désir de se laisser conduire au lieu de tout maîtriser, de travailler gratuitement à la vigne au lieu d’en comptabiliser les fruits. Le bonheur, la justice ou la croissance ne sont pas des objectifs à poursuivre, mais des fruits à accueillir, toujours surprenants, inattendus. Un bienfait collatéral, en quelque sorte. Vouloir être heureux, c’est déjà ne plus l’être. Celui qui l’est ne sait pas qu’il l’est, et son bonheur est parfait. Vouloir être juste, c’est s’épuiser à accumuler des bonnes actions, des œuvres remarquables, alors que Dieu comble son bien-aimé quand il dort, et que le bon larron est accueilli sans avoir rien fait que de croire.
Les artistes du Moyen-Âge ne signaient pas leurs œuvres, s’effaçant devant leur création. Ceux de la Renaissance y déposaient leur nom pour être couverts de gloire. L’illucide préfère l’anonymat, selon la parole de Jésus : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite… » (Mt 6,3)

semence hétimasieDans la parabole du grain qui pousse tout seul de ce dimanche, Jésus nous remet devant l’illucidité de toute croissance authentiquement spirituelle : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi ».
Bien sûr que le cultivateur connaît le processus de germination, ce qu’il y faut d’engrais, de pluie, de soleil etc. Mais fondamentalement, une fois qu’il a planté la graine, tout cela se passe sans lui, et en tout cas il n’est pas le maître absolu de la nature. Bien des récoltes seront décevantes alors qu’elles s’annonçaient généreuses ; bien des vendanges seront compromises par la grêle, le gel, des maladies imprévues.
La croissance de la graine est une dynamique vitale qui se passe largement de nous (les immenses forêts primaires sont là pour nous le rappeler). La sagesse populaire dit fort bien qu’on ne fait pas pousser une plante en tirant dessus !

La croissance dont parle Jésus est d’abord celle du Royaume autour de nous : nous n’en sommes pas maîtres. Si vous avez un jour accompagné des adultes dans le catéchuménat vers le baptême, vous connaissez déjà cette liberté qu’a l’Esprit pour susciter des conversions là où on ne les attendait pas. Des gens découvrent le Christ par hasard, sans action pastorale planifiée. Des peuples comme la Corée au XVIII° siècle grandissent dans la foi en lisant la Bible loin de toute société missionnaire. Des acteurs courageux – très loins du Christ – produisent soudain des fruits admirables, tel le roi perse Cyrus autorisant Israël à revenir de sa déportation de Babylone. Et tout cela sans que nous y soyons pour grand-chose. Le Royaume grandit autour de nous, et nous ne savons pas comment. Et c’est tant mieux ! Car sinon nous pourrions imaginer que c’est grâce à nous, nous pourrions avoir la tentation de vouloir domestiquer et contrôler cette croissance selon nos propres vues.

Le grain qui pousse tout seul désigne également la croissance du Royaume de Dieu en chacun de nous. Nous savons pas comment, mais un jour nous nous réveillons plus libres, ou plus décidés, ou plus aimants. N’avez-vous jamais été surpris de découvrir en vous des forces neuves, une gaieté retrouvée, une paix intérieure évidente et durable ? Je me souviens que, au lycée, j’aimais bien plancher sur des problèmes de mathématiques ardus juste avant de me coucher. Et au petit matin, comme par enchantement, grâce à une bonne nuit de sommeil, tout se dénouait facilement : j’écrivais d’une seule traite la solution aux exercices les plus difficiles. Toutes proportions gardées, c’est bien le même processus d’abandon qui est à l’œuvre : Dieu comble son bien-aimé quand il dort (Ps 126,2) ! Tout se dénoue un jour lorsque nous abandonnons en Dieu nos problèmes les plus insolubles. Et nous ne savons pas comment. Mieux : le fait de ne pas savoir, de ne pas vouloir savoir, libère en nous la puissance de cette force prodigieuse qui travaille en nous sans que nous puissions la maîtriser.

4-niveaux-de-competence illucideAbraham Maslow (l’auteur de la célèbre pyramide !) avait théorisé les 4 étapes de l’apprentissage, qui conduisent au savoir illucide :
Phase 1 : Je ne sais pas que je ne sais pas …
C’est le stade du candidat à l’apprentissage ignorant tout de sa discipline.
Phase 2 : Je sais que je ne sais pas …
L’apprenti découvre les immenses possibilités de son art, qu’il ne maîtrise pas. Il apprend.
Phase 3 : Je sais que je sais …
L’apprenti commence à maîtriser consciemment l’expertise apprise.
Phase 4 : Je ne sais plus que je sais
L’apprenti est devenu un maître, accomplissant les subtilités de son art sans même s’en rendre compte.
La progression de la vis spirituelle suit ces 4 étapes, jusqu’à parvenir à la compétence illucide, s’accroissant sans cesse sans même le savoir.


Une telle croissance illucide est le fruit de l’Esprit, ‘qui est Seigneur et qui donne la vie’.

L’illucidité de cette croissance entraîne trois conséquences spirituelles :

Toujours espérer dans la force du travail de Dieu en moi.
Si moi je perds cœur, lui ne perdra pas son Souffle. Si moi je ne vois rien grandir, lui saura me faire discerner comme Isaïe au Mont Carmel le petit nuage gros comme le poing à l’horizon qui deviendra une pluie bienfaisante (1 R 18, 44). Si moi je désespère d’avoir les mains vides devant lui, lui me les remplira mieux que je n’aurais su le faire. Tels les 5 pains et les 2 poissons pour une foule de 5000 hommes, le peu de bonne terre que chacun a en lui suffit à Dieu pour y faire pousser des arbres remarquables ! Il n’y a qu’à le laisser faire – même si nous ne savons pas comment il le fait – au lieu de le faire à notre façon.

– Toujours espérer dans la puissance du travail de l’Esprit en l’autre.
Aimer son prochain comme soi-même demande en effet de voir en lui le même potentiel de croissance que celui que je découvre en moi. Lui aussi – fut-il le pire criminel – possède en lui ce presque-rien, cette minuscule graine qui ne demande qu’à croître et porter du fruit. Certes, l’autre peut la piétiner, l’étouffer, s’en détourner. Reste qu’il est créé à l’image de Dieu, et rien – pas même le pire péché – ne peut totalement déraciner ce reflet divin de son être. S’il rencontre quelqu’un qui croit en lui, qui porte sur lui un regard d’espérance, la graine germera. S’il s’écœure lui-même à force de méchanceté, il sera surpris un jour de découvrir en lui une parcelle d’humanité qui ne demande qu’à croître.
C’est l’une des raisons théologiques les plus fortes à notre opposition radicale à toute peine de mort : Dieu n’en a jamais fini avec nous. Même dans le condamné le plus ignoble, l’Esprit a la liberté de faire grandir une humanité admirable, et nous ne savons pas comment.

analyse-trans1 Jésus

 

– Laisser à l’Esprit une réelle marge de manœuvre.
© 1988 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet
Si notre croissance spirituelle est largement illucide, alors plus nous voulons tout maîtriser et moins nous grandissons ! Certains croient que la foi est une morale où il faut accumuler les bonnes œuvres. D’autres planifient leur vie religieuse comment construire un gratte-ciel, en ne laissant rien au hasard. Or, les ingénieurs prévoient toujours quelques degrés de liberté dans leur construction, pour qu’elle vive, qu’elle respire, qu’elle s’adapte à l’imprévu. Regardez les ponts par en dessous : vous verrez les joints de dilatation qui permettent à la structure de ne pas être figée, de bouger, de se dilater sous l’action de la chaleur. Eh bien, laissez de la place à Dieu dans vos ambitions humaines ! Laissez du vide à ne surtout pas combler, des espaces pour vous dilater lorsque la chaleur de l’Esprit vous embrasera ! Ne prévoyez pas tout, car vous ne savez pas comment va croître le Royaume de Dieu en vous et autour de vous. Les gens affairés qui ont un agenda rempli à ras bord n’ont plus de place pour l’imprévu, la rencontre fortuite, le hasard qui pourrait bouleverser leur vie. Ils avancent, mais sur des rails, alors que l’Esprit souffle où il veut ! Si vous acceptez de ne pas savoir comment s’opère cette croissance en vous, alors vous serez disponibles à l’inattendu, capable de bifurquer là où l’Esprit vous emmène.

Les orthodoxes ont une disposition liturgique fort symbolique pour cela (l’hétimasie) : ils laissent vide la chaise cathédrale, car elle ne peut être occupée que par le Christ en personne, absent physiquement de l’histoire. L’évêque (ou le patriarche) qui siège dans cette cathédrale a son trône toujours placé en dessous du trône vide du Christ, le Chef invisible de l’Église. Si quelqu’un prend sa place, comment se laisser guider par le Christ ?

Laissez donc du vide dans vos agendas, vos projets, vos constructions. Alors grandira le Royaume au-dedans de vous et autour de vous, et vous ne saurez pas comment

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

 

PSAUME
(91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)
R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

 

DEUXIÈME LECTURE
« Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

 

ÉVANGILE

« C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)
Alléluia. Alléluia. La semence est la parole de Dieu ;le semeur est le Christ ;celui qui le trouve demeure pour toujours. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
.Patrick Braud

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30 mai 2021

L’Alliance dans le sang

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’Alliance dans le sang

Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année B
06/06/2021

Cf. également :

Les 4 présences eucharistiques
Bénir en tout temps en tout lieu
Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

L’Alliance dans le sang dans Communauté spirituelle rambouilletLa presse n’a guère souligné un aspect terrifiant du meurtre de Stéphanie Monfermé, l’officier de police assassinée le 23 avril dernier dans le commissariat de Rambouillet : son égorgement. Parler d’assassinat d’une policière était déjà suffisamment horrible ; pas besoin d’en rajouter. Pourtant, le fait que l’assassin ait utilisé un poignard et égorgé sa victime en citant le nom d’Allah comme on procède à un sacrifice rituel en islam ou à l’abattage d’un animal selon le rite halal fait immanquablement penser à un sacrifice religieux [1]. Circonstance aggravante : c’était un vendredi, jour de la prière, et le jour ne fut pas choisi au hasard. Et c’était pendant le mois du ramadan pendant lequel les djihadistes croient que leur soi-disant martyr les conduit  directement au paradis d’Allah.

Cette pratique d’égorgement nous est peu familière, depuis que le christianisme a aboli les sacrifices d’animaux en proclamant que le Christ est l’unique victime, rendant inutiles les sacrifices de la première Alliance. Et depuis la destruction du second Temple de Jérusalem en 70 après J.-C., les juifs ne pratiquent plus les sacrifices rituels qui lui étaient réservés, hormis peut-être le traditionnel agneau pascal, mais sans rites particuliers.

Or, nous redécouvrons avec l’abattage rituel que des religions pratiquent encore cet égorgement bestial en croyant obéir à Dieu (les animistes en Afrique, les musulmans partout dans le monde). Le Coran est clair sur ce point :

« Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévoré – sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte » (Sourate 5,3, La Table servie).

Abattage hallalLa tradition musulmane a fixé le déroulement de l’abattage rituel (dhabiha en arabe) pour qu’il soit certifié halal. Il faut tuer l’animal en respectant trois points essentiels :
- il faut qu’il soit conscient, donc non étourdi
- il faut qu’il soit égorgé de façon large jusqu’aux vertèbres cervicales
- il faut que l’animal soit tourné vers La Mecque et que soit prononcée par un musulman agréé la formule : “Bismillah  Allahou Akbar”.
Cette invocation du nom d’Allah au moment de l’égorgement est une obligation. Sans cette invocation, le rituel sacrificiel n’est pas « hallal ».
Cet égorgement ne peut pas être fait par un non musulman.
La saignée doit être réalisée par une personne, forcément musulmane, formée et habilitée par l’un des trois organismes agréés depuis les années 1990 par l’État : la Grande Mosquée de Paris, la Mosquée d’Évry et la Grande Mosquée de Lyon. Par ailleurs, la tête de l’animal abattu doit être tournée vers la Kaaba, la pierre sacrée de La Mecque, pendant qu’il se vide de son sang. Enfin, la viande halal ne doit avoir aucun contact avec des carcasses qui ne le seraient pas.

Dans la pratique, il est très difficile de savoir si ces rites sont respectés. Car l’État n’intervient à aucun moment dans le processus de certification de la viande halal, et n’exerce aucun contrôle sur l’abattage rituel. La certification est donc le fait d’une quarantaine d’organismes privés et indépendants des pouvoirs publics.

Selon des chiffres de la Direction générale de l’alimentation, dépendante du ministère de l’Agriculture, 30% du gros milliard de bêtes abattues en France le sont selon des rites religieux. Mais rapporté au tonnage, la proportion tombe à 14%. Cette différence s’explique par le fait que le mouton ou l’agneau, plus légers que le bœuf ou le veau, sont privilégiés par les clients musulmans ou juifs. Cette production reste pourtant supérieure à la demande. À en croire l’Interbev (association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes), qui regroupe tous les acteurs du secteur, la demande de viande halal dans l’Hexagone représente environ 7% de la consommation totale, auquel il faut ajouter 2,5% pour la demande de viande casher.

Notons au passage qu’il y a un enjeu économique important à ce contrôle par les mosquées. Une rémunération de 10 à 15 centimes d’euros le kilogramme de viande est prélevée au titre de la certification, au bénéfice des organismes certificateurs.

Il y a des débats éthiques – légitimes – sur la souffrance animale provoquée par cet égorgement sans anesthésie, sans étourdissement préalable. Pas sûr que le bien-être animal soit vraiment respecté dans ces coutumes d’un autre âge.

Un boucher montre à des écoliers comment sacrifier un animal pour l'Aïd el-Kebir, Le Caire, Egypte, le 11 novembre 2010.Le sang coule également à flots lors de la fête de l’Aïd (ou Tabaski), la « fête du mouton », lorsque ces animaux sont égorgés par centaines de milliers pour commémorer le remplacement d’Isaac (Ismaël en fait dans la version arrangée du Coran) par un bélier.

Et il (Abraham) dit:  » Moi, je pars vers mon Seigneur et Il me guidera. Seigneur, fais-moi don d’une (progéniture) d’entre les vertueux « .
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime.
Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, (Abraham) dit:  » Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler Vois donc ce que tu en penses « .
(Ismaël) dit:  » Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants « .
Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes :  » Abraham ! Tu as confirmé la vision C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants « .
C’était là certes, l’épreuve manifeste. Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse. Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité :  » Paix sur Abraham  » (Sourate 37, 99-109).

Le Christ a rendu inutile ce sacrifice sanglant en prenant sur lui la violence symbolique de ces anciens rites. Quelle régression spirituelle d’en revenir à des sacrifices d’animaux pour célébrer une alliance avec Dieu !

Le rite de la première Alliance que nous avons lu dans la première lecture (Ex 24, 3-8) est certes sanglant : Moïse asperge les 4 points de l’autel avec le sang des bêtes égorgées en l’honneur de HYWH. Dans la Bible, le sang c’est la vie, et la vie appartient à Dieu seul, qui en est le maître. L’homme ne peut donc pas prendre la part de sang qui ne lui revient pas :: en le laissant s’écouler hors de la bête sacrifiée, en le répandant sur l’autel, l’homme reconnaît ainsi symboliquement qu’il n’est pas le maître de la vie, et qu’à Dieu seul revient le titre de Créateur et Seigneur de tous les êtres vivants. Aucun souci hygiénique ou sanitaire dans ces pratiques qui sont avant tout religieuses.

image alliance dans Communauté spirituelleCe que Moïse accomplissait au désert avec le sang des animaux, ce que les prêtres juifs répétaient ensuite au Temple de Jérusalem, Jésus l’a accompli une fois pour toutes avec son propre sang, abolissant ainsi toutes les pratiques anciennes où égorger l’animal était supposé s’attirer les faveurs du divin. Parler de l’unique sacrifice du Christ, réalisé une fois pour toutes, non réitérable, est donc révolutionnaire : le vrai sacrifice dans l’eucharistie est de s’offrir soi-même, uni au Christ, et non d’offrir quelque chose d’extérieur à soi. L’eucharistie ne nous demande pas de tuer (un animal, un ennemi) pour être agréable à Dieu (que ce soit YHWH ou Allah), mais au contraire de donner notre vie pour ceux que nous aimons, et même pour ceux que nous n’aimons pas (nos ennemis).

La subversion du sacrifice est totale en christianisme : le sang de l’Alliance est celui du Christ, unique dans l’histoire humaine, et non celui d’animaux ou d’adversaires. Dans l’eucharistie, nous ne répétons pas cet unique sacrifice, accompli une fois pour toutes comme aime à le répéter cinq fois la Lettre aux Hébreux. Nous nous rendons contemporains de ce sacrifice, pour laisser le Christ nous unir à lui dans cette dépossession de lui-même, par amour, qui le conduit à la mort. « Afin que notre vie ne soit plus à nous-même, mais à lui qui est mort et ressuscité pour nous… », aime à dire la Prière eucharistique n° 4.

1409168298_99225_medium coranDepuis la croix, les sacrifices d’animaux nous paraissent à juste titre des rites régressifs et dangereux. De même que nous paraissent archaïques et obsolètes les interdits alimentaires de la cacherout et du halal, qui reposent sur une vision du monde périmée (le pur et l’impur, le permis et le défendu).

Respecter les autres croyants n’implique pas de supprimer le débat théologique ! Comment ne pas dénoncer le retour à ces pratiques d’un autre âge, qui enchaînent dans la peur et la soumission les enfants de Dieu appelés à la liberté, qui utilisent le sang des animaux comme ‘garantie’ de l’alliance ?

Célébrons donc l’eucharistie avec reconnaissance : nous n’avons plus à faire couler le sang des autres, mais à laisser celui du Christ nous unir à l’offrande de lui-même qu’il fait à son Père, dans la force de l’Esprit. Le sang sacramentel que nous buvons dans la coupe de la nouvelle Alliance est la subversion des anciens sacrifices païens, des sacrifices animistes ou musulmans d’aujourd’hui.

Notons au passage que cela devrait nous faire réfléchir sur l’utilisation de nos compagnons animaux, et notamment sur notre manière de les tuer pour nous nourrir…

Puisse la fête du Corps et du Sang du Christ nous faire voir autrement ce que conclure une alliance de sang signifie : donner sa vie par amour, et non prendre la vie des autres en instrumentalisant le Nom de Dieu, le plus manipulé de tous les noms en ce siècle…

 


[1]. La décapitation du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020 au nom d’Allah relevait d’une logique similaire.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici le sang de l’Alliance que le Seigneur a conclue avec vous » (Ex 24, 3-8)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »

PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

R/ J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.
ou : Alléluia ! (115, 13)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

DEUXIÈME LECTURE
 Le sang du Christ purifiera notre conscience » (He 9, 11-15)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. Par la tente plus grande et plus parfaite, celle qui n’est pas œuvre de mains humaines et n’appartient pas à cette création, il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. S’il est vrai qu’une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair, le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant. Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau : puisque sa mort a permis le rachat des transgressions commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.

SÉQUENCE

« Lauda Sion » (ad libitum) () Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs ! C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. * Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères. Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

ÉVANGILE
« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » (Mc 14, 12-16.22-26) Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?” Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
.Patrick Braud

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