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7 novembre 2021

Ephapax : une fois pour toutes

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 22 min

Ephapax : une fois pour toutes

33° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
14/11/2021

Cf. également :

Jésus, Fukuyama ou Huntington ?
Lire les signes des temps
« Même pas peur »…
La destruction créatrice selon l’Évangile
La « réserve eschatologique »
L’antidote absolu, remède d’immortalité

Le voyageur sans billet

Ephapax : une fois pour toutes dans Communauté spirituelle Voyagez-en-r%C3%A8gle-article_tcm65-216834_tcm65-178385_272x194Vous connaissez peut-être la blague du voyageur sans billet : le contrôleur du TGV demande à un jeune homme de montrer son billet. Le voyageur sort son smartphone, montre une photo de Jésus en croix en glissant avec un sourire : « il a payé toutes nos dettes, une fois pour toutes ! »

Au-delà du clin d’œil, ce brin d’humour pose une question fondamentale qui rejoint notre deuxième lecture de ce dimanche : croyons-nous que le Christ est un tournant unique, définitif, de portée universelle dans l’histoire du monde ?

Noël revient chaque année, mais aussi le grand pèlerinage à la Mecque, la fête du dieu Ganesh à tête d’éléphant en Inde, ou Yom Kippour en Israël. Que ce soit à la messe, à la mosquée, dans le Gange ou devant le Mur des Lamentations, les croyants de toutes religions vont refaire des centaines, des milliers de fois les mêmes gestes, prononcer les mêmes paroles, accomplir les mêmes gestes dans leur vie. C’est fou ce que la religion est répétitive ! Les rites et coutumes sont au cœur de la démarche religieuse, et le rite est par essence répétitif, reproductif de lui-même. Il faut le répéter, souvent jusqu’à la mort !

 

L’hapax biblique

Le « sans-dents » de Hollande est-il un hapax ?

Le « sans-dents » de Hollande est-il un hapax ?

Notre deuxième lecture offre une fenêtre de tir très intéressante pour dynamiter cette logique répétitive, voire légèrement obsessionnelle et ennuyeuse, qui guette toute démarche religieuse. La lettre aux Hébreux utilise en effet 8 fois (8 étant le chiffre de la résurrection) le terme grec άπαξ (hapax) qui signifie : une fois et une seule, et 3 fois (nombre divin) le terme voisin ἐφάπαξ (ephapax) qui est comme son superlatif et signifie : une fois pour toutes.

Les 8 usages du terme hapax soulignent le caractère unique du sacrifice du Christ, par exemple : « c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice ». L’auteur (on n’est pas sûr que ce soit Paul) précise lui-même le sens de l’expression : « Ces mots une seule fois montrent clairement qu’il y aura une transformation de ce qui sera ébranlé parce que ce sont des choses créées, afin que subsiste ce qui ne sera pas ébranlé » (He 12, 27).

Il utilise 3 fois l’autre terme ephapax, pour affirmer que l’offrande du Christ est accomplie une fois pour toutes (He 7,27 ; 9,12 ; 10,10). Ce que Paul reprend dans sa lettre aux Romains : « lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant » (Rm 6, 10).

C’est dire que l’auteur insiste fortement pour souligner le caractère singulier, unique, définitif, non reproductible de l’offrande faite par le Christ de lui-même. Alors que le grand prêtre juif était dans la répétition des sacrifices d’animaux et des services liturgiques à refaire chaque jour, le Christ – lui - a fait une fois pour toute l’offrande de sa vie : «  Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie ».

Qu’est-ce que cela change, me direz-vous ? Toute notre conception de l’histoire ! Si la résurrection du Christ est un hapax, un événement unique et définitif, alors l’histoire humaine a connu dans la Pâque de l’an 0 un véritable tournant à nul autre pareil.

Hapax-1-600x269 ephapax dans Communauté spirituellePlus besoin d’offrir le sacrifice pour nos péchés, comme le dit He 10, 18 : « quand le pardon est accordé, on n’offre plus le sacrifice pour le péché », car le Christ l’a déjà fait une fois pour toutes. Et qui oserait prétendre y ajouter quelque chose ? Qui pourrait répéter et reproduire ? « Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant » (Rm 6, 10). Plus besoin de recommencer ce qui a été fait une fois pour toutes.

Ce qui a été fait par le Christ a été bien fait, et a une portée définitive, universelle, plénière. Impossible d’y rajouter quelque chose, impossible de faire plus, ou de faire semblant de l’imiter alors qu’il l’a déjà fait pour nous, pleinement, une fois pour toutes.

Le but de la liturgie chrétienne n’est donc pas de mimer ce que le Christ a fait, ni de le refaire. Rabâcher n’est pas chrétien : « ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. » (Mt 6, 7). Non : il s’agit de nous rendre présents à ce moment unique de l’histoire qu’est la Passion-Résurrection, et ainsi de nous laisser unir par l’Esprit du Christ à l’unique offrande qu’il fait de lui-même à son Père. Dans la communion des temps qu’opère la liturgie chrétienne, nous sommes rendus contemporains du Christ en croix, pour communier à sa Résurrection, et ainsi avoir la force de communier à sa Passion, dans cet ordre, comme l’écrit Paul : « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à lui dans sa mort » (Ph 3, 10).

Imaginez que l’Histoire soit une ligne. Les mentalités anciennes la voient cyclique, et les liturgies païennes ramènent toujours au point primordial, « in illo tempore », pour revenir à l’ordre initial et conjurer le chaos grandissant. Le livre de l’Exode a ouvert une brèche dans ce cercle du temps, et l’a doté d’une flèche : la Terre promise, puis le Royaume de Dieu. La modernité a aplati cette ligne pour la rendre linéaire : le mythe du Progrès assure que nous allons de l’avant et que demain sera mieux qu’hier. Le catastrophisme écologiste actuel brise ce bel élan optimiste, et dessine une ligne du temps catastrophique, anticipant un effondrement imminent.

La lettre aux Hébreux préserve la foi chrétienne de ces schémas trop simples : il y a dans l’histoire des hapax, des événements uniques, singuliers, d’une portée définitive et universelle, dont la Pâque du Christ est l’archétype. Et ces événements sont imprévisibles.

Qui aurait pu prédire la survie du petit peuple juif à l’Exode, à la déportation vers Babylone ou à la Shoah ? Mille fois il aurait dû être rayé de la carte ! Mais des interventions humaines (Moïse, Esther, Judith, Cyrus…) – dans lesquelles les livres bibliques reconnaissent une inspiration divine – ont fait basculer le cours des événements de manière décisive.

Qui aurait pu annoncer à l’avance l’incarnation du Très-Haut adoré par les juifs ? Événement inouï, inimaginable, cet hapax change le cours du temps, définitivement.

Qui aurait pensé que Jésus de Nazareth se lève d’entre les morts, le premier, avant la résurrection finale ? Cet hapax-là est tellement incroyable qu’il fera rire les Athéniens, grincer des dents les juifs, et suscitera la jalousie mortelle des Romains.

Depuis Pâques, l’histoire ne cesse d’être jalonnée de ces hapax où quelque chose se transforme, d’une manière irréversible, si bien que l’homme ne sera plus jamais après comme avant. Pensez aux premiers conciles, à saint François d’Assise, à la Réforme de Luther, à la chute du Mur de Berlin etc.

 

L’hapax existentiel

Tolle Lege St AugustinIl n’y a pas que l’histoire biblique qui est remplie d’hapax, culminant en Jésus-Christ. Notre histoire personnelle également. Le philosophe Michel Onfray, pourtant athée déclaré, reprend ce terme biblique de la lettre aux Hébreux pour l’appliquer à notre existence individuelle. Il parle d’hapax existentiel pour désigner ces moments uniques de notre histoire où il se passe quelque chose de définitif, de non reproductible :

« Nombre de philosophes ont connu ce que nous pourrions appeler des hapax existentiels, des expériences radicales et fondatrices au cours desquelles du corps surgissent des illuminations, des extases, des visions qui génèrent révélations et conversions qui prennent forme dans des conceptions du monde cohérentes et structurées » [1].
Ainsi l’hapax existentiel est-il une expérience déterminante capable de pousser un homme à devenir un philosophe.
Parmi les philosophes dont Onfray cherche à saisir l’hapax existentiel, on trouve au premier chef saint Augustin, avec l’épisode célèbre du « Tolle et lege » où Augustin, manichéen angoissé, entend une voix intérieure lui intimer de prendre le livre (de la Parole) et de le lire.
La notion d’hapax existentiel fut introduite par Vladimir Jankélévitch, qui explique que « toute vraie occasion est un hapax, c’est-à-dire qu’elle ne comporte ni précédent, ni réédition, ni avant-goût ni arrière-goût ; elle ne s’annonce pas par des signes précurseurs et ne connaît pas de « seconde fois » [2]. Ainsi de la perte d’un enfant, pour sa mère : « Mais l’enfant qu’elle a perdu, qui le lui rendra ? Or c’est celui-là justement qu’elle aimait… Hélas, aucune force ici-bas ne peut faire revivre ce précieux, cet incomparable hapax littéralement unique dans toute l’histoire du monde ».
Il s’agit donc d’un événement unique dans ses aspects constituants et qui fait naître brusquement et nécessairement un cheminement de vie et de pensée original et personnel (cf. Wikipédia, article hapax).

Les chrétiens n’auront aucun mal à reprendre ce que Jankélévitch et Onfray écrivent à propos de l’hapax existentiel : oui, il arrive dans nos vies de ces bifurcations imprévues, uniques, qui changent tout, pour longtemps. Et nous pouvons souvent (pas toujours !) y  reconnaître la trace de l’action de Dieu.

Telle lecture nous bouleverse comme jamais et nous amène à prendre une décision aussi radicale que celle de saint Augustin ? Hapax !
Telle rencontre nous éblouit et nous fait choisir des études, un métier différent ? Hapax !
Telle expérience intérieure nous émeut jusqu’aux larmes et laisse en nous une trace indélébile de paix et de joie ? Hapax !
La beauté de telle musique ou de tel visage nous fait pressentir l’infini qui nous habite ? Hapax !
La détresse d’un enfant mort de froid dans la rue nous saisit au point de remuer ciel et terre pour que cela n’arrive plus jamais ? Hapax !
Et chacun peut continuer la liste avec les moments, les événements qui ont marqué dans son parcours de vraies bifurcations, une fois pour toutes.

 

Passer de l’hapax à l’ephapax

Une bonne fois pour toutes !Car c’est bien l’un des enjeux de notre deuxième lecture : passer de l’hapax à l’ephapax. Ou pour le dire plus simplement : faire en sorte que l’événement unique qui nous bouscule devienne un tournant irréversible dans notre vie, une fois pour toutes, en en assumant toutes les conséquences.

Je me souviens encore pour ma part du choc de ma découverte de l’Afrique Noire dans les années 80, quand la coopération permettait aux jeunes de faire leur service militaire à l’étranger. Dès la descente de l’avion, j’ai senti qu’il se passait quelque chose qui allait me marquer au fer rouge. On n’est plus le même 2 ans après, même si l’on revient en France reprendre apparemment sa vie ordinaire. Car on ne peut plus vivre après comme avant, sauf à se renier soi-même.

Transformer nos éblouissements uniques en décisions de longue portée, une fois pour toutes, est également l’un des enjeux de la Pâque chrétienne. Un événement deviendra ephapax pour nous si nous savons en faire un jalon décisif dans notre parcours humain, aux conséquences lourdes et durables, une fois pour toutes.

Célébrer la Pâque du Christ, selon la lettre aux Hébreux, c’est reconnaître dans cette occurrence extraordinaire la matrice de nos propres surgissements : il y a de l’unique, du définitif, du singulier dans l’histoire de chacun, dont l’offrande pascale du Christ est comme le déchiffrement, le mode d’emploi, l’accomplissement.

À nous de savoir discerner ces moments-là.
Quels sont donc vos hapax ?
Comment pouvez-vous les transformer en ephapax, une fois pour toutes ?

 


[1]. Michel Onfray, L’Art de jouir : pour un matérialisme hédoniste, Paris, Grasset, coll. « Littérature française », 1991.

[2]. Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, Paris, PUF, 1957, p. 117.


Lectures de la messe

Première lecture
« En ce temps-ci, ton peuple sera délivré » (Dn 12, 1-3)

Lecture du livre du prophète Daniel

 En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent, jusqu’à ce temps-ci. Mais en ce temps-ci, ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais.

Psaume
(Ps 15 (16), 5.8, 9-10, 11)
R/ Garde-moi, mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge.
(Ps 15, 1)

Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

Deuxième lecture
« Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie » (He 10, 11-14.18)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Dans l’ancienne Alliance, tout prêtre, chaque jour, se tenait debout dans le Lieu saint pour le service liturgique, et il offrait à maintes reprises les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais enlever les péchés.
Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie.  Or, quand le pardon est accordé, on n’offre plus le sacrifice pour le péché.

Évangile

« Il rassemblera les élus des quatre coins du monde » (Mc 13, 24-32) Alléluia. Alléluia.
Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous pourrez vous tenir debout devant le Fils de l’homme. Alléluia. (cf. Lc 21, 36)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. »
Patrick BRAUD

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25 juillet 2021

Exorciser la peur du lendemain

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Exorciser la peur du lendemain

Homélie pour le 18° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
01/08/2021

Cf. également :

Faire ou croire ?
La capacité d’étonnement

Éveiller à d’autres appétits
« Laisse faire » : éloge du non-agir
La soumission consentie

Fin du mois, fin du monde

Exorciser la peur du lendemain dans Communauté spirituelle Peur-de-manquer-275x400Rappelez-vous mars 2020 et le début du confinement : les rayons des supermarchés ont été dévalisés en quelques heures de leurs produits de base. Farine, huile, pâtes, riz : tout disparaissait à vue d’œil. Jusqu’au papier toilette, devenu denrée rare ! À croire que les familles françaises stockaient en prévision d’une pénurie mondiale. Et le pire est que cette folle demande en excès a créé quelques pénuries le temps d’ajuster la production à ces consommateurs angoissés. Nos grands-parents nous avaient raconté la période de rationnement d’après-guerre : les tickets pour obtenir de la nourriture au compte-gouttes, les files interminables devant les boulangeries, les rayons où il ne restait qu’une ou deux misérables boîtes de conserve. D’ailleurs, dans beaucoup de familles, les générations suivantes continuent de stocker, par réflexe. Chez moi, ma mère avait toujours un placard rempli de farine, huile, sucre, riz : ‘on ne sait jamais’.

Cette peur de manquer est aussi vieille que l’humanité, que la vie elle-même. L’épisode de la manne que nous lisons ce dimanche (Ex 16, 2-4.12-15) et que l’Évangile de Jean reprend à sa manière (Jn 6, 24-35) en est la trace. Les esclaves hébreux en fuite dans le désert inconnu ont faim et soif. La peur de mourir au milieu de ces rochers brûlants les désespère. Alors, lorsque tombe du ciel la manne inattendue, ils veulent faire des provisions, ‘au cas où’. Et c’est bien légitime. L’interdiction de YHWH n’en est que plus étonnante : pourquoi empêcher d’en ramasser pour le lendemain ? La sanction naturelle pour ceux qui transgressent cette interdiction est tout aussi impressionnante : la manne amassée pourrit dans les paniers de ceux qui voudraient la stocker en prévision des ‘jours sans’.

Comment ne pas nous reconnaître dans cette réaction instinctive des hébreux : peur de manquer, angoisse du lendemain ?

Souvenez-vous des Gilets jaunes en France : sur les ronds-points, ils ferraillaient avec les écologistes sur les urgences de l’action politique. Les uns parlaient de fin du monde, les autres de fin du mois. L’angoisse écolo de la décennie d’après, nourrie par des rapports et des études de collapsologie effrayante, se heurtait à la peur de manquer très concrète de familles modestes où faire manger les enfants et boucler les fins de mois devenait la préoccupation majeure, lancinante et épuisante. Ces deux peurs sont aujourd’hui encore des moteurs importants de l’action politique. Les Français ont épargné des milliards pendant le confinement, suivant sans le savoir ce réflexe des hébreux au désert : mettre le plus possible de côté en prévision des jours mauvais. Joseph, fils de Jacob, avait pourtant été loué pour sa sagesse dans le même livre de l’Exode : il avait su remplir les greniers de blé de l’Égypte au temps des 7 années de vaches grasses pour faire face ensuite aux 7 années de disette les temps de vaches maigres. La sagesse de Jacob auprès de Pharaon a permis à l’Égypte de traverser 7 années de famine. La loi de Moïse a permis aux hébreux dans le désert de traverser 7 fois 7 années d’exode. Pourquoi la sagesse de Jacob au palais de Pharaon autrefois est-elle maintenant condamnée par YHWH au désert ?

Discours de la servitude volontaireAvant de tenter de répondre, regardons de plus près l’angoisse des hébreux : elle est à la fois physique et symbolique. Physique, car elle porte sur un besoin alimentaire en bas de la pyramide de Maslow : manger pour survivre. Symbolique, car la peur de manquer traduit également un déficit de reconnaissance. Les boulimiques par exemple reportent sur la nourriture une recherche de satiété qui s’enracine ailleurs. Le manque affectif caractérise l’être humain dès la séparation d’avec sa mère : il va chercher à recréer l’unité perdue à travers ses liens à autrui, et l’angoisse le saisira s’il a l’impression que l’autre ne répond pas à son désir. Ainsi Caïn avec Dieu contre Abel : il convoite la reconnaissance symbolique qu’Abel obtient auprès de YHWH qui accepte son sacrifice rituel et pas celui de Caïn. De même les hébreux au désert : ils n’ont pas faim que de manne, ils désirent également la variété, la richesse des plats mangés en Égypte : « Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail ! Maintenant notre gorge est desséchée ; nous ne voyons jamais rien que de la manne ! » (Nb 11, 5 6) Voilà de quoi alimenter la servitude volontaire si bien décrite par La Boétie : préférer l’esclavage repu à la liberté exigeante.

Renoncer à la convoitise

 angoisse dans Communauté spirituelleLa manne est tellement répétitive et son goût est si peu enthousiasmant qu’ils veulent et réclament autre chose. YHWH leur donnera alors les cailles, qui volent par nuage dans le désert du Sinaï et sont faciles à prendre au sol. Mais il va marquer le coup, et les punira d’avoir cédé à leur convoitise : « La viande était encore entre leurs dents, ils n’avaient pas fini de la mâcher que déjà la colère du Seigneur s’enflammait contre le peuple et qu’il frappait le peuple ; il le frappa d’un très grand coup. On appela donc ce lieu Qibroth-ha-Taawa (c’est-à-dire : Tombeaux-de-la-convoitise) car c’est là qu’on enterra la foule de ceux qui avaient été pris de convoitise » (Nb 11, 33 34).

La convoitise en effet n’est jamais loin de la peur de manquer. Elles se nourrissent l’une de l’autre. L’enjeu de la manne quotidienne est alors d’éduquer cette horde d’esclaves en fuite à ne pas céder à la convoitise. ‘Apprends à ne pas céder à ton désir d’accumulation, et tu maîtriseras la violence tapie à la porte de ton cœur, cette violence que la convoitise engendre et attise’. Pour que nos déserts deviennent les tombeaux de notre convoitise (selon Nb 11), il nous faut apprendre à renoncer à l’accumulation, en faisant confiance à celui qui nous guide.

Avec la violence, la convoitise engendre également l’injustice. Mais ceux qui ramassent la manne sont surpris de constater que chacun en collecte finalement exactement ce qu’il lui faut : « Les fils d’Israël firent ainsi : certains en recueillirent beaucoup, d’autres peu. Celui qui en avait ramassé beaucoup n’eut rien de trop ; celui qui en avait ramassé peu ne manqua de rien. Ainsi, chacun en avait recueilli autant qu’il pouvait en manger » (Ex 16, 17 18). Les premières communautés chrétiennes reprendront ce principe de distribution du bien commun : à chacun selon ses besoins. « Ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun. » (Ac 4, 35)

Jésus a éprouvé ce double manque et affronté l’angoisse humaine qui en résulte, pour l’exorciser. Il a eu faim au désert et a refusé la satiété facile que lui proposait le diable. Il a manqué d’air et vécu la terrible angoisse de la lente asphyxie du supplice de la croix, besoin de respirer bien plus vital que le pain. Il a ressenti l’abandon des hommes lors de sa Passion, et pire encore l’abandon de Dieu, pourtant son Père. À Gethsémani, c’est l’angoisse du manque de reconnaissance qui l’a épouvanté ; sur la croix elle l’a fait crier : « Eloï, Eloï, lama sabachthani ? » Face à cette terrifiante angoisse, son combat intérieur a finalement nourri sa confiance – malgré tout – en l’amour de Dieu le guidant jour après jour : « que ta volonté soit faite et non la mienne » (Lc 22,42).

 

Apprendre la convivialité

800px-Tissot_The_Gathering_of_the_Manna_%28color%29 DemainLa deuxième raison de l’interdiction de stocker la manne apparaît alors en filigrane : le souci de la survie physique ne doit pas occulter l’aspiration à une vie plus grande que la nourriture. Ce que nous cherchons est bien plus que de la manne. Nous avons faim de reconnaissance plus que de marmites de viande. Nous avons soif de communion plus que de citernes débordantes. Plus tard, les prêtres du Temple de Jérusalem se souviendront de l’interdit du stockage de la manne en le transposant aux sacrifices d’animaux accomplis au Temple : « Quant à la chair de la victime offerte en sacrifice d’action de grâce et sacrifice de paix, elle sera mangée le jour même où elle est présentée ; on n’en gardera rien pour le lendemain matin. » (Lv 7, 15). Et les commentaires insistent sur l’obligation de communion, de convivialité liée à cet interdit de stocker la viande du sacrifice pour le lendemain :

C’est pour faire connaître le miracle ! Car celui qui apporte l’offrande de rémunération, voyant qu’elle ne peut se consommer que le jour même et la nuit suivante, il invitera ses proches et ses amis à manger et se réjouir avec lui. Ils s’interrogeront alors sur la raison de cette offrande et il leur racontera les miracles et les prodiges dont Hachem l’a gratifié. On en viendra à louer Hachem devant un public important et en présence de sages. Alors que si cette offrande était consommée comme les autres propitiatoires, en deux jours et une nuit, le propriétaire de l’offrande n’aurait invité personne […]. En revanche, voyant la quantité considérable de viande et de pain chez lui, sachant qu’il n’aura la possibilité de les consommer qu’en l’espace d’un jour et d’une nuit, il sera contraint d’inviter un grand nombre de proches pour en manger, par crainte de devenir objet de risée et de ridicule, lorsqu’on le verra brûler une telle quantité de son offrande, et que l’on comprendra qu’il n’avait convié ni famille ni amis [1].

Et Jésus avertit les riches que leurs greniers remplis à ras bord ne leur garantissent pas la vraie vie, au contraire ! « Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.’ » (Lc 12, 18 22)

 

Avoir faim d’autre chose

fr-con-279-Se-nourrir-de-Dieu-par-sa-Parole exodeRenoncer à la convoitise, apprendre la convivialité… Une troisième raison qui pousse à ne pas conserver la manne reçue est de découvrir la vraie faim qui est la nôtre : « Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8, 3). Plus nous stockons et accumulons, plus nous croyons être invulnérables, indépendants, n’ayant pas besoin de l’aide des autres. Nos biens entassés nous coupent peu à peu de la relation à autrui, et à Dieu le premier. Comme le dit crûment saint Jacques : « Et vous autres, maintenant, les riches ! Pleurez, lamentez-vous sur les malheurs qui vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille sera un témoignage contre vous, elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des richesses, alors que nous sommes dans les derniers jours ! » (Jc 5, 1 3).

Accumulation et convoitise se conjuguent pour engendrer injustice et violence.

 

Se laisser guider par la confiance

Une quatrième raison de l’interdiction de l’accumulation de la manne réside dans l’attitude de confiance quotidienne qu’elle développe. Puisque je ne peux faire de réserves, je découvre qu’il me suffit de faire confiance jour après jour, de me laisser guider. « Dieu y pourvoira », disait déjà Abraham à son fils inquiet de l’animal pour le sacrifice. Jésus ne nous a-t-il pas appris à demander notre pain quotidien, et pas un stock de boulangerie ? « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». L’expression grecque exacte employée par Mathieu et Luc pour cette demande du pain qui reprend celle de la manne est :
τὸν (le) ἄρτον (pain) ἡμῶν τὸν (de nous) ἐπιούσιον (suffisant) δὸς (donne) ἡμῖν (nous) σήμερον (aujourd’hui) (Mt 6,11)
Ce qui signifie littéralement : « donne-nous aujourd’hui le pain qui suffit à notre subsistance ». Pas plus, ni moins. Ce qui veut dire que le but de notre prière va plus loin : « que ta volonté soit faite ». Comme le dit Jésus : « cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Le pain du Notre Père est bien la manne du désert de l’Exode… Le pain eucharistique lui aussi est fait pour être consommé intégralement à chaque eucharistie : on ne conserve quelques hosties que pour les porter ensuite aux malades, aux absents, pas pour stocker du surplus ni en reprendre ! Comme les Juifs conservaient une jarre de manne dans le tabernacle du Saint des Saints, non pour accumuler, mais pour témoigner de la sollicitude de YHWH pour son peuple.  Même l’adorations eucharistique respecte l’interdit du désert : ne pas abuser de la grâce en croyant l’accumuler pour soi…

Dans son Apocalypse, Jean promet que les chrétiens qui tiendront bon dans l’épreuve de la persécution seront soutenus pas une nourriture spirituelle semblable à la manne : « Au vainqueur je donnerai de la manne cachée… » (Ap 2, 17)

manna manne
On retrouve là le sens de la Providence tel que l’invoquait Jésus : non pas une résignation fataliste (Mektoub !), ni une superstition magique dans l’intervention divine surnaturelle, mais une confiance à toute épreuve, comptant sur Dieu en nous plus que sur nos propres forces et ressources accumulées au-dehors. « Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.  Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux » (Mt 6, 28 29)

La pauvreté volontaire de Jésus s’enracine dans sa confiance absolue en son Père, qui le délivre de la peur du manque, qui exorcise l’angoisse du lendemain : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34). Chercher la volonté de Dieu jour après jour, faire confiance à sa parole, se laisser guider par son amour : voilà notre véritable exode, où la manne ne nous manquera pas si nous ne refermons pas la main sur le don reçu jour après jour.

Résumons-nous : l’interdiction d’accumuler la manne nous est salutaire pour au moins 4 raisons : renoncer à la convoitise, apprendre la convivialité, se nourrir de parole plus que de pain, se laisser guider par la confiance.

Ne dites pas qu’aucun de ces quatre objectifs ne vous concerne…

Quels sont vos stocks de manne, et où sont-ils ?

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous » (Ex 16, 2-4.12-15)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Les fils d’Israël leur dirent : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve : je verrai s’il marchera, ou non, selon ma loi. J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël. Tu leur diras : ‘Au coucher du soleil, vous mangerez de la viande et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Alors vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.’ »
Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

 

PSAUME
(Ps 77 (78), 3.4ac, 23-24, 25.52a.54a)
R/ Le Seigneur donne le pain du ciel ! (cf. 77, 24b)

Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté :
et nous le redirons à l’âge qui vient,
les titres de gloire du Seigneur.

Il commande aux nuées là-haut,
il ouvre les écluses du ciel :
pour les nourrir il fait pleuvoir la manne,
il leur donne le froment du ciel.

Chacun se nourrit du pain des Forts,
il les pourvoit de vivres à satiété.
Tel un berger, il conduit son peuple.
Il le fait entrer dans son domaine sacré.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu » (Ep 4, 17.20-24)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ, si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet s’accordent à la vérité qui est en Jésus. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité.

ÉVANGILE
« Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6, 24-35)
Alléluia. Alléluia. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Alléluia. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. » Ils lui dirent alors : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »
.Patrick Braud

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16 mai 2021

Pentecôte : un universel si particulier !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Pentecôte : un universel si particulier !

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année B
23/05/2021

Cf. également :

Le déconfinement de Pentecôte
Les langues de Pentecôte
Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Le lien de notre unité

Le 3 octobre 2018, Gérard Collomb, socialiste, ministre de l’Intérieur démissionnaire, avait énoncé lors de sa passation de pouvoir ce constat inquiétant : « Aujourd’hui, on vit côte à côte. Moi, je le dis toujours : je crains que demain on vive face à face ». Qu’un homme politique de gauche s’alarme des tensions opposant les Français entre eux résonne comme une alerte. Depuis, la succession de crimes terroristes, de troubles en banlieues, de  radicalisations de tous bords mettent cette question de l’unité du pays sous le feu des projecteurs. Des journalistes et sociologues observent cette évolution attentivement. Souvenez-vous de Christophe Guilluy (La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014), montrant que les territoires perdus de la République se constituent en périphéries de plus en plus coupées des centres. David Goodhart prenait le relais en montrant dans son livre : The road to somewhere. The populist revolt and the future of politics, Hurst Publishers, 2017 qu’il voyait poindre une fracture entre les gagnants de la mondialisation, prêts à vivre et travailler n’importe où en changeant plusieurs fois de pays (les anywhere), et les perdants de la mondialisation, enracinée dans leurs territoires, attachés à leur identité locale, voyant leur niveau de vie décliner (les somewhere). Jérôme Fourquet (L’Archipel français, 2019) dressait quant à lui un tableau clinique très froid de « l’archipélisation de la France », ce que Gérard Collomb appelait le côte-à-côte, craignant qu’il ne devienne un face-à-face générateur de violence.

Pentecôte : un universel si particulier ! dans Communauté spirituelle archipel-fran%C3%A7ais-j%C3%A9r%C3%B4me-fourquet-1Puis la loi sur les séparatismes a montré le vif débat et les divergences d’analyse sur ce phénomène social. L’extrême-gauche rappelle que le premier apartheid social est celui imposé par les riches. Ils se regroupent pour vivre entre eux, le plus souvent à l’ouest des  métropoles, dans les mêmes écoles, clubs de sport, résidences etc. Faisant monter le prix du mètre carré, ils rejettent ainsi les autres au nord ou à l’est, et dans les banlieues lointaines. L’extrême droite dénonce le séparatisme religieux – musulman le plus souvent – qui fait se regrouper des familles dans un quartier bientôt dominé par les barbus. Tous dénoncent l’emprise des caïds de la drogue sur ces quartiers, mais préconisent des remèdes fort différents pour en sortir (aide sociale vs ordre républicain).

La mosaïque France semble prise d’un vertige d’éparpillement implacable…

Qu’y a-t-il de commun en effet entre une famille aisée du centre de Paris qui a fui le confinement pour aller passer le mois d’avril les pieds dans l’eau du Golfe du Morbihan dans une belle résidence secondaire avec un grand jardin, et une famille d’immigrés musulmans pratiquant le ramadan, coincée dans une étroite maison 1930 en briques rouges des anciennes courées du Nord ? Elles ne se connaissent pas, ne se rencontrent pas, ne se parlent pas, leurs enfants ne jouent pas ensemble, ne vont pas dans les mêmes écoles, clubs ou associations etc. L’une parlera de littérature, cinéma, culture et éduquera au débat ;  l’autre parlera dans une autre langue des prochaines vacances au bled (Maghreb) ou au village (Afrique noire).

 

Les peuples de Pentecôte cités dans les Actes

Que devient le fameux vivre ensemble dans tout cela ?
Qu’est-ce qui unit encore des groupes de populations aussi disparates, voire opposées ?
Sommes-nous loin de la fête de Pentecôte de ce dimanche ? Pas tant que cela. Nous le savons : l’enjeu de Pentecôte est l’unité de tous les peuples en un seul corps.
Jean-Paul est un témoin représentatif de cette exégèse :

Le récit de l’événement de la Pentecôte souligne que l’Église naît universelle : tel est le sens de la liste des peuples – Parthes, Mèdes, Élamites… – qui écoutent la première annonce faite par Pierre. L’Esprit Saint est donné à tous les hommes, quelle que soit leur race ou leur nation, et il accomplit en eux la nouvelle unité du Corps mystique du Christ. Saint Jean Chrysostome souligne la communion réalisée par l’Esprit Saint à travers cette observation concrète : « Qui vit à Rome sait que les habitants des Indes sont ses membres » (Audience générale du 17/06/1998).

Salzburg_Sankt_Peter_Antiphonar_-_Pfingsten Esprit dans Communauté spirituellePour être fidèle au texte de notre première lecture, il faut souligner que c’est d’abord de la maison d’Israël dont il s’agit ici. Pierre précise bien dans son discours qu’il s’adresse aux « hommes d’Israël » : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem… », « Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici… », « Que toute la maison d’Israël le sache… ». Et Luc précise que ce sont les juifs pieux et prosélytes du monde entier qui sont réunis à Jérusalem pour la fête juive de Chavouot (Pentecôte). Les non-juifs ne sont pas encore concernés. Il faudra une autre Pentecôte, une autre intervention décisive de l’Esprit, pour ouvrir le baptême à des païens comme le centurion romain Corneille et sa maisonnée (Ac 10). Pour l’instant, il n’est question que de la communauté juive dispersée (diaspora) dans tous les pays du monde, comme le clame Pierre : « que toute la maison d’Israël le sache… ».

Cette liste des peuples d’Ac 2, 8-11 est toujours étrange à nos oreilles. Ces anciens territoires, au nom parfois imprononçable ou mal prononcé au micro de l’ambon, n’évoquent plus grand-chose aujourd’hui. Et l’on peut se demander avec raison : pourquoi saint Luc s’est-il senti obligé d’en dresser la liste ?

Elle ressemble à la Table des nations de Gn 10, déjà mentionnée à propos de l’envoi en mission des 72 disciples (Lc 10), qui dresse la liste des descendants de Noé et de leurs territoires. Ou encore à la liste des nations d’Is 11, 10-12 : « Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Ce jour-là, une fois encore, le Seigneur étendra la main pour reprendre le reste de son peuple, ce reste qui reviendra d’Assour et d’Égypte, de Patros, d’Éthiopie et d’Élam, de Shinéar, de Hamath et des îles de la mer. Il lèvera un étendard pour les nations ; il rassemblera les exilés d’Israël ; il réunira les dispersés de Juda des quatre coins de la terre ».

Le plus important est de relever ce que le parcours de notre première lecture suggère au lecteur : en trois vagues successives (quatre peuples, puis quatre provinces romaines, puis quatre régions), Luc dresse l’image du monde vu de Jérusalem. Les trois cycles en effet suivent chacun un mouvement circulaire autour de la Ville sainte. C’est donc une image du monde qu’a voulu dresser Luc, mais en précisant que la foule est composée de juifs et de prosélytes, il restreint ce microcosme au judaïsme de la diaspora. En d’autres termes, l’universalité de la Pentecôte n’est encore qu’interne au judaïsme.

Pourquoi cette restriction au judaïsme dans l’empire romain ? Luc est historien et théologien. Comme historien, il sait que l’extension universelle de la mission chrétienne ne fut pas immédiate, mais a résulté d’un processus évolutif. Comme théologien, il maintient qu’Israël est le premier destinataire de la venue du Messie.

 

Un universalisme progressif

L’universalisme de Pentecôte est donc graduel, progressif. D’abord Jérusalem, puis la diaspora juive de tous les pays, puis les païens. On le voit : il ne s’agit pas de renoncer au particularisme juif pour s’ouvrir à l’universel. Il s’agit de l’assumer en Christ, en gardant le cœur du judaïsme sans encombrer les païens avec l’accidentel du judaïsme. Le cœur, c’est l’élection par Dieu comme responsabilité envers tous, les Écritures comme trésor de révélation sur l’homme, le Dieu Un, l’importance de l’éthique comme amour concret, la relecture de l’histoire collective et individuelle etc. L’accidentel, c’est la circoncision, les interdits alimentaires (la cacherout), les vêtements (barbe, papillotes, téphillim), la lettre de la Torah et ses 613 obligations etc. Non pas que cet accidentel soit sans valeur, loin de là. Et après tout, des milliers de chrétiens juifs l’ont conservé pendant des siècles ! Mais il n’a pas à être imposé aux non-juifs souhaitant devenir chrétiens.

Luc tient à faire savoir que, dès le commencement, l’universalité était préfigurée. C’est pourquoi, si l’explosion spirituelle de la Pentecôte est destinée au judaïsme exclusivement, le discours interprétatif de Pierre, qui suit l’événement, fait résonner déjà des échos universels : « Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Ac 2, 39). Et plus loin : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12).

Or, ces accents massivement universalistes évoquent immanquablement l’espérance prophétique de la restauration eschatologique d’Israël, avec le rassemblement attendu des exilés de toutes nations sur le mont Sion annoncé par Isaïe. L’évènement de Pentecôte sonne ainsi l’essor mondial de la Parole tout en réalisant l’antique promesse du pèlerinage eschatologique des exilés de la Diaspora à la Ville sainte.

descarga Esprit SaintRépétons-le : il a fallu des Pentecôtes successives nombreuses pour que peu à peu l’Église naissante comprenne ce travail de discernement et le mette en œuvre. Les Samaritains reçoivent l’Esprit avant le baptême, montrant ainsi que les schismatiques peuvent être intégrés à la construction commune (Ac 8). Puis c’est le centurion Corneille qui reçoit l’Esprit avec sa famille, avant le baptême lui aussi, montrant que les païens sont associés au même héritage que les juifs (Ac 10). Ce qui au passage rend toute nourriture pure à manger, et pour Pierre c’est une vraie révolution, inconcevable sans le passage en force de l’Esprit de cette mini-Pentecôte dans la ville de Joppé (notons au passage que c’est Pierre – et non Paul – qui initie le passage aux païens, sous l’impulsion de l’Esprit Saint) ! Imaginez aujourd’hui des musulmans renoncer à l’interdit halal pour s’ouvrir à d’autres cultures que celle de leur origine… Puis c’est l’assemblée de Jérusalem (le premier concile ! Ac 15) qui expérimenta une autre Pentecôte, puisqu’elle décide sous l’inspiration de l’Esprit de ne pas imposer la circoncision et autre obligations juives aux païens qui demandent le baptême : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… ».

Passer du particulier à l’universel demande donc un énorme travail de discernement et beaucoup de Pentecôtes successives !

Le judaïsme chrétien des débuts de l’Église a été capable de ce travail de discernement pour garder l’essentiel du particularisme juif tout en l’ouvrant d’abord aux autres cultures juives de par le monde, puis aux païens. N’en doutons pas : ce travail est toujours devant nous, notamment pour l’Église latine qui doit s’ouvrir à d’autres cultures que l’Occident.

Articuler le singulier (Pierre, chacun des 120 disciples), le particulier (l’identité juive) et l’universel (l’ouverture aux païens) a été l’alchimie réussie de Pentecôte. À nous de poursuivre aujourd’hui cette alchimie ecclésiale…

 

De Rome à Jérusalem

La liste des peuples énumérés par Luc dans le récit des Actes est à ce titre très instructive. Quand on suit sur la carte les noms alignés par Luc, on voit qu’il balaie le monde connu de l’époque, d’est en ouest, avec la Judée et Jérusalem au milieu, presque comme centre de gravité de l’ensemble. Vision très contestatrice de l’ordre impérial romain qui soumettait alors tous les royaumes, tous les peuples.

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Mentionner Rome à la fin de cette liste, en codicille, est un pied-de-nez à l’orgueil des maîtres du monde de l’époque. C’est l’affirmation de Jérusalem comme vrai centre du monde : la Torah au-dessus de l’Empire, le particularisme juif plus vrai que l’impérialisme romain. L’accent est polémique : tandis que Rome vantait son rôle ambitieux de maîtresse du monde habité, et se servait à cette fin de listes des peuples soumis, Luc revendique par cette « liste des peuples » la seigneurie de Jésus et de l’Église sur l’humanité, en contestant celle de Rome.

Aujourd’hui encore, l’universel chrétien conteste les grands centres de pouvoirs qui dominent le monde (Wall Street, Pékin) pour réhabiliter le droit des peuples à cultiver leur identité propre au sein d’une unité organique très différente de celle des marchés américains ou de l’idéologie chinoise. Ironie de l’histoire, après la chute de Rome aux mains des barbares, l’Église latine a cependant réintroduit en son sein le centralisme romain qu’elle contestait à ses débuts…

L’Église de Pentecôte unit « toute la maison d’Israël » en parlant toutes les langues de la terre. Mais elle réalise cette union dans une communion vivante qui relie en permanence ces communautés : parler la langue de l’autre, se visiter, s’entraîner, échanger, former un seul corps dans le respect de la diversité de ses membres, et d’abord des plus fragiles.

 

L’Esprit, lien de l’unité

AggloSeineEure_Fourapain-Cover_StGermaindePasquier_Octobre-2020 PentecôtePour terminer, lisons à nouveau la belle image de saint Augustin voyant dans le feu de l’Esprit de Pentecôte le lien de l’unité entre tous les grains de blé formant un même pain, le Corps du Christ parlant toutes les langues de la terre :

« Pourquoi sous l’apparence du pain ? Ne disons rien de nous-mêmes; écoutons encore l’Apôtre, voici comment il s’exprimait en parlant de ce sacrement: « Quoiqu’en grand, nombre, nous sommes un seul pain, un seul corps (1 Co 10,17) ». Comprenez et soyez heureux. O unité ! ô vérité ! ô piété ! ô charité ! « Un seul pain ». Quel est ce pain ? « Un seul corps ». Rappelez-vous qu’un même pain ne se forme pas d’un seul grain, mais de plusieurs. Au moment des exorcismes, vous étiez en quelque sorte sous la meule ; au moment du baptême, vous deveniez comme une pâte ; et on vous a fait cuire en quelque sorte quand vous avez reçu le feu de l’Esprit-Saint. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes. Voilà ce qu’enseigne l’Apôtre sur ce pain sacré ».
Augustin  (+ 430), Sermon 269

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

 

PSAUME
(103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia ! (cf. 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur !
La terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.
 

DEUXIÈME LECTURE
« Le fruit de l’Esprit » (Ga 5,16-25)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui commettent de telles actions ne recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises. Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

SÉQUENCE ()

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous les fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE
« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15)
Alléluia. Alléluia.Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick Braud

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18 avril 2021

Quelle est votre clé de voûte ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Quelle est votre clé de voûte ?

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / Année B
25/04/2021

Cf. également :

Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
L’agneau mystique de Van Eyck
La Résurrection est un passif
Le berger et la porte
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Il est fou, le voyageur qui…

Donner voix aux plus pauvres

Quelle est votre clé de voûte ? dans Communauté spirituelle Marron-Histoire-Education-PresentationLe jeudi 25 Mars 2021, une mini réforme du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) est passée presque inaperçue. Il s’agissait de diminuer le nombre de délégués à cette institution, pour la rendre plus efficace. Mais – surprise ! - le siège traditionnellement confié à ATD Quart-Monde avait disparu de la nouvelle assemblée, sans explication. Rappelons qu’ATD est de tous les combats contre la pauvreté depuis sa fondation en 1957 par le Père Joseph Wresinski. En passant de 233 à 175 conseillers, la réforme devait forcément faire des mécontents. Il faut se rendre à l’évidence : les grands perdants de cette redistribution sont les représentants des pauvres.

ATD-Quart Monde est ainsi écartée, et il ne reste que deux sièges (la Croix Rouge et le collectif Alerte qui réunit 35 fédérations et associations nationales, dont fait partie ATD Quart Monde [1]) qui pourraient porter la voix de la pauvreté. Marie-Aleth Grard, la présidente d’ATD, se dit stupéfaite et rappelle que son association y siégeait depuis 1979.

« Nous avons beaucoup d’estime pour La Croix-Rouge mais cette institution n’est pas le porte-parole des plus pauvres, plaide Marie-Aleth Grard. ATD Quart Monde siège au CESE depuis 1979 et y a produit les rapports les plus diffusés de l’institution ». Par exemple, en 1987, celui de son fondateur Joseph Wresinski, « Grande pauvreté et précarité économique et sociale », qui a abouti à la création du Revenu Minimum d’Insertion. Mais aussi, en 1997, celui de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, alors présidente d’ATD, qui a nourri la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 et inspiré les dispositifs de couverture maladie universelle (CMU) et de droit au logement opposable (DALO). D’autres font remarquer qu’on est très loin de l’objectif affiché d’une représentation des 15% de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté. Au moment où la pauvreté ne cesse d’augmenter en période Covid, Marie-Aleth Grard trouve qu’après la suppression en 2019 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion (ONPES), « le signal est inquiétant ».

Quelle est donc cette société qui s’arrange pour ne plus entendre la voix des plus pauvres ? Comment imaginer de nouvelles législations sociales sans prendre le temps de consulter ceux qui sont les premiers concernés par les mesures à venir ?

Voilà un exemple flagrant – et bien français – du rejet de pierres vivantes par les bâtisseurs de la cité ! C’est bien cette exclusion en pratique que vise le psaume 117 de notre dimanche : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ».

Ce psaume dit deux choses : nous sommes capables de rejeter aux marges de la construction commune des pans entiers de la population ; mais cette exclusion peut être retournée comme un gant et devenir la chance de salut pour tous si nous savons avec Dieu faire des exclus d’aujourd’hui la pierre d’angle de la société de demain. Dans cet esprit, ATD a fondé une fraternité : « La Pierre d’Angle », entre des personnes du Quart Monde et d’autres qui les rejoignent (de 25 villes environ). La Pierre d’Angle favorise un esprit commun, qui pourrait se décliner de la manière suivante :

ne pas cesser de rechercher le plus pauvre et le plus oublié, et lui donner la priorité
apprendre de l’expérience de vie des plus pauvres
découvrir avec eux comment la présence de Dieu se manifeste déjà dans leur vie
favoriser pour chaque fraternité et pour chacun de ses membres une participation accrue à la vie de l’Église et du monde
transmettre l’expérience de vie et la réflexion des plus pauvres à l’Église et au monde.
« Le Christ était la pierre d’angle et il faisait des plus pauvres la vie, la prière, la foi de l’Église à travers les siècles. Suivre Jésus a cette double signification : se faire pauvre et servir les plus pauvres, mais aussi : apprendre d’eux ce qu’est la vie, ce qu’est l’humanité, mais aussi : qui est Dieu » (Père Joseph Wresinski).

L’enjeu de ce retournement social est tel que Jésus lui-même n’a pas hésité à s’identifier à la pierre rejetée du psaume 117 : « Que signifie donc ce qui est écrit : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » ? » (Lc 20,17). En effet, y a-t-il pire exclusion à l’époque de Jésus que la croix pour un juif ? Châtiment d’esclave en fuite, infamant aux yeux des Romains, source de malédiction religieuse pour les croyants juifs, déshonorant aux yeux de tous, humiliant et suppliciant… : la croix était la mise à l’écart – violente et éternelle – des rebuts d’Israël et de l’Empire. Jésus sait donc de quoi il parle lorsqu’il évoque le rejet par les bâtisseurs…

 

Les deux pierres

Christ-is-the-Cornerstone-of-our-Faith ATD dans Communauté spirituelleRevenons quelques instants sur le psaume 117. Il a été écrit lors de la reconstruction du Temple de Jérusalem, après la catastrophe de l’Exil à Babylone en -586, au retour d’exil en -536. Le livre d’Esdras en témoigne : « Alors les maçons posèrent les fondations du Temple du Seigneur, tandis que prenaient place les prêtres revêtus de leurs ornements, avec les trompettes, puis les lévites, fils d’Asaph, avec les cymbales, afin de louer le Seigneur selon les indications de David, roi d’Israël » (Esd 3, 10). Le rapprochement de ce texte d’Esdras avec le début et la fin du Psaume 117, nous incite à penser que la pierre angulaire représente la pierre de fondation du Temple et que ce psaume est un hymne en relation avec la fondation du Temple de Dieu.
Isaïe fait également ce lien : « Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle, une véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s’inquiétera pas » (Is 28, 16).

Dieu avait expliqué une vision au prophète Zacharie où il est question de la pierre principale, donc la pierre angulaire : « Qui es-tu, grande montagne ? Devant Zorobabel, te voici une plaine ! Il en extrait la première pierre, parmi les acclamations : La grâce, la grâce sur elle ! » (Za 4, 7). Dans ce texte la grande montagne pourrait être la montagne de ruines du Temple de Salomon et de la ville de Jérusalem détruits par les Babyloniens. Cette « montagne » aurait occupé l’emplacement du Temple, ce qui pourrait donner l’impression que la reconstruction du Temple serait impossible. Par cette vision, Dieu donnait l’assurance que la pierre principale, littéralement la pierre de tête, donc la pierre de fondation ou la pierre faîtière, serait posée. Le message de Dieu est clair : quelques soient les difficultés, le Temple sera achevé. Cette montagne pourrait aussi être, dans un sens figuré, une métaphore pour parler des différents obstacles à la restauration du Temple. La pierre rejetée du Psaume 117,22 pourrait être en relation avec les difficultés rencontrées par les bâtisseurs lors de la reconstruction du Temple. Une sorte d’adage comme : ‘les premiers seront les derniers’, montrant le changement de destinée de la « pierre rejetée » lors de la restauration du Temple à l’époque perse.

Colosse DanielLa construction du second Temple a une seconde signification : la destruction des idolâtries des royaumes étrangers. La vision du prophète Daniel mentionne ainsi une autre pierre que la pierre d’angle, symétrique pourrait-on dire car elle va dévaler sur les royaumes païens et faire s’écrouler le colosse aux pieds d’argile qui figurait les dominations idolâtres. Cette pierre détruira tous les royaumes terrestres symbolisés par une statue faite de plusieurs métaux et d’argile : « Or, au temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et dont la royauté ne passera pas à un autre peuple. Ce dernier royaume pulvérisera et anéantira tous les autres, mais lui-même subsistera à jamais. C’est ainsi que tu as vu une pierre se détacher de la montagne sans qu’on y ait touché, et pulvériser le fer, le bronze, l’argile, l’argent et l’or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui doit ensuite advenir. Le songe disait vrai, l’interprétation est digne de foi » (Dn 2, 44 45).

Isaïe annonçait même que le Temple deviendrait une pierre d’achoppement qui ferait tomber les maisons d’Israël et de Judas : « Il deviendra un lieu saint, qui sera une pierre d’achoppement, un roc faisant trébucher les deux maisons d’Israël, piège et filet pour l’habitant de Jérusalem. » (Is 8, 14). Les chrétiens y ont vu l’annonce de la résurrection de Jésus, dont le corps est le vrai Temple de Dieu, ce que les juifs ne pourront admettre.

 

Jésus connaît bien sûr ces passages de l’Écriture sur les deux pierres, et il en joue pour évoquer sa mission et son identité. Il fait le lien entre la pierre angulaire du psaume et la pierre d’achoppement de Daniel : « Que signifie donc ce qui est écrit : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. Tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière !” » (Lc 20, 17 18).

Le reste du Nouveau Testament a suivi unanimement cette double identification de Jésus à la pierre d’achoppement qui fait s’écrouler l’ancien monde (la Loi, les sacrifices d’animaux, la circoncision etc.) et à la pierre d’angle sur laquelle s’appuie la construction du Nouveau Monde, le royaume de Dieu, dont l’Église a pour vocation d’être un signe et une anticipation :

« Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle » (Ac 4, 11).
« Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même » (Ep 2, 20).
« Selon la grâce que Dieu m’a donnée, moi, comme un bon architecte, j’ai posé la pierre de fondation. Un autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il contribue à la construction. La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ » (1 Co 3, 10-11).
« Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu » (1 P 2, 4).

Paul mélange les deux citations d’Ésaïe, celle du chapitre 28,16 et celle du chapitre 8,14 confirmant que la pierre angulaire et la pierre d’achoppement sont une seule et même pierre : « au lieu de compter sur la foi, ils comptaient sur les œuvres. Ils ont buté sur la pierre d’achoppement dont il est dit dans l’Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre d’achoppement, un roc qui fait trébucher. Celui qui met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte » (Rm 9, 32 33).

Pierre explique la raison pour laquelle la pierre angulaire, symbole de salut se transforme en pierre d’achoppement : « En effet, il y a ceci dans l’Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre d’achoppement, un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver » (1 P 2, 6 8).

Dire de Jésus qu’il est la pierre d’angle est d’une grande portée sociale et politique : en lui, les rejetés sont réintégrés dans la construction commune, à la première place.
Dire de Jésus qu’il est la pierre d’achoppement implique une contestation chrétienne radicale des systèmes économiques et sociaux injustes et oppresseurs, tel le colosse aux pieds d’argile de Daniel. On se souvient par exemple de la dénonciation très tôt du communisme comme « intrinsèquement pervers », ou de l’avortement comme « un crime abominable ». En opposition frontale aux puissances de leur époque, ces contestations  finissent par faire triompher la vérité et s’écrouler les mensonges.

 

La clé de voûte

Pierre placée à l’angle, au coin d’un bâtiment, à l’endroit où deux murs se rejoignent, la pierre d’angle joue un rôle important, car elle sert à unir les deux murs et à les fixer solidement l’un à l’autre. La pierre d’angle principale d’un bâtiment se situait au niveau des fondations ; c’était la pierre angulaire de fondement. Pour les bâtiments publics et les murailles des villes, on choisissait une pierre particulièrement solide.

De nos jours, nous ne construisons plus de bâtiments en pierres mais en béton. Et là, pas de pierre d’angle. Les édifices en briques non plus n’en comportent pas. Le symbolisme de cette jonction entre deux murs perpendiculaires ne joue plus dans notre imaginaire contemporain. On ne voit pas non plus comment un monument pourrait s’appuyer sur une seule pierre de fondation. Les fondations, c’est bien autre chose : des tranchées profondes dans le sol, dans lesquelles on plante des pieux ou une armature de barres d’acier sur des lits de pierre ou de béton. Dans le domaine architectural actuel, une pierre angulaire n’est finalement qu’une pierre à l’angle de la construction, sans symbolique particulière, ni même d’importance de fiabilité sur la résistance des murs.

1024px-Parties_d%27un_arc_en_plein_cintre PâquesAlors, comment garder le sens de l’image la pierre d’angle dans notre architecture ? Peut-être en la remplaçant par celle de la clé de voûte, qui nous est plus familière depuis l’art roman. La clé de voûte est cette pierre qui, au sommet d’un arc, tient ensemble toutes les pierres de l’arc en répartissant la pression de la voûte uniformément sur elles. Si on l’enlève, la voûte s’effondre sous son poids. Elle vient couronner l’ouvrage, à tel point que les clés de voûte des cloîtres, des abbatiales, des palais sont le plus souvent magnifiquement ornées de sculptures, des armes du prince ou de symboles. À l’instar de la pierre angulaire, la clé de voûte est ce qui fait tenir ensemble des pierres s’élevant en une construction commune. Sur elle s’appuient les autres. Elle garantit la cohésion de l’arc, la solidité de la voûte. Elle en est le joyau architectural.

Proclamer que Jésus est la clé de voûte de mon existence me demande donc un sérieux examen de conscience : est-il vraiment si central que cela dans ma vie ? Est-ce sur lui que s’appuient toutes les autres composantes de mon existence ? Est-ce lui vers qui tout converge en moi ?

Le test de la clé de voûte est le test du descellement. Faites une expérience de pensée : descellez en pensée tel élément de votre existence et voyez ce qui se passe. Si rien ne s’effondre, c’est que cet élément n’était pas si central que cela. Si tout s’écroule, vous tenez là sans doute votre clé de voûte !

Pour la plupart d’entre nous, c’est le travail, ou le conjoint, ou la famille ou la santé qui tient lieu de réelle clé de voûte. La foi est ornementale, mais rarement centrale : si vous en privez certains, il y aura bien quelques dégâts, mais uniquement des dommages collatéraux. Ils se reconstruiront facilement et rapidement, autrement. On peut expliquer ainsi la disparition du christianisme devant la poussée de l’islam au VII° siècle en Afrique du Nord : quelques  décennies auront suffi pour déraciner une foi en Jésus qui n’était finalement pas si solide que cela, malgré les Augustin d’Hippone ou autre grandes figures de l’Afrique ancienne… Peut-être est-ce ce qui se produit actuellement en Europe ?

 

Et vous, quelle est votre clé de voûte ?

Nuage-de-mots-veille-e1513119017975 PierrePas celle que vous allez déclarer, la main sur le cœur, être votre pilier intérieur.
Celle qui, lorsque tout vient à manquer, vous laissera désemparé et détruit.
Regardez en vous-même, car l’argent joue souvent ce rôle, ou la santé, ou la famille. Quelquefois l’amour des autres, mâtiné d’un fort besoin de reconnaissance finalement assez égoïste.
Qui peut dire en vérité que l’amour de Dieu est la clé de voûte de son parcours sur terre ?
Qui peut affirmer sans trembler que Jésus ressuscité est sa solidité la plus authentique ?
Qui peut proclamer que les rejetés des bâtisseurs sont ceux pour lesquels il se bat, afin de les mettre au sommet, au principe de nos institutions ?
L’Église elle-même peut-elle dire sans trembler que réhabiliter les exclus est le combat de sa vie, au nom de Jésus le rejeté–exalté ?

 

Et pourtant, c’est bien à cela que nous sommes appelés, chacun et ensemble : faire des rebuts de la société la clé de voûte de nos engagements.
Fêter Pâques est à ce prix, car « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ».

 

 


[1]. Techniquement, Alerte peut désigner ATD pour occuper le siège qui lui revient mais cela sera au détriment d’une autre association comme Les Petits Frères des Pauvres, qui représentait le réseau dans l’assemblée sortante.

 

 

LECTURES DE LA MESSE 

PREMIÈRE LECTURE
« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 8-12)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)
R/ La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. ou : Alléluia ! (Ps 117, 22)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les hommes ;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-2)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

ÉVANGILE
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11-18)
Alléluia. Alléluia.Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »
Patrick Braud

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