L'homélie du dimanche (prochain)

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30 avril 2018

L’Esprit nous précède

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L’Esprit nous précède


Homélie pour le 6° dimanche de Pâques / Année B
06/05/2018

Cf. également :

Le communautarisme fait sa cuisine

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

L’agneau mystique de Van Eyck

 

Corneille est à Pierre ce que le chemin de Damas est à Paul : un bouleversement total.
Avant Damas, Paul croyait que tuer les hérétiques chrétiens étaient faire l’œuvre de Dieu.
Avant Corneille, Pierre croyait que seuls les circoncis pouvaient être baptisés. Il était naturellement persuadé qu’il fallait passer par le judaïsme pour devenir disciple du Christ (cf. la première lecture de ce dimanche : Ac 10, 25-48).
L'Esprit nous précède dans Communauté spirituelle AnticStore-Large-Ref-35707_03
Il a fallu que le Ressuscité en personne se manifeste à Paul pour qu’il change d’avis.
Il a fallu que l’Esprit Saint en personne se manifeste pour que Pierre accepte l’impensable : baptiser des païens (le centurion Romain Corneille et sa maisonnée). Il faudra d’ailleurs que l’Esprit Saint se manifeste à nouveau pour que Pierre accepte de ne pas imposer la circoncision ni les interdits alimentaires juifs aux non-juifs (Ac 15). La manifestation de l’Esprit pour l’admission de Corneille est le « chanter en langues » (glossolalie) déjà expérimenté par les apôtres lors de Pentecôte (Ac 2) :

« Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu ».

Pierre reconnaît là les signes de la descente de l’Esprit sur Corneille et sa famille, une nouvelle Pentecôte en quelque sorte. Il en tire logiquement la conclusion, révolutionnaire pour la mission de l’Église naissante :

« Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ ».

Cette conclusion est toujours valable à l’heure actuelle : si des païens se mettent à chanter les louanges de Dieu sous l’inspiration de l’Esprit Saint, qu’est-ce qui empêche de les baptiser ? Du coup, les missionnaires sont avertis : ‘l’Esprit vous précède. Sachez-le discerner dans la culture de ceux à qui vous êtes envoyés. Sachez le reconnaître lorsqu’il produit de beaux fruits chez les peuples lointains. Sachez authentifier ce qui est vrai, bon et grand dans la sagesse des nations. Apprenez à baptiser ces cultures, c’est-à-dire à accomplir en Christ leur génie, leur humanité, en vous appuyant sur ce que Dieu a déjà semé avant votre venue’.

La tradition patristique parlait des Semences du Verbe présente chez les païens. Ou bien de la préparation évangélique, c’est-à-dire des pierres d’attente enfouies dans l’histoire et la culture d’un peuple le préparant par avance à entendre l’Évangile, comme les graines enfouies dans le sol en attente de la pluie pour grandir et fleurir.

23447 Corneille dans Communauté spirituelleL’Esprit a ainsi précédé les évangélisateurs à travers les philosophes grecs, les sages africains ou chinois, et même les religions anciennes cherchant Dieu à tâtons.

Matteo Ricci et ses compagnons savaient bien en entrant en Chine qu’il leur faudrait s’appuyer sur cette action de l’Esprit préalable à leur action. Malheureusement, Rome sous l’influence de dominicains avaient oublié cette conviction missionnaire, et la triste affaire des rites chinois a compromis pour longtemps la capacité d’inculturation de l’Église catholique en Chine. Le film « Mission » a popularisé un autre effort missionnaire jésuite, auprès des Indiens guaranis en Amérique du Sud. Là encore, l’Église officielle ne s’est pas souvenue de l’épisode de Pierre et Corneille. La fin des communautés indiennes autonomes et indépendantes fondées par ces jésuites a fait tomber l’Église du côté des colonisateurs.

Si l’Esprit nous précède, impossible de faire table rase en arrivant quelque part, que ce soit à des milliers de kilomètres ou dans nos banlieues. Comment imposer (et par la force !) des rites, des liturgies, des disciplines romaines là où l’Esprit nous demande d’accompagner, de co-construire, d’accueillir ce que Dieu a prédisposé pour une vie de foi authentique ?

Résultat de recherche d'images pour "van eyck sybilles triptyque"Au XV° siècle, dans la ville flamande de Gand (actuellement en Belgique), les frères Van Eyck ont peint un sublime triptyque dit « de l’agneau mystique ». Au dos de ce triptyque (qui reste replié en dehors des fêtes), on voit Jean-Baptiste et Jean l’évangéliste  annonçant le Christ Agneau de Dieu, ainsi que les prophètes Michée et Zacharie, mais on y voit également deux autres prophètes – des prophétesses plus exactement – deux Sibylles païennes (de Cumes et d’Éryhtrée) annonçant elles aussi le Christ à leur manière. C’est donc que dans l’Europe éclairée des XV° et XVI° siècles, on croyait toujours à cette action de l’Esprit hors des frontières visibles de l’Église, avant même la venue des évangélisateurs. Singulière ouverture d’esprit que celle de Van Eyck ! Ce détail de peinture flamande décrit pourtant la conviction acquise par Pierre devant Corneille envahi par l’Esprit : l’Esprit nous précède dans le cœur de nos contemporains, comme le Christ ressuscité précédait ses disciples en Galilée.

L’Esprit prépare en secret le chemin que pourra emprunter l’Évangile au plus intime de l’histoire de chacun. Ce serait donc un véritable péché contre l’Esprit (le plus impardonnable selon la parole de Jésus) que de ne pas croire en une pré-histoire de chacun avec Dieu, ou de ne pas s’appuyer sur ces Semences du Verbe pour annoncer l’Évangile.

Le concile Vatican II a retrouvé avec bonheur cette veine théologique datant des Pères de l’Église :

Dans toutes ces valeurs (du monde moderne), l’accueil du message évangélique pourra trouver une sorte de préparation, et la charité divine de  celui qui est venu pour sauver le monde la fera aboutir (Gaudium et Spes n° 57).

En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique [1] et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie (Lumen Gentium n° 16).

« Les chrétiens doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses, découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées » (Ad Gentes n° 11).

Quand l’Esprit-Saint, qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du Verbe et la prédication de l’Évangile, et produit dans les cœurs la soumission de la foi, engendre à une nouvelle vie dans le sein de la fontaine baptismale ceux qui croient au Christ, il les rassemble en un seul peuple de Dieu (…) (Ad Gentes n° 15).

semis

Plutôt que d’arriver en dénigrant ce qui existait avant, l’Église depuis Corneille apprend humblement à écouter ce que l’Esprit lui dit à travers le génie propre à chacun et à tous.

Et si nous apprenions apporter le même regard sur nos proches, sur les étrangers rencontrés au hasard de nos rencontres ?

Vis-à-vis de nos proches, il s’agit de se laisser étonner par ce que nous ne connaissons pas encore chez eux, de ne pas les enfermer dans des étiquettes mais de croire qu’ils sont capables de ruptures, de moments d’inspiration « cornéliens ». Un enfant, un conjoint, un collègue peuvent avoir de ces fulgurances ou un souffle quasi divin les transporte et leur suggère des paroles et des actes habités par Dieu lui-même.

Vis-à-vis des étrangers rencontrés occasionnellement, il s’agit d’abord de renoncer à croire les connaître à l’avance, et puis de se laisser surprendre là aussi par toute forme de sagesse et de justice exprimée à leur manière.

Le missionnaire véritable se laisse évangéliser par ceux à qui il est envoyé…

Les Pères Blancs par exemple au XIX° siècle prenaient une année pour apprendre la langue, les coutumes, les proverbes des ethnies africaines avant d’y être envoyés. Ils étaient les premiers à transcrire par écrit leur langue locale, en publiant grammaire, dictionnaire et proverbes, valorisant ainsi les trésors culturels de ces peuples. Ce faisant, ils furent émerveillés de découvrir que bien souvent un Ancien Testament oral les attendait dans ces cultures, les préparant à accueillir l’Évangile avec enthousiasme : la croyance en un Dieu unique, créateur, la présence des ancêtres, la solidarité familiale, l’amour de la paix, le sens de la fête…
Aussi ont-ils patiemment construit à partir de ces prémisses, et en collaboration avec les habitants (les catéchistes laïcs surtout) des Églises authentiquement africaines, dont l’inculturation devrait nous faire pâlir d’envie.

Pierre a reconnu chez le païen Corneille que l’Esprit l’avait précédé. Regardons les Corneille qui nous entourent avec ce regard de foi, et nous aurons comme Pierre tant de choses à raconter des merveilles que Dieu accomplit chez les païens !


____________________________________
[1]
. L’expression trouve son origine chez Eusèbe de Césarée (III°-IV° siècles).

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Même sur les nations païennes, le don de l’Esprit Saint avait été répandu » (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Comme Pierre arrivait à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine,celui-ci vint à sa rencontre,et, tombant à ses pieds, il se prosterna.Mais Pierre le releva en disant :« Lève-toi.Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »Alors Pierre prit la parole et dit :« En vérité, je le comprends,Dieu est impartial :il accueille, quelle que soit la nation,celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. »Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole.Les croyants qui accompagnaient Pierre,et qui étaient juifs d’origine,furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,le don de l’Esprit Saint avait été répandu.En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu.Pierre dit alors :« Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? »Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4)

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations.
ou : Alléluia !
 (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu est amour » (1 Jn 4, 7-10)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,aimons-nous les uns les autres,puisque l’amour vient de Dieu.Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu,car Dieu est amour.
Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.Voici en quoi consiste l’amour :ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,mais c’est lui qui nous a aimés,et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

ÉVANGILE
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 9-17)
Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole,dit le Seigneur ;mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,Jésus disait à ses disciples :« Comme le Père m’a aimé,moi aussi je vous ai aimés.Demeurez dans mon amour.Si vous gardez mes commandements,vous demeurerez dans mon amour,comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père,et je demeure dans son amour.Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous,et que votre joie soit parfaite.Mon commandement, le voici :Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.Je ne vous appelle plus serviteurs,car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;je vous appelle mes amis,car tout ce que j’ai entendu de mon Père,je vous l’ai fait connaître.Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez,que vous portiez du fruit,et que votre fruit demeure.Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,il vous le donnera.Voici ce que je vous commande :c’est de vous aimer les uns les autres. »
Patrick BRAUD

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4 décembre 2017

Consolez, consolez mon peuple !

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Consolez, consolez mon peuple !


Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année B
10/12/2017

Lot de consolation
Tauler, le métro et « Non sum »
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Une foi historique

 

Sur quelle épaule allez-vous pleurer ?

Qui vous console quand cela va mal pour vous ? Comment fait-il (elle) ?

Dans quelles activités avez-vous cherché soutien et réconfort dans les périodes difficiles ?

La question de la consolation fait partie de toute expérience vraiment humaine. La Bible constate d’une voix unanime qu’elle fait également partie de l’expérience authentiquement spirituelle. Impossible de chercher Dieu sans passer par des phases de désolation. De ces traversées amères, atones ou désertiques surgissent souvent de vraies consolations, le plus souvent là où on ne les attendait pas.

Faites la liste mentalement des ressources et des personnes qui ont été pour vous des consolations sur le plan humain (affectif, psychologique, social…) et/ou spirituel. Mettez-la par écrit, pour ne pas oublier lors des rechutes possibles les points d’appui qui vous ont déjà permis de sortir de l’impasse. Pour certains c’est la musique, la lecture, un feu de cheminée. Pour d’autres, c’est le téléphone, les messages échangés, un bon restaurant avec des amis…

La Bible a construit son propre inventaire à la Prévert de ressources consolatrices. Par tâtonnements successifs, par hasard, par grâce, les auteurs bibliques égrènent tout au long des Écritures ce qui leur apporte de l’énergie pour rester solides malgré la météo mauvaise.

Consolez, consolez mon peuple ! dans Communauté spirituelle 41DEQQJBZ5L._SX301_BO1,204,203,200_Pour notre première lecture, cette consolation est la mission première du prophète. Isaïe est envoyé annoncer la consolation au peuple de Dieu :

« Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem.
Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. » (Is 40, 1-5.9-11).

Cette consolation-là est liée au pardon. À ceux qui se désolent (et ils ont raison de le faire !) de leurs fautes, Dieu apporte la fin des larmes de repentir. Cette consolation sur une communion d’amour retrouvé entre Dieu lui-même et ceux que le péché avait éloigné : « Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.  »

On retrouve ainsi très tôt la béatitude si étrange de Jésus : « heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». S’attrister de son péché est donc une promesse de consolation plus grande encore (ce que la théologie catholique appellera l’attrition/contrition dans la démarche du sacrement de réconciliation). Le courage de se reconnaître pécheur est source de bénédiction !

À relire rapidement les autres témoignages de notre bibliothèque juive et chrétienne, on peut dresser une première liste fort utile de sources possibles de consolation.

 

1. La présence fraternelle d’amis, de membres de l’Église

Actes 28,14 : « … y trouvant des frères, nous eûmes la consolation de rester sept jours avec eux ».

Colossiens 4,11 : « Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabé, au sujet duquel vous avez reçu des instructions: s’il vient chez vous, faites-lui bon accueil. Jésus surnommé Justus vous salue également. De ceux qui nous sont venus de la Circoncision, ce sont les seuls qui travaillent avec moi pour le Royaume de Dieu ; ils m’ont été une consolation ».

Un de nos réflexes suite au chagrin, à la douleur ou la déprime est de nous de nous isoler. Nous croyons qu’en nous recroquevillant sur notre tristesse, en nous coupant des autres, nous pourrons plus facilement nous reconstruire. Tel un ours blessé léchant ses plaies dans une caverne cachée, nous sommes exposés à la tentation de vouloir disparaître. Or la fraternité est un baume précieux sur les plaies de chacun. Bien sûr, ce n’est pas la présence de n’importe qui qui pourra nous soulager. Certains sont trop bavards, d’autres trop superficiels, ou trop dramatiques. À nous de discerner rapidement ceux qui peuvent nous faire du bien. Mais le pire est de se mettre aux abonnés absents, en croyant que le temps nous guérira tout seul. L’Église n’est vraiment fraternelle que quand elle offre ainsi à celui qui est dans la peine l’écoute, la proximité, la chaleur humaine qui le consoleront doucement.

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C’est d’ailleurs une dimension essentielle de la mission apostolique selon Paul. Dans sa deuxième lettre aux corinthiens, il emploie le terme pas moins de 14 fois (ch.2 et ch.7) pour en faire le cœur de son ministère.

Diacres, prêtres et évêques ont donc au centre de leur identité la charge d’être des consolateurs : en ont-ils conscience ? Et avec eux, l’Église tout entière, parce qu’elle est apostolique, a pour mission de consoler ceux qui souffrent, matériellement et spirituellement.

 

Femme triste étreindre son mari Banque d'images - 126487402. Parmi le soutien des proches, la Bible place l’amour conjugal comme une source majeure de consolation. Le Cantique des cantiques en est le plus beau chant.

Un mari peut être consolé par sa femme de la mort de sa mère : « Isaac introduisit Rébecca dans sa tente: il la prit et elle devint sa femme et il l’aima. Et Isaac se consola de la perte de sa mère » (Gn 24). Plus largement, l’amour familial permet d’inscrire la chaîne des deuils à traverser dans une histoire commune, riche de sens et d’affection.

 

3. Le travail peut être une consolation !

On l’oublie trop souvent : ce n’est pas le travail en lui-même qui est une malédiction, c’est la pénibilité du travail qui est une conséquence du désordre apporté par la chute originelle selon Gn 3. Du coup, chacun peut trouver dans son activité professionnelle de quoi le tirer des mauvais jours !

« Quand Lamek eut 182 ans, il engendra un fils. Il lui donna le nom de Noé, car, dit-il, « celui-ci nous apportera, dans notre travail et le labeur de nos mains, une consolation tirée du sol que Yahvé a maudit » » (Gn 5,29).

Le travail comme thérapie consolatrice ? ! Certains s’y donnent à l’excès, et veulent noyer leur tristesse dans la suractivité, comme d’autres noient leur chagrin dans l’alcool. Mais, avec modération, l’investissement dans son travail est réellement source d’équilibre, tellement humanisante que la tradition monastique n’hésitera pas à classer le travail comme le meilleur remède à l’acédie, cette dépression spirituelle peuplée de désolations et de déserts intérieurs. S’accrocher à son travail quand tout va mal est une réaction de santé bien connue de la sagesse populaire. À condition que ce travail n’engendre pas lui-même désolation, ce qui est un autre enjeu…

Ora et labora

4. Les Écritures

Eh oui ! Lire la Bible en cas de coup de blues vaut mieux qu’un Prozac ou un Stilnox ! Car les psaumes ont trouvé les mots pour crier nos angoisses, nos détresses, nos peines les plus profondes. Car les prophètes ont transmis les promesses qui réveillent notre espérance alors que notre cœur est en charpie. Car l’histoire de ce peuple à la nuque raide qui gémit sous le joug de son élection a bien des points communs avec notre propre histoire, personnelle et collective.

Lire la Bible quand ça va mal, c’est redécouvrir que nous ne sommes pas les premiers à soupirer ainsi, que d’autres y sont passés, qu’ils ont trouvé les mots et l’espérance pour chanceler sans trembler, vaciller sans se laisser détruire.

Ainsi les Macchabées, révoltés payant le prix fort de leur insurrection contre une domination ennemie sacrilège, en ont fait l’expérience : « Pour nous, quoique nous n’en ayons pas besoin, ayant pour consolation les saints livres qui sont en nos mains… » (1 Maccabées  12,9).  Et Paul, au milieu de ses tribulations, le dit avec force : « En effet, tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l’espérance » (Rm  15,4).

Projet12.Fevrier.Amour_-e1417605392916 consolation

 

5. Refuser les consolateurs ‘pénibles’

Job et ses amisLe livre de Job est tout entier concentré sur la douleur innocente de Job. Il cherche une explication, il gémit sur son tas d’ordures, couvert d’ulcères. Pourtant il récuse un à un  ceux qui voudraient lui apporter une consolation trop facile. Trop facile, trop superficielle, et finalement trop injuste, car basée sur l’idée fausse du principe de rétribution : ‘tu n’a finalement que ce que tu mérites, à cause de ce que tu as fait de mal, même sans le savoir. Alors accepte, résigne-toi, et la paix viendra’. Ce faux raisonnement resurgit aujourd’hui dans bien des techniques psychologiques, ou du karma, ou de méditation… Cela n’apaise pas Job, qui trouve les plaidoyers de ses visiteurs très inconsistants, pas du tout à la hauteur de l’évènement de malheur qui le frappe. « Que de fois ai-je entendu de tels propos, et quels pénibles consolateurs vous faites ! » (Job 16).

Les psaumes font écho à Job : « Au jour d’angoisse j’ai cherché le Seigneur ; la nuit, j’ai tendu la main sans relâche, mon âme a refusé d’être consolée… » (Ps 77)

Et Jérémie renchérit : « à Rama, une voix se fait entendre, une plainte amère ; c’est Rachel qui pleure ses fils. Elle ne veut pas être consolée pour ses fils, car ils ne sont plus » (Jr 31,14).

Être consolé demande donc paradoxalement de refuser les consolations trop faciles qui s’offrent à nous, que ce soit le divertissement pascalien (étourdissement dans les plaisirs, spectacles) ou les bondieuseries (‘allume une bougie, fais une neuvaine et tout s’arrangera…’), l’exigence de Job doit être la nôtre : pas d’ersatz de consolation ! Ce qui nous oblige à chercher davantage, à attendre plus longtemps peut-être, à être plus à vif. Mais la vraie consolation est à ce prix.

 

6. Consoler ceux qui nous font du mal

Consolés, nous deviendrons consolateurs. Blessés, nous apprendrons à guérir. Désolés, nous pourrons ensuite réconforter.

C’est par exemple l’expérience de Jacob, trahi par ses frères, abandonné au fond d’une citerne puis vendu par eux comme esclave. De sa déchéance en Égypte, il fera une source bénédiction pour tout le peuple hébreu. Au lieu de se venger, il consolera ses frères effarés de constater l’ampleur de leur crime envers lui : « Ses frères eux-mêmes vinrent et, se jetant à ses pieds, dirent: « Nous voici pour toi comme des esclaves ! » Mais Joseph leur répondit: « Ne craignez point ! Vais-je me substituer à Dieu ? Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien, afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : sauver la vie à un peuple nombreux.  Maintenant, ne craignez point: c’est moi qui vous entretiendrai, ainsi que les personnes à votre charge. » Il les consola et leur parla affectueusement » (Gn 50,19ss).

Would-be Papal Assassin Agca Released from Turkish Jail: Would-be Papal Assassin Agca Released from Turkish Jail

La puissance de la consolation n’est pas que pour nous : elle est destinée à diffuser par nous à tous nos proches. Elle fait même partie de l’amour des ennemis que Jésus signale comme spécifique de l’identité chrétienne. Celui qui console son ennemi en pleurs est vraiment fils de Dieu. De Nelson Mandela et son comité de réconciliation nationale aux églises du Rwanda et du Burundi poursuivant ce même travail de réconciliation après le génocide, de Maïti Girtanner consolant son ancien bourreau nazi de la peur de la mort à Jean-Paul II embrassant son assassin Ali Agça dans sa prison, consoler son ennemi est la marque d’un amour proprement divin.

Paul avait ouvert la voie : « On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l’endurons ; on nous calomnie et nous consolons » (1Co 4,13).

 

7. L’Esprit-Saint consolateur

Finalement, c’est de l’Esprit-Saint lui-même que vient la consolation.

Syméon l’attendait au seuil du Temple de Jérusalem : « Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux; il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui » (Lc 2).
Les Églises l’ont très tôt découvert : « Cependant les Églises jouissaient de la paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elles s’édifiaient et vivaient dans la crainte du Seigneur, et elles étaient comblées de la consolation du Saint Esprit » (Ac 9,31). Et le cantique de Pentecôte en est témoin : « Viens Esprit consolateur… »
L’Esprit est la douceur de Dieu en action venant nous chérir, nous porter sur ses genoux, nous bénir et nous serrer contre lui. Un immense hug spirituel en fait ! C’est donc en priant l’Esprit-Saint que nous pourrons accueillir la douceur de la consolation divine.

 

Cette liste à la Prévert, chacun la complétera avec ses sources de consolation à lui : la musique, la beauté-là de la nature, un sport régénérateur etc…
L’essentiel est de croire que la mission d’Isaïe continue aujourd’hui : « Consolez, consolez mon peuple… »

 

Lectures de la messe
Première lecture
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu –  parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié,  qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.  Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ;  tracez droit, dans les terres arides,  une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur,  et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »  Monte sur une haute montagne,  toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force,  toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Psaume (84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. 84, 8

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)
Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés,  il est une chose qui ne doit pas vous échapper :  pour le Seigneur,  un seul jour est comme mille ans,  et mille ans sont comme un seul jour.  Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse,  alors que certains prétendent qu’il a du retard.  Au contraire, il prend patience envers vous,  car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre,  mais il veut que tous parviennent à la conversion.  Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur.  Alors les cieux disparaîtront avec fracas,  les éléments embrasés seront dissous,  la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper.  Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution,  vous voyez quels hommes vous devez être,  en vivant dans la sainteté et la piété,  vous qui attendez,  vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu,  ce jour où les cieux enflammés seront dissous,  où les éléments embrasés seront en fusion.  Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur,  c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle  où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela,  faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut,  dans la paix.

Évangile

« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.  Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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5 juin 2017

La Trinité, icône de notre humanité

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La Trinité, icône de notre humanité


Homélie pour la fête de la Trinité / Année A
11/06/2017

Cf. également :

L’Esprit, vérité graduelle

Trinité : Distinguer pour mieux unir

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Les bonheurs de Sophie

Trinité : au commencement est la relation

La Trinité en actes : le geste de paix

La Trinité et nous

Les orthodoxes vénèrent les icônes depuis les origines du christianisme. Celle de la Trinité de Roublev est devenue l’une des plus connues. Puisque l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, cette icône nous révèle la dimension trinitaire de notre humanité.

Laissons un témoin de la tradition orthodoxe nous guider dans la contemplation du mystère de la Trinité à travers cette icône.

 

La Trinité, icône de notre humanité dans Communauté spirituelle Ic%C3%B4ne-de-la-Trinit%C3%A9-171x213C’est au XIVe siècle qu’un moine russe pieux, André Roublev, a écrit l’icône de la Trinité, telle qu’elle est connue. Un concile de l’Église orthodoxe russe, le Concile des Cent Chapitres de 1551, qui s’est penché sur la question des icônes, en finalisant les canons iconographiques, a reconnu en cette icône le modèle même de l’icône. L’icône de Roublev est un modèle, pas uniquement au niveau de la technique, quoique ce soit une icône parfaite au niveau de la technique, mais un modèle au niveau des doctrines, car c’est une icône, qui, d’une manière extraordinaire, sert justement l’objet de l’icône ; elle est donc une catéchèse sur Dieu, sans le représenter. Quand nous sommes devant cette icône, nous ne sommes pas devant une représentation de Dieu mais devant une catéchèse sur Dieu, et la piété de ceux qui vénèrent l’icône vénère, bien sûr, le mystère trinitaire. Ainsi, nous sommes en présence de Dieu, sans le voir, sans le comprendre. Dans notre langage humain, nous allons essayer de voir ce que la tradition théologique véhicule par rapport à notre conception chrétienne de Dieu. Les chrétiens sont les seuls, parmi les trois religions monothéistes, à croire en la Trinité. Les juifs et les musulmans n’acceptent pas ce mystère ; pour eux, les chrétiens sont des polythéistes, des idolâtres, qui adorent plusieurs dieux. Mais que la tradition chrétienne affirme l’unicité de Dieu, à l’intérieur d’une Trinité de personnes. La théologie nous dit que ces trois personnes sont coéternelles et consubstantielles : comment alors représenter cette Trinité ?

 

L’HOSPITALITÉ D’ABRAHAM

Et voilà, l’inspiration géniale est venue à saint André Roublev (1360? – 1430?), qui, après avoir jeûné et prié pendant presque quarante jours, se met devant son chevalet, et une idée lui vient, l’histoire d’Abraham. Abraham, un nomade à qui Dieu promet depuis longtemps qu’il aura une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel (Genèse 15, 5). Mais Abraham vieillit, et sa femme aussi, puis il devient impensable de croire qu’ils auront un enfant. Alors Abraham utilisera la Loi ; il va vers Agar, la servante de sa femme, et Ismaël naît de cette union (Genèse 16, 1-15). Abraham s’imagine que Dieu a accompli sa promesse, jusqu’au jour où trois personnages se présentent devant sa tente, trois personnages qui lui disent : Dans un an voici que Sara ta femme aura un fils (Genèse 18, 10). Sara, qui prépare le repas à l’entrée de la tente, et qui tend l’oreille pour savoir ce que les hommes sont en train de raconter, « pouffe de rire » en entendant ceci. Elle arrive avec son plat et un des trois dit, Pourquoi ce rire de Sara ? Sara nie en disant : Je n’ai pas ri. À sa naissance, on appellera le petit : « j’ai ri », car Isaac veut dire « j’ai ri ». Il porte ainsi le contexte de son histoire.

Dieu est celui qui réalise sa promesse. Paradoxalement, dans le texte biblique, parfois Abraham s’adresse aux trois visiteurs au singulier, parfois au pluriel. Les Pères de l’Église ont vu là une prémonition ou une « pré-révélation » du mystère trinitaire. Trois personnages viennent donc chez Abraham et quand ils sont partis, Abraham constate qu’il a vu le Seigneur. C’est l’expression que les Évangélistes reprennent après la Résurrection. Jésus apparaît aux disciples ; au début on ne sait pas trop qui il est, on n’est pas en mesure de le nommer, mais on le reconnaîtra comme le Seigneur. L’Évangile de Jean nous raconte l’histoire de la pêche miraculeuse sur les bords de la mer de Tibériade (Jean 21, 1-13). Jésus est sur les bords du lac et leur demande : Eh, les enfants, n’avez-vous pas un peu de poisson ? Les Apôtres répondent Non ; ils étaient restés là toute la nuit sans rien prendre. Jésus leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. Les disciples recommencent la pêche ; ils prennent 153 gros poissons et Pierre ramène le filet à terre. Jésus leur demande de venir manger, et Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » sachant que c’était le Seigneur. Comme Abraham, les disciples ont la certitude de la présence du Seigneur.

Comme d’autres iconographes avant lui, Roublev décide donc de se servir, comme inspiration de son icône, de l’histoire de la rencontre d’Abraham avec les trois étrangers au chêne de Mambré, lieu identifié comme celui de l’expérience. Une expérience spirituelle est portée par un lieu, par des personnes, par des mots : « spirituelle » ne veut pas dire en dehors du réel. Comme toute expérience d’amour, il y a des noms, un lieu, des événements, qui nous permettent d’identifier ce que nous ne sommes pas capables de dire – qu’est-ce que c’est qu’« aimer ? » On souhaiterait le savoir : on parlera de quelqu’un, d’un lieu, d’événements, d’une rencontre… Voilà, on est ensemble, c’est le résultat, mais nous ne disons pas plus pour autant ce que c’est qu’« aimer ». L’expérience spirituelle est une expérience intérieure qui est aussi difficile à dire que de dire Dieu, parce que l’expérience et l’objet de l’expérience vont ensemble. Dieu se révèle au chêne de Mambré et le récit historique de la Genèse prend une tout autre dimension dans l’icône, parce qu’une icône n’est pas une représentation historique, mais d’abord et avant tout une théologie.

 

L’ÉTERNITÉ DIVINE ET LA SAINTETÉ

Regardons maintenant l’icône dans son ensemble, telle que Roublev l’a créée. Les trois personnages entrent à l’intérieur d’un cercle, dont le centre est la main du personnage du milieu. Le cercle a toujours été un symbole de sainteté et d’éternité. On ne sait pas où commence le cercle, ni où il finit ; ce qui fait la réalité propre d’un cercle, c’est justement qu’il ne commence pas et ne finit pas ; les points d’un cercle sont toujours en mouvement. L’éternité est une réalité sans commencement et sans fin. Et cette éternité, cette réalité, est très liée à la sainteté, qui est une plénitude absolue. Dieu est le Trois Fois Saint, et le Saints des Saints du Temple de l’Ancien Testament était le lieu où habitait le Trois Fois Saint. Le Trisagion est une vieille prière juive, récitée à toutes les liturgies et offices orthodoxes, qui exprime bien l’essence de la foi chrétienne : Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous. Une prière que Jésus a certainement récitée lui-même dans ses visites à la synagogue. Toujours dans la Divine Liturgie, après la Préface nous chantons : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers (Isaïe 6, 3). Cette sainteté est répétée trois fois pour montrer son absolu, son éternité, sa plénitude. Jésus nous invite à entrer dans cette plénitude divine de la sainteté de Dieu : Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Matthieu 5, 48).

Le cercle insère les trois personnages de l’icône dans une seule et même réalité. Mais cette réalité unique est trine ; donc chacune des trois personnes est qualifiée de cette sainteté et lorsque nous disons Saint, Saint, Saint, nous pouvons nous référer à la grande sainteté de l’absolu, la sainteté de l’unité de Dieu, mais aussi Saint est le Père, Saint est le Fils, et Saint est l’Esprit. C’est la même sainteté et cette sainteté individuelle, mise en commun, crée un absolu d’absolu.

 

LES TROIS PERSONNAGES

Revenons aux trois personnages de l’icône. Ils ont exactement le même visage, un exploit au niveau artistique. Les visages sont identiques parce que les trois Personnes de la Trinité sont identiques dans leur nature ; elles sont différentes dans leurs rôles. Chacune des Personnes assume un rôle particulier, mais dans le rôle de chacun, les deux autres Personnes sont présentes, parce que l’action trinitaire se fait toujours à trois. On peut dire que dans l’acte éternel de la paternité du Père, les deux autres Personnes de la Trinité sont déjà présentes. Il n’y a pas de décalage dans le temps entre le Père et le Fils qu’il engendre et l’Esprit qui procède de lui. Il n’y pas de hiérarchie entre les trois Personnes, mais dans notre langage et par rapport à la création, nous pouvons dire que « le Père est un peu plus Créateur que les deux autres », que « le Fils est un peu plus Sauveur que les deux autres », que « le Saint Esprit est un peu plus Sanctificateur que les deux autres ». Nous donnons à chacun un rôle distinct, où cependant tous sont actifs et présents.

Ainsi les visages des trois personnages de l’icône de Roublev sont identiques ; il n’y a pas de distinction entre les trois, ni dans le temps, puisqu’ils sont co-éternels, ni dans leur nature ou leur forme. Ceci est reflété dans le mot « consubstantiel », homoousios en grec, mot que d’ailleurs les Pères ont utilisé avec réticence, faute de mieux. Saint Cyrille de Jérusalem, dans un beau texte écrit en 385, expose pourquoi il hésitait à utiliser le mot « consubstantiel », mais il dit que puisque nous n’avons pas un meilleur terme, nous pouvons l’utiliser. La traduction française du Credo utilisée dans l’Église romaine a préféré l’expression « de même nature que », au lieu de consubstantiel. Pour l’Église orthodoxe, consubstantiel est plus fort que « de même nature que », parce que la « nature », dans la philosophie aristotélicienne n’est pas la même chose que la « substance ».

Le Père - RoublevIl y a plusieurs interprétations en ce qui concerne l’identité des trois personnages. Voici celle que je préfère : le personnage à gauche représente le Père ; le personnage du centre, le Fils ; et celui de droite, l’Esprit Saint. Il faut bien sûr préciser qu’il ne s’agit pas du Père, du Fils et de l’Esprit, mais le personnage qui me rappelle le Père, le personnage qui me rappelle le Fils, et le personnage qui me rappelle l’Esprit. Les personnages du centre et de droite regardent vers celui de gauche, qui se tient plus droit que les deux autres, parce que le Père est l’origine, il est le Principe de tout ; c’est son rôle paternel. Les deux autres s’inclinent vers lui parce qu’ils acceptent déjà une mission qu’ils reçoivent du Père. Quand on dit : Au commencement était le Verbe (Jn 1,1), le mot « commencement » est trop lié au temps. Saint Jérôme, dans la version latine de la Bible, avait compris le sens du texte grec en traduisant par les mots : In principio erat Verbum - Dans le Principe était le VerbeDans le Principe, dans la nature même de celui qui est à l’origine de tout : c’est préférable à« au commencement », qui nous met davantage dans la dimension temporelle, parce qu’après le commencement, il y a la suite, et avant le commencement, il n’y avait rien. Alors dire « dans le Principe » souligne mieux l’éternité de Dieu.

Le Fils - RoublevDonc les deux autres Personnes reçoivent leur mission du Père. On reconnaît davantage le personnage du centre comme étant le Fils par l’opacité de ses vêtements, par sa manière d’être habillé. On représente toujours le Christ Pantocrator, le Christ glorieux, habillé d’une robe rouge et d’un manteau bleu. Il porte un tissu doré à l’épaule droite, une « entre-manche » appelé un clavis, signe impérial dans l’empire Byzantin. Mais le personnage de l’icône de Roublev n’a pas le visage iconographique typique du Christ, car il n’est pas barbu ; il est le Fils de Dieu, et le Christ sera le Fils incarné dans la chair en Jésus de Nazareth. Par le visage, il ne s’agit pas de Jésus de Nazareth glorifié, mais du Fils éternel de Dieu, avant même le mystère de l’Incarnation dans le temps et dans l’espace, mais par le vêtement il l’est déjà.

Un autre détail intéressant est l’inclinaison de la tête du personnage du centre, qui correspond à l’inclinaison de la tête du Christ sur les icônes de la Crucifixion.

Bien que le personnage du centre soit placé derrière la table, l’iconographe n’a pas respecté les règles de la perspective ; le personnage a les mêmes dimensions, la même largeur d’épaule, il est égal aux deux autres. Il n’y a en a pas un des trois qui ne soit plus petit que les autres. L’iconographe connaissait bien les règles de la perspective, mais il ne les a pas appliquées, parce que justement les icônes représentent un monde qui dépasse les limites naturelles du visible.

Les deux autres personnages ont des vêtements plus transparents, plus légers ; ils sont plus « angéliques », parce que ces personnages ne se sont jamais manifestés dans la chair : le Père et l’Esprit. Dans l’iconographie, la perspective est inversée ; le point de fuite vient vers le spectateur, plutôt que de s’éloigner de lui. Dans l’icône de la Trinité, la perspective inversée est visible surtout dans les trônes et les piédestaux des personnes de droite et de gauche.

L'Esprit Saint - RoublevPlusieurs interprétations de l’icône placent le Père au centre, se basant sur les textes qui disent que Jésus siège à la droite du Père, et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts (Credo). Assis à la droite de Dieu n’est pas nécessairement à sa droite à lui ; pour le spectateur de l’icône, le personnage du centre est à la droite de celui de gauche. C’est souvent ma droite à moi en tant que spectateur qui est le plus important, et non pas le sens de ceux qui me regardent. Ceux qui croient que le Père est au milieu ont de la difficulté à expliquer la symbolique vestimentaire, car il est évident que les vêtements du personnage du centre sont ceux du Christ Pantocrator. Dans d’autres versions de cette icône, l’iconographe met parfois les symboles du Christ dans l’auréole du personnage du centre : une croix dans laquelle paraissent les lettres grecques w (oméga) o (omicron), n ou N (nu), qui signifie Je suis celui qui est (Exode 3, 14 ; cf. Jean 8, 24 & 57). Ceci figure toujours sur les icônes qui représentent le Christ.

L’attitude des trois personnages manifeste leurs relations internes ; ils sont en relation constante générant la synergie divine. Les personnages du centre et de droite ont la tête inclinée vers le personnage de gauche, en geste d’acceptation de la volonté commune, qui implique une mission spéciale du Fils et de l’Esprit. Chaque personnage tient le bâton du pèlerin, puisqu’il s’agit des trois personnes qu’a vues Abraham. Le bâton signifie le pouvoir, la toute-puissance de chacun des trois personnages. Les trois Toute-Puissances ensemble sont Dieu.

Les ailes nous rappellent leur nature spirituelle. Il ne s’agit pas de corps matérialisés. Nous pouvons dire « comme des anges », mais ils ne sont pas des anges, esprits créés ; parlons plutôt de réalités ou de substances spirituelles, car Dieu est esprit (Jean 4, 24) ; l’Esprit pur de Dieu, la réalité divine, est intrinsèque et éternel.

 

LES ÉLÉMENTS D’APPUI

Ce que nous pouvons appeler les éléments d’appui nous permettent encore une fois d’identifier les trois personnages. Il y a un objet derrière chacun ; derrière le personnage de gauche, que nous identifions au Père, figure un château ou une maison, représentation de la « maison » d’Abraham, là où le Patriarche a reçu ses trois visiteurs, mais aussi symbole de sa descendance, ceux qui, de l’Ancienne Alliance et de la Nouvelle Alliance, se proclament être de la « maison d’Abraham. » Jésus dit dans l’Évangile de Jean : Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures… je vais vous préparer une place (Jean 14, 2). La maison est toujours liée à la paternité – la « maison paternelle ». Notre passage sur terre a comme but de nous amener là; comme le fils prodigue, nous rentrons chez nous, dans la maison du Père (cf. Luc 15, 11-24).

Icône de la TrinitéDerrière le personnage, le Fils de Dieu, il y a un arbre. Le récit biblique nous dit que la rencontre d’Abraham avec les trois visiteurs a lieu au chêne de Mambré. Sur l’icône, l’arbre signifie la mission du Fils. Un arbre est à l’origine de nos malheurs au début de l’humanité: l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), par lequel le péché et sa conséquence, la mort, ont été introduits dans le monde. L’arbre, c’est aussi l’arbre de la croix, l’arbre qui vient défaire l’action du premier ; l’arbre sur lequel est pendu le Fruit qui nous donne la vie éternelle, c’est la croix. Sur l’icône du dimanche des Rameaux, l’entrée du Christ à Jérusalem, un arbre figure aussi derrière le Christ, un arbre qui ressemble à celui de l’icône de la Trinité, avec peu de branches. Dans l’arbre, sur certaines versions de cette icône, on aperçoit des enfants, des petits personnages, qui coupent des branches. Les enfants sont souvent liés à l’action de Dieu ; c’est pour cette raison que Jésus dit : C’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux (Matthieu 19, 14). Que font-ils ? Ils coupent les branches qui feront la croix. Ce n’est pas seulement pour rendre gloire à Jésus - Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (Matthieu 21, 9) – mais aussi pour préparer l’arbre de la croix. L’entrée à Jérusalem est la prémisse de la Passion du Christ. Ainsi, comme sur l’icône de la Trinité, l’arbre est directement derrière le Fils, et Jésus, assis sur l’âne, regarde les Apôtres derrière lui, comme s’il disait, « Me suivrez-vous ? Embarquerez-vous dans ce projet ? » Puis devant lui la foule qui va demander sa mort, ceux qui doutent de lui (cf. Matthieu 21, 15-16 ; Luc 19, 39).

Derrière le troisième personnage, celui de droite, que nous identifions avec l’Esprit, il y a un rocher. Le rocher a plusieurs significations bibliques ; par exemple, le rocher sur lequel Moïse a frappé pour donner de l’eau à son peuple au désert pendant l’exode (Exode 17, 8). L’Esprit Saint était déjà présent à l’intérieur de cet événement du peuple élu. Son expérience de salut désigne Moïse comme médiateur et chef, implorant Dieu d’abreuver son peuple. Dans l’Ancien Testament, les Psaumes en particulier, Dieu est souvent appelé le Rocher : Mon Dieu et mon Rocher, c’est en lui que j’espère (Psaume 17, 3) ; C’est toi mon Rocher et ma forteresse (Psaume 70, 3). Le rocher, c’est la place forte, inébranlable, immuable, « éternelle ». Mais le rocher est aussi la grotte de Bethléem ; dans ce rocher, Marie donne naissance au fruit de l’Esprit, celui qui s’est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie et s’est fait homme (Credo de Nicée). Cette union de Dieu et de l’homme, réalisée d’une manière incompréhensible, est un mystère que nous appelons l’Incarnation, l’union de deux natures en une seule et même personne, Jésus, vrai homme et vrai Dieu, par l’intervention de l’Esprit Saint : c’est l’hypostase du Logos de Dieu, le Fils ou la deuxième Personne de la Sainte Trinité.

Le rocher est aussi le tombeau d’où Jésus sortira vivant (Matthieu 27, 60). Nous y avons mis la mort, Dieu y a mis la vie : Jésus le Nazôréen… vous l’avez pris et fait mourir… mais Dieu l’a ressuscité… Nous en sommes tous témoins (Actes 2, 22-24 ; 31). Quand nous sommes baptisés, nous voyons le lien entre le baptême et le désert où Dieu abreuve son peuple ; quand nous serons rafraîchis dans l’eau de l’Esprit, nous serons sauvés. Il s’agit du kérygme, le témoignage vivant des Apôtres, en commençant avec le premier discours de saint Pierre le jour de la Pentecôte. Dieu l’a ressuscité : c’est l’action de l’Esprit Saint, dans la volonté du Père. On peut dire que le Père est celui qui a planifié et qui pense au projet, le Fils est celui qui donne sa vie pour la réalisation du projet, et l’Esprit Saint est la réalisation du projet. C’est en quelque sorte ce que nous disons au sujet de l’icône de la Théophanie, célébrant le baptême de Jésus. Nous entendons la voix du Père comme celui qui fait l’onction ; le Fils est celui qui est oint, et l’Esprit est l’onction donnée par le Père. C’est la symbolique de l’activité spirituelle de la personne du Saint Esprit. C’est aussi notre manière de comprendre les sacrements. La parole, la prière du canon eucharistique est adressée au Père : Vous donc, priez ainsi : Notre Père… (Matthieu 5, 9). La prière parfaite est une prière adressée au Père, mais notre capacité de prier vient de l’Esprit Saint qui nous donne de prier au nom de Jésus. C’est tout le sens de l’épiclèse dans la Divine Liturgie : Ô Dieu… fais de ce pain le Corps précieux de ton Fils et de ce qui est dans ce calice le précieux sang de ton Fils, les changeant par ton Esprit Saint (Liturgie de Saint Jean Chrysostome). C’est l’Esprit qui transforme les saints dons, qui transforme la réalité matérielle pour qu’elle devienne matière de salut : le Christ. Sans l’action de l’Esprit, le Christ n’est pas présent, et sans le Christ, l’Esprit non plus n’est pas présent, car l’Esprit est envoyé pour l’accomplissement du projet du Père dans le Christ : le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit (Jean 14, 26).

 

LES COULEURS

Regardons les couleurs des vêtements dans l’icône. Certaines couleurs iconographiques ont une signification spécifique, alors que d’autres sont laissées aux traditions. Afin de pouvoir peindre un sujet, même créer une icône, un iconographe doit respecter la tradition ; s’il ne connaît pas la signification d’un détail, il ne doit pas prendre l’initiative de l’enlever ou de le changer. Ainsi il n’omettra pas un élément qui pourrait être important dans l’interprétation iconographique.

La couleur bleue en général relie le personnage à la divinité. Elle est normalement réservée au Christ et à la Mère de Dieu. Le bleu pâle sur les vêtements de saints indique leur grande dévotion à la Mère de Dieu, et aussi leur déification, l’union avec Dieu, le but de la vie chrétienne. Chacun des trois personnages de l’icône de la Trinité a un vêtement bleu, qui exprime sa divinité. Le vêtement bleu est au-dessus sur le personnage du centre, en dessous sur les deux autres. Ceci est pour montrer que le mystère de l’Incarnation est la grande théophanie, la manifestation de Dieu, la divinité du Christ, mystère central de la foi chrétienne. La divinité des deux autres personnages reste cachée et plutôt mystérieuse ; nous la découvrons par la foi. La foi identifie le Christ comme le Fils de Dieu et c’est par le Christ qu’on connaît le Père et l’Esprit.

Le rouge représente soit le sang du Christ, qui a donné tout son sang pour la vie du monde, et celui des martyrs, soit l’effusion de l’Esprit Saint dans le feu de la Pentecôte. La Mère de Dieu est souvent représentée sur les icônes habillée en rouge foncé, presque brun, pour montrer qu’elle a été placée sous l’ombre de l’Esprit : L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre (Luc 1, 35). Le vêtement que Marie porte n’est donc autre que l’Esprit Saint qui la recouvre. Ce que nous voyons est son aspect spirituel, mais en même temps son visage de femme, qui accueille d’une manière toute simple et toute humble cette réalité qui était voulue par Dieu : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole (Luc 1, 38). On peut aussi représenter la Mère de Dieu avec un manteau d’un bleu si foncé qu’il est presque noir. Ce bleu azur, presque de nuit, contre un visage illuminé, signifie celle qui porte le Soleil levant qui vient nous visiter (Luc 1,78). Sur la fameuse icône la Mère de Dieu de Vladimir, une icône du type « de la tendresse », la Mère de Dieu porte un vêtement très foncé, et le Jésus qu’elle porte est vêtu d’or vif. Quand la lumière arrive sur cette icône, il est ce Soleil levant qui vient nous visiter et qui est porté par la nuit de la foi. Marie, qui au début ne comprenait pas, néanmoins gardait toutes ces choses en son cœur (Luc 2, 51) ; elle a accueilli tout ce qu’elle a compris et tout ce qu’elle n’a pas compris : voilà le rôle de notre foi.

Le jaune est la couleur de la lumière. Habituellement, les personnages des icônes sont représentés sur un fond neutre, jaune. Certains iconographes recouvrent le fond entièrement d’or, mais souvent on ne pose de l’or que pour les auréoles, parce que la tête est la partie la plus lumineuse de la personne. Quand on parle d’illumination, on entend compréhension, intelligence, accueil dans sa foi, dans sa compréhension, et en même temps dans son cœur. La tête est l’élément principal de la personne ; ainsi on l’entoure d’or, ce qui rend les personnages très lumineux. Le fond d’une icône, en or ou de couleur jaune ocre, symbolise que le personnage est dans la lumière, la lumière qui est la réponse à la mort. Le thème de la lumière est très présent dans nos liturgies et nos funérailles, autant en Occident qu’en Orient. Nous disons : « Fais luire sur eux la lumière sans fin », quand nous prions pour les défunts ; ceux qui nous quittent entrent dans la lumière divine.

On ne représente jamais, ou presque jamais, des éléments strictement historiques sur les icônes – les icônes qui en comportent sont souvent considérées comme « moins canoniques » que celles qui n’en comportent pas. Ces éléments réduisent le personnage à ses dimensions historique et temporelle. Le personnage nous regarde, debout, enveloppé de lumière, nous regardant en tant que spectateur. Il est à la fois statique et vivant, stable et actif, parce qu’il regarde, il voit ce que nous ne voyons pas ; sa vision de Dieu continue à le transformer, à le faire vivre, et nous, en le regardant, nous participons à cette vision de Dieu. Parfois on ajoute des éléments historiques aux icônes, par exemple sur certaines icônes de sainte Xénia de Saint-Pétersbourg. Sainte Xénia a vécu comme « fol en Christ » dans les cimetières après la mort de son mari, et souvent on la représente dans les cimetières, au milieu des tombes, avec des églises en arrière-plan. On diminue alors la qualité canonique de l’icône par la présence de ces éléments locaux et historiques. Un saint ou une sainte est une personne que nous voyons dans sa vie actuelle, dans son état de déification.

Le vert représente la vie. Le Saint Esprit de l’icône de la Trinité est représenté avec un vêtement vert parce qu’il est celui qui vivifie. Dans l’icône de la Descente aux Enfers, Jésus va chercher Adam et Ève ; Adam y est souvent habillé en vert : il est le premier homme, l’origine de la race humaine. Jésus descend aux enfers pour redonner la vie à celui qui est à l’origine de la race humaine. Ève est habituellement habillée en rouge, comme la mère des vivants ; elle devient symbole de la Mère de Dieu, la deuxième Ève. Saint Jean Chrysostome dit qu’« Adam a donné la mort à ceux qui sont nés après lui et le Christ a donné la vie à ceux qui sont morts avant lui ».

 

LA COUPE

Au centre de la table du banquet de la Trinité, il y une coupe, la coupe du salut. C’est la coupe de la Nouvelle Alliance, le sang du Christ (cf. Luc 22, 20). À l’intérieur de la coupe, on aperçoit une tête d’agneau, ou, si l’on tourne la coupe vers la droite, on y perçoit le visage du Christ mort, comme sur le Saint Suaire de Turin. Ainsi, l’agneau symbolise à la fois l’Ancienne Alliance et le Christ, l’Agneau immolé, celui qui donne sa vie pour le salut du monde (cf. 1 Pierre 1, 19). Quand saint Jean Baptiste voit arriver Jésus, il l’appelle l’Agneau : Voici l’Agneau de Dieu (Jean 1, 29). Dans le rituel romain de la messe, le prêtre dit la même chose : Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde, comme invitation à la Communion.

Dans la liturgie orthodoxe, on appelle « agneau » le morceau de pain que le prêtre prépare et qui deviendra le Corps du Christ. C’est un morceau de pain pris au centre d’un grand pain levé, le prosphore, sur lequel sont imprimées avec un sceau les lettres grecques IC-XC et NIKA – « Jésus Christ, Vainqueur. » L’agneau est découpé avec une petite lance et le prêtre sort l’agneau du reste du pain, car sa vie est enlevée de la terre (Isaïe 53, 8 ; Proscomédie ou Préparation des Offrandes pour la Divine Liturgie). Le prêtre pique le pain avec sa lance, rappelant le geste de celui qui a transpercé le Corps du Christ sur la croix : Un des soldats, de sa lance, perça le côté de Jésus et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage – son témoignage est véritable (Jean 19, 34-35). L’agneau est placé sur la patène, il est consacré ou sanctifié par la Liturgie, et sert à la communion sacramentelle. Le reste du pain est coupé en petits morceaux, qui sont donnés aux fidèles à la fin de la liturgie, en rappel de la célébration eucharistique. C’est le monde qui est consommé à l’intérieur de l’action du Christ, centre de notre histoire et de notre monde. C’est la raison pour laquelle la main droite du personnage du centre est le centre de l’icône. Tout est fait en fonction du projet de Dieu et on ne connaît Dieu qu’à travers son projet. Et son projet, c’est le Fils qui l’accomplit ; sa main, en geste de bénédiction, bénit le projet, qui n’est d’autre que le salut du genre humain rendu possible par l’Incarnation du Fils, le Logos de Dieu. La main droite du personnage de gauche, dans lequel on voit le Père, a aussi le geste de bénédiction, car il est l’origine, alors que la main droite du personnage de droite, l’Esprit, est plutôt dans un geste d’humilité ou de soumission. L’Esprit est celui qui accomplit le projet divin en agissant dans la création d’une façon mystérieuse, dans le secret des cœurs ; il donne à l’humanité le visage du Logos.

Sur le devant de la table, on remarque un petit rectangle. Il représente le cosmos. Dieu est plus grand que le cosmos créé ; le cosmos est dans la volonté de Dieu et ce qui est plus important que la création est le projet de salut, qui est le vrai sujet de l’icône. Dieu a formulé ce projet de salut avant même de réaliser la création. Le salut est donné d’une manière universelle. Ce que Dieu veut, c’est que tous les humains, créés à son image, comme à sa ressemblance (Genèse 1, 27), un jour le découvrent et reviennent à lui. Voilà le projet de salut de Dieu.

En conclusion, on peut dire que par le baptême, nous avons reçu une invitation ; par la chrismation, on nous a revêtu de la robe nuptiale et nous pouvons maintenant nous approcher de la table sainte. La place libre à la table est la nôtre. Avec crainte de Dieu, foi et amourapprochez (Liturgie de saint Jean Chrysostome) pour communier à la coupe. Et grâce à l’action de l’Esprit Saint, nous devenons Corps du Christ et fils ou filles du Père. Voilà l’essentiel de notre identité… nous savons qui nous sommes, parce qu’il nous est donné de connaître Dieu. En Christ, nous devenons ceux que nous sommes réellement ; notre identité réelle, personnelle, n’est complète que dans notre relation à Dieu.

 

Propos recueillis lors d’une conférence prononcée à l’Université du Québec à Montréal le 28 novembre 1996, revus et augmentés par le Hiéromoine Cyrille. 

Cf. https://www.pagesorthodoxes.net/trinite/trinite2.htm

 

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux » (Ex 34, 4b-6.8-9)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné. Il emportait les deux tables de pierre. Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna. Il dit : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. »

CANTIQUE
(Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56)
R/ À toi, louange et gloire éternellement ! (Dn 3, 52)

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères : R/

Béni soit le nom très saint de ta gloire : R/

Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire : R/

Béni sois-tu sur le trône de ton règne : R/

Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes : R/

Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim : R/

Béni sois-tu au firmament, dans le ciel, R/

DEUXIÈME LECTURE
« La grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit » (2 Co 13, 11-13)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. Tous les fidèles vous saluent. Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

ÉVANGILE

« Dieu a envoyé son Fils, pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-18)
Alléluia. Alléluia.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !
Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick BRAUD

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29 mai 2017

La sobre ivresse de l’Esprit

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La sobre ivresse de l’Esprit

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année A
04/05/17

Cf. également :

Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre

On pourrait évoquer la Pentecôte comme un feu qui brûle sans consumer, à l’image des langues de feu sur la tête des apôtres et des femmes réunis à Jérusalem (hommes et femmes ensemble reçoivent l’Esprit Saint ! : pas de discrimination sexiste dans la vie spirituelle de l’Église…)

Partons sur une autre image qui nous parle de l’Esprit : l’image de la boisson qui désaltère.

Paul nous dit : « Tous nous avons été désaltérés par l’Unique Esprit » (1Co 12,13). Arrêtons-nous plus précisément sur l’image de la boisson qui enivre, utilisée selon les Actes des Apôtres par les témoins de la scène : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). C’est la réaction de la foule qui se moque en entendant ce phénomène étrange qu’est le chant en langues (glossolalie, à ne pas confondre avec la xénolalie, c’est-à-dire parler des langues étrangères), comme on se moque trop souvent de la culture qui nous est étrangère (cf. les remarques navrantes de bien des touristes à l’étranger…), comme on traîne en dérision au début un message qui détonne dans la culture dominante. Les pèlerins venus à Jérusalem pour la fête juive entendent les apôtres chanter en langues et ils pensent que c’est l’effet de l’alcool…

Cyrille de Jérusalem prend la foule au mot :

« Oui, ils sont ivres. Mais pas du vin de Palestine. Hommes d’Israël, nous pensons avec vous que ces gens sont ivres, ce n’est pas dans le sens que vous le prenez, mais selon ce qui est dit dans l’Écriture : ‘Tu les abreuveras aux torrents de tes délices.’ Ils sont ivres d’une sobre ivresse qui tue le péché et vivifie le cœur, d’une ivresse contraire à l’ivresse corporelle. Car celle-ci fait oublier même ce que l’on sait, tandis que celle-là fait connaître ce qu’on ne sait pas. Ils sont ivres d’avoir bu le vin de la vigne mystique qui dit : ‘Je suis la vigne et vous les sarments.’ »

Voilà donc avec Cyrille de Jérusalem l’origine d’une belle expression qui a traversé les siècles : la sobre ivresse de l’Esprit.

Les spécialistes de la langue française appellent cette figure de style un oxymore, une expression qui associe deux contraires : sobriété & ivresse. C’est pour obliger les auditeurs à réfléchir: comment lever l’apparente contradiction des termes ? Comment une ivresse peut-elle être sobre ?

Cyrille nous l’a dit : l’ivresse du vin est comme le négatif de l’ivresse de l’Esprit. L’abus d’alcool provoque perte de conscience, perte de la maîtrise de soi, envol des connaissances. La plénitude de l’Esprit provoque une conscience accrue de son identité chrétienne, une nouvelle maîtrise de soi qui va jusqu’à ne plus s’appartenir, une nouvelle connaissance qui va jusqu’à parler la langue de l’autre, ou même la langue de Dieu.

Laissons Ambroise de Milan voler au secours de Cyrille de Jérusalem :

« Chaque fois que tu bois (au calice), tu reçois la rémission des péchés et tu es enivré par l’Esprit. C’est pour cela que l’Apôtre dit: ‘Ne vous enivrez pas de vin, mais emplissez-vous de l’Esprit’ (Ep 5,18). Car celui qui s’enivre de vin chancelle et titube, mais celui qui s’enivre de l’Esprit est enraciné dans le Christ. C’est donc une excellente ivresse, qui produit la sobriété de l’âme ! »

Les chrétiens de Milan font donc la même expérience que dans les Actes des Apôtres : l’Esprit Saint, tout particulièrement lorsqu’il est reçu dans les sacrements, nous donne une sorte d’ivresse qui n’a rien de désordonné ni de superficiel. Cette « sobre ivresse » nous conduit hors de nous-mêmes, hors de nos impuissances et de nos contradictions, dans un « état de grâce » où il n’y a plus de place pour les amertumes, les replis sur soi, les regrets. La sobre ivresse de l’Esprit nous conduit vers une joie profonde que nul ne peut nous ravir. L’âme est ainsi enracinée dans le Christ, enracinée dans une paix et une jubilation qui permet d’affronter avec courage les épreuves, et même les persécutions (les martyrs ont vécu et vivent encore cette ivresse spirituelle). 

Appelons Augustin en renfort de Cyrille de Jérusalem et d’Ambroise de Milan :

« L’Esprit Saint – dit-il aux nouveaux baptisés – est venu habiter en vous (c’est le jour de Pâques et ils viennent de recevoir le baptême dans la nuit pascale) : ne le laissez pas s’éloigner, gardez-vous de l’éloigner de vos cœurs. Il est un bon invité : il vous a trouvé pauvres et il vous enrichit ; il vous a trouvé affamés et il vous a rassasié; il vous a trouvé assoiffés et il vous a enivrés (…) celui qui se réjouit dans le Seigneur et chante avec une grande allégresse ne ressemble-t-il pas à quelqu’un qui est ivre ? J’aime cette ivresse ! (…) L’Esprit de Dieu est à la fois breuvage et lumière » (Sermon 225).

Dans la vie de tout baptisé, cette expérience que décrit St Augustin est possible : goûter une joie réaliste et profonde, être enraciné dans la paix même au cœur des épreuves, déborder d’action de grâce sans détourner son regard des souffrances présentes, déborder d’enthousiasme divin (en-Théo = demeurer en Dieu) qui donne la passion et le courage de transformer ce monde…

La sobre ivresse de l’Esprit peut vous tomber dessus à l’improviste : elle peut vous prendre au volant de votre voiture, devant un paysage magnifique, en revenant de la communion, en butant sur des difficultés énormes, en frémissant à une musique sublime, en pleurant de joie devant un texte de la Bible ou dans le silence de la prière… Si vous voulez une comparaison profane, allez sur Youtube écouter le scat d’Ella Fitzgerald et laissez-vous emporter par sa jubilation au-delà des mots : vous éprouverez quelque chose de ce ravissement (être ravi = être emporté au-delà) de Pentecôte. Si vous voulez entendre une trace bimillénaire de cette ivresse spirituelle, allez dans une abbaye bénédictine écouter les moines jubiler sur une seule voyelle du mot « Alléluia » pendant des minutes entières : portée par cet art du grégorien décidément très « pentecostal », votre prière vous transportera vers des délices inconnus…

 

Enivrez-vous de l’Esprit : par l’inspiration qui parcourt la Parole, par le lien fraternel dans nos assemblées, par l’accueil du Christ dans les sacrements, par toute la Création…

Aimez cette sobre ivresse spirituelle, elle vous ancrera fermement dans une joie indicible, même dans le feu de l’épreuve.

 

 

MESSE DU JOUR

PREMIÈRE LECTURE
« Tous furent remplis de l’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
 Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

PSAUME (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! ou :Alléluia ! (cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! Que mon poème lui soit agréable ; moi, je me réjouis dans le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps » (1 Co 12, 3b-7.12-13)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.  Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

SÉQUENCE

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut de ciel un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide, baigne ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

ÉVANGILE

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
Alléluia. Alléluia. 

Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia. Évangile de Jésus Christ selon saint Jean C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » Patrick BRAUD

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