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1 octobre 2018

Le semblable par le semblable

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Le semblable par le semblable


Homélie pour le 27° dimanche du temps ordinaire / Année B
07/10/2018

Cf. également :

L’homme, la femme, et Dieu au milieu
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir
Sur quoi fonder le mariage ?
Le festin obligé

 

Bienvenue aux Alcooliques Anonymes !

Le semblable par le semblable dans Communauté spirituelle meres-anonymes1-300x205« – Bonjour. Je m’appelle Caroline.
- Bonjour, Caroline ! clame en chœur le groupe assis en cercle sur des chaises toutes simples.
- Je suis alcoolique. Cela fait trois mois que je n’ai pas touché un verre ».
Et le groupe applaudit.

Ce rituel des Alcooliques Anonymes est célèbre dans le monde entier. Il garantit l’égalité de condition des participants à ce groupe de parole. Il crée un lien de solidarité entre les participants : nous sommes tous confrontés à la même maladie ; nous savons de quoi nous parlons ; nous allons pouvoir nous entraider.

Ce qui est vrai des Alcooliques Anonymes l’est aussi d’autres groupes et associations de personnes touchées par un combat commun : des femmes battues, des victimes d’attentats, des malades de cancer, des veufs et veuves, des parents ayant perdu un enfant etc.

Pourquoi se regrouper ainsi ?

Parce que seuls ceux qui ont vécu telle expérience spécifique savent en parler aux autres. Parce qu’ils peuvent s’écouter mutuellement sans plaquer des aprioris et des clichés de l’extérieur. Entre compagnons de galère, on se reconnaît, on devine ce que l’autre ressent et veut exprimer, car on y est passé soi-même. Entendre quelqu’un parler du cancer en général, c’est bien ; mais rien ne remplace le témoignage personnel de quelqu’un qui a traversé le même cancer que le mien : celui-là, je peux le comprendre, recevoir ses paroles, lui accorder un crédit de confiance car son chemin est proche du mien. À l’inverse, les conseils, les belles paroles et les exhortations de ceux qui n’ont jamais vécu ma situation risquent d’être plaqués, extérieurs, et finalement peu pertinents.

Résultat de recherche d'images pour "Jonathan Pierres Vivantes"Quand un politique discourt sur la grande pauvreté par exemple, on ne peut qu’être méfiant : que connaît-t-il de la bataille quotidienne pour nourrir une famille avec cinq euros ? Que sait-il de l’usure morale et physique d’une mise à l’écart sociale pendant des années ? Même s’il s’appuie sur des études et des associations, ce sera toujours un riche qui se penche sur le problème des pauvres.

C’est pourquoi un prêtre des cités populaires a fondé ATD Quart-Monde. C’est grâce à un jeune aveugle, François Lesueur, que Valentin Haüy a pu créer sa Fondation pour aveugles. Ce sont des parents endeuillés qui ont créé l’association Jonathan Pierres Vivantes etc.

Les Pères de l’Église condensaient cette loi humaine en une formule bien frappée : « ce qui n’a pas été assumé ne peut être sauvé ». Autrement dit : c’est de l’intérieur, par des proches, des gens qui ont vécu la même chose que peut venir l’entraide.

 

Jésus, mon semblable.

La lettre aux Hébreux dans notre deuxième lecture constate que Jésus lui-même s’est soumis à cette loi anthropologique :
« celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » (He 2,11)

z Action Catholique dans Communauté spirituellez empowermentRésultat de recherche d'images pour "jésus bon larron"La libération ne peut venir de quelqu’un n’ayant pas la même origine. Lorsque quelqu’un ignore cela, il tombe dans la condescendance, l’assistance, la manipulation. Seuls des frères peuvent sauver les frères, sinon la domination ne fera que changer de mains. Quand Moïse par exemple, après son éducation égyptienne, redécouvre son appartenance au peuple hébreu, c’est alors qu’il peut en devenir le libérateur. Dieu l’a renvoyé vers les siens (épisode du buisson ardent) alors qu’il fuyait au désert la vie avec ses semblables.

Parce qu’il a la même origine en humanité, Jésus connaît de l’intérieur nos combats, nos détresses, nos dérélictions les plus extrêmes, car qu’y a-t-il de plus extrême que la croix pour lui ? Parce qu’il est mon semblable en humanité, je peux parler à Jésus comme à un ami, un frère, un compagnon de route. Il a assumé mes tentations, il a vibré à la beauté du monde comme moi, il a connu l’amour, l’amitié, la trahison, la joie, la tristesse, la colère, la souffrance sous toutes ses formes…

« Ce qui n’est pas assumé ne peut être sauvé » : les Pères de l’Église ont martelé cette formule à l’encontre de ceux qui niaient l’humanité de Jésus pour sauvegarder sa divinité. La prière eucharistique n° 4 redit cela avec force (cf. He 4,15) : « il a vécu notre condition d’homme en toutes choses, excepté le péché » (car en réalité le péché n’est pas humain ; il ne fait pas partie de notre vocation humaine).

Jésus se fait le semblable de tous, et surtout des pauvres, des petits, des sans-grades afin que tout être humain trouve en lui un égal, un familier.

 

Pourquoi est-ce si important d’avoir la même origine ?

LA DAME PATRONNESSERedisons-le : ceux qui veulent résoudre les problèmes des autres sans en avoir l’expérience directe ressemblent aux dames patronnesses du 19° siècle. Ils veulent faire pour, souvent avec générosité, mais hélas avec incompétence. Si bien que leur bonne volonté devient vite dangereuse. C’était par exemple le drame du pouvoir colonial français : il voulait assurer le ‘progrès’ des indigènes en faisant pour eux des infrastructures, des lois, une organisation sociale qu’ils imaginaient pour eux.

À l’inverse, si De Gaulle n’avait pas réussi à imposer la légitimité de son gouvernement aux Alliés en 39-45, si les chars du maréchal Leclerc n’avaient pas symboliquement libéré Paris avant les Américains, nous serions devenus une nation sous tutelle, mineure et assistée. Si les français n’avaient pas parlé aux français depuis Londres, nous aurions perdu notre indépendance pour des années.



 

 

L’empowerment

Comme le chante l’hymne de Ph 2, 6-11, Jésus a quitté sa condition divine pour aller épouser notre humanité, au plus bas, afin de la faire remonter auprès de Dieu dans son triomphe sur le mal et la mort. Il s’est fait proche. Il est devenu notre semblable. Il a voulu que l’homme soit sauvé non pas de l’extérieur, par un Dieu tout autre, mais par un frère qui libère en chacun sa capacité à être fils de Dieu.

On l’a dit : faire pour est peut-être généreux, mais naïf et dangereux. L’étape suivante est d’essayer de faire avec. C’est plus noble. Le risque persiste cependant de faire faire à l’autre ce que je pense être le meilleur. L’Occident décide ainsi de grands projets de développement économique et cherche des partenaires locaux en Afrique ou en Asie pour les réaliser avec eux. Mais qui a pris le temps d’écouter ce que les Africains, les Asiatiques mettent sous le terme ‘développement’ ? Faire avec suppose fait en réalité que l’autre ait déjà pris conscience de ce qu’il souhaite faire. Sinon, c’est une parodie de coopération où finalement j’impose mon point de vue en le faisant réaliser par mes ‘partenaires’.

Empowered

Il s’agit donc de rendre d’abord l’autre capable de vouloir et de faire, puis de faire ensemble. C’est ce qu’exprime le terme anglais empowerment : il s’agit de donner le pouvoir (power) à l’autre sur lui-même. L’empowerment est ce travail d’accompagnement qui consiste à libérer en l’autre sa capacité à décider et entreprendre par lui-même. L’empowerment redonne du pouvoir, de la liberté, de l’autonomie et des moyens pour construire son propre chemin par soi-même, en coopération libre avec d’autres.

Au lieu de faire pour, on donne à l’autre de quoi faire par lui-même, et alors seulement on peut faire avec.

Ainsi lorsque Jésus constate après un miracle : « ta foi t’a sauvé », il suit cette pédagogie : il révèle à l’autre la puissance du désir qui est en lui, et l’invite alors à mettre en œuvre cette puissance de salut par lui-même. C’est sa foi qui l’a sauvé et non pas Jésus de l’extérieur. Jésus agit alors comme un catalyseur : en se décentrant de lui-même, il donne à l’autre de découvrir son centre le plus personnel, et travaille avec lui à la réalisation de son désir le plus vrai, le plus saint.

 

Évangéliser le semblable par le semblable

C’est l’une des intuitions les plus fécondes de l’Action Catholique. Au milieu des questions sociales nées de la Révolution industrielle, les chrétiens ont fait l’expérience que mieux que tout autre les ouvriers savent parler aux ouvriers de l’Évangile dans leur culture, leurs modes de vie. De même les cadres trouvent les mots qui vont toucher d’autres cadres pour témoigner du Christ etc. Ainsi sont nés la JOC, la JEC, la JIC, la JICF, les CMR, l’ACO, le MCC, les EDC, le MCR… Si ces mouvements sont aujourd’hui exsangues, c’est sans doute à cause de leur emprunt idéologique à d’autres pensées (marxiste, socialiste, sociologiques…) qui leur ont fait perdre de vue cette intuition évangélique :
« celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » (He 2,11)

51EKW7SBRQL._AC_US400_ évangélisationAu congrès de Besançon en 1898, l’ACJF avait déjà entendu la revendication d’une évangélisation du semblable par le semblable. Le souci d’atteindre les masses a conduit l’Action Catholique à se spécialiser par milieu social, à partir de cette idée que ce sont les jeunes d’un milieu qui sont capables de toucher l’ensemble des jeunes de ce milieu : « entre eux, par eux, pour eux ». Cette idée, c’est l’abbé Cardjin, puis l’abbé Guérin qui vont véritablement la mettre en œuvre. En 1925 la JOC est fondée en Belgique, en 1926 en France. Pie XI (pontificat 1922-1939) consacrera cette intuition dans son encyclique Quadragesimo anno dans le langage de l’époque :

« Les circonstances nous tracent clairement la voie dans laquelle nous devons nous engager. Comme à d’autres époques de l’histoire de l’Église, nous affrontons un monde retombé en grande partie dans le paganisme. Pour ramener au Christ ces diverses classes d’hommes qui l’ont renié, il faut avant tout recruter et former dans leur sein même des auxiliaires de l’Église qui comprenne leur mentalité et leurs aspirations et qui sachent parler à leur cœur dans un esprit de fraternelle charité. Les premiers apôtres, les apôtres immédiats des ouvriers seront les ouvriers ; les apôtres du monde industriel et commerçant seront des industriels et des commerçants ».

Les effectifs sont importants : en 1937, la JOC compte 30 000 adhérents et réunit 85 000 jeunes au Parc des Princes pour célébrer son dixième anniversaire. Les prêtres ouvriers naissent de la même intuition de proximité : ils sont 10 en 1947, 25 un an plus tard, puis une centaine. L’objectif n’est plus de convertir la masse ouvrière mais de réinventer l’Église en milieu ouvrier ; les maîtres mots sont « naturalisation » des prêtres et « incarnation » de l’Église. C’est à propos de la question communiste que leur aventure va prendre fin, dans le contexte de la guerre froide. En 1954, Rome met fin à l’expérience des prêtres ouvriers. Certains refusent de se soumettre et d’abandonner leur travail. La mission de France poursuit actuellement cette conception de l’évangélisation, en y incluant des laïcs.

Le constat demeure : avoir la même origine (sociale, géographique, culturelle, intellectuelle etc.) que l’autre m’en rend plus naturellement frère. Cette proximité me permet d’acculturer l’Évangile, de le traduire dans sa mentalité, son vocabulaire, sa vision du monde afin qu’il puisse entendre comme à Pentecôte le message dans sa langue maternelle.

 

Mais qui est mon semblable ?

Jésus s’est fait le semblable de tout homme. Mais moi, de qui suis-je naturellement le semblable ? Qui a la même origine que moi, si bien que nous pourrons facilement échanger, nous confier l’un à l’autre, interpréter ensemble l’Évangile dans notre condition commune ?
Le jeune homme riche demandait à Jésus : qui est mon prochain ?
Il nous faut lui demander aujourd’hui : qui est mon semblable ? quelle est mon origine ? qui la partage avec moi ?
Nous pourrons alors, de façon privilégiée et non exclusive, nous tourner vers nos semblables pour fraternellement leur proposer la belle aventure de la foi chrétienne qu’ils écriront avec nous.

Demandez-vous donc – et demandez au Christ – cette semaine : qui est mon semblable ?

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Tous deux ne feront plus qu’un » (Gn 2, 18-24)

Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. » Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde. Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.

Psaume
(Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-6)
R/ Que le Seigneur nous bénisse tous les jours de notre vie ! (cf. Ps 127, 5ac)

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur.
De Sion, que le Seigneur te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie,
et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël.

Deuxième lecture
« Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine » (He 2, 9-11)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, Jésus, qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous. Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu’à la gloire ; c’est pourquoi il convenait qu’il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères.

Évangile
« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10, 2-16) Alléluia. Alléluia.
Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous ; en nous, son amour atteint la perfection. Alléluia. (1 Jn 4, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Patrick BRAUD

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3 juillet 2017

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?

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Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?


Homélie du 14° dimanche du temps ordinaire / Année A
09/07/2017

C’est dans la fournaise qu’on voit l’humble

En joug, et à deux !

Plus humble que Dieu, tu meurs !

Dieu est le plus humble de tous les hommes


Macron LouvreL’humble roi annoncé par Zacharie

Les images de la mise en scène quasi royale de la prise de pouvoir par Emmanuel Macron en France ont fait le tour du monde. Sorti de l’ombre, seul, marchant vers la lumière de la pyramide du Louvre au son de l’ode à la joie de la neuvième symphonie de Beethoven : voilà une liturgie républicaine inspirée des ors de l’ancien régime ! Ce style très « jupitérien » [1] semble à l’opposé de l’annonce faite par le prophète Zacharie à Jérusalem :
« Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. » (Za 9,9)
Impossible pour les chrétiens de ne pas y reconnaître le style évangélique de l’entrée de Jésus à Jérusalem, monté sur un âne et foulant les rameaux au son des Hosanna ! de la foule…

Deux styles de gouvernement très opposés donc. On objectera que les temps ont changé et qu’il faut bien assumer aujourd’hui les insignes du pouvoir. On répétera à l’envie que la présidence française avait bien besoin d’être resacralisée comme du temps de De Gaulle, que les autres chefs d’État ont tous recours à de telles symboliques, que les Français adorent finalement retrouver inconsciemment la figure du roi dont ils ne se pardonnent pas l’exécution en 1793…

GhandiPourtant, les plus anciens n’ont pas oublié les pieds nus et l’humble drapé de Gandhi parcourant la planète pour la liberté de l’Inde et la non-violence. Pourtant, la simplicité de Nelson Mandela devenant le premier président noir de l’Afrique du Sud a ému aussi le monde entier. Elle démontrait que l’attente des peuples est en phase avec ce mode d’exercice du pouvoir qu’est l’humilité biblique. Rappelez-vous encore la pompe des papes des siècles précédents : la tiare, la chaise à porteurs, les vêtements ridicules à force d’accumuler les usages d’autrefois… Jean XXIII a vendu cette tiare pour donner l’argent aux pauvres, et a remisé au musée la chaise à porteurs. Le pape François se déplace maintenant le plus possible à pied, et aime les contacts directs avec les populaces des favelas où des slums.

Bref, en politique comme partout ailleurs, le fond c’est la forme. La manière dont un puissant exerce son pouvoir en dit long sur le contenu de son action. « Le style c’est l’homme » : Buffon avait raison de nous avertir !

Il ne suffit pas d’inviter nos politiques à convertir leur style de vie. Moraliser la vie politique est un chantier important, qui doit nous renvoyer au style de gouvernement qui est le nôtre également, en famille, en entreprise, dans l’associatif.

 

L’humilité en entreprise

Isaac Getz commence son livre [2] sur les sources inspirantes pour libérer l’entreprise d’aujourd’hui par cette citation de Lao Tseu :

« Si le sage désire être au-dessus du peuple,
Il lui faut s’abaisser d’abord en paroles ;
s’il désire prendre la tête du peuple,
il lui faut se mettre au dernier rang. »

Il continue :

Quand j’en ai fait part à Bob Davids (patron du vignoble Sea Smoke Cellors), j’ai reçu la réponse suivante :
« Ces mots devraient être affichés en bonne place sous les yeux de tous les leaders qui pensent qu’ils ont besoin d’un bureau de luxe, d’une voiture de luxe, de sièges d’avion en 1° classe. Quand ils se rendent différents des gens, ils se rendent incapables d’être des leaders. »

En entreprise, on commence à redécouvrir les vertus de l’humilité et du service. Un chef qui se montre hautain et réservé, qui descend rarement ou avec condescendance de sa sphère de pouvoir ne pourra pas gagner l’attachement et l’engagement de ses équipes. Le style de management conditionne largement l’efficacité de l’équipe managée.

Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ? dans Communauté spirituelle 1090875553Lazlo Bock, vice-président DRH chez Google, a lancé un pavé dans la marre en annonçant que l’humilité est pour lui un trait de personnalité déterminant chez les candidats cadres-dirigeants. Une étude de la très sérieuse revue Harvard Business Review de 2014 [3] semble lui donner raison puisque sur des centaines d’entreprises analysées, elle a révélé que l’altruisme, les actes désintéressés et la modestie des leaders étaient des facteurs d’optimisation des performances de l’entreprise. Les leaders altruistes favorisent l’intégration des salariés, la cohésion, le sentiment d’appartenance à une culture d’entreprise, le sentiment de reconnaissance et, in fine, les performances des équipes. Un leadership moins égocentrique stimule l’innovation et les propositions émanant des salariés.

L’humilité intellectuelle vantée par le DRH de Google se manifeste notamment par 4 comportements :

- Une attitude modeste
- La possibilité offerte à tous d’apprendre et de se perfectionner
- La prise de risque pour défendre des intérêts collectifs
- La responsabilisation de chacun, notamment des salariés

Regardez l’humilité de Zidane dans sa gestion du formidable vivier footballistique du Real Madrid : deux titres consécutifs de champion d’Europe et un palmarès impressionnant pour cet  entraîneur d’à peine 2 ans. Or Zidane a cette gentillesse et cette humilité qui lui gagnent le cœur des plus grands, et lui confère une autorité morale indiscutée.

Car c’est bien le paradoxe que ne voient pas les orgueilleux : l’autorité véritable et pérenne est largement accordée aux humbles, alors que la superbe des patrons en surplomb de leurs équipes ne génère que soumission lâche, adhésion de façade, désengagement ou violence grandissante chez ceux qu’on ignore. « Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre »  prophétise Zacharie, car ce roi humble et ouvert sera respecté de tous.

Le lien humilité-autorité tient à ce que Hannah Arendt appelait « faire autorité ». On se rallie librement et avec enthousiasme à quelqu’un dont on sent qu’il est au service des autres, et non là pour servir pour sa propre gloire. Jésus, doux et humble de cœur, faisait autorité justement parce qu’on voyait bien qu’il n’était pas là pour profiter de son charisme. Il parlait en homme qui a autorité non pas en imposant d’en haut sa volonté, mais en se mettant à égalité avec ses interlocuteurs. Le mot humus qui a donné humilité évoque ce ras-de-terre où l’on voit les choses du point de vue des autres. Quand il devait trancher au nom de son identité divine (ex: « on vous a dit… eh bien moi je vous dis… » Mt 5) c’était à chaque fois en faveur de ceux que les puissants oppressent, et non pour asseoir son propre pouvoir. D’où l’adhésion enthousiaste des foules qui reconnaissaient en lui la conjonction tant attendue de la force et du service, de l’humilité et de l’autorité, de la gloire d’un seul et de la gloire de tous.


Humilité et non-violence 

Autre détail : le roi annoncé par Zacharie annonce la fin de la guerre, la fin du commerce des armes :

Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. (Za 9,10)

 humilité dans Communauté spirituelleÉvidemment, dans le contexte actuel, tout le monde répétera : ‘il faut faire la guerre au terrorisme ; il faut armer ceux qui résistent aux fanatiques. Il faut bombarder, détruire et anéantir les forces du mal. D’ailleurs, cela développe notre industrie de l’armement et génère des emplois’. Sans doute il y a un temps pour faire la guerre, comme ce fut le cas en 1939 contre Hitler. Mais il y a également un temps pour faire la paix, rappelle l’Ecclésiaste, et ce temps devra venir. C’est l’honneur du politique de préparer ce chemin de réconciliation et de respect ou les armes deviennent inutiles, où les musulmans les plus radicaux n’auront plus besoin de recourir aux attentats pour se sentir respectés, où les démocraties menacées n’auront plus besoin d’envahir ou de bombarder pour se défendre… Utopique ? Les plus anciens se souviennent qu’il était utopique de parler d’amitié franco-allemande après 1945, de vouloir le désarmement nucléaire au cœur de la guerre froide, la fin de l’apartheid ou récemment la fin des énergies polluantes.

 

Humilité et pauvreté

Le dernier lien évoqué par la prophétie de Zacharie concerne la relation entre humilité et pauvreté : annoncer « un roi humble et pauvre » ne correspond guère aux canons de la pensée ordinaire que l’on a du pouvoir… Et pourtant l’exemplarité des chefs commence par le désintéressement pécuniaire. Les affaires Cahuzac, Fillon, Ferrand etc. montrent que le peuple ne supporte plus de voir s’enrichir personnellement ceux qui devraient le servir.

L’idéal d’humilité et de pauvreté que Zacharie applique au pouvoir royal vaut également pour chacun de nous, là où il a du pouvoir à exercer. Et qui n’en a pas ?

Que voudrait donc dire être humble et pauvre dans l’exercice de notre autorité familiale, professionnelle, associative ?

 


[1] . Cf. l’interview d’Emmanuel Macron dans Challenges du 16/10/2016 où il reproche à François Hollande de ne pas croire au président « jupitérien ».

[2] . GETZ Isaac, La liberté, ça marche ! L’entreprise libérée. Les textes qui l’ont inspirée, les pionniers qui l’ont bâtie, Flammarion, 2016, p. 10.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici ton roi qui vient à toi : il est pauvre » (Za 9, 9-10)
Lecture du livre du prophète Zacharie

Ainsi parle le Seigneur : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays. »

PSAUME
(Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! ou : Alléluia ! (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi ;
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour.
La bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits,

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

DEUXIÈME LECTURE
« Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez » (Rm 8, 9.11-13)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez.

ÉVANGILE
« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)
Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

 Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Patrick BRAUD

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26 octobre 2016

La puissance, donc la pitié

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La puissance, donc la pitié

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année C
30/10/2016

Cf. également :

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue


La vraie force n’a pas besoin de s’exercer

Le livre de la Sagesse (11,22 – 12,2) fait un lien explicite entre la toute-puissance de Dieu et sa capacité à prendre en pitié tous les hommes, même les pires : « tu as pitié de tous les hommes, car tu peux tout ».

La puissance, donc la pitié dans Communauté spirituelle la-puissance-et-la-sagesseLe psaume 144 lui fait écho, avec ses stances qui reviennent souvent comme un refrain dans les 150 psaumes : « Dieu de tendresse et Dieu de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, Dieu qui pardonne à ceux qui t’aiment et qui gardent ta parole… ».

Comment ça ? Faire miséricorde aux assassins de Daech ? Avoir pitié des profiteurs de la crise financière ? S’émouvoir du sort des auteurs du génocide rwandais ? Éprouver de la compassion pour ceux qui massacrent des innocents à Alep, Mossoul, Bagdad ou Nairobi ?

Instinctivement, nous sommes très loin de l’attitude divine que les sages contemplent. En fait, plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous pensons : représailles, faire justice, punir et sanctionner. Par contre, plus nous progressons dans la communion avec Dieu, et plus nous pensons comme lui : miséricorde, pitié, seconde chance, conversion.

La liste des dipôles de notre première lecture est explicite :

·         toute-puissance => pitié envers tous
·         amour de ce qui existe => fermer les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent
·         capacité de créer => amour, sans répulsion de quiconque, volonté de faire vivre l’autre quoi qu’il arrive
·         posséder tous les êtres => épargner tous les êtres
·         aimer les vivants => les animer du souffle impérissable.

À la force du poignet, ces attitudes du cœur sont pour nous inatteignables, et souvent non désirables.

Mais dans la force de l’Esprit de Dieu, la répulsion recule, la haine s’estompe, l’envie de supprimer le pécheur se transforme en pédagogie pour qu’il se détourne de son péché.

Facile à dire !’ – objecterez-vous – ‘et bon pour les utopistes’. Pourtant, la vraie facilité de cette miséricorde réside dans le fait qu’elle nous est donnée. Elle ne relève pas de l’effort moral, ni de la volonté d’y arriver, ni d’une prescription juridique. La miséricorde divine devient nôtre lorsque nous participons davantage à la nature divine. Comme une conséquence, un reflet non voulu de l’identification progressive au Tout-Puissant. Sa puissance est celle qui justement n’a pas besoin de s’affirmer par la force.

Seuls les pouvoirs faibles veulent éliminer l’adversaire. Seuls les pouvoirs forts peuvent croire à la conversion des malfaiteurs. Celui qui se sent menacé réagit violemment. Celui dont le pouvoir n’est pas menacé peut accepter que l’autre ait un chemin long et complexe.

 

« Vous n’aurez pas ma haine »

Ce billet d’un père de famille sur Facebook lors des attentats du Bataclan a fait le tour de la toile. Un livre en est sorti. Le point de départ est ce refus bouleversant de se laisser entraîner au mal alors qu’il vient de vous priver d’une femme chérie :

“Vous n’aurez pas ma haine”

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.
Antoine Leiris, 16 novembre 2015

41Dab6544KL._SX313_BO1,204,203,200_ Dieu dans Communauté spirituelleAvoir pitié, même de ses bourreaux, n’est pas une vertu impossible : elle est donnée à celui qui veut l’accueillir, au moment même où la douleur et le sentiment d’injustice pourraient rendre fou, violent, sans pitié envers les agresseurs.

Ce lien entre puissance et miséricorde est constitutif de l’être même de Dieu : sa capacité à créer, son amour du vivant ainsi créé, la démesure de sa puissance qui n’a rien à craindre des coups de griffe des méchants.

Prenez de la hauteur : hors du système solaire, à des milliards d’années-lumière, vu d’une des galaxies qui par myriades peuplent des univers infiniment lointains ou parallèles, que peut bien faire la méchanceté de l’homme à l’immensité du créé ? Le sage écrivait à sa manière : « le monde entier est devant toi comme une goutte de rosée au bord d’un seau » (Sg 11,22). La révélation biblique proclame que cette infinie distance ne se traduit pas en éloignement glacial, mais au contraire en miséricorde inépuisable. Loin de se désintéresser d’une humanité aussi insignifiante, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob est blessé de sa malfaisance, se passionne pour sa conversion, l’anime de son souffle impérissable.

Il n’y a en cela aucune nécessité. Dieu pourrait ne pas créer, ne pas aimer ce qu’il crée, se désintéresser du monde, abandonner l’humanité à ses contradictions. Mais non : gracieusement, sans raison, Dieu se réjouit d’avoir pitié. Dieu s’oblige à faire miséricorde. Et il offre à tout être qui vient à lui d’en faire autant, simplement en se laissant unir à lui.

Voilà de quoi renverser bien des perspectives sur la justice, la sanction, la guerre contre le mal, la lutte contre la violence.

 

Pas de pitié en prison !

Prenez le phénomène de société – hélas ! – que sont les prisons françaises. Depuis des décennies, des rapports de parlementaires dénoncent leur surpopulation (150 % d’occupation en moyenne). De nombreuses condamnations européennes au nom des Droits de l’Homme ont stigmatisé l’effet pervers de cet emprisonnement indigne : la radicalisation, la professionnalisation auprès des grands criminels, la récidive, la réinsertion impossible…

« Des jeunes y entrent, des fauves en sorte » écrivait déjà Guy Gilbert en 1985.

Afficher l'image d'originePourtant, dans l’opinion publique, comme dans la tête de beaucoup de fonctionnaires ou responsables politiques, le rôle premier de la prison serait de punir. « Bien fait pour eux ! De toute façon, il n’y a rien à en attendre ». Le regard fermé à tout avenir que l’institution judiciaire et pénitentiaire porte sur eux pousse bon nombre de prisonniers à se conformer à ce qu’on redoute d’eux. Ils deviennent des fauves, puisque tout leur répète qu’ils le sont. Alors que des témoignages innombrables racontent comment tel détenu en qui quelqu’un a confiance peut véritablement se convertir, être transformé. Faire œuvre de miséricorde en prison, avant et après également, est encore une idée neuve dans notre société soi-disant évoluée.

Remplacez les détenus par des collègues, la maison d’arrêt par l’entreprise, la machine judiciaire par certains types de management et vous aurez une idée assez fidèle de ce que l’absence de miséricorde peut engendrer dans la vie professionnelle… Le contrôle, la surveillance, la punition, l’élimination règnent encore en maître dans l’esprit et le management de bien des chefs d’entreprise, de bien des chefs d’équipe. Pourtant un management de la miséricorde serait bien plus efficace et performant !

« Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36) : Jésus a sans doute médité longuement ces passages du livre de la Sagesse et des Psaumes où Dieu a pitié parce que lui est Tout-Puissant. Revêtons-nous de cette même attitude du cœur, pour n’avoir plus de répulsion envers quiconque, pour ne jamais vouloir la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.

Et si en Dieu la puissance implique la pitié, alors faisons l’hypothèse qu’en l’homme l’inverse est également vrai…

 

 

1ère lecture : « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)
Lecture du livre de la Sagesse

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

Psaume : Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !    (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : « Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

Evangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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7 septembre 2016

Avez-vous la nuque raide ?

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Avez-vous la nuque raide ?

 

Homélie du 24° Dimanche du temps ordinaire / Année C
11/09/2016

Cf. également :

La brebis et la drachme 

La parabole du petit-beurre perdu 

Le berger et la porte 

Des brebis, un berger, un loup 

Servir les prodigues

 

Mal au cou ?

Afficher l'image d'origineEn entendant en cette expression : « peuple à la nuque raide », tirée de notre première lecture (Ex 32, 7-14), vous penserez peut-être à une douleur familière. Celle qu’on ressent dans le cou après une longue journée de travail où il a fallu garder la tête droite. Si vous avez en plus un peu d’arthrose, vous n’avez qu’une envie : qu’on vienne vous masser ces cervicales endolories et ces muscles durs comme du bois autour de la nuque et des épaules.

 

Une qualité ?

Afficher l'image d'origineCe n’est pas le premier sens de l’expression utilisée par le livre de l’Exode. Mais c’est quand même un deuxième sens, qui pourrait expliquer pourquoi Dieu s’est pris d’affection pour des tribus avides de fondre un veau d’or dès que Moïse s’absente. En effet, depuis Abraham, le peuple hébreu s’efforce de garder la tête droite, tendue vers le dieu unique. Alors qu’autour de lui toutes les nations sont idolâtres et courbent l’échine devant des statues, Israël invente le monothéisme, à contre-courant. Il va, seul contre tous, témoigner que la nature n’est pas Dieu, qu’il ne sert à rien d’adorer le tonnerre ou les bois sacrés, d’offrir des animaux en sacrifice à la lune au soleil, que l’histoire n’est pas qu’un éternel retour vers l’harmonie supposée des origines.

Ce témoignage monothéiste est si tendu que maintes fois le peuple en paiera le prix : humiliations, déportations, pillages… Depuis Abraham, Isaac et Jacob, l’Alliance que Dieu a voulu conclure coûte très cher à ce peuple.

Dieu sait qu’il a la nuque raide à force de ne pas se courber devant les idoles étrangères. C’est d’ailleurs parce qu’il lui reconnaît ce mérite que finalement Dieu va passer de la colère à la miséricorde en agréant la prière d’intersession de Moïse suite au veau d’or. D’ailleurs, Moïse lui rappelle habilement qu’Israël a été choisi unilatéralement par Dieu. Le peuple n’avait rien demandé ! C’est Dieu qui est venu le chercher, quasi de force. « À main  forte et à bras étendus ». C’est lui qui l’a séduit, emmené hors de Canaan, puis conduit en exil en Égypte pendant près de quatre siècles. Alors quand Dieu dit : « ton peuple », avec un air de reproche, Moïse a beau jeu de lui retourner le reproche : c’est bien « ton peuple », que tu es venu chercher de force, que tu as fait sortir au forceps alors que lui regrettait déjà des marmites de viande de l’esclavage. On croirait entendre un couple se disputer au sujet de leur enfant…
‘Je t’avais prévenu’, semble répliquer Moïse. ‘Ce peuple n’est pas prêt pour l’Alliance, pas près pour le monothéisme. C’est toi Dieu qui brûles les étapes, et tu voudrais qu’il soit parfait, qu’il soit déjà arrivé au terme ? ! Tu voudrais qu’il t’aime comme tu l’aimes ! ? Mais laisse-leur du temps ! Tu vas trop vite…’

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Devant cet argument de Moïse, Dieu semble touché : Moïse marque un point. Dieu n’oppose plus de reproches et regrette d’avoir été malhabile dans sa relation amoureuse. « Le Seigneur regretta le mal qu’il avait voulu faire à son peuple ».

 

Avoir la nuque raide est donc une qualité tout autant qu’un défaut, signe de son élection en même temps que de son infidélité. S’il n’avait pas eu la nuque raide, Israël se serait converti aux religions de ceux qui n’ont cessé de le dominer et de l’envahir. Ce peuple à la nuque raide n’a finalement jamais baissé le regard devant un tyran, ou une idole. Il a refusé de s’incliner, d’adorer ce que les puissants lui commandaient. Esther et Judith, les martyrs d’Israël, David contre Goliath, Moïse contre pharaon : l’histoire de ce peuple depuis 4000 ans est une histoire d’insoumission et de rébellion d’abord spirituelle, militaire ensuite.

Les chrétiens lui ont emboîté le pas, refusant eux aussi d’adorer l’empereur et les divinités romaines ou grecques, quitte à devenir la proie des fauves dans le cirque. Pendant trois siècles, les martyrs chrétiens ont eu la nuque raide en préférant mourir plutôt que de s’incliner devant César et de renier leur foi. Hélas, cela continue aujourd’hui dans tant de pays où on veut les faire plier devant une religion d’État ou une idéologie idolâtre.

 

Un défaut ?

Reste que ce peuple à la nuque raide est aussi celui qui résistait à Dieu.

Le Seigneur dit encore à Moïse : « J’ai vu que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. » (Ex 32,9) 

Les 10 usages bibliques de l’expression racontent la désolation de Dieu devant sa bien-aimée (le peuple est féminin en hébreu) qui le trompe avec des dieux étrangers, dont le veau d’or est l’archétype :

Baruch  2 : je sais qu’ils ne m’écouteront point; c’est un peuple à la nuque raide

Deutéronome  9 : Sache aujourd’hui que ce n’est pas ta juste conduite qui te vaut de recevoir de Yahvé ton Dieu cet heureux pays pour domaine: car tu es un peuple à la nuque raide

Exode  34 :   » Si vraiment, Seigneur, j’ai trouvé grâce à tes yeux, que mon Seigneur veuille bien aller au milieu de nous, bien que ce soit un peuple à la nuque raide, pardonne nos fautes et nos péchés et fais de nous ton héritage. » 

 

Dans le Nouveau Testament, le seul usage vient du diacre Etienne qui n’hésite pas à tonner devant ceux qui vont le mettre à mort :

Actes  7,51 :   » Nuques raides, oreilles et coeurs incirconcis, toujours vous résistez à l’Esprit Saint ! Tels furent vos pères, tels vous êtes !  »

Afficher l'image d'origineJonas avait la nuque raide lorsqu’il fuyait l’appel de Dieu à annoncer le salut à ces salauds de païens de Ninive.

Pierre avait la nuque raide lorsqu’il n’imaginait pas que le centurion Corneille, cet incirconcis, pouvait lui aussi être rempli d’Esprit Saint.

Catholiques et protestants ont eu la nuque raide lorsque au XVIe siècle ils se sont entre-tués au nom de leurs doctrines érigées en veaux d’or.

Israël a du mal à courber la tête devant cet allié divin encombrant qu’il n’avait pas demandé. Alors il lui résiste. Il se cabre. Il se laisse tenter par le veau d’or sorti des bijoux de famille.

 

Avez-vous la nuque raide ?

Il est facile de se reconnaître, chacun de nous, dans ce portrait biface du peuple à la nuque raide.

Côté pile, nous savons bien être inflexibles : devant la haine attisée par des attentats de Daech par exemple, ou devant telles injustices autour de nous, tels débats de société sur la dignité des plus petits etc. Ne pas plier lorsque l’essentiel est en jeu relève du courage de la foi.

Rappelez-vous : quand avez-vous refusé de baisser la tête alors qu’on voulait vous soumettre ou vous humilier ? Devant qui n’avez-vous pas plié le genou alors que tout le monde le faisait ? Devant quelle idole (argent, promotion, haine, vaine gloire, jalousie, vengeance, mépris…) avez-vous choisi de ne pas vous incliner ?

Pour tous ces moments où vous avez eu la nuque heureusement raide, Dieu vous sera mille fois plus miséricordieux en retour.

Mais soyez honnêtes et revisitez également le côté face de cette rigidité de la nuque. Quand avez-vous tourné le dos à Dieu (en lui présentant votre nuque et non votre visage) ? Comment avez-vous déjoué la tendresse divine en refusant de vous laisser conduire (à travers des événements, des rencontres, des lectures…) ? Dans quel domaine vous arrive-t-il d’être si raide, têtu, si obstiné que vous devenez sourd à tout appel à changer, à vous convertir ? Quels bijoux (talents, qualités, charismes…) avez-vous fait fondre pour fabriquer quel veau d’or devant lequel vous vous prosternez ?

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« Vraiment ce peuple a la nuque raide », constate YHWH, admiration et colère mêlées.

Serons-nous l’écouter quand il le dit de nous ?

_______________________________ 

Suggestion : allez écouter ici le commentaire du veau d’or par Émeric Deutsch, sociologue juif et psychanalyste

 

1ère lecture : « Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire » (Ex 32, 7-11.13-14)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, le Seigneur parla à Moïse : « Va, descends, car ton peuple s’est corrompu, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. Ils n’auront pas mis longtemps à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre ! Ils se sont fait un veau en métal fondu et se sont prosternés devant lui. Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : ‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ » Le Seigneur dit encore à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. » Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant : « Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par ta grande force et ta main puissante ? Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même : ‘Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ; je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage.’ » Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

Psaume : Ps 50 (51), 3-4, 12-13, 17.19

R/ Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père.  (Lc 15, 18)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

2ème lecture : « Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » (1 Tm 1, 12-17)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère, moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus. Voici une parole digne de foi, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs. Mais s’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle. Au roi des siècles, au Dieu immortel, invisible et unique, honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit » (Lc 15, 1-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui : il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’ Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’ Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

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