L'homelie du dimanche

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2 juin 2019

Les langues de Pentecôte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Les langues de Pentecôte

Homélie pour la fête de Pentecôte / Année C
09/06/2019

Cf. également :

Pentecôte, ou l’accomplissement de Babel
La sobre ivresse de l’Esprit
Les trois dimensions de Pentecôte
Le scat de Pentecôte
Pentecôte : conjuguer glossolalie et xénolalie
Le marché de Pentecôte : 12 fruits, 7 dons
Et si l’Esprit Saint n’existait pas ?
La paix soit avec vous
Parler la langue de l’autre
Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Lorsque la langue menait en enfer…

KTD16 langue 5Nos cathédrales romanes fourmillent de détails qui donnent à penser. Arrêtez-vous un jour de devant celle d’Angoulême, dont la splendide façade est un livre ouvert guidant le lecteur vers le retour du Christ en gloire. Vous lirez dans la première ligne horizontale des sculptures l’évocation du paradis, avec les apôtres et les médaillons des bienheureux. Dans la seconde ligne horizontale de la façade, vous verrez danser de joie ceux qui sont promis à les rejoindre, vision optimiste du purgatoire.

Du coup, vous chercherez logiquement où est évoqué l’enfer. C’est alors que vous remarquerez les deux damnés de droite et de gauche. De fait, l’évocation de l’enfer existe bien, comme possibilité tragique pour la liberté humaine de refuser la vie divine qui lui est offerte. Mais la cathédrale d’Angoulême traite l’enfer de façon « périphérique » pourrait-on dire. Deux damnés – et deux seulement, alors que les élus étaient symboliquement innombrables (cf. les séries de 10, 6, 5 médaillons) – sont sculptés à l’extrême droite et à l’extrême gauche de la façade. Ce n’est donc pas un thème central. C’est le rappel réaliste que le beau programme d’ascension dans la gloire avec le Christ ne se fera pas sans nous.

KTD16 langue 3À y regarder de près, le supplice infligé aux deux damnés est le même : ils sont assis sur une chaise richement décorée (une curule), signe de leur statut social aisé sur terre ; un diable va leur arracher la langue avec une fourche, dans un geste où sa pince franchit la limite entre les deux sculptures (un peu comme une action qui se déroule sur deux vignettes d’une bande dessinée…). Arracher la langue de ses ennemis était une pratique cruelle assez répandue autrefois… (« La bouche du juste exprime la sagesse, la langue perverse sera coupée » Pr 10,31).

C’est le péché de la langue qui a été choisi pour figurer l’enfer.
Pas le péché de l’argent, ou de la luxure, ou du pouvoir : le péché de la langue !

Car au 12° siècle, on est très sensible au mal que peut faire la langue humaine : calomnier, mépriser, humilier, se vanter, mentir, détruire… Les théologiens publient nombre d’ouvrages sur les usages de la langue qui peuvent mal se terminer… Finalement, ce supplice de l’enfer comme conséquence d’une langue mal pendue est très actuel ! Le message est clair : attention à ce que vous dites, à vos paroles, aux rumeurs que vous propagez, aux mots que vous employez pour les autres. « La mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous », avait prévenu Jésus… (Lc 6,38)

Les péchés de la langue étaient bien connus au Moyen Âge, et redoutés parmi les plus néfastes. La Bible les décrit sous toutes les coutures, à travers les 200 usages du mot « langue » qu’on y trouve : mensonge, hypocrisie, calomnies, insultes, arrogance, orgueil, destruction, haine, jalousie etc. La langue comme organe peut diviser et tuer ; la langue comme système d’expression peut conduire à l’idolâtrie comme pour la tour de Babel, et à la rivalité entre les peuples. « Bien des gens sont tombés par l’épée, mais beaucoup plus ont péri par la langue » (Si 28,18).

En même temps, la langue comme organe est capable de proclamer les louanges de Dieu, de prononcer la bénédiction sur le frère, sur les aliments ou la Création. Elle témoigne de la vérité, chante les psaumes, proclame que « Jésus est Seigneur » (Rm 8) et livre à l’autre les déclarations d’amour du Cantique des cantiques.

La langue comme culture est épousée par Dieu qui ne craint pas de graver la Torah en hébreu sur les deux tables de la Loi, de se faire appeler Yeshoua (Dieu sauve), en attendant d’emprunter les mots de la philosophie dans les premiers conciles.

LOMBARDGLOSSOLALIE0003En français, les expressions sont nombreuses qui détaillent les dangers de la langue : avoir la langue bien pendue est la marque des commères, être une langue de vipère caractérise les calomniateurs. On se méfie des beaux parleurs, des promesses en l’air. On se souvient du terrible pouvoir hypnotique sur les foules de la voix d’Hitler à Nuremberg ou à la radio allemande. On sait que les mots prononcés peuvent être plus meurtriers que les balles et causer plus de dégâts que les bombes. Mais prendre langue avec quelqu’un est l’amorce d’une relation.

Aujourd’hui, la langue c’est également le clavier, capable de répandre fake news et harcèlement à travers les réseaux sociaux, et capable de briser l’isolement et la censure.

Bref, la langue est ambivalente, aussi bien comme organe que comme culture. « Mort et vie sont au pouvoir de la langue, ceux qui la chérissent mangeront de son fruit » (Pr 18,21).

Capable du pire et du meilleur, elle a besoin d’une conversion radicale pour servir le bien, ainsi que le résume saint Jacques dans sa lettre :

« La langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt ! La langue aussi est un feu; c’est le monde de l’iniquité. La langue est placée parmi nos membres, souillant tout le corps, et enflammant le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. Toutes les espèces de bêtes et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, sont domptées et ont été domptées par la nature humaine ; mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer; elle est pleine d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi. » (Jc 3, 510)

« Si quelqu’un s’imagine être religieux sans mettre un frein à sa langue, il trompe son propre cœur, sa religion est vaine. » (Jc 1,26)

 

Les langues de Pentecôte

C’est le programme de la Pentecôte chrétienne : conjurer les péchés de la langue en la mettant - organe et culture - au service de la communion réalisée par l’Esprit Saint. Le discours de Pierre et des apôtres s’adressant à chaque peuple présent à Jérusalem ce jour-là accomplit la bénédiction de Babel, où Dieu accordait la diversité des langues à l’humanité pour la protéger de la tentation suicidaire de se faire l’égale de Dieu à nouveau. Dieu amorçait ainsi une communion des peuples à partir de la diversité des langues et non sans elle. Parler en langues étrangères (xénolalie en grec) est à Pentecôte le don de l’Esprit Saint à l’Église pour vivre de la même communion d’échange que celle qui existe au sein de Dieu Trinité. Déjà, l’écriteau de la croix du Christ avait été rédigé en trois langues : l’hébreu pour l’inscription locale dans la culture particulière des juifs ; le latin pour la diffusion du christianisme dans l’empire, son administration, son réseau commercial et politique ; le grec pour son rayonnement intellectuel dans le monde des idées, de l’art, de la pensée.

INRI

Malgré son caractère apparemment limité à la petite géographie de Galilée et de Judée, l’inscription « Jésus de Nazareth roi des juifs » (INRI) en trois langues (Jn 19, 19-20) était déjà une Pentecôte, ouvrant l’événement du Golgotha à l’universel, en assumant la particularité de toutes les langues. À l’inverse du Coran qui sacralise l’arabe (soi-disant parlé par Dieu lui-même à Mohamed), ni l’Ancien Testament (avec sa traduction grecque des Septante), ni le Nouveau Testament n’ont jamais enfermé la révélation dans une langue unique. Au contraire, le génie propre à chaque langue a enrichi à chaque traduction le donné révélé d’harmoniques infinies.

Les langues de Pentecôte dans Communauté spirituelle F-HamonÀ côté de ce phénomène de xénolalie qui caractérise Pentecôte, nous trouvons également une autre manifestation de l’Esprit Saint bien connue des pentecôtistes et autres Églises charismatiques : la glossolalie, c’est-à-dire le parler (ou plutôt le chanter) en langues. Il ne s’agit pas ici de parler en langues étrangères, mais dans la langue de Dieu pourrait-on dire en suivant saint Paul qui on parle longuement dans sa première lettre aux corinthiens : au-delà des mots, dans la pure louange de Celui qui est au-delà de tout, au-delà du langage. Un métalangage en quelque sorte qui n’est pas fait pour communiquer entre nous (à la différence du don de prophétie) mais pour nous tourner vers Dieu et en Dieu. Cela se traduit par un doux concert de murmures, de syllabes, d’onomatopées, de lignes mélodiques émergeant de l’assemblée en prière comme s’il y avait un chef d’orchestre invisible interprétant une partition non écrite. Un scat de Pentecôte en quelque sorte, une forme de transe ou d’extase dans un esprit de gratuité et de joie débordante, sans aucun aspect magique où l’on chercherait à avoir prise sur le divin pour l’utiliser. C’est ce concert littéralement inouï et surprenant que certains pèlerins de Jérusalem ont pris pour de l’ivresse : « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). Ils n’auraient pas dit cela s’ils avaient entendu leur langue maternelle.

Les deux phénomènes (xénolalie et glossolalie) ont donc été rassemblés, soudés l’un à l’autre en un seul pour donner plus de force à l’événement de Pentecôte. Mais on ne peut nier que le chanter en langues fut un signe majeur de la venue de l’Esprit Saint, car on le retrouve plus loin dans les Actes des apôtres comme la preuve indiscutable de cette venue sur le centurion Corneille (Pierre l’atteste en Ac 10,46) et sur une douzaine de disciples à Éphèse (Paul l’atteste en Ac 19,6). Pierre et Paul s’appuieront sur ces deux Pentecôtes ultérieures pour élargir le baptême à tous les peuples sans restriction aucune.

 

Du buisson ardent aux langues de feu

Pentecost1La louange et l’universel : les langues de Pentecôte mettent cela au cœur du message chrétien, comme des effets de la résurrection de Jésus. Et c’est déjà beaucoup. Mais il y a plus encore : des langues comme du feu se posaient sur la tête de chacun, dit le texte. Les icônes orthodoxes officielles le traduisent par des flammèches brûlant dans les auréoles au-dessus des Onze (+ Marie ?).

En français, on utilise cette image lorsque le feu lèche une construction (l’incendie du toit de Notre-Dame de Paris nous l’a rappelé). La comparaison ajoute de la violence de la force au phénomène évoqué, qui devient aussi puissant qu’un incendie et se propage à la même vitesse qu’un feu de forêt l’été dans une pinède desséchée. Un peu comme on dit d’Usain Bolt qu’il a des jambes de feu, alors que le forçat avance avec des pieds de plomb…

En fait, lorsque les apôtres ont vu cette traînée de poudre embraser la foule de Jérusalem sous l’action de l’Esprit Saint, ils ont instinctivement dû penser… au buisson ardent. Comme lui, les Onze puis la foule prennent feu inexplicablement ; comme lui ils brûlent d’amour sans se consumer ; comme lui ils sont l’humble signe par leurs visages transfigurés de la libération accordée à tous.

On peut reprendre les multiples interprétations symboliques du buisson ardent pour développer les dimensions de Pentecôte correspondantes :

Buisson ardent- Le groupe des onze de Pentecôte est à l’image du buisson un symbole de l’humilité qui doit constituer l’Église. Car ce ne sont pas des sages, ni des savants, ni des puissants, ni des gens connus, ni des religieux : ce sont de simples pêcheurs ou fonctionnaires venant de la périphérie du royaume. Comme le buisson était un simple épineux à ras du sol.

- Le buisson ne se consumant pas symbolisait l’existence éternelle d’Israël, que rien ne pourra détruire, pas même le feu des fours crématoires de la Shoah. Les langues de feu de Pentecôte annoncent que l’Église également ne sera jamais détruite dans son œuvre d’évangélisation : « les portes de la mort ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16,18).

- Un buisson ne porte pas de fruits, seulement des épines sur une terre désolée. En brûlant du ‘feu de Dieu’ le buisson fera porter à Moïse des fruits immenses de libération et de service du vrai Dieu. Le petit groupe de Pentecôte n’avait pas d’argent ni les honneurs de la société, mais en accueillant l’Esprit Saint, ils sont promis à une fécondité extraordinaire, universelle, que rien ne laissait présager selon les critères humains habituels.

- Le buisson ardent de Moïse symbolisait le don de la Torah au peuple, protectrice comme les haies d’épineux au désert, et brûlante au cœur de chacun. Les flammes de feu de Pentecôte symbolisent le don de l’Esprit Saint à l’Église, la conduisant sur les chemins de sa mission, le cœur brûlant comme sur le chemin d’Emmaüs.

- Les langues de feu nécessitent la même curiosité spirituelle que le buisson ardent : il faut faire un détour pour les observer et se laisser dérouter. Il revient à l’Église de continuer à poser ces signes qui intriguent, qui interrogent et détournent nos concitoyens de leur chemin ordinaire en sollicitant leur curiosité spirituelle. Comme Moïse, les pèlerins de Jérusalem font le détour pour voir ce phénomène étrange qu’est la sobre ivresse de l’Esprit faisant exulter un petit groupe de pêcheurs judéens.

- Comme le buisson ardent envoyant Moïse à son peuple, la flamboyante Pentecôte fait de chacun un missionnaire dans sa culture et dans sa langue.

Devenir comme un buisson ardent est le fruit de l’Esprit de Pentecôte. C’est à la fois un phénomène politique : s’engager avec Dieu pour la libération de son peuple, et une expérience mystique : être transporté en Dieu, le laisser devenir notre identité la plus intime. Loin d’être un feu dévorant ou destructeur, l’effusion de l’Esprit de Pentecôte est un feu personnalisant : plus l’Esprit m’unit à Dieu, plus je deviens moi-même, de manière singulière (cf. le rôle de chacun des Onze) et particulière (cf. la langue étrangère différente parlée par chacun), ouverte sur l’universel.

Les deux dimensions vont ensemble : pas de dynamisme missionnaire sans expérience mystique (être brûlé par l’Écriture, embrasé de l’amour de Dieu, exulter de louange etc.) ; pas de spiritualité authentique sans prise en charge des conséquences politiques, sociales et économiques de l’évangélisation à travers toutes les frontières.

 

MESSE DU JOUR

Première lecture
« Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Psaume
(Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34)
R/ Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre !
ou : Alléluia !
(cf. Ps 103, 30)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
la terre s’emplit de tes biens.

Tu reprends leur souffle, ils expirent
et retournent à leur poussière.
Tu envoies ton souffle : ils sont créés ;
tu renouvelles la face de la terre.

Gloire au Seigneur à tout jamais !
Que Dieu se réjouisse en ses œuvres !
Que mon poème lui soit agréable ;
moi, je me réjouis dans le Seigneur.

Deuxième lecture
« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 8-17)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.
Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n’est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Séquence

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.
Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.
Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen

Évangile

« L’Esprit Saint vous enseignera tout » (Jn 14, 15-16.23b-26)
Alléluia. Alléluia.
Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
Patrick BRAUD

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15 octobre 2018

Premiers de cordée façon Jésus

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Premiers de cordée façon Jésus


Homélie pour le 29° dimanche du temps ordinaire / Année B
21/10/2018

Cf. également :

On voudrait être un baume versé sur tant de plaies…
Donner sens à la souffrance
Jesus as a servant leader
Exercer le pouvoir selon le cœur de Dieu
Une autre gouvernance
À quoi servent les riches ?
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?


L’image lui colle à la peau : le président français Emmanuel Macron a un jour comparé la société à une expédition montagnarde où ceux qui sont devant ouvrent la voie aux autres :

« Je crois à la cordée. Il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre [...] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole », a plaidé le chef de l’État le 15/10/2017 sur TF1 dans une tirade visiblement préparée.

Premiers de cordée façon Jésus dans Communauté spirituelle Premier-de-cordeeIl se souvient sans doute d’un roman de Frison-Roche, best-seller des étagères familiales dans les années 40, intitulé justement : « Premier de cordée ». Mais dans ce roman, le père du héros était guide de haute montagne, mort foudroyé après avoir amené un client américain au sommet malgré des conditions météo orageuses qui auraient dû normalement annuler l’ascension. Le client américain avait insisté : « j’ai payé pour monter ! » Et le premier de cordée avait cédé sous sa pression, perdant ainsi la vie à vouloir monter à tout prix… Son fils découvre alors qu’il a le vertige, honte suprême à Chamonix. Il se bat contre lui-même afin de devenir malgré tout guide comme son père.

L’emprunt à Frison-Roche ne « colle » donc pas : Macron veut montrer que les riches (identifiés au premier de cordée) sont utiles à tous, alors que Frison-Roche avertit que les riches (le client américain) peuvent manipuler les premiers de cordée (le guide) et finalement causer la perte de toute expédition…

Pour que les riches soient utiles, il faudrait qu’une corde les relie aux autres. Or toutes les études montrent que les classes les plus aisées font inexorablement sécession sociale d’avec les classes les plus pauvres [1] : les premiers de cordée habitent entre eux, ne croisent plus les autres au service militaire, ni à l’école, ni au sport, ni en vacances, ni même dans les églises, mais développent des modes et lieux de vie coupés de tous.

Pour que la cordée avance, il faut que chacun produise son effort. C’est la vision libérale de cette image. Car celui du haut ne peut pas hisser ceux du bas qui sont trop lourds. Il peut juste ouvrir la voie. À chacun de se débrouiller donc, et faire chuter le premier ne servirait pas aux autres sinon à les déstabiliser lors de sa chute.

La vision critique de cette image rappelle cependant que le premier lui aussi est ‘assuré’ par les autres dans la cordée : s’il tombe, il sera retenu par tous ; l’inverse n’est pas vrai. De plus, s’il caracole en tête sans attendre les autres, en rallongeant la corde à l’excès, personne n’en profitera. Au contraire, en le perdant de vue, ceux d’en bas se décourageront vite… « À quoi servirait un premier de cordée qui s’envolerait allègrement vers les sommets, si la corde était cassée et ses équipiers en perdition ? » [2]

etude-oxfam

John Rawls, penseur américain de la justice sociale, essaie quant à lui de légitimer les inégalités en faveur des riches : l’important n’est ni la vitesse de la cordée, ni la distance entre les personnes (les inégalités), ni la hauteur de la falaise finalement, mais uniquement la position atteinte par le dernier de cordée. Et si pour cela, nous dit Rawls, il faut laisser les coudées franches aux intrépides pour qu’ils arrivent deux heures avant les autres, tant pis, du moment que les ceux d’en-bas en profitent. C’est le fameux principe du minimax (très différent de la théorie du ruissellement) : les inégalités en faveur des riches (max) seraient légitimes si et seulement si elles permettent l’accroissement du niveau de vie des plus pauvres (mini). Le problème est qu’en réalité les écarts se creusent tellement entre riches et pauvres sur la planète que ces derniers ne profitent plus de l’ascension sociale des happy few (de moins en moins nombreux, mais de plus en plus fortunés).

INFf68776b0-b5cd-11e4-a4b1-57fbe53c538f-800x422.85 Jésus dans Communauté spirituelle

Dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 10, 35-45), Jésus emploie une autre image pour évoquer le rôle des premiers dans la société (et dans l’Église !) :

« Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Avouons que l’image de l’esclave ou du serviteur est aux antipodes de celle du premier de cordée. Les uns sont à genoux pour laver les pieds ; les autres sont au-dessus pour ouvrir la voie. Les premiers sont en bas dans l’échelle sociale (et Jésus manifeste paradoxalement qu’il est le maître en allant rejoindre les plus petits), les autres sont en haut, et adulés comme tels. Les serviteurs écoutent, et cherchent à accomplir le désir des autres. Les premiers de cordée ordonnent et se font servir.

Bref, la manière dont Jésus compte être le premier est à contre-courant des aspirations libérales !

Pourtant, certains leaders économiques ou politiques ont choisi une voie qui y ressemble, mûs par la foi ou non.

- Ainsi « Pépé Mujica », ex-président uruguayen de 2010 à 2015 : il se distingue par son mode de vie, très éloigné du faste habituel de la fonction présidentielle. Délaissant le palais, il habite la petite ferme de son épouse, « au bout d’un chemin de terre » en dehors de Montevideo. Il continue à y cultiver des fleurs avec elle, Lucía Topolansky, à des fins commerciales, et donne environ 90 % de son salaire présidentiel à un programme de logement social, conservant pour lui-même l’équivalent du salaire moyen en Uruguay (environ 900 € par mois). Mujica n’a comme seul bien qu’une voiture Coccinelle de 23 ans.
Son engagement va encore beaucoup plus loin : lors de la vague de froid qu’a subie le pays en juin 2012, il a immédiatement inscrit la résidence présidentielle sur la liste des refuges pour les sans-abris. Il quitte son poste de président le 1er mars 2015, en laissant l’économie du pays en relativement bonne santé, et avec une stabilité sociale meilleure que celle des pays voisins. Il est retourné à la terre, et continue à vivre sobrement et proche de son peuple.

- Bill Gates à sa manière choisit un style de vie plus simple que les autres milliardaires  américains. Et surtout il donne la moitié de sa fortune à une fondation qui se bat contre le paludisme. Et il invite (sans grand succès hélas) ses petits camarades milliardaires à faire de même.

- Les plus jeunes d’entre nous se souviennent que Charles De Gaulle, tout en maintenant la verticalité de la fonction présidentielle, avait une simplicité de vie qui l’empêchait de se laisser happer par des honneurs, le pouvoir ou l’argent.

- Sans oublier les figures légendaires comme Gandhi ou Mandela qui nous ont montré qu’on pouvait être grand sans être au-dessus.

Se mettre au service des autres est la marque du leader pour Jésus.

Servant as Leader 600 x 600- Robert K. Greenleaf va en tirer dès les années 70 un principe de management qu’il enseigne aux USA : le servant leader est le premier de cordée le plus utile et le plus authentique ! Être serviteur lorsqu’on est un grand patron requiert de solides convictions pour affronter les préjugés sur ce que serait l’autorité, la hiérarchie, les avantages et les mérites liés à la position sociale etc. C’est pourtant une voie féconde que des courants de management français comme « l’entreprise libérée » rejoignent en grande partie : le rôle du chef n’est pas de commander, mais de rendre ses équipes capables de donner le meilleur d’elles-mêmes. Il lui faut pour cela lâcher prise sur les attributs classiques de sa position dominante, et faire confiance, donner de l’autonomie, responsabiliser, accompagner, soutenir…

Il n’y a pas qu’en entreprise que cet évangile de Jésus peut transformer les rôles.
Dans la famille également : être parent consiste à faire grandir ses enfants, à servir leur capacité  à devenir eux-mêmes en plénitude.
À l’école, être éducateur demande certes de l’autorité, mais justement de cette autorité (en latin augere = augmenter, accroître) qui veut libérer les potentialités de l’élève et lui permettre d’aller plus loin que son maître.
Francois-d-Aise leaderEn Église : si le pape actuel se fait appeler François, c’est pour contester tout cléricalisme et abus d’autorité qui gangrène l’exercice du pouvoir ecclésial. François d’Assise en effet a refusé d’être ordonné prêtre : il a voulu demeurer diacre (en grec diakonos = serviteur)  et est ainsi devenu le premier des réformateurs de son siècle. La vraie réforme de l’Église passera toujours par un retour à l’esprit d’humilité et de service que Jésus a incarné dans le lavement des pieds et sa Passion.

- Charles de Foucauld a bien compris qu’il lui fallait quitter l’univers artificiel de la gentry parisienne militaire et noble de son époque pour aller rejoindre les touarègues du Sahara d’égal à égal : « Dieu a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui ravir ». Ou encore : « je ne veux pas traverser la vie en première classe alors que mon sauveur a choisi la dernière ». Charles de Foucauld est devenu le « frère universel » parce qu’il s’est dépouillé des insignes de la gloire militaire et de la richesse ou des honneurs de la noblesse pour aller rejoindre un peuple oublié.

Les vrais premiers de cordée sont ceux qui font corps avec les derniers, et non ceux qui s’en éloignent.

Et puis, finalement, le but ultime de la vie est-il de monter toujours plus haut ? Si Dieu est également « le Très-Bas » selon le joli mot de Christian Bobin, ne devrions-nous pas également aspirer à descendre en nous-même, au plus bas, pour y trouver notre identité divine ?…

L’évangile de ce dimanche a une immense portée sociale.
Il inspirera encore d’autres leaders incarnant l’esprit de service qui animait Jésus.
Il produira d’autres réformes dans l’Église pour la rendre plus fraternelle et plus simple.
Il nourrira des parents, des éducateurs, des acteurs associatifs dans l’exercice de leur responsabilité.

Se faire le dernier et le serviteur des autres : qu’est-ce que cela signifie pour moi ? À quelles conversions cela m’appelle-t-il ?

 


[1]. Cf. par exemple le rapport 2018 de la Fondation Jean Jaurès : 1985-2017 : quand les classes favorisées ont fait sécession.

[2]. Michel Quoist, Construire l’homme, Éditions de l’Atelier, Paris, 1997, p. 147.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours » (Is 53, 10-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.

Psaume
(Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22)
R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi !
(Ps 32, 22)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Deuxième lecture
« Avançons-nous avec assurance vers le Trône de la grâce » (He 4, 14-16)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Évangile
« Le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 35-45) Alléluia. Alléluia.

Le Fils de l’homme est venu pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Alléluia. (cf. Mc 10, 45)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. »
Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Patrick Braud

 

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20 novembre 2017

Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures

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Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures


Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année A
26/11/2017

Cf. également :

Les trois tentations du Christ en croix
La violence a besoin du mensonge
Divine surprise
Le Christ Roi fait de nous des huiles
Non-violence : la voie royale
Un roi pour les pires

Dis, quand reviendras-tu ?

L’immense acteur qu’est Gérard Depardieu a étonné son monde en se risquant à chanter Barbara en Février 2017 au théâtre des Bouffes du Nord. Immense hommage à la non moins immense diva qu’était Barbara. Parmi ses succès inoubliables, la foule du théâtre reprend immanquablement en chœur le refrain de cette complainte nostalgique :

« Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus… »

Cette supplique à un amour parti au loin pourrait bien être celle de l’Église soupirant depuis des siècles après le retour du Christ. Paul au I° siècle croyait que c’était imminent. Les premiers chrétiens ont cru un moment que l’incendie de Rome en était le présage (cf. Ap 13,18 où 666 est le chiffre de l’empereur Néron, accusant les chrétiens de cet incendie). Plus tard, c’est la chute de l’empire avec la prise de Rome par les Barbares qui a failli annoncer la fin du monde. Mais ce n’était que la fin d’un monde. Puis les millénaristes ont interprété le cap de l’an 1000 comme la date du retour du Christ pour établir un règne de 1000 ans sur terre avant le jugement final (cf. Ap 20).

Les témoins de Jéhovah ont repris ces vieilles prédictions pour annoncer à plusieurs reprises la fin du monde, heureusement sans efficacité aucune (au moins à 6 reprises : 1914, 1918, 1921, 1925, 1975… et maintenant, 2034 !). Bref, depuis l’Ascension, c’est-à-dire depuis la fin des apparitions pascales qui correspond à l’éloignement du Christ – l’absent de l’histoire à l’instar du maître de la parabole des talents parti en voyage – les chrétiens ne cessent de répéter le dernier cri de la Bible (Ap 22,20) : « viens seigneur Jésus ! » (Marana tha !).

 

L’instant dinosaure

meteorstrikedinosaursLes monothéistes sont bien les seuls à soupirer ainsi ! Pour les athées, nulle vie après la mort, nul monde en dehors de ce monde-ci. Si on ramène l’histoire de l’Univers à une journée, l’humanité n’en occupe que deux minutes à peine… Il se pourrait bien, et c’est scientifiquement l’hypothèse la plus probable, que l’espèce humaine disparaisse ‘bientôt’ de la surface de la Terre, sans que l’univers s’en aperçoive.
Cela s’est déjà produit : les dinosaures ont régné sur terre pendant environ 160 millions d’années (l’humanité est loin de ce record !) puis a soudainement disparu en quelques milliers d’années. Il a suffi d’une météorite entrant en collision avec notre planète il y a 65 millions d’années pour que ces monstres préhistoriques dominant le vivant soient rayés de la carte.
À l’échelle de l’univers, l’homme pourrait bien être qu’un dinosaure de passage, tout aussi insignifiant en fin de compte. La fin de notre terre est inéluctable : elle est écrite au plus tard dans l’extinction de notre Soleil, dans 5 à 7 milliards d’années. Sera-ce la fin de l’humanité ? Elle se sera peut-être autodétruite auparavant, ou un aléa extérieur l’aura anéanti comme la météorite pour les dinosaures. Ce que nous appelons la fin du monde n’est donc que la fin de l’être humain. L’univers s’en remettra. Certaines théories scientifiques le prétendent éternel. D’autres lui prédisent un Big Crunch final. En tout cas, la disparition de l’homme ne lui fera ni chaud ni froid.

Il faut donc être un peu fou pour oser espérer non seulement une vie après la mort individuelle, mais le surgissement d’un monde nouveau pour tous comme l’évangile de ce dimanche (Mt 25) le décrit ! Loin de se laisser fasciner par le vertige de la fragilité humaine – qui n’est qu’un instant de l’univers – les chrétiens puisent dans les paroles Jésus l’espérance d’un royaume de justice et d’amour, création nouvelle : « venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ». Plus qu’une survie individuelle, cette expérience concerne – répétons-le – l’ensemble de l’humanité de tous les temps, de tous les lieux. Elle est proprement inimaginable, c’est pourquoi le Christ recourt à des images pour en approcher la réalité. Et les images du royaume du Christ sont nombreuses, parce que son contenu est inépuisable : ici brebis et boucs, ailleurs bon grain et ivraie, ou talents fructifiés, ou repas de noces pour vierges sages etc. etc.

Plus nous parcourons ces images, plus nous comprenons qu’en fait le royaume de Dieu est au-delà de toute représentation. « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : Voici : il est ici ! ou bien : il est là ! » (Lc 17,20). C’est ce que les Pères de l’Église appelaient la voie négative : ce que nous ignorons de Dieu est infiniment plus que ce que nous croyons en connaître. Dès lors, il est plus juste de discerner ce que le royaume n’est pas, et de ne pas s’aventurer à définir ce qu’il est. Les mystiques qui emprunteront cette voie négative s’abîmeront d’ailleurs dans la contemplation silencieuse, car Dieu est au-delà de tout créé, au-delà de tout (voir apophatique).

 

Un retour, ou une venue ?

illustration52Paul, qui n’a pas connu le Jésus historique, parle du retour du Christ dans notre deuxième lecture. Jésus, lui, parle de la venue du Fils de l’homme dans notre évangile du jugement dernier (Mt 25, 31-46). Simple nuance ? Pas sûr. Le terme retour suggère une restauration de l’ordre ancien, comme si le Christ revenait sur terre pour y instaurer son royaume ‘manu militari’. Le jugement dernier dans cette optique n’est que le décret royal sifflant la fin de la récréation et ré-ordonnant la terre selon le plan divin. On retrouve la vieille croyance millénariste incarnée par les témoins de Jéhovah. Ils ne sont pas les seuls : le Coran et les musulmans attachent également attendent également cette forme du retour du Christ pour qu’enfin la terre tout entière soit soumise (islam) à Dieu en vivant de sa loi (charia) dans tous les domaines (politique, famille, scientifique…). L’attente du retour d’un Messie très temporel est sans doute née dans la foi de Mohammed au contact de juifs messianiques de Syrie et d’Arabie, persuadés que Jésus allait bientôt revenir pour reconstruire le Temple de Jérusalem et inaugurer le royaume de Dieu sur terre.

Or l’espérance chrétienne n’est pas celle des témoins de Jéhovah ni celle des musulmans ! Il s’agit bien pour l’Église d’attendre une venue, et non un retour pur et simple. D’ailleurs, le temps liturgique de l’Avent qui commence à partir de la fête du Christ-Roi signifiait exactement cela : ad-ventus, la venue du Christ vers nous. Cette venue n’est pas pour rétablir un ordre ancien, mais pour créer un monde nouveau où le Christ nous emportera avec lui. Il y a autant de disproportion entre l’avant et l’après création du monde qu’entre l’avant et l’après jugement dernier. Vouloir réaliser l’avènement de ce monde nouveau sur terre a été l’erreur terrible du communisme, et de toutes les idéologies voulant faire le bonheur de l’humanité à marche forcée, à la force du poignet (et sans Dieu).

Même si les chrétiens se battent pour rendre ce monde plus humain, plus équitable, ils en connaissent l’imperfection radicale : seule la venue de Dieu en personne pourra ouvrir, à chacun et à tous, un chemin de vie dans un monde autre.

L’espérance du jugement dernier de cette fête du Christ-Roi ne se réduit pas à l’enfer ou au paradis. Elle concerne la transformation de tout l’Univers, pour que l’humanité – et donc chacun de nous – y trouve sa plénitude en Christ, roi de cet univers radicalement nouveau.
L’instant humain ne sera pas un instant dinosaure, et Barbara avait raison de chanter sa supplique à l’amour absent…

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis » (Ez 34, 11-12.15-17)
Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

Psaume
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Deuxième lecture
« Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 20-26.28)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

Évangile
« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres » (Mt 25, 31-46)
Alléluia. Alléluia.  Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père. Alléluia. (Mc 11, 9b-10a)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : ‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’ Alors ils répondront, eux aussi : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’ Il leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »
Patrick BRAUD

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21 mai 2017

Désormais notre chair se trouve au ciel !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 00 min

Désormais notre chair se trouve au ciel !


Homélie pour la fête de l’Ascension / Année A
25/05/2017

Cf. également :

Jésus : l’homme qui monte

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

Ascension : la joyeuse absence

Ascension : l’ascenseur christique

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Les vases communicants de l’Ascension


« Sens dessus dessous.

Actuellement, mon immeuble est sens dessus dessous.
Tous les locataires du dessous voudraient habiter au-dessus !
Tout cela parce que le locataire  qui est au-dessus  est allé raconter par en-dessous  que l’air que l’on respirait à l’étage au-dessus était meilleur que celui que l’on respirait à l’étage en-dessous !… »

Ainsi commence un sketch célèbre de Raymond Devos, magicien des mots. Quand l’ordre habituel est bouleversé au point de ne plus respecter les séparations entre les étages, l’immeuble tout entier est sens dessus dessous !

C’est notre humanité tout entière qui aujourd’hui est sens dessus dessous, avec cette fête de l’Ascension. Le départ du Christ nous fait monter au ciel avec lui, puisqu’il emporte notre nature humaine au plus haut. L’ascenseur christique promet à chacun de nous de partager un jour, corporellement, la plénitude de divinité : folie pour les sans-Dieu, scandale pour les juifs et les musulmans…

Et bientôt, 50 jours symboliques après Pâques, la fête de Pentecôte retracera le mouvement descendant, symétrique : l’Esprit de Dieu viendra habiter en-bas, et l’effusion de l’Esprit deviendra la marque de l’église pérégrinante.

Vraiment, le voisin du dessus passe en-dessous, et celui du dessous au-dessus…

L’Ascension donne lieu à ce chassé-croisé improbable, ainsi condensé par St Jean Chrysostome :

« Nous avons donc, grâce à lui (le Christ), une garantie au ciel : la chair qu’il a prise de nous, et ici-bas : l’Esprit Saint qui demeure en nous. [1] 

D’habitude, notre représentation est inverse : l’homme est en-bas, et Dieu est au ciel. Ici, c’est notre chair qui est au ciel, là-haut, et l’Esprit qui est en-bas, depuis la Pentecôte qui approche. Vraiment, l’Ascension du Christ met tout sens dessus dessous, comme Raymond Devos le pressentait !

Au-delà du jeu de mots, quels sont les enjeux pour nous de ce double mouvement d’ascension (du Christ) / descente (de l’Esprit) ? Dieu et l’homme se croisent dans l’ascenseur post-pascal : quelles conséquences ?

 

1. Notre chair humaine y revêt une noblesse incomparable

Rendez-vous compte : si Jésus en chair et en os a été élevé dans l’intimité divine, alors notre chair actuelle peut espérer une telle transformation elle aussi ! Déjà, la transfiguration du Christ sur la montagne nous avait laissé entrevoir une promesse inouïe : le corps humain peut rayonner d’une beauté incroyable lorsqu’il se laisse habiter par l’Esprit ! Avec l’Ascension, Dieu nous promet que nos éblouissements furtifs, nos transfigurations fulgurantes deviendront l’ordinaire de la vie après.

De quoi donner une sacrée valeur à ce que nous appelons la chair humaine, c’est-à-dire notre mode de présence au monde actuel. Notre chair, muscles et sangs mêlés en action, c’est notre interface, notre hub in and out, qui nous permet d’être présents aux autres, à la création. Cette chair-là sera ressuscitée : un nouveau mode de présence nous sera donné au monde nouveau qui nous attend. La bonne nouvelle est quelle sera l’accomplissement de notre chair actuelle, non sa négation ni son oubli. Si le Ressuscité fait toucher ses plaies à Thomas, s’il mange du poisson grillé sur le bord du lac de Tibériade, c’est bien qu’il y a à la fois continuité et transfiguration dans ce que nous deviendrons à travers la mort. Dès maintenant, notre chair humaine a une valeur immense, puisque Dieu ne nous fera pas monter auprès de lui sans elle, transformée, renouvelée pour le monde de la résurrection.

Citation Beaute, Ame & Passer (Simone Weil - Phrase n°56303)

Apprenons donc à aimer cette chair, au sens fort, au sens spirituel du terme, la nôtre et celle des autres. La chair de l’être aimé comme la chair de l’ennemi, la chair des animaux comme celle des arbres, celle des créatures magnifiques et admirées comme celle dégradée et repoussante des SDF ou des malades défigurés…

Ni le mépris ni l’idolâtrie de la chair ne sont fidèles à l’expérience de l’Ascension. Aimons  notre propre chair, chérissons-la, nourrissons-la, matériellement et spirituellement, afin de faire de même les uns pour les autres.

 

2. Si la chair est au-dessus et l’Esprit en-dessous, c’est donc que la vie spirituelle se joue en-bas

Autrement dit : rien de plus spirituel que le travail humain pour transformer cette terre, que l’économie pour la gérer, les sciences pour la déchiffrer etc. ! En christianisme, il n’y a pas d’évasion par le haut : « pourquoi restez-vous là à fixer le ciel ? » s’étonne notre texte d’évangile de l’Ascension. C’est en-bas que se joue notre salut. Même les ermites qui s’isolent pour anticiper le face-à-face avec Dieu reconnaissent le travail manuel comme une école de sainteté, et la visite du passant comme une épiphanie à laquelle ils ne peuvent se soustraire au nom de l’élévation dans la prière. Selon le mot de St Vincent de Paul, c’est « quitter Dieu pour Dieu » que de passer de la liturgie à la diaconie, de l’oraison au service des pauvres, de la contemplation au labeur professionnel. Il est possible de vivre son métier, sa vie de famille, ses engagements comme de vrais chemins de communion avec Dieu, à chaque instant. La vie spirituelle ne commence pas le dimanche matin : elle est une autre manière d’expérimenter la rencontre des autres, le travail humain. De l’écran d’ordinateur au lit conjugal, des courses en hypermarché au bain des enfants, des embouteillages du matin au bulletin d’information du soir, rien n’est plus spirituel que de vivre ces merveilles du quotidien habités par l’Esprit de Dieu. Alors nous vivons ce battement caractéristique que les électriciens appellent opposition de phase [2]: sans cesse notre nature humaine et l’Esprit de Dieu montent et descendent, et l’abaissement maximum de la divinité correspond à l’élévation maximum de notre humanité…

Désormais notre chair se trouve au ciel ! dans Communauté spirituelle image012

Que cette fête de l’Ascension nous donne de voir autrement notre chair humaine, et celle des autres. Puissions-nous l’aimer de tout cœur. Car depuis la montée du Christ aux cieux, elle est promise elle aussi à la plus belle ascension qui soit…

 


[1] . St Jean Chrysostome (+ 407), sur l’Ascension, 16-17, PG 52, 789-792.

[2] . Deux tensions alternatives (sur deux fils différents) sont en phase (ou en opposition de phase) lorsqu’elles passent à la valeur zéro simultanément. Si le maximum de l’une coïncide avec le minimum de l’autre, les deux courbes sont dites « en opposition de phase ».

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

PSAUME
(Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9)
R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. ou : Alléluia ! (Ps 46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut,
le redoutable, le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » (Ep 1, 17-23)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens
Frères, que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître. Qu’il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants : c’est l’énergie, la force, la vigueur qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et qu’il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l’a établi au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination, au-dessus de tout nom que l’on puisse nommer, non seulement dans le monde présent mais aussi dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.

ÉVANGILE

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 16-20)
Alléluia. Alléluia. Allez ! De toutes les nations faites des disciples, dit le Seigneur. Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Patrick BRAUD

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