L'homelie du dimanche

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6 octobre 2019

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Homélie du 28ème dimanche du Temps Ordinaire /  Année C

18/10/2019

Cf. également :

De la santé au salut en passant par la foi
Faire miniane
Quel sera votre sachet de terre juive ?
Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le principe de gratuité
Le potlatch de Noël
La 12° ânesse

Cadeau de janvier, ingratitude de février

Cadeau de janvier, ingratitude de février dans Communauté spirituelle gratitude-cartoonCe vieux proverbe français fait le constat – un peu désabusé – du peu de reconnaissance dont les êtres humains sont capables. Chacun de nous en a fait l’expérience : on donne de bon cœur, et l’autre s’en va avec son cadeau sans un merci ni même un regard … On se dit alors : OK, c’est un bon test de notre désintéressement ! Voulions-nous donner pour être flatté en retour, ou simplement pour faire plaisir, ou parce que l’autre en avait vraiment besoin ? Celui qui fait dépendre son don de la reconnaissance reçue en retour deviendra pingre et avare ! Fénelon disait : « Il ne faut rien attendre des hommes que de l’ingratitude, et les servir sans intérêt ». Et le sage observe : « le pécheur dilapide les biens de son garant ; dans son ingratitude, il abandonne celui qui l’a sauvé » (Sg 29, 16-17).

Reste que le pincement au cœur est toujours là : si ce cadeau a fait plaisir, pourquoi l’autre ne l’exprime-t-il pas ?
Par goujaterie et manque d’éducation, diront certains. Ils n’auront pas tout à fait tort, Tant il est vrai que dire merci n’est pas inné, mais s’apprend, par la famille, l’école, l’Eglise…
Par pudeur et timidité, diront les autres. Et ils n’auront pas tort, car c’est très intimidant de recevoir.

A cause d’un certain sentiment de honte et d’humiliation, diront d’autres encore. Et ils n’auront pas tort, car cela peut être très humiliant d’être obligé d’accepter des dons pour survivre. Revoir le donateur peut alors réactiver le sentiment de domination éprouvé  envers celui qui a tout alors que je n’ai rien. Corneille écrivait : « On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tout ».

Jésus dans notre évangile des dix lépreux guéris (Lc 17, 11-19) s’affronta ce constat d’ingratitude : comment !? un seul sur les dix est revenu remercier ? et un étranger (samaritain) en plus ?  et un hérétique !

 

Donner-recevoir-rendre

Homélie sur la guérison des dix lépreux (dimanche 18 décembre 2012)Jésus perçoit d’instinct que quelque chose manque à la guérison qu’il désire apporter à ces dix lépreux. Marcel Mauss, célèbre anthropologue français, a théorisé le circuit symbolique emprunté par le don pour circuler dans une communauté et entre communautés [1].

Tout commence avec l’acte de donner. Ici, c’est à la manière du Christ : généreusement, sans calcul, sans même les gestes et paroles théâtrales dont les chamanes et autres sorciers aiment entourer leurs pratiques. Il répond à leur supplication parce qu’il est saisi de pitié devant leur maladie et ses conséquence physiques, sociales, religieuses.

Vient ensuite l’acte de recevoir.

Il n’est pas si évident. Beaucoup refusent de recevoir : soit ils n’expriment pas leur demande, soit ils ne veulent pas du cadeau offert. Peut-être par orgueil, pour ne plus dépendre d’un autre, pour y arriver tout seul à la force du poignet… Savoir recevoir, ça s’apprend, comme savoir donner. Trop de fierté compromet le premier. Trop de condescendance dénature le second. Avoir le sentiment d’être humilié gâte le premier. Vouloir se faire aimer en retour transforme le second en manipulation. Jésus n’assortit son don de guérison aux dix lépreux d’aucune condition le concernant. Il demande juste d’aller faire constater par les prêtres que la lèpre est partie, afin que les dix ex-lépreux soient réintégrés de plein droit dans la communauté juive. Apparemment, ces hommes acceptent le don de Jésus puisqu’ils se mettent aussitôt en chemin vers le Temple de Jérusalem. Mais un seul ira jusqu’au bout de la logique du don que Marcel Mauss a formalisé : le contre-don.

 economie-du-don

Normalement, pour que l’échange de symbolique soit complet, la troisième étape du contre-don s’impose à ceux qui ont reçu comme une évidence non obligatoire mais essentielle pour que la logique du don continue à irriguer toute la communauté. En indonésien, Merci se dit Terima-Kasih (littéralement Recevoir-Donner) et l’on répond Sama-Sama (littéralement Ensemble). Le contre-don peut être fait à quelqu’un d’autre que le donateur, ou plus tard, ou autrement. L’enjeu est de ne pas figer la circulation de l’échange symbolique qui unit les membres d’un groupe ou des groupes entre eux. Le fait de rendre (rendre grâce, remercier) au donateur confère à celui-ci une importance sociale, une reconnaissance de la part de tous. Comme celui qui reçoit sera un jour celui qui donne, il ne voit nulle humiliation à reconnaître la grandeur de son donateur. S’il ne peut lui rendre en personne, il le rendra quelqu’un d’autre, provoquant ainsi une circulation généralisée du don / contre-don dans toute la communauté. C’est ce que fait le samaritain de l’autre parabole de Jésus, Il est cette fois-ci celui qui soigne. Il fait héberger le blessé rencontré sur la route. Puis il disparaît de sa vie sans chercher de retour, espérant que le dan reçu provoque chez le blessé le désir de devenir à son tour le sauveur d’un autre : « va et fais de même ». Ne pouvant manifester sa reconnaissance au sauveur du jour, il le rendra à un autre blessé, et ainsi de suite : le don ne cessera jamais de circuler sans jamais boucler sur lui-même.

En constatant – un peu surpris, voire navré – que seul un sur dix revient rendre grâce, Jésus ne ressent pas d’amertume pour lui-même. Il ne remet pas en cause l’utilité de son geste. Il n’arrêtera pas de guérir pour autant. Il s’applique à lui-même ce qu’il observe chez son Père : « faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants »(Lc 6,35). Non : il constate avec tristesse que 9 sur 10 ont interrompu l’élan vital qui leur aurait permis d’aller au bout de leur guérison. Car seul le contre-don permet d’atteindre la plénitude du don reçu. La guérison physique est bien donnée, mais seule l’action de grâce permet de l’accomplir en salut intégral : « va, ta foi t’a sauvé ». Pour les 9 autres, on dirait au rugby qu’ils ont bénéficié d’un essai… non transformé ! Il manque quelque chose à leur humanité guérie, quelque chose qui les fait passer à côté du salut tout proche. Ce quelque chose, c’est le contre-don : savoir rendre,  (rendre grâce, rendre la pareille, renvoyer l’ascenseur…).

Nous sommes sans cesse en dette envers ceux qui nous font grandir et aller mieux d’une manière ou d’une autre. Et c’est tant mieux, car cela nous incite à notre tour à donner (et même par-donner) de la même manière. Celui qui interrompt ce flux vital s’abîme lui-même en empêchant le lien de la reconnaissance de l’unir à ses semblables. « L’espoir de l’ingrat fondra comme le givre hivernal, il s’écoulera comme une eau qui se perd »(Sg 16,29).

Plus encore : ne pas rendre grâce abime le donateur, en le privant d’une forme de réassurance sur son rôle et sur sa place au sein de la communauté. Les neuf lépreux, sans le savoir, enlèvent ainsi à Jésus sa part de reconnaissance dont il aurait pourtant bien besoin pour poursuivre sa mission grâce au soutien des témoins de la scène ! Exprimer sa reconnaissance, c’est en même temps attribuer une importance sociale au donateur dont on se porte garant.

 

Au-delà du légal et du religieux.

Jésus dans un premier temps semble cautionner le système religieux du Temple de Jérusalem. Il demande aux dix d’aller se montrer aux prêtres (cohens) de Jérusalem. Le but évidemment d’obtenir leur pleine réintégration sociale après la guérison physique (Lv 13-14). Comme un label apposé sur leur nouvel état de santé, la visite aux prêtres officialisera leur  retour dans le monde des vivants, d’où la lèpre les avait exclus. Ils retrouvent leurs papiers d’identité en somme !

sanctuary-stairs don dans Communauté spirituelleLe piège serait de se satisfaire de cette obligation rituelle : comme si les démarches juridiques suffisaient, comme si le certificat religieux rétablissait les choses comme avant, comme s’il ne s’était rien passé. Un seul ose s’affranchir de ce système juridico-religieux : le samaritain. Parce qu’il est ‘hérétique’ aux yeux des juifs sans doute. Car pour les samaritains, c’est le mont Garizim qui est important et non le mont Sion de Jérusalem avec son Temple. Bienheureuse hérésie qui lui permet de s’affranchir des obligations du Temple ! C’est la religion du Lévitique qui avait parqué à l’écart ces hommes à cause de leur lèpre. C’est la reconnaissance envers Jésus qui a libéré le samaritain de cet assujettissement à la Loi auquel les neuf autres continuent de consentir. Il y a donc un certain éloge de la rébellion contre les obligations juridico-religieuses dans l’éloge que Jésus fait du dixième lépreux guéri ! En revenant sur ses pas pour remercier, cet homme échappe au pouvoir des prêtres, et revendique que les rites du Temple sont caduques. Non il ne se soumettra pas aux rituels compliqués inventés par les hommes pour dominer les autres au nom de Dieu ! Oui, il découvre que l’accueil du salut rend libre par rapport à toutes les obligations et convenances admises. Parce que c’est un étranger, il relativise les coutumes que les juifs croient essentielles. Parce que c’est un ‘hérétique’, il ne sacralise pas absolument ce qui est absolument incontestable pour un juif : le mont Sion, Jérusalem, le sacerdoce lévitique. Il revient vers Jésus, au-delà du juridique et du religieux, pour lui exprimer sa reconnaissance, le remercier, et reconnaître face contre terre la grandeur de son bienfaiteur.

La foi au Christ en personne sera à toujours plus grande que la nécessaire médiation des institutions et des appareils des Eglises. Sans disqualifier un certain fonctionnement religieux auquel il renvoie,  le Christ salue dans l’action de grâce du samaritain guéri la priorité de la foi sur les obligations provenant de la Loi ou du sacré. Pas étonnant qu’il se soit fait autant d’ennemis chez les fonctionnaires de Dieu de l’époque !

 

Cette semaine, méditons donc cette parabole en nous identifiant tour à tour à chaque personnage : Jésus le donateur, les 9 lépreux guéris et ingrats, le 10° : le samaritain sauvé, la foule spectatrice …

__________________________________________

[1] Marcel Mauss , Essai   sur  le  don.  Forme  et   raison  de  l’échange  dans   les   sociétés   archaïques, Article originalement publié dans l’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17)

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

 

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4)
R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.
Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

ÉVANGILE

« Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Alléluia. Alléluia.Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

 

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4 décembre 2017

Consolez, consolez mon peuple !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Consolez, consolez mon peuple !


Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année B
10/12/2017

Lot de consolation
Tauler, le métro et « Non sum »
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Une foi historique

 

Sur quelle épaule allez-vous pleurer ?

Qui vous console quand cela va mal pour vous ? Comment fait-il (elle) ?

Dans quelles activités avez-vous cherché soutien et réconfort dans les périodes difficiles ?

La question de la consolation fait partie de toute expérience vraiment humaine. La Bible constate d’une voix unanime qu’elle fait également partie de l’expérience authentiquement spirituelle. Impossible de chercher Dieu sans passer par des phases de désolation. De ces traversées amères, atones ou désertiques surgissent souvent de vraies consolations, le plus souvent là où on ne les attendait pas.

Faites la liste mentalement des ressources et des personnes qui ont été pour vous des consolations sur le plan humain (affectif, psychologique, social…) et/ou spirituel. Mettez-la par écrit, pour ne pas oublier lors des rechutes possibles les points d’appui qui vous ont déjà permis de sortir de l’impasse. Pour certains c’est la musique, la lecture, un feu de cheminée. Pour d’autres, c’est le téléphone, les messages échangés, un bon restaurant avec des amis…

La Bible a construit son propre inventaire à la Prévert de ressources consolatrices. Par tâtonnements successifs, par hasard, par grâce, les auteurs bibliques égrènent tout au long des Écritures ce qui leur apporte de l’énergie pour rester solides malgré la météo mauvaise.

Consolez, consolez mon peuple ! dans Communauté spirituelle 41DEQQJBZ5L._SX301_BO1,204,203,200_Pour notre première lecture, cette consolation est la mission première du prophète. Isaïe est envoyé annoncer la consolation au peuple de Dieu :

« Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem.
Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. » (Is 40, 1-5.9-11).

Cette consolation-là est liée au pardon. À ceux qui se désolent (et ils ont raison de le faire !) de leurs fautes, Dieu apporte la fin des larmes de repentir. Cette consolation sur une communion d’amour retrouvé entre Dieu lui-même et ceux que le péché avait éloigné : « Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.  »

On retrouve ainsi très tôt la béatitude si étrange de Jésus : « heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». S’attrister de son péché est donc une promesse de consolation plus grande encore (ce que la théologie catholique appellera l’attrition/contrition dans la démarche du sacrement de réconciliation). Le courage de se reconnaître pécheur est source de bénédiction !

À relire rapidement les autres témoignages de notre bibliothèque juive et chrétienne, on peut dresser une première liste fort utile de sources possibles de consolation.

 

1. La présence fraternelle d’amis, de membres de l’Église

Actes 28,14 : « … y trouvant des frères, nous eûmes la consolation de rester sept jours avec eux ».

Colossiens 4,11 : « Aristarque, mon compagnon de captivité, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabé, au sujet duquel vous avez reçu des instructions: s’il vient chez vous, faites-lui bon accueil. Jésus surnommé Justus vous salue également. De ceux qui nous sont venus de la Circoncision, ce sont les seuls qui travaillent avec moi pour le Royaume de Dieu ; ils m’ont été une consolation ».

Un de nos réflexes suite au chagrin, à la douleur ou la déprime est de nous de nous isoler. Nous croyons qu’en nous recroquevillant sur notre tristesse, en nous coupant des autres, nous pourrons plus facilement nous reconstruire. Tel un ours blessé léchant ses plaies dans une caverne cachée, nous sommes exposés à la tentation de vouloir disparaître. Or la fraternité est un baume précieux sur les plaies de chacun. Bien sûr, ce n’est pas la présence de n’importe qui qui pourra nous soulager. Certains sont trop bavards, d’autres trop superficiels, ou trop dramatiques. À nous de discerner rapidement ceux qui peuvent nous faire du bien. Mais le pire est de se mettre aux abonnés absents, en croyant que le temps nous guérira tout seul. L’Église n’est vraiment fraternelle que quand elle offre ainsi à celui qui est dans la peine l’écoute, la proximité, la chaleur humaine qui le consoleront doucement.

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C’est d’ailleurs une dimension essentielle de la mission apostolique selon Paul. Dans sa deuxième lettre aux corinthiens, il emploie le terme pas moins de 14 fois (ch.2 et ch.7) pour en faire le cœur de son ministère.

Diacres, prêtres et évêques ont donc au centre de leur identité la charge d’être des consolateurs : en ont-ils conscience ? Et avec eux, l’Église tout entière, parce qu’elle est apostolique, a pour mission de consoler ceux qui souffrent, matériellement et spirituellement.

 

Femme triste étreindre son mari Banque d'images - 126487402. Parmi le soutien des proches, la Bible place l’amour conjugal comme une source majeure de consolation. Le Cantique des cantiques en est le plus beau chant.

Un mari peut être consolé par sa femme de la mort de sa mère : « Isaac introduisit Rébecca dans sa tente: il la prit et elle devint sa femme et il l’aima. Et Isaac se consola de la perte de sa mère » (Gn 24). Plus largement, l’amour familial permet d’inscrire la chaîne des deuils à traverser dans une histoire commune, riche de sens et d’affection.

 

3. Le travail peut être une consolation !

On l’oublie trop souvent : ce n’est pas le travail en lui-même qui est une malédiction, c’est la pénibilité du travail qui est une conséquence du désordre apporté par la chute originelle selon Gn 3. Du coup, chacun peut trouver dans son activité professionnelle de quoi le tirer des mauvais jours !

« Quand Lamek eut 182 ans, il engendra un fils. Il lui donna le nom de Noé, car, dit-il, « celui-ci nous apportera, dans notre travail et le labeur de nos mains, une consolation tirée du sol que Yahvé a maudit » » (Gn 5,29).

Le travail comme thérapie consolatrice ? ! Certains s’y donnent à l’excès, et veulent noyer leur tristesse dans la suractivité, comme d’autres noient leur chagrin dans l’alcool. Mais, avec modération, l’investissement dans son travail est réellement source d’équilibre, tellement humanisante que la tradition monastique n’hésitera pas à classer le travail comme le meilleur remède à l’acédie, cette dépression spirituelle peuplée de désolations et de déserts intérieurs. S’accrocher à son travail quand tout va mal est une réaction de santé bien connue de la sagesse populaire. À condition que ce travail n’engendre pas lui-même désolation, ce qui est un autre enjeu…

Ora et labora

4. Les Écritures

Eh oui ! Lire la Bible en cas de coup de blues vaut mieux qu’un Prozac ou un Stilnox ! Car les psaumes ont trouvé les mots pour crier nos angoisses, nos détresses, nos peines les plus profondes. Car les prophètes ont transmis les promesses qui réveillent notre espérance alors que notre cœur est en charpie. Car l’histoire de ce peuple à la nuque raide qui gémit sous le joug de son élection a bien des points communs avec notre propre histoire, personnelle et collective.

Lire la Bible quand ça va mal, c’est redécouvrir que nous ne sommes pas les premiers à soupirer ainsi, que d’autres y sont passés, qu’ils ont trouvé les mots et l’espérance pour chanceler sans trembler, vaciller sans se laisser détruire.

Ainsi les Macchabées, révoltés payant le prix fort de leur insurrection contre une domination ennemie sacrilège, en ont fait l’expérience : « Pour nous, quoique nous n’en ayons pas besoin, ayant pour consolation les saints livres qui sont en nos mains… » (1 Maccabées  12,9).  Et Paul, au milieu de ses tribulations, le dit avec force : « En effet, tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l’espérance » (Rm  15,4).

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5. Refuser les consolateurs ‘pénibles’

Job et ses amisLe livre de Job est tout entier concentré sur la douleur innocente de Job. Il cherche une explication, il gémit sur son tas d’ordures, couvert d’ulcères. Pourtant il récuse un à un  ceux qui voudraient lui apporter une consolation trop facile. Trop facile, trop superficielle, et finalement trop injuste, car basée sur l’idée fausse du principe de rétribution : ‘tu n’a finalement que ce que tu mérites, à cause de ce que tu as fait de mal, même sans le savoir. Alors accepte, résigne-toi, et la paix viendra’. Ce faux raisonnement resurgit aujourd’hui dans bien des techniques psychologiques, ou du karma, ou de méditation… Cela n’apaise pas Job, qui trouve les plaidoyers de ses visiteurs très inconsistants, pas du tout à la hauteur de l’évènement de malheur qui le frappe. « Que de fois ai-je entendu de tels propos, et quels pénibles consolateurs vous faites ! » (Job 16).

Les psaumes font écho à Job : « Au jour d’angoisse j’ai cherché le Seigneur ; la nuit, j’ai tendu la main sans relâche, mon âme a refusé d’être consolée… » (Ps 77)

Et Jérémie renchérit : « à Rama, une voix se fait entendre, une plainte amère ; c’est Rachel qui pleure ses fils. Elle ne veut pas être consolée pour ses fils, car ils ne sont plus » (Jr 31,14).

Être consolé demande donc paradoxalement de refuser les consolations trop faciles qui s’offrent à nous, que ce soit le divertissement pascalien (étourdissement dans les plaisirs, spectacles) ou les bondieuseries (‘allume une bougie, fais une neuvaine et tout s’arrangera…’), l’exigence de Job doit être la nôtre : pas d’ersatz de consolation ! Ce qui nous oblige à chercher davantage, à attendre plus longtemps peut-être, à être plus à vif. Mais la vraie consolation est à ce prix.

 

6. Consoler ceux qui nous font du mal

Consolés, nous deviendrons consolateurs. Blessés, nous apprendrons à guérir. Désolés, nous pourrons ensuite réconforter.

C’est par exemple l’expérience de Jacob, trahi par ses frères, abandonné au fond d’une citerne puis vendu par eux comme esclave. De sa déchéance en Égypte, il fera une source bénédiction pour tout le peuple hébreu. Au lieu de se venger, il consolera ses frères effarés de constater l’ampleur de leur crime envers lui : « Ses frères eux-mêmes vinrent et, se jetant à ses pieds, dirent: « Nous voici pour toi comme des esclaves ! » Mais Joseph leur répondit: « Ne craignez point ! Vais-je me substituer à Dieu ? Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien, afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : sauver la vie à un peuple nombreux.  Maintenant, ne craignez point: c’est moi qui vous entretiendrai, ainsi que les personnes à votre charge. » Il les consola et leur parla affectueusement » (Gn 50,19ss).

Would-be Papal Assassin Agca Released from Turkish Jail: Would-be Papal Assassin Agca Released from Turkish Jail

La puissance de la consolation n’est pas que pour nous : elle est destinée à diffuser par nous à tous nos proches. Elle fait même partie de l’amour des ennemis que Jésus signale comme spécifique de l’identité chrétienne. Celui qui console son ennemi en pleurs est vraiment fils de Dieu. De Nelson Mandela et son comité de réconciliation nationale aux églises du Rwanda et du Burundi poursuivant ce même travail de réconciliation après le génocide, de Maïti Girtanner consolant son ancien bourreau nazi de la peur de la mort à Jean-Paul II embrassant son assassin Ali Agça dans sa prison, consoler son ennemi est la marque d’un amour proprement divin.

Paul avait ouvert la voie : « On nous insulte et nous bénissons ; on nous persécute et nous l’endurons ; on nous calomnie et nous consolons » (1Co 4,13).

 

7. L’Esprit-Saint consolateur

Finalement, c’est de l’Esprit-Saint lui-même que vient la consolation.

Syméon l’attendait au seuil du Temple de Jérusalem : « Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux; il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui » (Lc 2).
Les Églises l’ont très tôt découvert : « Cependant les Églises jouissaient de la paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elles s’édifiaient et vivaient dans la crainte du Seigneur, et elles étaient comblées de la consolation du Saint Esprit » (Ac 9,31). Et le cantique de Pentecôte en est témoin : « Viens Esprit consolateur… »
L’Esprit est la douceur de Dieu en action venant nous chérir, nous porter sur ses genoux, nous bénir et nous serrer contre lui. Un immense hug spirituel en fait ! C’est donc en priant l’Esprit-Saint que nous pourrons accueillir la douceur de la consolation divine.

 

Cette liste à la Prévert, chacun la complétera avec ses sources de consolation à lui : la musique, la beauté-là de la nature, un sport régénérateur etc…
L’essentiel est de croire que la mission d’Isaïe continue aujourd’hui : « Consolez, consolez mon peuple… »

 

Lectures de la messe
Première lecture
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu –  parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié,  qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.  Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ;  tracez droit, dans les terres arides,  une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur,  et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »  Monte sur une haute montagne,  toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force,  toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

Psaume (84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. 84, 8

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

Deuxième lecture
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)
Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés,  il est une chose qui ne doit pas vous échapper :  pour le Seigneur,  un seul jour est comme mille ans,  et mille ans sont comme un seul jour.  Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse,  alors que certains prétendent qu’il a du retard.  Au contraire, il prend patience envers vous,  car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre,  mais il veut que tous parviennent à la conversion.  Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur.  Alors les cieux disparaîtront avec fracas,  les éléments embrasés seront dissous,  la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper.  Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution,  vous voyez quels hommes vous devez être,  en vivant dans la sainteté et la piété,  vous qui attendez,  vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu,  ce jour où les cieux enflammés seront dissous,  où les éléments embrasés seront en fusion.  Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur,  c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle  où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela,  faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut,  dans la paix.

Évangile

« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.  Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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20 novembre 2017

Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures

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Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures


Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année A
26/11/2017

Cf. également :

Les trois tentations du Christ en croix
La violence a besoin du mensonge
Divine surprise
Le Christ Roi fait de nous des huiles
Non-violence : la voie royale
Un roi pour les pires

Dis, quand reviendras-tu ?

L’immense acteur qu’est Gérard Depardieu a étonné son monde en se risquant à chanter Barbara en Février 2017 au théâtre des Bouffes du Nord. Immense hommage à la non moins immense diva qu’était Barbara. Parmi ses succès inoubliables, la foule du théâtre reprend immanquablement en chœur le refrain de cette complainte nostalgique :

« Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus… »

Cette supplique à un amour parti au loin pourrait bien être celle de l’Église soupirant depuis des siècles après le retour du Christ. Paul au I° siècle croyait que c’était imminent. Les premiers chrétiens ont cru un moment que l’incendie de Rome en était le présage (cf. Ap 13,18 où 666 est le chiffre de l’empereur Néron, accusant les chrétiens de cet incendie). Plus tard, c’est la chute de l’empire avec la prise de Rome par les Barbares qui a failli annoncer la fin du monde. Mais ce n’était que la fin d’un monde. Puis les millénaristes ont interprété le cap de l’an 1000 comme la date du retour du Christ pour établir un règne de 1000 ans sur terre avant le jugement final (cf. Ap 20).

Les témoins de Jéhovah ont repris ces vieilles prédictions pour annoncer à plusieurs reprises la fin du monde, heureusement sans efficacité aucune (au moins à 6 reprises : 1914, 1918, 1921, 1925, 1975… et maintenant, 2034 !). Bref, depuis l’Ascension, c’est-à-dire depuis la fin des apparitions pascales qui correspond à l’éloignement du Christ – l’absent de l’histoire à l’instar du maître de la parabole des talents parti en voyage – les chrétiens ne cessent de répéter le dernier cri de la Bible (Ap 22,20) : « viens seigneur Jésus ! » (Marana tha !).

 

L’instant dinosaure

meteorstrikedinosaursLes monothéistes sont bien les seuls à soupirer ainsi ! Pour les athées, nulle vie après la mort, nul monde en dehors de ce monde-ci. Si on ramène l’histoire de l’Univers à une journée, l’humanité n’en occupe que deux minutes à peine… Il se pourrait bien, et c’est scientifiquement l’hypothèse la plus probable, que l’espèce humaine disparaisse ‘bientôt’ de la surface de la Terre, sans que l’univers s’en aperçoive.
Cela s’est déjà produit : les dinosaures ont régné sur terre pendant environ 160 millions d’années (l’humanité est loin de ce record !) puis a soudainement disparu en quelques milliers d’années. Il a suffi d’une météorite entrant en collision avec notre planète il y a 65 millions d’années pour que ces monstres préhistoriques dominant le vivant soient rayés de la carte.
À l’échelle de l’univers, l’homme pourrait bien être qu’un dinosaure de passage, tout aussi insignifiant en fin de compte. La fin de notre terre est inéluctable : elle est écrite au plus tard dans l’extinction de notre Soleil, dans 5 à 7 milliards d’années. Sera-ce la fin de l’humanité ? Elle se sera peut-être autodétruite auparavant, ou un aléa extérieur l’aura anéanti comme la météorite pour les dinosaures. Ce que nous appelons la fin du monde n’est donc que la fin de l’être humain. L’univers s’en remettra. Certaines théories scientifiques le prétendent éternel. D’autres lui prédisent un Big Crunch final. En tout cas, la disparition de l’homme ne lui fera ni chaud ni froid.

Il faut donc être un peu fou pour oser espérer non seulement une vie après la mort individuelle, mais le surgissement d’un monde nouveau pour tous comme l’évangile de ce dimanche (Mt 25) le décrit ! Loin de se laisser fasciner par le vertige de la fragilité humaine – qui n’est qu’un instant de l’univers – les chrétiens puisent dans les paroles Jésus l’espérance d’un royaume de justice et d’amour, création nouvelle : « venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ». Plus qu’une survie individuelle, cette expérience concerne – répétons-le – l’ensemble de l’humanité de tous les temps, de tous les lieux. Elle est proprement inimaginable, c’est pourquoi le Christ recourt à des images pour en approcher la réalité. Et les images du royaume du Christ sont nombreuses, parce que son contenu est inépuisable : ici brebis et boucs, ailleurs bon grain et ivraie, ou talents fructifiés, ou repas de noces pour vierges sages etc. etc.

Plus nous parcourons ces images, plus nous comprenons qu’en fait le royaume de Dieu est au-delà de toute représentation. « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : Voici : il est ici ! ou bien : il est là ! » (Lc 17,20). C’est ce que les Pères de l’Église appelaient la voie négative : ce que nous ignorons de Dieu est infiniment plus que ce que nous croyons en connaître. Dès lors, il est plus juste de discerner ce que le royaume n’est pas, et de ne pas s’aventurer à définir ce qu’il est. Les mystiques qui emprunteront cette voie négative s’abîmeront d’ailleurs dans la contemplation silencieuse, car Dieu est au-delà de tout créé, au-delà de tout (voir apophatique).

 

Un retour, ou une venue ?

illustration52Paul, qui n’a pas connu le Jésus historique, parle du retour du Christ dans notre deuxième lecture. Jésus, lui, parle de la venue du Fils de l’homme dans notre évangile du jugement dernier (Mt 25, 31-46). Simple nuance ? Pas sûr. Le terme retour suggère une restauration de l’ordre ancien, comme si le Christ revenait sur terre pour y instaurer son royaume ‘manu militari’. Le jugement dernier dans cette optique n’est que le décret royal sifflant la fin de la récréation et ré-ordonnant la terre selon le plan divin. On retrouve la vieille croyance millénariste incarnée par les témoins de Jéhovah. Ils ne sont pas les seuls : le Coran et les musulmans attachent également attendent également cette forme du retour du Christ pour qu’enfin la terre tout entière soit soumise (islam) à Dieu en vivant de sa loi (charia) dans tous les domaines (politique, famille, scientifique…). L’attente du retour d’un Messie très temporel est sans doute née dans la foi de Mohammed au contact de juifs messianiques de Syrie et d’Arabie, persuadés que Jésus allait bientôt revenir pour reconstruire le Temple de Jérusalem et inaugurer le royaume de Dieu sur terre.

Or l’espérance chrétienne n’est pas celle des témoins de Jéhovah ni celle des musulmans ! Il s’agit bien pour l’Église d’attendre une venue, et non un retour pur et simple. D’ailleurs, le temps liturgique de l’Avent qui commence à partir de la fête du Christ-Roi signifiait exactement cela : ad-ventus, la venue du Christ vers nous. Cette venue n’est pas pour rétablir un ordre ancien, mais pour créer un monde nouveau où le Christ nous emportera avec lui. Il y a autant de disproportion entre l’avant et l’après création du monde qu’entre l’avant et l’après jugement dernier. Vouloir réaliser l’avènement de ce monde nouveau sur terre a été l’erreur terrible du communisme, et de toutes les idéologies voulant faire le bonheur de l’humanité à marche forcée, à la force du poignet (et sans Dieu).

Même si les chrétiens se battent pour rendre ce monde plus humain, plus équitable, ils en connaissent l’imperfection radicale : seule la venue de Dieu en personne pourra ouvrir, à chacun et à tous, un chemin de vie dans un monde autre.

L’espérance du jugement dernier de cette fête du Christ-Roi ne se réduit pas à l’enfer ou au paradis. Elle concerne la transformation de tout l’Univers, pour que l’humanité – et donc chacun de nous – y trouve sa plénitude en Christ, roi de cet univers radicalement nouveau.
L’instant humain ne sera pas un instant dinosaure, et Barbara avait raison de chanter sa supplique à l’amour absent…

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis » (Ez 34, 11-12.15-17)
Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. Et toi, mon troupeau – ainsi parle le Seigneur Dieu –, voici que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

Psaume
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Deuxième lecture
« Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 20-26.28)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

Évangile
« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres » (Mt 25, 31-46)
Alléluia. Alléluia.  Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David notre père. Alléluia. (Mc 11, 9b-10a)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : ‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’ Alors ils répondront, eux aussi : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’ Il leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »
Patrick BRAUD

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11 septembre 2017

Pardonner 70 fois 7 fois

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pardonner 70 fois 7 fois


Homélie du 24° Dimanche du temps ordinaire / Année A
17/09/2017

Cf. également :

La dette est stable : vive la dette !

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !

La pierre noire du pardon

L’Esprit et la mémoire

 

Pardonner 70 fois 7 fois

Des mois durant, elle a été torturée et humiliée. Croupissant dans une cave avec une vingtaine d’autres détenus, elle devient le jouet de Léo, 26 ans, jeune médecin recruté par la Gestapo pour éliminer les « terroristes » avec les techniques de torture les plus sophistiquées. Par des atteintes multiples à la moelle épinière, il fait en sorte de détruire le système nerveux de la jeune femme. Elle sera sauvée in extremis en février 1944, mais gardera des séquelles irréparables. À sa libération, son corps n’était plus qu’une immense plainte où le moindre mouvement lui causait des douleurs atroces. Maïti Girtanner a survécu à ce cauchemar. Handicapée à vie par les séquelles de ces séances de torture, physiquement et psychologiquement, elle « refait sa vie » comme on dit, reconstruisant peu à peu un nouvel équilibre. Un jour, en 1984, son cœur chavire : son ancien bourreau, Léo, lui téléphone de Paris, et souhaite la rencontrer. Qu’allait-elle faire ? Raccrocher et faire comme si ? Ameuter la foule pour dénoncer un ancien criminel nazi ? Maïti est chrétienne et c’est pour elle une source de courage et de force. Elle respire profondément et décide d’aller au-devant de son tortionnaire. « J’ai tout de suite reconnu sa voix : « Pouvez-vous me recevoir ? » J’ai eu l’impression que l’immeuble me tombait sur la tête. J’étais couchée, dans une période très douloureuse. Je me suis entendue répondre : « Venez » ». Elle revoit cet homme qui vient pour lui parler de la mort. Il est très malade et n’a plus que quelques semaines à vivre. Il a cherché cette jeune fille qui dans le camp parlait de l’après-mort ; les paroles entendues « comme l’huile, l’avaient pénétré. ». Il a saisi l’invitation de Maïti Girtanner comme une ouverture possible vers enfin la vérité sur ce qu’il a fait. Rongé par le cancer, songeant à la mort qui approchait, Léo a demandé pardon à Maïti, qui avec beaucoup d’émotion, lui a donné, bouleversée, sans haine ni amertume. Libéré, Léo meurt peu après, apaisé par la victime de sa folie d’autrefois.

Contrairement à ce que nous disent beaucoup autour de nous, de telles histoires ne sont pas rares. Toutes proportions gardées, nous connaissons tous des couples où le pardon fait merveille, des familles surmontant leurs déchirures, des peuples hier ennemis et aujourd’hui solidaires.

Parce qu’il habite le cœur de Dieu qui est miséricorde, Jésus sent d’instinct la formidable puissance du pardon. Lorsqu’il invite ce dimanche Pierre et ses disciples à pardonner à tous et tout le temps, de tout son cœur, il n’est pas dans l’utopie. C’est possible. Il écrit simplement ce qu’il vit lui-même, et qui l’animera jusqu’au bout, jusqu’à prier pour ceux qui le cloueront sur le bois. C’est le refus du pardon qui est inhumain et non l’inverse. C’est la haine qui est destructrice et non la miséricorde qui serait impossible.

« Je ne te dis pas [de pardonner] jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois » (cf. Mt 18, 21-35).

Pardonner 70 fois 7 fois dans Communauté spirituelle pardonner-70-fois-7-fois2


Le symbolisme des chiffres

Jésus a recours au symbolisme du chiffre 7 pour caractériser le pardon.

7 est le nombre de jours de la création dans le deuxième récit de la Genèse. Pardonner 7 fois, c’est donc comme une nouvelle genèse du monde. C’est recréer alors qu’il y avait eu destruction. C’est retisser des liens de communion là où il y avait eu une rupture. C’est faire surgir un univers nouveau où l’humanité peut vivre en communion avec son créateur et entre elle.
L’Apocalypse reprend ce symbolisme du chiffre 7 à l’envie : 7 Églises, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 signes, 7 anges, 7 plaies, 7 coupes… !

70 est un nombre aux interprétations tout aussi riches. C’est bien évidemment un multiple de 7, par 10 = le nombre des paroles de Dieu scellant l’Alliance du Décalogue. C’est donc la création multipliée par l’Alliance, l’humanité créée trouvant sa maturité dans la loi et l’éthique du Décalogue.

70, c’est le nombre des descendants de Jacob émigrant en Égypte (Ex 1,5 Dt 10,25).

70, c’est encore le nombre des Anciens institués par Moïse et Aaron pour guider le peuple (Nb 11,24). Et également le nombre des anciens traduisant simultanément la Torah de l’hébreu en grec pour arriver – miraculeusement selon la légende – au même texte grec justement appelé la Septante. C’est après 70 ans en captivité à Babylone que Dieu pardonnera et le fera revenir (Jr 25,12 ; 29,10 ; Za 1,12).

L’Apocalypse reprend ce symbolisme des 70 pour les anciens entourant le Fils de l’Homme dans sa gloire.

70 fois 7 fois renvoie également à la protection accordée à Lamek, fils de Caïn :

« Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois ». (Gn 424)

70 fois 7 fois fait aussi référence à la prophétie des 70 semaines de Daniel, période de conversion accordée par Dieu à son peuple pour qu’il se détourne de son péché et soit pardonné :

« Il a été fixé soixante-dix septénaires sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché, pour absoudre la faute et amener la justice éternelle, pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints ». (Dn 9,24)


Laisser Dieu pardonner en nous

Pardonner 70 fois 7 fois, c’est donc grandir en humanité, grâce à une loi de miséricorde, jusqu’à participer à la plénitude de la divinité offerte en Jésus-Christ. Pardonner une fois, c’est important, et c’est souvent un pas décisif vers la guérison de la relation. Pardonner à répétition, jour après jour, semaine après semaine, pourrait sembler épuisant. L’autre ne change pas et revient de manière récurrente à tous ses comportements qui nous blessent. La communion avec lui si chèrement acquise est remise en cause par une mauvaise habitude, un trait de caractère incorrigible, une usure quotidienne, une récurrence de paroles et d’actes si irritants !

Pardonner une fois peut peut-être s’obtenir à la force du poignet. Pardonner sans se lasser ne peut se pratiquer sans que cela vienne d’ailleurs.

C’est davantage une participation à la vie divine qu’une persévérance morale, une respiration évidente qu’un entraînement exigeant. Finalement, c’est bien plus une grâce à recevoir qu’une perfection à atteindre.

Pardonner 70 fois 7 fois, à l’infini, découle de notre intimité avec la source de toute miséricorde. À l’inverse, refuser de pardonner nous en éloigne de manière dramatique. D’où l’avertissement de Jésus : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ».

Ce n’est pas toujours à la même personne qu’il nous faut pardonner, et pourtant une seule personne peut concentrer cette pratique du pardon. Ce n’est pas toujours pour de grandes choses que notre pardon est sollicité, même s’il est de vraies blessures profondes infligées par l’autre.

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Quoi qu’il en soit pour chacun de nous, nous n’avons pas encore atteint notre quota de 490… ! Enracinons-nous dans la miséricorde qu’est Dieu en lui-même : nous pourrons alors pardonner sans compter, sans même nous en apercevoir.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis » (Si 27, 30 – 28, 7)
Lecture du livre de Ben Sira le Sage
Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Psaume
(Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12) 

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. (Ps 102, 8)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Il n’est pas pour toujours en procès,
ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n’agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Deuxième lecture
« Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur » (Rm 14, 7-9)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Évangile
« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (Mt 18, 21-35)
Alléluia. Alléluia.
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
Patrick BRAUD

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