L'homélie du dimanche (prochain)

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21 janvier 2012

De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

De la baleine au ricin : Jonas, notre jalousie

 

Homélie du 3° Dimanche ordinaire  / Année B

22/01/2012

L’extrait liturgique du livre de Jonas pour notre deuxième dimanche ordinaire est trop pauvre : on veut tellement insister sur le pardon offert qu’on passe sous silence la résistance de Jonas à ce cadeau fait aux païens de Ninive. Or cette résistance est énorme. L’idée que Dieu puisse se soucier d’un autre peuple que le sien met Jonas en colère : il refuse de collaborer à cette trahison de la « préférence nationale » pour le peuple juif. L’idée que Dieu puisse pardonner gratuitement aux pécheurs et les avertir que avant que le châtiment s’abatte – pour qu’il ne s’abatte pas ! – révulse son côté rude et exigeant.

 

Bref : Jonas est jaloux.

Jaloux du salut des autres.

Jaloux de l’exclusivité juive,  quitte à ce qu’elle se fasse aux dépens des autres peuples.

Jaloux de son statut de prophète qu’il ne veut pas mettre au service d’étrangers : ce serait donner de la confiture à des cochons et gaspiller la parole de Dieu que de l’annoncer à Ninive !

 

Alors Jonas fuit en bateau loin de cette ville qu’il exècre. Mais un fameux poisson (une baleine ?) l’avale et le régurgite ensuite devant les remparts de Ninive qu’il voulait fuir. Jonas s’exécute, contraint, pas de bon coeur : en trois jours symboliques il offre contre son gré une vraie renaissance à cette Las Vegas antique. Il faudra l’épisode du ricin desséché pour qu’il accepte enfin le salut des autres, plus important que la survie de ce ricin destiné à le protéger.

 

La jalousie de Jonas est légaliste et rigoureuse. Les païens ont refusé l’Alliance. Seul Israël y est entré, et cela ne lui apporte que des ennuis. Alors, si Dieu est généreux envers ceux qui l’ont renié, à quoi ça sert d’être fidèle ? Si le pardon est offert même aux pires, pourquoi se fatiguer à pratiquer la loi juive pour être des  justes ? Si Dieu aime les païens, que devient l’élection juive ?

 

La jalousie de Jonas est la nôtre

Dès que nous croyons détenir un avantage ou une position privilégiée, nous croyons qu’il faut la défendre contre les autres. Dès que nous pensons détenir plus de vérité, que ce soit dans une Église ou dans nos savoirs humains, nous avons un mal fou à imaginer que d’autres aient un accès différent à cette même vérité.

La jalousie ne veut pas partager ce que l’intelligence a découvert. Elle s’approprie ce qui a été donné. Elle se réjouit des failles des autres. Elle a peur de perdre, et croit pour cela qu’il faut empêcher l’autre de gagner. Elle confond choix préférentiel et exclusivité : or Dieu est capable de préférer chacun, sans que cela soit comparable.

La jalousie ne cherche pas à faire grandir des collaborateurs, des enfants, un conjoint. Elle n’appelle pas des compagnons à partager l’aventure, comme Jésus le fait avec Jean et André, Jacques et Jean dans l’évangile d’aujourd’hui. Elle se réserve les dividendes des réussites, elle mutualise les pertes et privatise les profits…

 

Un antidote de louange

L’inverse de la jalousie serait sans doute la louange.

Se réjouir de ce que Dieu fait de grand chez les autres libère de la possession de ce qu’il accomplit en moi. « Réjouis-toi Marie » est la salutation où Marie se découvre libérée de toute jalousie pour accueillir le travail de l’Esprit Saint en elle. L’émerveillement de Jésus devant la foi d’une libanaise ou d’un centurion le protège contre tout exclusivisme juif qui a dû le tenter pourtant. « Père, je proclame ta louange : au coeur des enfants tu te révèles ». Cette louange admirative ne jalouse pas ce qui est donné ni la manière dont c’est donné. Elle se réjouit pour l’autre, et sans le savoir se prépare ainsi à recevoir davantage !

 

Quels sont les domaines où la jalousie de Jonas fait encore des ravages de nos jours ?

On pense bien sûr aux relations de travail, où on voudrait nous faire croire que la compétition et la rivalité sont plus efficaces que la coopération et le service. Et puis il y a la famille : les questions d’argent, de réussite sociale et d’héritage révèlent combien la jalousie peut miner des liens fraternels. Mais il ne faut pas oublier non plus les Églises, jalouses les unes des autres, qui se dessèchent au lieu de se réjouir de ce que d’autres ont reçu : d’autres paroisses, d’autres diocèses, d’autres courants spirituels, d’autres Églises, d’autres religions même.

Comme si l’identité de chacun devait se conquérir contre et non avec. Comme si la peur de perdre devait primer sur tout.

 

Jonas a appris à marcher sur sa jalousie pour servir la parole de Dieu.

Relisons son histoire, de la baleine ou ricin, comme un antidote à notre propre jalousie.

 

1ère lecture : A l’appel du prophète, les païens se convertissent (Jon 3, 1-5.10)

Lecture du livre de Jonas

La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas :
« Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle. »
Jonas se leva et partit pour Ninive, selon la parole du Seigneur. Or, Ninive était une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser.
Jonas la parcourut une journée à peine en proclamant : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! »
Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, prirent des vêtements de deuil.
En voyant leur réaction, et comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu renonça au châtiment dont il les avait menacés.

 

Psaume : Ps 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Fais-nous connaître tes chemins, Seigneur !

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve. 

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

 

2ème lecture : Le monde passe : vivons ce temps pour le Seigneur (1Co 7, 29-31)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer.

 

Evangile : Jésus invite les hommes à la conversion, et appelle ses premiers Apôtres (Mc 1, 14-20)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le règne de Dieu est venu jusqu’à vous ; croyez à la Bonne Nouvelle. Alléluia. (Mc 1, 15)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait :
« Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Passant au bord du lac de Galilée, il vit Simon et son frère André en train de jeter leurs filets : c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez derrière moi. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent.

Un peu plus loin, Jésus vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient aussi dans leur barque et préparaient leurs filets.
Jésus les appela aussitôt. Alors, laissant dans la barque leur père avec ses ouvriers, ils partirent derrière lui.
Patrick Braud

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14 janvier 2012

Quel Éli élirez-vous ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quel Éli élirez-vous ?


Homélie pour le 2° Dimanche ordinaire / Année B
15/01/2012

Rassurez-vous : il ne s’agit pas d’élection au sens politique du terme. Élire, c’est choisir. Les retraites d’élection dans l’esprit de St Ignace de Loyola constituent par exemple une méthode pour faire des choix accordés à notre vocation la plus personnelle.

Choisir ses compagnons de route n’est pas une mince affaire non plus.

Quel Éli élirez-vous ? dans Communauté spirituelle TEXT-breastplate-smLe jeune Samuel a la chance d’avoir auprès de lui un sage qui va l’aider à interpréter ce qui lui arrive. Il a Éli, sans l’avoir élu, mais en lui faisant confiance il le choisit comme son décodeur particulier.

Le célèbre passage des quatre appels de Samuel dans le Temple (1S 3) nous renvoie en effet à notre propre capacité d’interprétation des événements qui nous réveillent.

Le sommeil de Samuel peut figurer nos assoupissements, nos endormissements : lorsque nous ronronnons sur nos acquis ; lorsque nous ne grandissons plus, à l’instar de Samuel qui attend sans le savoir une parole pour grandir. « Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et aucune de ces paroles ne demeurait sans effet » (1S 3,19).

Ce sommeil figure également tous les moments où nos barrières sont levées, nos contrôles hors service, nos blocages apaisés. Pour qu’une voix se fasse entendre, il faut souvent ce sommeil de la volonté propre, où tous les check-points sont vides des policiers-douaniers du self-control dont nous les peuplons au réveil.

Alors survient – on ne sait d’où ni comment – cet appel étrange dont on ne découvre que très tardivement dans notre texte la forme exacte : « Samuel, Samuel ! ». Au début c’est une voix, ni extérieure ni intérieure. Elle nous empêche de mener une vie tranquille. Elle nous relance, parfois dans l’inquiétude, parfois dans l’exaltation. Pour Samuel, c’est au début le rappel à sa condition de jeune serviteur du responsable du Temple. Il ne peut interpréter ce mouvement en lui que dans le cadre de ce qu’il connaît, et « Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur ». Ainsi, beaucoup de nos contemporains ressentent ces élans intérieurs, ces motions et émotions spirituelles, sans pouvoir leur donner un nom, car « ils ne connaissent pas le Seigneur ». C’est ici que le rôle d’Éli est capital. Samuel se confie à lui. Éli refuse de mettre la main sur ce qui se passe chez ce jeune homme. Il confesse : « je ne t’ai pas appelé ». À la manière de Jean-Baptiste qui confessait : « ce n’est pas moi » (« non sum »), Éli refuse de prendre possession de cette aventure, de se l’attribuer, de dominer Samuel à travers elle. C’est sans doute le premier critère d’un bon accompagnateur spirituel (cf. les fameux Exercices spirituels de St Ignace de Loyola donnés par les jésuites sur 30 jours, ou une semaine) : une attitude de dépossession, une reconnaissance du travail d’un Autre dans lequel l’accompagnateur n’est pour rien au départ. À la manière de Jean-Baptiste qui désigne Jésus à ses disciples : « voici l’agneau de Dieu ». Ce n’est pas moi, c’est lui que vous devez suivre. Je suis là que pour indiquer sa présence et orienter votre désir vers Celui qui en est la source.

À partir de cette triple reconnaissance négative (« je ne t’ai pas appelé ») Éli peut alors aider Samuel à comprendre ce qui lui arrive, à décrypter cette voix qui ne le laisse pas tranquille. Il révèle à Samuel qu’il est travaillé par l’appel de Dieu lui-même. Il lui indique la posture adopter désormais pour tenir compte de cette quête intérieure : « parle Seigneur, ton serviteur écoute ».

Sans Élie, pas de Samuel prophète, et donc pas de promesse messianique faite à David (2S 7,14) et donc pas de Jésus fils de David à l’horizon de l’histoire d’Israël !

Et vous ? Qui joue le rôle d’Éli pour recueillir vos appels intérieurs ? Qui écoute vos rêves ou vos cauchemars, votre quête intérieure, vos interrogations sur les vrais choix à faire ? Quel Éli élirez-vous ?

Si vous restez seul avec les voix qui vous réveillent la nuit, comment allez-vous les interpréter ?

Nos salons sont encombrés de décodeurs, de boxs, de modems et autres interfaces qui  appel dans Communauté spirituellenous permettent de déchiffrer tous les signaux numériques codés qui nous sont envoyés en masse. Sans ces appareils, la prise téléphonique resterait incompréhensible, le câble d’antenne rempli de borborygmes inhumains, les DVD saturés de hiéroglyphes, les MP3 énigmatiques…

Si nous savons nous entourer des bons objets pour traduire les signaux matériels qui nous assaillent, combien plus devrions-nous choisir les bons accompagnateurs spirituels pour interpréter dans les événements de nos vies les appels qui viennent de Dieu et ceux qui ne viennent pas de lui.

Ces Élis modernes peuvent revêtir bien des figures : de la médiation d’un groupe de parole à un réel accompagnement personnel régulier ; de la fréquentation d’auteurs spirituels à la participation à une communauté ecclésiale ; de l’écriture pour soi au témoignage pour d’autres ; de la retraite en abbaye aux voyages sabbatiques qui permettent une rupture … : les ressources sont immenses et variées !

On peut l’appeler direction de conscience comme autrefois, accompagnement spirituel, tutorat herméneutique, compagnonnage, initiation à une école de pensée ou tout autre vocable.

L’essentiel est de trouver l’Éli de votre croissance personnelle.

Et pour cela de ne pas étouffer ce qui vous réveille la nuit, d’accepter d’en parler à un autre, d’accepter d’être aidé pour comprendre.

Alors, quel Éli élirez-vous ?

 

 

 

1ère lecture : Vocation de Samuel (1S 3, 3b-10.19)
Lecture du premier livre de Samuel

Samuel couchait dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je ne t’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je ne t’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
Une troisième fois, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Retourne te coucher, et si l’on t’appelle, tu diras : ‘Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.’ » Samuel retourna se coucher. Le Seigneur vint se placer près de lui et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »
Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet.

Psaume : 39, 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi.
En ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

2ème lecture : Notre corps appartient au Seigneur (1Co 6, 13b-15a.17-20)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Frères,
notre corps n’est pas fait pour la débauche, il est pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Quand on s’unit au Seigneur, cela ne fait qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais la débauche est un péché contre le corps lui-même.
Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Evangile : Vocation des trois premiers disciples (Jn 1, 35-42)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
En Jésus Christ, nous avons reconnu le Messie : par lui nous viennent grâce et vérité. Alléluia. (cf. Jn 1, 41.17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jean Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
« Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus. Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit :
« Que cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent : « Rabbi (c’est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? »
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »
Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
C’était vers quatre heures du soir.
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ).
André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » (ce qui veut dire : pierre).
Patrick Braud

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23 décembre 2011

Le potlatch de Noël

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Le potlatch de Noël

 

Homélie du 5° Dimanche de l’Avent

 

Mon collègue mérite-t-il un cadeau ?

Dans un service de cols blancs, un mail circule au bureau à l’approche de Noël. « Venez Le potlatch de Noël dans Communauté spirituellefêter ça autour d’une auberge espagnole : chacun apporte pour le repas de quoi partager avec tous ». Jusque-là, tous sont d’accord. « Prévoyez un cadeau (valeur maximale 10?) que vous offrirez à un collègue dont nous vous enverrons le nom dans un prochain mail ». Et là bizarrement, levée de boucliers : comment ? ! On nous impose d’offrir des cadeaux ? Et en plus à un collègue inconnu ? Pourquoi mettre de l’argent dans ce geste artificiel et hypocrite ?

Un vaste débat s’ensuit à la cantine de midi sur le sens des cadeaux que l’on s’échange en cette période de Noël.

 

Le retour de l’éternel présent

Au-delà de la réaction épidermique de ceux qui contestent ce cadeau imposé comme de ceux qui sollicitent un peu de générosité festive au boulot, la question du sens des cadeaux de Noël reste incontournable. S’agit-il d’un consumérisme écoeurant qui verse dans une course matérielle pour s’acheter l’affection des autres ? S’agit-il d’une sacralisation de l’échange qui témoigne d’un reste d’humanité au milieu de relations calculées et froides ?

Faut-il jouer le blasé, le désintéressé pour couvrir en fait sa lassitude devant un rituel obligé si répétitif ? Ou faut-il transformer cette occasion en joie de donner et de recevoir pour se dire qu’en fin de compte on s’aime bien sûr, on s’ai cadeau dans Communauté spirituelleme quand même, on s’aime vraiment ?

 

Peut-on faire l’économie du don ?

- Le potlatch

Les anthropologues ont montré tout l’intérêt de ces échanges de cadeaux. Ainsi Marcel Mauss analyse dans son célèbre « Essai sur le don » l’intérêt pour des tribus de pratiquer ce système où il faut donner / recevoir/ rendre. C’est ce qu’il appelle un « fait social total », c’est-à-dire une pratique qui constitue et institue une communauté en tant que telle. Les liens (échange de femmes, de commerce, d’objets) se tissent grâce à cet échange généralisé (le « potlatch ») que l’économie moderne étendra à toutes les productions devenues marchandes.

 

- Le père Noël supplicié

D’autres anthropologues verront dans le Père Noël et ses avatars les résurgences de grands mythes païens fédérateurs d’identité commune. Ainsi Claude Lévi-Strauss qui analyse un curieux fait divers impensable aujourd’hui. En 1951, le clergé dijonnais avait brûlé en place publique un mannequin à l’effigie du Père Noël pour dénoncer sans doute une concurrence déloyale avec la crèche… Lévi-Strauss relève le paradoxe suivant :

« Le Père Noël, symbole de l’irréligion, quel paradoxe ! Car, dans cette affaire, tout se passe comme si c’était l’Église qui adoptait un esprit critique avide de franchise et de vérité, tandis que les rationalistes se font les gardiens de la superstition. Cette apparente inversion des rôles suffit à suggérer que cette naïve affaire recouvre des réalités plus profondes. Nous sommes en présence d’une manifestation symptomatique d’une très rapide évolution des m?urs et des croyances, d’abord en France, mais sans doute aussi ailleurs. Ce n’est pas tous les jours que l’ethnologue trouve ainsi l’occasion d’observer, dans sa propre société, la croissance subite d’un rite, et même d’un culte ; d’en rechercher les causes et d’en étudier l’impact sur les autres formes de la vie religieuse ; enfin d’essayer de comprendre à quelles transformations d’ensemble, à la fois mentales et sociales, se rattachent des manifestations visibles sur lesquelles l’Église ? forte d’une expérience traditionnelle en ces matières ? ne s’est pas trompée, au moins dans la mesure où elle se bornait à leur attribuer une valeur significative. » (Revue : Les Temps Modernes, Mars 1952, « Le Père Noël supplicié », pp. 13-14)

Il analyse alors la résurgence de ce mythe du Père Noël avec ses cadeaux comme la résurgence des rituels initiatiques pour se concilier la faveur des morts, représentés par les enfants qui prennent leur place :

« Avec beaucoup de profondeur, Salomon Reinach a écrit que la grande différence entre religions antiques et religions modernes tient à ce que « les païens priaient les morts, tandis que les chrétiens prient pour les morts ». Sans doute y a-t-il loin de la prière aux morts à cette prière toute mêlée de conjurations, que chaque année et de plus en plus, nous adressons aux petits-enfants ? incarnation traditionnelle des morts ? pour qu’ils consentent, en croyant au Père Noël, à nous aider à croire en la vie. Nous avons pourtant débrouillé les fils qui témoignent de la continuité entre ces deux expressions d’une identique réalité. Mais l’Église n’a certainement pas tort quand elle dénonce, dans la croyance au Père Noël, le bastion le plus solide, et l’un des foyers les plus actifs du paganisme chez l’homme moderne. Reste à savoir si l’homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d’être païen.(?) Grâce à l’autodafé de Dijon, voici donc le héros reconstitué avec tous ses caractères, et ce n’est pas le moindre paradoxe de cette singulière affaire qu’en voulant mettre fin au Père Noël, les ecclésiastiques dijonnais n’aient fait que restaurer dans sa plénitude, après une éclipse de quelques millénaires, une figure rituelle dont ils se sont ainsi chargés, sous prétexte de la détruire, de prouver eux-mêmes la pérennité. » (ibid., pp. 49-51)

 

- Le cadeau et la dette

Les psychologues rappelleront que les cadeaux permettent de gérer la dette symbolique qui circule entre les générations. Bien des parents offrent des jouets trop chers et trop luxueux, comme pour se faire pardonner leurs absences et leurs manques. Et à l’inverse, sans cadeaux, la reconnaissance finit par ne plus jouer en famille : on ne reconnaît plus celui dont on ne reçoit plus rien.

Le cadeau est donc un moyen de réparer un lien social qui se dégrade.

 

- Le cadeau gaspillage ?

L’intrigue des cadeaux de Noël hante également les économistes. Parmi eux, Joël Waldfogel, professeur à Yale, s’applique à démontrer en quoi cette déferlante de cadeaux représente un gigantesque gâchis économique. Comme les cadeaux offerts ne correspondent jamais complètement à l’attente de l’autre, ils coûtent plus cher en fait que ce que nous aurions acheté nous-mêmes (d’où la montée en puissance des chèques cadeaux comme à la FNAC par exemple). Waldfogel va même jusqu’à chiffrer à 12 milliards de dollars cette perte en 2007 aux États-Unis !

L’explosion des sites Internet où chacun peut revendre d’occasion le cadeau mal choisi par un tiers démontre que gaspillage et Noël vont souvent ensemble.

 

- Le cadeau-roman

Le monde des romanciers comme Charles Dickens a magnifié le Noël familial avec son réveillon : son « Cantique de Noël » en 1843 va consacrer la figure du Noël rassemblant tous les membres de la famille autour de la table dans la nuit froide.

 

Le cadeau évangélique

Mais l’évangile lui, que dit-il de cette irrésistible manie de se faire des cadeaux ?

Il ne semble pas la mépriser le moins du monde. Les trois mages chargés d’or, d’encens et de myrrhe redisent à leur manière qu’on devient sage en acceptant de reconnaître un plus petit que soi comme digne des plus grands cadeaux de la terre. Ils n’attendent rien en échange. Ils repartiront appauvris et heureux.

Car le premier cadeau de Noël c’est bien évidemment Jésus lui-même. Dans l’étable de Bethléem, alors qu’on n’a pas fait à Marie enceinte arrivée à son terme le cadeau d’une place à l’auberge, Dieu se donne, sans restriction, personnellement et entièrement. Jésus aurait pu s’appeler Dieu-donné ! En recevant le prénom de Ieshoua (« Dieu sauve ») il nous annonce un salut-cadeau. En incarnant l’Emmanuel, « Dieu avec nous », il nous promet une présence-cadeau sans les jetons qui vont avec.

 

Alors, allons-nous faire des cadeaux à Noël ?

Sans aucun doute, et de toutes sortes. Le présent d’une visite, d’un déplacement, un lien à renouveler. Le plaisir d’un bon moment partagé à table sans arrière-pensée, le bonheur d’une trêve où l’on affirme que ce qui sépare est moins fort que ce qui unit.

Pour les chrétiens, le charme de Noël et des cadeaux de Noël sera exponentielle : le don de Dieu, c’est Dieu lui-même ; et ce cadeau-là précède toutes nos réponses en échange. Ce cadeau-là se déballe sans cesse et on n’a jamais fini d’explorer la largesse d’un tel donateur. Ce cadeau-là « emballe » sans cesse le désir de celui qui le reçoit.

 

Apprenons donc à échanger des cadeaux dans l’esprit de Bethléem.

Ni pression obligée et insupportable, ni dédouanement facile et hypocrite, le paquet déposé dans l’assiette du réveillon ou devant la crèche nous humanise, nous relie les uns aux autres et avec Dieu.

Sans démesure ni pingrerie, fêtons Noël avec ses gestes enrubannés qui renvoient au véritable et premier cadeau de la crèche.

Et que cette veillée d’échange inspire un « potlatch spirituel » tout au long de l’année !

 

Les différentes formes du don, à la lumière de la sociologie de Marcel Mauss :

Mauss-don

 

 

 

Messe de la nuit de la Nativité

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus. Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane. Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

 

Psaume : 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a.c

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

 

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifesté (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

 

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. ? Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud 

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10 décembre 2011

Tauler, le métro et « Non sum »

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Tauler, le métro et « Non sum »

 

Homélie du 3° dimanche de  l’Avent / Année B

11/12/2011

 

Laissez d’abord sortir de la rame

Observez une rame de métro qui arrive à l’heure de pointe. À peine les portes ouvertes, le flux des voyageurs qui descendent est tel qu’il est vain de songer à entrer avant de laisser s’écouler ce tourbillon dans l’évier des couloirs de correspondance.

Dieu agit avec nous comme le métro à l’affluence : il faut d’abord vider le trop-plein de notre suffisance pour qu’il puisse commencer à entrer en nous. Il faut laisser s’écouler la vanité de nos désirs pour qu’il se faufile dans l’espace ainsi libéré.

 

Tauler et le « non sum » de Jean-Baptiste

Afficher l'image d'origineLaissons Tauler (1300-1361), l’une des grandes figures de la mystique rhénane, introduire un thème essentiel à partir de cet évangile du troisième dimanche de l’Avent.

« Les messagers demandèrent à Jean si il était. Jean répondit : « non sum » (« je ne suis pas ». Il confessa et ne nia point sa véritable identité : « non sum ». C’est le contraire des hommes qui voudraient tous désavouer leur propre nom ; et tous les efforts des hommes tendent généralement à ceci : comment donc désavouer et cacher leur pauvre identité : « non sum » ? Tous veulent généralement à tout prix être ou paraître quelque chose, soit quant à l’esprit, soit quant à la nature. Celui qui parviendrait seulement à atteindre le fond de l’aveu de son propre néant – « non sum » -, celui-là serait parvenu au chemin le plus aimable, le plus direct et le plus court, le plus rapide, le plus sûr menant à la vérité la plus haute et la plus profonde qu’on puisse atteindre en ce monde. Pour cela, personne n’est trop vieux, ni trop faible, trop inexpérimenté, ni trop jeune, trop pauvre ou trop riche. Ce chemin c’est : « non sum » : je ne suis pas. »

 

Cela valait la peine de citer longuement ce sermon 83 de Tauler. On y reconnaît une voix toujours très actuelle, aux confins de l’expérience des grands maîtres bouddhistes : la voix du non-être.

La triple négation de Jean-Baptiste est paradoxalement la clé de son entrée dans son identité la plus profonde. Alors que le triple reniement de Pierre le conduira aux larmes et au désespoir, ces trois « non sum » de Jean-Baptiste le conduiront à être « le plus grand des enfants des hommes » aux dires de Jésus lui-même, sans pourtant le rechercher le moins du monde.

 

Tauler pointe avec raison la prétention à vouloir être quelqu’un comme la source de toute rivalité entre les hommes (rivalité mimétique dirait René Girard).

« À cause de cette tendance, les mondains veulent avoir des biens, des amis, de la parenté, et pour cela il risque corps et âmes ; uniquement pour être, pour être considéré, et riche, bien situé et puissant. Combien de choses de leur côté les gens de vie spirituelle font et omettent, combien souffrent et agissent pour ce même motif ; que chacun s’interroge lui-même ; couvents et ermitages sont pleins de cet esprit qui pousse à toujours vouloir être et paraître quelque chose. »

 

Les pièges du vouloir-être

Faites le point sur cette course, pas même au paraître mais à l’être, qui peut se glisser dans vos préoccupations.

La poursuite de la réussite professionnelle et d’une carrière honorable ; le souci d’afficher une vie de couple harmonieuse ; l’engagement associatif ou ecclésial pour valoriser une bonne image de soi… Les pièges sont nombreux où ‘vouloir être quelqu’un’ gâte les meilleures intentions du départ.

 

Constatant cette soif universelle, Tauler lit dans l’Évangile un contre-appel radical : détachez-vous de vos prétentions à être quelqu’un par vous-même. Faites l’expérience d’un réel détachement intérieur, puis d’un anéantissement en Dieu où se dégonflent les baudruches de l’orgueil.

Dire « je ne suis pas » libère de la fatigue de courir après ce qui ne me correspond pas. Je ne suis pas mannequin, je ne suis pas mère Teresa, je ne suis pas Bill Gates, donc je peux enfin commencer à être moi-même.

Dire « non sum », c’est consentir à soi-même, en lâchant l’attachement aux fausses images de soi.

Cela ne supprime pas le désir, mais l’abandonne à Dieu.

 

L’expérience du vide

Alors un dirigeant peut s’investir dans ses responsabilités sans avoir besoin du hochet d’une voiture de fonction, d’un Blackberry, ou pire encore d’un bonus qu’il finirait par trouver équitable.

Alors un syndicaliste pourra s’engager pour la défense des plus faibles dans l’entreprise sans chercher à se faire un nom ou à se protéger sur leur dos.

Alors les parents pourront se donner à leurs enfants sans exiger en retour de choix à leur image.

Car celui qui a renoncé à être par lui-même laisse l’autre chercher son propre chemin.

Car celui qui est ‘anéanti’ en Dieu goûte tout à partir de Dieu lui-même, dans sa bienveillance.

Car celui qui a dit « non sum » se laisse guider par les événements pour aller là où un autre le conduit.

Il ne s’attache pas à ses oeuvres tout en portant activement du fruit.

Il ne cherche pas à laisser une trace dans l’histoire tout en bénissant Dieu pour ce qui lui est donné.

Il transforme le monde presque sans le savoir ni le vouloir, par contagion, par capillarité.

Chez lui, nulle stratégie de conquête, nulle adhérence à des modes de surface.

 

Quand Jean-Baptiste confesse : « je ne suis pas », il entre dans une expérience du vide où il accepte de se recevoir d’un autre.

Cette attitude intérieure, exigeante, demande du temps et de la sagesse. Elle peut transfigurer toutes les  positions sociales, familiales, affectives qui sont les nôtres : être là sans s’y accrocher, remplir tel rôle sans s’y attacher, assumer telle responsabilité sans en tirer de vaine gloire.

Tauler conseille même de tirer parti de ceux qui au passage veulent nous anéantir, se posant en adversaires ou concurrents :  

« Il faut s’abandonner comme Dieu veut qu’on s’abandonne, et celui qui veut te ramener à ton néant, accepte-le avec reconnaissance et amour, parce qu’il te rappelle en vérité que tu es ‘non sum’.

Puissions-nous donc atteindre tout cet anéantissement afin de nous enfoncer par là dans l’être divin ! Que nous y aident le Père, et le Fils, et l’Esprit Saint ! Amen. »

 

 

 

1ère lecture : Le Sauveur apporte la joie (Is 61, 1-2a.10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le c?ur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur.

Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a enveloppé du manteau de l’innocence, il m’a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux. De même que la terre fait éclore ses germes, et qu’un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Psaume : Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54

R/ J’exulte de joie en Dieu, mon Sauveur !

Mon âme exalte le Seigneur,
mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Son amour s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de bien les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour.

2ème lecture : Comment préparer la venue du Seigneur (1Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l’accomplira.

Evangile : « Il se tient au milieu de vous » (Jn 1, 6-8.19-28)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Prophète du Très-Haut, Jean est venu préparer la route devant le Seigneur et rendre témoignage à la Lumière. Alléluia. (cf. Lc 1, 76 ; Jn 1, 7)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage.
Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il le reconnut ouvertement, il déclara : « Je ne suis pas le Messie. » Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Non. ? Alors es-tu le grand Prophète ? » Il répondit : « Ce n’est pas moi. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, certains des envoyés étaient des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le grand Prophète, pourquoi baptises-tu ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. »
Tout cela s’est passé à Béthanie-de-Transjordanie, à l’endroit où Jean baptisait.

Patrick Braud

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