L'homélie du dimanche (prochain)

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18 décembre 2017

Tenir conte de Noël

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Tenir conte de Noël…


Homélie pour la fête de Noël / Année B
24/12/2017

Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…


Tenir conte de Noël…

La faute d’orthographe est bien sûr voulue. Noël est le temps des contes, et la plupart des veillées dans nos églises commencent avec un conte de Noël : indispensable !

Illustration: Conte de noël - Guy de MaupassantPourquoi se raconter des histoires devant la crèche ? Quelle est la fonction sociale de ces légendes merveilleuses qui courent d’une génération à l’autre ? Quelle valeur spirituelle accorder à ces enjoliveurs d’événements que sont nos histoires de fées, de lutins et autres Saint-Nicolas ?

Qu’est-ce qu’un conte ?

On peut le distinguer de la fable, qui est à visée morale, voire moralisante (cf. la leçon de la fable). Et également du mythe, qui a pour but de fonder hors du temps les modes de vie actuels. Un conte n’est pas non plus une parabole, qui développe une image en y transposant les éléments contemporains ; ni une allégorie, qui projette terme à terme des personnages et objets d’une situation dans une scène imaginaire.

Le conte est plutôt proche de la légende, au sens étymologique du terme : legenda (en latin) = ce qui doit être lu pour comprendre tel événement. Sans la légende au bas d’une cartographie, impossible de décoder les chiffres et graphiques représentés. De même, sans le conte de Noël, la nativité du Christ risque fort de ne pas être interprétée à sa juste profondeur…

Le conte se raconte : c’est donc tout simplement un récit, imaginé à partir un événement pour en faire percevoir toute la richesse.

Les spécialistes du conte ont identifié au moins trois fonctions sociales de ce genre littéraire (ou plutôt oral) : divertir /instruire /initier.

 

Divertir

Tenir conte de Noël dans Communauté spirituelle 41WJdvpF-6L._SX275_BO1,204,203,200_On raconte une histoire étincelante pour aider un enfant à s’endormir, ou à patienter pendant une longue veillée, ou à se calmer après une colère en ouvrant grand ses oreilles et en lâchant la bride à son imagination. Parce qu’il est parlé (à l’encontre d’un film, d’une bande dessinée ou d’un jeu vidéo), le conte possède en plus les propriétés de ce que Mac Luhan appelait le média chaud par excellence : la voix, l’oralité, qui laisse le champ libre à l’imaginaire.
Les yeux grands ouverts de l’enfant le sont sur sa vie intérieure, sur l’habillage fantasmatique des héros au nom programmatique : Chat Botté, Cendrillon, Blanche Neige, Riquet à la Houppe, Boucle d’or…
Le plaisir, le divertissement, intriguer, faire rire, pleurer et sourire font toujours partie des premiers effets recherchés par les conteurs.

 

Instruire

La deuxième fonction du conte est d’instruire, d’éduquer.
On apprend un tas de choses dans les contes ! Ce qu’il faut faire et ne pas faire, ce qui est admis ou non en société. Avec le Petit Poucet (Perrault) par exemple, on apprend que l’intelligence peut vaincre la force brute des ogres environnants. Avec la Petite Fille aux allumettes (Andersen), on découvre qu’il y a des enfants près de chez soi vivant dans la misère, la violence et la solitude, effrayantes. Avec la pastorale des santons de Provence, on s’émerveille de tous les métiers représentés autour de la crèche et de leur savoir-faire.

 

Initier

51Ca0cL-LDL._SX303_BO1,204,203,200_ Bettelheim dans Communauté spirituelleLa troisième fonction du conte est d’initier. Au sens fort (en latin, initium = chemin), initier  c’est mettre quelqu’un sur le chemin où il va grandir pour passer d’un stade à un autre. Le conte initie ses auditeurs à d’autres manières de voir le monde, l’existence. La mort de la Petite Fille aux allumettes fait toujours pleurer des milliers d’enfants, qui redemandent pourtant qu’on leur lise encore et encore cette histoire si triste. Ce qu’ils y découvrent les prépare à la dure réalité de leur propre vie : oui, affronter la violence familiale, la misère sociale, et ultimement la mort font partie de la beauté de l’existence. Les monstres des contes (ogres, sorcières, dragons, et tous les « méchants ») préparent les enfants à devenir fort et courageux devant le mal.
Le psychanalyste Bruno Bettelheim a popularisé ce rôle initiatique des contes :

« Tel  est  exactement  le  message  que  les  contes  de  fées, de  mille manières  différentes  délivrent à l’enfant : que la  lutte contre  les graves difficultés  de la vie est  inévitable et  fait  partie intrinsèque de l’existence humaine,  mais que si,  au lieu de se dérober, on affronte  fermement les épreuves attendues et souvent injuste, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter victoire. » (Psychanalyse des contes de fées, 1976)

Vladimir Propp (Morphologie du conte, 1928) a donné ses lettres de noblesse au genre littéraire du conte en étudiant la structure commune à plus d’une centaine de contes russes. Il est à l’origine de l’analyse sémiotique, méthode rigoureuse d’un texte à partir de lui-même.

Le conte a ainsi une fonction d’apprentissage : il apprend à l’enfant à espérer même face aux pires difficultés qu’il rencontre ou rencontrera et qui sont à l’image des horribles sorcières ou des énormes géants.

Cela marche aussi pour les adultes ! Le lecteur attentif du Petit Prince (Saint Exupéry) sera peu à peu initié à un autre regard sur les ‘roses’ pour en singulariser une comme unique, à l’importance des rituels qui permettent de s’apprivoiser mutuellement, à affronter les ‘boas’ qui engloutissent toute espérance etc…

Initier et conter vont très bien ensemble !

Voilà donc trois bonnes raisons de continuer à tenir conte dans la veillée de Noël. Grâce aux contes, cette paraliturgie basée sur l’émerveillement, le questionnement et le rêve  prépare en effet enfants et adultes à accueillir le mystère de Noël avec un cœur grand ouvert.

 

Le midrash de Noël

41QrY8k1z9L._SX338_BO1,204,203,200_ conteIl y a peut-être plus encore. Dans la littérature juive et biblique, il existe une manière de raconter quelque chose sur un événement qu’on appelle midrash.

Qu’est-ce que le Midrash ? Une exégèse particulière. Midrash (pl.  Midrashim)  signifie  en  hébreu  « qui  vient du drash ». La racine hébreu drash  signifie « exiger », au sens second, « rechercher». Il s’agit donc d’une exégèse qui recherche les harmoniques cachées d’un évènement. Toutefois, il s’agit d’une  exégèse  très  particulière  qui  use  de  paraboles,  d’allégories,  de  métaphores,  de  jeux  de  mots  à  base  de glissements  phoniques  (y  compris  entre  hébreu,  araméen,  grec,  voire  latin),  sémantiques,  allusifs,  de  concordances témuriques (permutation des jeux de voyelles) et guématriques (à partir du calcul de la valeur  numérique des mots)… et qui finit par produire des textes fort éloignés du texte biblique commenté. (www.akadem.org )

Il se peut que les Évangiles de l’enfance (Bethléem, l’étoile, les anges, les mages, les saints innocents, la fuite en Égypte) soient eux-mêmes un superbe midrash nous aidant à décrypter les enjeux de la Nativité. Ce n’est pas mettre en péril le caractère historique et extraordinaire de cette naissance que de lire les premiers chapitres de Luc avec cette grille d’interprétation midrashique. Là où Matthieu fait une longue démonstration généalogique, là où Jean s’abîme dans une intense méditation sur le Verbe et la lumière, là où Marc est plutôt sobre et discret en sautant par-dessus ces premières années de Jésus, Luc prend le temps de développer à sa manière la portée immense de la conception et de la venue au monde de cet homme exceptionnel. Il le fait avec le matériau symbolique de son époque, et avec le croyable disponible de sa culture. Le résultat est plutôt réussi ! Car les scènes de la Nativité racontée par lui ont eu sûrement plus de succès populaire que les exigeantes méditations de Jean. Pourtant il faut les deux, et c’est bien pour cela qu’il y a quatre Évangiles ! Pour ne pas laisser le conte (Luc), la mystique (Jean), l’exégèse (Matthieu) ou le reportage (Marc) avoir le dernier mot, tant l’événement de Noël est irréductible à l’une ou l’autre de ces composantes portant chacune légitime !

Alors, continuons à tenir conte de Noël, afin de nous initier mutuellement à la vie divine que le Verbe de Dieu engendre en nous, de sa naissance à sa venue.

 

N.B. : Pour ne pas vous laisser sur votre faim, voici un conte de Noël, triste et joyeux, intrigant et savoureux comme beaucoup d’autres. Bonne lecture !

 

LES QUATRE ARBRES

·         Il était une fois, en haut d’une montagne, quatre petits arbres qui rêvaient à ce qu’ils voudraient devenir quand ils seraient plus grands.

Ø  Le premier regarda les étoiles qui brillaient comme des diamants au dessus de lui.

« Je veux abriter un trésor. Je veux être recouvert d’or et rempli de pierres précieuses. Je serai le plus beau coffre à trésor du monde. »

Ø  Le deuxième arbre regarda le petit ruisseau qui suivait sa route vers l’océan.

« Je veux être un grand voilier. Je veux naviguer sur de vastes océans et transporter des rois puissants. Je serai le bateau le plus fort du monde. »

Ø  Le troisième petit arbre regarda dans la vallée au dessous de lui et il vit la ville où des hommes et des femmes s’affairaient.

« Je ne veux jamais quitter cette montagne. Je veux pousser si haut que lorsque les gens s’arrêteront pour me regarder, ils lèveront leurs yeux au ciel et penseront à Dieu. Je serai le plus grand arbre du monde ! »

Ø  Le quatrième arbre leva les yeux vers le château fort qui dominait tout le paysage.

« Je veux être le pont-levis qui défend l’entrée de ce château. Devant moi, les gens seront impressionnés et se sentiront tout-petits. Je serai le pont-levis le plus impressionnant du monde ».

·         Les années passèrent. Les pluies tombèrent, le soleil brilla, et les petits arbres devinrent grands.

Un jour, quatre bûcherons montèrent dans la montagne.

Ø  Le premier bûcheron regarda le premier arbre et dit : « C’est un bel arbre. Il est parfait. » En un éclair, abattu d’un coup de hache, le premier arbre tomba.
« Maintenant, je vais être un coffre magnifique », pensa le premier arbre. « J’abriterai un merveilleux trésor ».

Ø  Le deuxième bûcheron regarda le deuxième arbre et dit: « Cet arbre est vigoureux. Voilà ce qu’il me faut. » En un éclair, abattu d’un coup de hache, le deuxième arbre tomba.
« Désormais, je vais naviguer sur de vastes océans »,
pensa le deuxième arbre. « Je serai un grand navire digne des rois. »

Ø  Le troisième arbre sentit son cœur flancher quand le bûcheron le regarda.
« N’importe quel arbre me conviendra », se dit le bûcheron. En un éclair, abattu d’un coup de hache, le troisième arbre tomba.

Ø  Le quatrième bûcheron remarqua le dernier arbre et dit : « Cet arbre est assez large. C’est exactement ce que je cherche ». En un éclair, abattu d’un coup de hache, le quatrième arbre tomba.
Il se disait :
« Maintenant, je vais partir rejoindre le château fort ».

Ø  Le premier arbre se réjouit lorsque le bûcheron l’apporta chez le charpentier, mais le charpentier était bien trop occupé pour penser à fabriquer des coffres. De ses mains calleuses, il transforma l’arbre en mangeoire pour animaux. L’arbre qui avait été autrefois très beau n’était pas recouvert d’or ni rempli de trésors. Il était couvert de sciure et rempli de foin pour nourrir les animaux affamés de la ferme.

Le deuxième arbre sourit quand le bûcheron le transporta vers le chantier naval, mais ce jour là, nul ne songeait à construire un voilier. À grands coups de marteau et de scie, l’arbre fut transformé en simple bateau de pêche. Trop petit, trop fragile pour naviguer sur un océan ou même sur une rivière, il fut emmené sur un petit lac. Tous les jours, il transportait des cargaisons de poissons morts qui sentaient affreusement fort.

Ø  Le troisième arbre devint très triste quand le bûcheron le coupa pour le transformer en grosses poutres qu’il empila dans la cour. « Que s’est -il passé ? » se demanda l’arbre qui avait été autrefois très grand. « Tout ce que je désirais, c’était rester sur la montagne en pensant à Dieu. »

Ø  Le quatrième arbre frémit lorsque le bûcheron le découpa en planches bien larges. Le menuisier les assembla, non pas pour en faire un pont-levis, mais une grande table bien ordinaire, même si elle pouvait porter beaucoup de monde. Déçu, l’arbre pleurait en voyant le château fort s’éloigner et son pont-levis…

·         Beaucoup de jours et de nuits passèrent. Les quatre arbres oublièrent presque leurs rêves.

Ø  Mais une nuit, la lumière d’une étoile dorée éclaira le premier arbre au moment où une jeune femme plaçait son nouveau né dans la mangeoire. « J’aurais aimé pouvoir lui faire un berceau », murmura son mari. La mère serra la main du père et sourit tandis que la lumière de l’étoile brillait sur le bois poli. « Cette mangeoire est magnifique », dit-elle.
Et soudain, le premier arbre sut qu’il renfermait le trésor le plus précieux du monde.

Ø  D’autres jours et d’autres nuits passèrent, mais un soir, un voyageur fatigué et ses amis s’entassèrent dans la vieille barque de pêcheur. Tandis que le deuxième arbre voguait tranquillement sur le lac, le voyageur s’endormit. Soudain, l’orage éclata et la tempête se leva. Le petit arbre trembla. Il savait qu’il n’avait pas la force de transporter tant de monde en sécurité dans le vent et la pluie. Le voyageur s’éveilla. Il se leva, écarta les bras et dit : « Paix ». La tempête se calma aussi vite qu’elle était apparue.
Et soudain, le deuxième arbre sut qu’il transportait le roi des cieux et de la terre.

Ø  À quelque temps de là, un vendredi matin, le troisième arbre fut fort surpris lorsque ses poutres furent arrachées de la pile de bois oubliée. Transporté au milieu des cris d’une foule en colère et railleuse, il frissonna quand les soldats clouèrent sur lui les mains d’un homme. Il se sentit horrible et cruel.
Mais le dimanche matin, quand le soleil se leva et que la terre tout entière vibra d’une joie immense, le troisième arbre sut que l’amour de Dieu avait tout transformé. Il avait rendu le premier arbre beau. Il avait rendu le second arbre fort. Et à chaque fois que les gens penseraient au troisième arbre, ils penseraient à Dieu.
Cela était beaucoup mieux que d’être le plus grand arbre du monde.

Ø  Des années et des années passèrent encore. Le quatrième arbre fut transporté un jour à Jérusalem, où on intégra le bois dans une table étonnante, placée au milieu d’une église. Il n’avait jamais vu une table en bois pareille. On l’appelait « autel ». Il s’étonnait de voir des gens de partout venir autour de lui. Toute cette foule parlait beaucoup de joie, de paix, de familles réunies… Chaque année, une nuit de plein hiver, la porte restait ouverte pour accueillir plein d’enfants… À chaque fois, l’arbre pleurait de joie, et était si fier de porter sur lui l’enfant de Noël présent dans un peu de pain et de vin…
Il se disait, souriant au milieu des larmes : « Je suis fait pour offrir et non pas pour défendre. Je suis le plus heureux des arbres »…

 

Messe de la Nuit de Noël

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)
Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie ?
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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7 avril 2017

VENDREDI SAINT

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VENDREDI SAINT

Cf. :

Vendredi Saint : paroles de crucifié

Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ

Vendredi Saint : les morts oubliés

Vendredi Saint : la déréliction de Marie

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

La Passion du Christ selon Mel Gibson

Mots-clés :

27 décembre 2016

Devenir la Mère de Dieu

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Devenir la Mère de Dieu

Cf. également :

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Une sainte famille « ruminante »
Une famille réfugiée politique
Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
Familles, je vous aime?


Homélie pour la fête de sainte Marie Mère de Dieu / Année A
01/01/2017

À Noël, nous avons lu Jean Tauler (XIV° siècle) nous inviter à engendrer le Verbe de Dieu en nous, autrement dit : à devenir la Mère de Dieu avec Marie ! C’est la troisième naissance de Noël, que nous fêtons aujourd’hui avec la fête de Marie Theotokos. Marie est Mère de Dieu en engendrant le Verbe, en croyant à sa parole et en la mettant en pratique (Mc 3,31-35). Nous engendrons avec elle si nous la suivons dans l’attitude spirituelle de l’évangile de ce dimanche : « Marie retenait tous ces événements et les gardait en son cœur ».

 

Les bergers et le fugueur

Il n’y a que deux passages dans toute la Bible, et c’est dans l’évangile de Luc, où  cette expression se retrouve : garder toutes ces choses en son cœur.

La première (2,19) est au moment de la visite des bergers à la crèche. Tous s’étonnent de ce que les bergers disent de l’enfant. Marie elle retenait tous ces événements (ces paroles) et les gardait en son cœur.

La seconde (toujours chez Luc, en 2,51) est après le pèlerinage (la visite) de la famille au Temple de Jérusalem. Tous s’étonnent de ce que Jésus dit de la Torah. Marie elle gardait tous ces événements (ces paroles) dans son cœur.

En précisant les termes grecs employés, on a donc le parallélisme suivant entre les deux séquences :

Tableau Lc 2,51

Des bergers de Bethléem au fugueur de Jérusalem, tout se passe comme si Marie (désignée comme telle en 2,19) apprenait à devenir mère (c’est ainsi qu’elle est appelée en 2,51). Comment ?

- D’abord en se laissant étonner. Étonner par ce que les bergers disent de son enfant (2,18). Étonner ensuite par son comportement étrange au Temple (2,48).

- Puis en allant plus loin que l’étonnement.

Devant les bergers, Marie rassemble précieusement toutes les paroles éparses qui ont jalonné cette grossesse et cette naissance depuis le début. C’est le sens du verbe « garder ensemble » (syne-terei  2,19) qui est renforcé dans le verbe « méditant » (symballousa), littéralement : mettre ensemble ce qui apparemment est sans lien commun.

Marie devine que tous ces éléments épars doivent avoir un sens lorsqu’on les met ensemble. C’est pourquoi elle les recueille précieusement, comme les perles d’un collier dont le fil est rompu, comme les pièces d’un puzzle dans sa boîte, en se disant qu’un jour on arrivera bien à les mettre ensemble. Le mot symbole vient d’ailleurs de là : joindre ensemble des choses (événements, paroles) qui apparaissaient séparées et sans lien.

Marie est donc celle qui est capable de se laisser étonner sans cesser de croire pour autant que tout cela a un sens caché, symbolique, que Dieu dévoilera plus tard.

- La seconde fois, après la fugue de Jésus au Temple, Marie est désignée comme sa mère justement parce que, étonnée du comportement de Jésus, elle va engranger ses paroles (« ne savez-vous pas qu’il me faut être chez mon père ? ») jusqu’au jour où elle apprendra ce que veut dire sa réponse sans : « être chez mon père ». C’est d’ailleurs la première parole de Jésus dans l’Évangile de Luc, et elle est pour nommer son Père (comme s’il fallait cette reconnaissance du Père pour que Marie soit appelée mère !). Il faudra attendre sa dernière parole, lorsque – crucifié – il désigne à nouveau son père (« Père, entre tes mains, je remets mon esprit ») pour que Marie comprenne en plénitude ce qu’être sa mère veut dire… (cf. la déréliction de Marie).

Entre deux, Marie va cheminer dans la foi. Elle va faire ce que Jean Paul II appelait son pèlerinage de confiance, afin de devenir davantage ce qu’elle est depuis l’Annonciation : la Mère de Dieu.

Des bergers de Bethléem au fugueur de Jérusalem, les étapes de cette maternité divine de Marie sont encore les nôtres : se laisser étonner / rassembler précieusement tout ce qui arrive / garder tout cela à travers le temps et l’espace, tout au long des événements pour leur donner enfin leur pleine signification.

 

Se laisser étonner

pink%20question%20mark%20clipartDéjà la visite des bergers à Bethléem était surprenante ! Mais en plus, ils racontent  de drôles de choses sur le bébé, en l’appelant sauveur, Christ, Seigneur… Et puis au Temple de Jérusalem, les parents ont de quoi s’étonner – voire se mettre en colère – en constatant que leur gamin de 12 ans est resté là depuis trois jours sans s’inquiéter de leur inquiétude à son sujet !

C’est donc qu’il est impossible d’engendrer le Verbe en nous sans nous laisser étonner, surprendre à la manière de Marie. La vie spirituelle – et la vie tout court – est remplie de ces moments où l’interrogation est profonde : pourquoi nous fais-tu cela ? Que ce soit devant la Shoah ou le cancer d’un proche, l’injustice injustifiable ou la violence incompréhensible… Nos pourquoi sont ceux de Marie, la mère de Dieu, qui ne comprend pas sur l’instant.

C’est par exemple l’étonnement que nous devrions avoir devant les bergers d’aujourd’hui, migrants et réfugiés d’Orient, d’Afrique, qui nous révèlent les points forts et les points faibles de notre civilisation occidentale …

 

Rassembler les pièces éparses du puzzle

Marie ne comprend pas. Elle n’abandonne pas pour autant. Elle recueille précieusement (she treasured up, traduit joliment l’anglais) toutes les paroles, les gestes, les événements liés à son fils, pour ne pas en perdre une miette. Sur l’instant, comme les 10 000 morceaux du puzzle mis en boîte, cela ne dessine pas grand-chose. Mais plus tard…

C’est ce qu’elle espère, et nous avec elle. D’où l’importance du récit, de la mémoire, pour se dire à soi-même et aux autres. Si Anne Frank et Etty Hillesum n’avaient pas dans leur journal intime patiemment écrit ce qui leur arrivait, elles n’auraient pas pu accoucher de l’immense figure spirituelle que chacune est devenue à travers cela.

Le travail d’engendrement qui nous configure à la Mère de Dieu passe par un travail d’écriture, de parole, de récit, de mémoire…

Il s’agit de ne rien perdre de ce qui nous est donné à travers l’apparente incohérence des événements du moment.

 

Méditer toutes ces choses en son cœur à travers le temps et l’espace

Une fois réunies, les pièces du puzzle commencent à s’assembler, deux par deux, sous-ensemble avec sous-ensemble… Avec les années, si nous gardons comme Marie ce trésor au cœur pour y puiser régulièrement des associations nouvelles, nous pourrons déchiffrer ce qui nous arrive. Il faudra souvent attendre comme elle la fin de l’histoire – la croix, et plus encore la résurrection – pour comprendre enfin, pour avoir enfin une vue d’ensemble du paysage, du tableau, du portrait que les 10 000 pièces du puzzle forment ensemble.

L’unité intérieure d’un être vient de sa capacité à relier constamment son passé et son présent, à y deviner les lignes de force qui s’y dessinent, les grandes tendances où Dieu l’emmène, bref sa vocation la plus personnelle.

Devenir la Mère de Dieu dans Communauté spirituelle gif-puzzle-spectrum-1786418

Marie la première a parcouru ce chemin, en rassemblant et méditant précieusement tout ce qui arrivait à son fils, du début à la fin, et au-delà.

À nous, en cultivant notre étonnement, notre mémoire, notre rumination intérieure quoi qu’il arrive, à nous d’engendrer dans l’Esprit Saint Celui qui désire prendre chair de notre chair.

 

1ère lecture : « Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai » (Nb 6, 22-27)
Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit :« Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras :Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :Que le Seigneur te bénisse et te garde !Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,qu’il te prenne en grâce !Que le Seigneur tourne vers toi son visage,qu’il t’apporte la paix !”Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël,et moi, je les bénirai. »

Psaume : Ps 66 (67), 2-3, 5, 6.8
R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse ! (Ps 66, 2)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce tous ensemble !
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (Ga 4, 4-7)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères,lorsqu’est venue la plénitude des temps,Dieu a envoyé son Fils,né d’une femmeet soumis à la loi de Moïse,afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loiet pour que nous soyons adoptés comme fils.Et voici la preuve que vous êtes des fils :Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs,et cet Esprit crie« Abba ! », c’est-à-dire : Père !Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils,et puisque tu es fils, tu es aussi héritier :c’est l’œuvre de Dieu.

Evangile : « Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né.Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus » (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
À bien des reprises, Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;à la fin, en ces jours où nous sommes,il nous a parlé par son Fils. Alléluia.  (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem,et ils découvrirent Marie et Joseph,avec le nouveau-nécouché dans la mangeoire.Après avoir vu,ils racontèrent ce qui leur avait été annoncéau sujet de cet enfant.Et tous ceux qui entendirent s’étonnaientde ce que leur racontaient les bergers.Marie, cependant, retenait tous ces événementset les méditait dans son cœur.Les bergers repartirent ;ils glorifiaient et louaient Dieupour tout ce qu’ils avaient entendu et vu,selon ce qui leur avait été annoncé.  Quand fut arrivé le huitième jour,celui de la circoncision,l’enfant reçut le nom de Jésus,le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick BRAUD

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26 octobre 2016

La puissance, donc la pitié

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La puissance, donc la pitié

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année C
30/10/2016

Cf. également :

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue


La vraie force n’a pas besoin de s’exercer

Le livre de la Sagesse (11,22 – 12,2) fait un lien explicite entre la toute-puissance de Dieu et sa capacité à prendre en pitié tous les hommes, même les pires : « tu as pitié de tous les hommes, car tu peux tout ».

La puissance, donc la pitié dans Communauté spirituelle la-puissance-et-la-sagesseLe psaume 144 lui fait écho, avec ses stances qui reviennent souvent comme un refrain dans les 150 psaumes : « Dieu de tendresse et Dieu de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, Dieu qui pardonne à ceux qui t’aiment et qui gardent ta parole… ».

Comment ça ? Faire miséricorde aux assassins de Daech ? Avoir pitié des profiteurs de la crise financière ? S’émouvoir du sort des auteurs du génocide rwandais ? Éprouver de la compassion pour ceux qui massacrent des innocents à Alep, Mossoul, Bagdad ou Nairobi ?

Instinctivement, nous sommes très loin de l’attitude divine que les sages contemplent. En fait, plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous pensons : représailles, faire justice, punir et sanctionner. Par contre, plus nous progressons dans la communion avec Dieu, et plus nous pensons comme lui : miséricorde, pitié, seconde chance, conversion.

La liste des dipôles de notre première lecture est explicite :

·         toute-puissance => pitié envers tous
·         amour de ce qui existe => fermer les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent
·         capacité de créer => amour, sans répulsion de quiconque, volonté de faire vivre l’autre quoi qu’il arrive
·         posséder tous les êtres => épargner tous les êtres
·         aimer les vivants => les animer du souffle impérissable.

À la force du poignet, ces attitudes du cœur sont pour nous inatteignables, et souvent non désirables.

Mais dans la force de l’Esprit de Dieu, la répulsion recule, la haine s’estompe, l’envie de supprimer le pécheur se transforme en pédagogie pour qu’il se détourne de son péché.

Facile à dire !’ – objecterez-vous – ‘et bon pour les utopistes’. Pourtant, la vraie facilité de cette miséricorde réside dans le fait qu’elle nous est donnée. Elle ne relève pas de l’effort moral, ni de la volonté d’y arriver, ni d’une prescription juridique. La miséricorde divine devient nôtre lorsque nous participons davantage à la nature divine. Comme une conséquence, un reflet non voulu de l’identification progressive au Tout-Puissant. Sa puissance est celle qui justement n’a pas besoin de s’affirmer par la force.

Seuls les pouvoirs faibles veulent éliminer l’adversaire. Seuls les pouvoirs forts peuvent croire à la conversion des malfaiteurs. Celui qui se sent menacé réagit violemment. Celui dont le pouvoir n’est pas menacé peut accepter que l’autre ait un chemin long et complexe.

 

« Vous n’aurez pas ma haine »

Ce billet d’un père de famille sur Facebook lors des attentats du Bataclan a fait le tour de la toile. Un livre en est sorti. Le point de départ est ce refus bouleversant de se laisser entraîner au mal alors qu’il vient de vous priver d’une femme chérie :

“Vous n’aurez pas ma haine”

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.
Antoine Leiris, 16 novembre 2015

41Dab6544KL._SX313_BO1,204,203,200_ Dieu dans Communauté spirituelleAvoir pitié, même de ses bourreaux, n’est pas une vertu impossible : elle est donnée à celui qui veut l’accueillir, au moment même où la douleur et le sentiment d’injustice pourraient rendre fou, violent, sans pitié envers les agresseurs.

Ce lien entre puissance et miséricorde est constitutif de l’être même de Dieu : sa capacité à créer, son amour du vivant ainsi créé, la démesure de sa puissance qui n’a rien à craindre des coups de griffe des méchants.

Prenez de la hauteur : hors du système solaire, à des milliards d’années-lumière, vu d’une des galaxies qui par myriades peuplent des univers infiniment lointains ou parallèles, que peut bien faire la méchanceté de l’homme à l’immensité du créé ? Le sage écrivait à sa manière : « le monde entier est devant toi comme une goutte de rosée au bord d’un seau » (Sg 11,22). La révélation biblique proclame que cette infinie distance ne se traduit pas en éloignement glacial, mais au contraire en miséricorde inépuisable. Loin de se désintéresser d’une humanité aussi insignifiante, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob est blessé de sa malfaisance, se passionne pour sa conversion, l’anime de son souffle impérissable.

Il n’y a en cela aucune nécessité. Dieu pourrait ne pas créer, ne pas aimer ce qu’il crée, se désintéresser du monde, abandonner l’humanité à ses contradictions. Mais non : gracieusement, sans raison, Dieu se réjouit d’avoir pitié. Dieu s’oblige à faire miséricorde. Et il offre à tout être qui vient à lui d’en faire autant, simplement en se laissant unir à lui.

Voilà de quoi renverser bien des perspectives sur la justice, la sanction, la guerre contre le mal, la lutte contre la violence.

 

Pas de pitié en prison !

Prenez le phénomène de société – hélas ! – que sont les prisons françaises. Depuis des décennies, des rapports de parlementaires dénoncent leur surpopulation (150 % d’occupation en moyenne). De nombreuses condamnations européennes au nom des Droits de l’Homme ont stigmatisé l’effet pervers de cet emprisonnement indigne : la radicalisation, la professionnalisation auprès des grands criminels, la récidive, la réinsertion impossible…

« Des jeunes y entrent, des fauves en sorte » écrivait déjà Guy Gilbert en 1985.

Afficher l'image d'originePourtant, dans l’opinion publique, comme dans la tête de beaucoup de fonctionnaires ou responsables politiques, le rôle premier de la prison serait de punir. « Bien fait pour eux ! De toute façon, il n’y a rien à en attendre ». Le regard fermé à tout avenir que l’institution judiciaire et pénitentiaire porte sur eux pousse bon nombre de prisonniers à se conformer à ce qu’on redoute d’eux. Ils deviennent des fauves, puisque tout leur répète qu’ils le sont. Alors que des témoignages innombrables racontent comment tel détenu en qui quelqu’un a confiance peut véritablement se convertir, être transformé. Faire œuvre de miséricorde en prison, avant et après également, est encore une idée neuve dans notre société soi-disant évoluée.

Remplacez les détenus par des collègues, la maison d’arrêt par l’entreprise, la machine judiciaire par certains types de management et vous aurez une idée assez fidèle de ce que l’absence de miséricorde peut engendrer dans la vie professionnelle… Le contrôle, la surveillance, la punition, l’élimination règnent encore en maître dans l’esprit et le management de bien des chefs d’entreprise, de bien des chefs d’équipe. Pourtant un management de la miséricorde serait bien plus efficace et performant !

« Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36) : Jésus a sans doute médité longuement ces passages du livre de la Sagesse et des Psaumes où Dieu a pitié parce que lui est Tout-Puissant. Revêtons-nous de cette même attitude du cœur, pour n’avoir plus de répulsion envers quiconque, pour ne jamais vouloir la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.

Et si en Dieu la puissance implique la pitié, alors faisons l’hypothèse qu’en l’homme l’inverse est également vrai…

 

 

1ère lecture : « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)
Lecture du livre de la Sagesse

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

Psaume : Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !    (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : « Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

Evangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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