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26 octobre 2016

La puissance, donc la pitié

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La puissance, donc la pitié

Homélie du 31° Dimanche du temps ordinaire / Année C
30/10/2016

Cf. également :

Zachée-culbuto

Zachée : le juste, l’incisé et la figue


La vraie force n’a pas besoin de s’exercer

Le livre de la Sagesse (11,22 – 12,2) fait un lien explicite entre la toute-puissance de Dieu et sa capacité à prendre en pitié tous les hommes, même les pires : « tu as pitié de tous les hommes, car tu peux tout ».

La puissance, donc la pitié dans Communauté spirituelle la-puissance-et-la-sagesseLe psaume 144 lui fait écho, avec ses stances qui reviennent souvent comme un refrain dans les 150 psaumes : « Dieu de tendresse et Dieu de pitié, Dieu plein d’amour et de fidélité, Dieu qui pardonne à ceux qui t’aiment et qui gardent ta parole… ».

Comment ça ? Faire miséricorde aux assassins de Daech ? Avoir pitié des profiteurs de la crise financière ? S’émouvoir du sort des auteurs du génocide rwandais ? Éprouver de la compassion pour ceux qui massacrent des innocents à Alep, Mossoul, Bagdad ou Nairobi ?

Instinctivement, nous sommes très loin de l’attitude divine que les sages contemplent. En fait, plus nous sommes éloignés de Dieu, plus nous pensons : représailles, faire justice, punir et sanctionner. Par contre, plus nous progressons dans la communion avec Dieu, et plus nous pensons comme lui : miséricorde, pitié, seconde chance, conversion.

La liste des dipôles de notre première lecture est explicite :

·         toute-puissance => pitié envers tous
·         amour de ce qui existe => fermer les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent
·         capacité de créer => amour, sans répulsion de quiconque, volonté de faire vivre l’autre quoi qu’il arrive
·         posséder tous les êtres => épargner tous les êtres
·         aimer les vivants => les animer du souffle impérissable.

À la force du poignet, ces attitudes du cœur sont pour nous inatteignables, et souvent non désirables.

Mais dans la force de l’Esprit de Dieu, la répulsion recule, la haine s’estompe, l’envie de supprimer le pécheur se transforme en pédagogie pour qu’il se détourne de son péché.

Facile à dire !’ – objecterez-vous – ‘et bon pour les utopistes’. Pourtant, la vraie facilité de cette miséricorde réside dans le fait qu’elle nous est donnée. Elle ne relève pas de l’effort moral, ni de la volonté d’y arriver, ni d’une prescription juridique. La miséricorde divine devient nôtre lorsque nous participons davantage à la nature divine. Comme une conséquence, un reflet non voulu de l’identification progressive au Tout-Puissant. Sa puissance est celle qui justement n’a pas besoin de s’affirmer par la force.

Seuls les pouvoirs faibles veulent éliminer l’adversaire. Seuls les pouvoirs forts peuvent croire à la conversion des malfaiteurs. Celui qui se sent menacé réagit violemment. Celui dont le pouvoir n’est pas menacé peut accepter que l’autre ait un chemin long et complexe.

 

« Vous n’aurez pas ma haine »

Ce billet d’un père de famille sur Facebook lors des attentats du Bataclan a fait le tour de la toile. Un livre en est sorti. Le point de départ est ce refus bouleversant de se laisser entraîner au mal alors qu’il vient de vous priver d’une femme chérie :

“Vous n’aurez pas ma haine”

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.
Antoine Leiris, 16 novembre 2015

41Dab6544KL._SX313_BO1,204,203,200_ Dieu dans Communauté spirituelleAvoir pitié, même de ses bourreaux, n’est pas une vertu impossible : elle est donnée à celui qui veut l’accueillir, au moment même où la douleur et le sentiment d’injustice pourraient rendre fou, violent, sans pitié envers les agresseurs.

Ce lien entre puissance et miséricorde est constitutif de l’être même de Dieu : sa capacité à créer, son amour du vivant ainsi créé, la démesure de sa puissance qui n’a rien à craindre des coups de griffe des méchants.

Prenez de la hauteur : hors du système solaire, à des milliards d’années-lumière, vu d’une des galaxies qui par myriades peuplent des univers infiniment lointains ou parallèles, que peut bien faire la méchanceté de l’homme à l’immensité du créé ? Le sage écrivait à sa manière : « le monde entier est devant toi comme une goutte de rosée au bord d’un seau » (Sg 11,22). La révélation biblique proclame que cette infinie distance ne se traduit pas en éloignement glacial, mais au contraire en miséricorde inépuisable. Loin de se désintéresser d’une humanité aussi insignifiante, le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob est blessé de sa malfaisance, se passionne pour sa conversion, l’anime de son souffle impérissable.

Il n’y a en cela aucune nécessité. Dieu pourrait ne pas créer, ne pas aimer ce qu’il crée, se désintéresser du monde, abandonner l’humanité à ses contradictions. Mais non : gracieusement, sans raison, Dieu se réjouit d’avoir pitié. Dieu s’oblige à faire miséricorde. Et il offre à tout être qui vient à lui d’en faire autant, simplement en se laissant unir à lui.

Voilà de quoi renverser bien des perspectives sur la justice, la sanction, la guerre contre le mal, la lutte contre la violence.

 

Pas de pitié en prison !

Prenez le phénomène de société – hélas ! – que sont les prisons françaises. Depuis des décennies, des rapports de parlementaires dénoncent leur surpopulation (150 % d’occupation en moyenne). De nombreuses condamnations européennes au nom des Droits de l’Homme ont stigmatisé l’effet pervers de cet emprisonnement indigne : la radicalisation, la professionnalisation auprès des grands criminels, la récidive, la réinsertion impossible…

« Des jeunes y entrent, des fauves en sorte » écrivait déjà Guy Gilbert en 1985.

Afficher l'image d'originePourtant, dans l’opinion publique, comme dans la tête de beaucoup de fonctionnaires ou responsables politiques, le rôle premier de la prison serait de punir. « Bien fait pour eux ! De toute façon, il n’y a rien à en attendre ». Le regard fermé à tout avenir que l’institution judiciaire et pénitentiaire porte sur eux pousse bon nombre de prisonniers à se conformer à ce qu’on redoute d’eux. Ils deviennent des fauves, puisque tout leur répète qu’ils le sont. Alors que des témoignages innombrables racontent comment tel détenu en qui quelqu’un a confiance peut véritablement se convertir, être transformé. Faire œuvre de miséricorde en prison, avant et après également, est encore une idée neuve dans notre société soi-disant évoluée.

Remplacez les détenus par des collègues, la maison d’arrêt par l’entreprise, la machine judiciaire par certains types de management et vous aurez une idée assez fidèle de ce que l’absence de miséricorde peut engendrer dans la vie professionnelle… Le contrôle, la surveillance, la punition, l’élimination règnent encore en maître dans l’esprit et le management de bien des chefs d’entreprise, de bien des chefs d’équipe. Pourtant un management de la miséricorde serait bien plus efficace et performant !

« Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36) : Jésus a sans doute médité longuement ces passages du livre de la Sagesse et des Psaumes où Dieu a pitié parce que lui est Tout-Puissant. Revêtons-nous de cette même attitude du cœur, pour n’avoir plus de répulsion envers quiconque, pour ne jamais vouloir la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.

Et si en Dieu la puissance implique la pitié, alors faisons l’hypothèse qu’en l’homme l’inverse est également vrai…

 

 

1ère lecture : « Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu aimes tout ce qui existe » (Sg 11, 22 – 12, 2)
Lecture du livre de la Sagesse

Seigneur, le monde entier est devant toi comme un rien sur la balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres ; si tu avais haï quoi que ce soit, tu ne l’aurais pas créé. Comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment serait-il resté vivant, si tu ne l’avais pas appelé ? En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur.

Psaume : Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14

R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais !    (Ps 144, 1)

Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Le Seigneur est vrai en tout ce qu’il dit,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Le Seigneur soutient tous ceux qui tombent,
il redresse tous les accablés.

2ème lecture : « Le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui » (2 Th 1, 11 – 2, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, nous prions pour vous à tout moment afin que notre Dieu vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé ; par sa puissance, qu’il vous donne d’accomplir tout le bien que vous désirez, et qu’il rende active votre foi. Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui : si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. »

Evangile : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 1-10)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Alléluia. (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Patrick BRAUD

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13 avril 2016

Secouez la poussière de vos pieds

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Secouez la poussière de vos pieds

Homélie du 4° dimanche de Pâques / Année C
17/04/2016

Cf. également :

L’agneau mystique de Van Eyck
« Passons aux barbares »…
Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse » 

Plusieurs fois dans une vie vous aurez à vous poser la question : dois-je persévérer ou m’en aller ? Est-il meilleur pour moi de rester un peu plus ou de tout quitter dès maintenant ?

Vous vous interrogez peut-être ainsi sur votre travail actuel. Si vous vous levez le matin sans envie ni enthousiasme aucun, si le contenu de votre mission professionnelle semble répétitif et ennuyeux, si les collègues ne parviennent plus à réveiller votre intérêt et le salaire non plus… Faut-il chercher un autre poste ? Est-il temps de partir ailleurs ? Ou est-ce le signe qu’une renégociation du poste et de ses conditions d’exercice est devenue nécessaire ?

Le couple connaît de pareilles hésitations. Devant les malentendus à répétition, l’usure du temps, les déceptions accumulées, faut-il rester ou partir ?

Il est souvent dangereux de répondre trop rapidement à ces interrogations de fond qui engagent toute une existence. Il serait tout aussi malsain de fuir la question, de l’enfouir en espérant qu’elle passe avec le temps, sans rien faire.

La première lecture du temps pascal nous fait parcourir les Actes des Apôtres pendant six dimanches. Et aujourd’hui particulièrement Paul et Barnabé sont confrontés à ce dilemme à Antioche de Pisidie. Visiblement une grande partie de la ville s’intéresse à leur prédication, puisque la synagogue est noire de monde le vendredi soir pour les entendre. Mais les notables juifs résistent. Et le texte rajoute même, avec saveur, qu’ils réussissent à se rallier l’opinion des femmes ‘qui comptent’ en ville. Devant une telle opposition faut-il s’arc-bouter, persister ? Ou bien abandonner en remettant à plus tard ?

Paul et Barnabé se souviennent alors du conseil que Jésus avait donné aux Douze et aux 72 lorsqu’il les avait envoyés en mission :
« Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux » (Lc 9,5).
C’est littéralement ce qu’ils font, et du coup cela les libère pour que la Parole continue sa course avec eux, ailleurs.

Jésus n’a pas dit : « Arrêtez-vous là, lamentez-vous et plaignez-vous en vous disant que vous êtes bien seul au monde ». Il a dit : « Secouez la poussière de vos sandales », c’est-à-dire : « arrêtez de ruminer quotidiennement cet échec, laissez tomber et avancez vers votre but ! Tournez-vous vers d’autres horizons ».

Quel est le sens de ce geste ? Que veut dire secouer la poussière de ses pieds encore aujourd’hui (au travail, dans son couple, dans une communauté etc.) ?

 

La poussière

Le geste est assez théâtral, puisqu’il faut se déchausser, taper les deux sandales l’une contre l’autre pour qu‘aucune poussière n’y adhère plus, tout en prononçant les paroles de séparation.

Afficher l'image d'origineD’habitude dans la Bible la poussière évoque plutôt la Création, avec Adam. « Tout s’en va vers un même lieu : tout vient de la poussière, tout s’en retourne à la poussière » (Qo 3,20) « L’homme s’en va vers sa maison d’éternité et les pleureurs tournent déjà dans la rue. Avant que lâche le fil d’argent, que la coupe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits et que la poussière retourne à la terre comme elle en est venue, et le souffle à Dieu qui l’a donné » (Qo 14,7). La poussière est le rappel de notre finitude, le symbole d’une existence courte et fragile. Secouer la poussière de ses pieds, c’est rappeler à l’autre qu’il n’est lui-même que poussière, et que son opposition est aussi stérile, aussi éphémère qu’un nuage de poussière dans l’air. S’il réfléchissait à sa condition de mortel, il ne s’entêterait pas dans son refus d’accueillir la Parole.

 

D’ailleurs l’autre usage biblique de la poussière est pénitentiel.

Parce que David réalise que c’est lui le pécheur qui a tué son rival, prit sa femme avec qui il avait commis l’adultère, il prend un sac de cendres et se le répand sur la tête en signe de contrition. Tous les pénitents de l’Ancien Testament se déchiraient les vêtements et se couvraient la tête de poussière, reconnaissant ainsi leur néant. On peut penser que, les sandales claquant, un tel nuage de poussière tombe sur la tête des opposants, les invitant à changer de comportement : « Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre » (Job 42,6).

 

Secouer la poussière de ses pieds

Le geste évoqué en Actes 13 a en fait été inventé par le Christ : on n’en trouve pas la trace telle quelle dans l’Ancien Testament. Le seul passage qui ressemble un peu est dans Isaïe 52,22 : « secoue ta poussière, lève-toi Jérusalem captive ! » Secouer sa poussière est alors le signe d’une rébellion salutaire, d’une révolte face à l’esclavage pour retrouver la liberté. C’est le refus de ce monde tel qu’il est, injuste, pour l’appeler à se transformer en se transformant vers une autre justice.

Afficher l'image d'origine 

Un contexte d’urgence

Quand Jésus donne ce conseil à ses disciples, c’est dans le contexte de l’envoi en mission : parcourir les villes et villages Israël, sans traîner, pour annoncer la Bonne Nouvelle au maximum de monde et revenir ensuite raconter ce qui s’est passé.

Il y a comme une urgence apostolique qui oblige.

Autre est Charles de Foucauld qui choisit de s’enfoncer à l’Assekrem au milieu de l’umma musulmane, sachant qu’il ne pourra jamais baptiser ni prêcher explicitement l’Évangile, autre est le cardinal Lavigerie, fondateur des Pères Blancs. Parce qu’il constate que l’Algérie musulmane résiste et se rend imperméable à la liberté religieuse, il choisit d’aller plus loin, vers l’Afrique Noire, où tant d’ethnies sont en attente de l’Évangile dont elles avaient comme une première annonce dans leurs  traditions orales.

Avez-vous plutôt une vocation de petit frère de Jésus ou de Père Blanc lorsque vous vous posez la question de rester ou de partir ? Les deux sont légitimes…

Le contemplatif sait qu’il faut des années avant de porter des fruits, et qu’un jour viendra… L’apôtre est pressé par l’urgence de la soif qu’expriment d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres lieux.

 

Une séparation qui libère

On juge l’arbre à ses fruits. Notre texte d’Actes 13 dit que « les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint » suite à la décision de Paul et Barnabé.

Afficher l'image d'origineSi votre acte de rupture est authentique, il vous procurera cette paix et cette joie, constatant après-coup tout ce que ce départ a pu créer de nouveau. La Parole de Dieu ne s’est pas arrêtée à Antioche, elle est allée avec Paul jusqu’à Rome, préfigurant le grand passage de l’Orient à l’Occident qui allait se réaliser ensuite.

 

Il y a des situations qui deviennent épuisantes lorsqu’elles durent trop. Un travail vide de sens, un couple qui n’est plus basé sur grand-chose, une Église ou une communauté qui se replie au lieu de respirer au large… Secouer la poussière de ses pieds est alors profondément libérateur (même si cela ne se fait pas sans douleur). Car la vie est courte. L’urgence est toujours là de ne pas gaspiller les quelques bribes de temps qui nous sont imparties.

Les ordres mendiants avaient bien compris que la liberté naît du détachement, et donc de cette itinérance franciscaine où l’on vit intensément chaque rencontre sans chercher à s’établir. Les bénédictins font voeu de stabilité et donc de rester toute leur vie dans le même monastère. Les ordres prêcheurs eux sont sans cesse envoyés ailleurs, car sinon la Parole s’enlise, car sinon d’autres ont soif alors que certains sont repus. Ne pas s’alourdir en cours de route demande de secouer la poussière de ses sandales régulièrement…

 

Prendre acte du refus de l’autre

Secouer la poussière de ses pieds, c’est également laisser à l’autre la responsabilité de sa liberté. Il est libre de refuser l’Évangile. « Celui qui est rassasié foule aux pieds le rayon de miel, mais celui qui a faim trouve doux tout ce qui est amer » (Proverbes 27,7).

Lui redonner la poussière qui provient de chez lui exprime la volonté de ne pas être complice de son idolâtrie, de ne pas adhérer à ses faux dieux : « je ne veux rien emporter des modes de vie que tu tiens pourtant à conserver ». Le geste est dur, car il semble figer pour longtemps un conflit entre celui qui reçoit la poussière et celui qui enlève ses sandales. C’est le constat réaliste d’un conflit insurmontable qui pour le moment ne peut pas être résolu. Comme l’urgence presse, l’apôtre s’en va ailleurs. Mais il ne s’interdit pas de revenir, lorsque les temps auront changé et l’état d’esprit de son opposant avec. D’ailleurs, souvenons-nous qu’Antioche est devenue l’un des cinq patriarcats des premiers siècles (avec Jérusalem, Constantinople, Alexandrie et Rome). C’est donc que l’annonce de Paul et Barnabé a fini par faire jaillir une Église là où il n’y avait au départ qu’une forte hostilité. Le départ de Paul et Barnabé aura peut-être paradoxalement permis cette floraison tardive.

 

Alors : rester ou partir ?

Accepter l’adversité patiemment en résistant (avec résilience, dirait-on aujourd’hui) ou partir en secouant le poussière de ses pieds ?

Il s’agit là d’un vrai discernement spirituel, qui demande du temps, de la prière, de l’accompagnement.

Changer de travail, déménager, quitter son conjoint, répondre à d’autres appels… : ces décisions sont lourdes de sens.

Penser à la poussière et aux sandales nous aidera peut-être à prendre courageusement les décisions nécessaires !

 

1ère lecture : « Nous nous tournons vers les nations païennes » (Ac 13, 14.43-52)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Paul et Barnabé poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Une fois l’assemblée dispersée, beaucoup de Juifs et de convertis qui adorent le Dieu unique les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région. Mais les Juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu, et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

Psaume : Ps 99 (100), 1-2, 3, 5

R/ Nous sommes son peuple, son troupeau.
ou : Alléluia. (cf. Ps 99, 3c)

Acclamez le Seigneur, terre entière,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie !

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu :
il nous a faits, et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau.

Oui, le Seigneur est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge.

2ème lecture : « L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Ap 7, 9.14b-17)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. L’un des Anciens me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Evangile : « À mes brebis, je donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Je suis, le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.
Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »
Patrick BRAUD

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30 mars 2016

Le Passe-murailles de Pâques

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Le Passe-murailles de Pâques  

Homélie du 2° dimanche de Pâques / Année C 03/04/2016

Cf. également :

Le maillon faible

Que serions-nous sans nos blessures ?

Croire sans voir

Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public

Riches en miséricorde ?

 

Le Ressuscité, anti Garou-Garou

Afficher l'image d'origineVous souvenez-vous du Passe-murailles, ce héros fantastique du roman de Marcel Aymé ? C’est « un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire, et il était employé de troisième classe au ministère de l’Enregistrement. » Il profite de ce don insoupçonnable pour se venger de son chef honni, pour dérober de l’argent dans les banques (en signant ses forfaits « Garou-Garou »), et autres aventures incroyables.

Dans notre évangile de Jn 20,19-23, le ressuscité se joue des portes fermées et, tel un Passe-murailles, se manifeste au milieu de ses disciples alors que la peur les tenait repliés sur eux-mêmes. C’est le Passe-murailles à l’envers de Marcel Aymé en quelque sorte, puisqu’il se sert de ce don de Dieu non pour son intérêt, mais communiquer la vie et l’espérance.

Bien des commentaires savants, gêné par cette performance, essaient d’en minimiser la portée en réduisant cet épisode à la conscience que les disciples auraient eue de Jésus vivant dans leur prière. Mais le texte est clair : Jésus vient « alors que les portes étaient verrouillées ».

Qu’est-ce qui est le plus difficile, le plus incroyable : être ressuscité d’entre les morts ou franchir les portes fermées du cénacle ?

Jésus ressuscité a une nouvelle façon d’être au monde, ce que Paul appelle un « corps spirituel » faute d’avoir des mots pour décrire ce qui échappe à notre expérience ordinaire. Cette nouvelle relation au monde matériel s’affranchit des contraintes habituelles de l’espace-temps. Comment des portes fermées pouvaient-elles arrêter celui pour qui le rideau du temple se déchirait ? Car depuis ce déchirement du vendredi saint, les séparations entre Dieu et l’homme ne tiennent plus. En présence du Christ victorieux de la mort, cloisons humaines, barrières matérielles et morales, ethniques ou économiques sont inopérantes, et là n’est pas la moindre des bonnes nouvelles de Pâques !

 

Les murailles de la peur de l’autre

Faites la liste des portes fermées, des murailles érigées par les hommes encore aujourd’hui : le rideau de barbelés entre les USA et le Mexique, le mur de béton entre Israéliens et Palestiniens de Jérusalem, et maintenant à nouveau des kilomètres de surveillance politique policière et de fil de fer dans les pays d’Europe de l’Est pour éviter les flux massifs de réfugiés et de migrants venus de Libye, de Syrie, d’Irak, d’Iran, d’Afghanistan…

Fêter le Passe-murailles de Pâques oblige les chrétiens à ne pas sanctuariser cette peur de l’autre, à percer des passages dans ces frontières hostiles pour qu’elles ne soient plus étanches…

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Les murailles du communautarisme

Afficher l'image d'origineÀ l’intérieur de nos villes - et pas seulement Bruxelles comme les récents attentats viennent de le démontrer hélas - il y a des murs érigés par les communautés, volontairement ou non, entre elles. Allez donc demander une bière avec votre burger dans un kebab halal de certains quartiers ! Vous expérimenterez rapidement que vous ne faites pas partie de la communauté se rassemblant ici. La cuisine dressera une barrière entre vous et « eux » plus sûrement qu’une muraille entre américains et mexicains. C’est vrai également de la langue, des habits, des moeurs imposées par tel ou tel ‘grand frère’ etc. Le repli sur son identité religieuse ou ethnique a de multiples causes, de multiples justifications, de multiples conséquences. Mais il engendre toujours la peur : la peur qu’on cherche à inspirer à l’autre pour qu’il se conforme aux habitudes de la communauté, ou la peur de l’autre qui pousse à s’enfermer sur soi comme les disciples le soir de Pâques, « par crainte des juifs ».

Combattre ces particularismes exclusifs fait partie intégrante de la fête de Pâques : pendant les 40 jours jusqu’à l’Ascension, le Christ ressuscité au milieu des siens fait éclater les appartenances, les cloisons, les frontières. L’abolition de tous les interdits alimentaires en sera une conséquence spectaculaire.

 

Le Passe-murailles de Jéricho

Afficher l'image d'origineUn autre Jésus avait déjà inauguré cet exploit sans frontières : Josué, dont le nom est le même que Jésus (Dieu sauve). Pour faire entrer le peuple en Terre promise, il fallait passer par Jéricho. Hostile et bien défendue derrière ses remparts, la ville de Jéricho défiait les hébreux et les empêchait de monter à Jérusalem. José a trouvé en Rahab, prostituée bien connue en ville, une alliée imprévue. Accueillant et cachant sur sa terrasse deux envoyés de Josué, elle leur sauve la vie et leur permet de retourner vers les hébreux sains et saufs, avec tous les renseignements sur la ville. Lorsque les murailles de Jéricho s’effondreront au son de la trompette lors de la septième procession avec l’arche d’alliance autour des remparts, le fil écarlate accroché à la fenêtre de Raab la sauvera, avec sa famille, du massacre général (Jos 2-3).

Comment ne pas y voir en filigrane l’annonce de la Pâque du Christ ? Jésus franchit la mort comme Josué le Jourdain ; il passe les portes fermées du cénacle comme Josué les murailles fortifiées de Jéricho. Il s’appuie sur Marie-Madeleine pour annoncer aux apôtres que le passage est ouvert comme José sait s’appuyer sur Rahab pour faire chuter les murailles de Jéricho. Et le fil écarlate sauvant la prostituée Rahab préfigure le sang du Christ sauvant la prostituée Église à chaque fois qu’elle y communie comme Rahab l’accrochant à sa fenêtre…

Être un Passe-murailles pascal suppose donc de se faire des alliés de ceux qui comme Rahab sont enfermés dans la domination des puissants, exploités dans l’injustice ou la misère, méprisés par ceux qui l’humilient (le prénom Rahab signifie d’ailleurs en hébreu : la déchue cf. Is 30,7). Impossible de faire tomber les barrières qui séparent les hommes sans s’appuyer sur les déchus de nos cités, les exclus de nos frontières si sélectives, les Rahab et Marie de Magdala contemporaines.

 

Quelles sont les murailles qui vous entourent ?

Afficher l'image d'origineAu travail, cela va des niveaux hiérarchiques (engendrant domination et séparation) à l’iniquité des salaires (discriminant par le niveau de vie, les loisirs, l’habitat… correspondants) ou aux missions professionnelles (certaines étant considérées comme nobles, d’autres comme inférieures etc.).

Dans nos quartiers, cela va de l’ignorance des voisins au regroupement entre soi, ou même à la haine de l’autre.

Dans une paroisse, cela va de la bonne conscience du pratiquant au dénigrement de ceux qui ne le sont pas etc.

Les plus grands saints, tel François d’Assise, furent des Passe-Murailles de leur époque. Ainsi François a-t-il traversé les barrières sociales entre bourgeois marchands, seigneurs et petit peuple du XIII° sicèle grâce à la fraternité franciscaine. Il a contesté l’inégalité engendrée par l’argent en revenant à la pauvreté évangélique de son ordre mendiant. Il a refusé que ces murailles s’installent au cœur de l’Église en restant obstinément diacre, alors que prêtre aurait été une promotion sociale. Il a profité de l’Europe marchande de son père pour que ses frères sillonnent toute la chrétienté sans frontières et propagent la réforme franciscaine d’une Église simple, proche et pauvre.… Et, plus récemment, le Pape François a défié les barbelés séparant USA et Mexique en s’adressant à la foule mexicaine par-dessus la muraille.

 

Que le Passe-murailles de Pâques nous aide, à l’inverse de celui de Marcel Aymé, à user de la liberté du Ressuscité pour nous mettre au service des proches, en les libérant de toute peur qui les aliénerait, portes fermées

 

 

1ère lecture : « Des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachèrent au Seigneur » (Ac 5, 12-16) Lecture du livre des Actes des Apôtres

À Jérusalem, par les mains des Apôtres, beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple. Tous les croyants, d’un même cœur, se tenaient sous le portique de Salomon. Personne d’autre n’osait se joindre à eux ; cependant tout le peuple faisait leur éloge ; de plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. On allait jusqu’à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des civières et des brancards : ainsi, au passage de Pierre, son ombre couvrirait l’un ou l’autre. La foule accourait aussi des villes voisines de Jérusalem, en amenant des gens malades ou tourmentés par des esprits impurs. Et tous étaient guéris.

Psaume : Ps 117 (118), 2-4, 22-24, 25-27a

R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !Éternel est son amour !ou : Alléluia ! (117, 1)

Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour ! Oui, que le dise la maison d’Aaron : Éternel est son amour ! Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : Éternel est son amour !

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons ! Dieu, le Seigneur, nous illumine.

2ème lecture : « J’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles » (Ap 1, 9-11a.12-13.17-19) Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

 Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvai dans l’île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus saisi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte, pareille au son d’une trompette. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. »

 Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M’étant retourné, j’ai vu sept chandeliers d’or, et au milieu des chandeliers un être qui semblait un Fils d’homme, revêtu d’une longue tunique, une ceinture d’or à hauteur de poitrine. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, ce qui va ensuite advenir. »

Evangile : « Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Thomas parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Alléluia. (Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »  Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »  Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »  Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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22 mars 2016

Vendredi Saint : paroles de crucifié

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Vendredi Saint : paroles de crucifié

Cf. également :

Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ

Vendredi Saint : les morts oubliés

Vendredi Saint : la déréliction de Marie


Homélie du Vendredi Saint / Année C
25/03/2016

 

Charles Gounod, César Franck, Joseph Haydn, Bernard Salles : tous ces compositeurs, et bien d’autres encore, ont été inspirés par les 4 récits de la Passion du Christ. Les 7 paroles du Christ en croix connaissent beaucoup de transcriptions instrumentales ou chorales.

Non, quand nous souffrons, nous nous murons souvent dans le silence. Nous avons du mal à parler. Ou bien la douleur est si lancinante qu’elle nous domine et nous réduit à n’être plus qu’un râle sans fin.

Les évangélistes nous ont transmis 7 paroles du Christ sur la croix :

  1. Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34)
  2. En vérité, je te le dis : aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis (Lc 23,43)
  3. Femme, voici ton fils. Et à Jean : Voici ta mère (Jean 19, 26-27)
  4. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mc 15,34 et Mt 27,46) crié « à voix forte » en araméen Eloï, Eloï, lama sabbaqthani ? 
  5. J’ai soif (Jn 19,28)
  6. Tout est achevé (Jn 19,30)
  7. Jésus poussa un grand cri : Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46).

À ces 7 paroles, il faut ajouter le grand cri final, terrifiant, que Jésus pousse en Mc 15,37.

Puisque c’est la Passion selon Jean que nous lisons en ce vendredi saint, attardons-nous un instant sur les quatre paroles johanniques. À la différence des trois autres évangiles (les synoptiques), celui de Jean nous dépeint un Jésus maître de lui, presque serein. Dominant la douleur au point de penser aux autres, à sa mission, avant de « remettre l’Esprit » (19,30).

 

« Femme voici ton fils ».

« Voici ta mère ».

Redisons-le : lorsque nous sommes à l’agonie (sauf sédation), la souffrance nous centre sur nous-mêmes au point le plus souvent de ne pouvoir être autre chose qu’une plainte vrillée dans notre chair. Ici, le Christ se décentre de lui-même et pense à sa mère, au seul ami qui ne l’a pas abandonné comme les autres. Et, avant que la mort ne dissolve tous ces liens, il va les transformer pour que les vivants puissent continuer sans lui. Il arrache Marie à sa maternité physique pour lui donner une autre maternité, dont les catholiques et les orthodoxes pensent qu’elle continue toujours à s’exercer vis-à-vis de l’Église que Jean préfigurait.

J’ai connu un homme qui était atteint d’un cancer généralisé des os. Il y a 40 ans, on ne soignait pas la phase terminale comme maintenant. Sur son lit de mort, avant de partir, malgré son calvaire il s’était tourné vers sa femme en lui demandant de lui promettre de se remarier après sa mort. L’ayant entendu dire oui à travers ses larmes, il était alors parti, apaisé de savoir celle qu’il aimait libre pour continuer sa route.

Et nous, comment rendons-nous libres ceux que nous aimons pour qu’ils continuent leur route sans nous ?

Jésus lui aussi prend soin des siens avant de mourir, mais à quel prix ! Car ce faisant, il dit à Marie qu’elle n’est plus sa mère, mais celle de Jean. Abandonné des hommes, apparemment abandonné de Dieu, Jésus associe Marie à sa déréliction et lui demande de parcourir le même chemin que lui : être dépouillé de tout. Son fils la confie à un autre en lui disant que c’est bien Jean son enfant désormais.

Le grand théologien Urs von Balthasar a écrit là-dessus des lignes inoubliables :

« De même que le Fils est abandonné par le Père, il abandonne aussi sa mère, afin que tous deux soient unis dans un commun abandon.
Par là seulement Marie est intérieurement prête à assumer la maternité ecclésiale envers tous les nouveaux frères et soeurs de Jésus. »  1

Au pied de la croix, ce Vendredi-là, Marie a été conduite à partager la propre déréliction 2 de Jésus. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46) se répercute et se transmet dans le « Femme, voici ton fils ».

Jésus entraîne sa mère à partager l’abandon qui le disloque lui-même.
La déréliction du fils devient celle de Marie, mère de Jean.

 

 

J’ai soif

Demande si fréquente. Tous ceux qui ont accompagné des mourants, des malades en phase terminale ont entendu cette demande. Les lèvres sèches, le corps tétanisé, celui qui souffre ressent la soif comme un besoin absolu qui éclipse tous les autres. Jésus, exposé au soleil de Palestine de l’après-midi (30° à 35°), après avoir été battu, fouetté, et porté la poutre de bois si lourde, Jésus a soif. Affaibli, il est réduit à quémander un peu d’eau. Lui, la « source d’eau vive », il accepte cette curieuse éponge imbibée de vinaigre dont on humecte ses lèvres par humanité.

Dieu sur la croix a besoin de l’homme pour étancher sa soif…

Les significations théologiques de ce « j’ai soif » sont très belles :

- l’hysope dont on se sert pour donner à boire à Jésus est une plante rituelle, aux feuilles chevelues, utilisée pour les aspersions rituelles (Lv 14,4 ; Ps 50,9). C’est donc un symbolisme liturgique, et même pascal, que Jean met en scène pour déchiffrer dans l’agonie du crucifié le vrai passage, la Pâque ultime de notre nature humaine.

- Jésus cite le psaume 69,22 : « ils m’ont donné du poison à manger, et pour boire, du vinaigre lorsque j’avais soif »Les psaumes mentionnent souvent la soif comme la caractéristique essentielle du croyant (Ps 69,22; 22,16). « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant : quand le verrai-je face à face ? » (Ps 42,3)
« Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau. » (Ps 62,2)

C’est de cette soif dont Jésus brûle sur la croix : voir son Père face à face…

À la différence des sagesses orientales qui ont fait de l’extinction de tout désir la source de la libération de la douleur, le Christ habite intensément la douleur de vivre en ayant soif jusqu’au bout d’être en communion avec son Père.

Et nous, quelles sont nos soifs si inextinguibles qu’elles nous habiteront jusqu’à notre dernier souffle ?

 

Tout est accompli

Juste avant d’expirer, Jésus relit sa mission, ces trois années passées en Palestine et à Jérusalem, ces 30 années à Nazareth et Capharnaüm, dans un éclair : oui tout cela avait un sens, oui une cohérence très forte se dessine à travers tout cela. Même cette mort infâme sur le bois de la croix vient finalement révéler et parachever le sens ultime de ces années : accomplir. « Je suis venu à accomplir, non pas abolir » (Mt 5,17), avait dit Jésus.

C’est d’abord l’accomplissement de l’Écriture qui est visé, comme Jean vient de le rappeler une fois encore juste avant, en 19,28 pour la parole sur la soif.

Accomplir l’Écriture, c’est ouvrir à toutes les nations l’Alliance avec Dieu dont Israël est le témoin depuis Abraham.

Accomplir l’Écriture, c’est aller chercher aux enfers ceux qui sont perdus pour les ramener dans l’amitié avec Dieu.

Accomplir l’Écriture, c’est vaincre la mort pour que chaque être humain soit rendu participant de la nature divine…

Mais Jésus n’a pas dit : « l’Écriture est accomplie ». Il est allé encore plus loin : « tout est accompli ».

Tout : même ce qui n’est pas humain, même le cosmos, la création tout entière est concernée par la vie nouvelle offerte en Christ.

Tout : nos erreurs, nos élans, nos réussites, nos passions, nos doutes, nos questions, notre passé, nos amours… Tout cela est accompli en Christ au sens où tout cela prend place dans le monde nouveau qu’inaugure la résurrection de Jésus.

Puisque tout est accompli, il n’y a rien ni personne à renier, et rien ne peut nous faire désespérer de l’amour qui vient à notre rencontre.

En remettant l’Esprit (19,30) le Fils offre à toutes choses, à tout être, d’être en communion avec l’amour infini du Père.

Contre cette communion offerte, la mort ne pourra rien, sinon nous introduire dans la plénitude trinitaire…

 

Et nous, quelle est notre passion d’accomplir, de porter chaque être et chaque chose à sa plénitude ?

 

Prenons le temps de méditer ces 4 paroles du crucifié dans l’évangile de Jean.

En silence, ou portés par la musique, laissons-les nous travailler, nous transformer, nous renouveler, nous conformer au Christ sur le bois de la croix, pour ressusciter avec lui au matin de Pâques.

 

Célébration de la Passion du Seigneur
1ère lecture : « C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »(Is 52, 13 – 53, 12)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.

Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume : 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

2ème lecture : Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.  Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

Acclamation :

Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant,
jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. 
(cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis.Si c’est bien moi que vous cherchez,ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau.La coupe que m’a donnée le Père,vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »  Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement.J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple,là où tous les Juifs se réunissent,et je n’ai jamais parlé en cachette.Pourquoi m’interroges-tu?Ce que je leur ai dit, demande-leà ceux qui m’ont entendu.Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé,montre ce que j’ai dit de mal.Mais si j’ai bien parlé,pourquoi me frappes-tu? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.  Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.  Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même,Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ;si ma royauté était de ce monde,j’aurais des gardes qui se seraient battuspour que je ne sois pas livré aux Juifs.En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-mêmequi dis que je suis roi.Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :rendre témoignage à la vérité.Quiconque appartient à la véritéécoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit.  Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient.  Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moisi tu ne l’avais reçu d’en haut ;c’est pourquoi celui qui m’a livré à toiporte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.  Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »  L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ;ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.  Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.  (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)  Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.  Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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