L'homélie du dimanche (prochain)

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17 avril 2022

Croire sans voir : la pédagogie de l’inconditionnel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Croire sans voir : la pédagogie de l’inconditionnel

Homélie du 2° Dimanche de Pâques / Année C
24/04/2022

Cf. également :

Quand vaincre c’est croire
Thomas, Didyme, abîme…
Quel sera votre le livre des signes ?
Lier Pâques et paix
Deux utopies communautaires chrétiennes
Le Passe-murailles de Pâques
Le maillon faible
Que serions-nous sans nos blessures ?
Croire sans voir
Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public
Trois raisons de fêter Pâques
Riches en miséricorde ?

C’est dangereux de croire ce que l’on voit

« Moi je ne suis comme saint Thomas : je ne crois que ce que je vois ! » En référence à l’Évangile de ce dimanche (Jn 20,19-31), cette réponse sceptique est devenue proverbiale. Pourtant, il y a longtemps que les philosophes, scientifiques et mêmes journalistes nous avertissent : nos sens nous mentent souvent ! Notre cerveau construit une perception de la réalité qui souvent n’est pas la réalité.
Ainsi Descartes avec son doute méthodique met en évidence que ce que nous voyons peut être une illusion de la folie, ou un rêve, ou une construction de l’esprit etc. Descartes reprend trois arguments justifiant le doute : la faillibilité des sens, qui peuvent tromper le sujet (par exemple, l’image du bâton brisé dans l’eau) ; le risque de la folie ; et la confusion avec le rêve, qui dissipe la frontière avec l’éveil et remet ainsi en cause la réalité du corps.
Fake news

Autrefois, les Soviétiques truquaient les photos officielles, bien avant Photoshop ! Maintenant, ce sont les journalistes qui sont obligés de traquer inlassablement les fake news, pendant la crise du Covid, et pendant la guerre d’Ukraine notamment. Les complotistes antivax inondaient la toile de fausses statistiques, de faux documents dûment estampillés et apparemment officiels, de fausses vidéos datant d’avant la crise ou parlant d’autre chose en fait etc. La guerre d’Ukraine a ressuscité la bonne vieille propagande militaire du XX° siècle, dans les deux camps. La désinformation atteint des sommets ! Les ukrainiens parlaient par exemple de la résistance héroïque de treize soldats gardant « l’Île aux serpents » et tués par la marine russe. En réalité, ils se sont rendus sans résister et la marine ukrainienne a publié un rectificatif après les vidéos ‘héroïques’ qui avaient circulé auparavant. Ils ont également inventé un pilote-fantôme qui aurait abattu des dizaines d’avions russes. Mais c’était des images d’un jeu vidéo hyperréaliste… Dans l’autre camp, les Russes diffusaient de soi-disant vidéos de massacres de russophones, et répandaient la (fausse) rumeur que les soldats ukrainiens retenaient les civils en otages dans les villes assiégées ou se ralliaient à la cause russe avec enthousiasme ; ils déniaient le bombardement du théâtre et de la maternité de Marioupol tuant des femmes enceintes etc. Ils sont même allés jusqu’à essayer de faire passer le torpillage de leur vaisseau amiral par les ukrainiens en Mer noire pour un « accident » qui aurait déclenché un incendie, l’explosion des munitions, et le naufrage du bateau à cause de la mer agitée… L’extrême droite française a diffusé des images de Zelensky mitraillettes au poing tirant sur des députés russophones. Mais c’était un extrait de la série télévisée qui l’a rendu célèbre avant d’être élu, où il joue le rôle d’un professeur d’histoire devenu président et luttant contre la corruption de tous les députés ukrainiens : la scène complète le montre en train de rêver à ce mitraillage, tellement le combat contre la corruption et difficile…

Plus que jamais info et intox sont difficiles à démêler. Plus que jamais les réseaux sociaux répandent fake news et propagande. Plus que jamais, ces images, ces documents, ces paroles et vidéos sont faciles à manipuler, et c’est un défi éducatif énorme que d’apprendre aux jeunes générations à ne surtout pas croire tout ce qu’elles voient sur leurs écrans ! Avec la réalité virtuelle des Métavers qu’annonce Facebook & consorts, cela ne va pas s’arranger…

Les scientifiques nous alertent également depuis longtemps. On connaît depuis l’Antiquité les illusions d’optique qui nous font voir ce qui n’existe pas : images ambiguës (canard ou lapin ?) / illusions géométriques (ex : illusion de Müller-Lyer) / illusion de Ponzo générée par le cerveau (lignes de fuite) / fausse spirale de Fraser / la grille de Herman / l’échiquier d’Adelson / le motif de Kanizsa / la technique du clair-obscur / l’illusion de mouvement etc. [1]. Il nous arrive de ne pas trouver quelque chose qui se trouve pourtant juste sous notre nez, comme nos lunettes. Tant que nous ne regardons pas vraiment avec attention, cette chose n’existe pas en tant que telle pour l’esprit ; il ne peut donc pas la « piocher ». C’est sur cette propension que repose le célèbre jeu pour enfants ‘Où est Charlie’ ?

Et que dire de la mécanique quantique pour qui les particules du réel ne peuvent être approchées que sous le mode probabiliste ! L’exemple du boson de Higgs est instructif. La théorie quantique prévoyait l’existence de cette particule, mais personne ne l’avait jamais observée en laboratoire. Il a fallu l’accélérateur du CERN de Genève pour enfin mettre en évidence que ce boson existait alors que personne ne l’avait jamais vu ! Ce qui est vrai dans l’infiniment petit l’est aussi dans l’infiniment grand : tant de planètes et de galaxies ont été découvertes grâce au télescope Hubble et autre expériences qu’on se dit que le ciel de nos anciens avait de sacrés trous dans la raquette (ce qui au passage ruine la crédibilité scientifique des soi-disant prédictions astrologiques) !

Bref, ne faire confiance qu’à ce qu’on voit n’est pas rationnel, et peut même devenir dangereux en nous rendant vulnérables à toutes les manipulations !
C’est pourquoi les juifs demandaient au minimum 2 témoins pour déposer devant un tribunal. Les militaires aujourd’hui encore ne valident une information que si elle est recoupée par au moins 3 sources différentes et indépendantes. Et les chrétiens ont retenu 4 Évangiles pour éclairer la vie de Jésus de 4 projecteurs différents.

Méfions-nous donc de ce qui nous paraît évident et « tomber sous le sens »…

 

Toute foi aura sa nuit

Croire sans voir : la pédagogie de l'inconditionnel dans Communauté spirituelle La-nuit-de-la-foi-e1554295130435Notre Thomas de Pâques a toute sa place dans ce constat que voir et croire ne sont pas identiques. Il nous avertit que tôt ou tard celui qui suit le Christ sera confronté à l’absence, au manque de signes, voire à des signes contraires. La tradition mystique appelle nuit de la foi cette expérience terrible où nous ne voyons plus rien de la réalité pascale. Ils sont nombreux à en avoir parlé : Benoît, Ignace, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Maître Eckhart, Ruysbroek, les béguines, Mère Teresa… Cela peut se traduire par un sentiment d’absence de Dieu, par l’absence de sensibilité de Dieu dans la prière. Saint François de Sales raconte qu’au cours d’une période de « nuit » il a eu la tentation du suicide !

Mère Teresa en témoignait : « C’est seulement la foi aveugle qui me transporte, parce que, en vérité, tout est obscurité pour moi ». Souvenez-vous de la stupeur du monde apprenant, en 2007, le « tunnel » dans lequel la sainte de Calcutta a passé les cinquante dernières années de sa vie. « Où est ma foi ? » interrogeait-elle dans une lettre à son confesseur, le 3 juillet 1959. « Tant de questions sans réponse vivent en moi. (…) On me dit que Dieu m’aime et pourtant l’obscurité, la froideur et le vide sont une réalité si grande que rien ne touche mon âme ».

Jean de la Croix (XVI° siècle) parle de la nuit des sens et de la nuit de l’esprit. Cette dernière peut frôler la dépression, le sentiment d’inutilité, le désespoir. Le poème « La nuit obscure » en condense l’expérience spirituelle, au travers de la figure de la bien-aimée (l’âme humaine) qui cherche son bien-aimé (le Christ) dans la nuit :

La nuit obscurePendant une nuit obscure,
Enflammée d’un amour inquiet,
Ô l’heureuse fortune !
Je suis sortie sans être aperçue,
Lorsque ma maison était tranquille.

Étant assurée et déguisée,
Je suis sortie par un degré secret,
Ô l’heureuse fortune !
Et étant bien cachée dans les ténèbres,
Lorsque ma maison était tranquille.

Pendant cette heureuse nuit,
Je suis sortie en ce lieu secret
Où personne ne me voyait,
Sans autre lumière,
Que celle qui luit dans mon cœur.

Elle me conduisit
Plus surement que la lumière du midi,
Où m’attendait
celui qui me connait très bien,
Et où personne ne paraissait.

Ô nuit qui m’a conduite !
Ô nuit plus aimable que l’aurore !
Ô nuit qui as uni
le bien-aimé avec la bien-aimée,
en transformant l’amante en son bien-aimé.

La nuit de la foi est la perte de toute image de Dieu, de toute représentation.

Dans ce chemin de la foi, les sens ne sont plus là pour conduire l’âme comme elle en avait l’habitude, ni la nourrir. C’est pour cela qu’elle est comme dans la nuit. Ce n’est donc pas n’importe quelle nuit. C’est la nuit de la foi qui engage ou ouvre une heureuse aventure et qui permet à l’âme de se détacher de ses sens pour aller plus avant en elle-même.

Jean de la Croix utilise une image éclairante (Nuit obscure II,10) : l’être humain est comparable à une bûche de bois que la flamme de l’Esprit veut transformer en feu d’amour, donc en Lui-même. Mais quand le feu attaque le bois, il l’obscurcit avant de le rendre incandescent ; cette phase négative risque d’être mal interprétée comme un enlaidissement spirituel alors que c’est le signe d’une transformation en cours. On pourrait presque dire que plus l’obscurité de la nuit est forte, plus elle annonce une communion intense.
Maître Eckhart (XIII°-XIV° siècles) avait déjà eu recours à cette image de la bûche :

« Lorsque le feu veut attirer le bois dans soi et soi en retour dans le bois, il trouve le bois inégal à lui. À cela il faut du temps. En premier lieu, il le rend chaud et brûlant, et alors il fume et craque, car il lui est inégal ; et plus le bois devient brûlant plus il devient silencieux et tranquille, et plus il est égal au feu plus paisible il est, jusqu’à ce qu’il devienne pleinement feu » (Sermon 11).

Jean de la Croix rend compte de cette obscurité de la nuit par le fait que la foi est une lumière éblouissante pour notre intelligence, en raison de la différence abyssale de nature entre Dieu et l’homme et du péché qui blesse notre humanité. Mais n’oublions pas : s’il y a nuit, c’est en tant que passage vers le plein jour, vers la lumière qui ne finit pas. L’homme est destiné à devenir Dieu par participation, et ce dès cette vie humaine, même si cela ne sera pleinement accompli que dans l’éternité. La nuit a une portée purificatrice : elle nous prépare à nous unir à Dieu et à trouver pleinement le sens de notre vie. Elle a aussi une portée apostolique comme participation à la Passion de Jésus. La longue « nuit de la foi » de Mère Teresa en est un cas saisissant : sentiment intérieur de l’absence de Dieu mais foi constante et croissance dans la charité. La nuit est féconde pour celui qui la traverse mais aussi, à travers lui, pour l’Église.

41jhICFCBUL._SX359_BO1,204,203,200_ béatitude dans Communauté spirituelleFaire l’expérience de la nuit de la foi n’est pas réservé à ces géants spirituels. Nous aussi, comme Thomas, nous aurons du mal à croire à l’incroyable dont témoignent pourtant des gens que nous connaissons et aimons. La nuit de Thomas n’a duré qu’une semaine, la nôtre peut s’étendre sur des mois, des années. Lisez ce témoignage d’un prêtre qui l’a consignée  dans un livre [2]C‘était en 1994, quinze jours après la mort de son père dont il était très proche. Un vendredi, le P. Éric Venot-Eiffel, carme âgé de 46 ans, s’allonge dans sa cellule du couvent d’Avon, près de Fontainebleau. Tout à coup, il se sent envahi par la nuit. « C’est plus que des doutes, raconte-t-il. Je ne sais plus où j’en suis. Des questions me taraudent : Dieu existe-t-il vraiment ? À quoi sert de prier ? Ai-je bâti mon existence sur le vide ? » Cette épreuve va durer dix-sept ans, pendant lesquels ce prêtre refuse de dire qu’il a perdu la foi, préférant la métaphore de la marée. « Ma foi s’est retirée comme la mer se retire, et je me sens comme une barque échouée dans la vase, attendant désespérément que la mer remonte pour flotter, poursuit-il. La foi est devenue inatteignable. Je n’ai plus accès à l’homme que j’étais ».

 

La pédagogie de l’inconditionnel

Saint Thomas touchant les plaies du ChristLe Ressuscité ne disqualifie pas l’attitude de Thomas, puisqu’il répond à son attente en se manifestant à lui 8 jours après. Avec amour et patience, sans reproche, Jésus conduit Thomas de la maîtrise à la confiance, de la volonté de mainmise à l’acceptation de l’autre. Le doute qui s’était insinué dans la tête de Thomas était quelque peu diabolique, en ce sens qu’il était structuré comme les trois tentations suggérées par le diable au désert telles que nous les avons lues lors du Mercredi des cendres : « si tu es fils de Dieu… alors… » Thomas duplique ce schéma : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! ».
Autrement dit, Thomas est dans la foi au conditionnel : « à condition que… alors je croirai en toi ». Or quand Dieu aime, c’est sans conditions. C’est d’ailleurs l’assurance donnée à Jésus lors de son baptême dans le Jourdain : « tu es mon fils bien-aimé ». C’est un présent inconditionnel.
Jésus crucifié aimera le criminel sans exiger de lui un préalable : « aujourd’hui, tu seras avec moi en paradis ».
La foi-confiance est sans conditions, et le Ressuscité conduit Thomas à déposer les armes pour accueillir celui qui vient à lui : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Cette pédagogie de l’inconditionnel peut inspirer et renouveler notre manière d’éduquer les plus jeunes, de proposer la foi à ceux qui ne connaissent pas le Christ, de dialoguer avec nos ennemis… Cette pédagogie est avant tout un cheminement : elle demande du temps (une semaine symbolique pour Thomas), de l’écoute, de la gradualité.
Attention! Cet appel à croire sans voir pourrait conduire à croire n’importe quoi ou n’importa qui. Les gourous le savent bien. Tant d’hommes et de femmes ont été abusés par leurs propres impressions ou par d’autres personnes, bien intentionnées ou non, cherchant à tout prix à neutraliser le sens critique de leur interlocuteur par une formule du genre : « c’est le grand mystère de la foi » ! Or, dans le langage de la Bible, un « mystère » est précisément quelque chose qui était inconnu et qui est maintenant manifesté grâce à Dieu. Il est donc légitime et sage de chercher à voir plus clair afin de croire.
Quand André et Jean demandent à Jésus où il demeure, Jésus les encourage dans cette démarche : « Venez et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait » (Jn 1,39). Jean entre et il est écrit : « il vit et il crut » (Jn 20,3-8). Qu’est-ce que Jean vit qui le fit croire ? Rien puisque le tombeau est vide. Il vit… qu’il n’y avait rien à voir. Il saisit qu’il n’y a rien là-dedans – dans le visible – d’important pour la foi, pour l’espérance, et que l’amour peut se passer du visible. Le tombeau est spirituellement vide… Débarrassés du visible, nous pouvons enfin accéder à la foi, aller du domaine du physique au spirituel, du temps à l’éternité. Dans un sens, oui, il est ainsi indispensable d’accepter de ne pas voir, de dépasser le visible, pour croire (au sens d’avoir la foi).

Thomas nous montre que notre besoin de voir est accueilli par le Christ, qu’il l’accompagne et le transforme.
Croire sans voir s’apprend, Thomas l’atteste !

 

La deuxième Béatitude

Au bonheur des BéatitudesDans l’Évangile de Jean, il n’y a pas le discours des Béatitudes comme chez Mathieu ou Luc. Jean n’a que deux passage où Jésus déclare heureux ceux qu’ils désignent : lors du lavement des pieds à la Cène (« Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13,17), et ici devant Thomas : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». La béatitude de la foi sans conditions va ainsi se concilier avec la béatitude du service fraternel (lavement des pieds). C’est donc que croire sans voir est la moitié du bonheur !
Car abandonner le conditionnel est libératoire : plus besoin de comptabiliser les signes, de marchander les grâces, d’accumuler les bonnes œuvres, d’exercer un chantage.
Dès lors, croire sans voir devient jubilatoire, car l’âme est libre de louer et contempler Dieu sans exiger de contrepartie. Le service fraternel en est d’autant plus facilité qu’il ne constitue plus un ticket d’entrée pour le paradis !
Plus besoin de s’épuiser comme Thomas à demander des preuves. Il suffit d’une seule Transfiguration pour aller au plus bas de la Passion. Il suffit d’une seule rencontre avec le Ressuscité pour aller donner sa vie en Inde et dans les îles syro-malabares comme Thomas !
Et si en chemin nous sommes soumis à l’épreuve de la nuit de la foi, appuyons-nous sur le témoignage de ceux et celles qui l’ont traversée avant nous.

Heureux ceux qui croient sans avoir vu !
Puissions-nous être de ceux-là…

 


[2]J’ai tant douté de toi, Éd. Médiaspaul, 2012. Cf. https://www.lepelerin.com/foi-et-spiritualite/temoignages-de-foi/la-nuit-de-la-foi/


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32-35)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.

PSAUME
(117 (118), 2-4, 16ab-18, 22-24)
R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! ou : Alléluia ! (117,1)

Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !
Que le dise la maison d’Aaron :
Éternel est son amour !

Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !
Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !

Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur.
Il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé,
mais sans me livrer à la mort.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

DEUXIÈME LECTURE
« Tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde » (1 Jn 5, 1-6)

Lecture de la première lettre de saint Jean
Bien-aimés, celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ; celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.

ÉVANGILE
« Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)
Alléluia. Alléluia.Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Alléluia. (Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Patrick Braud

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14 avril 2022

La danse pascale du labyrinthe

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 35 min

La danse pascale du labyrinthe

 Homélie du Dimanche de Pâques / Année C
17/04/2022

Cf. également :

Conjuguer Pâques au passif
Incroyable !
La Madeleine de Pâques
Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours
Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?

La chorégraphie de Chartres

La danse pascale du labyrinthe dans Communauté spirituelle 3921168_origSi vous avez déjà visité la somptueuse cathédrale de Chartres, vous vous souvenez sans doute de ses deux flèches guidant les pèlerins de très loin dans la plaine, du célèbre bleu de ses vitraux admirables, de ses proportions imposantes etc. Vous souvenez-vous également du labyrinthe qui est dessiné depuis l’an 1200 environ sur le pavement ? De l’extérieur, vous entrez en traversant la nef, et pour aller vers l’autel vous êtes obligés de traverser ce labyrinthe étrange. Car à bien y regarder, ce n’est pas un labyrinthe en réalité, mais un long chemin sinueux dont les circonvolutions conduisent très sûrement au motif floral du centre. Ce n’est donc pas un dédale où se perdre, mais un chemin à parcourir pour aller au centre. Certains le suivront précieusement, parcourant les 261,55 m des volutes serrées les unes contre les autres comme s’ils parcouraient les années de leur existence humaine, à la manière d’un mandala nous ramenant à notre centre de gravité intérieur. D’autres y devineront, à juste titre, un cheminement de type catéchuménal, où le futur baptisé passe de la nef à l’autel en étant initié aux mystères du Christ.

En fait, sans le savoir, vous êtes là… sur une piste de danse !
On a retrouvé un vieux texte qui décrit un usage liturgique étonnant à nos yeux mais assez courant au Moyen Âge [1]. Il date du 13 avril 1396, est rédigé à l’initiative du chapitre de la cathédrale d’Auxerre et s’intitule ‘Ordinatio de pila facienda’ (‘Règlement du jeu de balle’). Il concerne le lundi de Pâques. On en connait l’essentiel par un article consacré à Auxerre dans le Mercure de France et paru en mai 1726 :

« Ayant reçu la pelote d’un prosélyte ou chanoine nommé récemment, le doyen, ou quelqu’un d’autre le remplaçant, portant son aumusse et les autres pareillement entonnait la prose prévue pour le jour de la fête de Pâques, qui commence par ‘Victimae paschali laudes‘ : alors bloquant contre lui la pelote de sa main gauche, il emprunte un pas à trois temps (tripudium), sur les sons répétés de la prose chantée, les autres se prenant la main, menant une danse autour du dédale. Pendant ce temps et par différentes fois, la pelote est transmise ou jetée à un ou plusieurs des choristes. Il est joué, le rythme aussi donné par l’orgue. Le chœur après cette danse, prose et bond étant achevés, se dépêche d’aller manger ».

Le labyrinthe de la cathédrale de ChartresOn sait même que la pelote, au vu d’une délibération de 1412, était de couleur jaune, ne devait pas dépasser la mesure raisonnable, pourtant assez volumineuse pour ne pouvoir être tenue d’une seule main. La meilleure confirmation provient des archives de la cathédrale de Sens, en date du mercredi 14 avril 1443, puisqu’un décret du chapitre précise à propos du labyrinthe « qu’on y jouerait à volonté pendant la cérémonie de Pâques ».
On sait que de tels jeux de balle pouvaient aussi avoir lieu en dehors de la cathédrale, dans les bâtiments canoniaux ou épiscopaux [2]. C’est ce que dit Sicard de Crémone, qui l’appelle jeu de chorea (danse ronde) ou de la pelote – ludus chorae vel pilae, les deux aspects (cercle et balle) étant liés.
Une ordonnance de 1366 précise d’ailleurs, suite à des débordements répétitifs lors de la ‘fête des fous’, que celle-ci est expressément supprimée. « On ne conservera, est-il ajouté, que le jeu de l’évêque des enfants d’aube, auquel les enfants seuls prendront part, et le chant que l’on appelle Chorea, chant accoutumé au temps pascal. Et encore ces deux usages, le chapitre les tolérera tant qu’il les jugera bon » [3].

Le lien avec notre dimanche de Pâques est évident, puisque le chant qui servait à jouer à la pelote autour du labyrinthe était la séquence pascale qui introduit l’alléluia de Pâques avant l’Évangile de ce jour. Ce chant, dérivé du grégorien, a été composé au XI° siècle pour être mémorisé facilement, notamment grâce à son rythme très sautillant (la consigne d’interprétation indique : molto ritmico), à ses reprises musicales, à ses jeux de mots et ses rimes. Il servait ainsi de comptine aux enfants ou aux paysans qui la danseraient pour mimer Pâques.

Le symbolisme est clair : le labyrinthe représente la Passion-Résurrection du Christ qui, tel Thésée combattant le Minotaure tapi au fond du labyrinthe, descend aux enfers pour combattre la mort et sortir vainqueur au matin pascal. Le doyen qui tient la pelote jaune (couleur du soleil)  représente le Christ ressuscité (soleil levant) qui le premier parcourt ce chemin, du Vendredi saint au dimanche de Pâques, et ensuite appelle chacun de nous à marcher à sa suite. C’est pourquoi il lance sa pelote à chacun à tour de rôle, pelote jaune dont la forme et la couleur rappelait le « soleil invaincu » qui triomphe des ténèbres, et dont le fil qui le relie à lui est le nouveau fil d’Ariane permettant de ne pas se perdre en cours de route.

Gilles Fresson, attaché de coordination du rectorat de la Cathédrale de Chartres – qui a étudié en détail le symbolisme de ce labyrinthe – en conclut fort justement :
« Derrière l’impression d’un ‘jeu’, était en réalité représentée – symboliquement – l’une des vérités essentielles de la foi chrétienne : le Christ ressuscité ».
« Dans la chorégraphie qui avait lieu au Moyen Âge, le Christ (Thésée) traverse les enfers (le labyrinthe), affronte Satan (le minotaure), triomphe des puissances de la mort, offrant sa lumière (jaune) à tous ceux qui sont prêts à la recevoir : soit un chemin sûr (le fil de la la pelote) vers la vie éternelle. Le Christ, à Pâques, devient le premier né d’entre les morts. Tous les hommes et femmes, au fil de l’année, sont invités à le suivre » [4].

Tout cela se faisait dans une atmosphère de joie et de danse, dans les chants et les rires, qui évoque bien sûr la joie choquante du roi David dansant devant l’arche d’alliance : « comme l’arche du Seigneur entrait dans la Cité de David, Mikal, fille de Saül, se pencha par la fenêtre : elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur » (2S 6,16). Ce que les textes de Chartres appellent chorea est donc une véritable chorégraphie pascale, dont l’enjeu est d’éprouver corporellement l’ivresse de la Résurrection, et pas seulement intellectuellement par la lecture du texte liturgique.
Belle intuition : pour que Pâques devienne une fête populaire, il faut qu’elle passe par le corps. La quête des œufs de Pâques dans le jardin par les enfants répond à ce même besoin. Et quoi de mieux que la danse pour vivre Pâques comme un élan, une dynamique, une joie de tout l’être ?

Bien sûr, les autorités ecclésiastiques finirent par se méfier de ces danses dans les églises… David le premier n’avait-il pas suscité moqueries et réprobations lorsqu’il dansait à demi dévêtu devant l’Arche ?

« Or, comme l’arche du Seigneur entrait dans la Cité de David, Mikal, fille de Saül, se pencha par la fenêtre : elle vit le roi David qui sautait et tournoyait devant le Seigneur. Dans son cœur, elle le méprisa. […] Mikal, fille de Saül, sortit à sa rencontre et dit : ‘Comme il s’est honoré aujourd’hui, le roi d’Israël ! Lui qui s’est découvert aux yeux des servantes de ses esclaves comme se découvrirait un homme de rien !’ David dit à Mikal : ‘Devant le Seigneur, lui qui m’a choisi de préférence à ton père et à toute sa maison pour m’instituer chef sur Israël, sur le peuple du Seigneur, oui, je danserai devant le Seigneur. Je me déshonorerai encore plus que cela, et je serai abaissé à mes propres yeux, mais auprès des servantes dont tu parles, auprès d’elles je serai honoré’ » (2S 6,16-22).

849_big Chartres dans Communauté spirituelle

Chartres - rosaceDavid sait bien que ce sont les petits, les servantes, les moins-que-rien qui comprennent le sens de sa danse devant YHWH, pas les puissants…
Alors, malheureusement, cette danse pascale du labyrinthe a progressivement disparu, le plus souvent interdite par les clercs, si bien que le dessin sur le sol de la cathédrale de Chartres est aujourd’hui une énigme aux yeux des visiteurs se demandant pourquoi reproduire en faux le labyrinthe du Minotaure dans un tel édifice !

Ce symbolisme christique est renforcé par le lien du labyrinthe avec la rosace de la cathédrale. Cette majestueuse verrière montre le Fils de l’homme venant sur les nuées (vaguelettes blanches) à la fin des temps (Mt 24,30). Le Christ central, inscrit dans un quadrilobe sur fond rouge, est représenté assis, dans la gloire de sa résurrection, montrant les cinq plaies de la Passion. Or, quand on projette cette rosace sur le pavement, elle correspond exactement au cercle du labyrinthe, et le centre de la rosace où apparaît le Christ en majesté se superpose exactement au centre du labyrinthe ! C’est donc la projection sur terre de l’itinéraire du Christ que le labyrinthe matérialise : nous mettons nos pas dans ses pas, et cela nous conduira à travers sa Passion à partager la gloire de sa Résurrection au plus haut des cieux.
Comme quoi un peu de géométrie symbolique ne nuit pas pour déchiffrer l’essentiel…

 

La structure de la séquence

Heureusement, si la liturgie a oublié la danse, elle a au moins conservé la comptine !
Le terme séquence signifiant « suite »», en toute rigueur l’on devrait parler de « prose » lorsque ce chant précède l’Alléluia et de « séquence » lorsqu’il le suit. Pourtant, dans la liturgie actuelle, le Victimae, quoiqu’appelé séquence, précède l’Alléluia (l’inversion date du concile de Trente).
Regardons sa structure. Elle est composée de trois parties : une invitation faite à l’assemblée / le dialogue entre les apôtres et Marie Madeleine / la proclamation finale du chœur.

Latin Français
Victimae paschali laudes immolent Christiani
Agnus redemit oves:
Christus innocens Patri reconciliavit peccatores.

Mors et vita duello conflixere mirando,
Dux vitae mortuus, regnat vivus.

Dic nobis Maria, quid vidisti in via?
Sepulcrum Christi viventis,
et gloriam vidi resurgentis:

Angelicos testes, sudarium et vestes.
Surrexit Christus spes mea:
praecedet suos in Galilaeam.

Credendum est magis soli Mariae veraci quam Judaeorum turbae fallaci.
Scimus Christum surrexisse a mortuis vere:
Tu nobis, victor Rex, miserere.

Amen.
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis;
le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne.

« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité!
Il vous précédera en Galilée ».
Il faut plus croire la seule Marie disant la vérité que la foule des Juifs perfides
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié!
Amen.

 

La structure dialogale de la séquence

art3 danseLa séquence est chantée sur une musique syllabique, c’est-à-dire qui fait correspondre à chaque syllabe une note, principe largement utilisé par Bach dans ses chorals liturgiques pour qu’ils soient plus facilement repris par la foule. Comme en plus il y a des rimes à chaque demi-verset, il est ainsi facile d’apprendre cette séquence par cœur pour pouvoir la chanter en jouant, sans partition.

D’emblée, il est frappant de constater que c’est une structure dialogale, faite de questions–réponses, d’alternances de prises de parole qui se répondent. C’est donc qu’entrer dans le mystère pascal se fait par le dialogue : poser des questions, y répondre, se parler. Les catéchumènes étaient formés selon cette pédagogie tout au long du Carême autrefois, jusqu’au dialogue ultime de leur baptême : « Crois-tu en Dieu… ? » / « Oui je crois » (credo). Rappelons qu’en islam par exemple, la profession de foi (la Chahada) n’est pas dialoguée : elle est énoncée sous forme d’un constat impersonnel (« il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah… ») d’où le « Je » est banni. Tiens donc : il y aurait peut-être un lien entre le jeu de la pelote christique et le Je du croyant…
Rappelons que par contre dans le repas pascal juif, les enfants doivent poser quatre questions en dialogue avec les adultes : la structure dialogale de la liturgie pascale  vient de loin !
C’est en jouant avec les paroles de la séquence comme avec la pelote que le sujet chrétien se constitue. 

La foi pascale n’est pas une vérité objective qui s’impose de l’extérieur et à laquelle il faudrait se soumettre (comme en islam). C’est un dialogue, que la séquence met en scène entre le célébrant et l’assemblée, entre les apôtres et Marie Madeleine, comme la pelote jaune qui fait la navette entre le doyen et les fidèles autour du labyrinthe pour les y faire entrer.

 

Les 3 parties de la séquence

Première partie

On ne sait pas trop qui prononce les trois premiers versets qui constituent la première partie de la séquence, mais en tout cas il s’adresse à tous les chrétiens et plus précisément à ceux  qui sont rassemblés là : « À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange ».

Invitation leur est faite d’immoler non pas un animal ou une autre victime – car le Christ et lui seul, une fois pour toutes, a accompli ce sacrifice sanglant – mais un sacrifice de louange : « que les chrétiens immolent leur louange ». Le vrai sens de la danse du labyrinthe pascal est bien la louange, admiration joyeuse de l’œuvre accomplie par le Christ en notre faveur. Car le vrai sacrifice est la louange de nos lèvres.
Le 2° verset reprend la théologie traditionnelle de la rédemption des pécheurs par le Juste, des brebis par l’Agneau. Les deux couples forment des jeux de mots faciles à mémoriser, et scandés par le rythme musical : agnus-oves / Christus-peccatores.
Le 3° verset met en scène un duel presque manichéen entre la mort et la vie, d’où le Maître de la vie sort vainqueur.

Ces trois versets plantent le décor en quelque sorte, à la manière d’une tragédie grecque : voilà le drame qui s’est joué lors de la Passion de Jésus, et voilà la source de la joie des chrétiens aujourd’hui.

 

Deuxième partie

Les versets suivants rompent le style du début, en introduisant un autre dialogue au cœur de la séquence. Il s’agit du dialogue entre les apôtres et Marie Madeleine, que nous avons vue dans l’Évangile de ce dimanche courir vers Pierre et Jean (Jn 20,1-9). D’après la séquence, c’est « en chemin » que Marie a vu les signes de la Résurrection, et non au tombeau vide, car c’est bien du chemin du labyrinthe dont il s’agit : « Dis-nous Marie, qu’as-tu vu en chemin ? » Indice précieux : c’est le témoignage de ceux qui ont déjà parcouru le chemin catéchuménal qui éclairera les futurs baptisés. Marie parle de sépulture, d’anges, du suaire, des vêtements. Et nous, qu’allons-nous répondre à ceux qui nous demanderont, curieux de notre parcours et inquiets du leur : « Dis-nous, qu’as-tu vu en chemin ? » Cette interrogation est également celle de nos contemporains, et nous leur devons une réponse. Cette réponse n’est pas une vérité à apprendre ou imposer, c’est un témoignage qui appelle les autres à s’engager eux aussi sur le chemin pascal, fut-il long et sinueux comme le labyrinthe de Chartres.

 

Un mot sur Marie-Madeleine

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On sait que dans la tradition judaïque, il faut deux témoins au minimum pour qu’un témoignage soit recevable devant un tribunal. Et deux hommes de préférence… Ici nous n’avons qu’un seul témoin et non deux. Et quel témoin ! Une femme, et non un homme – or le témoignage féminin a peu de valeur en ce temps-là – et en plus une ex-prostituée ! C’était tellement choquant que la séquence comportait autrefois un verset justifiant ce choix étonnant par Dieu d’un seul témoin peu qualifié aux yeux des juifs :
« Credendum est magis soli Mariae veraci quam Judaeorum turbae fallaci ».
« Il faut plus croire la seule Marie disant la vérité que la foule des Juifs perfides ».
La mention des « juifs perfides (fallacieux) » était certes malheureuse, et on a eu raison de supprimer cet ancien verset en 1570 dans le Missel Romain découlant du Concile de Trente (1545–1563). Reste que le fragile témoignage de Marie-Madeleine, disqualifié aux yeux de la Loi et de la culture de son époque, est la première manifestation de la gloire du Ressuscité dans l’Évangile de Jean ! Ne désespérons donc pas, nous autres pauvres Madeleines, de rendre au Christ le plus beau des témoignages devant l’Église et devant le monde !

 

Troisième partie

La fin de la séquence est chantée par le chœur : « Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts ».
Elle reprend peut-être la coutume du matin de Pâques encore pratiquées par nos frères orthodoxes : se saluer non pas par un « bonjour » mais par un dialogue (là encore) : « Christ est ressuscité », dit le premier qui salue / « il est vraiment ressuscité », répond le second.
Et la dernière phrase : « Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! » est peut-être un écho de la prière du cœur chère aux orthodoxes, qui fait prier comme un mantra sur le souffle de la respiration l’invocation suivante : « Seigneur Jésus, fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ».
Le chœur peut alors enchaîner avec l’Alléluia pascal qui introduit la lecture de l’Évangile de Jean.

 

La postérité musicale de la séquence

Innombrables sont les compositions musicales qui s’inspirent du Victimae  paschali ! Les plus anciennes remontent au XIV° siècle (Guillaume Dufay) ; les plus récentes au XX° (Laurent Perosi) [5]. Signalons l’harmonisation de Jehan Revert, enregistrée à Notre-Dame de Paris en 2009 sous forme de dialogue (encore !) entre le grand orgue et le chœur. Le caractère rythmé, joyeux et dansant de la séquence y apparaît clairement.

N’oublions pas la célébrissime cantate BWV 4 intitulée « Christ lag in Todesbanden » de Jean-Sébastien Bach. La mélodie qu’il emprunte à Luther est fondée sur un ancien hymne pascal du XI° siècle, « Christ ist erstanden », qui reprend le texte et la mélodie de notre séquence « Victimae paschali laudes ». En voici le texte, proche du nôtre :

Christ lag in Todesbanden / Christ gisait dans les liens de la mort
Für unsre Sünd gegeben / Sacrifié pour nos péchés,
Er ist wieder erstanden / Il est ressuscité
Und hat uns bracht das Leben / Et nous a apporté la vie ;
Des wir sollen fröhlich sein / Nous devons nous réjouir,
Gott loben und ihm dankbar sein / Louer Dieu et lui être reconnaissants
Und singen hallelujah / Et chanter Alléluia
Halleluja ! / Alléluia !


Conclusion : Pâques est à danser !

Comme David devant l’Arche, comme les catéchumènes du labyrinthe de Chartres, dansons la joie immense de ce jour sans pareil !
Que tout notre corps exulte !
Que le plaisir du jeu de la pelote christique nous entraîne sur son chemin de vie !

 


[1]. Voir l’article de référence de Gilles Fresson : https://www.cathedrale-chartres.org/cathedrale/monument/le-labyrinthe/le-labyrinthe-enfin-devoile/ à qui j’emprunte l’essentiel de sa documentation et de son interprétation.

[2]. « Aussi étonnant que cela paraisse, il existait encore une survivance folklorique de ce rituel dans le sud de la France au début du XIX° siècle, que l’on appelait « danse candiote » ou « danse crétoise des grecs » (sic). Sa date ordinaire était le mardi gras, mais on l’utilisait pour d’autres fêtes. Des danses labyrinthiques de Pâques existaient encore récemment dans certains villages de Haute-Corse, où elles se déroulaient durant la soirée du vendredi saint. Les processionnaires s’y enroulaient selon des volutes successives, les plus serrées possibles, le centre de la danse figurant à l’évidence le Christ-roi descendu aux enfers. On note qu’une cérémonie assez identique avait lieu jusqu’au XX° siècle en Calabre, dans le bourg de Caulonia » (ibid.).

[3]. Jean Beleth, dans son Rationale divinorum officiorum (vers 1155) mentionne de semblables jeux de balle, organisés au temps de Pâques, à Amiens et à Reims. L’usage est attesté par Guillaume Durand pour l’archevêché de Vienne, selon lequel une partie de pelote se tenait à l’issue d’un repas pris au lundi de Pâques, auquel participaient tous les chanoines. L’archevêque, éventuellement représenté, prenait traditionnellement part à ce jeu dans une salle de l’archevêché, ce qui ne manque pas d’offusquer le prélat de Mende. Plus tardivement, en 1582, les mêmes coutumes sont attestées à l’église Sainte-Marie-Madeleine de Besançon, dans le cloître – à défaut dans l’église en cas d’intempérie. Sans doute faut-il établir un lien avec deux petits labyrinthes, datables de la fin du XIV° siècle, faits en carreaux vernissés, qui existaient dans les bâtiments monastiques de Saint-Étienne de Caen, où il a disparu et dans les bâtiments canoniaux de la cathédrale de Bayeux, où il est encore visible actuellement » (idid.).

[4]. Gilles Fresson, ibid.

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

1ère lecture : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés.  

Psaume : Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

2ème lecture : « Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

Séquence :
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié !
Amen.

Evangile : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 32 min

Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant

Homélie du Vendredi Saint / Année C
15/04/2022

Cf. également :

Le grand silence du Samedi Saint
Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir
Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Bas et hauts

Qu’y a-t-il de commun entre les juifs des camps de concentration et Socrate buvant la ciguë ? Ou bien entre Mandela croupissant en prison et les huguenots obligés de quitter la France ? Entre les esclaves noirs vendus sur le marché et Van Gogh interné dans un asile d’aliénés ? Tous ont en commun ce que notre première lecture appellerait la chute et le relèvement, le mépris et l’exaltation, la catastrophe et le salut. À l’instar de l’énigmatique personnage d’Isaïe 53, ils ont touché le fond, puis ont été rétablis dans leur dignité et plus haut encore, même si ce fut souvent après leur mort.

Les 6 millions de fantômes humains décharnés des camps nazis engendrèrent une terre – Eretz Israël - qui avait disparu depuis 2000 ans, fière, forte, redoutée, critiquée et admirée. Après 27 ans de cellule, le matricule 46664 de la prison de Robben Island devint ce premier président noir d’Afrique du Sud, immensément respecté et aimé. Socrate fut condamné pour avoir corrompu la jeunesse, mais ses écrits et sa pensée font désormais partie des fondations de l’Occident. Les huguenots exilés sont devenus les riches marchands des pays du Nord puis les premiers Américains, tout aussi puissants. Les esclaves noirs donnèrent à l’humanité le Gospel tant qu’ils étaient dans les fers, puis des poètes à foison et des hommes d’État admirables ensuite. Van Gogh termina lamentablement dans la folie, mais ses tableaux sont aujourd’hui unanimement reconnus, célébrés, exposés.

L’histoire est pleine de ces alternances chute / relèvement, mépris / exaltation, catastrophe / salut.
Notre première lecture (Is 52,13–53,12) connaît bien cette dialectique à l’œuvre dans nombre de parcours historiques. Isaïe décrit la trajectoire d’un mystérieux serviteur de YHWH, tombant au plus bas du mépris et de l’abandon par tous, puis relevé pour être le salut d’une multitude.

 

Qui est ce Serviteur souffrant ?

Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant dans Communauté spirituelle couv_peb_71_serviteurL’expression est passée dans le commun biblique, grâce à un exégète qui a repéré en 1892 ce qu’on appelle depuis les quatre « chants du Serviteur souffrant » : 42,1-9 ; 49,1-7 ; 50,4-11 et 52,13-53,12.
N’est-il pas étrange cependant qu’un serviteur fidèle soit soumis à la souffrance ? Et plus étrange encore qu’il chute, immergé dans un océan de réprobation ?
Bien avant les chrétiens, les juifs se sont interrogés sur ces textes et leur portée les concernant. Les rabbins ont exploré successivement plusieurs hypothèses :

– Ce serviteur est peut-être une évocation d’Abraham, fidèle parmi les fidèles, obligé de quitter son pays, mais devenu une bénédiction pour tous les peuples de la terre.
Cependant, ça ne colle pas totalement, car le serviteur est frappé, châtié au nom de Dieu, ce qui n’est pas le cas d’Abraham.

– On pensa alors à Job : fidèle serviteur lui aussi, subissant malheur sur malheur, soi-disant infligés par Dieu injustement, et rétabli ensuite dans son honneur, sa dignité et sa richesse.
Là encore, ça ne colle pas tout à fait. Car le Serviteur souffrant devient le salut d’une multitude, pas Job.

- Alors les rabbins pensèrent à Joseph. Lui aussi fut comme le Serviteur souffrant vendu par ses frères, méprisé et humilié comme esclave, fidèle et sans péché puisqu’il a repoussé les avances de la femme de Putiphar. Lui, l’ancien esclave hébreu, va pourtant devenir le numéro deux du royaume de Pharaon, puissant, adulé. Il pourra ainsi sauver sa famille de la famine, lorsqu’ils viendront de Canaan pour quémander du blé à la riche Égypte. Sans Joseph, pas d’installation en Égypte, donc pas d’Exode ensuite, donc pas de Pâques…

– D’autres personnages peuvent prétendre au titre de Serviteur souffrant, notamment ceux qui ont permis la reconstruction du Temple détruit par l’envahisseur. Ainsi les rois Yoyakin et Zorobabel ont traversé l’épreuve de l’exil à Babylone pour redonner espérance à leur peuple de retour sur leur terre, et sont salués du titre de « serviteur de YHWH » par les prophètes Aggée et Zacharie.

– Finalement, les rabbins se dirent que le Serviteur souffrant était peut-être tout autant un personnage du futur que du passé. Ils y virent un portrait du Messie à venir, dont le salut ne serait pas limité à Israël.

Les chrétiens n’auront évidemment aucun mal à emboîter le pas à ces différentes interprétations rabbiniques, pour les appliquer à Jésus, Messie crucifié, injustement méprisé, condamné, éliminé par tous, mais relevé par Dieu pour être la lumière de toutes les nations. C’est pourquoi la grande liturgie non-eucharistique du Vendredi Saint commence par cette lecture du Serviteur souffrant d’Isaïe : la véritable eucharistie est de faire de sa vie une offrande telle que le Serviteur souffrant l’incarnait, de sa déchéance initiale à sa réussite finale.

 

Le concept de personnalité corporative

15235062 Isaïe dans Communauté spirituelleReprenons le fil des exégèses rabbiniques. Recouvrant l’ensemble des grandes figures d’Israël, le Serviteur souffrant pourrait être en définitive le peuple lui-même, s’incarnant tour à tour en Abraham, Job, Joseph, Zorobabel ou le Messie. C’est un procédé biblique assez fréquent que les spécialistes appellent « corporate personnality ». En bon français, cela signifie que le groupe est une unité synchronique et diachronique qui peut agir, parler ou être traité comme un seul homme. La notion de personnalité corporative est cet aspect de la psychologie hébraïque qui rend compte du fait que « tout le groupe englobant les membres antérieurs, présents et futurs peut agir comme un seul individu, par l’entremise de n’importe quel membre conçu comme représentant du groupe » (Henry Wheeler Robinson, 1935). Elle implique une relation étroite et dans certains cas une identification de l’individu à son groupe.

Au sein d’une grande entreprise actuelle, « résonner corporate » dans le jargon managérial implique que chacun adhère aux intérêts du groupe pris dans son ensemble, et qu’entre le groupe et lui il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes. Isaïe raisonne corporate lorsqu’il met en scène un Serviteur qui est lié au peuple comme le peuple se lie à lui. Pour les rabbins, c’est alors ce petit peuple à la nuque raide, souvent persécuté et humilié, qui devient dans l’histoire humaine l’instrument du salut de YHWH pour toutes les nations.

Pour les chrétiens, le Serviteur souffrant désigne bien sûr le Christ, dans sa Passion-exaltation, mais également le corps du Christ, l’Église qui fait resplendir la lumière du Messie crucifié sur toute l’humanité, comme la lune fait malgré la nuit resplendir le soleil en son absence.

 

Changer de regard

Voilà pourquoi contempler le Serviteur souffrant en ce Vendredi Saint nous appelle à un triple changement de regard :

les-grands-vaincus-de-l-histoire Metz– changer notre regard sur les vaincus de l’histoire.
Apparemment, le Serviteur souffrant a été balayé de la scène. On a voulu l’éliminer des mémoires et pas seulement physiquement. On a voulu nier son droit à exister et pas seulement l’exterminer. L’histoire aurait dû s’écrire sans lui, comme l’histoire officielle de l’empire romain ne fait aucune mention d’un obscur crucifié juif d’une province reculée. La ‘revanche de Dieu’, c’est justement la réinscription de la mémoire des vaincus dans le récit collectif. C’est la réhabilitation – même post-mortem – de ceux que les puissants avaient jetés aux oubliettes de leurs manuels scolaires.
Le théologien Jean-Baptiste Metz y voit l’une des missions les plus signifiantes de l’Église : transmettre ce souvenir dangereux et libérant de Jésus Messie humilié, qui presse le présent et le met en question, qui libère de toute absolutisation de quelque pouvoir que ce soit, qui permet de critiquer la société, ses orientations vers le succès, la rationalité et la production, et qui permet de s’engager à la suite de Jésus envers les plus démunis parmi les frères. Ce souvenir dangereux implique solidarité avec le passé, avec les morts, les vaincus ; l’Église transmet cette mémoire dangereuse dans les structures de la vie sociale.
Le thème de la « mémoire des vaincus » avait déjà, quelques années avant Jean-Baptiste Metz, hanté les écrits de Walter Benjamin. En 1940, dans ses thèses « Sur le concept d’histoire », le philosophe juif avait refusé de passer par pertes et profits les défaites et désastres humains jonchant l’histoire de l’humanité. Il s’était dressé contre « l’histoire des vainqueurs » qui avale, digère et oublie la souffrance des vaincus.
Pour Jean-Baptiste Metz, c’est en étant « souvenir dangereux de la liberté de Jésus-Christ » que la foi chrétienne conserve une pertinence. Une pertinence spirituelle, mais aussi « pratique », sociale et politique. Dans des sociétés où les promesses de libération héritées des Lumières n’ont pas encore été réalisées, où nombre d’humains ne peuvent encore être sujets de leur propre existence, la mémoire chrétienne doit provoquer un réveil. Elle vient « briser le cercle enchanteur de la conscience dominante ». Elle se dresse contre le mythe d’un ‘Progrès’ qui ne voudrait pas voir ce qu’il brise sur son chemin.
La mémoire met en péril l’assurance des puissants, des installés, de ceux qui semblent profiter du système en place. Elle ouvre sur une solidarité avec les exclus. Elle ne permet plus à la foi de se réduire à une attitude intellectualiste ou à une posture privée. Pour Metz, l’Église a désormais pour raison d’être de porter ce projet de liberté dans la société. L’Église doit se définir et s’attester comme celle qui témoigne et transmet publiquement un souvenir dangereux de la liberté dans les systèmes de notre société oublieuse des perdants.

Les oubliés de l’histoire aujourd’hui pourraient bien être les Arméniens dont la Turquie voudraient effacer le génocide de 1915-16 ; ou les Ouïghours que la Chine communiste voudrait cacher dans des camps loin de toute caméra, comme elle a dispersé les tibétains pour coloniser le Tibet ; ou l’Ukraine, les pays baltes, la Géorgie à qui on a soustrait l’Ossétie du sud et l’Abkhazie : ils seront priés de souffrir en silence sous la patte de l’ours russe etc… Le Serviteur souffrant sera encore la figure collective de ces minorités religieuses non-hindoues persécutées en Inde, ou non-musulmanes persécutées dans les États musulmans. Et comment penser sans frémir aux millions de vies humaines interrompues chaque année volontairement avant leur naissance ? L’eugénisme se banalise sans que nos consciences s’en émeuvent…

 

61ltNL6-+tS._AC_SY445_ Passion– changer notre regard sur les méprisés
La dimension singulière, personnelle du Serviteur souffrant nous appelle à le reconnaître sur le visage de ceux que tous méprisent. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les invisibles de nos sociétés disparaissent de nos préoccupations. Les SDF (plus de 150 000 en France !) font partie de la misère jugée incompressible, et on s’y habitue. On n’en parle plus.
Chaque être humain rejeté et stigmatisé retrouve sa vraie dignité sous les traits du Serviteur souffrant : « il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien ».

Nous ne nous battons pas seulement pour des causes collectives, mais en même temps pour des visages, des personnes, Pierre, Aïcha, Raja ou Itzhak. La dimension personnelle du Serviteur souffrant nous oblige à ne pas traiter que des statistiques ou de la macro-économie : c’est mon voisin, mon collègue, le clochard de ma rue… Se battre pour leur redonner un nom, un visage, une identité singulière est la première fidélité aux chants du Serviteur souffrant.

 

du-pourquoi-vers-le-pour-quoi-article-eb-consult serviteur- changer notre regard sur nos épreuves
Les minorités oubliées, les personnes méprisées : la troisième incarnation du Serviteur souffrant, c’est moi-même ! Uni au Christ dans sa Passion, je peux vivre les épreuves qui m’accablent avec la force de sa résurrection. « Durcissant mon visage comme pierre », je peux résister aux catastrophes qui parfois semblent s’acharner sur moi en faisant corps avec ce Serviteur souffrant qu’Isaïe nous promet victorieux de tout mal. Lui qui est juste peut sauver les injustes que nous sommes. Mon épreuve peut alors changer de sens : au lieu de m’épuiser à me demander pourquoi cela m’arrive, je vais chercher pour quoi elle me transforme, c’est-à-dire ce vers quoi elle peut finalement me conduire. L’exaltation du Serviteur souffrant m’annonce la traversée de mon épreuve pour l’ouvrir sur autre chose, que Dieu seul connaît, qui relève de son don gracieux.

En ce Vendredi Saint, contemplons l’homme des douleurs de la Passion, en y reconnaissant les traits du Serviteur d’Isaïe. Plus nous le contemplerons, plus notre regard sur les Passions actuelles changera…

 

Lectures de l’Office de la Passion

Première lecture
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume
(30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25)
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit.
 (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

Deuxième lecture
Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Évangile
Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
 Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean
Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. » Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit. Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient. Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.) Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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2 mars 2022

Carême : le détox spirituel

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Carême : le détox spirituel

Homélie du 1° Dimanche de Carême / Année C
06/03/2022

Cf. également :

Brûlez vos idoles !
Ne nous laisse pas entrer en tentation
L’île de la tentation
L’homme ne vit pas seulement de pain
Nous ne sommes pas une religion du livre, mais du Verbe
Et plus si affinité…
Une recette cocktail pour nos alliances
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Poussés par l’Esprit

Détox, vous avez dit détox ?

Cures de jus détoxLes boissons et autres produits détox sont en plein boom. Jus de fruits et de légumes pressés à froid, shots pour démarrer la journée, eaux végétales : de nouvelles marques investissent le créneau des petites bouteilles pour se faire du bien. Cette tendance liée au bien-être n’est pas près de s’arrêter. « On met de la pomme granit car c’est la moins sucrée, la plus acide. On met du gingembre, qui va faciliter la digestion, des graines de lin moulues qui vont aussi nettoyer l’intestin et du céleri qui est riche en potassium. C’est un jus qui va détoxifier, activer la digestion et qui est riche en fibres », explique Jérémie Halimi, manager « We are Juice » [1]. À entendre parler ce représentant d’une grande marque de compléments alimentaires, on se dit qu’il y a là un marché en pleine expansion !

Le détox tient son nom de son action supposée : éliminer les toxines qui polluent à longueur d’année nos organes. Il y a des tisanes, des jus, des régimes détox qui vantent leurs bienfaits en se parant des étiquettes aujourd’hui incontournables : bio, local, vegan, sain… On les trouve dans les magasins spécialisés en produits naturels, biologiques, circuits courts, en hypermarchés également car leur croissance est prometteuse ! Le marché du détox est devenu un véritable phénomène de société. Il a ainsi connu une flambée de + 82,2% de chiffre d’affaire et de 76,9% en volume de Janvier à Décembre 2018 par rapport à la même péCarême : le détox spirituel dans Communauté spirituelle moine-priantriode sur l’année 2017. C’est un marché « juteux » : la marge sur facture est autour de 30% en moyenne ! 

Les pratiques détox sont souvent associées au jeûne, censé nettoyer le corps de ces substances nocives. Nulle expérimentation scientifique n’a pu jusqu’à présent prouver les bienfaits du jeûne sur la santé, mais il est très populaire dans les milieux alternatifs en matière de soins et de nutrition. On devine que si on n’y prend pas garde les détox peuvent rimer avec intox assez souvent…

À y réfléchir, ce n’est finalement que la forme sécularisée de pratiques spirituelles très anciennes, connues notamment dans la Palestine de Jésus, mais aussi dans tout l’Orient ancien, en Inde, et dans toute l’Asie en général. L’Occident fait mine de redécouvrir ces traditions, mais les vide de leur substance en en faisant des thérapies personnelles ou des traitements hygiénistes. Or le jeûne de Jésus au désert de ce dimanche comme celui des ascètes hindous n’a pas pour but de désintoxiquer le corps, mais l’âme et l’esprit ! Ce qui change tout…

C’est vrai que la vie telle un fleuve charrie sans cesse des pollutions spirituelles qui nous rendent aussi peu perméables à la grâce qu’un filtre à café bouché : les écrans manipulent notre désir, l’abondance nourrit une obésité qui n’est pas que physique, nos habitudes nous replient sur un univers relativement étriqué (et l’épidémie de Covid n’arrange rien, avec des réflexes d’auto-confinement dangereux à terme).

Jeûner, c’est pour les chrétiens pratiquer sur l’âme ce que le détox est supposé accomplir sur le corps : éliminer les toxines spirituelles qui nous éloignent de Dieu, retrouver le fonctionnement normal de notre soif d’exister.

 

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Récollection au désert 

Pour Jésus – qui lui n’a pas besoin de désintoxication ! – jeûner c’est se centrer sur le cœur de sa mission et de son être : vivre en authentique fils de Dieu. Juste avant de commencer sa vie publique, il a besoin de cette ré-collection au désert, au sens premier du mot : collecter à nouveau en un seul bouquet toutes les composantes de son être, pour les rassembler, les unifier, afin de plonger dans sa vie publique comme il vient de le faire dans le fleuve Jourdain. C’est le deuxième sens du jeûne spirituel du Carême : après le détox de nos pollutions spirituelles, le jeûne a pour fonction de nous ramener à notre centre de gravité intérieur. Le jeûne de Jésus ressemble à une concentration de lumière qui regroupe le faisceau de lumière naturelle pour le concentrer en seul seul rayon de lumière laser cohérente et infiniment puissante (portée, énergie, précision), L’enjeu du jeûne est alors : trouver notre cohérence intérieure en rassemblant nos énergies dispersées, agrandir notre faim de l’unique nécessaire, rester centré sur l’essentiel avant de plonger dans l’action.

 

Les 40 jours

À ce titre, la durée symbolique des 40 jours de Jésus au désert est éloquente.

1645984970 Carême- On y lit d’abord une allusion aux 40 jours de déluge s’abattant sur la terre du temps de Noé (Gn 7). Jésus - nouveau Noé – voit la terre submergée par le péché et va sauver l’Arche-Église de ce désastre annoncé.

- Les juifs pensent immédiatement aux 40 jours de Moïse sur la montagne (Ex 24,18 ; Dt 9) par deux fois pour recevoir la Torah de la main de Dieu. Le combat spirituel de Jésus au désert s’appuie sur la Torah de Moïse, et annonce la nouvelle Alliance, la nouvelle Loi (l’Esprit) qui va guider les croyants vers la nouvelle terre promise (le royaume de Dieu).

- On peut également penser aux 40 jours d’embaumement du corps de Jacob par son fils Joseph (Gn 50,3) : c’est la durée nécessaire pour préparer le mort à sa traversée vers l’au-delà. Le désert est peut-être pour Jésus le temps de l’embaumement de sa vie de Nazareth, fils de Joseph, pour renaître à sa mission publique de fils de David, fils de Jacob.

- 40 jours fut également la durée de l’exploration du pays de Canaan avant sa conquête par Josué (Nb 13,25). En priant 40 jours au désert, Jésus prend le temps par avance de visualiser les combats qui seront les siens dans les trois années à venir. Il l’expliquera dans une parabole qui conseille de s’asseoir et calculer avant de se lancer dans une entreprise risquée et dangereuse (Lc 14, 28-29).

- Symboliquement, 40 jours est encore le temps pendant lequel le prophète Ézéchiel doit porter la faute de Jérusalem afin qu’elle soit expiée (Ez 4,6) comme le peuple au désert avait porté ses fautes pendant 40 ans avant de pouvoir entrer en Canaan (Nb 14,34). Jésus, qui vient d’être désigné comme l’Agneau de Dieu par Jean-Baptiste au Jourdain, prend 40 jours au désert pour prendre la mesure du péché du monde et l’empêcher de nuire en le jetant hors de portée de l’homme.

- 40 jours est encore le délai annoncé par Jonas à l’immense ville de Ninive (Jon 3,4) pour qu’elle se convertisse. Et elle l’a fait ! C’est notre conversion que Jésus portait en jeûnant tout ce temps, pour nous avertir de nous détourner du mal comme Ninive.

- Élie a marché 40 jours vers le Mont Horeb (1R 19,8), où l’attendait la révélation de Dieu dans le souffle de la brise légère. Jésus marche 40 jours au désert, vers le Golgotha, et Dieu se révélera dans le silence du vendredi Saint.

Toutes ces harmoniques bibliques des 40 jours nous mettent devant une scène savamment construite : après Pâques, les évangélistes se sont souvenus de ce passage de Jésus au désert, et l’ont chargé de toutes les significations antérieures, portées en Jésus à leur accomplissement.
Chacune de ces harmoniques nous concerne également chacun et tous : il y va de nos combats, de notre identité et de notre mission.

 

Alors, quel jeûne allez-vous choisir pour le Carême ?

Le détox spirituel pourrait bien vous inviter à vous sevrer de vos addictions les plus nocives, pour restaurer davantage de liberté intérieure. Et les addictions modernes ne manquent pas : écrans, univers virtuels, pouvoir dominateur, âpreté au gain, tyrannie du corps, tabac ou drogues…

En vous lançant dans ces 40 jours de détox spirituel, choisissez l’une des figures de l’Ancien Testament qui les a parcourus, pour devenir vous-même Noé, Joseph, Josué, Moïse, Jonas ou Ézéchiel. Relisez le cycle de sa vie dans la Bible. Laissez-le vous inspirer une marche de 40 jours actualisant et accomplissant la sienne.


Lectures de la messe

Première lecture
La profession de foi du peuple élu (Dt 26, 4-10)

Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu. Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume
(Ps 90 (91), 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab)
R/ Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve. (cf. Ps 90, 15)

Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut
et repose à l’ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m’appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve. »

Deuxième lecture
La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, que dit l’Écriture ? Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

Évangile
« Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté » (Lc 4, 1-13)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. 
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »
Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »
Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick BRAUD

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