L'homélie du dimanche (prochain)

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13 février 2010

Aux arbres, citoyens !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Aux arbres, citoyens !


Homélie du
  4° Dimanche du temps ordinaire / Année C
31/01/10

 

Avez-vous été voir le film est « Invictus » de Clint Eastwood ?

Il raconte la réconciliation que Nelson Mandela a voulu mettre en oeuvre – notamment grâce au rugby ! – après l’apartheid en Afrique du Sud.

Pourtant, Mandela a pourri 27 ans (de 1962 à 1990) dans une prison du régime de l’apartheid ! L’un de ses gardes du corps dans le film s’étonne : « où va-t-il chercher la force de pardonner à ceux qui l’ont maintenu 27 ans en prison ? »

Où ? Dans sa foi chrétienne ! Nelson Mandela est cet arbre qui a traversé non pas une mais 27 années de sécheresse, apparemment perdu pour le monde entier. Son feuillage est resté vert et – grâce au rugby dans le film ! – il porte un fruit de réconciliation entre noirs et blancs.

 

L’homme et l’arbre se ressemblent.

À tel point que dans la Bible, l’arbre est devenu une métaphore du juste, comme dans notre première lecture et le dans le psaume.

Quels traits communs entre les deux ?

L’homme, comme l’arbre, est une ligne verticale tendue entre ciel et terre.

Tous deux sont solidement enracinés dans le sol – ne dit-on pas que sans racines l’homme est perdu ? – et en même temps leurs têtes veulent toucher les nuages.

Le tronc humain, les branches de sa généalogie, les fruits qu’il produit, jusqu’à l’écorce dont il s’entoure… : l’être humain a appris les mots de l’arbre pour se décrire lui-même…

 

« Tel l’arbre, l’homme prospère.

Tel un homme, l’arbre est coupé. 

Et j’ignore où j’ai été et où j’irai -

Tel un arbre des champs.

Quand un homme est-il comme un arbre des champs ? 

Tel l’arbre, il s’étire vers le ciel.

Comme l’homme, il brûle dans le feu.

Tel un arbre il a soif d’eau.

Tel l’homme, l’arbre a toujours soif. »
(Nathan Zach, poète israélien contemporain)

 

 

« La Tora compare les hommes aux arbres car, comme les humains, les arbres ont le pouvoir de grandir. Et comme les humains ont des enfants, les arbres donnent des fruits. Et quand un humain  souffre,  des cris de douleur sont entendus à travers le monde, donc quand un arbre est abattu, ses cris sont entendus dans le monde entier », écrivait un rabbin du 16° siècle.

 

Alors la Bible (qui emploie ce mot 180 fois environ) va pousser plus loin cette comparaison : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espoir. Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert ; il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit. » (Jr 17,6-8)

 

Le critère essentiel qui distingue le juste (l’arbre) du « mondain » (le buisson) est de savoir traverser la chaleur, et même une année de sécheresse, sans arrêter de porter du fruit ni d’avoir un feuillage vert.

 

Une année de sécheresse, ça peut arriver à tout le monde, à n’importe quel âge de la vie ! Après un coup dur économique, familial, de santé… L’année de sécheresse peut être également une période de sécheresse spirituelle, affective, professionnelle, où apparemment rien ne se passe.

Qu’est-ce qui permet de tenir dans ces fournaises-là ?

L’arbre de Jérémie ou du psaume 1 nous le dit : il faut étendre ses racines dans le courant d’eau fraîche qui coule là, tout près, un peu plus bas, pour un aller chercher hors de soi les sources qui vont compenser ce que la pluie ne veut plus donner.

S’appuyer sur Dieu d’abord, plus solide que tous les humains ; aller boire à sa parole, s’enraciner dans son amour ; ne pas compter que sur soi ou sur l’aide des autres « mortels » comme dit Jérémie, mais compter sur Dieu d’abord. Loin des calculs, des magouilles, des réseaux d’influence, des appuis humains trop humains?

 

L’homme et l’arbre se ressemblent tant que le peuple juif en a fait une fête : Tou Bichvat, « le nouvel an des arbres ». À l’occasion de Tou Bichvat, on se réunit en famille et le repas est essentiellement  composé de fruits : les 7 fruits d’Israël tels l’olive, la datte, le raisin, la figue, la grenade, etc? chaque consommation étant précédée de la bénédiction qui convient. C’est que le symbolisme de l’arbre est lié à la fécondité que la terre et chaque vie humaine doivent porter. On boit également 3 coupes de vin, fruit de la vigne.

 


C’est que le peuple juif lui aussi est tout entier comme un arbre : il est attaché à sa terre au point de dépérir hors d’elle ; appelé à porter du fruit pour le monde entier, obligé de s’enraciner en Dieu plus que dans les calculs politiques, planté au milieu du sable sans être du sable?

Israël vénère l’arbre comme sa propre image. Il en a planté de plus de 200 millions depuis 1948… ! Et au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, on plante un arbre pour chaque « juste parmi les nations » qui est reconnu  comme ayant sauvé des juifs pendant la Shoah.

« J’aime les arbres. J’aime leur patience, leur stabilité, leurs inlassables stratégies de survie, leur manière de s’enfouir pour résister à la durée, au froid, aux intempéries. J’aime les peuplements forestiers dans la complexité de leurs luttes et de leurs collaborations. L’arbre est un témoin fantastique de la vie. Alors que l’animal a choisi la mobilité, ce qui l’a forcé à développer des membres et une organisation cérébrale fort complexe, le végétal a opté pour la fixité, pour l’enracinement, pour l’ancrage. Et c’est à partir de ce point fixe que l’arbre poursuit son inlassable labeur. Il s’enfonce au ventre de la terre, il s’élance en haut. Il relie le ciel et la terre. Il étend ses bras pour la danse et le chant, donnant refuge et abri. Il jette sa semence à profusion, au printemps ou à l’automne, sous forme de mousse, de semences, de graines, de fruits, de glands. De proche en loin, la semence émigre, cherchant le milieu propice pour recommencer l’aventure.

S?urs et frères humains, ayez donc la patience des arbres. Et comme eux, aux soirs d’été, chantez dans le vent l’hymne d’action de grâces de toutes les créatures. Et de grâce, avant qu’il ne soit trop tard, levez-vous pour obtenir une gestion plus raisonnable de la forêt. » (André Beauchamp, théologien et environnementaliste canadien)

 

De l’arbre de vie de la Genèse à l’arbre de vie au milieu de la ville de l’Apocalypse, en passant par l’arbre de la Croix, les hommes devraient davantage aimer et soigner les arbres, pour s’en inspirer, pour leur ressembler.

Alors, même une année de sécheresse ne leur fera pas peur : « jamais son feuillage ne meurt » (Ps 1,3)

 

 

1ère lecture : Comme un arbre planté au bord des eaux  (Jr 17, 5-8)

Lecture du livre de Jérémie

Parole du Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa confiance dans un mortel,
qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son coeur se détourne du Seigneur.
Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur.
Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée et inhabitable.

Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur,
dont le Seigneur est l’espoir.
Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant :
il ne craint pas la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert ;
il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit.

 

Psaume : Ps 1, 1-6

R/ En Dieu, notre espérance,
en Dieu, notre joie !

Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs,
mais se plaît dans la loi du Seigneur
et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau,
qui donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt ;
tout ce qu’il entreprend réussira.

Tel n’est pas le sort des méchants.
Mais ils sont comme la paille balayée par le vent :
Le Seigneur connaît le chemin des justes,
mais le chemin des méchants se perdra.

 

2ème lecture : Résurrection des morts et résurrection du Christ (1Co 15, 12.16-20)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité.
Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n’êtes pas libérés de vos péchés ;
et puis, ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus.
Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 17.20-26)

Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.
Regardant alors ses disciples, Jésus dit :
« Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous !
Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez !
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel : c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation !

Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ! Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c’est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. »
Patrick BRAUD

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6 février 2010

Dieu en XXL

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Dieu en XXL

 

Homélie du 5° Dimanche du temps ordinaire / Année C

07/02/10

 

« Avance au large… » ordonne Jésus à Simon, et donc à chacun de nous aujourd’hui.

Mais que veut dire « avancer au large » quand on est parent, ou retraité(e), ou adolescent(e)? ?

Quelle « largeur » s’agit-il d’explorer ?

 

En latin, la phrase est traduite par : « duc in altum ». Large, altum, c’est à la fois ce qui est profond, et ce qui est loin.

Jésus nous invite à gagner en profondeur, et nous déplacer plus loin, au-delà de nos horizons immédiats. Pour les pêcheurs du lac de Galilée, avancer au large, c’est mener leur barque là où ils n’ont plus pied, là où le vent et les vagues peuvent les déstabiliser, là où ils ont peur de rencontrer des monstres marins ou autres obstacles redoutables (Israël n’a jamais été un peuple de marins et tremble devant une flaque d’eau comme le lac de Tibériade !).

Pour nous, c’est donc aussi accepter d’être conduit dans des profondeurs de nous-mêmes, ou de la société, qui nous semblent abyssales et nous font peur. C’est consentir à explorer d’autres mondes, au loin, sans jamais nous replier sur le monde déjà connus et parcourus de notre histoire.

 

En français, les expressions ne manquent pas pour évoquer le large :

 

- « prendre le large », c’est fuir sans se retourner.

Ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Jésus n’invite pas Simon et ses compagnons à fuir. Au contraire il leur demande de prendre au sérieux ce qu’ils sont : pêcheurs de poissons, pour devenir ce qu’ils sont appelés à être : pêcheurs d’hommes. Ce jeu de mot est bien sûr intentionnel est révélateur (il redouble d’ailleurs en français avec l’autre de jeux de mots entre pêcheur et pécheur, qui en dit long sur l’acceptation de soi qui permet de suivre le Christ) : avancer au large, c’est d’abord consentir à soi-même, à ce que je suis de par mon histoire, mon éducation, mes études, mon métier… Même le caractère doit être assumé d’une manière réaliste nouvelle : en donnant à Jacques et Jean le surnom de « Boanergès » = fils du tonnerre, Jésus les invite à assumer leur caractère sans doute orageux et impétueux pour le mettre au service de l’Évangile.

Avancer au large n’est donc pas prendre le large.

D’autant plus qu’à la fin de la pêche miraculeuse, les pêcheurs ne s’enfuient pas avec le magot pour le vendre : au contraire ils ramènent les bateaux au rivage et ils laissent tout pour suivre Jésus. C’est donc il nous faut nous aussi à la fois revenir aux rivages de nos responsabilités ordinaires et en même temps découvrir ce qu’il nous faut quitter pour suivre Jésus…

 

- Autres expressions de la langue française : « passez au large ».

Le capitaine de navire peut faire le choix de passer au large d’un récif, d’une épave, par prudence. Ce n’est pas tout à fait ce que demande ici Jésus à Simon, même si la prudence fait partie de la navigation au large. Avancer au large pour Simon, ce sera s’exposer aux écueils de la persécution, au récif de l’incrédulité, et finalement au naufrage apparent du martyre. Même s’il « n’en mène pas large », Simon-Pierre n’évitera pas le danger, et l’affrontera avec courage.

Avancer au large pour chacun de nous n’est donc pas nous protéger de ce qui pourrait nous faire souffrir, c’est s’exposer à l’aventure en sachant que les coups et blessures ne pourront nous détourner du cap.

 

 

- Autre expression en français : « avoir les idées larges ».

Voilà qui se rapproche davantage notre texte : celui qui a les idées larges n’est pas accroché à son rivage ; il accepte de voyager en découvrant d’autres opinions, et d’autres façons de penser, d’autres cultures. Côté largeur d’Esprit, Dieu est le premier à s’habiller en XXL !

Être étroit d’esprit est sûrement contradictoire avec avancer au large

Dieu est celui qui « élargit nos pas » (2S 22,37 ; Ps 18,37).

 

- « Donner avec largesse » : cette expression elle aussi va bien avec l’ordre de Jésus. Celui qui avance au large ne mesure pas chichement ce qu’il partage à d’autres. Au contraire, dans son voyage, il a besoin de s’alléger, de jeter par-dessus bord ce qui pourrait le ralentir, l’alourdir. Générosité et largeur d’esprit vont souvent de pair…

 

- « Mettre au large » : c’est libérer quelqu’un, « l’élargir » comme on disait autrefois en parlant d’un prisonnier (qui passe de l’étroit de sa cellule au large de la liberté). La Bible ne cesse de chanter que Dieu notre libérateur, celui qui nous « élargit » : « il m’a dégagé, mis en large, il m’a sauvé car il m’aime » (2S 22,20 ; Ps 4,2 ; 18,20 ; 31,9 ; 118,5 ; 119,32.45).

 

Avancer au large, c’est alors gagner en liberté, intérieure et extérieure, en s’appuyant sur Dieu qui n’est pas à l’aise dans ce qui est étroit… D’ailleurs, il nous invite à « élargir l’espace de notre tente » personnelle et sociale (Is 54,2), c‘est-à-dire à ne pas rester dans des schémas limités aux horizons ordinaires.

 

- Finalement, la largeur du lac de Génésareth renvoie à la largeur et la profondeur de Dieu lui-même ! Selon la parole adressée à Job : « prétends-tu sonder la profondeur de Dieu ? Elle est plus haute que les cieux : que feras-tu ? plus profonde que le shéol : que sauras-tu ? Elle serait plus longue que la terre à mesurer, et plus large que la mer… » (Job 11,7-9).

Et Paul invitera les Éphésiens à avancer au large dans l’exploration de l’amour de Dieu : « Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance? » (Ep 3,18-19)

 

Alors, cette semaine, posez-vous la question : que veut dire « avancer au large » pour moi en ce moment ?
À quelle audace le Christ nous invite-t-il ?
À quelle acceptation de moi-même pour me mettre au service de l’Évangile ?
À quel élargissement de ma tente ?

 

Puisse l’Esprit de Dieu nous pousser à aller vers le large, sans rester frileusement repliés sur nos rivages rassurants…

 

 

1ère lecture : Révélation du Dieu saint et vocation d’Isaïe (Is 6, 1-2a.3-8)

Lecture du livre d’Isaïe

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple.
Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler.
Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers. Toute la terre est remplie de sa gloire. »
Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers. Toute la terre est remplie de sa gloire. »
Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée.
Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! »
L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel.
Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. »
J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi. »

Psaume : Ps 137, 1-2a, 2bc-3, 4-5, 7c-8

R/ Saint est le Seigneur notre Dieu !

De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.
Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Tous les rois de la terre te rendent grâce
quand ils entendent les paroles de ta bouche.
Ils chantent les chemins du Seigneur :
« Qu’elle est grande, la gloire du Seigneur ! »

Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s’abat sur mes ennemis en colère.
Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’oeuvre de tes mains.

2ème lecture : La tradition de la foi au Christ mort et ressuscité (brève : 1…11) (1Co 15, 1-11)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu, et vous y restez attachés,
vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants.
Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu :le Christ est mort pour nos péchésconformément aux Écritures,
et il a été mis au tombeau ;il est ressuscité le troisième jourconformément aux Écritures,
et il est apparu à Pierre, puis aux Douze ;
ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont morts -
ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres.
Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.
Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu.
Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et la grâce dont il m’a comblé n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.
Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà votre foi.

Evangile : Avance au large (Lc 5, 1-11)

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth ; la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu.
Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.
Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait la foule.
Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson. »
Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets. »
Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient.
Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.
A cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. »
L’effroi, en effet, l’avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient prise ;
et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
Patrick BRAUD
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9 janvier 2010

Lot de consolation

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Lot de consolation

Homélie de la fête du Baptême du Christ / Année C
10/01/10

 

L’expression est un peu condescendante : on donne un lot de consolation au perdant  d’un jeu télévisé pour qu’il ne reparte pas les mains vides. Avec un peu de pitié et d’ironie mélangées, on le renvoie en lui disant : « Merci d’avoir joué, mais vous êtes le perdant. Au revoir… »

Rien de tel dans la double adresse qui marque la déclaration de Dieu en faveur de son peuple : « consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ». À cause de cette ouverture remplie d’affection et de tendresse, les chapitres 40 à 55 du livre d’Isaïe (le « deutéro-Isaïe ») ont reçu le nom de : « livre de la consolation d’Israël ».

Certes, à ce moment où Isaïe parle, Israël est un perdant, un « looser » sur l’échiquier international. Il est en exil, ses deux premiers temples ont été détruits. Il pleure le long des rives du fleuve de Babylone en se souvenant de la splendeur passée…

 

Mais Dieu lui-même sera sa consolation : un sacré lot !

Le perdant bénéficiera de la puissance du Dieu qui vient (Is 40,10) pour le consoler, c’est-à-dire pour être son appui, son soutien.

En architecture, la console est une pièce saillante, en forme de S le plus souvent, qui sert à soutenir une corniche, un balcon. Dans la Bible, Dieu console en étant pour son peuple celui qui le soutient, en l’empêchant de basculer dans le vide.

Par extension, le mot console en est venu à désigner l’interface entre des musiciens et leur système d’enregistrement (console de mixage).

nullPar extension encore les consoles de jeu désignent aujourd’hui ces merveilleuses manettes entre le joueur et son écran qui lui permette sans le savoir d’être « consolé » de l’ennui ou de la solitude… Dieu assume en Jésus tous les sens de ce mot « console », jusqu’à la Wii, la PlayStation, la Nintendo ou la XBox?

 

La répétition accentue encore le côté solennel de cet engagement de Dieu en faveur des perdants de l’histoire : « consolez, consolez ».

Pourquoi le dire deux fois ? Pour insister ? Pour dramatiser ?

nullLes rabbins y voient plutôt l’allusion aux deux temples qui ont été détruits à Jérusalem (en 586 et 70 avant Jésus-Christ). La consolation est double, car le troisième temple que Dieu va édifier récapitulera les qualités du premier temple – il contenait l’arche d’alliance – et du deuxième temple – qui étaient le plus grand parmi les hommes -. Le premier temple était plus vertical, transcendant ; le deuxième temple plus horizontal plus humain. Le troisième temple espéré par les juifs sera éternel ; il mariera le vertical et horizontal, le transcendant et l’humain. Pour les chrétiens, ce troisième temple est déjà accompli dans le corps de Jésus ressuscité.

En consolant des deux premières catastrophes nationales (il faudrait y rajouter la Shoah aujourd’hui…), Dieu ne fait pas que sécher les larmes de son peuple : il lui ouvre un avenir infini, en venant lui-même avec puissance pour le sauver.

« Consolez, consolez mon peuple » : cette double consolation annonce donc la délivrance en plénitude. La répétition évoque un accroissement, une multiplication sans proportion d’avec le passé.

 

On voit alors le rapport entre la double consolation d’Isaïe et le baptême de Jésus dans le Nouveau Testament. La liturgie fait ce rapprochement dans les lectures de cette fête du baptême du Christ, sans doute à cause de la citation d’Isaïe par Luc (3,4-6). Et elle a raison ! Du coup, ce rapprochement joue aussi sur le lien entre baptême et consolation : la plongée de Jésus dans le Jourdain de notre humanité est bien l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe.

En Jésus le fils bien-aimé du Père, la consolation nous est offerte, à l’infini.

Consolation de la tristesse devant nos péchés, comme le peuple venu vers Jean-Baptiste en signe de repentir.

Consolation de nos déceptions les plus amères, comme en témoigne la mention de Luc : « le peuple était en attente ».

Double consolation en fait, comme annoncé par Isaïe : dans le baptême, ce qui avait été détruit dans nos vies sera reconstruit, par Dieu lui-même ; ce qui nous avait éloigné de nous-mêmes sera vaincu par Dieu qui nous offre de devenir ses proches, ses fils et ses filles, par Jésus le Christ : « tu es mon enfant bien-aimé… »

Ce ministère de la consolation est si important que Saint-Paul en sera le thème majeur de sa deuxième lettre aux Corinthiens :

2 Co  1,4-7 : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit.  De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation.  Sommes-nous dans la tribulation? C’est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés? C’est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi. Et notre espoir à votre égard est ferme: nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation. »


Alors, comment allons-nous entendre en ce dimanche le double appel d’Isaïe : « consolez, consolez mon peuple » ?

Quelle visite, quel coup de fil, quel geste, quelle parole, quelle marque d’attention allons-nous avoir pour consoler quelqu’un qui autour de nous est « en attente » ?

 

Lot de consolation dans Communauté spirituelle consolation

Continuer à fêter Noël, n’est-ce pas aller consoler quelqu’un qui attend votre visite ? Ou bien accepter vous-mêmes d’être consolé par un autre, si vous êtes dans une période de détresse ou de désolation ?

 

Le baptême est vraiment un lot de consolation pas comme les autres : laissons-nous consoler par Dieu lui-même qui vient redire à chacun : « tu es mon enfant bien-aimé »...

 

1ère lecture : « Consolez, consolez mon peuple » (Is 40, 1-11)

Lecture du livre d’Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.

Parlez au coeur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est pardonné, et qu’elle a reçu de la main du Seigneur double punition pour toutes ses fautes.

Une voix proclame : « Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, et les escarpements seront changés en plaine.

Alors la gloire du Seigneur se révélera et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé. »

Une voix dit : « Proclame ! » et je dis : « Que dois-je proclamer ?- Toute créature est comme l’herbe, toute sa grâce est comme la fleur des champs : l’herbe se dessèche et la fleur se fane quand passe le souffle du Seigneur. En effet, le peuple est comme l’herbe.

L’herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours. »

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu. »

Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance et son bras est victorieux. Le fruit de sa victoire l’accompagne et ses trophées le précèdent.

Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son coeur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits.


Psaume 103

R/ L’eau et l’Esprit te rendent témoignage, Seigneur de gloire.

Bénis le Seigneur, ô mon âme ; Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! Revêtu de magnificence,

tu as pour manteau la lumière ! Comme une tenture, tu déploies les cieux,

tu élèves dans leurs eaux tes demeures ; des nuées, tu te fais un char, tu t’avances sur les ailes du vent ;

tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs, les flammes des éclairs.

Tu as donné son assise à la terre : qu’elle reste inébranlable au cours des temps.

Tu l’as vêtue de l’abîme des mers : les eaux couvraient même les montagnes ;

à ta menace, elles prennent la fuite, effrayées par le tonnerre de ta voix.

Elles passent les montagnes, se ruent dans les vallées vers le lieu que tu leur as préparé.

Tu leur imposes la limite à ne pas franchir : qu’elles ne reviennent jamais couvrir la terre.

Dans les ravins tu fais jaillir des sources et l’eau chemine au creux des montagnes ;

elle abreuve les bêtes des champs : l’âne sauvage y calme sa soif ;

les oiseaux séjournent près d’elle : dans le feuillage on entend leurs cris.

De tes demeures tu abreuves les montagnes, et la terre se rassasie du fruit de tes oeuvres ;

tu fais pousser les prairies pour les troupeaux, et les champs pour l’homme qui travaille. De la terre il tire son pain : le vin qui réjouit le coeur de l’homme, l’huile qui adoucit son visage, et le pain qui fortifie le coeur de l’homme.

Les arbres du Seigneur se rassasient, les cèdres qu’il a plantés au Liban ;

c’est là que vient nicher le passereau, et la cigogne a sa maison dans les cyprès ;

aux chamois, les hautes montagnes, aux marmottes, l’abri des rochers.

Tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l’heure de son coucher.

Tu fais descendre les ténèbres, la nuit vient : les animaux dans la forêt s’éveillent ;

le lionceau rugit vers sa proie, il réclame à Dieu sa nourriture.

Quand paraît le soleil, ils se retirent : chacun gagne son repaire.

L’homme sort pour son ouvrage, pour son travail, jusqu’au soir.

Quelle profusion dans tes oeuvres, Seigneur ! + Tout cela, ta sagesse l’a fait ; * la terre s’emplit de tes biens.

Voici l’immensité de la mer, son grouillement innombrable d’animaux grands et petits,

ses bateaux qui voyagent, et Léviathan que tu fis pour qu’il serve à tes jeux.

Tous, ils comptent sur toi pour recevoir leur nourriture au temps voulu.

Tu donnes : eux, ils ramassent ; tu ouvres la main : ils sont comblés.

Tu caches ton visage : ils s’épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière.

Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre.

2ème lecture : Le bain du baptême (Ti 2,11-14; 3,4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul à Tite  

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.

C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.

Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes, il nous a sauvés. Il l’a fait dans sa miséricorde, et non pas à cause d’actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint.

Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous avec abondance, par Jésus Christ notre Sauveur ; ainsi, par sa grâce, nous sommes devenus des justes, et nous possédons dans l’espérance l’héritage de la vie éternelle.

Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes, il nous a sauvés. Il l’a fait dans sa miséricorde, et non pas à cause d’actes méritoires que nous aurions accomplis par nous-mêmes. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint.

Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous avec abondance, par Jésus Christ notre Sauveur ; ainsi, par sa grâce, nous sommes devenus des justes, et nous possédons dans l’espérance l’héritage de la vie éternelle.

Evangile : Le baptême de Jésus (Lc 3, 15-22)

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc

Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie.

Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu.

Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »

Par ces exhortations et bien d’autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Hérode, prince de Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tout ce que lui, Hérode, avait fait de mal.

A tout le reste il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean Baptiste en prison.

Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit.

L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »
Patrick BRAUD

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4 décembre 2009

Une foi historique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 9 h 08 min

Une foi historique

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent
Dimanche 6 Décembre 2009 / Année C

Dieu parle dans l’histoire humaine

Imaginez que sur la brique la Cathédrale d’Evry, inaugurée en 1996, on ait représenté la chute du Mur de Berlin de 1989, et vous aurez une idée du caractère historique de la foi…
Et pourtant on aurait raison de graver une telle scène : dans la foi, nous pouvons lire l’évènement de la chute du Mur de Berlin comme une parole de Dieu pour notre monde, comme une action de l’Esprit de Dieu pour plus de liberté et moins de mon songe. Ce mur qui tombait en 1989 nous révèle quelque chose de Dieu lui-même que nous n’avons pas fini de méditer.

nullNous avons fêté donc le 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin cette année. Une immense espérance ! Mais peu de commentateurs ont souligné le rôle actif, irremplaçable, des chrétiens d’Allemagne de l’Est, dans cette révolution pacifique. Les temples protestants et les églises catholiques étaient devenus les seuls lieux de parole libre. L’inspiration évangélique ancrait l’envie de liberté dans la non-violence, et même l’amour des ennemis. La résistance spirituelle, dérisoire au début à force de bougies dans la nuit sur les places de la RDA, est devenue peu à peu une vague populaire que Gorbatchev n’a heureusement pas voulu briser dans le sang. De même qu’en Pologne la foi a fait plier un régime inhumain, la prière et l’attente spirituelle des allemands de l’Est a fini par faire tomber les murailles de Jéricho élevées en 1962 dans Berlin.

C’est donc que la foi transforme l’histoire (avec d’autres facteurs, c’est vrai : mais justement, elle fait système).

 

Dieu parle dans l’histoire humaine

À nous de la déchiffrer !

Les textes de ce Dimanche nous invitent à voir l’histoire autrement : pas seulement les faits divers le journal télévisée de 20h, pas d’abord l’histoire des puissants de ce monde, pas uniquement une histoire de drames et de violence.
Non : une histoire habitée par Dieu lui-même. Des évènements à déchiffrer. Des gestes collectifs à travers lesquels Dieu parle…

Quelle est votre théologie de l’histoire ?…

Écoutez le prophète Baruch qui relit le prophète Isaïe : « Débout Jérusalem ! vois tes enfants rassemblés. Tu les avais vu partir à pied, emmenés par des ennemis, et Dieu te les ramène portés en triomphe ! » Parce qu’il se souvient du retour à Jérusalem, après les 60 ans d’Exil à Babylone, Baruch annonce aux Juifs que leurs diaspora un jour se terminera.

nullIl aura fallu attendre 22 siècles, jusqu’en 1948, pour que ce texte de Baruch s’accomplisse, avec le retenir des Juifs à Jérusalem? De même que l’Exil à Babylone avait un sens ainsi que le retour d’Exil, l’exil du temps de Baruch et la dispersion de l’an 70 sont également des évènements de leur histoire que les juifs ne cessent de méditer (et nous chrétiens avec eux).

Ainsi la Shoah, cette catastrophe épouvantable de la 2° guerre mondiale, et ensuite la création de l’État moderne d’Israël, continuent d’être une histoire où Dieu se révèle?

L’histoire est également très présente dans l’Evangile d’aujourd’hui, qui fourmille de noms et de lieux historiques :Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Anne et Caiphe, Jean le Baptiste… Autant dire que les actes de ces personnages sont le théâtre où Dieu va se révéler.

C’est ce que la tradition chrétienne appelle « l’économie du salut » : à travers les évènements et les personnes de notre histoire, Dieu se révèle, en communiquant son salut.
Le Concile Vatican II précise :
« Pareille économie de la Révélation comprend des événements et des paroles intimement unis entre eux. Les oeuvres, réalisées par Dieu dans l’histoire du salut, attestent et corroborent (…) les paroles, tandis que les paroles (…) éclairent le mystère que les oeuvres contiennent. » (Dei Verbum n° 2)

« Dieu se révéla, en paroles et en actes, au peuple de son choix, comme l’unique Dieu véritable et vivant. L’économie du salut, (…) racontée et expliquée par les auteurs sacrés, apparaît donc dans les livres de l’Ancien Testament comme la vraie parole de Dieu. (Dei Verbum n° 13)

Notre histoire est une histoire du salut. Dieu ne se révèle pas seulement dans la Bible.
« Dieu ne se révèle pas seulement dans la liturgie.
Il se communique également lui-même à travers les évènements de notre histoire.

Plus encore que dans la création, Dieu parle dans l’histoire de l’humanité. Il révèle sa présence dans les événements du monde, en établissant à diverses reprises un dialogue avec les hommes créés à son image, pour créer avec chacun une communion de vie et d’amour. L’histoire devient ainsi un chemin de connaissance réciproque entre le Créateur et l’être humain, un dialogue qui a pour but ultime de nous conduire de l’esclavage du péché à la liberté de l’amour.
Ainsi vécue, l’histoire devient un chemin vers la liberté.
Voulez-vous parcourir ce chemin?
Voulez-vous participer vous aussi à cette aventure? »
JEAN PAUL II à Lviv (Ukraine) Mardi 26 Juin 2001

Dieu parle dans l’histoire humaine
nullCe 2ème Dimanche de l’Avent interroge ainsi notre conception de l’histoire.
Histoire collective :
- pouvons-nous en Eglise nous entraider à lire les « signes des temps » (Vatican II) ?
- à interpréter les bouleversements et les progrès actuels ?
- à discerner la parole de Dieu qui nous est adressée à travers l’actualité ? les évènements présents ? les échéances à venir ?

Histoire personnelle également :
– désirons-nous apprendre à relire notre histoire individuelle ?
– à en repérer les tournants décisifs, les lignes de force, les points de rupture ?…
Le traditionnel « examen de conscience » du soir de St Ignace et des jésuites par exemple, repose sur le caractère historique de notre foi : ne pas laisser passer une journée sans recueillir le nouveau visage de Dieu qui s’y révèle, à travers les rencontres, les gestes, les paroles d’une journée ordinaire ou extraordinaire.

Dieu parle dans l’histoire humaine… :
que l’Avent nous éveille à une foi authentiquement historique
.

 

Lectures du 2° Dimanche de l’Avent / Année C

Ba 5, 1-9
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu pour toujours te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées :ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et leurs arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice.
Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6
Le Seigneur a fait merveille : nous voici dans la joie
Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.Alors on disait parmi les nations :

« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

Ph 1, 4-6.8-11
Frères, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est toujours avec joie, à cause de ce que vous avez fait pour l’Évangile en communion avec moi, depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Et puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.
Oui, Dieu est témoin de mon attachement pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus. Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance
qui vous feront discerner ce qui est plus important. Ainsi, dans la droiture, vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ; et vous aurez en plénitude la justice obtenue grâce à Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Lc 3, 1-6
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe :A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur,aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé,toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits,les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD
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