L'homélie du dimanche (prochain)

  • Accueil
  • > Recherche : homélie pardon

24 juillet 2010

Les 10 paroles du Notre Père

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les 10 paroles du Notre Père

 

Homélie du 17° Dimanche du temps ordinaire / Année C

25/07/2010

 

Le Notre Père fait évidemment partie du trésor de la foi chrétienne. Il est avec le Credo l’une des perles que l’on transmet aux catéchumènes, pour qu’ils l’assimilent, l’apprennent « par le coeur », et le restitue ensuite devant l’assemblée (traditio / redditio).

Arrêtons-nous sur la structure de cette prière journalière, dans sa version liturgique (où Mt et Lc se combinent).

En fait, les mots du Notre Père sont juifs, et son énonciation est chrétienne.

 

Une prière juive

Chaque mot du Notre Père vient de l’Ancien Testament. Jésus ne les a pas inventés. Il les a agencés d’une manière originale et unique. Mais un juif (ou même un musulman) n’aurait aucune difficulté je crois pas à appeler Dieu « père », à prier pour que son règne vienne, pour que le pardon soit accordé…

 

Mieux encore, la structure de cette prière est profondément juive.

On peut en effet distinguer 10 paroles, comme le décalogue transmis par Moïse au peuple hébreu (dans ce sens, on peut dire que la prière devient plus importante que la loi en régime chrétien).

Les 10 paroles du Notre Père dans Communauté spirituelleCes 10 paroles se constituent de :

·      trois louanges : notre / père / qui es aux cieux

·      trois demandes qui concernent Dieu lui-même :

- que ton Nom soit sanctifié

- que ton règne vienne

- que ta volonté soit faite…

Trois est le chiffre divin du Dieu trois fois saint, dès l’Ancien Testament.

·      Viennent ensuite quatre demandes concernant l’homme (quatre est le chiffre symbolique de l’humain : les quatre points cardinaux, les quatre coins de la Terre  dans la représentation de l’époque…) :

- le pain quotidien

- le pardon

- la résistance à la tentation

- la délivrance du mal.

 

Après ces 10 paroles du Notre Père, on conclut volontiers par une doxologie qui est tirée des écrits de Paul : « car c’est à toi qu’appartiennent… », ce qui là encore rejoint la tradition juive, où la prière va de la louange à la louange, en passant par l’intercession.

 

 

 amidah dans Communauté spirituelleSi la structure du Notre Père est juive, ses mots le sont tout autant.

- Père : dès l’Ancien Testament, Dieu se révèle « père des pauvres », du peuple, père du roi, du prophète… Sa paternité est une autre manière de dire l’Alliance qui l’unit à Israël, voire à toute l’humanité.

- notre : la relation à Dieu n’est pas individuelle, mais communautaire. L’Église ne dit pas : « mon père », et c’est très important, parce que cela veut dire que la relation à l’Église fait partie de la relation à Dieu. Appeler Dieu « père », c’est nous reconnaître égaux en tant qu’enfants de ce père qui est nôtre.

- qui es aux cieux : c’est la révélation de la transcendance de Dieu (depuis le buisson ardent et le Tétragramme YHWH). Dieu est Notre Père tout en étant un autre père, un Dieu tout autre.

 

Puis viennent les trois demandes concernant le Nom, la volonté et le règne de Dieu.

Étrange prière, pleine d’humour juif en quelque sorte, puisque l’homme fragile et limité vole au secours du Tout-Autre en priant pour lui ! Comme si Dieu avait bien besoin d’être aidé par ce vermisseau… Mais nous nous décentrons de nos besoins propres en priant d’abord pour Dieu : pour que son Nom soit sanctifié, son règne vienne, sa volonté soit faite.

Les trois louangent indiquaient la gratuité de la prière ; ces trois demandes soulignent le désintéressement de toute demande, qui est d’abord pour Dieu avant d’être pour soi-même.

 

Puis viennent les demandes pour l’homme : le pain / le pardon / la tentation / la délivrance.

Intercession très concrète (on commence par le pain) qui ne cherche pas à accumuler (le pain de chaque jour seulement, comme la manne), mais à se rendre disponible à Dieu.

 

Pour avoir une étude plus détaillée de chacune de ces trois louanges et de ces 7  demandes, relisez le Catéchisme de l’Église Catholique (nos 2759-2865) qui en fait un excellent commentaire (patristique notamment).

 

Une énonciation chrétienne.

Les mots et la structure du Notre Père sont juifs, mais son énonciation est chrétienne.

La distinction entre énoncé / énonciation est classique : vous pouvez bien connaître  les paroles d’une chanson de Michael Jackson, mais vous ne pouvez guère les  chanter comme lui…

Le fait que le Notre Père jaillisse du coeur de la prière du Jésus (« un jour, quelque part, Jésus était en prière… » Lc 11,1) la colore d’une manière unique.

Meister_von_St._Severin_001 DécalogueQuand Jésus dit « Père », Abba, il le fait d’une manière unique, à laquelle il veut nous associer.

Quand il enseigne : « que ta volonté soit faite », c’est parce que lui-même va prier  ainsi à Gethsémani.

Quand il demande « le pain quotidien », c’est parce que lui-même se nourrit jour après jour de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, etc…

 

Alors, prier le Notre Père, c’est se glisser dans la relation d’intimité que Jésus entretient avec son Père, en tant que Fils unique, et frère aîné une multitude…

 

D’ailleurs, l’énonciation de ces mots est trinitaire, c’est-à-dire que l’Esprit lui-même vient prier en nos ces mots pour qu’ils deviennent ceux du Christ. « Unis dans un même Esprit, nous pouvons dire avec confiance la prière que nous avons reçue du Sauveur »?

80169 demandeCette énonciation trinitaire du Notre Père est si forte qu’elle a remplacé la prière juive dite « des 18 bénédictions » (la « Amidah ») que tout juif récite aujourd’hui encore, trois fois par jour. Nous prions le Notre Père, debout, trois fois par jour (Laudes, messe, Vêpres).

 

Cette semaine, arrêtons-nous sur une de ces 10 paroles du Notre Père.

Choisissons-en une, une seule, afin qu’elle tourne et retourne en nos coeurs pendant sept jours, et fassent jaillir de notre vie une louange / une demande unie à celle du Christ? 

1ère lecture : Abraham intercède pour la ville condamnée (Gn 18, 20-32)

Les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Le Seigneur lui dit : « Comme elle est grande, la clameur qui monte de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde !
Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. »
Les deux hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur.
Il s’avança et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le pécheur ?
Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Est-ce que tu ne pardonneras pas à cause des cinquante justes qui sont dans la ville ?
Quelle horreur, si tu faisais une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le pécheur, traiter le juste de la même manière que le pécheur, quelle horreur ! Celui qui juge toute la terre va-t-il rendre une sentence contraire à la justice ?»
Le Seigneur répondit: « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. »
Abraham reprit : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre ?
Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il répondit : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. »
Abraham insista : « Peut-être en trouvera-t-on seulement quarante ? » Le Seigneur répondit : « Pour quarante, je ne le ferai pas.»
Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore : peut-être y en aura-t-il seulement trente ? » Il répondit : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. »
Abraham dit alors : « Oserai-je parler encore à mon Seigneur ? Peut-être en trouvera-t-on seulement vingt ? » Il répondit : « Pour vingt, je ne détruirai pas. »
Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être en trouvera-t-on seulement dix ? » Et le Seigneur répondit : « Pour dix, je ne détruirai pas la ville de Sodome. »

 

Psaume : Ps 137, 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8

R/ Tu écoutes, Seigneur, quand je crie vers toi

De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force. 

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
de loin, il reconnaît l’orgueilleux. 
Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s’abat sur mes ennemis en colère.

Ta droite me rend vainqueur. 
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’oeuvre de tes mains.

2ème lecture : La croix du Christ, source de notre vie (Col 2, 12-14)

Frère,
par le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui, avec lui vous avez été ressuscités, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts.
Vous étiez des morts, parce que vous aviez péché et que vous n’aviez pas reçu de circoncision. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné tous nos péchés.
Il a supprimé le billet de la dette qui nous accablait depuis que les commandements pesaient sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix du Christ.

 

Evangile : Enseignements de Jésus sur la prière (Lc 11, 1-13)

Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l’a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : ‘Père,que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés,c ar nous-mêmes nous pardonnonsà tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous soumets pas à la tentation.’ »
Jésus leur dit encore : « Supposons que l’un de vous ait un ami et aille le trouver en pleine nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains :
un de mes amis arrive de voyage, et je n’ai rien à lui offrir.’
Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas me tourmenter ! Maintenant, la porte est fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner du pain’,
moi, je vous l’affirme : même s’il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.
Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte.
Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre.
Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ?
ou un scorpion, quand il demande un oeuf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Patrick Braud

 

Mots-clés : , , , , ,

12 juin 2010

Chassez les mauvaises odeurs !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Chassez les mauvaises odeurs !

 

Homélie du 11° Dimanche du temps ordinaire / Année C

13/06/2010.

 

Quand mettons-nous du parfum sur notre corps ?

Dans l’Antiquité, lorsque l’hygiène était moins accessible et régulière, l’utilité première du parfum était de cacher des odeurs corporelles pour le moins gênantes… Cette utilité physiologique est toujours à la base du réflexe du déodorant du matin : le spray sous les aisselles, le stick large sur le torse doivent assurer une « protection » rapprochée – comme disent les publicités ! – pour toute la journée de travail. Afin de ne pas sentir mauvais, tout simplement.

 

Très vite, le parfum a été utilisé en même temps pour séduire. Sans connaître encore la puissance des phéromones, hommes et femmes ont su que la communication entre eux passe également par le nez : les odeurs expriment l’appartenance à un groupe (pêcheurs ou carnivores, forêts ou savanes…), la subtilité d’un arôme a pour effet d’attirer ou de repousser… Le roman de Patrick Süskind : « le parfum » a immortalisé l’extraordinaire importance sociale du lien olfactif. Pas de sentiment amoureux, pas de collaboration de groupe (pensez aux effluves dans le vestiaire d’une équipe sportive !), pas d’amitié ou de travail sans une communication olfactive, d’autant plus efficace qu’elle souvent inconsciente.

 

Cela peut-il éclairer le geste étonnant de cette femme (souvent confondue d’ailleurs  avec la Marie-Madeleine de Lc 8,2) dans notre page d’évangile ?

 

Elle répand du parfum, non pas sur son propre corps, mais sur le corps d’un autre. Comme c’est une « pécheresse » (une prostituée ? Pas sûr, ce n’est pas dit), ce geste est doublement scandaleux : elle est impure et ose toucher un juif, quitte à le rendre impur lui aussi. Et elle fait un geste terriblement ambigu et lourd de sens inconscient, à tel point que Simon le pharisien est paralysé et n’ose rien dire, alors qu’il n’en pense pas moins.

 

En fait, c’est à un véritable lavement des pieds au cours d’un repas auquel cette femme procède. On ne peut s’empêcher de voir en elle la figure de Jésus, lui-même identifié au péché (« il a été fait péché pour nous » 2 Co 5,21), lavant les pieds de l’autre Simon, le disciple, qui en est scandalisé (Jn 13).

Le parallélisme entre les deux scènes est trop fort pour ne pas voir en cette femme l’accomplissement de la figure du Christ lavant les pieds de ses disciples : « vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13,14).

La première à mettre en oeuvre cette attitude du lavement des pieds, c’est cette femme, pécheresse.

Avec ses larmes et ses cheveux, elle lave et essuie les pieds de Jésus. Avec sa bouche, elle les embrasse (on comprend que cette affection débordante ait  troublé Simon !), alors que c’est par un autre baiser que Judas a trahi le fils de l’homme. Et ensuite, elle répand du parfum sur ses pieds.

 

Les autres évangélistes raconteront la scène avec chacun sa propre interprétation. Matthieu y voit l’annonce des rites funéraires d’embaumement que les femmes feront sur le corps de Jésus : cette femme est ainsi prophète de la mort et de la résurrection du Christ (Mt 26,6-13).

Marc reprend cette lecture, en insistant sur le scandale économique du gaspillage d’un parfum très cher (Mc 14,3-18).

Jean oppose plus nettement encore le geste de cette femme (identifié par lui à Marie, soeur de Lazare) à celui de Judas. Il insiste également sur la diffusion de cette essence rare : « la maison fut remplie de ce parfum » (Jn 12,3).

 

Luc visiblement ne durcit pas l’opposition avec Judas. Et s’il mentionne l’argent, ce n’est pas pour dénoncer le gaspillage, mais pour louer la remise de dettes, grâce à la  petite parabole des deux débiteurs qui devaient beaucoup d’argent et peu d’argent.

Luc insiste sur le lien entre le parfum et la miséricorde : « si ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour ».

 

Il flotte donc comme un parfum de miséricorde dans ce geste odoriférant.

Comme le parfum cache et chasse des mauvaises odeurs corporelles qui gênent la relation avec autrui, le pardon recouvre « ce qui sent mauvais » dans nos vies, mieux que le désodorisant du matin sous les aisselles…

Comme le parfum rend un corps séduisant, désirable, attirant, la miséricorde renouvelle le désir d’être uni au Christ.

L’onction d’huile parfumée faite au baptême ou à la confirmation sur le corps du catéchumène (la chrismation) rappelle ce geste de la femme pécheresse : le corps du Christ, auquel le baptisé-confirmé est uni, irradie d’une fragrance qui le rend  désirable ; et « la maison tout entière est remplie de son parfum », c’est-à-dire que « la bonne odeur du Christ » (2 Co 2,15 ; Ph 4,18) se répand dans l’univers entier à travers le témoignage des baptisés.

 

La miséricorde est le moment où le flacon de parfum est ouvert pour être répandu.

 

Quelle odeur émane de nos comportements (on dit bien que la sainteté en a une) ?

Flotte-t-il dans nos journées comme un parfum de miséricorde ?

Ai-je le nez assez fin pour détecter les parfums d’Évangile que les rencontres d’aujourd’hui vont diffuser à mon égard ?

Comment éduquer mon « odorat intérieur » pour me laisser attirer par le parfum de la miséricorde, plus sûrement que par N°5 de Chanel ou « l’Instant » de Guerlain ?

Deuxième livre de Samuel 12,7-10.13. 
Alors Nathan dit à David : « Cet homme, c’est toi ! Ainsi parle le Seigneur Dieu d’Israël : Je t’ai sacré roi d’Israël, je t’ai sauvé de la main de Saül, 
puis je t’ai donné la maison de ton maître, je t’ai donné les épouses du roi ; je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas encore assez, j’y ajouterai tout ce que tu voudras. 
Pourquoi donc as-tu méprisé le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé par l’épée Ourias le Hittite ; sa femme, tu l’as prise pour femme ; lui, tu l’as fait périr par l’épée des fils d’Ammon. 
Désormais, l’épée ne cessera plus de frapper ta maison, pour te punir, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Ourias le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. 
David dit à Nathan : « J’ai péché contre le Seigneur ! » Nathan lui répondit : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas. 

Psaume 32(31),1-2.5.7.11. 
Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! 
Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude ! 
Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » Et toi, tu as enlevé l’offense de ma faute. 
Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; de chants de délivrance, tu m’as entouré. 
Que le Seigneur soit votre joie ! Exultez, hommes justes ! Hommes droits, chantez votre allégresse ! 

Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 2,16.19-21. 
Frères, nous le savons bien, ce n’est pas en observant la loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c’est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse,car personne ne devient juste en pratiquant la Loi. 
Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ) j’ai cessé de vivre pour la Loi afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis fixé à la croix : 
je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. 
Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c’était par la Loi qu’on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien. 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7,36-50.8,1-3. 
Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. 
Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum. 
Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum. 
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. » 
Jésus prit la parole : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. » 
Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. 
Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l’aimera davantage ? » 
Simon répondit : « C’est celui à qui il a remis davantage, il me semble. – Tu as raison », lui dit Jésus. 
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. 
Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. 
Tu ne m’as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m’a versé un parfum précieux sur les pieds. 
Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » 
Puis il s’adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » 
Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » 
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! » 
Ensuite Jésus passait à travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient, 
ainsi que des femmes qu’il avait délivrées d’esprits mauvais et guéries de leurs maladies : Marie, appelée Madeleine (qui avait été libérée de sept démons), 
Jeanne, femme de Kouza, l’intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les aidaient de leurs ressources.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , ,

12 mai 2010

Les vases communicants de l’Ascension

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les vases communicants de l’Ascension

 

Homélie de l’Ascension / année C

13/05/2010

 

Depuis l’Ascension, il y a du nouveau en Dieu !

Autrefois, du temps des dieux des philosophes, on pensait que rien ne devait changer en Dieu, car sinon il aurait été imparfait.

Dans le christianisme, la fête de l’Ascension marque une rupture par rapport à cette conception païenne d’un Dieu « immuable ».

En effet, aujourd’hui, notre nature humaine est introduite auprès de Dieu. Avec Jésus, notre humanité est assise « à la droite du Père ». En « remontant » auprès de son Père, le Fils, « vrai homme et vrai Dieu », fait donc en sorte que notre nature humaine soit désormais associée à la gloire, à la vie divine.

   

Il y a donc du nouveau en Dieu : notre humanité !

Lorsque nous relevons la tête vers Lui, nous pouvons en fait contempler notre propre nature humaine transfigurée en Christ, « assise » auprès de Lui…

 

Ce Dieu-là n’est pas étranger à nos joies, à nos peines. Ce Dieu qui fait de la place en lui pour l’homme-Jésus saura être attentif à ce qu’exprime l’homme de la rue de sa condition humaine, radieuse ou blessée.

Depuis l’Ascension « les cieux sont ouverts », la communication peut monter et descendre entre Dieu et l’homme (comme les anges sur l’échelle de Jacob), car Dieu a adopté en Jésus ressuscité notre famille humaine au sein de sa « famille » divine.

 

La résurrection du Christ nous renouvelle dans le même mouvement où lui-même est renouvelé en Dieu, parce que en Jésus le Christ, l’humanité et la divinité sont indissolublement liées, même au-delà de la mort.

Comme l’eau mêlée au vin dans le calice, on ne peut séparer Jésus-Christ de son épouse l’Église : ce qui arrive à l’un arrive également à l’autre ; ce qui transforme l’un transforme également l’autre.

Si nous le croyons vraiment, alors quelle énergie, quelle source de renouveau pourrons-nous puiser dans cette fête de l’Ascension ! !

 

Au Moyen Âge, les chrétiens avaient conscience bien plus que nous l’importance de cette fête. C’est souvent le Christ en Ascension qui était représenté sur les façades romanes : il orientait ainsi toute l’histoire humaine. Il aimantait l’activité des hommes : les saisons et les professions (symbolisées à travers les travaux et les signes du zodiaque), la liturgie et la vie de l’Église, la charité envers les pauvres…

Les paroles de Paul s’inscrivaient ainsi dans la pierre :

« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire ».

(Col 3,1-4)

 

Retrouvons cette immense espérance de l’Ascension : nous sommes faits pour être avec le Christ, dans la gloire de Dieu. Notre humanité est assise en lui auprès du Père. Levons la tête, et tâchons de correspondre par toute notre vie à cet avenir, aujourd’hui pleinement réalisé dans l’Ascension, dans la transfiguration de l’homme-Dieu.

 

Méditer sur ce bouleversement en Dieu serait déjà largement suffisant pour s’émerveiller d’un tel amour, qui va jusqu’à offrir à l’étranger le plus intime de sa propre demeure…

 

Mais il y a plus !

Si du nouveau apparaît en Dieu grâce à l’Ascension, c’est que réciproquement il y a du nouveau en l’homme, capable d’être ainsi divinisé !

Et si « le Fils unique, ayant pris notre nature humaine, la fit entrer dans la gloire à ta droite » (Prière eucharistique n°1), c’est « pour nous rendre participants de sa divinité » (2° préface de l’Ascension).

 

Les vases communicants de l'Ascension dans Communauté spirituelle vases_communicantsC’est le vieux principe des vases communicants : lorsqu’un flux de liquide envahit le tube de gauche, alors le niveau du tube de droite augmente lui aussi jusqu’à ce que le trop-plein se répartisse de manière égale entre les deux vases communicants.

Jésus le Christ est en personne cette communication entre Dieu et l’homme : la plénitude de la divinité qui lui est « redonnée » aujourd’hui rejaillit en plénitude de cette même divinité pour notre nature humaine, parce qu’il est vraiment Dieu et vraiment homme.

 

 

 

À l’Ascension, il y a du nouveau en Dieu pour qu’il y ait du nouveau en l’homme.

Dieu accepte ce « changement » pour que nous puissions croire à cette opération cachée, pourtant si simple : Dieu « diffuse » en nous, parce que le Christ « diffuse » en Dieu.

Dieu transforme notre existence à la mesure dont le Christ est transformé au sein de Dieu.

 

Puissions-nous faire cette expérience des vases communicants de l’Ascension, pour que toute notre vie en soit transformée…

 

 

 

1ère lecture : L’Ascension du Seigneur (Ac 1, 1-11)

Commencement du livre des Actes des Apôtres

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement,
jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis.
C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.
Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche.
Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. »
Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? »
Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine.
Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »
Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient :
« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

 

Psaume : Ps 46, 2-3, 6-7, 8-9

 R/ Dieu monte parmi l’acclamation, le Seigneur aux éclats du cor

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations, 
le Seigneur, aux éclats du cor. 
Sonnez pour notre Dieu, sonnez, 
sonnez pour notre roi, sonnez ! 

Car Dieu est le roi de la terre : 
que vos musiques l’annoncent ! 
Il règne, Dieu, sur les païens, 
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : Le Christ est entré dans le sanctuaire du ciel(He 9, 24-28; 10, 19-23)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu’une copie du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu.
Il n’a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ;
car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis le commencement du monde. Mais c’est une fois pour toutes, au temps de l’accomplissement, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice.
Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois, puis de comparaître pour le jugement,
ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.
C’est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus :
nous avons là une voie nouvelle et vivante qu’il a inaugurée en pénétrant au-delà du rideau du Sanctuaire, c’est-à-dire de sa condition humaine.
Et nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu.
Avançons-nous donc vers Dieu avec un coeur sincère, et dans la certitude que donne la foi, le coeur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure.
Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.

 

Evangile : Les dernières paroles et l’Ascension de Jésus (Lc 24, 46-53)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur disait : « Il fallait que s »accomplisse ce qui était annoncé par l »Écriture ; les souffrances du Messie, sa résurrection d »entre les morts le troisième jour,
et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
C’est vous qui en êtes les témoins.
Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force venue d’en haut. »
Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit.
Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel.
Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. 
Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

1 mai 2010

Comme des manchots ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Comme des manchots ?

 

La ville, figure de l’espérance chrétienne

 

Homélie du 5° Dimanche de Pâques / année C

02/05/2010

 

Comme des manchots ? dans Communauté spirituelle Manchots_tortueEn plein hiver, lorsqu’il fait -40°, les manchots empereurs de la Terre Adélie ont trouvé la parade. S’ils vont chacun de leur côté, ils meurent de froid sous le blizzard. Alors ils se regroupent, en formant la figure optimum pour diminuer le contact avec le froid extérieur : le cercle. En se serrant ainsi les uns contre les autres, ils arrivent à faire monter la température au centre jusqu’à +30° à l’intérieur de ce grand cercle ! Ceux qui sont exposés à la périphérie ont froid ; alors régulièrement ceux du centre prennent leur relève, pour que tous survivent…

 

Pour les humains, l’équivalent du cercle des manchots empereurs pourrait bien être la ville, figure optimum de la chaleur humaine.

Isolés dans une nature hostile, les premiers hommes avaient du mal à survivre, dans des grottes ou sur la savane. Et puis apparurent les villes. Et avec les villes : l’échange, le commerce, l’artisanat, la richesse… Pour le meilleur et pour le pire, les villes ont propulsé l’humanité à des sommets de civilisation. À tel point que deux tiers de notre humanité bientôt vivront dans des villes. Gigantesques, démesurés, bouillonnantes de tout le paradoxe humain, nos villes disent qui nous sommes.

Leur architecture, leur géographie, leurs monuments, leur art de vivre, leurs relations économique et culturelle aux autres : impossible d’apprécier le génie d’un peuple et la grandeur de son histoire sans déchiffrer ses villes, et le lien communautaire qu’elles incarnent.

 

La Bible l’a bien compris. Elle qui part d’un jardin : l’Eden (le fameux « jardin jadis perdu » comme on le chantait autrefois), pour aller vers une ville : la « Jérusalem nouvelle ».

La deuxième lecture d’aujourd’hui nous montre ainsi l’avenir de l’humanité, non pas sous les traits d’un jardin ou d’une nature sauvage, mais dans la figure d’une ville !

Une ville, c’est-à-dire : la nature humanisée, le lien social personnifié (cette Jérusalem est « comme la fiancée parée pour son époux »), l’échange généralisé.

 

Aucune nostalgie dans la foi chrétienne ! La foi chrétienne conteste radicalement le « mythe de l’éternel retour » (Mircea Eliade) qui caractérise les constructions religieuses humaines. Notre espérance n’est pas de retourner à un « âge d’or » naturel, qui n’a jamais existé. Il est de recevoir de Dieu la grâce d’habiter une « ville nouvelle », où Dieu demeure avec les hommes justement parce que cette ville traduira en organisation monumentale et sociale la vraie « nature » de l’homme : être lié, être relié aux autres et à Dieu, comme les manchots empereurs liés en cercle contre le blizzard glacial…

Au-delà du petit avertissement en forme de clin d’oeil à ceux qui seraient tentés par une écologie nostalgique pré- humaine, la vision « apocalyptique » de la Jérusalem nouvelle est une espérance extraordinaire !

 

Pourtant la ville dans la Bible n’a pas toujours bonne presse.

- On se souvient de Caïn, auteur du premier homicide, qui a bâti la première ville. Mais c’était pour lutter contre l’errance, en accord avec la protection promise par Dieu. Et il a appelé cette ville du nom de son fils : Hénok, comme pour conjurer le meurtre du frère…

babel Apocalypse dans Communauté spirituelle- Puis il y a eu Babel, et la tentation de la pensée unique, de la langue unique, de l’évacuation de la différence, de l’altérité. La tour inachevée de Babel reste le symbole suppliant nos villes d’accepter le brassage, la diversité, la pluralité des langues et des cultures.

D’autres villes résonnent encore comme des menaces dans la Bible :

Ur en Chaldée, symbole de l’idolâtrie qu’Abraham doit quitter.

Sodome et Gomorrhe, rappels de la violence urbaine liée au déni de la différence.

Babylone « la grande », lieu de l’exil et de la déportation qu’imposent les plus fort aux plus faibles : la ville comme lieu de la domination. Heureusement, il sortira de Babylone un roi, Cirrus, pour permettre au peuple de revenir à Jérusalem.

Jéricho, dont les murailles semblent empêcher l’entrée en Terre promise. Ah !,  ces murailles que nous érigeons autour de nos villes pour les isoler du passage et de l’échange avec l’étranger !

Ninive, ville païenne qui « fait ce qui est mal », mais capable de se convertir à l’appel du prophète Jonas (comment désespérer de nos cités avant de les parcourir comme Jonas pour leur annoncer le pardon ?).

- Et regardez le livre des Actes des Apôtres que nous lisons pendant ces 50 jours après Pâques : l’évangélisation y est essentiellement urbaine, pas rurale. Joppé, Antioche, Iconium, Lystre, Derbé, Philippes, Thessalonique… : la liste est longue des villes où l’annonce de la résurrection de Jésus a retenti pour faire naître des Églises, désignées justement par le nom de leur ville (cf. les 7 lettres aux 7 Églises dans l’Apocalypse).

- Et puis il y a Jérusalem.

La Jérusalem historique, cité du roi David, épouse de Yahvé, tantôt triomphante, tantôt asservie.

La Jérusalem qui lapide les prophètes et crucifie Jésus hors de la ville, capable de tant d’infidélité qu’elle en fera pleurer Jésus.

La Jérusalem où le peuple ne fait qu’un, « où tout fait corps », joyau de l’unité promise ; à tel point que le Dieu Un habite au milieu de cette ville lorsqu’elle est unie, en son Temple.

 

La Jérusalem nouvelle de l’Apocalypse de saint Jean récapitule cette histoire urbaine, que la Bible épelle sans s’en cacher la violence ni l’inhumanité. Elle conjugue de fortes murailles, donc des repères et des différenciations structurantes, avec 12 portes ouvertes à tous les peuples de la terre accueillis dans l’Église.

Le rassemblement, l’interdépendance, la complexité du lien social vécu en ville sont donc des figures de la communion à venir.

 

Comment désespérer alors de nos villes modernes ?

Elles peuvent, elles doivent devenir des anticipations de cette Jérusalem céleste.

 

L’Exposition Universelle 2010, la plus grande de tous les temps, débute en Chine à Shangaï ce 1° Mai; elle a pour thème: « Meilleure ville, meilleure vie ». Tout un programme… dont l’enjeu nous touche au coeur de notre foi !

 paris%20vu%20du%20ciel Babel 

Que chacun de nous s’interroge sur la façon dont il vit sa ville, les villes.

Comment avancer vers ce que saint Jean nous dit de la Jérusalem nouvelle ?

Quel est mon investissement pour transformer ma ville – c’est-à-dire mon quartier, les associations autour de moi, l’activité économique, culturelle… – en un lieu de communion ?

Quel rôle pourrions-nous jouer ensemble, comme les manchots empereurs formant le cercle, pour faire de nos villes une source de chaleur humaine et divine ?

 

2° Lecture: Ap 21, 1-5a
La ville nouvelle
Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et il n’y avait plus de mer. Et j’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux.
Et j’ai entendu la voix puissante qui venait du Trône divin ; elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort n’existera plus ; et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse ; car la première création aura disparu. »
Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »
Patrick BRAUD
Mots-clés : , , ,
1...555657585960