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29 mars 2024

Déréliction du Vendredi Saint

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 15 min

Déréliction du Vendredi Saint

 

Homélie du Vendredi  Saint Année B

29/03/24

 

Cf. également :

Un Vendredi saint avec Paul Claudel
Le Vendredi Saint du Serviteur souffrant
Le grand silence du Samedi Saint
Vendredi saint : les soldats, libres d’obéir
Vendredi Saint : la Passion musicale
Comme un agneau conduit à l’abattoir
Vendredi Saint : paroles de crucifié
Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ
Vendredi Saint : les morts oubliés
Vendredi Saint : la déréliction de Marie
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La Passion du Christ selon Mel Gibson

 

Déréliction du Vendredi Saint dans Communauté spirituelleS’il est un mot chargé de l’intensité de chaque Vendredi Saint, c’est bien celui-là : déréliction

On y entend des accents de déroute, d’éviction, d’abandon.

Déréliction : le visage du crucifié y transparaît en filigrane. Déchiré par le sentiment d’abandon où l’immerge l’infâme condamnation qui le range à la dernière place, parmi les maudits : « maudit soit qui pend au gibet » (Ga 3,13 ; Dt 21,23).

Déréliction : l’étymologie latine en fait l’absence de tout lien (de-relinquo), de toute relation.

 

Asphyxié par le poids de son corps, Jésus en croix glisse vers le non-être. Lui qui appelait YHWH « abba« , il ne peut plus lui crier que « Eloï, Eloï… », sans avoir de réponse.

Dieu s’était révélé à Moïse avec les 4 lettres du Tétragramme : YHWH, ‘je suis qui je serai’. Mais la mort est justement la négation de tout présent, de tout futur. C’est l’anti-YHWH par excellence. 

Comment Jésus, si intime avec Dieu, pourrait-il laisser la mort s’approcher sans angoisse ? Elle va effacer tout ce qu’il a incarné. Elle va contredire absolument ce que le nom de YHWH énonçait.

Il en crie de douleur, et la souffrance physique du supplice est bien moindre que la douleur spirituelle de l’abandon.

 

Et nous, comment allons-nous mourir ?

Mes derniers instants seront-ils sereins et confiants, comme ceux d’Étienne lapidé à l’écart de Jérusalem : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Ac 7,59) ?

Ou serai-je violent et révolté comme Spartacus crucifié lui aussi pour la cause des esclaves ?

La société veut nous étourdir, nous divertir, nous détourner de la fin qui approche. L’addiction à nos écrans nous éloigne de nous-mêmes. Nous sommes si absents que la mort risque de ne plus trouver personne chez nous lorsqu’elle frappera à la porte…

 

Les débats pour les lois à voter sur la fin de vie nous obligeront à nous reposer cette effrayante question : comment vais-je mourir ?

Les soins palliatifs plaident pour une fin entourée, soulagée, paisible. Le suicide assisté réhabilite la liberté jusqu’au bout, le courage, le réalisme d’une mort choisie, rapide et sans souffrance.

La plupart des humains ne bénéficieront ni des uns ni de l’autre. 

Bien malin qui pourrait prédire comment il traversera ses derniers instants ! 

Bien présomptueux qui affirmerait mourir comme Socrate ou au contraire comme Judas !

 

61-dKqdxrUL._SL1320_ Bernanos dans Communauté spirituelleDans le dialogue des Carmélites (1948), Bernanos évoque une autre piste, christique, mystique : mourir-pour. La Prieure du Carmel se croyait forte dans la foi pour affronter l’issue fatale de sa maladie. Mais le moment venu, elle est défigurée de peur :

« La tête de la prieure retombe lourdement sur l’oreiller. […] Elle a les yeux fixes et dès qu’elle cesse de parler, sa mâchoire inférieure tombe ». Elle a une « voix basse et rauque », « une plainte étrange » sort de sa bouche. « Le regard de la prieure n’a cessé de bouger dans son visage déjà comme immobilisée par la mort. Quand la prieure, sentant sa fin venir, fait demander Blanche à son chevet, on la voit « dressée et maintenue à genoux sur son lit […], son visage défiguré ». Les seuls mots audibles qu’elle balbutie dans son délire sont : « Demande pardon… Mort… Peur… Peur de la mort ».

Elle n’est plus que déréliction et terreur lorsque la mort fige son corps.

Les autres sœurs ne comprennent pas le sens d’une fin si horrible, et si peu conforme à la foi robuste de leur Prieure. 

CONSTANCE

Pensez à la mort de notre chère Mère, Sœur Blanche ! Qui aurait pu croire qu’elle aurait tant de peine à mourir, qu’elle saurait si mal mourir ! On dirait qu’au moment de la lui donner, le bon Dieu s’est trompé de mort, comme au vestiaire on vous donne un habit pour un autre. Oui, ça devait être la mort d’une autre, une mort pas à la mesure de notre Prieure, une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait seulement pas réussir à enfiler les manches…

 

BLANCHE

La mort d’une autre, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, Sœur Constance ?

 

CONSTANCE

Ça veut dire que cette autre, lorsque viendra l’heure de la mort, s’étonnera d’y entrer si facilement, et de s’y sentir confortable… Peut-être même qu’elle en tirera gloire : « Voyez comme je suis à l’aise là-dedans, comme ce vêtement fait de beaux plis… » 

On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait ? »

 

Il faudra attendre le bruit de la guillotine à la fin de la pièce pour comprendre que la Prieure est morte dans les affres de la déréliction pour donner à ses sœurs la force d’aller à l’échafaud avec amour, en chantant :

« Place de la Révolution. 

Les carmélites descendent de la charrette au pied de l’échafaud. Au premier rang de la foule compacte, on reconnaît, coiffé du bonnet phrygien, le prêtre qui murmure l’absolution, fait un furtif signe de croix et disparaît rapidement. Aussitôt les Sœurs entonnent le Salve Regina, puis le Veni Creator. Leurs voix sont claires et très fermes. La foule, saisie, se tait. On ne voit que la base de l’échafaud, où les Sœurs montent une à une, chantant toujours, mais à mesure qu’elles disparaissent le chœur se fait plus menu. 

Plus que deux voix, 

plus qu’une. 

Mais à cet instant, partant d’un autre coin de la grande place, une nouvelle voix s’élève, plus nette, plus résolue encore que les autres, avec pourtant quelque chose d’enfantin. Et on voit s’avancer vers l’échafaud, à travers la foule qui s’écarte, interdite, la petite Blanche de la Force. Son visage semble dépouillé de toute crainte. »

 

Que la déréliction de ce Vendredi Saint nous donne le courage de regarder notre mort en face, jusqu’à l’offrir pour d’autres s’il le faut.

 

Célébration de la Passion du Seigneur

1ère lecture : « C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »(Is 52, 13 – 53, 12)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.
Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.
Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.
Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume : 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

2ème lecture : Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5,7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.  Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Évangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)
Acclamation : Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean
Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.
L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous ? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »  Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m’interroges-tu? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.  Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.  Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même, Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ;si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la véritéé coute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit.  Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient.  Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moisi tu ne l’avais reçu d’en haut ;c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu-dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.  Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »  L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ;ils ont tiré au sort mon vêtement.C’est bien ce que firent les soldats.  Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.  (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)  Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé.Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.  Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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24 mars 2024

Poème pour le Jeudi Saint

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Poème pour le Jeudi Saint

 

Homélie du Jeudi  Saint Année B

28/03/24

 

Cf. également :

Jeudi Saint : les multiples interprétations du lavement des pieds

Le casse-croûte du Jeudi saint

Jeudi Saint : aimer jusqu’au « telos »
La portée animalière du sacrifice du Christ
Jeudi saint : les réticences de Pierre
« Laisse faire » : éloge du non-agir
« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus
Jeudi Saint : pourquoi azyme ?
La commensalité du Jeudi saint
Le Jeudi saint de Pierre
Jeudi Saint / De la bouchée au baiser : la méprise de Judas
Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique
Je suis ce que je mange
La table du Jeudi saint
Le pain perdu du Jeudi Saint
De l’achat au don

 

En complément des autres pistes de méditation pour le Jeudi saint, voici un court poème de Jules Laforgue, à partir de la nuit d’adoration suivant la Cène, devant le Saint Sacrement exposé…


Poème pour le Jeudi Saint dans Communauté spirituelle
Petite chapelle

Il faudra que j’expose
Dans un ostensoir lourd
Mon cœur rongé d’amour
Que son sang pur arrose.

En cette apothéose
Mille cierges autour
Brûleront nuit et jour
Dans une vapeur rose !

Et blêmes, jour et nuit,
Sangloteront vers lui
Comme vers une Idole

Les cœurs tendres venus
Pour ces maux inconnus
Dont rien ne les console!

Jules Laforgue

 

MESSE DU SOIR

 

PREMIÈRE LECTURE
Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

 

Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)
R/ La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ. (cf. 1 Co 10, 16)

 

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

 

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11, 23-26)

 

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

ÉVANGILE
« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Patrick BRAUD

 

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17 mars 2024

De quoi l’ânon des rameaux est-il le nom ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

De quoi l’ânon des Rameaux est-il le nom ?

 

Homélie pour le Dimanche des Rameaux / Année B 

24/03/2024

 

Cf. également :
Le coq défait Pierre
Rameaux : la Passion du Christ selon Mel Gibson
Rameaux : vous reprendrez bien un psaume ?
Rameaux : la Passion hallucinée de Jérôme Bosch
Rameaux : le conflit ou l’archipel
Comment devenir dépassionnés
Rameaux : assumer nos conflits
Rameaux, kénose et relèvement
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…


Le Théâtre des deux ânes

2 ânesDe tradition, la France est un pays où l’on aime bien les chansonniers. Ce genre d’humour politique nous est propre : comme les fous du roi autrefois, les chansonniers dans les cabarets et théâtres ont le droit de tout dire sur nos gouvernants, nos responsables politiques, nos célébrités. Et ils ne s’en privent pas ! Aujourd’hui encore, le Caveau de la République à Paris, le Café d’Edgard ou le Théâtre des deux ânes etc. portent chaque semaine à l’affiche des one-man-shows légèrement délirants, des spectacles où les imitateurs, les comédiens, les humoristes nous font rire sans souci des convenances. Chaque vendredi, la chaîne de télévision Paris Première diffuse le show de la ‘Revue de presse’ au Théâtre des deux ânes. Si on aime cet humour décalé, les larmes de rire sont garanties ! Élodie Poux, Bernard Mabille, Philippe Chevallier, Régis Mailhot et autres Guidoni n’arrêtent pas de faire l’âne pendant deux heures en passant nos personnages importants à l’essoreuse de leurs mots d’esprit.

Faire l’âne est une qualité chez nous. Tant que cette impertinence restera autorisée par le pouvoir, nous serons en pays libre.

En ce dimanche des Rameaux, centrons notre regard sur le petit âne qui rentre à Jérusalem, acclamé par la foule :
de quoi l’ânon des Rameaux est-il le nom ?

 

1. L’accomplissement des Écritures

De quoi l’ânon des rameaux est-il le nom ? dans Communauté spirituelle thoraLe choix insolite de Jésus – un cheval eut été plus noble – est aux yeux des évangélistes une façon de montrer qu’il est le Messie annoncé dans les Écritures. La citation de Zacharie l’atteste : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse » (Za 9,9).

 

Comme l’entrée à Jérusalem est le début de la Passion, l’importance de ce rappel est majeur : contrairement aux apparences désastreuses (échec, supplice, mise à mort, déshonneur) ce que va subir Jésus à Jérusalem est bien ce que promettaient les prophètes : un roi juste et victorieux. Juste, car démasquant l’injustice des pouvoirs des puissants de ce monde. Victorieux, car la résurrection viendra couronner le chemin de la Croix. Roi jusqu’au bout, comme l’attestera la pancarte INRI sur le gibet.

Jésus ne subit pas : il choisit de donner sa vie, de donner la Vie en donnant sa vie.

Ce thème de l’accomplissement des Écritures est si important à destination des juifs choqués par la Passion que Mathieu convoquera l’ânesse avec l’ânon (Mt 21,2). Comme cela il y aura deux témoins [1], comme le prescrit la Loi juive (Dt 19,5), pour attester de la messianité de Jésus.

 

Lorsque les événements ne se déroulent pas comme nous l’avions prévu, faisons mémoire de l’ânon des Rameaux : si le Christ monte à notre bord, il transformera nos galères en entrée triomphale !

 

2. Douceur, humilité, non-violence

3IRQQ5HCBLZAECMAGYZIYMLVCQ âne dans Communauté spirituelleL’autre image qui nous vient aussitôt à l’esprit en pensant un petit âne, c’est la douceur, la gentillesse, l’humilité. Imaginez-vous le Président Macron descendant les Champs Élysées le 14 Juillet 2022 dans une Clio deux places et non dans sa luxueuse et blindée DS 7 hybride ?

Sobre et serviable des années durant, l’âne ne demande pas grand-chose, mais soulève de si lourdes charges et rend tant de services ! Il ne parade pas avec les chevaux en tête de défilé, ni avec les lions sur les podiums de cirque. Quel animal conviendrait mieux que lui pour brosser le portrait d’un Messie « doux et humble de cœur » (Mt 11,29) ? Pas d’attitude guerrière chez Jésus lorsqu’il franchit les portes des remparts de Jérusalem. Au contraire, on l’acclame comme « celui qui sauve » : hosanna ! Littéralement : « sauve-nous ! » « Le salut est avec toi, fils de David ! »

La douceur du Christ est le reflet de la miséricorde du Père. S’il est victorieux, ce n’est pas à la manière des rois guerriers : il est vainqueur du mal et de la mort justement pour en sauver les pires d’entre nous qui s’y adonnent.

La grandeur du Messie n’est pas dans l’or de ses palais ni la taille de son jet présidentiel. Il est grand de ce que nous lui donnons, comme en témoignent les vêtements de la foule qu’elle dépose sur ses pas.

 

Lorsque la tentation de la grandeur nous enivre, dans nos missions, nos responsabilités, nos prises de parole, gardons à l’esprit l’humble ânon des Rameaux, qui a porté le Maître du monde grâce à sa simplicité.

 

3. Filiation

Petit âneC’est d’un ânon dont Jésus a besoin. Pas d’un âne. Car il est question de filiation ici. Le fils de David, le fils unique de Dieu se définit toujours en dépendance de sa source. Il n’est pas à lui-même sa propre origine. Il se reçoit un autre, comme l’ânon reçoit de l’ânesse pour la naissance et le lait.

Avec les Rameaux, c’est bien la question de la filiation qui est posée : comment devenir enfant de Dieu, réellement ? Sur le mont Moriah, Abraham a sacrifié un bélier et non un agneau à la place d’Isaac, car c’était sa paternité qui était en cause. Ici, c’est le petit d’une ânesse qui va désigner le Fils par excellence. Monter sur un ânon nous rappelle que notre vocation est de devenir enfant de Dieu, en vérité.

 

Lorsque le succès, la réussite nous griseront au point de nous croire indépendants, sans devoir rien à personne, regardons l’ânon des Rameaux : quelle est ma source ? de qui ai-je reçu ? de qui suis-je l’enfant ?

 

4. La liberté des enfants de Dieu

Va détacher l'ânon Jésus-Christ en a besoinCet ânon était attaché : c’est plus qu’un détail ! Notre identité filiale est comme ligotée, prisonnière des liens d’attachement à nos œuvres, à notre vaine gloire, à notre volonté d’indépendance. Lorsque Jésus ordonne à ses disciples : « détachez-le et amenez-le », on entend comme un écho de l’ordre donné aux proches de Lazare sortant du tombeau : « déliez-le et laissez-le aller ». L’ânon christophore (qui porte le Christ) est un enfant libre, comme on dirait en Analyse Transactionnelle (à la différence de l’enfant soumis, ou de l’enfant rebelle). Le verbe détacher est répété trois fois dans l’Évangile de Marc 11, tellement c’est capital de libérer les enfants de Dieu pour les rendre disponibles au service de leurs frères, ici le service du Christ entrant à Jérusalem.


On entend également dans ce « détachez-le » un écho inversé de la ligature d’Isaac (Gn 22) : Abraham le père avait lié son fils sur l’autel au nom de ses croyances sanguinaires ; l’ange lui fait utiliser le couteau pour couper les cordes liant en son fils et non pour lui trancher le cou.

En Christ, les fils sont libres, les filles ne sont plus esclaves. Jésus acceptera pour cela d’être lui-même ligoté (Mc 15,1) par les pouvoirs juifs pour aller rejoindre tous ceux qui étaient prisonniers de la Loi, afin de les délier par sa Résurrection.

 

Visualisons l’ânon attaché par une corde à un anneau dans le mur : que voudrait dire délier de leurs attaches nos proches, nos collègues ? Comment faire grandir en moi le désir de les amener au Christ ?

 

4. Nouveauté

 EtchegarayMarc prend soin de préciser que cet âne est tout neuf en quelque sorte, « un ânon sur lequel personne n’était jamais monté ». Un être neuf au début de la Passion.

À la fin de la Passion, ce sera dans un tombeau neuf, « un tombeau qui n’avait jamais servi pour personne » (Jn 19,41), que Jésus mort sera déposé.

D’une nouveauté à l’autre, c’est la radicale innovation du christianisme qui est en jeu : héritier du judaïsme (l’ânesse, le pharisien propriétaire du tombeau neuf), le christianisme sait « tirer du neuf de l’ancien » (Mt 13,52). Jésus avait conscience que sa Passion allait dévoiler quelque chose d’inouï, que l’homme n’aurait jamais pu inventer : l’amour de Dieu vainqueur de la mort par le service et le don de soi.

Que nul n’efface cette différence irréductible !

Que personne n’annule la nouveauté du Christ en « retournant à son vomi » (Pr 26,11) !

« À vin nouveau, outres neuves » (Mt 9,17).

 

Lorsque les audaces évangélisatrice de l’Esprit aujourd’hui nous troublent, nous effraient, revenons à la nouveauté de l’ânon des Rameaux : il y aura toujours de l’inédit dans la foi chrétienne, pourquoi y résister ?

 

5. Gentilité

220px-Palmesel_MNMA_Cl23799 RameauxUne de ces nouveautés chrétiennes, c’est bien sûr l’ouverture aux païens, ceux que l’on appelait les Gentils (et qui ne l’étaient pas tous !). Les Pères de l’Église ont souvent commenté cet épisode des Rameaux en identifiant l’ânesse à Israël, la mère de la Révélation, et l’ânon à l’Église, qui s’est ouverte aux non-juifs, à ceux que la Révélation n’avait pas encore explicitement touché.

Amener un ânon pour porter le Christ, c’est la gentilité de l’Église, c’est l’ardente obligation qui nous est faite de nous ouvrir à l’universel et de permettre à tous les peuples, toutes les cultures, de devenir christophores.

 

Lorsque la tentation nous habite de nous replier sur de petits cercles cathos bien au chaud entre nous, ré-entendons le Christ nous demandant de libérer l’ânon pour lui amener ; laissons son Esprit nous faire « passer aux barbares »…

 

6. Bonnet d’âne

bonnet-d-ane-(photo-dr-rue-des-archives)-1525962569Au XIX° siècle, les instituteurs punissaient les élèves indisciplinés ou paresseux en les mettant au coin, coiffés d’un bonnet d’âne à grandes oreilles. Une façon d’humilier les récalcitrants en les assimilant à des ânes… S’afficher avec un âne n’était alors pas glorieux ! Pourtant, c’est vrai que l’âne a de grandes oreilles, et du coup il est devenu le symbole d’une créature qui écoute. « Écoute » est le premier commandement de la Torah : « Schema Israël », « Écoute Israël » (Dt 6,4). La règle de saint Benoît commence par ces mots : « Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et prête l’oreille de ton cœur ». Le moine est souvent représenté avec de grandes oreilles pour écouter mieux la parole de Dieu.

 

Lorsque le bruit incessant de notre société te submerge, concentre-toi sur les grandes oreilles de l’ânon des Rameaux : il est temps d’écouter, quitte à paraître coiffer le bonnet d’âne aux yeux des autres étourdis de non-silence.…

 

7. Tu me fais braire

16494144-une-bande-dessinée-braire-vecteur-âne-et-les-fichiers-haute-résolution-sont-disponiblesL’âne est encore célèbre pour ses braiments à réveiller les morts ! À tel point que, quand on dit à quelqu’un : tu me fais braire, on lui signifie qu’il peut toujours ergoter, l’âne que vous êtes continuera à faire entendre sa voix…

Et La Fontaine nous a prévenus : ne vous fiez pas à l’apparence inoffensive de cet animal ! Lorsque le vieux lion affaibli tombe malade, le coup de pied de l’âne va l’expédier ad patres ! Regardez les sabots de l’âne : une ruade peut être mortelle. La non-violence du Christ n’exclut pas la violence envers le mal (pas envers celui qui le commet) pour l’empêcher de nuire. Samson n’a-t-il pas autrefois terrassé 1000 hommes avec une mâchoire d’âne (Jg 15,15) ?

 

Quelle image plus réaliste que le braiment d’un âne pour symboliser le prophétisme des baptisés ? Comme le Messie, ils proclament la Parole « à temps et à contretemps » (2Tm 4,2), quitte à insupporter les bien-pensants. Rien n’a pu faire taire les martyrs, ni le supplice ni la mort : ils ont proclamé leur foi jusqu’au bout.

 

Lorsqu’on veut vous faire taire parce que votre foi dérange, n’arrêtez pas de braire comme l’ânon des Rameaux !

 

8. Adorer un dieu à tête d’âne

Crucifié tête d'âneOn a retrouvé dans les catacombes romaines un vieux graffiti du II° siècle, montrant des chrétiens adorant un crucifié à tête d’âne. Une caricature façon Charlie Hebdo avant la lettre ! C’est donc que certains Romains identifiaient Jésus à son âne, et se moquaient de ce soi-disant Messie échouant lamentablement sur la croix. Ces critiques mettent pourtant en évidence un trait original la foi : il s’est rangé du côté des exclus, des ânes moqués par tous. Il a fait corps avec les moins-que-rien à qui on déniait toute humanité, jusqu’à les traiter comme des animaux, des bêtes de somme, des ânes…

 

Voilà le message de l’âne des Rameaux : le chrétien doit avoir ce courage de paraître fou pour le monde, de paraître un âne pour les autres, un imbécile, d’être incompris, d’être considéré comme discordant. Il est rejeté, certes, mais c’est lui qui annonce la vérité.

Et d’ailleurs, il est très injuste de dire que l’âne est bête. Il ne l’est pas, il est même beaucoup plus intelligent qu’un cheval. Et en soi, le chrétien n’est pas un imbécile, il est plutôt un incompris, il peut passer pour fou mais il ne l’est pas du tout ! Paul écrit en effet : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. […] La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? Puisque, en effet, par une disposition de la sagesse de Dieu, le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile » (1Co 1,18-21).

 

On célébrait même une « fête de l’âne » au XIII° siècle dans les cathédrales de Sens, Beauvais, Rouen etc. C’était au moment du solstice d’hiver. Cette fête de l’âne était fort curieuse. Ce jour-là donc, lors de la grand-messe, on faisait entrer un âne solennellement dans la cathédrale, il était revêtu d’un manteau d’or et il avait une grande traîne qui était tenue par quatre des membres les plus éminents du clergé du chapitre. Dans l’église, l’âne se tenait dans le chœur, juste à côté de l’évangile. On célébrait ensuite toute la messe en son honneur. Le peuple répondait « hi-han » en guise d’ « Amen ». La messe se terminait ainsi : le prêtre disait « deo gratias / ite missa est / hi-han », et toute la foule dans la cathédrale disait trois fois « hi-han, hi-han, hi-han »… L’âne des Rameaux (de la crèche et de la fuite en Égypte) a donc eu un succès étonnant jusque dans nos liturgies !

 

Lorsque le dégoût ou le rejet te tente au point de vouloir exclure ceux qui ne correspondent pas à des critères, contemple le crucifié à tête d’âne. Qu’il t’aide à faire le lien entre le Messie triomphant entrant à Jérusalem et le condamné déshonoré, à l’écart…

 

9. Au pas de l’âne

1200x900_queyras-colportage-au-pas-de-l-ane-images-et-reves-197430Terminons par une autre caractéristique de l’âne : contrairement au cheval qui galope à grande allure, l’âne au mieux trottine, le plus souvent marche à pas mesurés. Aller vite ou loin ? Des fois, il faut choisir ! En montagne, il n’y a pas plus sûr par les sentiers pierreux escarpés que le pas de l’âne, lent et mesuré.

Ce chemin pour aller vers Dieu, c’est un chemin qui doit se faire au pas d’un âne. C’est ainsi que doit être notre cheminement dans la foi : tranquillement, avec le temps, en douceur. Pour découvrir Dieu, s’en rapprocher, il faut aller pas à pas, avec une certaine constance et bien tranquillement. La conversion à Dieu n’est pas toujours quelque chose de spectaculaire, c’est un lent trajet. Il faut tout au long de sa vie suive ce chemin, doucement, comme assis sur un âne, sans éclat, sans brutalité, sans violence, en douceur, en toute paix. Et ainsi simplement laisser travailler en soi ce cheminement long et pacifique qui nous rapproche de Dieu.

 

Notre marche à la suite du Christ ferait bien de s’inspirer de ce pas de l’âne, comme l’écrivait non sans humour le cardinal Etchegaray :

 

41qSYdULahL._SY466_J’avance comme un âne

 

J’avance, comme l’âne de Jérusalem 

dont le Messie, un jour des Rameaux, fit une monture royale et pacifique.

Je ne sais pas grand’chose,

mais je sais que je porte le Christ sur mon dos

et j’en suis plus fier que d’être bourguignon ou basque.

Je le porte, mais c’est lui qui me mène :

je sais qu’il me conduit vers son Royaume et j’ai confiance en lui.

 

J’avance à mon rythme. 

Par des chemins escarpés,

loin de ces autoroutes où la vitesse vous empêche

de reconnaître monture et cavalier.

Quand je bute contre une pierre, mon Maître doit être

bien cahoté, mais il ne me reproche rien.

C’est merveilleux comme il est bon et patient avec moi :

il me laisse le temps de saluer la ravissante ânesse de Balaam, 

de rêver devant un champ de lavande,

d’oublier même que je le porte.

 

J’avance, en silence. 

C’est fou comme on se comprend sans parler ; 

d’ailleurs, je n’entends pas trop quand il me souffle des mots à l’oreille.

La seule parole de lui que j’ai comprise semblait être pour moi tout seul 

et je puis témoigner de sa vérité :  » Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11,30).

C’est comme, foi d’animal, quand je portais allègrement sa mère vers Bethléem, un soir de Noël. 

Jules Supervielle, le poète ami des ânes, l’a bien deviné : 

 »elle pesait peu, n’étant occupée que de l’avenir en elle ».

 

J’avance, dans la joie.

Quand je veux chanter ses louanges,

je fais un boucan de tous les diables, je chante faux.

Lui, alors, il rit de bon cœur, d’un rire qui transforme

les ornières en piste de danse

et mes sabots en sandales de vent.

Ces jours-là, je vous jure, on en fait du chemin !

J’avance, j’avance comme un âne

qui porte le Christ sur son dos.

 

Cardinal Etchegaray (†)

______________________________________________

[1]. Mais on voit mal comment Jésus aurait pu être assis sur les deux à la fois (Mt 21,7) !…

 

 

PROCESSION DES RAMEAUX

Évangile
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mc 11, 1-10)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : ‘Que faites-vous là ?’, répondez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.’ » Ils partirent, trouvèrent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachèrent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »

MESSE DE LA PASSION


PREMIÈRE LECTURE
« Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Is 50, 4-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
 
PSAUME
(21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a)
R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

DEUXIÈME LECTURE
« Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.
 
ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mc 14, 1 – 15, 47)
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Marc
Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs son les suivants :
X = Jésus ; = Lecteur ; D = Disciples et amis ; = Foule ; = Autres personnages.

L. 
La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir. Car ils se disaient : A. « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
L. Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : A. « À quoi bon gaspiller ce parfum ? On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » L. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus leur dit : X « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours. Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
L. Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus. À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : D. « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » L. Il envoie deux de ses disciples en leur disant : X « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » L. Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : X « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » L. Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : D. « Serait-ce moi ? » L. Il leur dit : X « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » L. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : X « Prenez, ceci est mon corps. » L. Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : X « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
L. Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : X « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger,et les brebis seront dispersées. Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » L. Pierre lui dit alors : D. « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » L. Jésus lui répond : X « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » L. Mais lui reprenait de plus belle : D. « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » L. Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : X « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » L. Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : X « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » L. Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : X « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » L. Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : X « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » L. De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : X « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
L. Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : D. « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » L. À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : D. « Rabbi ! » L. Et il l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent. Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille. Alors Jésus leur déclara : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. » L. Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu. Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage : A. « Nous l’avons entendu dire : ‘Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.’ » L. Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants. Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : A. « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? » L. Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : A. « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » L. Jésus lui dit : X « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. » L. Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : A. « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » L. Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : F. « Fais le prophète ! » L. Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : A. « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » L. Pierre le nia : D. « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » L. Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : A. « Celui-ci est l’un d’entre eux ! » L. De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : F. « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. » L. Alors il se mit à protester violemment et à jurer : D. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » L. Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
L. Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : A. « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. » L. Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné. À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute. La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude. Pilate leur répondit : A. « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : A. « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », L. de nouveau ils crièrent : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate leur disait : A. « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » L. Mais ils crièrent encore plus fort : F. « Crucifie-le ! » L. Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : F. « Salut, roi des Juifs ! » L. Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements.
Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire). Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia. L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : F. « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : A. « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » L. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : X « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », L. ce qui se traduit : X « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » L. L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : F. « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! » L. L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : A. « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » L. Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : A. « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

 L. Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem. Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.
Patrick BRAUD

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10 mars 2024

Agonistique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Agonistique

 

Homélie pour le 5° Dimanche de Carême / Année B 

17/03/2024

 

Cf. également :
 
Va te faire voir chez les Grecs !

Grain de blé d’amour…
La corde à nœuds…
Qui veut voir un grain de blé ?
Le jeu du qui-perd-gagne
Quels sont ces serpents de bronze ?

Dieu est un trou noir

 

1. Les Jeux agones

Agonistique dans Communauté spirituelleNos Jeux Olympiques Paris 2024 vont débuter le 26 juillet. Ce sont les héritiers des anciennes compétitions organisées par la ville grecque d’Olympie tous les 4 ans. Ces Jeux ont été créés au cours du VIII° siècle avant J.-C., en l’honneur du dieu Zeus. Ils durèrent environ 1000 ans, jusqu’en 393, date des dernières Olympiades (car l’empire devenu chrétien a abandonné les cultes des idoles grecques et romaines). Ces jeux antiques étaient appelés λυμπιακο γώνες  (olympiakoi agōnes), littéralement « Agones Olympiques » : le terme grec γν (agōn) signifie combat, lutte. Les épreuves étaient désignées par ce terme : ππικο γνες (hippikoì agỗnes, courses de chevaux), γυμνικοί γνες (gumnikoí agỗnes, athlétisme) etc. Contrairement à la devise moderne de Pierre de Coubertin (« L’important, c’est de participer »), l’important dans ces jeux antiques était de combattre jusqu’à la victoire. L’agonistique était alors la discipline qui concernait les sports de combat et les épreuves olympiques. En français, le terme est resté pour désigner une attitude combative qui va jusqu’au bout, jusqu’à la mort s’il le faut.

 

Pour les chrétiens, agōn fait immédiatement penser à l’agonie de Jésus à Gethsémani. Là, sur le Mont des Oliviers, il se bat en lui-même pour rester fidèle à sa mission alors que l’infamie du supplice de la croix se profile. Et c’est un sacré combat intérieur : ne pas fuir, faire face, donner sa vie, jusqu’au bout, sans haine, par amour. Ce combat, cette agonie est tellement violente que Jésus en transpire du sang et de l’eau. Il est comme pressuré, vidé par cette déchirure intérieure : sauver sa peau en rentrant dans le rang, ou se ranger du côté des exclus au prix de son honneur, de sa dignité, de sa vie.

Les Jeux agones de Jésus se déroulent à Gethsémani…

 

Sauf pour Jean ! Comme souvent très différent de Mt/Mc/Lc, Jean ne raconte pas dans l’évangile de ce dimanche (Jn 12,20-33) cette scène à Gethsémani, mais à Jérusalem au moment où Philippe et André transmettent à Jésus le désir des Grecs de le connaître. Jésus répond : pas seulement les Grecs, mais le monde entier sera attiré par le Christ « élevé de terre ». Entre les deux, il y a la croix : « il signifiait par-là de quel genre de mort il allait mourir ». Alors Jean transfère ici l’agonie que les trois autres situent à Gethsémani : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! ».

 

 agonie dans Communauté spirituelleCette agonie johannique vise l’universalité de la croix–résurrection, alors que l’agonie à Gethsémani chez les synoptiques visait la fidélité du fils au désir de son Père d’aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus.

 

Entrer en agonie et devenir universel sont liés : ceux qui rêvent de porter du fruit sans accepter d’être mis en terre se font illusion. La couronne de lauriers admirée par tous dans le stade ne s’obtient pas sans une rude ascèse de l’athlète sacrifiant une existence facile à sa quête de victoire. Paul s’exprimera ainsi – en des termes quasi olympiques – à la fin de sa vie : « J’ai mené le bon combat (agōn), j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4,7). C’est « le bon combat de la foi » (1 Tm 6,12) que Paul a mené tout au long de ses voyages à Philippes (Ph 1,3), Colosse, Laodicée (Col 2,1), Thessalonique (1 Th 2,2) et tout autour de la Méditerranée, afin justement de rendre l’Évangile universel. Il encourage les Hébreux à persévérer dans ce marathon de la foi, en combattant le péché en eux (He 12,1).

 

2. Entre deux services

L’agonie johannique est située entre le repas à Béthanie (Jn 12,1-11) et la Cène (Jn 13), entre deux repas donc. Et aussi entre deux services liés à ces repas : le service de Marthe qui les servait (διηκόνει, du verbe diakoneo) à table, et le service de Jésus s’abaissant au rang de domestique lavant les pieds des convives.

onction bethanieLa première figure du service chez Jean est féminine (comme l’était la belle-mère, première servante chez Marc ; Mc 1,31) : Marthe de Béthanie est la première diaconesse  de l’Église pour Jean. Cette figure de la diaconie est redoublée par celle de sa sœur Marie, oignant les pieds de Jésus avec un parfum précieux.

Jésus assume cette part féminine de sa vocation messianique en servant ses disciples à table, et en lavant leurs pieds avec l’eau précieuse du baptême. Marie les essuyait avec ses cheveux, Jésus le fait avec un linge (ἱμάτιον, himation : le mot fait allusion au manteau de pourpre ironique dont on a affublé Jésus lors de sa Passion en Jean 19). Le parallélisme est frappant.

 

Il y a donc comme une inclusion entre ces deux repas de Béthanie et de la Cène, qui se font miroir, et où Jésus reprend la diaconie de Marthe et Marie pour la situer en Dieu même.

Au milieu, il y a l’agonie. C’est donc que le service est un combat, et que le combat de la foi est pour servir. D’ailleurs, il n’y a que trois usages du verbe διακονω, servir (diaconie) chez Jean : un pour Marthe (Jn 12,2), et deux pour l’agonie : Jn 12,26.

Diaconie et agonie sont inséparables. Celui qui veut servir devra apprendre à se détacher de ses œuvres, de sa gloire personnelle, de sa vie même. « Qui veut garder sa vie la perdra, qui la donne avec moi la trouvera ». Il sera entraîné sur un chemin de dépossession, de mort à soi-même, dont la mort physique ne sera que l’ultime étape. Et réciproquement : celui qui veut mener le combat de la foi (djihad en arabe) ne sera ni violent ni puissant, mais serviteur.

 

Jésus à l'agonie en prière dans le jardin des olives avant sa crucifixion - 72813916Qui mieux que Jésus de Nazareth a incarné ce lien entre diaconie et agonie ?

Comment dès lors les chrétiens ne seraient-ils pas eux aussi configurés au Christ en agonie, s’ils ont vraiment la Passion de servir ? C’est ce qu’écrivait Blaise Pascal avec génie : « le Christ sera en agonie jusqu’à la fin du monde ».

Les persécutions anti-chrétiennes actualisent dramatiquement ce climat agonistique dans lequel les baptisés veulent malgré tout servir l’homme, tout homme, tous les hommes (Cf. le rapport de l’association ‘Porte ouvertes’ dénombrant 365 millions de chrétiens persécutés dans le monde fin 2023).

Mais notre agonie ordinaire est moins visible : utiliser notre argent, nos relations, nos talents, nos responsabilités, notre métier etc. non pas pour nous servir mais pour servir les autres – et Dieu en premier – est un combat intérieur si exigeant ! On stigmatise (à raison hélas !) les politiques trop nombreux qui recherchent leur intérêt individuel, leur gloire, leur pouvoir au lieu de chercher le bien-être de leur peuple. Ayons également le courage de nous examiner : servir est-il réellement le combat de notre vie ?

 

3. Jésus troublé

Dans ce combat pour demeurer le serviteur, Jésus est troublé (ταρσσω, tarassō) (Jn 12,27). Ce n’est pas le sang et l’eau du Gethsémani des synoptiques. Mais c’est le trouble de l’agonie chez Jean, qui prend soin de le répéter à nouveau pendant la Cène, faisant ainsi un lien supplémentaire entre les deux épisodes : « Après avoir ainsi parlé, Jésus fut troublé en son esprit, et il rendit ce témoignage : “Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera.” » (Jn 13,21). Être livré par un de ses meilleurs amis est un trouble existentiel : que vaut ma vie si ceux qui disent m’aimer me trahissent, m’abandonnent ?

C’était le trouble que Jésus avait déjà ressenti en voyant Marie (toujours elle !) pleurer la mort de son frère Lazare : « Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut troublé » (Jn 11,33).

Ce trouble de l’agonie est lié à la perte de ses amis – l’un meurt, l’autre trahit – ou à leur  détresse (Marie pleurait). L’heure qui s’approche est celle de la Passion, avec sa solitude, sa déréliction. Devant l’infamie de la croix, les amis s’enfuient (sauf les femmes !), la foule se moque et insulte, et Dieu lui-même semble se dérober, abandonnant la chair de sa chair.

Bezatha piscineLe trouble agonistique de Jésus renvoie encore à l’agitation des eaux de la piscine de  Bethzatha. C’est le même verbe ταράσσω qui est employé par Jean pour décrire l’agitation intérieure de Jésus dans son agonie et l’ébullition de l’eau dans la piscine miraculeuse : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau est troublée » (Jn 5,7). Ce trouble conduit à la guérison pour les malades, et à la résurrection pour Jésus. L’eau troublée dans la piscine est remplacée par Jésus troublé en son agonie…

Se laisser ainsi troubler par Dieu est la marque de sa puissance de résurrection à l’œuvre en nous. À l’image de la femme qui met tout sens dessus dessous en remuant la poussière de sa maison pour retrouver la pièce d’argent égarée (Lc 15,8), Dieu nous trouble en notre for intérieur pour nous amener à choisir le bon combat, pour nous guérir de nos attachements maladifs, pour nous ressusciter avec le Christ. C’est déjà le lien agonie–gloire qui est affirmée dans ce trouble de Jésus, qu’il va expliciter plus loin en promettant la gloire à ceux qui serviront jusqu’au bout.

Qui de nous, s’avançant sur le chemin de cette agonie–service, ne ressentira pas tôt ou tard cette détresse intérieure ? « Mon esprit est abattu au dedans de moi, Mon cœur est troublé dans mon sein » (Ps 143,4). « Mon âme est troublée. Et toi, Seigneur, que fais-tu ? » (Ps 6,3–4).

Qui ne sera pas troublé par l’arrachement à soi-même qui attend tout serviteur fidèle ?

C’est pourquoi le Ressuscité dira par deux fois à ses amis : « que votre cœur ne se trouble pas » (Jn 14,1.27). Il sait de quoi nous sommes pétris. Sa victoire sur la mort est notre garantie : servir jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême (Jn 13,1) est un combat qui peut devenir angoissant, mais qui en Christ est déjà couronné de succès.

Rien à craindre fondamentalement donc, sinon la peur d’avoir peur…


4. Du service à la gloire : la gloire, c’est de servir…Lavement des pieds - Corinne SIMON CIRIC

Qu’est-ce que cette gloire ? En grec, le mot δξα (doxa) désigne ce qui est lourd, dense, grave. Parler de la gloire de Dieu, c’est donc dire que Dieu est lourd, pesant. Non pas qu’il ait besoin de faire un régime ! Mais la lourdeur, la pesanteur de Dieu, c’est une certaine densité d’être qui fait que sa vie a du poids, a de la consistance.

La gloire de YHWH est une densité d’être, une plénitude de vie. C’est en même temps une force d’attraction considérable, à la manière d’une force gravitationnelle : ce qui est dense attire à lui tous les objets à proximité, comme un trou noir en physique attire particules, atomes, lumières et corps célestes. D’où la parole de Jésus : « élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».

 

Diaconie agonie gloireDiaconie–agonie–gloire : servir est un combat où nous recevons une densité d’être, une plénitude de sens et de vie qui nous fait ressembler à Dieu, qui fait de nous des dieux, selon la parole du Psaume 82,6 que Jésus aimait à rappeler : « N’est-il pas écrit dans votre Loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? » (Jn 10,34).

Diaconie–agonie–gloire : la voie de la divinisation repose pour Jean sur ces trois piliers inséparables.

La séquence n’est d’ailleurs pas linéaire, mais plutôt systémique. Des moments de transfiguration glorieuse nous sont donnés pour affermir notre courage à servir, des combats qui nous tiennent à cœur nous transforment peu à peu en serviteur authentique, et la beauté de la vie en Dieu transparaît déjà en filigrane dans l’agonie de ceux qui persévèrent dans le service de leurs semblables…

 

Lorsque l’agonie du Christ deviendra la nôtre, laissons-nous attirer par la figure du service qu’il a su incarner jusqu’au bout, de façon agonistique, jusqu’à l’extrême.

 


God’s gonna trouble the water
Dieu va troubler cette eau (pour donner la guérison, la vie)

LECTURES DE LA MESSE

 

PREMIÈRE LECTURE
« Je conclurai une alliance nouvelle et je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 31-34)

 

Lecture du livre du prophète Jérémie

Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur.

Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés.

 

PSAUME
(50 (51), 3-4, 12-13, 14-15)
R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (50, 12a)

 

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

 

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

 

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il a appris l’obéissance et est devenu la cause du salut éternel » (He 5, 7-9)

 

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

 

ÉVANGILE
« Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 20-33)
Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. 

Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive, dit le Seigneur ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. 

Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. (Jn 12, 26)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par-là de quel genre de mort il allait mourir.

Patrick BRAUD

 

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