L'homélie du dimanche (prochain)

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20 novembre 2010

Un roi pour les pires

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Un roi pour les pires

 

Homélie du Christ Roi / Année C

21/11/2010

 

Le sacre de Napoléon 1°

Un roi pour les pires dans Communauté spirituelle 450px-Jacques-Louis_David%2C_The_Coronation_of_NapoleonSi vous avez vu cette immense toile (10m x 6m!) du peintre Jacques-Louis DAVID au Louvre, vous vous souvenez certainement du geste orgueilleux du nouvel empereur. Au milieu du faste de la cérémonie, il prend lui-même la couronne pour « se faire » empereur. Puis il couronne Joséphine.

Un témoin raconte :

« la couronne étant placée sur l’autel, Napoléon la prit de ses mains et la posa lui-même sur sa tête ; cette couronne était un diadème de feuilles de chêne et de laurier en or ; des diamants formaient les glands et les fruits. Cela fait, l’empereur prit également sur l’autel la couronne destinée à l’impératrice, et la mit sur la tête de Joséphine à genoux devant lui.

[... ] Puis l’empereur, assis, la couronne sur la tête, et la main sur les Saints Évangiles, prononça le serment. » (extraits de Mémoires d’une femme de qualité, Paris, 1830)

 

 

Le sacre du crucifié

Ce couronnement de l’empereur contraste singulièrement avec le couronnement dérisoire du Christ : une tresse d’épines, un titre ironiquement « royal » inscrit sur une pancarte de bois [1], et comme témoins d’intronisation des soldats d’occupation, deux criminels de droit commun ?

  01-INRI Christ dans Communauté spirituelle

D’ailleurs, qui parle de roi, de règne dans cet évangile ?

Les soldats : « si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ».

Et le « bon larron » – ou du moins le malfaiteur curieusement appelé ainsi par la tradition, alors qu’il n’est pas meilleur que l’autre ! - : « Jésus souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne ».

Les soldats voient la royauté du Christ comme Napoléon voyait son sacre : se couronner soi-même, se sauver soi-même. Une royauté pour soi, pour sa gloire.

Le malfaiteur voit la royauté du Christ pour les autres : il espère qu’intronisé, Jésus se souviendra de lui.

La réponse du Christ est étrangement princière, et semble davantage provenir d’un trône que d’une croix infamante :

« Dans la promesse qu’il lui fait, Jésus s’élève au-dessus de la condition de l’homme : il parle en Dieu. Il est là, sur la Croix, semblable à un esclave, au dernier des esclaves ; mais il y a conservé la nature divine ; et parlant d’un haut d’un trône plutôt que d’une croix, il fait acte d’une puissance souveraine : il distribue le Ciel ». 

(saint Léon le Grand : sermon II sur la Passion, 1)

 

N’oublions jamais la malédiction qui s’attachait à un crucifié : « maudit soit quiconque pend au gibet de la croix » (Dt 21,23 // Ga 3,13).

Transformer la croix, ce symbole de l’exclusion, du rejet par les hommes et par Dieu, en un trône royal : voilà ce que fait la parole du criminel à qui Jésus révèle le vrai sens de sa royauté : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis »

C’est donc une royauté qui sauve ceux qui font confiance. « Nous avons ce que nous méritons » : eh bien non ! Avec le Christ ce n’est pas « au mérite » ! C’est « à la grâce », à la « merci » d’un don gratuit…

« On lui a infligé cette injure nouvelle de l’associer, lui, l’innocent, à des scélérats. Nous, nous avons tué des hommes qui voulaient vivre, lui a ressuscité des morts ; nous avons pris le bien d’autrui, lui, il a ordonné de distribuer ce que l’on possède ».
(saint Jean Chrysostome : sermon II sur le Bon Larron, 3)

 

Notre royauté baptismale

Par le baptême, nous sommes configurés au Christ, prêtre, prophète et roi.

Retrouvons notre dignité royale à l’image du crucifié, maudit de tous, et pourtant ouvrant aux coupables la porte du paradis.

 

Voilà une piste solide pour exercer notre royauté avec le Christ : offrir gratuitement aux pires d’entre nous une solidarité, une communion réelle (« avec moi ») qui transforme leur présent (« aujourd’hui », « dans le paradis »).

 

- En entreprise, cette royauté baptismale va transformer l’exercice de l’autorité hiérarchique (indispensable) en une farouche volonté de promouvoir ses collaborateurs, de donner sa chance à celui que tous condamnent, de dépasser les rapports marchands pour respecter la personne qui est en face. Et une personne humaine est toujours plus grande que ses actes, les meilleurs comme les pires.

 

- En famille, cette royauté baptismale va mettre enfants et parents à l’école d’une même générosité d’attention à l’autre, pour apprendre à vivre ensemble.

 

- En Église même, cette royauté baptismale devrait faire voir les « titres » et les responsabilités autrement ! Un évêque comme une catéchiste devraient « royalement » se ficher des honneurs et des titres, et ne se passionner que pour le salut des brebis perdues, des enfants « difficiles », des « mécréants » proches du bon larron…

 

Le premier acte du roi Jésus est « aujourd’hui » d’inviter un criminel à partager son paradis (avant Marie elle-même…).

Nous serons rois par lui, avec lui et en lui, si nous répercutons cette invitation à tous les damnés de la terre qui se croient maudits des hommes, maudits de Dieu.

 

 


[1]. INRI = ‘Jésus de Nazareth Roi des Juifs’, en trois langues, ce qui annonce malgré tout l’universalité de cette  étrange royauté ; cf. saint Augustin : « c’était les trois langues qui avaient la prééminence à cette époque : la langue hébraïque, la langue de ceux qui avaient la gloire de posséder la Loi de Dieu ; la langue grecque, la langue de la sagesse humaine, et la langue latine, la langue de ceux qui commandaient à l’univers »

 


1ère lecture : David reçoit l’onction royale (2S 5, 1-3)

Lecture du second livre de Samuel

Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Nous sommes du même sang que toi !
Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de l’armée d’Israël, et le Seigneur t’a dit : ‘Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël.’ »
C’est ainsi que tous les anciens d’Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David pour le faire roi sur Israël.

 

Psaume : Ps 121, 1-2, 3-4, 5-6a.7a

R/ Ton règne, Seigneur, est un règne de paix

Quelle joie quand on m’a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu’un !
C’est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu’Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C’est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Que la paix règne dans tes murs ! »

2ème lecture : Dieu nous a fait entrer dans le royaume de son Fils (Col 1, 12-20)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frères,
rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint.
Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés.
Lui, le Fils, Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui.
Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui.
Il est aussi la tête du corps, c’est-à-dire de l’Église. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté.
Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,sur la terre et dans les cieux,en faisant la paix par le sang de sa croix.

 

Evangile : Le Roi crucifié (Lc 23, 35-43)

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Patrick Braud

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13 novembre 2010

La « réserve eschatologique »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La « réserve eschatologique »

 

Homélie du 33° dimanche ordinaire / Année C

14/11/2010

 

Espérance critico-créatrice et réserve eschatologique

L’émerveillement des disciples devant la beauté du temple de Jérusalem est toujours le nôtre. Allez visiter Notre-Dame de Paris, le Taj Mahal, les gratte-ciel de Manhattan où la Cité interdite de Pékin, vous éprouverez cette même fascination devant la grandeur de l’homme révélée par la beauté de ses réalisations.

Avec le danger de rester là, paralysé, comme si cela allait durer toujours, comme si c’était indépassable.

 

Or Jésus est violemment iconoclaste lorsqu’il ose avertir : « viendra un jour où il n’en restera pas pierre sur pierre ».

Si vous ne vous attachez qu’aux beautés éphémères, vous passerez à côté de celle qui ne passe pas. Ces réalisations humaines ne durent qu’un temps. Un jour, Notre-Dame de Paris sera détruite. Mais la foi chrétienne lui survivra ! Un jour Mozart sera oublié ; mais l’homme ne cessera pas de chercher dans la musique un au-delà de lui-même?

 

En rappelant la fragilité du temple de Jérusalem, Jésus maintient l’histoire ouverte.

Aucune réalisation humaine ne peut clore le dynamisme historique, qui est par nature ouvert sur un au-delà de lui-même. Ceux qui proclament « la fin de l’histoire », que ce soit dans le capitalisme, la démocratie ou la modernité… ressemblent à ces faux prophètes dont le Christ prévoit qu’ils pulluleront et chercheront à entraîner beaucoup à leur suite.

 

La foi chrétienne est par essence « eschatologique » (eschaton = le but, le terme). À cause de l’espérance en une vie autre (après la mort), elle relativise toutes les réalisations humaines qui ne peuvent être le dernier mot sur l’homme.

Relativiser ne veut pas dire mépriser ! Au contraire, c’est donner au génie humain toute son importance que de l’ordonner à sa fin ultime : la communion d’amour en Dieu même.

 

C’est ce qu’un théologien catholique, Jean-Baptiste Metz, appelle la « réserve eschatologique ». Au nom de notre espérance, nous ne pouvons adorer aucune réalisation partielle : ni le capitalisme, ni la démocratie, ni la science? ne sont le dernier mot sur l’homme. Notre espérance est « critico-créatrice » : elle ose critiquer la prétention absolue de ceux qui voudraient incarner le bonheur humain sur la terre ; elle ouvre un avenir en créant les possibilités de ne pas se figer dans un système de pensée ou d’action.

 

« Chaque fois qu’un parti, une race, une nation, ou une Église qui se trompe sur son rôle au sens du grand inquisiteur de Dostoïevski, tente de se constituer et de s’affirmer comme sujet, la memoria chrétienne doit s’opposer à cette tentative et la démasquer comme idolâtrie politique, comme idéologie politique à tendance totalitaire ou ?bestiale’ (pour parler comme l’Apocalypse). (?)

La mémoire chrétienne de la souffrance est, dans son contenu théologique, un souvenir qui anticipe; elle anticipe sur un avenir déterminé de l’humanité, avenir de ceux qui souffrent, des hommes sans espérance, des opprimés, des  diminués et des inutiles de cette terre. »  [1]

 

L’espérance chrétienne doit constamment maintenir ouvert un écart avec les réalisations toujours provisoires qu’elle obtient dans le cours de l’histoire et qui jamais ne peuvent être purement et simplement identifiées avec l’avènement du Royaume de Dieu.

 

Distance critique et réception relative

Un autre penseur chrétien protestant, Arthur RICH, rejoint cette analyse de Jean-Baptiste Metz à travers la notion de « distance critique » que tout chrétien doit garder envers les prétentions d’absolu venant des hommes.

« La justice humaine ne peut donc dépendre que de la justice divine. Dans cette dépendance s’affirmant par la distance critique envers tout ce qui existe, elle pourra développer un potentiel d’espérance, tendre vers davantage d’humanité et dépasser les statu quo, en sachant toujours qu’aucune justice humaine ne peut subsister si on la mesure à l’aune de l’absolu ».

D’où une adhésion raisonnable, mais jamais entière, aux idées humaines : la « réception relative ».

« Émettre une telle réserve ne doit pas servir à disqualifier politiquement toute amélioration sous prétexte que le résultat reste imparfait. Par le critère de la réception relative, il s’agit de mesurer politiquement ce mieux à l’aune du relatif et de s’efforcer de la faire entrer en vigueur au cas où il représente un gain d’humanité pour la société ».

 

Nous voici ramenés au « spécifique chrétien » dans l’engagement social. Les baptisés participent comme les autres aux luttes sociales pour la justice, aux créations de richesses pour une économie de bien-être, aux aspirations légitimes en matière d’écologie etc…. Mais ils le font avec le sentiment d’une « double appartenance » : admirant la beauté des pierres avec lesquels ils construisent, ils savent qu’elles ne sont pas éternelles ; ils adoptent les règles de l’action entrepreneuriale ou syndicale ou politique… sans jamais les idolâtrer, en osant même les relativiser quand il le faut.

« L’humanité fondée sur la foi, avec son éthique, n’est jamais simplement une éthique. Elle n’est pas uniquement un devoir réfléchi concernant l’homme ici et maintenant, elle est une existence offerte qui a son origine dans l’avenir. En bref, elle n’est pas seulement un impératif qui exige, mais aussi un indicatif qui donne et qui place l’homme dès maintenant dans l’à-venir du Royaume de Dieu ». [2]

 

Normalement, il est impossible de transformer un baptisé en « bon petit soldat » d’une cause ! Il aura toujours le réflexe de l’objection de conscience à un moment donné. Parce qu’il espère un avenir autre venant de Dieu, il ne l’identifiera jamais absolument à ce que peut produire un parti, une science, une philosophie…

 

D’où la tension qu’il nous faut entretenir :

- encourager l’engagement social tout en gardant une « réserve eschatologique ».

- conjuguer une « réception relative » des valeurs humaines et une « distance critique » vis-à-vis de leurs prétentions totalitaires.

- conjuguer histoire présente et ouverture à l’avenir absolu, sans que l’action engloutisse l’espérance, sans que cette espérance paralyse l’effort humain (cf. Paul qui tempête contre ceux qui restent volontairement dans l’oisiveté sous prétexte d’attendre le retour du Christ !  2Th 3,7-12).

 

Examinez cette tension à l’oeuvre en vous :

- avec quelle famille de pensée humaine vous sentez-vous à l’aise (que ce soit le syndicat, le Rotary, l’entreprise, tel parti politique, le scoutisme ou le club de foot ou de tennis…) ?

- comment vous autorisez-vous à être libre par rapport à l’idéologie de ce groupe ?

- comment manifester que votre espérance est plus grande, sans rien mépriser des réalisations partielles à mettre en oeuvre ?

 

Souvenez-vous : « viendra un jour où il n’en restera pas pierre sur pierre » !

 


[1]. Jean-Baptiste METZ, La foi dans l’histoire et la société, Cerf, coll. Cogitatio Fidei n° 99, Paris, 1979, pp. 137-138.

[2]. Arthur RICH, Éthique économique, Labor et Fides, Genève, 1994, pp. 249-250.

 

 

1ère lecture : Le jour du Seigneur (Ml 3, 19-20)

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, déclare le Seigneur de l’univers, il ne leur laissera ni racine ni branche.
Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

 

Psaume : Ps 97, 5-6, 7-8, 9

R/ Il vient, le Seigneur, gouverner le monde avec justice

jouez pour le Seigneur sur la cithare,
sur la cithare et tous les instruments ;
au son de la trompette et du cor,
acclamez votre roi, le Seigneur !

Que résonnent la mer et sa richesse,
le monde et tous ses habitants ; 
que les fleuves battent des mains,
que les montagnes chantent leur joie.

Acclamez le Seigneur, car il vient
pour gouverner la terre,
pour gouverner le monde avec justice
et les peuples avec droiture !

2ème lecture : Travailler en attendant le jour du Seigneur (2Th 3, 7-12)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères,
vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous dans l’oisiveté ; et le pain que nous avons mangé, nous n’avons demandé à personne de nous en faire cadeau. Au contraire, dans la fatigue et la peine, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous.
Bien sûr, nous en aurions le droit ; mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter.
Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cette consigne : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus.
Or, nous apprenons que certains parmi vous vivent dans l’oisiveté, affairés sans rien faire.
A ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

 

 

 

Evangile : Bouleversements et persécutions annoncent le jour du Seigneur (Lc 21, 5-19)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit :
« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? »
Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux !
Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. »
Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume.
Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel.
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l »on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom.
Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage.
Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense.
Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction.
Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

 Patrick Braud

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6 novembre 2010

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

Homélie du 32° Dimanche ordinaire / Année C
07/11/2010


Faites l’expérience : essayez de vous rappeler un livre lu récemment.

Que vous en reste-t-il ? Si vous comparez avec d’autres lecteurs de vos amis, ont-ils « lu » la même chose ?

 

On croit que lire est naturel et identique pour tous. Alors que visiblement, c’est un acte complexe, singulier…

C’est vrai de la Bible comme de tout autre livre. Encore plus même, car la Bible est appelée « l’Écriture ». La Bible est d’abord un texte avant de devenir une parole. Entre l’écriture et la parole, il y a le souffle, la voix…

 

Jésus s’étonne que les sadducéens n’aient pas « lu » dans l’Écriture (la Tora) la même chose N'avez-vous pas lu dans l'Écriture ? dans Communauté spirituelle bible-imageque lui. C’est une charge un peu ironique (répondant à celle, ironique également, des sadducéens lui tendant un piège) car les sadducéens se font forts de n’obéir qu’à l’Écriture (scriptura sola pourrait être leur devise avec anachronisme) et non aux traditions orales des pharisiens.

 

C’est donc que bien souvent nous lisons sans lire ; et pour la Bible l’enjeu est de taille ! Souvent des « pré-textes » nous empêchent de faire attention au texte. Des « dé-lires » nous font lire n’importe quoi.

La liste serait longue des interprétations erronées de la Bible par les Églises chrétiennes dans l’histoire, sur des questions aussi délicates que la peine de mort, l’apartheid, le refus de l’héliocentrisme… toutes positions légitimées en leur temps par des lectures de l’Écriture qui nous paraissent aujourd’hui terriblement idéologiques.

 

« N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ? »

L’expression revient 6 fois dans le Nouveau Testament, autour de 4 questions brûlantes.

À chaque fois, Jésus revient à l’Écriture de manière assez subversive vis-à-vis de la religion en place.

Lire l’Écriture lui permet en effet de contester :

- l’absolu du sabbat :

Mt 12,3 : « Mais il leur dit: « N’avez-vous pas lu ce que fit David lorsqu’il eut faim, lui et ses compagnons ? »

Mt 12,5 : « Ou n’avez-vous pas lu dans la Loi que, le jour du sabbat, les prêtres dans le Temple violent le sabbat sans être en faute ? »

- l’absolu du divorce (largement admis dans les mentalités de l’époque comme aujourd’hui) :

Mt 19,4 : « Il répondit: « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme? »

- l’exclusion religieuse et sociale

Mc 12,10 : « Et n’avez-vous pas lu cette Écriture: « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue pierre d’angle »? »

- le matérialisme des sadducéens niant la résurrection :

Mt 22,31 : « Quant à ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu l’oracle dans lequel Dieu vous dit? »

Mc 12,26 :  « Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le Livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit: Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob? »

 

Sur des questions aussi cruciales que le primat des besoins humains sur les prescriptions rituelles et religieuses, le respect de la différence homme-femme, le renversement des hiérarchies opéré par Dieu, la vie après la mort, Jésus s’appuie sur sa lecture de l’Écriture pour affronter ses adversaires, puissants et installés.

Le quatrième Évangile mentionne 9 fois « l’accomplissement de l’Écriture » comme un critère fondamental de l’action de Jésus (Jn 7,42 ; 10,35 ; 13,1 ; 17,12 ; 19,28 ; 19,36 ; 20,9).

Luc résume ainsi le lien entre la lecture de l’Écriture et Jésus lui-même : « Alors il se mit à leur dire: « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture » » (Lc 4,21).

Le reproche que Jésus adresse aux sadducéens nous touche donc de plein fouet : « Si vous vous égarez, n’est-ce pas faute de connaître les Écritures et la puissance de Dieu ? » (Mc 12,24)

 

N’irons-nous pas lire dans l’Écriture ?

Alors, comment allons-nous aujourd’hui entendre cet appel du Christ à nous appuyer sur une lecture « authentique » (c’est un des sens du mot catholique) de l’Écriture  [1] ?

Non pas en nous coupant de la Tradition orale comme les sadducéens (sans se rendre compte qu’ils épousaient en fait les idées païennes grecques et romaines).

Non pas en survalorisant les traditions humaines comme les pharisiens.

Mais d’abord en revenant au texte.

À la lecture du texte.

Quelques lignes chaque jour.

Quelques pages chaque semaine.

Les moines font le tour des 150 psaumes du psautier chaque semaine : nous pourrions en lire un par jour, ce serait déjà beaucoup…

Les chrétiens redécouvrent actuellement la Lectio Divina : seul ou en petit groupe, prendre le temps de lire, méditer, contempler, ruminer, prier un texte biblique pour qu’il devienne une parole de Dieu pour moi, pour nous.

D’autres emportent leur Bible de poche dans le métro, au bureau, et en profitent comme d’un journal (mieux qu’un journal !).

D’autres l’ont déjà donc sur iPad, sur leur smartphone, et la consultent à temps perdu.

 

Quelque soit le moyen ou l’endroit où la méthode, l’essentiel est bien d’abord de lire l’Écriture.

Cette lecture rend libre, comme le Christ, devant les interprétations hâtives, fondamentalistes ou pleines de peur.

 

Alors, ne serait-ce que 5 minutes par jour, n’irons-nous pas lire dans l’Écriture ?

 


[1]. À noter cette symétrie amusante : la psychanalyse est une parole (de patients) qui fait écrire (les psys !). La Bible est un écrit (inspiré) qui fait parler (les lecteurs).

 

 


Sept frères meurent martyrs dans l’espérance de la résurrection
 (2M 7, 1-2.9-14)

 Lecture du second livre des Martyrs d’Israël

Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. A coups de fouet et de nerf de boeuf, le roi Antiochus voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite.
L’un d’eux déclara au nom de tous : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. »
Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »
Après celui-là, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna, et il présenta les mains avec intrépidité,
en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de sa Loi je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. »
Le roi et sa suite furent frappés du courage de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances.
Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes tortures.
Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie éternelle. »

 

Psaume : Ps 16, 1.3ab, 5-6, 8.15 

R/ Le jour viendra, Seigneur, où je m’éveillerai en ta présence

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon coeur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’?il ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi.
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

2ème lecture : Exhortation à la persévérance (2Th 2, 16-17; 3, 1-5)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères,
laissez-vous réconforter par notre Seigneur Jésus Christ lui-même et par Dieu notre Père, lui qui nous a aimés et qui, dans sa grâce, nous a pour toujours donné réconfort et joyeuse espérance ;qu’ils affermissent votre coeur dans tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et qu’on lui rende gloire partout comme chez vous.
Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal, car tout le monde n’a pas la foi.
Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal.
Et, dans le Seigneur, nous avons pleine confiance en vous : vous faites et vous continuerez à faire ce que nous vous ordonnons.
Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ.

 

Evangile : Les morts ressusciteront (brève : 27…38) (Lc 20, 27-38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Des sadducéens – ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection – vinrent trouver Jésus,
et ils l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère.
Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ;
le deuxième,
puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants.
Finalement la femme mourut aussi.
Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? »
Jésus répond : « Les enfants de ce monde se marient.
Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas,
car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection.
Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : ‘le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’.
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. »
Patrick Braud 

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16 octobre 2010

La grenouille qui ne se décourageait jamais

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Homélie du 17/10/2010

29° Dimanche du temps ordinaire / Année C

 

La grenouille qui ne se décourageait jamais

 

 

Grenouiller jusqu’en haut

Afficher l'image d'origineIl était une fois une course …  de grenouilles.
L’objectif était d’arriver en haut d’une grande tour. Beaucoup de gens se rassemblèrent pour les voir et les soutenir.  La course commença.
En fait, les gens ne croyaient pas possible que les grenouilles atteignent le sommet de la tour, et toutes les phrases que l’on entendit furent de ce genre :
« Inutile !!!
Elles n’y arriveront jamais! »
Les grenouilles commencèrent peu à peu à se décourager, sauf une qui continua de grimper.
Les gens continuaient :
« … Vraiment pas la peine  !!! Elles n’y arriveront jamais!… »
Et les grenouilles s’avouèrent vaincues, sauf une qui continuait envers et contre tout !
A la fin, toutes abandonnèrent, sauf cette grenouille qui, seule et au prix d’un énorme effort, rejoignit la cime.
Les autres, stupéfaites, voulurent savoir comment elle avait fait.
A sa descente, l’une d’entre elles s’approcha pour lui demander comment elle avait fait pour terminer l’épreuve.
Et découvrit qu’elle… était sourde !

Cette histoire de grenouilles nous invite à rester sourds à tous ceux qui nous disent que « c’est impossible », à tout ce qui nous décourage d’aller au bout de notre désir le plus vrai.

 

Prier sans se décourager

Ne pas se laisser décourager est bien sûr le La grenouille qui ne se décourageait jamais dans Communauté spirituelle ex17_12bthème central des textes de ce dimanche.

Moïse a besoin de son frère Aaron et de Hour pour le soutenir dans son intercession, les bras levés. S’il « baisse les bras » (l’expression en français vient de là), le peuple perdra le combat.

 

Le psaume 120, comme bien des psaumes, cherche lui aussi du courage dans la prière : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? »

 

Et Jésus enfonce le clou avec sa parabole « pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager ».

La prière est un combat où le découragement nous guette immanquablement tôt ou tard : devant le silence de Dieu, devant le temps qui passe et où il ne se passe rien, devant tant d’injustices qui se répètent à longueur d’années, de siècles…

Pourtant, prier sans se décourager, c’est trouver du courage en priant.

Et saint Paul rajoute à la prière l’Écriture comme source de courage : « tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus Christ ».

 

La question de ce dimanche taraude bien des ‘combattants de la survie ordinaire’.

29z3c5ig courage dans Communauté spirituelleAujourd’hui comme hier, où trouver la force pour continuer à chercher du travail quand on est chômeur depuis trop longtemps ? Où trouver l’énergie pour continuer à se battre pour ses enfants quand on est une femme seule ? Comment ne pas sombrer dans l’alcool ou la dépression lorsqu’on est à la rue ? Où trouver un soutien pour ne pas « baisser les bras » lorsqu’on entre en chimiothérapie ? lorsque la mort nous enlève un être proche ?

 

Comment apprendre à devenir cette grenouille sourde : sourde à la fatigue, à l’échec, à la frustration, à la peur… ?

 

Du coeur à l’ouvrage

Le mot courage en français vient du latin cor, le coeur_anatomie Expéditcoeur. Quelques expressions en gardent la trace : « avoir du coeur à l’ouvrage », c’est le signe du courage. « Perdre coeur » au contraire, c’est abandonner peu à peu le combat.

Le courage et le coeur ont partie liée. Non pas au plan sentimental, mais anatomique : le coeur est cette formidable pompe qui injecte à tout l’organisme le combustible et l’énergie nécessaires à l’activité de l’ensemble. Aller puiser du courage, c’est retrouver en soi la pompe à énergie qui va galvaniser l’effort et le faire durer. Le coureur de fond harmonise les battements de son coeur avec ses pieds et sa respiration, pour tenir bon des kilomètres durant, sans points de côté, sans se décourager.

 

On comprend alors pourquoi Jésus, le psaume et Moïse lient le courage et la prière.

Prier, c’est se recentrer sur le coeur de soi-même en Dieu, ou de Dieu en soi-même…

Prier, c’est revenir à l’essentiel de ce qui nous anime, et ainsi laisser à nouveau le sang de la confiance irriguer nos combats, même les plus longs, même ceux qui nous semblent interminables…

La prière n’est pas ‘expéditive’

Notre vieux fond païen rêverait une prière « expéditive ». Lorsque le résultat d’une telle demande païenne se fait attendre, nous sommes découragés. On a même inventé un saint dans nos églises pour cultiver cette tendance « expéditive » de la prière : c’est justement… Saint Expédit ! Le jeu de mot qui découle du nom de saint Expédit en dit long sur notre impatience !

 

La légende faisait de saint Expédit un commandant Romain d’Arménie, converti au Christ et décapité pour cette raison en 303 par l’empereur Dioclétien. Le pape Pie XI a rayé son nom du martyrologe romain en 1905, mais rien n’y fait : on continue à espérer de lui un traitement en colissimo de nos prières urgentes… Sans doute à cause de la légende de sa conversion. On raconte qu’Expédit était sur le point de demander le baptême lorsqu’un corbeau arriva en criant : ‘Cras ! cras ! cras ! cras !’ (ce qui signifie : ?demain !’, en latin, et cela ressemble au croassement du corbeau). Expédit l’écrasa en criant à son tour : ‘Hodie ! hodie ! hodie ! hodie !’ (?aujourd’hui !’). Expédit est donc souvent représenté portant la palme du martyre, écrasant un corbeau, avec les inscriptions : Cras ! Hodie !

Mais la ferveur populaire oublie que c’est sur la conversion que porte la rapidité « expéditive » de la prière du saint, pas sur la réalisation d’une demande dans la prière !

La conversion peut être expéditive, la prière plus rarement…

Voilà pourquoi il nous faut apprendre à « toujours prier sans se décourager jamais ».

« Luttez avec moi dans la prière », écrit Saint-Paul (Rm 15,30).

 

La faim heureuse

Telle la grenouille sourde, celui qui va puiser du courage dans la prière et l’Écriture cmic8mu2 grenouilledécouvrira en cours d’ascension ce que saint Augustin appelait la « faim heureuse ». Rien à voir avec le Happy End d’Hollywood ! Mais la lente transformation qu’opère en nous la fidélité qui ne se décourage pas d’attendre, qui ne se décourage pas de se battre encore et encore :

« Quand Dieu tarde à vous donner, c’est, non pour vous refuser ses dons, mais pour vous les faire apprécier. On reçoit avec plus de joie ce qu’on a désiré longtemps ; on n’apprécie pas ce qu’on obtient trop vite. Demandez, cherchez, insistez. En demandant et en cherchant vous grandissez, et vous vous préparez à recevoir ce que vous demandez. Dieu vous réserve ce qu’il ne veut pas vous donner tout de suite, afin que vous appreniez à désirer avec grandeur de grandes choses. Nous demandons ce que nous devons posséder éternellement, ce qui doit nous rassasier éternellement. Mais pour être rassasiés, ayons faim et soif. Il a été dit : « bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice » ; la faim peut donc quelquefois être heureuse ? Oui, lorsqu’elle prépare au rassasiement, car si vous n’aviez que dégoût, vous n’arriveriez pas à la possession des trois pains » 

(saint Augustin : sermon LXI, 5 & 6).

 

 

 

1ère lecture : Moïse ne baisse pas les bras (Ex 17, 8-13)

Lecture du livre de l’Exode

Le peuple d’Israël marchait à travers le désert.
Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim.
Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. »
Josué fit ce que Moïse avait dit : il livra bataille aux Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline.
Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort.
Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil.
Et Josué triompha des Amalécites au tranchant de l’épée.

 

Psaume : Ps 120, 1-2, 3-4, 5-6, 7-8

R/ Notre secours, c’est Dieu, le Maître du monde !

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il empêche ton pied de glisser, 
qu’il ne dorme pas, ton gardien. 
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, 
le gardien d’Israël. 

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, 
se tient près de toi. 
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper, 
ni la lune, durant la nuit. 

Le Seigneur te gardera de tout mal, 
il gardera ta vie. 
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour, 
maintenant, à jamais.

2ème lecture : Méditer l’Écriture pour proclamer la Parole(2Tm 3, 14-17; 4, 1-2)

 

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Fils bien-aimé,
tu dois en rester à ce qu’on t’a enseigné : tu l’as reconnu comme vrai, sachant bien quels sont les maîtres qui te l’ont enseigné.
Depuis ton plus jeune âge, tu connais les textes sacrés : ils ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en Jésus Christ.
Tous les textes de l’Écriture sont inspirés par Dieu ; celle-ci est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvu de tout ce qu’il faut pour faire un bon travail.

Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire.

Evangile : Parabole de la veuve qui demandait justice sans se décourager  (Lc 18, 1-8)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes.
Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’
Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m’ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.’ »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice !
Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu’il les fait attendre ?
Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » 
 Patrick Braud

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